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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 07:45

Le Cabinet de curiosité du Président de Robien au Musée des beaux-arts de Rennes. II, les peintures en trompe-l'œil de Jean Valette-Penot.

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L'intérêt des quatre trompe-l'œil de Jean Valette-Penot conservés au Musée des beaux-arts de Rennes réside dans le fait qu'ils ont été commandés par Christophe-Paul de Robien comme une représentation, mise en abyme, de son Cabinet. On y reconnaît plusieurs pièces attestées ou encore conservées, ce qui autorise à penser que les autres pièces appartenaient aussi à ce cabinet, ou à l'environnement familier du marquis.

Ce sont donc, pour celui qui étudie les Cabinets de curiosité du Siècle des Lumières, des documents qu'il s'agit de déchiffrer. Ce sont aussi vraisemblablement des témoins de la présentation des collections, dans des armoires fermées à clefs et équipées d'étagères.

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Collection de peinture du marquis Christophe-Paul de Robien, Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

Collection de peinture du marquis Christophe-Paul de Robien, Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

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I. La mort de B.,  goth.

Monsieur de A. chercha un guéridon sur lequel s'appuyer et n'en trouva point.  

Monsieur B. croisait les bras, réunissant ainsi ses boutons de manchette de nacre où son gras monogramme lui indiquait, en lettres gothiques, "B-B".

Pour tromper l'attente, il tendit à son voisin un paquet de Kréma, mais A. le regarda de manière offusquée :

— Eh, des Kréma ! Ne sommes-nous pas en 1754 ? Prenez plutôt l'un de ces Anis de Flavigny !

B. saisit deux de ces petites perles glacées fabriquées par les moines, et les croqua. 

Un valet portant la livrée du marquis de Robien les firent enfin entrer dans un vaste salon où les tableaux étaient exposés dans un accrochage serré ;  mais aussitôt, B.  fut pris d’étourdissements. Avait-il grimpé les trois étages trop rapidement ? L'air du Grenier que Robie avait choisi pour installer sa bibliothèque et son Cabinet était-il vicié ?  Il passa devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse et de l’inutilité d’un art si factice. Tous ces animaux empaillés par le taxidermiste dégageaient des humeurs qui étaient en train de l'empoisonner. Puis, revenant à l’optimisme, il se dit : « C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces graines d'anis pas assez cuites, ce n’est rien » .

 

— Avez-vous rencontré le marquis ? Alors que je passais par l'orangerie  de son jardin, je l'ai aperçu examinant une de ses toiles à la lumière d'une fenêtre de l'étage.

— On le dit très amateur des petits maîtres flamands peints sur cuivre. Ah, voilà ses trompe-l'œil ! Ce sont eux que je veux voir.

— Celui-ci, qui est  de Jean Valette-Falgore, est une commande de De Robien : voyez la gravure d'Isaac  Sarrabat épinglée au dessus de bésicles : eh bien, l'original appartient aussi au Président. Et d'ailleurs, il a fait représenter ici tout l'attirail du parfait cabinetier .."

— Cabinetier ? 

— Oui, le possesseur d'un Cabinet de curiosité, comme Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville. nous trouvons ici un almanach, un compas,  une plume d'oie , des ciseaux, une loupe, l'étui du lorgnon, la gravure d'un chien et de son maître, une palette et ses pinceaux, une partition musicale... comme si nous étions devant son secrétaire.

 

 

Enfin B.  fut devant le trompe-l'œil, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits reflets bleus, que le ruban rose était de satin, et enfin la précieuse écriture du tout petit papier plié et jauni. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit papier. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes dernieres lettres sont trop sêches, elle pensera que je suis de mêchante humeur, elle voudra me quitter, alors qu'lle m'est si précieuse, comme l'écriture de ce petit papier plié jauni.  » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se disait-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. « 

Il se répétait : « Petit papier plié jauni avec une adresse à Rennes, petit papier de matière jaune.  » Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l’optimisme, se dit : « Ce sont ces graines d'anis de Flavigny, ce n’est rien.  » Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre, où accourut un domestique. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? 

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Jean Valette-Falgore, dit Valette-Penot (1710-1777), Trompe-l'œil à la gravure de Sarrabat, Musée des beaux-arts de Rennes, Inv 794-1-139, Photo (C) MBA, Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC0O39XCA

 

 

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Monsieur de A. ne s'aperçut de rien. Il venait de retrouver C., dont l'amitié lui était d'un grand prix, et il poursuivit avec lui la conversation débutée avec B.

—  Le nœud de soie bleue,  les rubans roses, et le collier de perles, pourraient provenir plutôt de la marquise de Robien.

— Julienne de Robien-Kerambour ? Elle est décédée à Paris, en septembre 1742 ! Elle laissait sept enfants âgés de un à onze ans, alors qu'elle avait tout juste 26 ans.

— Alors, ce serait l'une de ces filles. D'ailleurs, en voici la preuve. Prenez ce feuillet plié et lisez-en l'adresse.

— "A Mademoiselle de Robien à l'hôtel de Robien Rennes". Je serai curieux de pouvoir en lire le contenu. Cela pourrait-être Louise-Joséphine, la fille aînée, née en 1733  deux ans après Paul-Christophe. Trop jeune pour porter des binocles. 

 — Ce serait un courrier de Louise-Joséphine, mais de quelle année ?  L'almanach nous renseignera peut-être. Que dit-il ?

— C'est à moi qu'il faudrait des lunettes ! ALMANACH NOUVEAU ..ANNÉE BISSEXTILE...ALMANACH DU PALAIS. Une année bissextile, ce serait 1744. Est-ce l' "Almanach nouveau pour l'année bissextile mil sept cens quarante quatre, exactement et diligemment supputé par Alexandre Des Moulins, avec l'almanach du Palais" ?

— Non, je parviens à lire ...cent quarante huit. C'est donc l'almanach de 1748. Louise-Joséphine avait alors quinze ans, l'âge des billets doux... 

— Tout cet attirail n'est donc pas celui d'un cabinetier, comme vous dîtes, mais celui d'une jeune fille noble : voyez le porte-épingle, ce petit coussin carré avec ses cordons pour le nouer au poignet gauche comme les vrais tailleurs. Voyez aussi l'étui de métal, qui contient certainement une dizaine de fines aiguilles. Les petits ciseaux sont faits pour ses doigts. Le petit livre relié est celui où elle écrit ses secrets. Tenez, les binocles, qui nous étonnait pour une âme si tendre, grossissent un mot particulier du titre de la gravure : PULCHRAE. "Belle". La petite dame n'a que ça en tête.

— Non, pensez plutôt que son père lui a offert ce dessin pour lui rappeler l'amour qu'elle a reçu de sa mère, car le titre, Mater pulchrae dilectionis, signifie "La Mère de la belle affection". Ou bien, il a voulu l'inciter à la Sagesse, car ces trois mots sont extraits d'un verset de l'Écclesiastique 24:18 et, si le passage peut être mis dans la bouche d'une mère, c'est en réalité Sagesse qui s'exprime  :

"Comme une vigne, j’ai donné des sarments pleins de grâce et mes fleurs sont des fruits de gloire et de richesse.  Je suis la mère du bel amour, de la crainte de Dieu et de la connaissance et aussi de la sainte espérance. J’ai reçu toute grâce pour montrer le chemin et la vérité. En moi est toute espérance de vie et de force." Eccl. 24:17-18.

— N'est-ce pas son portrait que le peintre a esquissé sur la page de titre de l'almanach, en dépit de toutes les conventions ?

— Dites aussi que c'est elle qui a cassé la vitre du dessin de cet homme au chapeau, qui apprend à son chien à faire le beau ! Une scène de genre charmante pour une adolescente.

 

 Le maître des lieux a présenté à coté de cette huile la gravure originale d'Isaac Sarrabat : 

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Mater Pulchrae Dilectionis,  gravure originale de Sarrabat : Musée des beaux-arts de Rennes Inv 794.1.2167 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=AUTR&VALUE_98=SARRABAT%20Isaac&DOM=All&REL_SPECIFIC=3

 

 

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Trompe-l'œil à la médaille d'Anne de Bretagne par Jean Valette-Penot. 

Passons maintenant à un autre trompe-l'œil du même peintre, celui  à la médaille d'Anne de Bretagne. Pour le voir, il suffit de retourner la peinture précédente, au revers duquel  elle figure. [ En 1951, elle  en a été détachée et est exposée à part entière]. 

— Le bas-relief de marbre, encadré mériterait à lui seul une étude. En connait-on la source ?

— Pas à ma connaissance. [il ne figure pas sur l'inventaire des collections de Quéru]. Je vois cinq petits fripons obligeant un bouc à aller à la rencontre d'un masque derrière lequel se cache un autre gamin. Le nœud de satin vieux-rose est également précieux. Le cadre est soutenu par deux patères, auxquelles sont accroché à droite une paire de clefs et à gauche un morceau de papier froissé et corné portant quelques lignes d'écriture. Un bâton de cire y est attaché. 

— Est-ce-que ce ne serait pas une prouesse du peintre-trompeur ? Ne s'agit-il pas d'une gravure comme celle que j'ai vu dans la pièce voisine, Jeu d'enfans sur toile, esquice [recensée sur l'inventaire de 1794 n°119 et perdu depuis] et où une fausse cassure renforcerait l'illusion d'un marbre ?

— De toute façon, le jeu de ces garnements aux allures de putti m'évoque des toiles admirées chez d'autres collectionneurs. Tenez, je pense au décor de la boutique de la Marchande de gibier, par Gerrit Dou.

Gerrit Dou, La Marchande de volaille [et de lapin...] vers 1670. Huile sur bois, 58x46cm. Londres, National Gallery.

 

Wilhem van Mieris, Marchand de gibier, Louvre, 

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Palais Borghèse, "bacchanale avec six enfants jouant avec un bouc"

etc.., etc. http://www.proantic.com/display.php?mode=obj&id=54358

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Ou bien les marbres, très similaires à celui-ci, qui se retrouvent sur les trompe-l'œil de Le Motte...qui a avec Valette-Penot tant de poins communs que cela est bien étrange. Même planche de sapin aux nœuds abondants ; mêmes rubans de cuir ou de tissu tendus entre des clous de tapissiers; mêmes pêle-mêles ; même matériel de la vie quotidienne fait de bésicles, de lettres, de plumes, et d'encrier, de batonnet de cire, de pinceaux et de gravures.

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Jean-François de Le Motte, Trompe-l'œil au paysage :

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Le Motte, Nature morte en trompe-l'œil Musée de Strasbourg :

. Le Motte, Trompe-l'œil, Musée des beaux-arts de Dijon, (et son pendant à Grosbois-en-Montagne)

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0038/m013704_0005586_p.jpg

On comparera aussi avec les trompe-l'œil de Wallerant Vaillant (1624-1677) ?

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— Deux gourdes sont suspendues à un clou. L'une  a une large sangle rouge à boucle. L'autre, avec son cordon passant par deux œilletons, est une poire de poudre à fusil .

— En réalité, le fond est  la porte d'un placard : voyez la serrure et sa clef. En dessous, nous trouvons une peinture de style flamand ; un pêcheur avec sa ligne et son panier d'osier.

— Et enfin, la médaille d'Anne de Bretagne qui donne son nom à la peinture. De Robien possède bien-sûr la médaille qui a servi de modèle, et je vais vous la montrer, dans la vitrine voisine.

 

 

 

 

 

 

Jean VALETTE-PENOT  Trompe-l'oeil à la médaille d'Anne de Bretagne . inv 794.1.140 .  80 cm x 63cm ; huile sur toile. 

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0001/m021104_rimg0414_p.jpg

 

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Le petit tableau figurait (comme les autres objets peints ici) dans les collections de Christophe-Paul de Robien : c'est Le Marchand de Poisson de Adriaen Brouwer. Musée des beaux-arts de Rennes Inv.794.1.101

 

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Ah, voici la médaille. Une belle pièce de collection. Elle porte une inscription qui en indique l'histoire. +LVCDVN . RE.PUBLICA . GAVDETE . BIS . ANNA . REGNANTE . BENIGNE . SIC . FVI . CONFL . ATA . 1499 . A l'exergue, un lion passant à gauche.  

— Ce qui veut dire ?

—   "Lorsque la République de Lyon se réjouissait du second règne de la bonne reine Anne, je fus ainsi fondue" . Anne de Bretagne est représenté en buste, selon son profil gauche, le front largemlent épilé,  coiffée d'un voile court, sur lequel est posée la couronne royale. Dans le champ, à gauche cinq fleurs de lys, et à droite huit hermines, soit les armes à parti de France et de Bretagne. 

— Sait-on ce que comporte l'autre face ?

— Oui, c'est en fait la face principale, son avers, puisqu'y est gravé le buste du roi Louis XII sur champ semé de fleur de lis circonscrit de l'inscription + FELICE . LVDOVICO . REGNATE . DVODECIMO . CESARE . ALTERO . GAVDET . OMNIS . NACIO. Soit "Sous l'heureux règne de Louis XII, toutes les nations jouissent d'un autre César"

Cette médaille fut coulée et exécutée à Lyon. Modelée par Nicolas Leclerc et Jean de Saint-Priest, appelés "maîtres tailleurs d'images" selon un acte consulaire, d'après les dessins de  Jean Perréal (c. 1460-c. 1530), elle fut exécutée par les orfèvres Jean et Colin Lepère, puis fondue. Une  médaille, coulée en or, fut offerte à Louis XII et Anne de Bretagne le 15 mars 1500 par la ville de Lyon en l'honneur de leur visite. Cette  médaille, "la première de grande dimension et de haut relief, inspirée de l'art italien" (Mazerolle), illustre un moment de l'histoire de France et de la Bretagne: le mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne, dont la cérémonie avait eu lieu à Nantes  le 8 janvier 1499 dans la chapelle du château.  L'exemplaire en or de cette médaille n'a pas été retrouvé, il a probablement été fondu, aussi n'existe-t-il que des spécimens en argent ou en bronze d'époque ou postérieurs. (d'après une notice sur ebay par le site breizh.antiques.art@gmail.com)

 

 

 

— Celui-ci, qui est de Jean Valette-Falgore, est une commande de De Robien : voyez la gravure d'Isaac  Sarrabat épinglée au dessus de binocles : eh bien, l'original appartient aussi au Président. Et d'ailleurs, il a fait représenter ici tout l'attirail du parfait cabinetier .."

— Cabinetier ? 

— Oui, le possesseur d'un Cabinet de curiosité, comme Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville. nous trouvons ici un almanach, un compas,  une plume d'oie , des ciseaux, une loupe, l'étui du lorgnon, la gravure d'un chien et de son maître, une palette et ses pinceaux, une partition musicale... Certes, le nœud de soie bleue,  les rubans roses, et le collier de perles, pourraient provenir  de la marquise de Robien.

— Julienne de Robien-Kerambour ? Elle vient de décéder à Paris, en septembre 1742 ! Elle laissait sept enfants, alors qu'elle avait tout juste 26 ans.

— Alors, ce serait l'une de ces filles. D'ailleurs, en voici la preuve. Prenez ce feuillet plié et lisez-en l'adresse.

— "A Mademoiselle de Robien à l'hôtel de Robien Rennes". Je serai curieux de pouvoir en lire le contenu. Cela pourrait-être Louise-Joséphine, la fille aînée, née en 1733  deux ans après Paul-Christophe. Trop jeune pour porter des binocles. Mais l'almanach nous renseignera peut-être. Que dit-il ?

— C'est à moi qu'il faudrait des lunettes ! ALMANACH NOUVEAU ..ANNÉE BISSEXTILE...ALMANACH DU PALAIS. Une année bissextile, ce serait 1744. Est-ce l' "Almanach nouveau pour l'année bissextile mil sept cens quarante quatre, exactement et diligemment supputé par Alexandre Des Moulins, avec l'almanach du Palais" ?

 

Jean Valette-Falgore, dit Valette-Penot (1710-1777), 

La gravure originale de Savarrat : Musée des beaux-arts de Rennes Inv 794.1.2167 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=AUTR&VALUE_98=SARRABAT%20Isaac&DOM=All&REL_SPECIFIC=3

 

 

 

 

un autre trompe-l'oeil, à la médaille d'Anne de Bretagne, inv 794.1.140, figurait au revers de ce tableau et en a été détaché 80 H ; 63 L

Jean VALETTE-PENOT  Trompe-l'oeil à la médaille d'Anne de Bretagne .

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0001/m021104_rimg0414_p.jpg

 

 

 Trompe-l'œil à la paire de pistolets VALETTE-PENOT Jean

 

 

Image RMN :

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC0O31QYL

 

 Trompe-l'œil à la statuette d'Hercule VALETTE-PENOT Jean

INV794-1-141 

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC0O31QYL

 

Christophe-Paul de Robien est né près de Quintin en 1698 dans une riche famille de parlementaires bretons, présidents dits à mortier (du nom de leur chapeau prestigieux) de père en fils. Il meurt à Rennes en 1756. Le cabinet de curiosités est aujourd'hui visible au musée des beaux-arts de Rennes. Certaines pièces de cette collection sont aussi présentes au musée de Bretagne et pour les quelques éléments restant de l'histoire naturelle à l'Université de Rennes 1. La bibliothèque, composée de livres et manuscrits, est de son côté conservée dans la bibliothèque de Rennes Métropole. Quant aux collections de monnaies, elles ont aujourd'hui presque totalement disparu. La collection de peintures du président Robien constitue une des bases des collections du musée des beaux-arts de Rennes depuis la saisie révolutionnaire de 1794. L'une des particularités de cet ensemble de collections est d'avoir été réalisé par Christophe-Paul de Robien lui-même, mais aussi d'avoir été complété après sa mort par son fils Paul-Christophe Céleste de Robien (1731- 1799). Le président Robien achète tout d'abord de la peinture flamande. Le nombre d'œuvres qu'il possède est impressionnant. Cependant, si ce dernier laisse des témoignages écrits sur ses acquisitions d'histoire naturelle et d'archéologie dans un manuscrit en deux volumes en 1750, en revanche il ne laisse aucun commentaire sur ses peintures. On connait donc l'importance des collections dans l'univers personnel du président Robien puis de son fils. On perçoit rapidement le lien intime qu'il entretient avec ces objets archéologiques ou d'histoire naturelle. Mais que dire des peintures de cette collection ? L'exposition présentée au musée des beaux-arts de Rennes évoque l'accrochage des œuvres acquises par le Marquis de Robien. Les peintures sont exposées au mur, dans un accrochage serré, laissant peu d'espaces entre les œuvres. Très peu d'espace les sépare. L'éclairage est tamisé. On comprend qu'il s'agit d'un espace reconstitué : le sol imite le parquet Versailles à la mode au XVIIIe siècle, sur les murs on retrouve un décor fait de boiseries et le mobilier correspond au goût des classes aisées de cette époque. Nous sommes donc dans un salon identique à celui des Robien. Le salon est un espace réservé à la famille et aux proches. Nous ne sommes pas dans un espace public.

Le parlementaire ne fait pas mystère de ses acquisitions, de son goût pour les objets archéologiques, de son intérêt pour l'histoire naturelle, reflet de sa curiosité, de sa volonté de connaître, de comprendre le monde, de l'appréhender. Il laisse des témoignages écrits sur ces sujets. En revanche, il ne laisse aucun commentaire sur sa collection de peinture. L'hôtel particulier de la famille Robien est vaste (environ 470 m2 ) et les objets de la collection sont omniprésents. La famille vit dans une grande proximité avec les œuvres.

De la collection au musée : l'accrochage en question ou la question de l'accrochage ? Dans le cadre d'une visite avec des scolaires, l'exposition Chez Robien, Constellation des toiles peut être une base de réflexion sur la question de l'accrochage chez un particulier et/ou dans un musée. L'observation des différents lieux d'exposition du musée donne un ensemble d'informations qui peuvent être le point de départ de recherches sur les notions de conservation, de muséographie …

Peut-on imaginer une journée de grisaille à Rennes au XVIIIème siècle ? Depuis la rue, on verrait le Marquis à la fenêtre de son hôtel particulier et tenant à la main une peinture qu'il contemple à la lumière du jour… Évidemment on ne peut rien imaginer de comparable dans le musée aujourd'hui. Le lieu implique, en principe, de la part des spectateurs, une attitude bien différente.

Le musée change : trois documents montrent ici des évolutions importantes. Ces changements sont le reflet de conceptions différentes de l'espace muséal. Au contraire des musées d'anthropologie, les musées des beaux-arts adaptent leurs œuvres aux murs et en guise de "muséographie" ne font que de l'accrochage ! Le muséographe se limite à la qualité d'œuvres accrochées et… à la peinture des murs ! [2] La muséographie : des choix, des intentions Edward Hulton (1903 -1982) Vue intérieure du musée de Rennes vers 1900 1 er quart du XXème siècle Huile sur toile Musée des beaux-arts de Rennes Galerie des collections XVIIIe siècle en 1985 Galerie des collections XVIIIe siècle en 2015 La muséographie conduit les conservateurs à faire des choix. La richesse d'un musée n'est pas qu'affaire de quantité d'œuvres. Il faut sélectionner les œuvres dans certains cas pour mettre en évidence des notions de diversités ou dans d'autres cas pour montrer la complexité d'un courant artistique ou d'une période de l'histoire de l'art. Le musée effectue un travail scientifique qui permet de diffuser des connaissances artistiques et historiques. La démarche pour le public doit être alors pédagogique, accessible au plus grand nombre. Par sa politique de monstration, d'acquisition, le musée contribue à donner en partie à la peinture, à la sculpture ou à toute autre forme de création artistique un statut à l'œuvre d'art. En entrant dans les collections des musées, les œuvres deviennent inaliénables (elles ne peuvent pas être vendues), propriété de la communauté. Musée des beaux-arts de Rennes www.mbar.org 8 Le musée de Rennes en 1886 [3] La muséographie : montrer / conserver La muséographie engage des démarches de conservation. Conserver, c'est à la fois protéger et montrer. On connait la fragilité de certaines œuvres d'art, certains travaux ne supportent pas bien l'exposition prolongée à la lumière. La présence humaine est aussi souvent problématique : nous déplaçons involontairement de la poussière, nous émettons de la chaleur, notre respiration augmente de manière sensible le taux d'humidité des pièces que nous occupons. Et que dire du risque de dégradation volontaire ou même involontaire des œuvres ? Les dispositifs de conservation existent : mise sous vitre, vitrine, barrières… Ils peuvent être complexes, pour des raisons diverses, à mettre en place. Ils n'éliminent pas la totalité des risques. la muséographie évalue en permanence l'ensemble des problèmes que posent la fréquentation d'un public tout en se donnant pour mission l'accès de la culture au plus grand nombre. Le musée des beaux-arts de Rennes en 1960 Le musée des beaux-arts de Rennes en 2015 Le choix de l'accrochage entraîne une réflexion globale et des approches multiples. La lumière, la couleur des murs, la disposition des peintures et les espacements entre chaque œuvre, l'approche thématique ou chronologique sont des questions incontournables. En prenant une option plutôt qu'une autre, le musée invite le public à adopter une posture réceptive spécifique face aux œuvres : par exemple, il est dans la contemplation ou plus dans une démarche interrogative, sa vision est centrée sur une peinture, une sculpture unique ou sa vision est plus globale. Musée des beaux-arts de Rennes www.mbar.org 9

Du cabinet de curiosités à la collection privée, l'univers du collectionneur varie peu : l'objet choisi et déposé dans un ordre et une logique qui n'appartiennent qu'au collectionneur lui-même, la peinture accrochée au milieu d'autres œuvres sont la marque de l'intime. Par exemple, dans le cabinet de curiosités de Robien, la présentation était réalisée de façon analogique. La relation de la personne à l'œuvre, l'objet archéologique ou d'histoire naturelle est alors par nature singulière et s'inscrit dans la proximité. Le collectionneur peut afficher un besoin de possession insatiable : tout nouvel achat en entraîne un autre. Le musée opte plutôt pour une démarche scientifique rigoureuse et développe une politique d'acquisition. Mais le lieu n'a rien de figé : au travers des documents photographiques présentés dans ce dossier, on voit les évolutions parcourues par le musée. Le musée semble voué à une perpétuelle recherche. Chaque découverte, chaque avancée des connaissances entraînent de nouveaux besoins de monstration. L'accrochage raconte ces transformations de la pensée.

Jean Valette-Falgore, dit Penot (1710-1777) Né à Montauban en 1710, élève d'Antoine Rivalz à l'Académie de peinture de Toulouse, l'artiste, à l'exception d'un séjour à Rome, passa l'essentiel de sa carrière dans sa ville natale où il mourut en 1777.

Il se spécialisa dans la nature morte

a salle Roberto Longhi, confortable lieu de retraite, est néanmoins une gageure. C'est ce singulier défi qu'ont magnifiquement relevé les organisateurs d'une exposition de l'Institut national d'histoire de l'art, consacrée à Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville, un collectionneur du XVIIIe siècle, mi-savant, mi-artiste, très peu connu des non spécialistes, mais représentatif des érudits de son époque. L'exposition est un hymne à la nature et à l'intelligence humaine. Sous la direction de l'amateur distingué, le visiteur n'a qu'à se laisser guider pour pénétrer dans l'univers fascinant des cabinetiers. Dans le bel écrin de la Galerie Colbert est installé jusqu'au 27 juillet un cabinet d'histoire naturelle, tel qu'il aurait pu exister vers 1740. Il ne s'agit pas exactement de la reconstitution du cabinet de Dezallier d'Argenville lui-même dont les détails de l'ordonnancement ont été oubliés, mais plutôt d'un cabinet imaginaire, selon le modèle du musée imaginaire de Malraux.

Dans les années 1740, Dezallier d'Argenville avait déjà publié un traité de jardinage, réédité à plusieurs reprises, un traité des vernis à appliquer notamment sur les coquilles et une "Lettre sur le choix et l'arrangement d'un cabinet curieux", parue dans le Mercure de France. Ce dernier ouvrage a fait de lui une manière de théoricien de la muséographie, mot qu'il a d'ailleurs fait connaître à ses lecteurs. Car son penchant personnel avait conduit Dezallier d'Argenville à développer davantage une démarche pédagogique, instructive et scientifique qu'un goût égoïste pour les bizarreries de la nature ou les objets exotiques. Ses connaissances étaient multiples : outre les jardins, les pierres et les coquillages, il appréciait également les dessins et les peintures. Ce n'est pas le seul plaisir de la contemplation et de la possession d'objets rares qui le stimulait - même s'il ne le négligeait pas - mais également le goût du classement, la passion de la taxinomie et l'ambition de partager ses connaissances avec ses contemporains.

S'installer cabinetier, cette activité apparemment respectable, n'était pas sans périls au regard de la science. Une grande vigilance était requise. Les écueils à éviter ont été bien soulignés par Buffon. Dans sa Théorie de la terre (1749), le naturaliste fustige le manque de sérieux de certains d'entre eux. Il insiste sur les dangers menaçants : le manque de méthode dans l'établissement d'une collection ou, à l'inverse, l'esprit de système. Entasser des objets dans un bric à brac informe, ou les sélectionner selon un schéma préétabli sont deux démarches irrecevables, d'après lui. La seule méthode expérimentale acceptable résulte d'un mouvement de dialectique entre l'observation et la classification empirique. Quoique doté d'un esprit moins puissant que Buffon, Dezalier d'Argenville est manifestement parvenu à entretenir sa passion en évitant, à la fois, le risque du dilettantisme et celui du dogmatisme.

Dans le cabinet reconstitué pour l'exposition, un oiseau de paradis naturalisé, bien installé sur son perchoir, transporte  le visiteur vers des horizons lointains. Le naturaliste stipulait qu'il fallait présenter et conserver tous les spécimens de pierres, de coquillages ou d'animaux obtenus, à grand frais parfois, dans des meubles, également nommés cabinets, dotés de tiroirs et d'étagères et souvent ornés de vitrines. Le visiteur de l'exposition peut du reste admirer une série de huit dessins de Jean-Baptiste Courtonne, représentant avec une extrême précision les salles d'un cabinetier contemporain de Dezallier d'Argenville, nommé Joseph Bonnier de la Mosson. Dans son cas, la passion classificatoire va de pair avec un sens pratique développé et un goût prononcé pour l'ameublement spécialisé. Le visiteur s'étonne aussi d'apercevoir dans une peinture en trompe-l'œil de Jean Valette-Falgore, tous les instruments nécessaires au cabinetier : la loupe, les lunettes, la plume, les ciseaux, le compas, la palette de peinture avec les pinceaux, etc.

L'entreprise de classification du monde entreprise par le naturaliste aurait été incomplète si elle n'avait été décrite dans des livres, conçus comme d'indispensables compléments aux cabinets. L'histoire naturelle de Dezallier d'Argenville, publiée en 1742, antérieure de quelques années à celle de Buffon, était spécifiquement consacrée à la lithologie et à la conchyliologie. Elle a paru, enrichie de planches de dessins d'après nature, auxquels le naturaliste lui-même avait travaillé. Une gouache peinte vers 1810 par Alexandre Isidore Leroy de Barde, lui-même collectionneur de curiosités, d'habitude conservée au Louvre sous le titre, Choix de coquillages, est une des pièces maîtresses de l'exposition. Dans l'esprit de Dezallier d'Argenville, les œuvres d'art avaient toute leur place dans un cabinet curieux. Le catalogue, qui a pris la forme d'un abécédaire ou d'un dictionnaire, insiste sur les nouveautés apportées dans la langue française par les cabinetiers. Outre la décisive entrée "cabinet", le lecteur peut également découvrir les notices consacrées au mot "amateur", au terme "fossile", à l'expression "histoire naturelle"... Des entrées pour les mots "jardin", "numérotation", "vernis" sont également très précieuses. Le modèle de ce très riche catalogue est évidemment L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, publiée à partir de 1751. La singularité du précieux volume, introduit par Anne Lafont, consiste à resituer une démarche individuelle, telle que celle de Dezallier d'Argenville, dans un mouvement séculaire.

Cabinetier, une passion du XVIIIe siècle

Jeannine Hayat | Publication 30.08.2012

 

Naturaliste et historien de l’art, Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville (1680-1765) fut membre de nombreuses académies scientifiques, auteur de traités sur la conchyliologie, d’une théorie du jardinage et de l’Abrégé de la vie des plus fameux peintres de toutes les écoles… (1745-1762), ainsi qu’un grand collectionneur qui possédait plus de cinq cents dessins et des spécimens naturels d’exception. Pour interroger cette figure centrale de la dynamique entre arts et savoirs au XVIIIe siècle, l’INHA a remis au jour la première fonction de l’un des espaces de la galerie Colbert, une ancienne boutique. L’exposition s’y organise autour d’un comptoir évoquant non seulement le long meuble à surface plane sur lequel les marchands échangeaient coquillages, estampes, tableaux et dessins, mais aussi l’implantation commerciale sur les côtes des colonies d’où provenaient ces étranges objets naturels, suggérant ainsi la soif de découverte du monde et l’ambition encyclopédique d’un esprit alerte et curieux.

VALETTE-PENOT Jean Trompe-l'œil à la statuette d'Hercule

VALETTE-PENOT Jean Trompe-l'œil à la paire de pistolets

VALETTE-PENOT Jean Trompe-l'oeil à la médaille d'Anne de Bretagne 

 
Médaille d'Anne de Bretagne,  Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

Médaille d'Anne de Bretagne, Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

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— Celui-ci fait la paire avec le précédent : c'est la même porte de placard, mais elle est ici ouverte, entre-baillée sur une plume. Quelle est son titre ?

— Trompe-l'œil à la paire de pistolets. Outre ces pistolets, on voit une perdrix (Une faisane, dites-vous?)  suspendue par les pattes, et l'artiste, qui, comme tout peintre-illusionniste ne manque pas d'humour, a placé le gibier au dessus d'une vieille gravure avec deux ou trois personnages. Le corsage de l'ange forme l' œil, et sa robe le nez, d'un visage louchant sur la bête dégouttant son sang.Les bords déchiquetés et cornés du papier composent d'autres profils inquiétants.

Deux autres gravures occupent le registre moyen : dans un tondo, un paysage à tour ou minaret, avec deux voyageurs devant un pont . Et un cavalier arrêté près d'une famille devant une cabane de pêche.

 En bas, le peintre se régale à placer tout son talent à nous faire croire à la réalité du lorgnon, du bâtonnet de cire à cacheter, ou des feuilles pliées, et d'agacer notre curiosité avec une sorte de cartelino.

 

 

 

Jean VALETTE-PENOT  Trompe-l'œil à la paire de pistolets.  Inv. 803.9.1. 

 

Image RMN :© Jean-Manuel Salingue 

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC0O31QYL

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Est-ce un "cartelino", une signature du peintre sur une feuille de papier épinglée sur une œuvre ? L es quelques mots  semblent parfaitement lisibles, et on y a lu (Notice Joconde avec la mention B.G) :ALLX, MO S DUQUE DEL MEDINA SIDONIA 8E DIOS MA ADELANIADO MA DE ANDALUCIAMADRID (B.G.)

 

 Il semble possible d'améliorer cette transcription : A l Cxme, S. duque del Medina Sidonia 8e Dios ma[yor] adelantado mayor de Andalucia /  Madrid. Ce billet serait donc adressé "à son excellentissime Senior Duc de Medina Sidonia  8ème ... Grand Atelantado d'Andalousie, à Madrid.  

Selon l'article Wikipédia https://es.wikipedia.org/wiki/Adelantado_mayor_de_Andaluc%C3%ADa, le seul Atelantado Mayor d'Andalousie qui soit aussi duc de Medina Sidonia est "Juan Alonso Pérez de Guzmán y Suárez de Figueroa (1410-1468), Adelantado de Andalucía (III conde de Niebla y I duque de Medina Sidonia)".

Le duc de Medina Sidonia à l'époque du marquis de Robien était Pedro de Alcántara Pérez de Guzmán y Pacheco (1724 - 1777), 14ème duc.

Enfin, le 8ème duc de Medina Sidonia était Juan Manuel Pérez de Guzmán y Silva,  (1579-1636).

 

 

 Jean VALETTE-PENOT  Trompe-l'œil à la paire de pistolets.  Inv. 803.9.1 Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

Jean VALETTE-PENOT Trompe-l'œil à la paire de pistolets. Inv. 803.9.1 Musée des beaux-arts de Rennes, photographie lavieb-aile

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 — Enfin, nous arrivons au dernier tableau, le Trompe-l'œil à la statuette d'Hercule. Toujours de Jean Valette-Penot. Cette  huile sur toile de 80 cm de haut et 63 cm de large portera le n° d'inventaire 794.1.141 pour nos lointains descendants.

C'est un placard à  trois étagères.

Sur la première tablette, deux verres à pied contiennent des monstruosités animales conservées dans un liquide. Tout l'art est de jouer avec les transparences, les reflets d'une fenêtre, l'opalescence des chairs mortes. Ces reflets de haute baies à petits carreaux recréent le volume des pièces du Cabinet.

— je pense aux " embrions d'enfans, tant naturels que monstrueux" que Dezallier d'Argenville a vu lors de sa visite du cabinet de curiosités, ou aux "dragons audacieux" que Desforges-Maillard chante poétiquement. Vous connaissez ces auteurs comme moi.

— Bien-sûr. Ah, j'oubliais : Une blague, ou une bobine en forme de poire est suspendue à un clou.

Sur la deuxième tablette, trois coquillages rappellent que le point fort de toute  collection d'histoire naturelle repose sur les Coquilles. Puis se voient un soldat, son épée et sa rondache. Un couteau pliant à manche d'ébène et à virole de laiton ; une vasque ébréchée ; un échantillon minéral. J'allais oublier la joueuse de vieille, en porcelaine.

Enfin l'étage inférieur, plus haut, abrite un pot en verre, au bouchon de liège protégé d'un papier et de sa ficelle. Lisez-vous l'étiquette ?  A sa droite se trouve un instrument scientifique en cuivre (une petite balance de précision). A sa gauche, un tube métallique , deux coquillages, un flacon de verre. Et la statue d'Hercule appuyé sur sa massue, sur un piédestal (Trouvée à Valencienne, elle avait été offerte au maréchal de Montmorency, alors au camp de Famars, et celui-ci l'avait donnée à de Robien en 1743).

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 Jean VALETTE-PENOT Trompe-l'œil à la statuette d'Hercule. Inv 794.1.141

© Louis Deschamps http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC0O31QYL

 

"Christophe-Paul de Robien est né près de Quintin en 1698 dans une riche famille de parlementaires bretons, présidents dits à mortier (du nom de leur chapeau prestigieux) de père en fils. Il meurt à Rennes en 1756. Le cabinet de curiosités est aujourd'hui visible au musée des beaux-arts de Rennes. Certaines pièces de cette collection sont aussi présentes au musée de Bretagne et pour les quelques éléments restant de l'histoire naturelle à l'Université de Rennes 1. La bibliothèque, composée de livres et manuscrits, est de son côté conservée dans la bibliothèque de Rennes Métropole. Quant aux collections de monnaies, elles ont aujourd'hui presque totalement disparu. La collection de peintures du président Robien constitue une des bases des collections du musée des beaux-arts de Rennes depuis la saisie révolutionnaire de 1794. L'une des particularités de cet ensemble de collections est d'avoir été réalisé par Christophe-Paul de Robien lui-même, mais aussi d'avoir été complété après sa mort par son fils Paul-Christophe Céleste de Robien (1731- 1799). Le président Robien achète tout d'abord de la peinture flamande. Le nombre d'œuvres qu'il possède est impressionnant. Cependant, si ce dernier laisse des témoignages écrits sur ses acquisitions d'histoire naturelle et d'archéologie dans un manuscrit en deux volumes en 1750, en revanche il ne laisse aucun commentaire sur ses peintures. On connait donc l'importance des collections dans l'univers personnel du président Robien puis de son fils. On perçoit rapidement le lien intime qu'il entretient avec ces objets archéologiques ou d'histoire naturelle. Mais que dire des peintures de cette collection ? L'exposition présentée au musée des beaux-arts de Rennes évoque l'accrochage des œuvres acquises par le Marquis de Robien. Les peintures sont exposées au mur, dans un accrochage serré, laissant peu d'espaces entre les œuvres. Très peu d'espace les sépare. L'éclairage est tamisé. On comprend qu'il s'agit d'un espace reconstitué : le sol imite le parquet Versailles à la mode au XVIIIe siècle, sur les murs on retrouve un décor fait de boiseries et le mobilier correspond au goût des classes aisées de cette époque. Nous sommes donc dans un salon identique à celui des Robien. Le salon est un espace réservé à la famille et aux proches. Nous ne sommes pas dans un espace public. Le parlementaire ne fait pas mystère de ses acquisitions, de son goût pour les objets archéologiques, de son intérêt pour l'histoire naturelle, reflet de sa curiosité, de sa volonté de connaître, de comprendre le monde, de l'appréhender. Il laisse des témoignages écrits sur ces sujets. En revanche, il ne laisse aucun commentaire sur sa collection de peinture. L'hôtel particulier de la famille Robien est vaste (environ 470 m2 ) et les objets de la collection sont omniprésents. La famille vit dans une grande proximité avec les œuvres. Fabrice Anzemberg, "Chez Robien", 2015

 

LES TROMPE-L'OEIL.

Comme l'ont remarqué Mr de A. et son ami Mr C. ces trompe-l'oeil de Valette-Penot sont à rapprocher de ceux, très similaires, de Jean-François de Le Motte. Mais ce dernier aurait ici servi de modèle, puisque, actif à Tournai entre 1653 et 1685, il précède de près d'un siècle le peintre de Montauban, actif jusqu'en 1771 (médaillon à l'éffigie de Henri IV, Pau) et décédé en 1777.

Parmi la dizaine de trompe-l’œil attribués à Jean-François de Le Motte, notons : 

  • Trompe-l'oeil de Jean-François de Le Motte, 2e moitié 17e siècle, huile sur toile, Saint-Omer, Musée de l’hôtel Sandelin
  • Trompe-l'œil  conservés au Musée de Dijon ( inv. CA 692 et inv. 4347), 
  • Trompe-l’œil du Musée des Beaux-arts de Strasbourg (Inv. 1749),
  • Trompe-l’œil , musée des Beaux-Arts d’Arras ( inv. 945.94), 1667.

 

   

 Jean-François de Le Motte, Vanité et Trompe-l’oeil, 1676, huile sur toile, Dijon, Musée des Beaux-Arts, inv. CA 692. ; et Arras 1667.

 

A Tournai, De Le Motte ne pouvait ignorer les trompe-l'œil de Cornelius Norbertus Gijsbrechts, actif à Anvers en 1659 puis à Copenhague entre 1670 et 1672.  

    

 

Cornelius Norbertus Gijsbrechts, Trompe-l’oeil avec mur d’atelier et nature-morte, 1668, huile sur toile, Copenhague, Statens Museum for Kunst, inv. KMS st 537

Chez ces trois artistes ce sont les "quodlibet" qui sont les sujets des toiles. Les Quolibets ? Littéralement «tout ce qui plaira». L'équivalent de nos "pêle-mêle".  Ce sont, selon la mode du  17e siècle, ces assemblages fortuits de papiers pliés, de carnets et autres accessoires de correspondance fixés sur un mur,  sur quelques planches de sapin  sur lesquelles on clouait un ruban ou une lanière de cuir.  Leur peinture en trompe-l'œil prend valeur de  «vanité» mettant en scène la précarité des objets qui se dégradent et se déchirent. Chacun reprend ces fonds constitués par  assemblage de méchantes planches, piquées de nœuds, qui ne sont pas sans rappeler la caisse de sapin qui nous attend.

Chez ces trois artistes se retrouvent donc ces accessoires de correspondance (plume, encrier, lettres, notes griffonées sur un papier, cire à cacheter, cachet de cire, carnets, ouvrages) retenus par des rubans de cuir rouge cloués, et associés à des éléments de datation comme les almanach, ou à des memento mori comme les crânes.  Ce ne sont pas des Natures mortes, mais, si l'on peut dire, des "Cultures mortes", ces inscriptions identitaires qui participent aux traces mémorielles de nos existences et à leur mise en récit tout en en exprimant la fragilité dérisoire.

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

ANZEMBERG (Fabrice), 2015) Chez Robien, Constellation des toiles . Approche plastique,  http://www.mbar.org/services/ressources/dossier%20peda_chez%20Robien.pdf

— http://www.mbar.org/PROG-AVRIL%202015-MBAR-web.pdf

BERGOT (François) Peintures de la collection Robien, Musée de Rennes, sd, Imp. Simon, Rennes, 103 pages.

— COULON (François), 2001, "La figure du pourvoyeur d'objets extra-européen"  Outre-mers Volume 88  Numéro 332  pp. 37-53 

 

http://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2001_num_88_332_3879

— QUARRE, (Pierre), 1960,  "Jean-François de Le Motte. peintre tournaisien de trompe-l'œil" RMN La Revue des arts. Musées de France 1960, n°3 1960 117-122

 

— Chez Robien, Constellation des toiles Catalogue de l'exposition, musée des beaux-arts de Rennes, 5 mai 2015 - 5 mars 2017 Commissariat général : Anne DARY Commissariat scientifique : François COULON, Éloïse FALAISE

Le temps des libertinages Catalogue de l'exposition, musée des beaux-arts de Rennes, 13 juin 2014 - 1 février 2015 Commissariat général : Anne DARY Commissariat scientifique : François COULON, Astrid HALLYNCK, Éloïse FALAISE 

— Catalogue Jooconde : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_8=LOCA&VALUE_8=RENNES&FIELD_10=DMIS&VALUE_10=2012/12/%2B

— Exposition "1740 : un abrégé du monde, savoirs et collections autour de Dezallier d'Argenville"., INHA, espace Colbert, 

 https://enfilade18thc.files.wordpress.com/2012/05/here.pdf

— Représenter les cabinets de curiosité :

https://picasaweb.google.com/115321625506777672497/RepresenterLesCabinetsDeCuriosites

— Trompe-l'oeil de Jean-François Le Motte : 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=AUTR&VALUE_98=LE%20MOTTE%20Jean%2dFran%e7ois%20de&DOM=All&REL_SPECIFIC=3

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