Les 33 boites à crâne ou "boites à chef" de la cathédrale Saint-Pol-Aurélien de Saint-Pol-de-Léon.
Voir aussi :
1°) sur cette cathédrale
- Les jouées des stalles du chœur (1504-1520) de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
- Les frises sud des stalles du chœur (1504-1520) de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
- Le tombeau de Jean Le Scaff et d'Anne du Bois de Kergoët en la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
2°) Sur l'art et les pratiques funéraires
PRÉSENTATION
La pratique des « boîtes à crânes » consiste à isoler la tête du reste des os destinés à être mélangés dans l’ossuaire, permettant de maintenir une forme d’individualité en offrant aux défunts un moyen de « résister » à l’anonymat inhérent à la pratique de la translation. Les crânes sont conservés sur des étagères et protégés par des châsses en bois, dont l’ouverture souvent sculptée en forme de cœur ou d’un autre motif, laisse apparaître le crâne du défunt. Chaque boîte porte le nom de la personne, la date de son décès et parfois sa position sociale.
En effet, les défunts étaient enterrés dans l'église jusqu'en 1719, puis dans le cimetière parroissial, avant que leurs ossements soient réunis dans les ossuaires, où ils pouvaient bénéficier des prières et d'aspersion d'eau bénite par leurs familles. Dans certains cas, celles-ci pouvaient obtenir, lors des translations, et si le défunt était identifié, de conserver le crâne du défunt, après une opération nommée "décollement du chef" afin de la placer dans une boîte à ouverture, qui était placées dans une partie de l'ossuaire ou dans un édicule du cimetière (ici à Saint-Pol-de-Léon), voire même peut-être dans l'église. Lorsque l'ossuaire était rempli, on creusait une fosse où les ossements étaient inhumés, au cours d'une cérémonie.
A Saint-Pol-de-Léon, 9 ossuaires des XVe et XVIe siècles, font corps avec le mur du cimetière, ils comprennent trois ou quatre arcatures peu profondes et abritaient des boites contenant des crânes (A. Le Bars). Ce sont ces boites qui ont été (au XIXe siècle) rassemblés dans la cathédrale.
Les boites se trouvaient, en 1885, "au dessus du mur du chœur", puis elles ont été rassemblées dans un enfeu du déambulatoire nord, où Castel et Barbedor les ont inventoriées. Elles formaient un ensemble d'étagères funéraires qu'ils ont surnommé les « Étagères de la Nuit » . Il s'agissait d'un ensemble de trente-cinq boîtes en bois, en forme de chapelles surmontées d'une croix. Ces boites sont aujourd'hui dans un enfeu du bas-côté sud du chœur, devant un catafalque à rouleaux, et elles sont au nombre de trente-trois.
Elles semblent toutes datables par leur aspect du XIXe siècle (fin XIXe). En forme de petite chapelle au pignon surmonté d'une croix, sont en bois peint et mesurent en moyenne 26 cm de haut, 18 cm de large et 22 cm de profondeur. Les dates de décès appartiennent au XVe siècle (1552), au XVIIe siècle (1625, 1650, 1698), au XVIIIe siècle (1701, 1786, 1791, 1798) et surtout au XIXe siècle (1805, 1810, 1812, 1817, 1820, 1821, 1822, 1826, 1827, 1828, 1831, 1832, 1834, 1839, 1840, 1841, 1845, 1854, 1856, 1863, 1864).
À côté de l’évêque de Léon, Pierre Le Nebout de La Brosse, mort en 1701, et du chanoine Christophe de Lesguen, mort en 1698, se tiennent un charcutier, un fournier, des filandières, un notaire ou un médecin : en tout, 33 hommes et femmes.
La face avant des boîtes laisse voir leur contenu par une ouverture en forme de trèfle ou de cœur : chaque boîte protège un crâne, identifié par le nom et la date du décès. L'ensemble est incomplet du fait de deux vols successifs : en 1984, un crâne est dérobé, et le voleur laisse la boîte vide ; l'année suivante, une boîte et un crâne sont volés simultanément. En 2020, cette boite de Claude Creac'h, dérobée en 1985 est retrouvée. L'ensemble subsistant est classé au titre des monuments historiques le 23 février 1987.
1. Inscription: MARIE=ANNE LE GALL MORTE LE 25 Mars 1832
Ouverture en cœur. Yves-Pascal Castel précise : Née à Saint-Pol, fille célibataire de Jean Le Gall et de Louise Cozic, boulangère, demeurant rue des Carmes, elle décède âgée d'environ 76 ans.
NB :L'année 1832 est tristement célèbre en France, et particulièrement en Bretagne, pour la deuxième pandémie de choléra. La maladie s'est propagée à grande vitesse à partir du printemps 1832, touchant fortement les populations rurales et urbaines ; le mois de mars 1832 correspond exactement au début de cette grande épidémie en France.
2. Inscription: CI-GIT LE CHEFF DE MR LE GALL PRETRE AGE DE 29 ANS. MORT PROFESSEUR AU COLLEGE DE LESNEVEN LE 29 XBRE 1863. QU'ILS REPOSE EN PAIX.
Ouverture en trèfle
3. CI-GIST LE CHEF DE XPOFLE (CHRISTOPHE) DE LESGUEN SR DE LA VILLE GOUEZNOU DOYEN DES CHAN(OIN)ES DE LEON, MORT LE 3 MAI 1698.
Il s'agit du neveu de Christophe de Lesguen (boite n°8) ; il était enterré dans l'enfeu familial dans la cathédrale. La famille de Lesguen est originaire de la paroisse de Plouguin, dans le Léon (Finistère). Ses armoiries traditionnelles portent « d'or au palmier d'azur ». Le titre lié à la « Ville Gouesnou » fait référence à un domaine seigneurial.
4. CI-GIT LE CHEF DE CLAUDE CREAC'H AGE DE 57 ANS.
Boite noire. Ouverture en cœur
5. CY-GIT LE CHEF DE MR CLEТMARIE LE COAT K(ER)NOTER NE EN 1734. MORT LE 15 JANVIER 1812. REQUIESCAT IN PACE.
Boite noire et blanche ornée de larmes noires. Ouverture en cœur
Né à Lesneven, fils de Jacques Le Coat Du Bois et de Laurence Le Guen, Clet-Marie Le Coat de Kernoter (1734/1735 – 1812) est un homme de loi historique du Léon habitant rue des Ursulines et qui a exercé comme avocat au Parlement et comme procureur fiscal des Réguaires de Saint-Pol-de-Léon. Il a été nommé maire de Saint-Pol-de-Léon durant la période révolutionnaire. Il a épousé Jeanne-Augustine Le Guen en 1766. Sa famille et ses proches (comme les familles Le Guen de Kerangall ou le notaire Yves Coat) appartenaient à la bourgeoisie de robe et aux dynasties locales de l'époque.
6. (au centre de l'étagère) LE CHEF DE MONSEIGNEUR Pre NEBOUT DE LA BROUSSE 62E EVEQUE DE LEON, SIEGEA 29 ANS, MORT EN 7BRE 1701. REQUIESCAT IN PACE. AMEN.
Selon Y.-P. Castel, une autopsie a consisté en un décalottage de la boîte crânienne.
Reliquaire noire à décor de style Renaissance (colonnes cannelées) et gothique (gable à crochets, pinacles) peint en or, orné d'un crâne, d'une mitre, d'une croix et d'une crosse entrecroisées.
7. CI-GIST LE CHEF DE XPOFLE [CHRISTOPHE] DE LESGUEN ARCH[IDIA]CRE & CHAN[OIN]E DE LEON PROTON[OTAIR]E APOSTO[LIQU]E CHEV[ALIE]R DU ST SEPULCRE EN 1625.
Boite blanche. Ouverture en trèfle.
Christophe Lesguen était prêtre, licencié en droit, grand archidiacre et chanoine de Léon, Recteur de Ploudiry en 1613-1619, doyen et chanoine du Chapitre de Léon, protonotaire du Siège Apostolique, chevalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem (en 1625) ; il demeurait en sa maison prébendale, en Saint-Pol-de-Léon, paroisse de Saint-Jean. Il est le fondateur du couvent des Ursulines de Saint-Pol-de-Léon en 1639.
Sa tombe se situait dans l'enfeu du transept nord, surmonté des armes de Lesguen, avec celle de son neveu Christophe Lesguen, le jeune sieur de la Ville-Gouesnou, chanoine, décédé en 1698 (boite n° 3).
8. CI-GIST LE CHEF DE HAMON BARBIER DE K(ERJEAN, CHAN(OIN)E DE LEON ARCH(IDIA)CRE DE KEMENETILLY. MORT EN 1552.
Boite blanche, ouverture en trèfle.
Hamon Barbier de Kerjean fut chanoine des cathédrales de Saint-Pol-de-Léon, Nantes et Quimper, ainsi qu'abbé de Saint-Mathieu de Fine-Terre. Il publia notamment le premier missel imprimé du diocèse de Léon. Il fit bâtir vers 1520 un élégant hôtel à Saint-Pol-de-Léon. Ayant accumulé un nombre considérable de bénéfices ecclésiastiques, il disposait d'une immense fortune , qui permit à son neveu Louis Barbier d'ériger le célèbre Château de Kerjean à Saint-Vougay.
Malgré l’inscription qui figure sur la boîte, il est plus probablement décédé en 1544 ou 1555.
- L'atlante et la cariatide du château de Kerjean en Saint-Vougay.
- Les gisants de François du Coum et de Jean Barbier au château de Kerjean.
9. CI-GIT PAUL LHOSTIS AGE DE 72 ANS, MORT LE 17 MARS 1827.
Boite noire ornée de larmes d'or, ouverture en cœur.
Fils de Nicolas Lhostis et de Marguerite Spaignol, marié à Louise Le Men il était fournier rue Baz. L'acte de décès le dit âgé de 74 ans.
10. ICI LE CHEF DE CLAUDE LE LANN DECEDE LE 3 AOUT 1857.
Boite blanche (noire sur le côté) ornée de larmes noires, ouverture en cœur.
Né le 13 avril 1787 à Saint-Pol, fils de Paul Le Lann et de Catherine Le Lez, il était sabotier, rue des Minimes.
DEUXIÉME ÉTAGÈRE.
11. JEANNY NEDELLEC
Boite blanche à larmes noires.
12. ICI-GIT LE CERVEAU DE J. M(AR)IE RENE CREAC'H MORT EN 1864.
Boite blanche, ouverture en cœur orné d'une croix
13. CI-GIT LE CHEF D'ORTENSE GUILLOU DME TIEGLIN, DECEDEE LE 21 JUIN 1831. AGEE DE 28 ANS.
Boite noire, larmes blanche, ouverture en cœur.
Hortense Simone Guillemette Guillou, née à Saint-Pol, était fille de Jean-Louis Honoré Guillou, officier de santé (boite n°14) et de Marie-Louise Le Floch. Epouse de Jacques Auguste Tiéglin, doreur sur métaux, elle habitait rue des cidevant Carmes.
14. CIGIT LE CHEF DE MR GUILLOU DECEDE LE 17 9BRE 1839 AGE DE 72 ANS.
Boite blanche à bordure noire, ornée de larmes noires ; ouverture en cœur.
Jean-Louis Honoré Guillou, époux de Marie-Louise Le Floch, demeurant rue aux Os, était né à Morlaix le 6 janvier 1768, fils de Guy René Simon, négociant et de Jeanne Françoise Lapoux, propriétaire. Il fut officier de santé.
15. CI-GIT LE CHEF D'HELISABET DEROFF AGEE DE 28 ANS. REQUIESCAT IN PACE.
16. CI-GIT LE CHEF DE V(ENERA)BLE ET DISCRET M(ESSI)RE ESTIENNE DE LA COSTE ARCH(IDI)ACRE ET CHANOINE DE LEON EN 1650.
Boite noire, ouverture en cœur
17. LE CHEF DE MONSIEUR TROBER DOCTEUR MEDECIN, DECEDE A ST POL LE 2 AOUT 1856.
Boite noire
Inscription sur le côté droit et à l'arrière de la boîte
Pierre-Louis-Marie Trobert était un docteur chirurgien de la marine en retraite, chevalier de la Légion d'Honneur. Né à Morlaix le 26 fructidor an IX, fils de Pierre-Marie Trobert et de Marguerite-Marie-Renée Miorcec de Lesquidic, il habitait rue Batz.
18 J. D. L. DECEDE EN 1791.
19. CIGIT LE CHEF D'AUG.-FRED. HUON DE K(ER)MADEC MORT EN 1834 A 58 ANS.
Boite noire, ouverture en cœur,
Frédéric-Auguste Huon de Bohars, né à Brest le 18 janvier 1776. Fils de François Pierre Huon de Bohars, capitaine de vaisseau, et de Marie-Madeleine Lalemand, propriétaire, le défunt, qualifié lui aussi de propriétaire, est mort célibataire, le 23 octobre, en sa demeure Grand'place.
20. CI GIT MR SAOUT RECTEUR DE LIL DE BAS.
Deux recteurs de l'île de Batz ont porté ce nom : Jean Le Saout (nommé au Concordat, ancien curé de Carantec et premier recteur de Batz de 1804 à 1818 : ) et Yves Le Saout , recteur de 1862 à 1870, originaire de Saint-Pol-de-Léon)
21. JACQUETTE L'HOSTIS MORTE LE 17 FER 1840.
Boite blanche et noire ornée de larmes noires sur la façade et sur les côtés, ouverture en cœur.
Fille de Nicolas Lhostis, fournier, et de Fiacre Roué, ménagère, elle avait été mariée à François Gourvil menuisier.
22. ICI GIT LE CHEF D'AMBROISE LERRAN, DECEDE EN 1828 A L'AGE DE 52 ANS. QU'IL SOIT EN PAIX.
Boite noire ornée de larmes blanches, ouverture en cquadrilobe.
Ambroise Lerrant, fils de Paul et de Marie Cras avait épousé Marie-Jeanne Le Gall. Charcutier, il est mort le 11 mai rue des cidevant Carmes.
ÉTAGÈRE INFÉRIEURE
23. ?
24. ICI LE CHEF DE MARIE ANNE CUEFF MORTE LE 2 FIER 1845 AGEE DE 65 ANS.
Née à Saint-Pol, le 16 décembre 1778, fille de Christophe Cueff et d'Anne Le Saout, elle était femme de Hamon Quéméneur, cultivateur. Qualifiée de ménagère elle demeurait rue de la Rive. Leur fils Joseph était cultivateur à Lambézelleс.
25. CY-GIT PAUL QUOREOC MORT LE 8 FéVRIER 1820. P: P/ SON AME.
Cultivateur au Grand Kerrom, il est né à Cléder vers 1760. Fils de François Corréoc et de Catherine Fichot, ce sont ses gendres, Claude Le Bihan et Jean Argouarc'h, qui sont venus pour la déclaration de décès.
26. CLAUDINE GUILLERM DECEDEE EN 1841.
27.CY-GIT LE CHEF DE BARBE CAER DECEDEE LE 11 JANVIER 1817. REQUIESCAT IN PACE. AMEN.
Inscription écrite en partie en minuscules d'imprimerie. Fille de Christophe Caër et de Marie Pogam, elle était née à Landivisiau vers 1749. Domiciliée Grand'place, mariée à Philippe Moal, elle était filandière.
28. CI-GIT LE CHEPS DE JEANNE CALVER EPOUSSE DE DENIS HELLARD MORTE LE 5 JANVIER 1820 REQUIESQUAT IN PACE.
Boite blanche à bordure noire, ouverture en cœur.
Fille d'Yves Calvez et de Catherine Le Roux, née à Plouénan, elle exerça la profession de filandière dans la Grand Rue et mourut âgée de 56 ans.
29. ICI GIT LE CHEF DE FEUN JEANNIE K(ER)BIRIOU, FILLE DE MARIE-LOUISE LE GALL, DECEDEE LE 4 XBRE 1826 A L'AGE DE 6 ANS.
Boite blanche à bordure noire ornée de larmes noires, ouverture en cœur.
Née à Saint-Pol, Antoine, son père, marié à Marie-Louise Le Gall, préposé des douanes royales, habitait rue des Carmes.
30. ICI LE CHEF DE PHILIPPE LOUIS MIORCEC, AGE DE 74 ANS, MORT EN 1826.
Boite noire, à fronton orné d'un sablier. Pas d'ouverture.
L'inscription est répétée sur les côtés de la boîte. Né à Saint-Pol, fils de François-Julien Miorcec et d'Antoinette Le Sieur, il avait épousé Guillemette Renée Laugée. Ancien notaire et ancien conseiller municipal, il est mort le 15 mars, à son domicile, Grand'place.
31. FIAC ROUGNANT MORT LE 4 MAI 1810. AMEN.
Boite blanche, ouverture en cœur.
Natif de Saint-Vougay, fils de Gabriel Roignant et de Jeanne Saout, il avait épousé Jeanne Moal et était cultivateur à Ty guen.
32. CI-GIT LE CHEF DE FREDERIC MORGAN DECEDE LE 5 AVRIL 1822.
Boite blanche, ouverture en cœur.
Fils de François Marie Morgant, menuisier et de Marie-Mathurine Gourvil, rue des Minimes, le petit Frédéric est âgé de 6 ans.
33. CI-GIT LE CHEF DE MARIE JEANNE LUREOU, MORTE LE 10 AVRIL 1821.
Boite blanche, ouverture en cœur.
Native de Saint-Pol, fille de Jean L'Huréou et de Jeanne Guennal, épouse de François Le Gall, elle exerça le métier de filandière.
Boites absentes
L'inventaire d'Yves-Pascal Castel et Isabelle Barbedor mentionne 4 autres boites . Parmi elles, l'une correspond sans doute à ma boite n°23 dont mon cliché ne permet pas de lire l'inscription. Les autres sont absentes.
Boîte n° 10. Inscription: CY-GIT LE CHEF DE MESSIRE LEMOAL PTRE CURE DU MINIHY DE LEON DECEDE LE 6 ОСТОВЕ 1805 REQUIESCAT IN PACE. Né à Recouvrance, fils d'Yves Moal et de Marie Cam, Nicolas Marie Moal est décédé au domicile de Dame Le Guen Kernison, rue des Carmes, le 13 vendémiaire, l'an quatorze de la République française.
Boîte n° 11. Inscription: CY-GIT LE CHEF DE MARIEFRANCOISE DAME ROULLOIN NEE MOCAER DECEDEE LE 20 9BRE 1820. AMEN. La défunte, née à Brest, était fille d'Henry Mocaër et de Marie Guéganton. Demeurant rue au Lin, elle est dite sans profession,
Boîte n° 15. Inscription: CY-GIT LE CHEF DE FRANCOISE TULIER VEUVE PRIGENT MORTE LE 15 MAI 1786. REQUIESCAT IN PACE. AMEN.
Boîte n° 37. Inscription: CY-GIT DAME GUILLAMETE TIROL LESPARFEL VE DURUNIOU, M(OR)TE LE 28 MARS 1798. REQUIESCAT IN PACE. La citoyenne Guillemette Tyrot, veuve de JeanPierre Sparfel du Runiou originaire de Lesneven, demeurait rue des cidevant Carmes.
DOSSIER
1°) Des ossuaires, et dees boites à crâne de la Bretagne Armoricaine, Th. Ducrocq 1884, Revue générale du droit, de la législation et de la jurisprudence en France et à l'étranger
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11885974/f208.item.r=crane
"... l’interprétation libérale que le décret du 23 prairial de l’an XII et l’ordonnance du 6 décembre 1843 y ont reçus sous ce rapport, de la part des administrations successives depuis le commencement du siècle.
Loin de plier tous les citoyens sous le joug d’une règle uniforme, l’application faite à cet égard des actes de l’an XII et de 1843 a respecté , même dans des errements qui nous paraissent étranges, les préférences, le sentiment personnel des familles et des individus , en un mot leur liberté.
Dans la plus grande partie de la France, les ossements provenant des anciennes tombes, là où la terre est impuissante à les consommer, sont laissés dans le sol à côté des sépultures nouvelles. A Paris on les porte aux Catacombes depuis la suppression du cimetière des Innocents en 1786 et l’exécution tardive de l’arrêt du Parlement du 25 mai 1765. Dans les deux cas, ils restent loin de tous les regards, sauf de ceux des rares visiteurs du Paris souterrain.
En Bretagne au contraire, au temps ou nous vivons, on les expose, sous des portiques ou des arcades comme jadis aux Saints-Innocents de Paris, ou sous des porches à la porte dos églises, ou le plus souvent dans le cimetière, dans des caveaux placés sous des édicules d’architectures diverses. La disposition des ossements y est variable aussi ; mais d’ordinaire ils sont placés pêle-mêle ; et toujours ils sont exposés aux regards, principalement dans des caveaux ouverts. L’existence de ces ossuaires ou charniers est générale en Bretagne.
Dans quelques cimetières, la quantité des ossements entassés dans l’ossuaire était énorme. Les débris de générations innombrables y ont été accumulés. Aussi dans certaines paroisses a-t-on profité de cérémonies religieuses exceptionnelles, telles que les jubilés, pour rendre à la terre, dans une fosse commune, en grande pompe et devant les fidèles assemblés, tous les ossements recueillis dans l’ossuaire commun d’un jubilé à l’autre.
L’exiguïté des cimetières bretons qui fréquemment encore entourent l’église, et la nécessité de faire place aux nouveaux arrivants dans le champ de repos, semblent avoir été la cause de ces antiques ossuaires. C’est la même question que les catacombes ont autrement résolue à Paris. Le sombre génie de la Bretagne a préféré la solution qui met les restes des morts et l’œil des vivants, en ce plus direct et continuel contact, soigneusement évité de nos jours dans les autres parties de la France.
La connaissance de ce fait général en Bretagne de l’existence des ossuaires, de leur caractère, de cette habitude morale d’esprit et de sentiment des populations bretonnes paraissant se complaire encore aujourd’hui, comme dans les charniers des anciens temps, dans la vue des débris de ceux qu’elles ont aimé, est nécessaire pour comprendre comment a pu naître l’usage des boîtes à crânes que l’on voit aussi dans cette contrée.
Ce second usage est né du premier. Il semble moins ancien. Cependant leurs origines lointaines et indécises paraissent se confondre. Lorsque l’heure est venue, après cinq ans ou un plus grand nombre d’années , pour une tombe déjà occupée du cimetière, de faire place à une dépouille nouvelle et de transporter au charnier commun les ossements du précédent occupant, sa famille est admise, dans certaines communes, à en recueillir le crâne et à le placer dans un petit coffre en bois.
La forme la plus ordinaire de ces boîtes est celle d’une arche surmontée d’une petite croix. Le tout est peint, soit en gris, soit en blanc, soit en noir. Chaque boîte porto une inscription dont voici Informulé ordinaire : « Ci-gît le chef de... » Parfois il est écrit : « Ci-gît- » telle personne. Souvent une date est ajoutée. Une ouverture est pratiquée qui permet de voir le contenu. Ordinairement on a le soin de n’exposer ainsi que le derrière du crâne ; mais parfois nous y avons vu la face.
Dans tous les cas , c’est encore , c’est toujours , comme nous le disions plus haut, l’œil du vivant mis en présence de la tête du mort. Il y a de plus cette circonstance saisissante et qui, pour les familles, peut être une source d’impressions violentes sans cesse renaissantes, qu’ici le crâne est enlevé à la promiscuité du charnier et qu’une main vigilante l’a marqué de son nom.
Telle est la forme , tel est l’aspect des boites à crânes de Saint-Pol-de-Léon.
Les unes se trouvent dans l’ancienne et vaste cathédrale aux deux belles flèches. Il n’en existe pas dans l’église Notre-Dame de Kreizker que domine le merveilleux clocher à jour de quatre-vingts mètres de hauteur du quatorzième siècle. Ces boîtes à crânes de l’ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, y sont placées au-dessus du mur du chœur. Elles sont nombreuses.
D’après leurs inscriptions, ces restes ont appartenu à des ecclésiastiques et à des laïques des deux sexes qui paraissent avoir été des personnes notables et des bienfaiteurs de l’Eglise.
Les autres sont au cimetière, non dans l'église Saint-Pierre qui lui sert de chapelle, ni prés du charnier commun placé à l’extrémité du cimetière, mais dans de petits monuments en granit de trois à quatre métrés de haut, placés entre la porte d’entrée et la chapelle, le long du chemin principal qui y conduit, de manière que l’on passe devant eux en s’y rendant.
Chacune de ces construction porte quatre ou cinq tablettes étagées, sur lesquelles sont placées les boîtes à crânes, en plus grand nombre qu’à la cathédrale.
L’usage de ces boîtes est inconnu dans le départemenl d’Ille- et-Vilaine. Il appartient à la partie armoricaine de la Bretagne.
Il est pratiqué dans le département des Côtes-du-Nord et surtout dans celui du Finistère.
En outre de celles de Saint-Pol-de-Léon, nous signalons encore à titre d’exemple dans les cantons de Paimpol et de Plouha, les boîtes à crânes de Lamloup , de La Méaugon ; celles de Kermaria-an-Isquit, où ces boîtes sont étagées sur des supports placés dans la chapelle des treizième et quatorzième siècles, renommée par sa danse macadre du quinzième; près de Morlaix, celles de Tuimillian ; celles de Saint-Thélo ; et de même dans de nombreuses communes de la basse Bretagne où cet usage s’est maintenu et se pratique encore fréquemment aujourd’hui.
Ce qui est plus rare, mais a lieu cependant dans quelques localités, c’est la réunion, dans des boîtes plus grandes, des squelettes tout entiers. Le coffre en bois, de même forme, mais sans ouverture, soustrait alors tous les ossements du mort à la confusion de l’ossuaire. Il en existe ainsi dans le Morbihan , et notamment dans le cimetière de Carnac, non loin des célèbres alignements de menhirs."
2°) Inventaire incomplet des 66 boites à crâne (dont 53 contiennent toujours des crânes) de Bretagne (Marie Gilles).
En Bretagne, l'usage des boîtes à crâne est une spécificité de la Basse-Bretagne, c'est-à-dire la partie occidentale et bretonnante de la Bretagne, qui regroupe le Léon, le Trégor, la Cornouaille et le Vannetais.
Côtes d'Armor : 25 boites
— Kérity
—Kermaria-an-Iskuit de Plouha (22), 1 boîte qui contient le chef de Lézobré
—La Méaugon (22): 6 boites, au dessus du porche de l'église
—Lanloup (22), 2 boites au dessus du porche de l'église.
—Saint-Fiacre (22) dans l'ossuaire
À Saint-Fiacre, la date de la boîte la plus ancienne est difficile à déterminer avec exactitude, car certaines inscriptions sont manquantes ou ont été effacées par le temps. Mais d'autres boîtes à chef qui y sont conservées sont datées 1866, 1867, 1882 et 1886. La plus récente est celle de François-Henri Pourhiet, décédé en 1909 à l'âge de 35 ans.
— Plouzélambre, 1 boite à chefs triples, contenant les crânes d'un laboureur , de son épouse et de leur fils.
Reliquaire en bois noir à larmes blaanches orné d’une croix et d'un calice rapporté , emblème de la fonction du recteur Le Roïc. L’inscription en latin, Tabescere me fecit zelus meus se traduit par « mon zèle m’a consumé », évoque sa mort prématurée à 32 ans. . Inscription Vous lui avez donné vos larmes, accordez-lui, je vous prie, vos prières.
— Plufur. ossuaire de l'églie Saint-Florent. Une boite contient le crâne du recteur Le Roïc, décédé en mai 1819 : Reliquaire en bois noir à larmes blanches, orné d’une croix et d'un calice rapporté, en métal, emblème de la fonction du recteur. L’inscription en latin, Tabescere me fecit zelus meus se traduit par « mon zèle m’a consumé », évoque sa mort prématurée à 32 ans. Inscription "Vous lui avez donné vos larmes, accordez-lui, je vous prie, vos prières."
—On peut encore remarquer en 1961, selon Alfred Le Bars, des boîtes de ce genre au porche de Tréguidel (22).
Morbihan : crânes incrustés dans les chapelles, parfois sans boite
— Noyal-Pontivy (cliché Infobretagne)
— Ploméliau
— Sarzeau
— Guern
Ille-et-Vilaine
Le folkloriste Paul Sébillot a mentionné leur existence à Saint-Briac, en Ile-et-Vilaine, en 1885, dans son livre « Coutumes populaires de la Haute-Bretagne ». Il a même précisé que ces boîtes étaient « ornées de filets bleus ». Mais on n'en signale plus une seule.
SOURCES ET LIENS
—AMILLARD, 2025, Rassembler, représenter et conserver : Les fonctions sociales de l’enclos paroissial sous l’Ancien Régime, Master civilisations, cultures et sociétés.
https://masterccs.hypotheses.org/28969
— CALVES, (Bruno), 2023 « Les boîtes à crâne de Saint-Pol-de-Léon », L’Histoire.
—CASTEL (Y.-P), BARBEDOR (I.), plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.« 35 reliquaires de crâne [archive] », notices no PM29001068 et IM29000954
https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM29000954
https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001068
— BÉPOIX (Michel) CASTEL (Yves-Pascal), GORGÉ (François), 1976. Les Étagères de la nuit. Inventaire parution : 17 février 1976 (imprimé à Brest sous l'intitulé Taolennou). Livre d'artiste au format in-4 carré ([28] pages ou 14 feuillets cartonnés) conçu en accordéon et relié par un ruban (vert ou de soie grise selon les éditions). Un ouvrage poétique et graphique (texte et dessins en noir) consacré aux boîtes à crânes (chapelles cinéraires ou ossuaires) de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon en Finistère. Tirage : Édition limitée à 165 exemplaires numérotés. [AbeBooks]
— DAVID (Carole), 2025, Paysan Breton
https://www.paysan-breton.fr/2025/10/une-etonnante-pratique-funeraire/
— GILLES (Marie), 2023, Boîtes à crâne et ossuaires en Bretagne : Finistère, Côtes d’Armor ,bulletin nº75 de l’association Danses macabres d’Europe, juillet 2023 et blog lalunemauve 2021
https://lalunemauve.fr/boites-a-cranes-ossuaires-bretagne-finistere-cotes-armor/
— GILLES (Marie), Boîtes à crâne de Saint-Fiacre (Côtes d’Armor), miroirs prophétiques de notre condition mortelle
https://podcast.ausha.co/danses-macabres-d-europe/boites-a-crane-de-saint-fiacre-cotes-d-armor-miroirs-prophetiques-de-notre-condition-mortelle
— LE BARS (Alfred) 1961, LES OSSUAIRES BRETONS Extrait des MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE DE BRETAGNE Tome XLI 1961
https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle26/Les_Ossuaires_Bretons_.pdf
—PROVOST (Georges),2020, « les boites à crâne en Bretagne : une approche historique (milieu du xvie-début du xxe siècle) », dans Tranvouez Yvon (dir.), Bretagne et religion, volume IV. Visages du catholicisme, Vannes, Institut Culturel de Bretagne, 2020, p. 201-228.
juillet 2023 dans le bulletin n°75 de l'association Danses Macabres d'Europe.
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_78c420_20261012-113732cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_c06a53_20261012-113344cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_ca6d84_20261012-113407cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_f23aed_20261012-113412cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_207f29_20261012-113427cac.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_b9f651_20261012-113443cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_6fd69a_20261012-113447vcs.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_b9a662_20261012-133506cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_886c9d_20261012-113452cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_0fdeac_20261012-113344cqqc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_576ca6_20261012-113607cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_702227_20261012-113600cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_29bbd6_20261012-113554cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_8eb49a_20261012-113344cac.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_7947a0_20261012-113549cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_236f37_20261012-113546cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_315d00_20261012-113535cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_5598f9_20261012-113504cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_428932_20261012-113456cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_85be48_20261012-114034cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_4ae344_20261012-113344ccww.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_6869b8_20261012-113654cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_0e883f_20261012-113650cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_b45815_20261012-113645cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_447c94_20261012-113629cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20261014%2Fob_889a51_20261012-113624cc.jpg)