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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 15:09

Zoonymie du nom de genre des Zygènes, Zygaena Fabricius.

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Zygaena, Fabricius, 1775. Du grec zugon "joug" et par extension "balance", en raison de l'aspect des antennes de l'espèce-type Z. filipendulae en équilibre sur la tête comme deux balanciers. La même image (d'arbalète, de niveau de maçon ou de trébuchet) avait fait nommer du même nom dès 1555 le Requin-marteau Sphyrna zygaena, aussi surnommé "Libella" (petite balance) ou "Pesce Balestra" (Poisson-arbalète).

 

1. Rappel taxonomique (Dupont & al. 2013) des espèces françaises.

          

 

1°) Famille des Zygaenidae Latreille, 1809.

 

  • Sous-famille des Procridinae Boisduval, [1828]
  • Sous-famille des Chalcosiinae Walker, 1864 
  • Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

2°) Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

3°) Tribu des Aglaopini Alberti, 1954

  •  Genre Aglaope Latreille, 1809 
  • Genre Zygaena Fabricius, 1775 

 

 

 

2. Nom de genre : Zygaena Fabricius, 1775.

 

a) Description originale : 

 

— Zygaena Fabricius, 1775; Systema entomologiae : sistens insectorvm classes, ordines, genera, species, adiectis synonymis, locis, descriptionibvs, observationibvs / Io. Christ. Fabricii. Flensbvrgi et Lipsiae :In Officina Libraria Kortii,1775 page  550 

 Description :

Palpi reflexi Lingua exserta setacea Antennae saepius medio crassiores.

"Palpes repliées. Langue déroulée (exsertare linguam = tirer la langue) fine comme un cheveu (setacea). Antennes bien souvent plus épaisses au milieu"

28 espèces décrites. La première espèce décrite est Z. filipendulae.

Description reprise en 1781 avec 53 espèces (Species insectorum, exhibentes eorum differentias page 157, puis en 1807 avec 17 espèces seulement et une nouvelle description :

 

— 1807  "Nach Fabricii systema glossatorum" in Johann Karl Wilhelm Illiger, "Die Neueste Gattungs-Eintheilung der Schmetterlinge [...], Magazin für Insektenkunde , Braunschweig [Brunswick] (6)  page 289 :

Taster zweigliedrig ; zweites glied länger, auswërks stark behaart. Fühler in der mitte dicker. Zygaena filipendulae, scabiosae, quercus. 17 Art.

Parmi les 3 espèces citées ici , les deux premières (filipendulae et scabiosae) sont encore du genre Zygaena ce sont Z. filipendulae et Z. purpuralis Brünnich,1763, la troisième (quercus) appartient aux Arctidae : Amata phegea (ex Sphinx phegea Linnaeus,1758).

— Type spécifique: Sphinx filipendulae Linnaeus

— Ce genre renferme 3 sous-genres en France :

  • -Sous-genre Mesembrynus Hübner, [1819]
  • -Sous-genre Agrumenia Hübner, [1819] 
  • -Sous-genre Zygaena Fabricius, 1775  

 

 Origine et signification du nom 

—A. Maitland Emmet (1991) page 52  : 

Grec zugaina, the hammer-headed shark. Linnaeus divided Sphinx into four sections, listed under Sesia, q.v.  Zygaena was Fabricius'name for the fourth section, a family rather than a genus, embracing a large number of diversified species (72 are listed by Fabricius 1793). The first of them happened to be filipendulae and this accident may be the reason why, when the scope of Zygaena was reduced to that a genus, the name became associated with the burnets. It has puzzled authors and emendations have been proposed. Macleod was in part right when he derived it from zugon a yoke, but was wrong when he continued "perhaps from appareance of antennae with thick bent-over ends", because Fabricius did not erect the name to describe the burnets. He wanted a Greek word collateral with Sphinx and perhaps as enigmatic which hinted at the idea of adscitus or linkage and punningly chose Zygaena ; it has no direct application to the genus as now constituted.

Grec zugaina, le requin marteau à tête. Linné a divisé les Sphinx en quatre sections , cités sous Sesia, q.v. [quod vide = voir ce nom] Zygaena était le nom de Fabricius pour la quatrième section, une famille plutôt qu'un genre, embrassant un grand nombre d'espèces diversifiées (72 sont répertoriés par Fabricius 1793). Le premier d'entre eux est arrivé à filipendulae et cet accident peut être la raison pour laquelle, lorsque la portée de Zygaena a été réduit à celle d'un genre, le nom est devenu associé avec les "Burnets" (Zygènes). Ce nom a intrigué les auteurs et des corrections ont été proposées. Macleod avait en partie raison quand il faisait dériver ce nom du grec  zugon "un joug" mais avait tort en écrivant ensuite  "peut-être en raison de l'apparence des antennes aux épaisses extrémités repliées", parce que Fabricius n'a pas ériger le nom pour décrire les Zygènes. Il voulait un mot grec associé  avec celui de Sphinx et peut-être aussi de façon énigmatique par allusion à l'idée d' adscitus* ou accouplement et par plaisanterie a-t-il choisi Zygaena; il n'a pas d'application directe au genre dans sa composition actuelle.

 

*ascitus (adscitus) = tiré de loin, emprunté à (Gaffiot) : adopté, enrolé.


Discussion.

Comme Emmet nous y invite, il faut d'abord consulter, dans son ouvrage, le nom Sesia (Emmet, 1991 : 66). Linné avait dévisé dans le Systema Naturae de 1758 les Sphinx en quatre sections :

1. Legitimae alis angulatis,  Sphinx proprement dit aux ailes anguleuses.

2. Legitimae alis integris,  Sphinx proprement dit aux ailes "entières" : 

3. Legitimae alis integris, ano barbaro : Sphinx proprement dit aux ailes entières, mais avec une touffe anale. Ce groupe formera les Sesia de Fabricius.

4. Adscitae habitu & larva diversae : espèces adjointes [ajoutées], différentes par leur chenille et par leur apparence. C'est pour ce dernier groupe que Fabricius crée le genre Zygaena
 

On comprend donc bien son raisonnement : Fabricius n'a pas en tête, en prenant le nom Zygaena qui désignait alors, en zoologie, le requin-marteau, les Zygènes telles que nous les connaissons, mais tout un ensemble d'espèces très différentes, et c'est un contre-sens d'interprèter ce nom en pensant aux caractéristiques des Zygènes et notamment, comme le fait Macleod, à la forme de leurs antennes. Certes, Zygaena dérive bien du grec zugon, le joug, mais c'est un jeu de mots de Fabricius parce qu'il accouple son nouveau nom à celui de Sphinx (comme le joug accouplant les bœufs), tout en traduisant l'adjectif de Linné "adscitae", enrôlé. 

  Il se trouve que, tout au long de son ouvrage, Emmet a un problème avec les noms de genre créés par Fabricius qu'il considère comme un joyeux farceur dissimulant des mots d'esprits derrière des noms difficile à déchiffrer autrement. Or, dans de nombreux cas, des données qui ont échappé à Emmet permettent une interprétation simple des noms génériques, sans nécéssité de suspecter Fabricius de calembours. 

Son argument est que Fabricius n'a pas en tête la Zygène de la filipendule en créant son nom, et que ce n'est que par accident que cette espèce vient en tête d'une liste qui réunira jusqu'à 72 espèces très différentes. Pourtant, cet argument est discutable. Z. filipendula est en tête des 28 espèces décrites en 1775, des 53 espèces décrites en 1781, des 72 espèces de 1793, mais aussi elle est la première des trois espèces citées en 1807. C'est véritablement, et non par "accident", l'espèce-type. 

D'autre-part, Linné ne décrit pages 494-495 du Systema Naturae de 1758 dans sa sous-catégorie des adscitae habitu & larva diversae que sept espèces au total : filipendulae en premier, puis phegea , creusa, polymena, cassandra, pectinicornis et statices.  Parmi ces sept espèces, nous avons trois de nos Zygaenidae : outre filipendulae,  pectinicornis (espèce-type du genre Chalcosia) ; statices (adscita statices), les autres étant des Arctiidae (Amata phegea ; Euchromia creusa ; Euchromia polymena ; Saurita cassandra).

Le Sphinx filipendulae de Linné ou Zygaena filipendulae de Fabricius n'étant nullement perdu de manière indistincte parmi tant d'autres, mais tenant la première place de façon constante, on ne peut pas dire avec Emmet qu'elle se trouve sur la liste de ce genre "accidentellement" et qu'elle n'est pas emblématique du genre : aussi sa description mérite-t-elle d'être soigneusemnt considérée afin de rechercher si un indice pourrait éclairer le choix du nom Zygaena.

Si on s'en tient au texte des descriptions de Linné, on ne trouve aucune allusion directe ou indirecte au mot zugon "joug", et aucune comparaison entre cette espèce et le requin-marteau. La morphologie des antennes n'est pas soulignée par Linné (ou par Fabricius) comme évocatrice de comparaison allant dans ce sens.


Le "Sphinx filipendulae" a été décrit par Linné dans sa Fauna suecica dès 1746 page 250 n°814 sous le nom "vulgo" de LEOPARDUS qui reprend le nom de Leopardus sylvestris ou Wood Leopard attribué par Albin dans A natural history of English insects tableau 82 [page 177]. Ce nom est bien-sûr inspiré par la couleur des ailes "dark green spotted with red". Mais l'espèce avait été décrite d'abord par Thomas Muffet (1634), puis par Merian (1683), , Jonston, Goedart (1685), Lister (1685),  Petiver (1699), Ray (1710) et enfin par Réaumur (1734-1748).

En réalité, le nom de "Léopard" se trouve déjà chez Petiver (Musei page 36 n°30) sous la forme MOFFET'S GREEN LEOPARD WITH 5 SCARLET SPOT 

A moins de créer un lien entre le Léopard et le Requin-marteau comme deux exemples de bêtes terrifiantes, ces noms n'ont pas pu inspirer à Fabricius son choix.

Avant de poursuivre, consultons la liste des noms de genre créés par Fabricius en 1775 :Papilio, Hesperia, Sphinx, Sesia, Zygaena, Bombyx, Cossus, Hepialus, Noctua, Hyblaea, Phalaena, Pÿralis, Tinea, Alucita, Pterophorus. Beaucoup sont la reprise de noms qu'il n'a pas créé, et le NHM ne lui impute la création de trois noms : Sesia, Zygaena et Hepialus. Sesia vient d'un mot grec -sees- signifiant "chenille, papillon de nuit", et Hepialus vient du grec hepialos, "fièvre", pour qualifier le vol fébrile propre à ce genre. Cela ne nous éclaire pas sur la signification de Zygaena, mais souligne que Fabricius construit ces noms à partir de mots grecs.

Pour Cuvier (Dict. Sciences Nat.)p. 619, Fabricius avait "pris ce nom au hasard". Vraiment ?

Explorons maintenant deux pistes successives. Quel est le sens de Zygaena en Zoologie avant que Fabricius ne l'utilise en nom générique de Lépidoptère. Quel est la signification de la racine grecque zugon.

 


        Zygaena en Zoologie avant Fabricius : le Requin.  

Avant 1775, le mot Zygaena n'avait qu'une seule signification et désignait le requin-marteau. Linné l'avait désigné ainsi, et c'est encore aujourd'hui son nom d'espèce : Sphyrna zygaena Linnaeus, 1758. Sa description originale du Systema Naturae dans les Amphibianantes Squalus page 234  n°5 reprend en fait un nom utilisé, selon les références de Linné,  par :

  • Pierre Bellon, pisces:60 :  L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, 1551, La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, 1555
  • Rondelet, pisces:389 : I, livret 13 : 1558, L'Histoire entière des poissons
  • Conrad Gessner, pisces: 1050
  • Canosa Salviani pisces:128 (tab.40)
  • Francis Willughby, 1687 icht :55 (de historia piscium. Tableau B1). Illustration copiée de Salviani
  • John Ray, pisces:20  n°7

 

Voir Lacépède :

 

1)  Bellon 1555 La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts 

Bellon le nomme  Cagnole, Juif, Baratelle, Arbalestre, Zigena, Libella.

 http://www.museum.nantes.fr/pages/06-actumuseum/expo-illustrations/belon_v1/index1.html

Zygena-Pierre-Bellon-page-54.png

 


2) Rondelet 1558 . Du Marteau, ou poisson Juif. 

a) édition latine 1554: Gulielmi Rondeletii doctoris medici et medicinae …, Libri de piscibus marinis in quibus verae piscium effigies expressae sunt. Lugduni apud Matthiam Bonhomme, 

b) édition française 1558  :La Première [seconde] partie de l'Histoire entière des poissons, composée premièrement en latin par maistre Guillaume Rondelet,... maintenant traduites ["sic"] en françois... [par Laurent Joubert.] Avec leurs pourtraits au naïf, M. Bonhomme : Lyon. page 304 Gallica

 

"Zygaina, en latin Libella est nommé ce poisson de la figure qu'il a comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout. Telle est la figure de ce poisson aiant la teste de travers, le corps posé au milieu d'icelle, ou bien est nommé Ζὐγαινα pour la figure d'une balance ou la figure d'un joug, lequel on lie de travers aux testes de bœufs. Pour ceste mesme façon de teste, d'aucuns en Italie est nommé Balista, d'austres pesce martello car il est fait comme un marteau, à Marseille Peis Iouzio poisson juif de la similitude de l'accoustrement de teste lequel usoient le tems passé les Juifs en Provence, en Hespaigne Peis limo, Limada, Toilandalo." 

page 304 Numérisé par Gallica

 Zygaena-Rondelet-page-304.png

 

 

 3. Conrad Gessner 1558.

        Gessner 1558 Historiæ animalium, livre IIII (qui est de Piscium & aquatilium animantium natura    De Zygaena Chapitre IV page 1255 .

 

 

 Zygaena-Gessner-Livre-IIII-page-1256.png

 

 

  4°)Aldrovandi 1638.

 Ulyssis Aldrovandi 1638 De piscibus libri V, et De cetis lib. unus, Bologne, 1638 Livre III chapitre 43 page 407-409

Insolentis istiusmodi figurae pscem, cum haud pauca habeat cum galeis communia, non incongruem, iis subnectemus. Nomen invenit ab inusitata, ac monstruosa pene dixerim capitis figura, qua zygugos ? Imitatur, quo transversum librile significatur, ex quo lances dependent : item jugum quod ut transversum bovum cervicibus imponitur, ita hoc pisce caput ex transverso situm est : qua de causa alicubi in Italia pesce Balestra, & pesce martello appellatur, quod arcum malleumque itidelm imitetur : unde est quod Gillius hunc piscem veterum Sphyraenam esse, crediderit, quoniam???ra malleus est. Advertendum autem Aprum quoque Romae, pesce Blestra vocari. Theodorus zigainan apud Aristotelem Libellam interpretatur, sed haud appositem imo ignorara nominis libellae proprierate, ut Salvianus arbitratutr, cum sit, inquit, libella fabrile instrumentum ab Italias Arcopendolo vocatum, ad cuius similitudinem ne quaquam iste piscis accedit Etc. ,


 

                   zygaena-aldrovandi-III-chap.43.png

 

                                zygaena-seu-libella-alia--aldrovandi-III-chap.43.png



5°) Samuel Bochart, 1663  Johannes Leusden  Hierozoicon, sive Bipertitum opus de animalibus Sacræ Scripturæ, Londres, Thomas Roycroft, 1663. Chap. VII De Cetis & Cetaceis page 746

Image copiée de Rondelet.


 

 

 Zygaena-Samuel-Bochart-p.-746.png

 

6°) Francis Willughby1687 icht :55 (de historia piscium lib.3. Illustration copiée de Salviani  : The Balance-fish.

7°) Autres auteurs

—John Hill 1752 -An History of animals 1752 page 301 :  The Zygaena, or Ballance-Fish

Aristotle calls it Zygaena; fElian and Oppian, Zygainia 3 the Latin writers, as well antient as modern, have taken Aristotle's name, and called it Zygaena; Ambrosius calls it Zigena; and Gaza and Salvian, Libella. The Italians call it Ciambetta;  

—Erik Pontoppidan - 1755 - 

 

This confirms my former conjecture, namely, that it was this Fish which swallowed up the rophet Jonahr To this tribe also belongs the most surprizing and desormed Fish, called Kors-Haae, the Zygaena, or the Hammer-headed Shark; 

 

8°) Et Aristote alors ?

Aristote ne nomme ce poisson que dans le Livre II chapitre 11, pour dire qu'il avait la vésicule près du foie.

 

Traduction et note Barthélémy de Saint-Hilaire. remacle.org

II,11  11  Τῶν δὲ δεχομένων τὴν θάλατταν καὶ ἐχόντων πλεύμονα δελφὶς οὐκ ἔχει χολήν. Οἱ δ´ ὄρνιθες καὶ οἱ ἰχθύες πάντες ἔχουσι, καὶ τὰ ᾠοτόκα καὶ τετράποδα, καὶ ὡς ἐπίπαν εἰπεῖν ἢ πλείω ἢ ἐλάττω· ἀλλ´ οἱ μὲν πρὸς τῷ ἥπατιτῶν ἰχθύων, οἷον οἵ τε γαλεώδεις καὶ γλάνις καὶ ῥίνη καὶλειόβατος καὶ νάρκη καὶ τῶν μακρῶν ἔγχελυς καὶ βελόνηκαὶ ζύγαινα

 Parmi les animaux qui avalent l'eau de la mer et qui ont un poumon, le dauphin n'a pas de fiel ; mais les oiseaux et les poissons en ont tous, ainsi que les quadrupèdes ovipares; seulement ils en ont, comme on peut croire, en plus ou moins grande quantité. Quelques poissons ont cette vésicule dans le foie, comme les squales ou chiens de mer, le glanis, la rhina, la raie lisse, la torpille, et parmi les poissons allongés, l'anguille, l'aiguille et la zygène*. 

*Note : La zygène, ou Marteau. Il y a une espèce de sélaciens qui porte le nom de Zygœna. Leur téte a une ressemblance grossière avec la forme d'un joug à bœufs ; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 393. Voir sur tous ces poissons le Catalogue de MM, Aubert et Wimmer, pp. 121 et suiv. — 

En conclusion, du XVIe siècle jusqu'à nos jours, Zygaena désigne en zoologie un squale, le Requin-marteau Sphyrna zygaena , sphyrna venant du grec  σφυρί signifiant "marteau". Les noms vernaculaires mentionnés par les auteurs renseignent sur le sens qui a été donné au mot zygaena : l'origine grecque est reconnue par tous, mais zugon est traduit soit par "joug", une barre de bois transversale qui unit et accouple deux animaux, soit (peut-être secondairement par comparaison des deux plateaux avec les deux bœufs accouplés) "balance". Ce dernier sens est attesté dans la Bible, Apocalypse 6:5.

Ces noms vernaculaires sont :

a) libella : en latin, c'est soit le diminutif de libra (livre, balance") soit libella le niveau de maçon. Dans les deux cas on trouve l'image d'un élément transversal dont les deux moitiés sont équilibrées ou symétriques.

b) Arbalestre ; balista ; balestra : l'image de l'arbalète (arcus ballistra, "arc à lancer") associe celle du joug et celle de la balance. (balista : Latin, du grec βαλλίστρα ballistra formé sur βάλλω ballō,  "lancer" : arbalète).

c) peis martello, poisson-marteau , image évidente de la tête du requin.

d) Juif, Peis Iouzio. : image d'un chapeau Juif en Provence que l'on imagine à deux prolongements latéraux symétriques, comme un bicorne.

e) baratelle ; cagnole: non expliqués;

  

             Le nom Zygaena de Fabricius.

Sachant que Linné et Fabricius, en bons naturalistes érudits, ne pouvaient ignorer les éléments précédents que, pour ma part, je ne fais que découvrir; que, d'autre part, nous avons vu que Fabricius avait fait appel au grec pour ses autres noms de genre, et qu'enfin il était légitime qu'il s'inspire de la Zygène de la filipendule pour baptiser le genre qu'il détachait des Sphinx de Linné, on peut raisonnablement penser qu'il a construit ce nom sur la racine grecque zugon, "joug, balance" pour décrire, comme ces prédécesseurs l'avaient fait pour le requin, la tête des zygènes avec leurs deux antennes volumineuses disposées comme deux plateaux en équilibre. L'explication restait insatisfaisante si on se contentait de la seule image du joug. En outre, les images données par Guillaume Rondelet d'un niveau de maçon en équilibre (comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout.)... ajoute un niveau supplémentaire de poésie et d'évocation au nom de ces papillons, image qui ne manquera plus de surgir lorsque je prononcerais ces noms charmants de Zygène de la Filipendule, Zygène du Panicaut-bleu ou Zygène diaphane. 


           DSCN4189

 

En réalité, lorsque nous passons de l'image du joug d'attelage à celle du joug de portage, le joug-fléau elle s'applique très bien à la tête des zygènes. 

 

  

 

 

 

 

             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet : zygaena

 

Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.  

 

 

 

 

 

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