Voir :
-
Catalogue raisonné des matériaux et mosaïques du Museo di San Marco de Venise V : Isaïe. MSM-005
-
Catalogue des matériaux et mosaïques du Museo di San Marco de Venise VII : 4 Prophètes. MSM-007 à 010
-
Catalogue des matériaux et mosaïques du Museo di San Marco de Venise IX : Les Mages devant Hérode MSM-012
-
Catalogue des matériaux et mosaïques du Museo di San Marco de Venise X : le Massacre des Innocents.MSM-013 à 017
-
Catalogue des matériaux et mosaïques du Museo di San Marco de Venise XI : le Christ invite les apôtres à baptiser les nations. MSM-018 à 022.
MSM-024. Saint Victor, martyr vénéré par six prêtres. Panneau de mosaïque, Francesco et Valerio Zuccato, 1559. Musée de la basilique Saint-Marc.
Le cartel nous apprend que ce panneau faisait partie d'une paire de retables dévotionnels en mosaïque qui se faisaient face dans l'église Santa Maria Nova de Venise, détruite depuis 1808. L'œuvre est entrée à la basilique Saint-Marc le 14 janvier 1886 et elle fut installée alors sur le côté sud de la basilique en guise de retable.
C'est le plus connu de la paire, car il a donné son nom à une congrégation de prêtres. L'autre panneau qui représente le bienheureux Pietro Acotanto, père des pauvres a été réalisé par le mosaïste Pietro Monaco en 1765-1766.
Saint Victor martyr a été réalisé par les frères Francesco et Valerio Zuccato, les mosaïstes de Venise les plus connus du XVIe siècle.
Le cartel du musée identifie ce soldat romain simplement comme « Saint Victor ». Le Martyrologe romain recense cinq martyrs militaires portant ce nom. Le plus fréquemment représenté est saint Victor de Marseille , fêté le 21 juillet. Sur ses portraits, il porte généralement une épée, mais celle-ci symbolise sa profession, et non l'instrument de son martyre. Il fut écrasé à mort par une meule de moulin, qui est son attribut.
Le saint Victor représenté ici est probablement plutôt saint Victor le Maure, ( "de Mauritanie") fêté le 8 mai. Il mourut effectivement par l'épée, qui, sur cette mosaïque, est utilisée comme son attribut. Toutes les églises qui lui sont dédiées portent simplement le nom de « Saint Victor », et l'épithète « Maure » est également absente de nombreuses références écrites le concernant, qui l'appellent parfois « Saint Victor, martyr de Milan ». Cela explique peut-être pourquoi il est représenté ici comme un homme blanc.
On comparera le saint avec son homologue dans le tableau de l'Accademia peint par Jacopo Gentile et Giovanni Bellini pour le polyptique de la Nativité vers 1464-1470
L'inscription sous le portrait se lit comme suit : Quod arte et coloribus pictori hoc zuchati fratres ingenio naturae saxis m d lviiii , "Ce que le peintre doit à son art et à ses couleurs, les frères Zuccati le doivent à leur génie et à la nature de leurs pierres. 1559"
Pietro Saccardo rapporte qu'on pense que l'œuvre fut "exécutée, à ce que l'on croit, sur le carton de Bonifacio".
Selon une analyse en ligne, la mosaïque offre une représentation plus réaliste — bien qu'idéalisée — que celles ornant les murs de Saint-Marc, lesquelles privilégiaient une approche bidimensionnelle centrée sur les idéaux byzantins de puissance et de richesse. Si ces thèmes sont présents dans la mosaïque de saint Victor, l'œuvre dans son ensemble évoque davantage l'idéalisme romain. Cette représentation pourrait s'inscrire dans la lignée de l'art baroque classique, né en réaction aux courants artistiques plus incertains de la fin du XVIe et du XVIIe siècle. Bien que la figure de saint Victor rappelle le classicisme romain, elle conserve des éléments de l'imagerie byzantine, tels que l'auréole ainsi que la gestuelle empreinte d'autorité et de symbolisme.
La mosaïque représente le saint vêtu de l'armure romaine et tenant la palme des martyrs. Autour de lui, six prêtres sont agenouillés en signe de vénération, lui rendant hommage pour le courage et la piété dont il a fait preuve en mourant pour sa foi. Ils portent le surplis, et l'un d'eux, tonsuré, porte une étole.
Les frères Zuccato montrent leur maîtrise de la perspective en plaçant le saint sur un piedestal (comme une statue) sous un plafond à caissons soutenu par une colonnade. Seul le fond en or relève encore de la tradition byzantine, mais ce fond est mis en abyme dans l'architecture Renaissance.
Cette œuvre est un bel exemple de cet avis de Pietro Saccardo qui écrivait :
"Avec le XVIe siècle cependant, commençait l'ère moderne de la mosaïque; peu à peu elle allait perdre son caractère propre et après avoir été un art indépendant et souverain, redevenir, comme dans l'antiquité païenne, un art d' imitation, esclave de la peinture. Vasari même ne trouvait pas d' expressions suffisantes pour louer les peintures reproduites sur les murailles et sur les voûtes de Saint-Marc, et disait [...] des visions de l'Apocalypse exécutées par les frères Zuccato, que ce sont choses si bien conduites, qu' en les regardant d' en bas, elles paraissent faites de couleurs avec les pinceaux à l'huile."
"Toutefois, si l'imitation s' y élevait en peu de temps à un si haut degré de perfection, qu' elle se réduisait à un travail de patience plutôt que d'art (témoin le portrait de Paul V de la galerie Borghèse, que Marcello Provenzale da Cento composa avec sept cent mille petits morceaux d'émail, témoin les tables des autels de Saint-Pierre, sur lesquelles le Pape Urbain VIII eut l'idée de faire reproduire les peintures à 1' huile et les fresques qui décoraient la Basilique), à Venise, au contraire, la mosaïque restait véritablement un art dans toute l'acception du terme et savait mettre en valeur tous les moyens ou ressources particulières dont elle pouvait disposer. C'était, si l'on veut, une splendide interprétation de la peinture, mais non plus cette imitation servile que donne à entendre l' éloge de Vasari, assez peu exact sur ce point. Il suffit en effet de voir le Saint Marc des frères Zuccato qui est à l'entrée, ou leurs admirables chefs-d'œuvre qui ornent les côtés supérieurs du vestibule, ou l' Arbre généalogique de la Vierge de Vincenzo Bianchini, ou les mosaïques de la Sacristie et tant d'autres, même des plus récentes, comme celle de Leopoldo Dal Pozzo sur la seconde porte de la façade, pour comprendre que ce ne sont pas là des œuvres qu'on puisse confondre, ni avec les mosaïques de Saint-Pierre de Rome, ni encore moins, avec les copies estimées autrefois (non aujourd'hui) qui se trouvent sur les autels de cette Basilique."
MSM-024, Saint Victor martyr vénéré par des prêtres de la congrégation, fragment de mosaïque des collections du Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026
Cette mosaïque MSM-024 sera la dernière de ce catalogue (j'ai présenté presque l'ensemble des mosaïques exposées) , mais pour moi, sans méconnaître le talent des frères Zuccato, le charme et la fascination qui étaient nés des fragments d'œuvres du XIIe siècle, du XIIe siècle ou de la moitié du XIVe siècle n'opèrent plus.
D'abord, ce MSM-024 est trop intacte (il ne manque que deux angles inférieurs) et je suis adepte de l'esthétique du fragmenté, du blessé, ou, en botanique, du fâné. J'aimais ces visages traversés de lacunes, telles des cicatrices, ou arrachés avec des morceaux de leurs nimbes ou de leurs vêtements à un passé dont rien ne subsiste, si ce n'est des réfections modernes. J'aime, comme Daniel Arrasse, le détail. Mais aussi la partie manquante, une ouverture pour mon imaginaire. Dans la complétude de l'Un, je ne trouve pas l'ouverture, et ma place.
Et je suis peut-être indifférent à cet œuvre trop dévote, trop posée, mais sans le hieratisme byzantin. Ou qui vient mal pour moi après ces scènes du Massacre des Innocents, qui m'avaient bouleversé, je m'en souviens, comme un Guernica du XIVe siècle. Dans la basilique Saint-Marc, je m'ennuie sous les richesses accumulées, si je ne trouve pas le refuge d'un détail insolite, et insolent.
J'ai adoré ce musée où les œuvres me parlaient en face à face de leurs souffrances.
SOURCES ET LIENS
Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.
—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°
https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y
— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia
— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert
— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462
— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.
—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf
— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).
Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.
—Site officiel de la basilique :
https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/
— Sites
https://www.christianiconography.info/Edited%20in%202013/Italy/victorZuccato.html
https://allthegreatsaints.wordpress.com/group-information/
Article rédigé grâce au cartel du Musée.
/image%2F1401956%2F20260711%2Fob_563206_20260622-145455cc.jpg)