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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 12:00

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Les soixante six stalles conservées dans l'ancienne cathédrale (jusqu'en 1801) de Saint-Pol-de-Léon composent l'un des ensembles les plus remarquables de Bretagne par leur très bon état de conservation, par la richesse de leur iconographie et la qualité de leurs sculptures. Réalisées en chêne foncé, et datées du premier quart du XVIe siècle par la présence des armes de Jean de Carman, évêque de Saint-Pol de 1504 à 1514, et de Guy Le Clerc, qui lui a succédé de 1514 à 1523, elles constituent, par le nombre de stalles, le deuxième ensemble de Bretagne après Dol de Bretagne (soixante-dix-sept sièges, du XIVe siècle), mais elles ont l'avantage sur ces dernières d'avoir conservées leurs parties supérieures, c'est à dire leurs stalles hautes et leur dais. Elles furent classées MH le 11/04/1902. Elles ont été étudiées par Florence PIAT dans un article de 2007 et dans sa thèse de 2012. Je ferais un large emploi de ces publications. 

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Elles formaient jadis, comme partout, un U car un rang de sièges en retour fermait l'espace à l'ouest et séparait le chœur de la nef laissé aux fidèles. Ces rangs occidentaux étaient les plus prisés, centrés par le trône épiscopal. Ce retour a été supprimé après la destruction du jubé au XVIIIe siècle. 

Les  sièges se présentent en quatre rangées disposées par groupe de deux, de part et d'autre du chœur : 17 stalles hautes et 16 stalles basses de chaque coté. Le chœur est entouré d'un chancel de pierre contre lequel viennent s'adosser les dosserets des stalles et leur dais. L'entrée dans le chœur se fait par deux portes situées l'une en face de l'autre du coté nord et sud du chancel, entre le chœur liturgique et le chœur des chanoines. Ceux-ci se réservaient les stalles hautes, alors que les stalles basses accueillaient, par exemple, les enfants de la "psallette" ou maîtrise cathédrale.

 

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Stalles du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Les stalles hautes sont surmontées d'un dossier qui supporte un dais continu, en arc de cercle, repeint sur la face interne par l'atelier Nicolas de Morlaix en 1873. Ces dais sont surmontés de pinacles de trois tailles différentes et alternées (un grand, trois petits, un grand) ainsi que d'une décoration répétitive de petites armatures entrecroisées, surmontées d'un fleuron ("crête de dais"). Des pendentifs sculptés d'anges, de végétaux ou d'animaux retenus par les pattes sont situés sous les pinacles les plus grands. En dessous, les dosserets à arcades ogivales, arcades triangulaires et roses à remplage gothiques sont également compartimentés par des montants, plus forts sous les grands pinacles et qui reçoivent alors des statues en ronde bosse.

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Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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C'est ce dais qui est encadré en haut en en bas d'une frise sculptée en haut relief : celle du haut est nommée Frise de dais, et celle du bas Frise de haut-dossier.

Ce dais est rythmé par des nervures moulurées en compartiments correspondants aux stalles qu'elles coiffent. Il y a  dix-sept stalles et donc autant  de dais individuels.  Mais la succession des pinacles et des montants découpent la succession de ces derniers en une première section pour le premier dais de l'ouest puis quatre sections de quatre dais. La frise haute, elle-même interrompue par les grands pinacles, est concernée par cette partition en cinq ensembles que je nommerai "sections".  

Les motifs iconographiques à végétaux, scènes de chasse et animaux fantastiques sont placés différemment  entre la frise de dais et la frise de haut-dossier. La première dispose ses éléments à l'intérieur des cadres limités par les pinacles et les nervures. Au contraire, la frise basse centre les siens dans l'axe des nervures et des pinacles, dont la ligne virtuelle qui les réunit  divisent les éléments des frises en leur milieu. Les éléments décoratifs des deux frises sont ainsi placés délibérément en chicane, pour une lecture plus aérée et pour rompre un alignement désagréable. Leurs thèmes  semblent indépendants, plutôt que de se répondre entre registres.

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Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Liste des 36 éléments de décor des frises.

En raison de la disposition décalée des deux frises, les éléments de la frise de haut-dossier sont en réalité à cheval sur deux sections.

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Première section.

— frise de dais :

  • un coq
  • un lion assaillant un cheval.
  • un coq

— frise de haut-dossier.

  • Tête de dragon crachant des feuillages et un de ses petits.
  • Deux tiges de chardon.

Deuxième section.

— frise de dais :

  • feuillage
  • tête d'un homme dévoré par deux chiens.
  • feuillage, main tendue vers un phylactère

—Pendentif du grand pinacle: un lion.

— frise de haut-dossier.

  • Deux animaux affrontés aux collerettes dentelées.
  • Rapace saisissant un marcassin.
  • Chasseur sortant avec sa pique et son chien d'un buisson, 
  • tige à feuilles larges (Figuier ?)

Troisième section.

— frise de dais :​​

  • Tête 
  • Chien / feuillage
  • Renard emportant un oiseau.
  • Deux chiens attaquant un lièvre.

— frise de haut-dossier.

  • Hermine passant par les spires d'une banderole.
  • Pampre de vigne.
  • Chat se jetant sur deux souris.
  • Dragon à queue en tête  de serpent

 

Quatrième section

— frise de dais :

  • Chien mordant une corde
  • Suites de feuilles d'acanthe sur la corde.
  • Masque tenant les tiges de deux feuilles dans sa bouche.
  • Feuillages

— frise de haut-dossier.

  • Un lion attaquant le dragon de la troisième section.
  • Feuillages
  • Chien débusquant un lièvre d'un bosquet.
  • Chien surgissant derrière le lièvre précédent.

Cinquième section.

— frise de dais :

  • Masque difforme mordant la tige d'une Vigne.
  • Vigne : feuilles et grappes.
  • Vigne : feuilles et grappes.
  • Tête d'un dragon mordant l'extrémité du pampre.

— frise de haut-dossier.

  • Feuillages
  • Chien avalant la queue d'un mâtin au cou difforme
  • Serpent en tête à queue tendant la langue.
  • Un chat tourné vers le serpent.

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I. LA FRISE HAUTE OU FRISE DE DAIS.

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1°) Première section.

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Frise haute des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise haute des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un coq .

Réduit à sa partie antérieure, il tend avec vigueur son bec vers la suite de la frise, et exhibe sa crête dentelée et ses barbillons.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un lion assaillant un cheval.

Les animaux sont stylisés et figurés en raccourci, pris dans le vif de leur lutte : un lion a saisi la croupe d'un cheval, lequel se retourne avec rage. Les flammes des deux crinières et les naseaux dilatés peuvent amener d'autres commentateurs à voir ici deux dragons.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un deuxième coq.

Il est le pendant du précédent, auquel il fait face ; mais les pattes sont mieux visibles.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2. Deuxième section.

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Feuillage (non photographié).

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Tête d'un homme attaqué par un chien et un lion.

Selon un procédé comique qui se retrouve dans les sablières, un malheureux quidam est attaqué conjointement par un chien, à sa droite, et par un lion, à sa gauche, si bien que les oreilles des deux bêtes semblent implantées sur son crâne. L'effroi de la victime est rendu par les yeux exorbités, par le réseau des rides et sillons faciaux et par le rictus de la bouche entrouverte.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Une main émerge de deux feuilles de vigne et se tend vers un phylactère aux spires enroulées.

Ce phylactère portait peut-être jadis une sentence peinte.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Pendentif du grand pinacle : un lion.

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Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Pendentif des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Troisième section.

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Une tête coiffée sort d'une feuille et se tend vers la suite de la frise.

Ou bien la "feuille" n'est que le repli dentelé de la coiffe du sujet, plutôt masculin avec son nez dilaté.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un chien lancé à la poursuite d'un renard qui emporte un oiseau est arrêté par un buisson de deux feuilles en chou frisé.

Ce chien courant au pelage lisse, à la taille fine et au fouet en queue de cochon sera peut-être identifié par un amateur de chiens de chasse. Basset, briquet, est-ce que je sais ?

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le renard s'enfuit avec sa proie.

Florence Piat parle d'une poule, mais j'y vois un oiseau, au mieux une colombe.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux chiens attaquant un lièvre.

Les deux chiens de chasse sont assez semblables, avec des oreilles larges, un pelage lisse, une taille fine, un fouet long et fin. La seule différence est le collier de celui qui mord la patte postérieure du lièvre. 

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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C'est entre la troisième et la quatrième section que passe la ligne médiane des stalles, à droite de la stalle haute n° 9 à laquelle on accède par une volée de marche, et dont le dossier est particulièrement soigné. Le pendentif du pinacle est une composition de feuilles de vigne et d'une grappe.

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4°) Quatrième section.

La quatrième section est faite toute entière d'une frise de feuilles d'abord convexes puis aux bords retroussés et dentelés, dont les tiges naissent de la bouche d'un masque central, et qui s'enroulent sur une corde mordue, à gauche, par un chien. Ce ne sont ni des feuilles de vignes ni des feuilles d'acanthe, ni des feuilles de figuier. Kèsedon ? Kekcédon ?

 

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Chien mordant la corde qui forme l'âme de la frise de feuilles.

Ce chien est peu ou prou de même race que les chiens de chasse précédents, mais ses babines retroussés sur ses fortes dents lui donnent un air plus féroce.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Masque dont la bouche donne naissance aux tiges des rinceaux .

Ce motif, très habituel sur les sablières, entre ici en écho avec la tête mordue par deux animaux de la deuxième section, et en reprend les traits faciaux accentués, les yeux proéminents et la bouche montrant les dents.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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5°) Cinquième section.

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Un masque encapuchonné mord dans une grappe de raisin, extrémité d'une vigne qui vient de la droite, et dont la tige, passant entre les dents, donne une dernière feuille à l'extrême gauche. Là encore, un écho s'établit avec le masque coiffé de la deuxième section, dont la coiffe était aussi couverte par une feuille. Mais ici, le faciès anthropomorphe est outré, déformé par des sourcils en auvent,  par un nez dilaté en figue, par une gosse verrue et par une lèvre supérieure excessivement longue.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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À l'autre extrémité, un dragon (aux oreilles d'âne et au cou de serpent) semble libérer en un braiement la tige du pampre qui va se dérouler ensuite.

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Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de dais des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Détail supplémentaire : Montant de la jouée nord-est.

La jouée haute qui termine les stalles nord est consacrée au Jugement dernier, et on voit, en bas du montant, l'ange buccinateur. Plus haut, un ange et un masque.

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Montant de la jouée nord-est des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Montant de la jouée nord-est des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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II. LA FRISE BASSE "DE HAUT-DOSSIER".

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1°) Première section.

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Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Coin ouest des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Tête de dragon libérant des  feuillages où se tient un petit dragon.

La tête de l'animal sort elle-même d'un feuillage, comme sur la frise haute.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux tiges de Chardon aux ânes.

Ce chardon, Onopordum acanthium L., 1753, ou Onopordon (littéralement "pet d'âne") aux feuilles d'acanthe est l' emblème de l'Écosse et de la Lorraine. Répandu dans toute l'Europe, il a sans-doute  ici une valeur satirique plutôt qu'emblématique.  

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux animaux fantastiques affrontés.

Ils portent tous deux des collerettes dentelées, agrémentées d'une capuche à droite. Ils n'ont qu'une paire de pattes, arrières. Leur échine dentelée est celle des dragons.

 

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un rapace (faucon ?) a saisit de ses serres un marcassin qui tente de s'enfuir.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le chasseur et son chien.

Un chasseur armé de sa pique, et accompagné de son chien, sort d'un bosquet : peut-être souhaitait-il aussi s'emparer du marcassin. Le chien, au museau fin et aux longues oreilles porte un collier. Son maître est vêtu d'une courte tunique serrée par une ceinture et des chausses très ajustées ; il est coiffé d'un bonnet  qui recouvre les boucles de ses cheveux mi-longs. Il porte en bandoulière sa trompe.

C'est, hormis les têtes et masques, la seule figure humaine de ces frises.

Florence Piat y consacre la page 273 de sa thèse :

"Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon sont sculptées de nombreux animaux, que ce soit sur les miséricordes, appuie-main ou encore dans les frises des dais ou de haut-dossiers. Ces dernières accueillent d’ailleurs toute une série de saynètes ayant pour thème principal la chasse, que celle-ci soit pratiquée par la noblesse, des chats ou d’autres créatures à la valeur symbolique forte. Dans les frises des dais des stalles hautes sud, des chiens prennent part à des scènes de chasse,poursuivant des lièvres ou des biches et accompagnés de piqueurs. Ces chiens ont une typologie très différente les uns des autre et leurs morphologies respectives permettent de distinguer un petit lévrier débusquant un lièvre, un chien courant, le fouet bien fourni, mordant la queue d’un monstre, et un limier reconnaissable à son large collier (*). Les colliers sont d’ailleurs sculptés avec précision, la boucle de certains d’entre eux étant même visible.

(*)[J. BUGNION, Les chasses médiévales. Le brachet, le lévrier, l’épagneul, leur nomenclature, leur métier, leur typologie, Paris, édition Folio, 2005, p.137-138]

Le piqueur lui-même est représenté avec beaucoup de réalisme. Sortant rapidement du buisson dans lequel il était dissimulé, suivi d’un chien, il tient entre les mains une longue pique tandis que dans son dos, on remarque l’harnachement qui lui sert à accrocher son cor, mais aussi un étui que l’on distingue sur le devant de sa tunique et qui doit probablement contenir son couteau. C’est en effet le même type de liens et de nœuds qui apparaît sur une des miniatures du ms fr. 616 du Livre de la chasse de Gaston Phébus [folio 63r]  où un piqueur arpente les bois en compagnie de son limier.

Le cor de chasse, ou cornue, est maintenu par deux liens en cuir entrecroisés formant un « X ». Le cor est un outil indispensable au piqueur, qui lui permet notamment de sonner l’hallali, une fois l’animal mort. À Saint-Pol, le piqueur se lance à la poursuite de la biche qu’il vient de débusquer et qui s’enfuit dans la frise supérieure tandis que le sanglier glane tranquillement de l’autre côté de cette même frise. À un autre endroit, des chiens se disputent un oiseau, un autre est sur le point d’attraper un lièvre et un renard repart fièrement, une volaille dans la gueule. La chasse prend un côté plus anecdotique avec l’image du chat qui réussit à tenir dans sa gueule les queues de deux souris essayant tant bien que mal d’échapper au félin. En de nombreux endroits de ces stalles, des animaux s’enfuient ou se cachent derrière des buissons." 

Voir aussi dans le Livre de chasse BnF ms fr. 616 folio 63v. ou 64r, et, pour le piqueur et le sanglier, folio 73r.

 

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Troisième section.

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Feuillages à feuilles larges.

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Une hermine passant dans les spires d'une banderole dont elle tient l'extrémité dans sa gueule.

Cette figure est une emblème ducal, largement représenté dans les édifices relevant du mécénat du duc de Bretagne, au Faouët, à Saint-Herbot ou à Quimperlé, etc..., mais à des emplacements honorifiques. Dans les stalles de Saint-Pol-de-Léon, on la retrouve sur la miséricorde de la stalle haute nord n°45. On retrouve cet emblème sur l’appui-main de la stalle n°25 (rang inférieur, côté sud) sous une forme plus limitée,  une hermine, dont le corps est entouré d’un ruban, tenant un blason vide de sa patte avant gauche .

Florence Piat s'interroge sur cet emplacement étonnant :

"L’hermine, emblème du duc depuis Pierre Mauclerc (1187-1250) se diffuse rapidement comme emblème du pouvoir ducal à partir de 1381, date à laquelle Jean IV relève l’ordre de l’Hermine. Cet ordre de chevalerie, confondu à partir de 1448 avec l’ordre de l’Hermine et de l’Épi, prévoyait pour ses membres un collier constitué d’une banderole tourbillonnant autour d’une file d’hermines passantes. Dans le cas saintpolitain, il ne fait guère de doute que la banderole portait la devise ducale « À ma vie » Les raisons de la présence de ces hermines sur les stalles de Saint-Pol peuvent être variées : affirmation de l’autorité ducale au moment du passage de la duchesse dans la cité, témoignage d’une donation ou signe d’affection de la part d’un clergé qui, même durant les conflits, est bien souvent resté fidèle à la maison ducale ou encore référence au rôle de conseiller et aumônier exercé par Guy Le Clerc comme nous avons pu le voir auparavant. Le cas saintpolitain demeure néanmoins unique et l’on peut effectivement s’étonner de ne pas trouver d’autres références au duché dans les stalles bretonnes, si ce n’est pour une cause évidente : les ducs font des donations pour des reconstructions,fondations et créations d’œuvres de dévotion, mais ne s’impliquent pas dans la commande de stalles qui ne concerne, en définitive, que les chanoines des chapitres cathédraux et, dans une moindre mesure, l’évêque." (Piat 2012 page 174)

Effectivement, bien que la duchesse Anne ait effectué son  « Tro Breizh » (littéralement « Tour de Bretagne ») en 1505 dans un pèlerinage ayant pour but  le sanctuaire du Folgoët (pèlerinage, durant trois mois, pour obtenir la guérison de Louis XII dont la santé s’était fortement dégradée suite à son retour d’Italie) mais au cours duquel  elle s’arrêta à Nantes, Quimper, Brest, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Dinan,Vitré où l’accueil qui lui est réservé a  toujours été très chaleureux, il est un peu étonnant que "l'enthousiasme" des chanoines les ait incité à choisir des emplacements si atypiques et, pour les miséricordes, si prosaïque. 

Dans le cas de cette frise, la présence de cette hermine semble plutôt se justifier comme motif animalier parmi d'autres, et non pour une valeur honorifique, et il n'est pas certain que la banderole portait ici la devise ducale A MA VIE.

Elle est située à peu près en dessous de la main tendue vers une phylactère enroulée, de la frise de dais.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Deux pampres de vigne avec feuille, grappe et vrilles.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Chat attrapant  deux souris à la fois et mordant leur queue.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un dragon ailé à queue doté d'une tête de serpent.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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4°) Quatrième section.

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Un lion.

Ce lion  affronte le dragon placé à sa gauche, constituant ainsi le couple dragon/lion si courant sur les crossettes du Finistère.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Feuillages

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Un chien de chasse tente d'attraper un lièvre qui se cache derrière un "bosquet" de deux feuilles de figuier.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un autre chien sort d'un bosquet et se lance vers le lièvre.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Cinquième section.

 

Un chien combattant un chien-monstre.

Le chien de droite est semblable aux chiens de chasse de cette frise, hormis son fouet qui se termine par un panache. Il a saisi la queue de son adversaire dans la gueule. 

L'animal de gauche présente la même apparence, au détail près d'un cou anormalement gracile et sinueux, peut-être seulement dû à une maladresse du sculpteur pour rendre le mouvement d'un chien qui retourne la tête en arrière.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un serpent en tête à queue, tendant sa langue vers le chat.

Derrière deux feuilles proches de celles du figuier, un serpent forme un huit qui amène sa tête au dessus de sa queue. Il tire la langue vers la droite, ... c'est à dire vers le chat qui ferme la frise.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Un chat.

Ce chat est tendu dans une attitude hostile, il forme donc, avec le serpent précédent, un duo pour une saynette animalière.

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Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Frise de haut-dossier des stalles nord du chœur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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DISCUSSION.

Les frises nord et sud, les panneaux des dossiers et les statues des montants, les quatre jouées qui ferment les stalles, et surtout peut-être les miséricordes et les appuie-main des sièges, qui attirent toujours l'attention des visiteurs, forment un corpus ornemental qui a été soigneusement étudié par Florence Piat.

Ici, malgré un décompte parfois hasardeux, sur les 36 éléments décoratifs à plusieurs objets,  je compte 10 à 15 feuillages, 33 animaux et 3 humains, 1 main, deux phylactères. C'est dire l'écrasante majorité des végétaux et animaux. Les végétaux sont des feuilles, ou des pampres de vigne. La liste des animaux  comprend, dans le désordre, 2 coqs, 2 chats, 2 souris, 2 lions, 1 cheval, 1 hermine, 1 rapace, 1 marcassin, 1 renard, 1 oiseau (colombe?), 1 serpent, mais surtout 10 chiens de chasse et un chien hybride, et deux lièvres. Le contingent d'animaux imaginaires comporte 3 dragons et deux têtes isolées de dragon.

La gente humaine est surtout représentée par un chasseur, mais il faut y ajouter 4 têtes ou masques, et la main isolée.

Ces données numériques rendent mal compte de la spécificité de ces frises. Il faut d'abord noter que ces animaux ne servent aucun discours moralisateur et n'illustre aucun proverbe ou aucune fable (*). Ils participent à des mises en scène décoratives où, cachés ou séparés par des feuilles qui font figures de bosquet ou de forêts, ils s'affrontent par deux ou par trois. Le thème central est bien celui de la chasse, parfaitement exposé lorsqu'un chasseur et son chien se dressent à la poursuite d'un petit de sanglier. Les 10 autres chiens répartis ailleurs sont tous des chiens de chasse. 

(*) Ainsi, le renard emportant un oiseau ne se réfère pas au thème de Renart prêchant aux poules.

Les frises des stalles sud sont globalement identiques, par leur genre et par leur thème, de celles-ci. À qui étaient-elles destinées ? 

Bien que la frise inférieure reste dans une certaine pénombre, elles étaient bien visibles des stalles qui leur font vis à vis à quelques mètres de distance. Elles se proposaient donc comme un aimable sujet de distraction aux chanoines (principaux commanditaires), enfants de la psallette et autres personnalités religieuses et civiles réunis pour les offices, et, par leur caractère familier tout comme par la neutralité de leur thème dégagée de tout discours religieux, biblique, moral, allégorique ou anagogique, elles formaient un apaisant décor, semblable à ces scènes de tapisseries murales n'ayant d'autres prétentions que de servir de support au regard qui cherche un point focal pour s'y fixer.

En cela, elles entrent en opposition avec le  décor des montants, consacrés aux saints et saintes (saint Yves, saint Roch, saint Vincent Ferrier), avec  celui des jouées, inspiré par des scènes eschatologiques (Jugement dernier),  évangélique (Annonciation) ou hagiographiques (saint Pol Aurélien asservissant le dragon), avec celui des appuie-main et des miséricordes et leurs scènes sentencieuses ou licencieuses.

En ce sens, ces saynètes s'apparentent avec l'iconographie des [ou de certaines] sablières.

Cette prudence à l'égard d'une sur-interprétation des frises semble partagée par Florence Piat lorsqu'elle écrit, à propos des végétaux :

"L’utilisation de ces modèles pour la réalisation des éléments végétaux des stalles, indifféremment appliqués à plusieurs espèces de feuilles, modère toute tentative d’interprétation symbolique de la flore des stalles. Bien sûr, dans le cas de grappes de raisins, la valeur christique du végétal, sa répétition en différents endroits,notamment sur les frises des dais et des haut-dossiers, expliquent sa présence. Mais,dans l’ensemble, il apparaît que les menuisiers des stalles se sont plus particulièrement attachés à la forme de ces « feuillaiges », tels qu’ils sont mentionnés dans les contrats,plutôt qu’à leur fonction symbolique. " (Piat 2012, page 277)

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Par contre, je ne l'accompagne pas entièrement dans son interprétation des scènes animales :

"La chasse est un thème iconographique fréquent aux XIVe et XVe siècles, en particulier dans les manuscrits, porté notamment par une littérature cynégétique florissante à cette époque. Occupation aristocratique par excellence, la chasse relève d’une symbolique ambiguë pour l’Église. Forcer l’animal, utiliser des pièges, ruser, et surtout, faire couler le sang, sont des attitudes qui assimilent le chasseur au diable lui-même puisque ce dernier utilise et abuse de ruses pour corrompre l’âme humaine. La pratique de la chasse est d’ailleurs interdite aux clercs depuis le concile d’Agde en 505, mais les rappels continuels à cette interdiction tout au long du Moyen Âge indiquent que celle-ci devait être transgressée régulièrement.

À Saint-Pol-de-Léon cependant, la chasse ne semble pas recouvrir de valeur négative, bien au contraire. Car, ce qui est mis en avant dans ces scènes de chasse, c’est une sorte de jeu de cache-cache où la traque prend une tout autre dimension, allégorique, révélée par certaines sculptures.

Sur la frise du haut-dossier des stalles nord, un chien est ainsi représenté en train de tirer sur la queue d’un animal monstrueux. Celui-ci tourne vivement la tête vers le chien, menaçant et protestant contre la morsure du limier. L’hybride ressemble à d’autres créatures monstrueuses présentes sur les stalles bretonnes, en particulier à Tréguier, mais aussi à Saint-Pol-de-Léon, qui sont toujours empreintes d’une connotation négative. Le chien de cette frise ne fait donc pas que débusquer une proie, mais bien une créature diabolique et donc le Mal lui-même. Toujours sur cette même frise, le message apparaît sans ambiguïté un peu plus loin, lorsqu’un lion se lance à l’assaut d’un dragon menaçant. Le corps serpentiforme de ce dernier est pourvu d’ailes de chauve-souris et sa longue queue se termine d’ailleurs par une tête, rappelant bien que l’animal est dangereux aux deux extrémités. Cette image est d’ailleurs une nouvelle fois mentionnée dans la miséricorde n°01 qui, comme nous avons eu l’occasion de le voir auparavant, représente un lion écrasant de tout son poids un serpent, image ayant une forte connotation christologique.

Si le caractère quasi anecdotique de la chasse de Saint-Pol-de-Léon est visible sur une partie de ses sculptures qui relatent avec précision cette activité noble, elle finit par prendre un aspect inquiétant dès lors que les créatures monstrueuses et menaçantes se multiplient et obligent le spectateur à s’interroger sur la nature même de cette chasse. Toujours est-il qu’elle est aspectée pour son côté positif et que le réalisme de certaines de ses sculptures supposent une connaissance de la pratique par le sculpteur ou plus vraisemblablement le commanditaire. Il n’était d’ailleurs pas rare que, malgré les condamnations de l’institution ecclésiastique, les chanoines s’adonnent à ce genre de sport comme en témoignent quelques documents d’époque." (Piat 2012, page 274)

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Enfin, j'ai lu avec intérêt son commentaire sur le bestiaire des stalles :

"Le bestiaire occupe une place importante : présent à seulement 21% sur les miséricordes et les appuie-main, il trouve sa place dans les frises des dorsaux ; au niveau des dais, dans des scènes de chasse.Un piqueur sort du buisson derrière lequel il était caché, précédé de son chien, le cor de chasse accroché à sa ceinture ; un chien débusque un lièvre tandis qu'une biche est déjà forcée par deux autres ; un renard s'enfuit, une volaille dans la gueule ; à un autre endroit, c'est un chat qui vient d'attraper deux souris qu'il tient par la queue ; enfin un lion pourchasse un dragon dans une approche plus symbolique du sujet. Chat, chien, bouc, ours, porc, aigle, lion, singe ne sont qu'un aperçu de la richesse iconographique du thème.

Les animaux qui peuplent les stalles de Saint-Pol ont ce point commun d'être tous sculptés de façon naturaliste, les rendant aisément reconnaissables. Par contre, les sources utilisés par les huchiers sont, quant à elles, difficilement reconnaissables, car multiples en cette fin du Moyen-Âge : littérature, traditions orales, proverbes, autres sculptures, etc. La question des sources pose le problème de l'interprétation de telles figures, interprétation qui se heurte à la polysémie et à la polyvalence intrinsèque des images médiévales. La confrontation avec d'autres ensembles de stalles et d'autres supports peut alors fournir quelques orientations à défaut de réponses claires.

Par exemple, les stalles de Saint-Pol-de-Léon comportent plusieurs représentations de chiens qui n'ont pas la même signification.

Dans la frise des dais des stalles hautes sud, des chiens prennent part çà des scènes de chasse, poursuivant des lièvres ou des biches et accompagnés de piqueurs. Ces chiens ont une typologie très différente les uns des autres et leurs morphologies respectives permettent de distinguer un petit lévrier débusquant un lièvre, un chien courant, le fouet bien fourni, mordant la queu d'un monstre, et un limier reconnaissable à son large collier. Un autre chien est représenté sur une miséricorde de la rangée basse nord. Ce chien n'a pas du tout le même aspect que ceux situés sur les frises. Vu de profil et tourné vers la gauche de la console, il est massif, ses pattes sont épaisses, ses oreilles larges et tombantes et son museau court et carré. Il tient dans sa gueule un os alors qu'un autre , cassé, est coincé entre ses pattes antérieures. Ce chien a l'apparence d'un mâtin, animal réputé pour sa force." (Florence PIAT)

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SOURCES ET LIENS.

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— PIAT (Florence), 2007, Les stalles de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon. Un édifice au chœur de l'édifice, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère

— PIAT (Florence), 2012, Les stalles de l’ancien duché de Bretagne, de la fin de la guerre de Succession jusqu’au concile de Trente,[thèse : Histoire de l’art], Rennes, Université de Rennes 2, 2012, 2 vol.2.

 https://www.academia.edu/34924613/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_Les_stalles_de_lancien_duch%C3%A9_de_Bretagne._De_la_fin_de_la_guerre_de_Succession_jusquau_concile_de_Trente

Volume 2 Annexes :

https://www.academia.edu/34924818/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_-_Volume_2_-_Annexes

http://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/recherche/globale?ou=Saint-Pol-de-L%C3%A9on&type=&texte=stalles+

— Base de donnée MUSICASTALLIS.

Ce site présente plus de 850 scènes musicales sculptées dans les stalles médiévales conservées dans les églises européennes. Un module diaporama et un lexique permettent de découvrir ce monde caché des miséricordes

http://www.plm.paris-sorbonne.fr/musicastallis/

http://www.plm.paris-sorbonne.fr/musicastallis/fiche.php?id=218

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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