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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 20:06

La Vue de Séville de 1598 dans le volume V du Civitates orbis terrarum.

La Vue de Séville que Georg Braun publia dans le volume V du Civitates orbis terrarum (Cologne, 1598) est bien connue en raison de la scène que son auteur, le chorographe et miniaturiste flamand Joris Hoefnagel, avait placé au premier plan, et qui représentait la punition infligé à un mari cocu, coupable de ne pas surveiller la conduite de son épouse. C'est la scène fameuse de L'Execution de Justicia de los cornudos Pacientes.

Mais à l'arrière de cette scène, un petit détail procure aux historiens la première représentation des Abattoirs (Matadero) de Séville en 1563 et le premier témoignage sur les luttes organisées entre taureaux, dogues et porteurs de lances, soit la donnée la plus précoce sur l'histoire de la tauromachie.

Cet article s'appuie sur la carte proposée en ligne ici :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

Les détails donnés en illustration proviennent de cette image.

La vue de Séville de ce volume publié en 1598 porte une dédicace qui porte la date de 1593, mais on sait qu'elle a été dessinée en 1563. Le dessin sur lequel est basé la gravure est conservé à Vienne et disponible en ligne, ce qui permet de s'assurer que les détails décrits ici y sont déjà présents, et que leur interprétation doit tenir compte de cette datation de 1563.

uromachieVVVVVVVV

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

 

La vue correspond à celle que pouvait avoir un observateur placé sur les hauteurs  du quartier de San Bernardo, au nord-est de la ville. Il voit au loin la Giralda et la haute et massive cathédrale ; à sa droite l'aqueduc des Cannos de Carmona ainsi que la décharge publique. A peine à sa gauche, un grand bâtiment est vu en enfilade : les abattoirs de Séville ou Matadero. Ce sont eux qui nous intéressent.

En-effet, dans la Vue de Séville du volume IV, qui est une vue d'oiseau,  Hoefnagel avait représenté à mi-pente de la colline de San Bernardo, au nord-est de la ville, un groupe de bâtiments dont la légende indiquait sous le n°10 Mattadero (sic), et j'avais alors donné le commentaire suivant :

Mattadero...(de verbe matar, tuer): il s'agit des abattoirs (Matadero), judicieusement placés en dehors de la ville : une route mène à la Porte de la Viande, Puerta de la Carne, puis à la Carnecerias (Boucherie) (cf. Morgado page 158). En 1757, Antoine Bruzen de la Martinière signale qu'on y égorgeait chaque jour soixante-dix bœufs non sans les avoir fait combattre au préalable contre le Dogues, "afin que leur viande en soit plus tendre". La tauromachie trouve ici ses origines, le puntillero chargé de donner le coup fatal dans une corrida étant initialement un employé du macelo (boucher)   « Les premiers et les plus anciens toreros à pied dont on ait des données documentaires proviennent dans leur immense majorité de l'abattoir sévillan. » 

Ce n'est qu'en examinant la planche du volume V que j'ai constaté que cette scène du combat des taureaux et des dogues décrite en 1757 était déjà illustrée par Hoefnagel et donc déjà observée en 1563. Cela fait de ce document le témoignage historiquement le plus précoce de cette pratique. En 1587, l'historien de Séville Alonso Morgado y consacre une allusion dans sa description des abattoirs, puis Cervantes en témoigne à son tour dans sa nouvelle du Colloque des chiens publiée en 1613. Ce sont ces documents que je vais présenter, dans cet ordre.

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I.   La première observation de tauromachie par Joris Hoefnagel en 1563.

L'illustration montre un bâtiment vue en biais, tout en longueur, où une porte donne accès à un couloir extérieur et à une douzaine de boxes : il s'agit donc du corral. A son extrémité se voient une tour haute et une tour hexagonale plus basse.

 

 

  Carte V :

 

http://personal.us.es/alporu/histsevilla/sevillasiglo16.htm

Muladar Sevilla : http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm

Ancre http://www.sevilladesaparecida.com/2012/12/la-huerta-de-hernando-colon-y-el-zapote.html

 

On sait que « los jiferos » étaient la gent la plus vile de l'abattoir de Séville. 

http://losmitosdeltoro.com/el-perro-en-los-toros/

 

XII Le Colloque des Chiens.

 

El colloquios de los perros : Las Novelas ejemplares écrit entre 1590 et 1612 et publié en 1613 à Madrid par Juan de la Cuesta (Novela y coloquio que paso entre Cipion y Berganza, perros del hospital de la Resurrección que está en la ciudad de Valladolid, fuera de la puerta del Campo, á quien comúnmente llaman los perros de Mahudes.)

 

[Deux chiens de garde à l'hôpital de la Résurrection de Valladolid dialoguent, entendus par l'alférez Gampuzano, pendant deux nuits consécutives : Berganza dans la première, et Scipion dans la seconde. Mais, en dépit de la promesse faite dans la nouvelle du « Mariage qui trompe » nous ne possédons pas la réponse de Scipion.

 

 

 

1. L'abattoir de Séville.

Berganza :

Il me semble que la première fois que j'ai vu le soleil, ce fut à Séville, et à l'abattoir, qui est hors de la porte de la Viande, d'où j'imaginerais, n'était ce que je dirai plus tard, que mes parents durent être des dogues, de ceux qu'élèvent les éxécuteurs de ce lieu de confusion, auxquels on donne le nom de boouchers [Jiseros. Ce n'est pas précisément le mot de bouchers, mais un nom de mépris qu'on applique aux gens de cette profession, et qui n'a point de corrélatif en français.N.d.T.] Le premier que je connus pour maître fut un certain Nicolas le camus, garçon robuste, trapu et colérique, comme le sont tous ceux qui exercent la boucherie. Ce Nicolas m'apprenait, à moi et à d'autres jeunes chiens, à attaquer les taureaux, en compagnie de vieux dogues, et à les saisir par les oreilles. Je devins, avec une facilité singulière, un aigle dans ce métier.

Scipion.

Je ne m'en étonne point, Berganza. Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire. [Trad. Louis Viardot 1838]

Berganza.

https://books.google.fr/books?id=JdANAAAAQAAJ&pg=RA1-PA260&lpg=RA1-PA260&dq=cervantes+berganza+nicolas+abattoirs&source=bl&ots=7iFsjxJ9_m&sig=t_thI84IS625871RpRA1AUkN-OI&hl=fr&sa=X&ei=YEQgVdP7CMjtaOr1gKAL&ved=0CCkQ6AEwAQ#v=onepage&q=cervantes%20berganza%20nicolas%20abattoirs&f=false

Que te dirais-je, Scipion mon frère, de ce que j'ai vu dans cet abattoir et des choses exorbitantes qui s'y passent? Sache d'abord que tous ceux qui y travaillent, du plus petit au plus grand, sont gens à conscience large, sans âme, sans crainte du roi ni de sa justice, et vivant pour la plupart en marge du mariage. Ce sont des oiseaux de proie carnassiers, se nourrissant, eux et leurs amies, de ce qu'ils volent. Chaque matin des jours de viande, avant l'aube, se réunissent à l'abattoir une grande quantité de filles et de gars, tous avec des sacs qui, venus vides, repartent pleins de morceaux de viande, et les filles avec les filets et les lombes presque entiers[las criadas

con criadillas]. Il n'est point de bête tuée dont ces gens ne prélèvent la dîme et les prémices dans la partie la plus savoureuse et la mieux parée; et comme à Séville il n'y a point de fournisseur municipal de la viande, chacun peut apporter la bête qu'il veut, et celle que l'on tue d'abord est taxée de la première ou de la dernière qualité. De cette façon, il y a toujours grande abondance de chair. Les maîtres se recommandent à ces bonnes gens dont j'ai parlé, non pour n'en être pas volés (car cela est impossible), mais pour qu'elles se modèrent dans les coupes et subtilisations qu'elles opèrent dans les bêtes mortes, qu'elles émondent et taillent comme si c'étaient des saules ou des treilles. Mais rien ne me surprenait tant et ne me paraissait pire que de voir que ces bouchers vous tuent avec la même facilité un homme qu'une vache; en un clin d'oeil et en un tour de main, ils plongent un coutelas à manche jaune dans la bedaine d'une personne comme s'ils saignaient un taureau. C'est miracle si un jour passe sans rixes ni blessures, et, parfois, sans meurtres. Tous se piquent d'être vaillants et même ont leur grain de rufiénisme, nul ne manque d'avoir son ange gardien sur la place de Saint-François, qu'il achète avec des filets et des langues de bœuf.[C'est-à-dire un protecteur parmi les bas-officiers de justice, escribanos, alguaziles et corchetes, note de L. Viardot] Finalement, j'ai ouï-dire d'un homme avisé que le roi avait trois choses à gagner à Séville : la rue de la Caza, la Costanilla et l'Abattoir. [Trad. Henri Collet] https://archive.org/stream/oeuvreschoisies00cerv#page/100/mode/2up

 

[Il en échappe un jour et devient chien de bergers, non plus de ces pâtres charmants que Cervantes nous fit connaître dans sa Galathée mais de vrais bergers que l'auteur maintenant nous peint de son pinceau réaliste, et qui sont plus voleurs que les loups. Berganza, outré, s'enfuità Séville où il sert un riche marchand, puis un alguizil.]

 

 

3. Il y avait la Caza Grande et la Caza Chica, deux rues grouillantes qui se succédaient entre Confiteri­as et la plaza de San Isidro. — La Costanilla était une petite place montante près de l'église de San Isidro.

 

 

«Paréceme que la primera vez que vi el sol fue en Sevilla y en su Matadero, que está fuera de la Puerta de la Carne; por donde imaginara (si no fuera por lo que después te diré) que mis padres debieron de ser alanos de aquellos que crían los ministros (encargado) de aquella confusión, a quien llaman jiferos (matarife). El primero que conocí por amo fue uno llamado Nicolás el Romo, mozo robusto, doblado (recio, fuerte) y colérico, como lo son todos aquellos que ejercitan la jifería. Este tal Nicolás me enseñaba a mí y a otros cachorros a que, en compañía de alanos viejos, arremetiésemos a los toros y les hiciésemos presa de las orejas. Con mucha facilidad salí un águila en esto“.

Il est vrai que la sensibilisation et la formation de ces chiens, destinés à lutter contre les taureaux, ont eu lieu principalement dans la viande de l'abattoir municipal. À cet égard Alonso Morgado, dans son " Histoire de Séville "(1587), décrit le massacre de Séville:" Lors de cette même partie du sud, en dehors de la ville, la Puerta de la Carne, l'abattoir est aussi grande la chasse avec leurs stylos, et des navires, et toutes les dépendances. Et certains points de vue pour trouver un bon endroit où vous êtes et Spear taureaux de combat et les chiens, généralement l'été ". Alonso Morgado, en su “Historia de Sevilla” (1587), nos describe el matadero hispalense: “Por aquella misma parte del Mediodía, fuera de la ciudad, a la Puerta de la Carne, está el matadero en forma de gran casería con sus corrales, y naves, y todas dependencias. Y unos miradores que descubren una buena plaza donde se corren y alancean y luchan toros con perros, de verano ordinariamente”.

Dans ce enregistré une vue panoramique de Séville extra-muros montré du sud-est, en soulignant dans le centre de l'image de l'abattoir, une arcade nef allongée. À côté du bâtiment attire Hoefnagel une scène dans laquelle plusieurs hommes armés de lances et aidés par des chiens, se préparent à chasser certains taureaux lâches. Attachés à la feuille étaient certains commentaires de l'auteur lui-même: " A côté de ce bâtiment, vient un spectacle hilarant, chasse taureaux, qui sont extrêmement robustes; Ils y sont engraissement et sont remarquables par la force de leurs tête et la poitrine; contre eux des chiens grands et courageux attisent ce, déjà si farouche et terrible, prennent habituellement avant d'être tué, donc se précipiter contre les chiens avec une grande férocité, la respiration du nez le feu, touchant le sol avec sabots et sauter le sable dans l'air, montrent toujours les leurs fronts et blessé ennemis avec ses cornes et de les attaquer si fortement que ses cornes blessantes sont jetés en l'air et de recueillir les conseils des cornes quand tomber ".

Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos

 publié par Francisco Morales Padrón

De los campos tabladeños el ganado pasaba al Matadero, edificio integrado por un caserio con naves, corrales, miradores y una plaza donde se corrian y alanceaban toros en verano. El conocido grabado de Jorge Hoefnagel constituye un plastico testimonio de la grandiosidad de este conjunto, –con oratorio proprio–, donde vivian un alcaide, un casero y un fiel encargados, respectivamente, de mantenerlo limpio e impedir la presencia de gente ajena al negocio, cuidar del corral y registrar el numero de cabezas ingresadas y el nombre de sus duenos. Un caballero veinticuatro, un Jurado y un Fiel ejecutor iban diariamente al matadero a partir de las tres de la tarde con el fin de presenciar la matanza, fijar los precios y controlar la entrada y salida de las recuas.

 

Des champs, le bétail passe à l'abattoir, composé d'une ferme avec des corrals, des chantiers, des miradors et un endroit où les taureaux courent et sont tués dans la courant de l'été. La célèbre gravure de Joris Hoefnagel est un témoignage iconographique de la grandeur de cet ensemble — avec un oratoire — , où vivent un alcade (gouverneur), une maison et un fidèle chargés,, respectivement, pour le garder propre et d'interdire la présence de personnes en dehors de l'entreprise, d'entretenir les corrals, et d'enregistrer le nombre de tête de bétail entrées et le nom de leur propriétaire Un homme de vingt ans, un juré, et un exécuteur sont présents chaque jour à partir de trois heures du soir pour abbattre les bêtes, fixer les prix et contrôler l'entrée et la sortie des troupeaux.

 
Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: les Abattoirs (Matadero).

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: les Abattoirs (Matadero).

Sur la route qui mène vers Séville, deux taureaux se défendent contre les attaques de trois gros chiens, stimulés ou aidés par quatre hommes armés de piques (les varilarguero (« porteur de longue lance »), ancêtres des picaros qui sont à cheval.). Un autre homme les rejoint avec deux chiens qu'il lance à leur tour dans la bagarre. 

La planche du Civitates est accompagnée d'un texte descriptif écrit par G. Braun, mais sans-doute inspiré en réalité par Hoefnagel : le voici dans l'édition en français parue en 1610

"Le terroir des faubourgs est fertile, où il y a des métairies, des jardins, plaisants & de grand profit, des vergers emplantés d'oliviers si épais et touffus que le soleil en sa plus ardente chaleur ne les sauroit transpercer, qui faict que l'on sy va souvent promener à l'ombrage & s'y prendre toute sorte d'esbat & récréation."

 "En une place toute proche de la ville se void une grande maison appellée Al Mattadero, où par bonne police l'on tue les bœufs, les moutons & autres bestes, la chair desquels on rend aux habitans de Séville et ceux d'alentour. Au devant de ceste maison, il y a du plaisir à voir s'entrebattre les Taureaux qui sont fort robustes qu'on engraisse la, contre lesquels on agacent (sic) de gros chiens, qui devant que les assomer les mettent tellement en furie (estant sans cela assez furieux & farrouches) iettants du feu par leurs narines, & frappants la terre du pied, faisants saulter de sablon en l'air, se ruent d'une grande impetuosité sur ces chiens, leur presentant toujours leur front, & les offençant de leurs cornes avec si grande rudeur qu'ils les jettent en l'air bien haut, & les recoivent avec leur cornes quand ils retombent en bas. ". 

 

 

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: tauromachie. http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: tauromachie. http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

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II. Description des abattoirs par  Alonso Morgado.

Alonso Morgado,  “Historia de Sevilla” (1587) :

--" p.135 : Al Matadero, y Arrabal Collacion de San Bernardo" : "L'Abattoir, et le quartier  paroissial de San Bernardo".

--Chapitre 12 page 158-165

page 159 :  “Por aquella misma parte del Mediodía, fuera de la ciudad, a la Puerta de la Carne, está el matadero en forma de gran casería con sus corrales, y naves, y todas dependencias. Y unos miradores que descubren una buena plaza donde se corren y alancean y luchan toros con perros, de verano ordinariamente.. Bive dentro un Alcayde con cargo...y tenerlos siempre limpio, y al tanto sus corredores, donde ay una Altar, y Oratorio con una devota Imagen de nuestra Señora...// Ay en los Corredores unos asientos para los juezes del jusgado, que hazen presencia, a ver repértir el ganado, que esta ya junto, y que se ha de matar para el dia siguiente, en un corral sobre que caen los tales corredores »"

Traduction à améliorer : "Lors de cette même partie du sud*, en dehors de la ville, et de la Porte de la Viande, l'abattoir est une grande métairie  avec son corral, et des [nefs] ..., et toutes les dépendances. Et des points de vue [tribunes ? ]  pour disposer d'un bon endroit pour assister à  la course des taureaux  affrontant les lances et  les chiens, généralement en été ".

*Sur la carte, les abattoirs, et la Puerta de la Carne, me semblent être situés au nord-est, et non au sud.

 

 

 

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III. La description de Cervantes dans Le Colloque des Chiens (1613).

—  Je débuterai par deux emprunts à Wikipédia :

"Nommé commissaire aux vivres par le roi Philippe II lors de la préparation de l'attaque espagnole de l'Invincible Armada contre l'Angleterre, Cervantès séjourna à Séville entre 1585 et 1589. Mais, en 1589, il fut accusé d'exactions, arrêté et excommunié. L'affaire le mettait aux prises avec le doyen et le chapitre de Séville. Au cours de ses réquisitions à Écija, Cervantès aurait détourné des biens de l'Église. Un peu plus tard, en 1592, le commissaire aux vivres fut arrêté de nouveau à Castro del Río, dans la province de Cordoue pour vente illicite de blé. Il fut de nouveau emprisonné pour une courte période et accepta un emploi à Madrid : il fut affecté au recensement des impôts dans la région de Grenade. C'est vers cette époque qu'il commença à rédiger Don Quichotte. Il eut l'idée du personnage probablement dans la prison de Séville, peut-être dans celle de Castro del Río. Cervantès se retrouva de nouveau en prison à Séville de septembre à décembre 1597 où il retourna encore en 1602 et 1603. En 1601, le roi Philippe III s'établit avec sa cour à Valladolid qui devint pour un temps la capitale de l'Espagne. Cervantès s'y installa en 1604 dans une maison près de l'hôpital de la Résurrection qui lui inspira le décor du Colloque des chiens, et de Scipion et Berganza."

On comprend que les fonctions de Commissaire des vivres ont amené Cervantes à fréquenter l'Abattoir de Séville.

"Le Colloque des chiens (El coloquio de los perros) est une des 12 nouvelles des Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantes. L'examen de cette pièce comme récit autonome au sein des Nouvelles Exemplaires est problématique car le colloque est en fait la suite d'une histoire intitulée El casamiento engañoso (Le Mariage trompeur) qui représente un prétendant dépouillé de ses biens par sa jeune épouse. Cette affaire mène le prétendant à l'hôpital où, vraisemblablement dans un délire, il voit et entend deux chiens qui commencent à parler sur le coup de minuit. C'est l'occasion pour Cervantès de faire avec humour la satire de la société dans laquelle il vit et pour les chiens de discuter de leurs expériences avec leurs maîtres et autres considérations. Scipion et Berganza qui gardent l'hôpital de la résurrection à Valladolid se sont aperçus pendant la soirée qu'ils ont acquis la capacité de parler. Berganza décide de raconter à Scipion ses expériences avec différents maîtres en visitant des lieux tels que Séville, Montilla, Cordoba et Grenade."

— Voici maintenant l'extrait du Colloque des Chiens" :

«Paréceme que la primera vez que vi el sol fue en Sevilla y en su Matadero, que está fuera de la Puerta de la Carne; por donde imaginara (si no fuera por lo que después te diré) que mis padres debieron de ser alanos de aquellos que crían los ministros (encargado) de aquella confusión, a quien llaman jiferos (matarife). El primero que conocí por amo fue uno llamado Nicolás el Romo, mozo robusto, doblado (recio, fuerte) y colérico, como lo son todos aquellos que ejercitan la jifería. Este tal Nicolás me enseñaba a mí y a otros cachorros a que, en compañía de alanos viejos, arremetiésemos a los toros y les hiciésemos presa de las orejas. Con mucha facilidad salí un águila en esto“. etc...

(Je réunis deux traductions pour m'économiser le travail de copie...)

"1. L'abattoir de Séville.

–Berganza :

Il me semble que la première fois que j'ai vu le soleil, ce fut à Séville, et à l'abattoir, qui est hors de la porte de la Viande, d'où j'imaginerais, n'était ce que je dirai plus tard, que mes parents durent être des dogues, de ceux qu'élèvent les exécuteurs de ce lieu de confusion, auxquels on donne le nom de bouchers [Jiseros. Ce n'est pas précisément le mot de bouchers, mais un nom de mépris qu'on applique aux gens de cette profession, et qui n'a point de corrélatif en français. On sait que « los jiferos » étaient la gent la plus vile de l'abattoir de Séville. N.des T.] Le premier que je connus pour maître fut un certain Nicolas le camus, garçon robuste, trapu et colérique, comme le sont tous ceux qui exercent la boucherie. Ce Nicolas m'apprenait, à moi et à d'autres jeunes chiens, à attaquer les taureaux, en compagnie de vieux dogues, et à les saisir par les oreilles. Je devins, avec une facilité singulière, un aigle dans ce métier.

–Scipion.

Je ne m'en étonne point, Berganza. Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire. [Trad. Louis Viardot 1838]

–Berganza.

Que te dirais-je, Scipion mon frère, de ce que j'ai vu dans cet abattoir et des choses exorbitantes qui s'y passent? Sache d'abord que tous ceux qui y travaillent, du plus petit au plus grand, sont gens à conscience large, sans âme, sans crainte du roi ni de sa justice, et vivant pour la plupart en marge du mariage. Ce sont des oiseaux de proie carnassiers, se nourrissant, eux et leurs amies, de ce qu'ils volent. Chaque matin des jours de viande, avant l'aube, se réunissent à l'abattoir une grande quantité de filles et de gars, tous avec des sacs qui, venus vides, repartent pleins de morceaux de viande, et les filles avec les filets et les lombes presque entiers[las criadas con criadillas]. Il n'est point de bête tuée dont ces gens ne prélèvent la dîme et les prémices dans la partie la plus savoureuse et la mieux parée; et comme à Séville il n'y a point de fournisseur municipal de la viande, chacun peut apporter la bête qu'il veut, et celle que l'on tue d'abord est taxée de la première ou de la dernière qualité. De cette façon, il y a toujours grande abondance de chair. Les maîtres se recommandent à ces bonnes gens dont j'ai parlé, non pour n'en être pas volés (car cela est impossible), mais pour qu'elles se modèrent dans les coupes et subtilisations qu'elles opèrent dans les bêtes mortes, qu'elles émondent et taillent comme si c'étaient des saules ou des treilles. Mais rien ne me surprenait tant et ne me paraissait pire que de voir que ces bouchers vous tuent avec la même facilité un homme qu'une vache; en un clin d'oeil et en un tour de main, ils plongent un coutelas à manche jaune dans la bedaine d'une personne comme s'ils saignaient un taureau. C'est miracle si un jour passe sans rixes ni blessures, et, parfois, sans meurtres. Tous se piquent d'être vaillants et même ont leur grain de rufiénisme, nul ne manque d'avoir son ange gardien sur la place de Saint-François, qu'il achète avec des filets et des langues de bœuf. [C'est-à-dire un protecteur parmi les bas-officiers de justice, escribanos, alguaziles et corchetes, note de L. Viardot]. Finalement, j'ai ouï-dire d'un homme avisé que le roi avait trois choses à gagner à Séville : la rue de la Caza, la Costanilla et l'Abattoir. [Trad. Henri Collet

[Il en échappe un jour et devient chien de bergers, non plus de ces pâtres charmants que Cervantes nous fit connaître dans sa Galathée mais de vrais bergers que l'auteur maintenant nous peint de son pinceau réaliste, et qui sont plus voleurs que les loups. Berganza, outré, s'enfuità Séville où il sert un riche marchand, puis un alguizil.]

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IV. Les chiens en tauromachie :  un témoignage de Goya.

Goya créa en 1815-1816 une série de gravures intitulées  Tauromachia : la gravure 25 est cionsacrée à l'attaque par les chiens lors d'une corrida :

http://www.torolibre.fr/122823252 : « C'était une coutume quelque peu barbare, à laquelle on avait recours pour les taureaux couards. On dit que les Maures de Grenade la pratiquait déjà. D.Jose de la Tixera dit que ce procédé était de mise lorsque les taureaux avaient déjà été "courus", ce qui non seulement évitait aux acteurs d'exposer leur vie, mais amusait le public, le réjouissait du spectacle d'une lutte fort plaisante et qui, de temps immémorial, est tenu pour annexe et inséparable des fêtes de taureaux. » (selon les explications de M. Conde de la Viňaza, dans son catalogue de l'œuvre de Goya ).

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COMMENTAIRES.

   La description de l'Abattoir de Séville par Cervantes s'accompagne d'un jugement dissimulé et par procuration — ce sont les propos de chiens, et non ceux de l'auteur— des mœurs des bouchers, mais aussi de la cruauté infligée aux taureaux soumis à l' attaque des chiens : comme le dit Scipion, "Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire". Bien que le but de l'auteur ne soit pas de juger les chiens, mais plutôt les habitants des bas-fonds de Séville, il exprime clairement son sentiment vis-à-vis de cette scène, dont il a été certainement un témoin oculaire.

Par contre, Alonso Morgado se contente, en historien, de livrer une information sur la lutte des taureaux et des chiens, sous le contrôle des porteurs de lance.

 

Alors que Georg Braun devrait lui-aussi rapporter, en bon chorographe, des éléments d'observation visuelle avec la même neutralité de géographe que celle de l'historien, son texte fait état du plaisir éprouvé devant le coté spectaculaire du combat. L'accent y est mis, non bien-entendu sur le ressenti des animaux, mais sur les éléments qui crée l'excitation du spectateur : les nasaux qui fument, le sable qui vole sous les sabots, et, clou du spectacle, les chiens — des dogues ! — qui sont projetés en l'air et retombent sur les cornes

 

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Du plaisir éprouvé à voir un chien sauter en l'air, ou de berner autrui.

Ce moment plein de vérité a été saisi  en 1835 par l'artiste Pharamond Blanchard dans sa série Tauromachie (Prado) :

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Cette scène évoque celle où, dans El Pelele, un tableau de Goya (1791, Prado), quatre jeunes-filles font valser "pour jouer" un pantin masculin.

 

https://www.museodelprado.es/goya-en-el-prado/obras/ficha/goya/el-pelele/

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Or, le plaisir cruel consistant à faire sauter un individu dans une couverture porte un nom en français, c'est l'action de berner. "Berner", c'est selon le Trésor de la Langue Française,  "Molester quelqu'un", le faire sauter dans une "berne" c'est-à-dire une "grande pièce d'étoffe et particulièrement de laine". Deux personnes ou personnages ont témoigné de ce châtiment agrémenté de moqueries. Le premier est Vincent Voiture dans sa Lettre n° IX à Mademoiselle de Bourbon (1668). Je ne résisterais pas au plaisir de faire découvrir de brefs extraits de cette fiction :

Je fus berné vendredi après diner, pour ce que je ne vous avais pas fait rire dans le temps que l'on m'avait donné pour cela. [...]J’eus beau crier et me défendre, la couverture fut apportée, et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela.[...] A tous coups ils me perdoient de vue et m’envoyoient plus haut que les aigles ne peuvent monter. Je vis les montagnes abaissées au-dessous de moi, je vis les vents et les nuées cheminer dessous mes pieds, je découvris des pays que je n’avois point imaginés[...] Ce que je vous puis dire, mademoiselle, c’est que jamais personne ne fût si haut que moi, et que je ne croyois pas que la fortune me dût jamais tant élever. Voiture, 1630.

L'autre personnage n'est autre que Sancho Panza, écuyer de Don Quichotte (I, XVII, Trad. et Note de Louis Viardot) :

"La mauvaise étoile de l’infortuné Sancho voulut que, parmi les gens qui avaient couché dans l’hôtellerie, se trouvassent quatre drapiers de Ségovie, trois merciers de Cordoue et deux marchands forains de Séville, tous bons diables et bons vivants, aimant les niches et la plaisanterie. Ces neuf gaillards, comme poussés d’un même esprit, s’approchèrent de Sancho, le firent descendre de son âne, et, l’un d’eux ayant couru chercher la couverture du lit de l’hôtesse, on jeta dedans le pauvre écuyer. Mais, en levant les yeux, ils s’aperçurent que le plancher du portail était trop bas pour leur besogne. Ils résolurent donc de sortir dans la basse-cour, qui n’avait d’autre toit que le ciel ; et là, ayant bien étendu Sancho sur la couverture, ils commencèrent à l’envoyer voltiger dans les airs, se jouant de lui comme on fait d’un chien dans le temps du carnaval *"

"*Note : Le supplice de Sancho était dès longtemps connu. Suétone rapporte que l’empereur Othon, lorsqu’il rencontrait, pendant ses rondes de nuit, quelques ivrognes dans les rues de Rome, les faisait berner… distento sagulo in sublime jactare. Et Martial, parlant à son livre, lui dit de ne pas trop se fier aux louanges : « Car, par derrière, ajoute-t-il : Ibis ab excusso missus in astra sago. ». Les étudiants des universités espagnoles s’amusaient, au temps du carnaval, à faire aux chiens qu’ils trouvaient dans les rues ce que l’empereur Othon faisait aux ivrognes."

http://www.gutenberg.org/files/39405/39405-h/39405-h.htm

 

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On voit ce que cette amusante plaisanterie infligée à la vedette de son choix doit aux chiens, qui en furent les premières victimes.

Voici maintenant l'argument de mon exposé. J'ignore qui est l'auteur du texte de 1598 (Hoefnagel, à 56 ans, allait mourir en 1600), mais je sais qui est l'auteur du dessin préparatoire de la gravure du volume V du Civitates : c'est bien Joris Hoefnagel. Or, il a choisi un angle de vue parfaitement insolite pour représenter Séville, et que ne reprendront pas ses successeurs. Un point de vue non seulement ingrat , mais aussi défavorable puisqu'il donne à voir le dépotoir (on voit à droite de la planche des cadavres d'animaux, et un homme déchargeant des immondices). Ce "Muladar" est indiqué dans la Légende par la lettre R. En outre, le sujet de premier plan n'est pas, comme c'est alors la coutume chez les topographes, consacré à montrer des habitants de Séville dans leur costume traditionnels faisant montre de leur civilité en se saluant, en se promenant main dans la main ou en se livrant à la dans et à la musique, mais il est réservé à une scène de dérision, l'Exécution par un officier de justice de la peine infligée à un mari cocu (Légende, lettre S). Ce mari a été encorné de branchages, et il est promené sur un âne, fouétté par l'épouse infidèles, alors que les passants, avertis par le son d'une trompette et par les cloches suspendues aux "cornes", lui lancent de la boue et lui font le signe des cornes (le "cabrón", le bouc de fornication). Cette scène d'humiliation est doublée de "l'Execution d'alquaguettas publicas" (lettre T) où l'entremetteuse, sans-doute enduite de miel, est assaillie par les abeilles.

Enfin, on sait que cette scène du Cornudos pacientes est reprise sur le mode emblématique en 1569 dans un recueil, le Patientia, destiné à exhorter son ami Radermacher à la patience face à l'exil et aux épreuves que connaissaient alors les néerlandais partisans de la Réforme.

On peut donc penser que le choix de ce point de vue n'est pas fortuit, pas plus que l'association sur une planche d'une vue morbide sur une décharge de cadavres animaux, de l'exécution de deux sentences humiliantes du tribunal Civil, et d'une scène de violences envers des animaux, présentée comme un spectacle ludique.

Le Quemadero de Seville.

La liste des lieux indexés dans la Légende va de A à T, de Quemadero à Execution d'alcaguettas publicasQuemadero, dont la consonnance se rapproche de celle de Matadero, vient de l'espagnol quemado participe passé de quemar "brûler". Quemadero signifie donc, comme adjectif, "qui doit être brûlé" , et comme nom, "bûcher",  "incinérateur", "four crématoire". Le Quemadero de Séville, installé à Tablada (et détruit en 1809) fut le lieu d'exécution des hérétiques et des sorcières construit par les premiers inquisiteurs en 1481. On en décrit surtout ses quatre statues représentant les prophètes. C'est lui dont Victor Hugo a écrit « Ce "quemadero" démesuré a couvert le Monde, sa fumée a été pendant trois siècles le nuage hideux de la civilisation, et, le supplice fini, le brûlement achevé, on a pu dire : cette cendre, c'est le peuple.» Selon l'historienne Maria Lara –"Au total, entre 1481 et 1524, il y avait 5 000 et 20 000 convertis brûlés dans la ville.Dans la Séville du XVIe siècle, en Espagne, il y avait un immense intérêt pour tout ce spectacle macabre, les auto da fé ont été suivies massivement et ont réveillé une passion. Aller voir les exécutions était quelque chose de similaire à aller assister à une farce théâtrale. ...Le Castillo de San Jorge à Triana, a accueilli le Tribunal Espagnol de l'Inquisition, certainement le premier en Espagne." 

 

Rappel (Wikipédia) 

I  En Espagne, dans le contexte de la reconquête des territoires musulmans par les chrétiens espagnols et la construction d'une identité nationale fondée sur la foi catholique, les nouveaux chrétiens faisaient l'objet, depuis le début du xive siècle, de persécutions soutenues par les autorités. Ce sont au premier chef les « marranes » (« porcs » en espagnol), c'est-à-dire les juifs convertis au christianisme, dont le nombre fut particulièrement élevé après les répressions anti-juives de 1391, qui furent suspectés de ne pas être sincères dans leur nouvelle foi chrétienne .

Comme les évêques demandaient aux souverains de pouvoir prouver la vigueur de leur engagement en pourchassant les « nouveaux chrétiens », les ambassadeurs espagnols à Rome firent pression pour obtenir l'Inquisition. Le Pape accéda à leur requête à contrecœur, ne pouvant contrôler cette institution.

Le 17 septembre 1480, les premiers inquisiteurs dominicains, Miguel de Morillo et Juan de San Martín, sont nommés par l'État. Ils prennent leurs fonctions à Séville où la communauté marrane menacée échoue dans une tentative d'insurrection. Le siège de l'Inquisition est établi au Château de San Jorge, qui lui servira également de prison. Six personnes sont brûlées vives. L'Inquisition commence ainsi sa longue carrière.

II. De 1483 à 1498, l'Inquisiteur Général Torquemada donna à l'Inquisition espagnole une importance et une puissance sans précédent. Particulièrement dirigée, à cette époque, contre les juifs et musulmans convertis (marranes et morisques), elle laissa un souvenir terrifiant (d'une source à l'autre les chiffres sont très variables, les plus conservatrices estiment à environ 2 000 le nombre de personnes brûlées sous le gouvernement de Torquemada). La répression qui eut lieu entre 1480 et 1500, sous l'impulsion de Torquemada, fut si efficace que la traque aux judaïsants devint par la suite moins fructueuse et plus difficile.

Les successeurs de Torquemada et de Deza furent, pour la plupart, plus modérés. 

Est mise en place, en Espagne puis au Portugal, une structure de surveillance systématique et de délation généralisée, non seulement à l'encontre des convertis, mais aussi de leurs descendants, et de tous les chrétiens d'ascendance même très partiellement juive, baptisés « nouveaux chrétiens ».

III. À partir de 1525, les tribunaux se tournent vers les morisques, c'est-à-dire les Maures pratiquant l'islam en secret.

IV. Puis ils s'intéressent aux protestants, et à partir de 1530, aux délits divers tels que la bigamie, la fornication ou le blasphème.

Un tour de vis est donné par le carriériste Fernando de Valdés y Salas, inquisiteur général de 1547 à 1566 et archevêque de Séville, avec l'intensification de la persécution contre les foyers luthériens et le terrible autodafé de 1559. La même année, il publie le premier index espagnol des livres interdits, où figurent plusieurs centaines de titres. C'est aussi durant son mandat que l'Inquisition commence à délivrer des « limpiezas de sangre » (« certificat de propreté du sang ») aux personnes ne possédant pas d'ancêtre juif ou musulman. Ces certificats sont non seulement exigés pour l'accès à l'armée, aux charges du Saint Office, pour l'entrée aux universités, mais également réclamés par les familles à la veille des mariages.

Le séjour de Joris Hoefnagel , dont le père est protestant, a lieu entre 1563 et 1565 et correspond à cette focalisation de l'Inquisition contre les protestants. 

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CONCLUSION.

Dans l'ensemble de son œuvre Joris Hoefnagel s'est montré très prudent et rien ne permet de connaître ses sentiments. Dans cette Vue de Séville, rien n'indique que le choix de ses sujets "pittoresques" en premier plan de sa présentation de la grande ville commerciale de l'Espagne ne témoigne d'un jugement de valeur sur ce qu'il dépeint. Rien n'indique qu'il éprouve une compassion pour les trois victimes de la condamnation contre leur inconduite morale alléguée ; rien n'indique non plus qu'il ne considère pas la lutte des taureaux contre les chiens comme un spectacle attrayant. Nul n'est  censé, face aux cadavres des animaux sur le dépotoir du Muladar, développer des considérations sur le caractère éphémère de la vie. Et personne n'est fondé à établir un lien entre le Quemadero de l'Inquisition, et le Matadero de Séville.

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS 

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Bibliographie générale sur Hoefnagel , voir :  http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html.

 

 BESSE (Jean-Marc) 2005 . « Vues de ville et géographie au XVIe si`ecle : concepts, démarches cognitives, fonctions ». F. Pousin. Figures de la ville et construction des savoirs. Architecture, urbanisme, géographie, CNRS Editions, pp.19-30, 2005.

 BUCHER (Bernadette J. ),1992, America: Bride of the Sun : 500 Years Latin America and the Low Countries : Royal Museum of Fine Arts, Antwerp

— DESPREZ (François) 1562 Recueil de la diversité des habits, Paris, Richard Breton, (1562) copiée par :

— SILVIUS (A. Bosch, dit) et SLUPERIUS, Anvers 1572 Omnium fere gentium nostraeque aetatis nationum habitus et effigies, Anvers, J. Bellerus, 1572

--La Tondue d'Espagne : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=76

-- L'espagnolle et l'espaignol : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=82

--L'Espaignole rustique : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=86

 

— FREIRE (Antonio Albardonedo) - ‎2005 -La génesis de la tauromaquia moderna : la presidencia de la autoridad y la construccion de tribyunas -Laboratorio del Arte http://institucional.us.es/revistas/arte/18/33%20albardonero%20freire.pdf

 

NERLICH (Michael), 2005, Le Persiles décodé ou la "Divine comédie" de Cervantes , Presses Universitaires Blaise pascal, 743 pages, page 324

https://books.google.fr/books?id=D2J2a_ANq_8C&dq=%22civitates+orbis+terrarum%22+%C3%A9dition+en+fran%C3%A7ais&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

ORTELIUS (Abraham), 1570, Theatrum orbis terrarum, Anvers

:https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n3/mode/2up

 — Iconografía de Sevilla Tomo primero, 1400-1650 / María Dolores Cabra Loredo ; con la collab. de Elena María Santiago Páez / Madrid : Ediciones El Viso , 1988 page 66

— PADRON (  Francisco Morales) : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos

PARESY (Isabelle),  2008, Apparences vestimentaires et cartographie de l'espace en Europe occidentale aux XVIe et XVIIe siècles, in Paraître et apparences en Europe occidentale: du Moyen Âge à nos jours pp. 253-270, Septentrion (Presses Universitaires du), 397 pages, https://books.google.fr/books?id=stMX3ujLEQoC&dq=%22civitates+orbis+terrarum%22+%C3%A9dition+en+fran%C3%A7ais&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, Bruxelles et Leipzig, 1842 ..., Volume 1 page CXIX : numérisé par Google.

— Gravures de Séville dans  la Cartoteca digital : 

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/search/collection/vistes/searchterm/sevilla/order/nosort

Sites sur la Tauromachie :

--   http://www.elcotodecaza.com/blog/eduardodebenito/perros-caza-del-toro-cinegetica-tauromaquia-120412

--  http://losmitosdeltoro.com/el-perro-en-los-toros/

— La Justice en Espagne lors de l'Inquisition :

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/index.php?option=com_content&task=view&id=582&Itemid=31

— Sur les crimes de l'Inquisition au Quemadero:

http://personal.us.es/alporu/histsevilla/inquisicion.htm

http://elcorreoweb.es/tablada-fue-el-quemadero-principal-de-brujas-de-sevilla-CDEC413256

—Le Civitates orbis terrarum dans son édition française :

-- Livre quatriesme des principales villes du monde : 

 http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

--Theatre des Principales Villes de Tout L'Univers Cinquieme Volume, 1610 :

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=10024

— La carte de la province de Séville dans le Theatrum Orbis Terrarum d'Ortelius (1570) et son texte :

http://www.orteliusmaps.com/book/ort_text28.html

 

 

Sources des images :

— http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/ref/collection/vistes/id/591

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/singleitem/collection/vistes/id/1115/rec/4

Séville 1573

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

Séville1572   Civitates I,2 :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

Séville 1588 IV,2 

-- http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

-- http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/165353/%20antique-map-of-sevilla-by-braun-and-hogenberg/

-- en français (avec le texte) : © Biblioteca Nacional de España  http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

Séville 1598 Civitates V,7 :

--  http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

-- http://digital.tcl.sc.edu/cdm/singleitem/collection/braunhogen/id/247/rec/4

Edition en français :

-- © Biblioteca Nacional de España  http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

-- http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/166496/antique-map-panoramic-view-of-seville-by-braun-and-hogenberg/shoppingcartadded/ (avec le texte en français)

--Texte Hispalis vol. V  : http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32#img1

— Aux environs de Séville 1598 Civitates V,8 , et la Giralda :

-- http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=5779

Edition française, © Biblioteca Nacional de España : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1



 

 

 

 

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