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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 10:53

"Vanité et  trompe-l'œil", huile sur toile de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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Voir :

 

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Ceci [n'] est [pas] un trompe-l'œil.

Ceci [n'] est [pas] une Vanité.

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1°) Ceci est une Vanité, "une représentation allégorique de la mort, du passage du temps, de la vacuité des passions et des activités humaines", des "passe-temps"  peinte par Jean-François De Le Motte, peintre actif à Tournai entre 1653 et 1685.

Ah oui, et on y trouve tous les éléments propres au genre développé en Flandres au XVIIe siècle par fusion de la peinture naturaliste imitant scientifiquement la nature, et de la morale calviniste : le crâne bien-sûr, mais aussi le sablier, la bougie éteinte qui fume encore, l'objet de collection tiré du Cabinet de curiosité (le coquillage, Strombus gigas ?), le vin (dans une bouteille ou tourie à la paille défaite) et le tabac, la musique ou la chasse, la faveur bleue, et la lettre ouverte. Il y manque la tulipe ou le bouquet un peu fané, le bijou ou la médaille, mais il faut faire un choix.

Tous ces objets sont réunis dans une niche, curieusement dotée d'un soubassement en saillie à moulure évoquant le (faux-) marbre.  

L'élément le plus discret est le chalumeau placé dans un récipient, et dont les bulles de savon se découvrent une à une : quel plus délicat symbole de l'existence éphémère des choses, et de leur vacuité ! 

Et l'élément le plus visible, quoique partiellement masqué, est l'inscription latine COGITA MORI, "pense qu'il te faut mourir", variante du Memento mori. C'est le cilice de l'esprit, la macération dégustée sans relâche par la bouche des Chartreux et des contrits. Mais dont l'artiste occulte malicieusement la finale RI. Ra bien qui rira le dernier. Premier indice d'une arrière-scène.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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2°)  Ceci est une toile, tendue sur son cadre par des clous (en haut et sur le coté) et une ficelle dont le canevas la met en tension. Mais le coin supérieur droit est détaché : soit par usure, soit parce que le temps passe sur cette toile : elle n'est pas représentée comme dans un musée, invariable et achevée, mais en cours de métamorphose. Cela déclenche une impatience, un besoin de remettre ce coin en place, ou de détacher entièrement la toile, d'achever ce qui est en cours. D'autant que la taille de cette toile, qui n'est manifestement pas adaptée à celle du cadre, nous énerve et indique le coté provisoire du montage.

La toile est néanmoins achevée, puisqu'elle est signée FDLemotte (ou JFBLemottes pour certains) au coin inférieur gauche.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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3°) Ceci est une vue d'atelier, puisque la toile et son cadre sont posés sur une table contre un mur lambrissé de pin. Le peintre travaille ici, avec sa palette (dont le noir coule en une étrange silhouette en ombre chinoise), le faisceau de ses pinceaux, son appui-main (à l'extrémité brisée), sa fiole de solvant ou d'huile, la boite à deux compartiments où se renversent ses pigments ou les déchets de ses pinceaux. L'ampoule close sur quelque medium. Son cadre en papier découpé au compas. Ses esquisses, celle d'une femme vue de profil, signée de sa main, et le dessin à la plume d'un homme, au même profil droit, annoté PI, placé en face à face avec le crâne.

Nous sommes ici chez Jean-François de le Motte, en négligé, le pince-nez accroché à un clou et le couteau de cuisine glissé sous la toile en une diagonale assassine.

Cette représentation de l'atelier du peintre flamand est une mise en abîme (On a pu dire que c'était une «représentation en trompe-l'œil d'un tableau en trompe-l'œil»), une théâtralisation de l'acte de peindre, un regard de l'artiste porté sur lui-même, mais afin de jouer avec notre propre regard. Cette toile devient donc un autoportrait.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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4°) Ceci est un autoportrait, celui, anthume, de l'artiste devant son crâne et face aux  traces et objets qu'il laissera de lui. Une mise en scène macabre de sa chambre funèbre.  On est bien peu de chose. 

 

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5°) Ceci est une bouteille à l'osier défait, mais c'est une bouteille lancée à la mer. Elle abonde de messages que l'artiste adresse sur lui à la postérité. Le premier message s'adresse à ses collègues et à son public, pour montrer qu'il connaît les lois du genre qu'est le trompe-l'œil. Tout ce qui est montré doit être en même temps caché. Deuxième loi : les mises en abîme doivent se refléter et se renvoyer de façon vertigineuse. Troisième loi : tout doit s'adresser à l'intelligence exacerbée de l'amateur, dont la jouissance viendra d'avoir été mise en échec le mieux possible.

a) le portrait féminin signé de sa main : est-ce sa compagne, son épouse ?

b) le portrait masculin : un expert ne peut-il l'attribuer à quelque maître du temps ?

c) Sa signature, apposée sur la toile factice et non sur la toile réelle.

d) son pince-nez : cette délégation de l'œil artiste est détachée du corps de son propriétaire pour être mis au clou et, en s'y balançant, nous regarder le regarder.

e) le flacon de solvant, dont le tampon d'étoffe devient un profil d'homme enturbanné.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

Jean-François De Le Motte, Vanité et trompe-l'œil, Musée des Beaux-Arts de Dijon. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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f) la lettre glissée sous la ficelle, adressée à MONSIEUR MONSIEUR DIEGO SALVAGO DO PAER [ou PAZ]  EN AMSTERDAM . Elle porte l'annotation VIII au crayon rouge, et un monogramme YB (?) On connaît un peintre, Antonio de Perera y Saldago, Valladolid 1611-Madrid 1678, mais aucun Diego Salvago à Amsterdam

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_de_Pereda

Un Diego Salgado de Paz, marchant portugais après 1639,  est attesté à Amsterdam :

https://www.jstor.org/stable/41481279?seq=1#page_scan_tab_contents

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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g) La seconde lettre hors de la toile factice est retenue par un ruban de cuir roux tendu entre deux punaises  et recouverte du bâton de cire à cacheter. On y lit A MONSIEUR MONSIEURS GYV~ERS, et on retrouve l'annotation YBort (Vort, Port) déjà remarqué sur la lettre précédente, et de la même main.

Ce Monsieur Gyvers est très vraisemblablement Cornelius GYSBRECHTS, dont le tableau de 1664 sert de modèle à celui-ci, comme nous allons le voir : nouvel exemple d'ironie.

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.
Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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h) le document principal est la lettre (une feuille pliée en deux) placée sous les dents du crâne qui mord le bugle . On jugerait qu'il suffit de s'approcher pour le lire, mais c'est un piège. On lit facilement les premiers mots A TOUS, et la signature ANTOINE DE /RO[Y]. L'ironie est évidente, qui adresse cet avertissement de la vanité de l'existence "à tous", et cette ironie s'accroît si l'artiste  s'est plu à utiliser un acte officiel réel . Or, la formule "à tous" est très utilisé dans les avis des autorités.

Quand au signataire, faut-il deviner ANTOINE DE CROY ?

Il peut s'agir d'un vieil acte familial, et les début de lignes qu'on déchiffre évoquent le langage juridique. Il y est question d'une abbaye.

Un autre trompe-l'œil de J.-F. Le Motte  a  été offert en 1957 au Musée des Beaux-Arts de Dijon. Un document y est peint. C'est Un bail fait par l'abbé d'Esplechin (un village à environ 10 km sud-ouest de Tournai ) en faveur de Toussaint Corberos . au-dessus  se trouve un livret sur la page ouverte duquel "ROY" est écrit en lettres rouges.

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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6°) Ceci est une copie.

Tout simplement la copie du tableau de Cornelius GYSBRECHTS (ou Gijsbrechts).

On y trouve la même Vanité séchant et mise en tension sur un cadre, avec son coin supérieur droit détaché, le même couteau glissé sous le montant, la même niche avec son plateau de marbre mouluré, le même  crâne, exactement le même sablier hexagonal et tricolore (mais ici mordu par le crâne), le même quinquet à la bougie fumante, le même chalumeau dans le récipient d'eau savonneuse qui se révèle être, comme nous l'avions peut-être deviné chez de Le Motte, une coquille de moule. La même pipe, renversée au dessus d'un peu de tabac. Sous le sablier, la même feuille de papier, mais dépliée et  avec un texte en flamand (illisible sur le document photographique).

Par contre, le pichet de vin en étain ou métal argenté, et le violon, tout comme les épis de blés, ne se retrouvent pas chez de Le Motte, où ils ont été remplacés respectivement par la bouteille, la trompe de chasse, et le treillis en osier aux brins désassemblés.

L'atelier est le même, avec le même appuie-main, la même boite (à trois compartiments ici), le même faisceau de pinceaux, la même palette où la peinture noire coule et va tâcher le plancher. La même lettre est placée dans le réseau de ficelles.

Le Motte a remplacé par ses dessins à la plume et par un médaillon de papier les trois portraits à l'huile, en médaillon, dont l'un, inachevé, nous offre un fantôme blafard à fonction spéculaire, et l'autre nous fixe comme un autoportrait de Gysbrechts.

De même, il n'a pas suspendu le flacon de solvant ou d'huile à son appuie-main.

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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7°) Ceci n'est pas une copie de Gysbrechts, mais une reprise, en hommage et surenchère d'ironie.

Une fois que nous connaissons le tableau modèle (et d'autres tableaux du même artiste multipliant les citations), nous apprécions encore mieux avec quel humour de Le Motte a coiffé son crâne de l'osier défait de sa tourie.

D'ailleurs, Gysbrechts est le premier à se citer et à se parodier lui-même, comme sur cette toile du Hull Museum datée de 1664 :

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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Ceci est un double d'une toile conservée à Draguignan.

Musée des Beaux-Arts

 

https://de-de.facebook.com/mbadraguignan/photos/a.243871272710584/246691925761852/?type=3

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Chacun se plaira à découvrir, dans ce doublon, les différences, qui sont souvent inspirées de Gysbrechts (le flacon suspendu à l'appui-main).

 

 

 

Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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Conclusion : ceci est moins un trompe-l'œil qu'une cascade de clins d'œil.

-avec la Mort

-avec lui-même

-avec Cornelius Norbertus Gysbrechts

-avec les autres peintres de trompe-l'œil

- avec le public du temps, mieux à même que nous de décrypter tous les indices,

-avec le public d'aujourd'hui, et avec la postérité,

.... et surtout, avec le Temps qui passe comme ces coulures de peinture qui tombent de la palette, et dont nous sommes incapables d'empêcher la chute.

 

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Le trompe-l'œil de Jean-François de Le Motte au Musée des Beaux-arts de Dijon.

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On sait très peu de chose de François ou Jean-François De Le Motte, hormis qu'il demeurait dans la paroisse Saint-Piat de Tournai. Son travail est mince. Seulement une douzaine de ces toile ressemblant à un trompe-l'œil ont survécu (outre les deux toiles de Dijon et celle de Saint-Omer, un trompe-l’œil du Musée des Beaux-arts de Strasbourg (Inv. 1749), et celui du musée des Beaux-Arts d’Arras (Ill. 4, inv. 945.94). . Encore plus rares sont les données et documents relatifs à leur auteur, le peintre Jean-François de le Motte, qui travaille à Tournai. En effet, les archives de cette ville ont disparu en 1940 lors des bombardements.  Actif de 1653 à 1685, il habitait à Tournai où il entra à la guilde de Saint-Luc dès 1653. Rendu célèbre pour l’ornementation des arcs de triomphe de l’Entrée de Louis XIV à Tournai en 1670, l’essentiel de son œuvre réside dans la peinture de trompe-l’œil dont une dizaine d’exemplaires a été recensée, révélant les contacts de l’artiste avec le milieu des Pays-Bas, notamment C. N. Gysbrechts (Ill. 2 et 3).

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SOURCES ET LIENS.

— Notice du MBA de Dijon :

http://mba-collections.dijon.fr/ow4/mba/voir.xsp?id=00101-2486&qid=sdx_q0&n=1&e=

Jean-François de Le Motte 
Tournai , ? - ? , ? 
Ecole Flamande ? Française ?

Ce peintre de trompe-l'oeil appartenait à une famille d'artistes, dont le nom apparaît dans les documents d'archives avec l'orthographe Delmotte ou De le Motte et qui semble être d'origine lilloise. Jean-François de Le Motte fut admis à la maîtrise en 1653 et entra la même année dans la Gilde de saint Luc. Il fut appelé [...] à participer aux décors de circonstances, notamment à ceux des "Entrées" : c'est ainsi qu'en 1670, il participait à l'ornementation des arcs de triomphe pour la seconde Entrée de Louis XIV. A Saint-Piat de Tournai, église de sa propre paroisse, sont conservés les portraits d'Etienne Dailly et de sa femme Jeanne Thérèse Delmotte, qu'il avait peints en 1670. [...] Cet artiste qui jouissait d'une grande réputation dans sa ville natale, puisqu'il fut le maître de nombreux peintres de Tournai, n'était pas seulement un décorateur et un portraitiste ; il était aussi peintre de natures mortes et de trompe-l'oeil. « (Notice de Pierre Quarré extraite de "Jean-François de Le Motte, peintre tournaisien de trompe-l'oeil", La Revue des Arts, 1960, n° 3)

Peinture à l'huile sur toile 
Hauteur : 118,7 cm ; Largeur : 90,8 cm 
Inv. CA 692

Un châssis posé sur une étagère est appuyé contre un assemblage de planches noueuses et fissurées. Un trompe-l'oeil mis en abyme, représentant une "Vanité", est cloué sur le châssis et tendu par des cordelettes. Son contenu symbolique est clairement énoncé par une inscription que l'on déchiffre partiellement : COGITA MO[rtem]. Le coin détaché, dont le bord est effiloché, pend lamentablement en s'enroulant sur lui-même. La "peinture", signée par l'artiste, représente une niche, alvéole obscure posée sur une dalle de marbre saillante sur laquelle s'entassent en désordre un crâne coiffé d'une couronne de blé desséché, un bougeoir avec une bougie achevant de se consumer, un coquillage, un sablier et une coupelle dont s'échappent des bulles de savon. Ce sont autant de symboles de la fragilité de la vie et de son inévitable fin. Seule la présence du blé, emblème de la résurrection, appporte une note d'espoir. Il voisine avec le cornet de chasse, la pipe, le flacon de vin et la lettre froissée, témoins des plaisirs et des futiles occupations humaines. 
Le même désordre règne dans l'atelier de l'artiste. les couleurs s'écoulent de la palette et se mélangent en camouflant une deuxième signature du peintre qui, cette fois, s'approprie son "trompe-l'oeil" en le dévoilant discrètement. La boîte métallique, pour laver les pinceaux posés sur le bord, déborde de déchets et le flacon d'huile est bouché par un torchon sale. Le bâton du peintre traverse en diagonale le tableau en s'appuyant sur le châssis. Comme l'écrit Anne-Marie Lecoq, tout se passe comme si "en l'absence du peintre, son ouvrage et ses instruments étaient abandonnés". Une pièce d'orfèvrerie sphérique, une amulette posée comme une signature, fait souvent son apparition dans les tableaux de De Le Motte. Un cadre vide semble oublié. Une paire de lunettes accrochée à un clou souligne encore l'absence de l'artiste tout en symbolisant le sens de la vue qui permet ce jeu entre les niveaux de réalité. Deux dessins, dont le profil d'une femme signé par le peintre, ainsi qu'un porte-lettres, sont aussi cloués sur la planche. 
La lettre en bas porte l'adresse "A Mons[ieu]r / Monsieur Diego / Salvago de Paer / A Amsterdam, suivi d'une signature illisible. Elle témoigne des liens du peintre avec la Hollande. Celle de gauche pourrait être un hommage à Gijsbrechts puisqu'elle est adressée "A Monsieur / Monsieur Gibr[r]e[ch]ts".
Ce tableau met en lumière la dénonciation morale de la vanité provoqué par l'illusion optique du trompe-l'oeil. Le peintre manie avec habillité cette double mission et fait de la représentation de l'atelier de l'artiste un subtil "trompe-l'oeil d'un trompe-l'oeil". Le procédé avait déjà été utilisé par Gijsbrechts. De Le Motte se distingue du style du maître hollandais par son coloris plus chaleureux et par le sentiment de désolation qui s'en dégage.

(Notice de Miriam Milman extraite de "Le Trompe-l'oeil : plus vrai que nature ?" , Bourg-en-Bresse : Musée de Brou, Arras : Musée des Beaux-Arts, 21 mai - 4 septembre 2005)

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—Notice du tableau Trompe-l'oeil du MBA de Dijon :

http://mba-collections.dijon.fr/ow4/mba/voir.xsp?id=00101-2475&qid=sdx_q0&n=1&e=

 

Peinture à l'huile sur toile 
Hauteur : 78,1 cm ; largeur : 53,2 cm 
Inv. 4347

Le fond de ce tableau - dont le pendant est conservé dans une collection particulière - est constitué par un assemblage de planches rugueuses, avec des noeuds, des fentes rafistolées et des bords déchiquetés. Une marine, dans son cadre d'ébène enjolivé par un noeud de soie, occupe une place centrale. Accrochée à la paroi par un clou, elle représente une tempête sur une mer déchaînée qui met en péril les frêles bateaux qui s'y sont aventurés. 
Une lanière retient avec difficulté une multitude de papiers froissés et de lettres dépliées, cachetées et déchirées. Ces objets en saillie donnent le sentiment de relief, de profondeur et de tangibilité essentiel à la réussite d'un trompe-l'oeil. Ils contiennent aussi des messages écrits, autant de traces laissant deviner des informations concernant l'artiste et son commanditaire. Un bail fait par l'abbé d'Esplechin en faveur de Toussaint Corberos permet de localiser les Flandres, région à laquelle l'artiste semble lié, comme le prouvent d'autres lettres adressées à Amsterdam et à Ypres. Une autre lettre donne le nom et l'adresse du peintre : "A L.J. François de Le Motte, peintre demeurant sur la paroisse Saint-Piat à Tournay", qui fait ainsi usage avec habileté du stratagème lui permettant de sortir de l'anonymat imposé par le genre du trompe-l'oeil. 
Le dessin encadré d'un profil de vieillard surplombe une terre cuite ovale représentant des putti jouant ; on y reconnaît le style des bas-reliefs de Duquesnoy (1597 - 1643) que De Le Motte reprend déjà dans le "Trompe-l'oeil aux rubans". Le plâtre d'une tête féminine classique mène le regard vers une surface plane, une étagère, sur laquelle sont posés les outils du peintre. On y retrouve sa palette, le faisceau de pinceaux attachés avec une lanière et la boîte métallique à deux compartiments qui devait lui servir pour les nettoyer. 
On est sans doute encore une fois dans l'atelier que De Le Motte a abandonné : papiers froissés, planches abîmées, désordre, tourmente des éléments. La symbolique de la vanité est, comme si souvent, présente.

(Notice de Miriam Milman extraite de "Le Trompe-l'oeil : plus vrai que nature ?" , Bourg-en-Bresse : Musée de Brou, Arras : Musée des Beaux-Arts, 21 mai - 4 septembre 2005)

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—BODO VISCHER, The Sound of Time, Jean-François De Le Motte, trompe-l'œil,  Still life with an air of cour by Jehan Planson, partiellement en ligne

[PDF] Trompe-l'œil air de cour (Jehan Planson) - Michael Imhof Verlag

 

https://www.imhof-verlag.de/media/catalog/product/pdfs/d0ab5e95b0f47b90daab7370907cdb7a_Klang%20der%20Zeit_Blick%20ins%20Buch.pdf

— Photo de ce  trompe-l'oeil :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Jean-Fran%C3%A7ois_de_Le_Motte._Trompe-l%27oeil.jpg

— Le tableau de Gysbrechts en 1664 :

Vanité, trompe-l'oeil, 1664 (Hull Museums, Royaume-Uni), Cornelis Norbertus GYSBRECHTS (1630-1683)

http://carlosguerreiro.free.fr/wiki/fckeditorfiles/file/EAF/poesie-baroque-hda-vanite-trompe-oeil.pdf

— Autre tableau de Gysbrechts

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cornelius_Norbertus_Gijsbrechts_-_Trompe_l%27oeil_with_Studio_Wall_and_Vanitas_Still_Life_-_Google_Art_Project.jpg

http://catalogo.fondazionezeri.unibo.it/scheda/fotografia/157949/Anonimo%20-%20Cornelis%20Norbertus%20Gijsbrechts.%20Trompe%20l%27oeil%20med%20vanitas%20-%20insieme#lg=1&slide=0

— Talcott (Samuel), Georg Canguilhem and the problem of error, page 272

https://books.google.fr/books?id=6LyYDwAAQBAJ&pg=PA270&lpg=PA270&dq=cogita+mori+le+motte&source=bl&ots=5-XuCPC-Lu&sig=ACfU3U3ja33Si8ik3PNb9KdSl9hpWqHskA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiYh76Eio3kAhVPEVAKHdEqBEAQ6AEwC3oECAkQAQ#v=onepage&q=%20motte&f=false

De Le Motte dans les collections du musée de l'hôtel Sandelin de Saint-Omer, avec une notice détaillée

http://www.patrimoines-saint-omer.fr/Les-ressources/Les-ressources-en-ligne-des-musees/L-oeuvre-du-mois/Trompe-l-oeil-de-Jean-Francois-de-Le-Motte

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Published by jean-yves cordier

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