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9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 10:32

Musée de la basilique Saint-Marc : Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère : MSM-011,  Les rois de Juda David et Salomon.

 

 

 

Voir :

PRÉSENTATION

Voir les présentations des articles précédents, qui s'empilent et se complètent.

Plan : 

  • Cycle A : Chancel,  Déploration MSM-001

  • Cycle B : Tribune nord du chœur, à côté du presbytère. Vie de saint Marc MSM-002

  • Cycle C : Baptistère, Vie de saint Jean-Baptiste MSM-004

  • Cycle D : Porta da Mar : Vierge à l'Enfant MSM-004, Isaïe MSM-005, Christ Emmanuel MSM-006

  • Cycle E : voûte de l'anté-baptistère, portion sud. 4 Prophètes MSM-007 à MSM-010

  • Cycle F :  la paroi sud de l'anté-baptistère XIVe siècle. David et Salomon MSM-011

  • Cycle G : paroi ouest de l'anté-baptistère : Les Mages rencontrant Hérode MSM-012

  • Cycle H : paroi ouest de l'anté-baptistère :  Massacre des Innocents 

  • Cycle I :  dôme central du baptistère, section sud-ouest, Le Christ invitent les Apôtres à baptiser le peuple 

Voir notamment dans l'article précédent la présentation du baptistère. Rappelons qu'il a été fermé aux visiteurs, ce qui explique le manque de photographies récentes. Sa réouverture est annoncée...

 

MSM-010. Bustes affrontés du roi David et son fils le roi Salomon. XIVe siècle. Lunette de la paroi sud de l'anté-baptistère. 

Ils complètent le groupe des 8 prophètes de la voûte voisine, ceux qui entourent Dieu le Père : Isaïe, Osée, Jérémie, Élie, Elisée, Abraham, Sophonie et Joël. Et ils font face, dans l'autre lunette,  aux prophètes Abdias et Jonas.

La cohérence de l'ensemble tient à ce qu'ils procurent aux scènes des parois, consacrées à l'Enfance de Jésus et à la Vie de Jean-Baptiste, la "caution" de l'Ancien Testament. Pour l'Église, ils sont tous prophètes, même le patriarche Abraham, et même David et Salomon. Ces rois, fils de Jessé et premiers rois de Juda, sont très souvent intégrés au collège des prophètes, parce qu'ils sont tenus pour des annonciateurs du Christ. Le cartel a donc parfaitement raison de les appeler Profeti Davide e Salomone. On lit d'ailleurs ce qualificatif sur l'inscription du haut de la lunette, en abrégé PTÃ ou PRÃ, Profeta.

Dans un sens, Dieu le Père et les prophètes de l'Ancien Testament forment une introduction, dans l'anté-baptistère, aux scènes où est illustré le début du Nouveau Testament avec le Baptème du Christ par Jean-Baptiste. Et Jean-Baptiste est considéré comme le dernier prophète avant la venue du Christ.

David et Salomon sont représentés une vingtaine de fois dans les mosaïques de la basilique, le plus souvent ensemble, (Arbre de Jessé, avec les utres rois de Juda et Marie) , entourant parfois la Vierge,  ou souvent considérés comme des prophètes cotoyant d'autres prophètes ; 

 

 Les textes des phylactères de David sont : De fructu ventris tui ponam super . . . (sedem tuam), ou  Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem, ou Non ientabis Dominum. Deum tuum adorabis et Mi soli servies (Matthieu 4, 17) ou encore De fructu ventris tui ponam super sedem tuam.

Les textes présentés par Salomon: Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens. Vita carnium sanitas cordis, putredo ossium invidia.  Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens.

Enfin, le Jugement de Salomon de Vincenzo Bianchini qui est dans l'atrium fut achevé en 1538.

 

 

 

MSM-010. Les rois David et Salomon. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-010. Les rois David et Salomon. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

Sur la mosaïque entière, reproduite sur le cartel, David et Salomon se font face et se tendent les mains. Ils portent de larges phylactères de huit à neuf lignes.  Ces textes doivent être théologiques, en relation avec leur filiation généalogique avec la Vierge et avec Jésus. David et Salomon ne sont pas seulement juxtaposés ; ils témoignent ensemble.

Le document reproduit sur le cartel n'est probablement pas une simple photographie ancienne ; il ressemble plutôt à un relevé publié dans une monographie sur les mosaïques de Saint-Marc. Il pourrait provenir des travaux d'Otto Demus, ou plus probablement encore des campagnes photographiques menées avant les restaurations de la fin du XIXᵉ siècle. On aimerait connaître cette source.

 

Cartel du Musée de Saint-Marc. Cliché lavieb-aile

Cartel du Musée de Saint-Marc. Cliché lavieb-aile

On voit sur le cartel, juste à la gauche du panneau, le début de la scène de l'Enfance du Christ où les trois mages  sont interrogés par Hérode. Le fragment conservé de la tête des mages Melchior et Gaspard dans notre cycle I  montre la proximité  de leurs vêtements avec ceux de David et Salomon, et  bien que les couronnes soient de style déjà gothique, la richesse des pierres utilisées pour la mosaïque est la même.

Fragment de mosaïque, Musée de la basilique Saint-Marc, Les Mages devant Hérode, paroi ouest de l'antébaptistère. Cliché lavieb-aile 2026

 

Ce panneau MSM-010 est d'une qualité exceptionnelle. Le premier sentiment est celui d'une grande harmonie.

Contrairement aux prophètes fragmentaires que nous venons d'examiner, cette composition conserve son équilibre. Les deux bustes se répondent avec une remarquable symétrie : les deux auréoles presque intactes, se touchent ; les deux couronnes impériales sont  identiques ; les deux visages tournés l'un vers l'autre ; et un vaste champ d'or les unit. On retrouve ici cette élégance linéaire propre au XIVᵉ siècle vénitien.

Ils portent tous deux le stemma, la couronne impériale byzantine ornée de plaques émaillées, mais sans pendeloque.

On peut les comparer à la couronne de l'impératrice Irène Comnène, sur une mosaïque du XIIe siècle

L'impératrice Irène, Sainte-Sophie, Constantinople (Turquie), détail d'une Vierge à l'Enfant avec l'empereur Jean II et son épouse, vers 1118

 

 

Le portrait du roi David

Je le trouve admirable.

Le visage est très vivant. La barbe est construite par de longues ondulations grises qui rappellent presque les miniatures constantinopolitaines. Le nez est très légèrement dévié. Les lèvres sont entrouvertes. Comme dans les portraits de prophètes précédents, l'artiste utilise un trait rouge sur les paupières supérieures, sur l'arc du nez et sur la lèvre inférieure, pour renforcer la carnation.

Le regard paraît attentif. Il possède une véritable personnalité, et son ascendant sur son fils Salomon est évidente.

MSM-010a. Les rois David . Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-010a. Les rois David . Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

Regardez les couronnes. Le mosaïste n'a pas cherché à représenter fidèlement une couronne réelle, il a  construit une véritable architecture : arcs rouges, cabochons blancs, pierres vertes, plaques bleues, et fond d'or. Chaque pierrerie, loin d'être uniforme, fait chatoyer la lumière en utilisant une gamme de teintes différentes de la même couleur en plaçant les plus claires au centre ; et chaque tesselle colorée devient un bijou. C'est presque un travail d'orfèvre transposé en mosaïque.

MSM-010b. Le roi David (détail). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-010b. Le roi David (détail). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

Le portrait du roi Salomon

Il paraît plus jeune, car le visage est plus plein, les lèvres sont plus charnues, les yeux sont très grands ; son regard est tourné vers nous. Il existe une douceur presque mélancolique qui contraste avec la dignité hiératique de son père.

L'ombre du visage est figurée, sur la joue droite : la lumère vient de David.

Comparez avec le Salomon des pendentifs de la coupole de Moïse, dans l'atrium avec sa ciuronne à pendeloques et on texte Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens :

 

MSM-010c. Le roi Salomon. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-010c. Le roi Salomon. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

Un détail du manteau de Salomon.

L'incroyable variété des tesselles, dont aucune n'est semblable à l'autre : la mosaïque permet un effet "impressionniste" voire "pointilliste". De loin, ça vibre.

 

MSM-010d. Le roi Salomon (détail du manteau) . Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-010d. Le roi Salomon (détail du manteau) . Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère. Cliché lavieb-aile 2026.

TECHNIQUE DE LA MOSAÏQUE : LES MATÉRIAUX.

 

Voilà une question qui touche au cœur de la technique de la mosaïque vénitienne, et les  gros plans sont suffisamment nets pour permettre quelques observations.

Les tesselles dorées

Ce sont très probablement des tesselles à feuille d'or (tessere d'oro), la matière noble des mosaïques byzantines.

Leur fabrication est bien connue : sur une plaque de verre incolore est posée une feuille d'or extrêmement mince (de l'ordre du micron), puis une seconde couche de verre est fondue par-dessus qui protège l'or.

Sur l'iamge en  gros plan, plusieurs indices le confirment : certaines tesselles présentent des reflets allant du jaune au vert selon l'angle de la lumière ; la surface est irrégulière, soufflée et non parfaitement plane ; et quelques tesselles montrent une légère fissuration interne, caractéristique du verre ancien.

Les tesselles rouges

Il s'agit de verre rouge opaque, probablement coloré par des oxydes de cuivre, parfois enrichis d'oxydes de fer. Le rouge est l'une des couleurs les plus coûteuses de la palette médiévale. On remarque d'ailleurs sur votre détail que les tesselles sont taillées assez grossièrement, signe d'une fabrication artisanale où chaque morceau était précieux.

Les tesselles vertes

Il s'agit de verre sodocalcique coloré par du cuivre ou du fer. Les différentes nuances (vert turquoise, vert émeraude) correspondent à plusieurs recettes verrières.

Les tesselles bleu sombre

sont faites de verre coloré au cobalt, très fréquent à Saint-Marc depuis le XIᵉ siècle. Le cobalt produit ce bleu profond qui résiste remarquablement au temps.

Les tesselles noires

Là encore, il s'agit généralement de verre. Les ateliers byzantins utilisent des oxydes de manganèse ou de fer pour obtenir ces noirs.

Les tesselles blanches

C'est sans doute la partie la plus intéressante.

On distingue deux matériaux différents.

1. Les petites tesselles blanches des visages

Ce ne sont vraisemblablement pas du verre. Leur aspect mat, légèrement cristallin, avec des cassures nettes, évoque très fortement un marbre blanc. À Venise, le candidat le plus probable est : le marbre de Proconnèse (île de Marmara), importé depuis Constantinople depuis l'époque byzantine.

Mais on rencontre aussi  l'emploi à Venise du marbre grec et parfois du marbre d'Istrie. À l'œil nu, il est pratiquement impossible de distinguer ces trois provenances.

2. Les gros disques blancs de la couronne

Voilà un détail fascinant. Ces éléments circulaires ne sont pas des tesselles ordinaires. Ils sont presque certainement taillés dans un marbre blanc très fin, soigneusement poli.

Ils jouent un rôle décoratif : ils rythment la couronne, ils imitent des cabochons de perles, ils créent un contraste avec les verres rouges et dorés. Leur diamètre uniforme montre qu'ils ont été préparés spécialement pour cet usage.

Note : Pietro Saccardo remarque page 190 que dans la mosaïque de la Prière au Jardin des Olives qui occupe la partie inférieure de la grande muraille de la nef droite (corridor sur la porte du Baptistère), est utilisé le nacre, et que "dans les couronnes des prophètes David et Salomon et dans le nimbe du Christ, sont enchâssées des perles de forme irrégulière et très grosses".

Les tesselles crème

On en voit beaucoup dans les carnations.

Il s'agit très probablement de calcaires très fins ou de marbres légèrement rosés, choisis pour obtenir les demi-teintes de la peau.

Les mosaïstes byzantins mélangeaient volontiers le verre coloré, le marbre blanc, la pierre beige, et  la pierre rosée afin d'obtenir un modelé beaucoup plus doux que celui qu'aurait permis le seul verre.

L'une caractéristique des ateliers de Saint-Marc est que les tesselles ne sont jamais posées parfaitement à plat. Elles sont légèrement inclinées selon des orientations différentes. Ce procédé, appelé parfois mise en lumière des tesselles, permet à chaque petit cube de réfléchir la lumière différemment. C'est ce qui donne aux fonds d'or cette vibration si particulière : ils semblent presque vivants lorsque le visiteur se déplace. C'est une signature de la tradition byzantine, que Venise a portée à un degré de raffinement exceptionnel.

Les commentaires de Pietro Saccardo sur les mosaïques du baptistère.

Les émaux.

"Ce nom embrasse un groupe très nombreux de verres, dont la base est toujours le silicate de potasse ou de soude, mais avec un mélange de plomb, d'oxyde d'étain et d'antimoine, de phosphate de chaux, de fluorure de sodium et d'aluminium, et autres oxydes métalliques, destinés à donner aux différentes qualités d'émail l'opacité et la couleur qui les caractérise (Les couleurs s'obtiennent avec les oxydes de manganèse pour le violet, de cobalt pour le bleu, de nickel pour le brun, d'uranium pour le jaune et le noir, de cuivre pour le vert, de fer pour le jaune et le brun, de platine pour le gris, d'iridium pour le noir, etc. etc., ou au moyen de ces éléments mêlés ensemble. ).

 

 

Ce n'est pas chose facile de discerner les vraies qualités originaires des émaux dans les mosaïques anciennes de Saint-Marc, à cause des nombreuses restaurations qu' elles ont subies, et seul, un examen attentif, aidé d'une longue expérience, peut permettre de les déterminer avec une certitude suffisante. Les couleurs qu' on y remarque sont deux nuances de rouge, quelques-unes de vert, quelques-unes de couleur qui tire sur le vert, appelée encore oglino de sa ressemblance avec l'huile, trois ou quatre gradations de bleu, autant de violet, le blanc et le noir. Les chairs, les autres gradations du rouge et les projections du blanc sont faites avec des pierres naturelles. Les contours des figures sont noirs, mais parfois même colorés."

 

La fabrication.

"Nous l'avons dit ailleurs, il faut se défier de l'examen fait sur place relativement au Baptistère, par la raison que les mosaïques en ont été renouvelées en grande partie durant la funeste période 1867-1880 "par la Compagnie vénéto-anglaise qui a causé tant de dégâts dans la Basilique". Les émaux primitifs peuvent se voir près de là parmi les débris d'œuvres anciennes que possède le musée de l'Atelier de la Basilique."

(Note : C'est tout l'intérêt de l'examen des fragments conservés au Musée).

"Dans les mosaïques du Baptistère et de la Chapelle de Saint-Isidore, qui sont du XIVe siècle, apparaît la pourpre et en particulier celle d'un jaune orange vif qu'on appelle en terme d' art bec de merle (2). Un spécimen d'émail de la même couleur se voit encore dans la figure de style byzantin, qui est sous la voûte à droite en entrant par la porte de la Madone et représente l'évêque saint Ubald. Cette figure se distingue des anciennes et doit être aussi une œuvre du XIVe siècle. L' autre figure de la même voûte est en partie un travail de restauration.

La présence de la pourpre dans les mosaïques est sans doute une preuve que l'industrie du verre florissait déjà à cette époque à Murano.

(2)Les mosaïques contiennent des spécimens de pourpres rouges et de celles d'un beau jaune orange, appelé, comme il a été dit ci-dessus, bec de merle ; ces pourpres jaunes sont aujourd' hui appelées vulgairent scorlette. Cette appellation vient de l'origine qu'ont les pourpre jaunes par la méthode de leur fabrication. La pourpre est un émail de composition spéciale, un verre à base de plomb, très fusible, auquel on ajoute des oxydes de fer, étain et cuivre. Elle est produite en pains, lesquels sont ensuite coupés en petits cubes, si la mosaïque est simplement décorative, ou encore sciés et polis par un côté, s'ils sont destinés à des travaux fins. Elle doit sa couleur à une double cuisson. La première fusion des éléments a lieu dans un creuset de terre réfractaire dit padella, après quoi la matière liquéfiée est enlevée avec des cuillers de fer et versée dans des tourtières également de fer, dans lesquelles elle est mise à recuire dans des fourneaux à réverbère ; et cette seconde cuisson, nous l'avons dit, lui donne la couleur. Les croûtes en suite qui restent adhérentes aux cuillers, une fois refroidies, sont enlevées et mises aussi à recuire, et dans cette opération elles prennent la couleur jaune. Et comme les croûtes ont l'aspect d'écorces, les pourpres jaunes qu'on en retire prennent le nom de scorsette. La grande quantité de plomb contenue dans l'émail pourpre ressort du poids spécifique. En effet, pendant que certaines qualités d'émail ne pèsent que 2 kilogr. 55 par décim. cube, le poids de la pourpre va jusqu' à 4 kilogr. 50. 

Cependant, quoique l'introduction de la pourpre marquât un réel progrès dans la fabrication des émaux, on était loin d'avoir obtenu une amélioration notable en général; au contraire, l' œil exercé du fabricant y surprend la trace d'une industrie avare, celle de la chaux éteinte par aspersion et finement pulvérisée et tamisée, substituée à l' oxyde d' étain, pour donner à l' émail cette opacité granuleuse qui est le caractère principal de certains émaux anciens.

En résumé :

Matériaux : tesselles de verre coloré (bleu au cobalt, rouge et vert aux oxydes métalliques), tesselles à feuille d'or prises entre deux couches de verre, tesselles de marbre blanc — probablement de Proconnèse ou d'Istrie — et pierres calcaires claires pour les carnations. Les cabochons circulaires de la couronne sont taillés dans un marbre blanc fin et évoquent des perles ou des pierres précieuses serties.

Par qui étaient fabriqués les tesselles ? Les verriers de Murano .

La lagune de Venise était riche en gisements de sable siliceux , matière première essentielle à la production de verre. Son abondance garantissait un approvisionnement constant et bon marché, facteur clé de la croissance de cette industrie. L'île disposait également d'abondantes ressources en bois de chauffage, combustible indispensable à l'alimentation des fours verriers. Cette disponibilité locale de combustible  permettait de s'affranchir des sources extérieures et garantissait un processus de production efficace. Globalement, la lagune et ses environs fournissaient également d'autres matières premières utiles à la production de verre, comme la soude et la chaux , contribuant ainsi à l'autosuffisance de l'industrie verrière de Murano.

je cite encore Pietro Saccardo :

"On ne fabriquait pas encore d'émaux pour mosaïques au commencement du XIIIe siècle, car, nous l'avons dit plus haut, il est attesté par les chroniques de l'époque, que la prise de Constantinople, survenue en 1204, avait permis de se procurer une grande quantité de matériaux de ce genre. Il est même probable qu'ils étaient fabricants d'émaux, les verriers byzantins que la République en cette circonstance accueillit à Venise, leur octroyant des privilèges et leur donnant le droit de cité.

Le fait est que ce fut à partir de cette époque que les fabriques de Murano acquirent une réputation justement célèbre et employèrent un nombre considérable d'ouvriers, attirés la plupart par l'appât du lucre. Dès l'année 1295, la République se voyait obligée de voter des décrets et des lois pour les rappeler dans leur patrie et empêcher la sortie de l'État des matière premières propres à faire le verre et des pâtes qui, telles que les émaux, devant servir à un travail subséquent, pouvaient être comprises dans la catégorie des matières premières .

Du reste, il est prouvé par les documents que la fabrication des émaux pour les mosaïques de la Basilique était déjà en pleine vigueur au commencement du XIVe siècle. Toutefois, pour bien comprendre ce que nous allons dire, il faut savoir que, dès l'année 1291, les fourneaux pour le verre ne pouvaient être installés que dans l'île de Murano, et ne devaient rester allumés que du commencement d'octobre à la fin de juillet ( La première de ces mesures était inspirée par des motifs de sécurité et d'hygiène, et tendait à préserver Venise de l'incendie et des émanations malsaines; la seconde visait la santé des ouvriers, en les mettant, pendant l'été, à l'abri de la chaleur des fourneaux. )

Les mosaïques du baptistère et celles de la chapelle de Saint-Isidore, qui sont de la moitié environ du XIVe siècle, puisqu'elles furent exécutées par les soins du célèbre Andréa Dandolo, créé Doge en 1343, ont été composées avec des émaux de Murano."

 

Biographie de l'œuvre

 -XIVᵉ siècle Mosaïque réalisée pour l'une des lunettes de  l'anté-baptistère. Pietro Saccardo écrit p. 201 que les mosaïques du baptistère furent exécutées par ordre du fameux Doge André Dandolo, qui occupa le siège ducal de 1342 à 1354, et qu'elles ont été composées avec des émaux de Murano.

 

-1865–1876
Dépose lors de la restauration des mosaïques par la Compagnia Venezia-Murano. La composition fut fragmentée
. Les bustes furent conservés ensemble, tandis que d'autres éléments (parties des vêtements et des pieds) furent remontés séparément. Le cartel du musée reproduit une photographie ancienne de la mosaïque encore en place, document essentiel pour restituer son contexte iconographique. Selon P. Saccardo p.118, "les mosaïques renouvelées par la Société dans le Baptistère sont celles qui représentent les Rois Mages devant Hérode, le Massacre des Innocents, les figures de David et de Salomon."

-fin du XIXᵉ siècle
Les fragments sont remontés sur mortier, privés de leur architecture et montés sur caisse afin d'en assurer sa conservation et l'exposition.

-Aujourd'hui, elles sont présentées au Museo di San Marco parmi les  anciens fragments monumentaux conservés de la basilique.

 

Le fragment conservé au musée est bien replacé, par le cartel, dans sa composition d'origine. D'autres parties aujourd'hui détachées (les vêtements et les pieds, repérés B et C) n'ont pu être photographiées, mais sont exposées. Le cartel montre qu'il existait, au moment de la restauration, une documentation suffisamment précise pour restituer la scène. Autrement dit, la mémoire de l'œuvre n'a pas entièrement disparu.

Peu à peu, de cycle en cycle, c'est l'archéologie du baptistère et de son entrée ou anté-baptistère que nous découvrons?

 

Article rédigé grâce aux cartels du Musée et la gracieuse collaboration de l'IA ChatGPT.

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

 

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

—DRAGHISI-VASILESCU (Elena Ene ),2020, The church of San Marco in the eleventh century communication for The Twenty Third International Congress of Byzantine Studies, Belgrade.

https://www.revistamirabilia.com/sites/default/files/pdfs/29._vasilescu_0.pdf

 

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

https://fr.scribd.com/document/702907842/San-Marco-Mosaic#google_vignette

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1960_num_18_1_1234_t1_0277_0000_1

https://www.academia.edu/8825559/Demus_O_1984_The_Mosaics_of_San_Marco_Venice_University_of_Chicago_Press_Chicago

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DIDRON, 1845, Guide de la peinture des moines grecs du Mont-Athos, traduit du manuscrit byzantin de  Dionysos de Furna écrit entre 1701 et 1745 , in Manuel d'Iconographie chrétienne, etc., Paris, Imprimerie royale, 1845.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Manuel_d%27iconographie_chr%C3%A9tienne%2C_grecque_et_latine_%28IA_manueldiconograp00dion_0%29.pdf?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

— GAY (Françoise), 2019, Italie = Les inscriptions présentées par les prophètes dans l’art de l’Occident médiéval – catalogue et édition

https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=316#tocto3n115

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

 

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

— San Marco, Byzantium, and the myths of Venice / edited by Henry Maguire and Robert S. Nelson. — 1st ed. p. cm. — (Dumbarton Oaks Byzantine symposia and colloquia) Includes bibliographical references and index. isbn 978-0-88402-360-9

https://arthistory.columbia.edu/sites/arthistory.columbia.edu/files/content/faculty/pdfs/klein/SanMarco-offprint.pdf

 

— STOYANOVA (Magdalena) , 1988, La preistoria ed i mosaici des battistero di San Marco Atti drll' Instituto Veneno dei science lettere ed arti I Tomo CXLVII (1988-89) - Classe di scienze morali, lettere ed arti.

https://www.researchgate.net/profile/Magdalena_Stoyanova/publication/260287331_La_preistoria_ed_i_mosaici_del_battistero_di_S_Marco/links/5af9ad9a0f7e9b3b0beeaaec/La-preistoria-ed-i-mosaici-del-battistero-di-S-Marco.pdf?__cf_chl_f_tk=fEWoWht32MaiyEuUqeu_Soncc2gfaz5cDJ9bFDnN_9M-1783433383-1.0.1.1-Q4nZMtoQDGr1XZboYp62f.1edXMv56mV7YsJF0JQ3cQ

 

—TOZZI (Rosanna) 1932-1933, I mosaici del battistero di S. Marco a Venezia e l'arte bizantina, «Bollettino d'arte», 26 , pp. 418-432

https://bollettinodarte.cultura.gov.it/wp-content/uploads/Importer/1437550663475_05_-_Tozzi_418.pdf

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—WIKIPEDIA, Photos du dome de l'Emmanuel

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dome_of_Immanuel_in_St._Mark%27s_Basilica_(Venice)

— ZORZI (Alvise),, ‎Antonio Meneguolo 2019 San Marco a Venezia. La piazza e i mosaici della basilica-San Marco in Venice. The Square and the mosaics. Ediz. bilingue

https://www.scriptamaneant.com/sm/negozio/san-marco-a-venezia-la-piazza-e-i-mosaici-della-basilica/

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site officiel de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

— Site Getty images "mosaics san marco"

https://www.gettyimages.fr/photos/san-marco-mosaic

— WIKIMEDIA COMMONS

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:St._Mark%27s_Basilica_(Venice)?uselang=it

https://ateneoveneto.org/wp-content/uploads/2023/06/Ateneo-Veneto-CC-III-serie-12_I-2013-estratto-Pace.pdf

 

 

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans San-Marco, Venise XIVe siècle.

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

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