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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 16:21

Le vitrail de la Passion de l'église Notre-Dame-et-Saint-Tugen de Braspart (29).

 

A Braspart, les deux verrières qui éclairent le chœur sont en partie cachées par le volumineux baldaquin d'autel, et ne peuvent être photographiés strictement de face, mais toujours en se défiant des quatre colonnes corinthiennes du XIXe siècle. De ces deux verrières, l'une, la baie 1 du coté nord, date de l'édifice du XVIe siècle dédié à saint Jaoua, où elle occupait la maîtresse-vitre, ou baie d'axe. Mais lors de la reconstruction du chevet en 1724, elle fut déplacée et adaptée à cette baie en plein cintre divisée en trois lancettes par deux meneaux droits, haute de 4 mètres et large de 1,80 mètre. Ses quinze panneaux  se décrivent en quatre registres, consacrés à une Passion. 


                    Braspart-1413v.jpg

 

 

Elle appartient donc à la cinquantaine de verrières de la Passion réalisées dans le Finistère, le plus souvent pour la maîtresse-vitre, au XVIe siècle. Mais, dans cet ensemble, elle occupe une place particulière car il est possible de l'attribuer indirectement au maître-verrier quimpérois Gilles Le Sodec, et, par là, de la constituer en jalon dans l'histoire du plus important atelier quimpérois, Gilles ayant été précédé par Laurent et Olivier Le Sodec.

 Toutes ces Passions sont comparables par leurs cartons, leur facture et leur type d'ornement. La thèse de Roger Barriè est consacrée à leur étude. Plusieurs sont décrites dans mon blog : Locronan, Penmarc'h, Lanvénégen, Ergué-Gabéric, Plogonneg, Quimper, La Roche-Maurice, La Martyre, Guengat, Saint-Nic, Gouezec, Quéménéven etc. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

  • 1476-1479 : Locronan

  • 1510 : Penmarc'h,

  • 1515 : Lanvenegen,

  • 1516 : Ergué-Gabéric,      

  • 1520 : Plogonnec,  attribué à Olivier Le Scodec

  • 1525 Pluguffan

  • Premier quart XVIe : Cast, Chapelle de Quillidouaré.

  • 1535 : Quimper, église saint-Matthieu

  • v.1535 : Braspart (ou 1560 pour J.P. Le Bihan)

  • 1539 : La Roche-Maurice.

  • 1540 La Martyre

  • 1550 : Guengat,

  • 1550 Guimiliau

  • 1550 : Tourch

  • 1550 : Trégourez

  • 1556 Saint-Herbot 

  • 1560 : Saint-Nic.

  • 1560 : Spezet, N.D-du-Crann

  • 1570 : Pleyben

  • 1573 : Pouldreuzic

  • 3e quart XVIe siècle : Gouezec

  • 3e quart XVIe siècle : Quéménéven

  • 3e quart XVIe siècle  Tréguennec

  • 4eme quart XVIe : Pont-Croix.

— Laurent Sodec est attesté en 1514 par les comptes de la fabrique de la cathédrale de Quimper, non comme verrier, mais comme peintre chargé de repeindre les lettres gravées de la façade du reliquaire :  Item solvit laurencio Sodec pro .. et pictura impressa in scripturis parietis domus reliquiarum

 — Gilles le Sodec est attesté à propos de Braspart en 1543 par un acte notarié du 15 novembre :

Le vingt cinquième jour de novembre l'an mil cinq cents quarante et troys, nobles hommmes Charles de la Marche,Sr su dit lieu et de Bodriec,d'une aprt, ei GilesLe Sodec, peintre et vitrier, de Quimper Corentin, d'aultre part, lesquels et chacun d'eulx ont fait marché et accord ensemble et par forme que le dit Le Sodec a promis et doibt faire et construire une vitre en l'église parrochiale de Braspers, devers le midy, en laquelle y aura mis et peint les douze appostles tennant chacun un rollet contenant les articles du Credo et aussy y sera le nom de chacun appostle avecques en haut d'icelle vitre les armes du dit Sr de Bodriec. Est le dit marché fait pour le prix et la somme de soixante livres monnaie et deux escuts d'or a le souleill; en outre d'être payé par le dit Sr de Bodriec au dit Le Sodec acceptant, scavoir : la moitié à la foare de Saint-Corentin prochain venant et l'aultre moitié au prochain sabmedi de la Chandeleur prochaine, d'illesques en suivant et oultre ce que sera le bon plaisir dudit Sr bailleur. Ordonner audit Le Sodec,après l'accomplissement de ladite vitre, laquelle vitre ledit Le Sodec trouvera preste dedans la feste de Nre dame en my mars prochain venant, gréé et jure par la court du Fou o toute renonciation, liaison, serment, soubmission et prorogation de juridiction, comdamnation, etc. En maire forme de contrat et sauff forme en la maison de Alain Heart, l' un des notaires et taballions, cy souscrits les jours, an que dessus.

— Les autres données sont des spéculations, plus ou moins crédibles, sur l'interprétation de lettres inscrites sur les galons dans les verrières.

 

                Le Registre inférieur. 

Dans ces descriptions, j'ai recopié les commentaires (qui portent surtout sur les restaurations) du Corpus Vitrearum de Gatouillat et Hérold. 

1. Le Lavement des pieds.

Comme l'indique une discrète inscription, il a été entièrement réalisé par Jean-Louis Nicolas, dans le coin inférieur droit : J.L. NICOLAS FECIT 1861.

Jean-Louis Nicolas (1816-1899) est un Peintre Verrier Morlaisien : après des études de peinture à paris (académie Jullian) il installe son atelier à Morlaix, où il travaille avec son équipe dans une cinquantaine d'église du Finistère, Côtes d'Armor et Morbihan. Celle de Saint-Thégonnec semble être son point d'orgue.Dès 1867, son fils Louis participe. A la mort de son père, il prendra la tête de l'atelier appuyé par son frère Françis et sa sœur Maria. L'atelier fermera en 1930. "L'oeuvre de Jean Louis Nicolas est essentiellement d'inspiration religieuse; Elle s'inscrit dans un contexte historique bien précis, celui de la seconde moitié du 19e siècle et dans une région limitée, la basse Bretagne et principalement le diocèse de Quimper et de Léon. Les thèmes exécutés par Jean Louis Nicolas ne sont pas dus au hasard. Ils sont souvent inspirés de la sensibilité spirituelle de son époque, et assez souvent, semble -t-il, fixés par le clergé." R FLOCH "L'Atelier NICOLAS" 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-4939922.html

En 1861, il a restauré la verrière de Braspart, refaisant à neuf certains panneaux dont celui-ci. Il se chargea aussi de créer pour la Baie 2 (au sud) une verrière consacrée aux scènes de l'Enfance et de la Vie Publique du Christ (voir infra), ainsi que les verreries mécaniques qui ferment les autres fenêtres de l'église et qui furent exécutées en 1882. 

Ici Nicolas a copié les petits dais à ornement Renaissance qui coiffent les panneaux authentiques.

                    Braspart 1415c

 

2. L'Entrée à Jérusalem.

 

Vers 1535 ;  parties principales très bien conservées, têtes ajoutées sur le coté.   

                Braspart 1416c

 

Braspart 9305c

 

 

3. La Cène et la trahison de Judas.

Panneau créé par J.L. Nicolas.

  Il s'agit de la scène où Jésus désigne celui qui le trahira en disant : c'est celui qui a mis la main en même temps que moi dans le plat. D'où la diagonale bras droit du Christ / agneau pascal / main de Judas, ou la diagonale des trois visages de Jésus, de Jean (endormi) et de Judas, les trois J qui posent les insolubles problèmes du Bien et du Mal, du "choix" de la fidélité et du "choix" de la trahison, de l'amour basculant dans la haine, de la prescience du Christ acceptant que l'avenir se déroule, de sa malédiction de Judas ("malheur à l'homme par qui le Fils de l'Homme est livré") et de son pardon, ou, plus poignant encore, l'intrication de la nourriture partagée entre Jésus et Judas, signe épiphanique sanglant de la trahison et du sacrifice, et de la nourriture partagée entre les apôtres, signe de communauté eucharistique. 

Judas est en jaune, couleur de la traîtrise. Il détourne le regard et s'apprête, bourse en main, à se lever et à quitter la table et rejoindre le camp des ennemis du Christ. Il nous fixe. Comme dans la Cène de Rubens.

Braspart-1460c.jpg

 

 

                               Le deuxième Registre.

4. L'Agonie du Christ au Jardin des Oliviers.

Restauré et complété en bas à droite.

 

                      Braspart 1417c

5. Comparution devant Pilate.

Bonne conservation.

A noter la pauvreté des motifs damassés, que ce soit celui du fond pourpre ou celui de la robe de Judas.

                 Braspart 1420c

 

6. Comparution devant Caïphe.

 

Tête du Christ restaurée.

                 Braspart-1454c--2-.jpg

 

                                 Troisième registre.  


7. Dérision du Christ.

 

Bien conservé sauf la tunique du Christ.

Braspart 1418c

 

 

 

8. La Flagellation.

Christ restauré sauf la tête, sanguine altérée sur la chevelure.


Braspart 1421c

 

 

 

Braspart 9297c

 

9. Le Couronnement d'épines.

Bonne conservation.

                       Braspart 1423c

 

Braspart 9298c

 

 

 

     Registre supérieur : grande Crucifixion en tryptique.

 

Comme dans de nombreuses Passions finistérienne, le ciel y est rouge.

Les panneaux ont été largement restaurés ; groupe de la Vierge de saint Jean et des saintes femmes déplacé au pied de la croix— une ftête de femme restauré vers 1725— les larrons restaurés en 1861. 

10. Portement de croix ; le Bon Larron.

Moitié inférieure bien conservée — tête de Simon de Cyrène, soldats, tunique du Christ— ; restitué en haut.

Le Christ porte la croix ; Simon, "le père d'Alexandre et de Rufus" (Mc 15:21), le cyrénaïque qui revenait des champs a été désigné par les soldats pour l'aider, ce qui n'empêche pas ces derniers de le frapper d'un fort gourdin. Le resserrement des visages et des corps rend compte de la violence de la  Passion subie.

A l'extrême gauche, un ange emporte au paradis l'âme rédemptée du Larron converti.


11. Christ en croix.

Au pied de la Croix, de gauche à droite, saint Jean soutenant Marie en pâmoison ; une sainte femme en pleurs ; une autre femme se penchant aussi vers la Mère du Christ. Un roi couronné tenant une boite dorée. 

Dans le registre intermédiaire, de chaque coté de la croix sur leur monture respective, les deux cavaliers Longin, celui qui donne de sa lance le coup de grâce dans le flanc droit pour vérifier le décès, et, de l'autre coté,, celui avec qui il a été assimilé,  le Bon Centurion converti qui s'écrit, comme l'indique le phylactère, VERE FILIUS DEI ERAT ISTE tout en désignant le Christ de la main.

Dans les différentes Passions finistériennes, on trouve au pied de la croix sainte Marie-Madeleine éplorée : je m'interroge donc sur la singularité de cette femme qui se penche vers Marie. j'en trouve un modèle dans une œuvre de Memling de 1491, le triptyque Greverade de Lubeck : on y voit, la Vierge soutenue par Jean à sa droite alors qu'une des Marie (Marie Salomé ou Marie Jacobé) la soutient à gauche. (Mc 15,40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, parmi elles Marie de Magdala, et Marie, mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé… »)


 

Braspart 1419c  Braspart 1422c

 

12. Déposition de croix.

Très restaurée : larron, Christ, tête de la Vierge.

 

                                    Braspart 1424c

 

 

La baie 2. 

1861 par J.L. Nicolas.

Braspart 1414v

 

 

Sources et liens.

ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1904 , Notice sur la paroisse de Braspart.

 — BARRIÉ (Roger) 1979  Étude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred) 1988 Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988, p. 29-31.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/BRASPART.pdf

— PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. Brasparts. Notices des paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Dans : Bulletin de la commission diocésaine d´architecture et d´archéologie, vol. I, 1904, p. 269-310. 

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005 "Les vitraux de Bretagne", Corpus Vitrearum France- Recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2005, 367pp. pages 116-117.

— VILLIERS DU TERRAGE (E. de) 1895 : Note sur la commande d'un vitrail à Brasparts en 1543 (Bull.Soc. Archeol. Finist. 1895).

 

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