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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 09:06

 

 

 

 

             "Ici commence la Véronique".

        La Légende de sainte Véronique dans le manuscrit français 696 (La Vengeance Nostre Seigneur).

 

 Introduction.

  J'ai abordé le manuscrit de la Bibliothèque Nationale de France Vie et Passion de saint Denis français 696 pour y transcrire la première occurence en français de la Légende des dix mille martyrs, la datation de ce manuscrit étant de 1270-1285. J'ai constaté à cette occasion que ce manuscrit était resté inédit, où, plus exactement, que Charles Liebman en avait publié la seule part correspondant à la Vie de saint Denis, soit les folios 1-18v. Venait alors la Légende des Dix mille (ff. 18v-23), que je m'efforçai de transcrire, en en donnant la source latine Les Dix mille martyrs dans le manuscrit Fr. 696 La Vie et passion de Saint-Denis : confrontation avec le texte latin d'Anastase. . Avant de parvenir à la Deuxième partie de ce manuscrit, qui est une chronique des rois de France jusqu'en 1278, il restait à lire cinq folios et demi, portant le titre "Ici commence la Véronique" (ff. 23-25v). Je me proposai donc de les transcrire, et, ainsi, toute la première partie consacrée à l'hagiographie serait disponible aux curieux sous une forme plus maniable que le texte original, disponible sur Gallica. En outre, dans mon étude de la Légende des Dix mille (motivées par la présence à Crozon d'un retable dédiés à ces martyrs), je pourrai ainsi placer la légende dans son contexte textuel.

  J'étais persuadé d'y lire une version médièvale du récit bien connu du miracle par lequel sainte Véronique, essuyant avec un linge le visage souffrant du Christ lors de sa montée au Calvaire, avait découvert que la Sainte Face y était désormais comme imprimée. La scène où Véronique présente devant elle le drap orné du visage pathétique de Jésus figure, chacun le sait, sur tous nos calvaires bretons, sur tous les vitraux de la Passion des maîtresses-vitres.

 Or, c'est une légende bien différente que j'ai découverte, qui se rapporte à celle nommée La Vengeance Nostre Seigneur, et qui procéde d'une source latine du début du VIIe siècle nommée Cura Sanitatis Tiberii, "La Guérison de Tibère". Cette Guérison de Tibère est souvent placée en annexe des manuscrits latins d'un texte apocryphe, les Actes de Pilate, précisément parce que l'histoire, pour la résumer très succintement, raconte comment Tibère est guéri par un portrait du Christ qu'a peint la Femme hémoroïsse (Mat.9, 20-22) après sa guérison par Jésus, et comment Tibère furieux de découvrir que Pilate et les Juifs ont crucifié un homme-dieu si puissant en miracles et guérisons, s'évertue à venger le Christ en punissant Pilate (cest la Cura Sanitatis Tiberis), puis, dans des développements ultérieurs et avec d'autres empereurs, de punir les juifs. Ces légendes participent donc de l'antisémitisme chrétien médiéval. 

  Pendant que je me livrai à mon travail de moine copiste, et que me revenaient comme par infusion spirituelle à travers les âges tous les jurons latins que des générations (si je puis dire) de bénédictins firent fuser in petto dans le silence des scriptorium, je fus puni par Celui qui voit tout et qui entend tout : je découvris que tout mon labeur était stérile, car on trouvait déjà en ligne cette version de la Vengeance Nostre Seigneur, ou, tout du moins, une recension de tous les développements de cette Vengeance en ancien français et de tous les manuscrits : c'est, par Alvin E. Ford, l'étude de 232 pages parue en 1984 sous le titre La Vengeance de Nostre-Seigneur, the Old and Middle-French Prose Versions. Dans ce livre, "mon" texte devrait être classé dans la famille C des transcriptions du Cura Sanitatis Tiberii : dans cette famille, les manuscrits C1 et C3 étaient des cousins, des frères ou des jumeaux du français 696.

  Néanmoins, ce manuscrit Fr 696 n'était pas cité parmi tous ceux que cite A. E. Ford, ce qui m'encourageait à le proposer ici.

 

II. Transcription de la Légende de Véronique du manuscrit BNF français 696.

Le manuscrit se trouve sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447187m/f52.image

Il est disposé en deux colonnes (indiquées A et B ici) du folio 23 colonne B au folio 25v.

      J'ai transcrit le texte  avec les modifications suivantes : majuscules des noms propres et débuts de phrase ; ponctuation ; accents ; complémentation des abréviations et tildes ; transformation du -u- en -v-, du -i- en -j- et ajout de cédille si nécessaire. J'ai aéré le texte par des paragraphes sans justification particulière de sens. 

 

  [23rB] Il avint ou point et en l'eure de la Passion Nostre Seigneur que Tyberius Cesar, li empereres fu soupris de grant enfermeté* en tel manière que les entrailles de son cors desissoient* en porreture* et la grant puor qu de lui issoit senefioit bien qu'il estoit près de la mort. Quant li empereres vit que il estoit si durement tormentez li quist touz les mires* que il pout trouver et avoir et totes les medecines, mes li oigment* et le medecinement des mires ne valoient rien à sa santé. Entre ces choses comme ifust grement tormentez de ses doleurs et vu le medecine rien ne li vaulist li fist apeler devant soi tous les senatours de Rome et leur dist :" Ma maladie est tres forz et je ne truis nul repos ne nul conseill en ces mires me jai oi dire que dans la contrée de Ierlin* si est uns hons qui a non Jehu qui est de grant afaire qui par son grant poer resucite les morz et sauve totes les maladies par la seule parole. Or vos pri doncques et requier se il vos plest que vos eslisiez .1. homme qui soit dignes et sages qui voist en Ierlin et a grant piotre et grant enneur a maint cet homme jusques a nos. Certes se il est dieux, il nos puet doner grant aide en nos batailles et se il est purs hons nos puvons par lui nostre empire governer par grant vigor". A cez paroles respondirent li senatour et disrent : "Sire bien est droit que* si grant homme ne soit pas loing du palais lempereur et que il le puisse secorte en senfermere et que il sache aidier a consseiller au besoing de lempire".

  Apres ce li eslirent li senatour un noble homme qui avoit Volusien* a non qui estoit prestre du temple et avoit este cuens de lempire et si li distrent : " Nostre sire li empereres si a establi que l'en [23vA] te revoit en Ierlin porce que tu li amainnes un saint homme qui a non Jhesu". Volusien leur respondi et dist : " ie sui toz prez de fere la volinté monseigneur lempereur". après ce entrerent li senateur devant l'empereur et disrent que Volusien sestoit dehors la porte. Li empereur commanda qu il venist avant, et si li dist : "Je te conjur les diex et les dieuesses et devant icelui dieu qui touz les autres dieux afez se tu veuz emprendre cete legacion et a moi doner santé qui sui en grant peril de mort je te replendirai de grant richeces et si seras apelez et si seras apelez en lempire de Rome le pere dou pais. Haste toi tost et va en Ierlin et quier Jhesu de Nazareth le prophète qui est lumires qui sauve totes enfermetez et qui les morz resucite et ne mie il tant seulement mes neis a ses deciples a il doner le poer de garir mout d enfermetez et mout de vertus fere en son non. Se tu cest grant seigneur maines a henneur quanque tu me requerras je te dorrai et seras li premiers entre les princes de ma cort". A ces paroles Volusiens enclina son cheif  très quen terre et aora l'empereur et li dist bone l'entencion monseigneur l'empereur. Li empereur li dist : "Volusien saches que je lomme qui tot present qui tout ce m'a dit que cil et verai diex et verai homme.  Donc je t'amonest de rechef que tu li pries o grant henneur que il  viengne jusques a nos. Quer li comme nos avons devant dit, seil est dieux, seil est homme il nos puet doner granz benefices en governer lempire ; pour dieu ne demore pas, haste toi va isnelement* por lui trover ".

   Apres ces paroles Volusien li fist son testament selon les anciennes lois et ordonna sa meson et sa mesnie et entra en la nef et s'en ala. Entre [23vB] ces choses li empereres estoit durement corroicié et tormentez de s'enfermeté. Volusien après un an et trois mois vint en Ierlin, et quant il aprisma* es murs de la cité li ancien geue* de la cité furent troblé de sa venue et tantost li pluseur sen aleirent a Pilate qui estoit lors prevost et li distrent que un noble homme qui est de grant henneur et de grant poer vient des patries de Rome. Pilates li corut encontre a grant estiude et a grant henneur, et a grant poer et li dist : "Biausire qu'avons nos forfet que vos ne nos feistes savoir que nos alissons encontre vos qui estes .1. des plus hauz barons des romains ?". Volusian li respondi :" li pius empereres ne nos a pas envoyé pour nuire a la contrée ne pour trobler les citez ne pour neoir la chevalerie de cest pais, mes tant seulement notre cure et notre pensée si est d'acomplir plainement le commandement de lempereur. Quer tout lempire est mout esmeuz d'une enfermeté que il a effect esseciez dou ventre et ne puet trover secors, ne par enchantement ne par medecines. Mes cest la souveraine cause de notre venue que nos querrons uns qui est dieu et homme et a non Jhesu, de qui nos avons oi que sanz herbes et sans enchantemenz puet doner santé tant seulement par son commandement et par ses paroles. Quer neis les mors resuscite et rapele dou sepulcre ceus qui ifuit touz puanz de quatre jours".

   Quant Pilates oi ces paroles si fu mout espoantez et uns grieues qui avait [non] Thomas par qui li empereres avoit oies les noveles de Ihesu dist à Volusian : "Sire neis li diables regehissoient que cil Jhesu estoit dieu et fiuz de deu et li disoient :" Sire fiuz David que nos volez vos ? . Estes nos vos venu   [24rA ] destruire devant le tens et ainz eure? En cete place est uns de ces deciples par cui vos porroiz bien connoistre tote la verité".

  Après dist un de ces chevaliers à Pylate :" Missire, Volusiens désire aavoir le très sage homme que vos ne dotastres mue à crucefier". Pylates fut confus par la parole de son chevalier et dist à Volusien : " Sire cest homme que vos querez si dilijaument* li gieue le pristrent et le dampnerent à mort et le pendirent en la croix". Quant Volusien oi ce si fu mout espoantez et dist à Pylate : "Pourquoi feist tu dampner cet homme et juger à mort dont toz li peuples aferme que il estoit et dieux et homme sanz le conseill monseigneur l'empereur ? " Pylate li respondi : " je ne povoie endurer la voiz et le cri des gieues, quer ils disoient que il se fesoit roi des gieues contre l'autorité l'empereur, et leur balloi à leur volonté fere et leur commandai que ille crucefiassent selonc leur loi". A ce respondi Volusiens :" Li empereur  de Rome selong pitié et selonc mesure ne dampneront ja nul homme tant soit deslaiaus, ne laroy ne homicide devant que il soit bien encerchié* se il est digne d'estre dampné et oucore par le consentement des senators et tu comment osas ocire et ballier à la volonté des gieues si grant homme qui savoit totes enfermetez? "Pilates li respondi :" je cuidoie fere le preu et le salu de lempire se tex hom fust ocis qui disait que il estoit rois des gieues". Volusiens li dist :" certes se tu ne le mostres à moi je te coudroie la seigneurie du roiaume que tu as et te ferai  morir de male mort".

   Lors dist à Pylate un de ses chevaliers : Sire ne vos troblez pas, sachiez que il est resuscitez de mort et que nos meismes le veismes le tierz jour apres sa mort et plusieur furent avecques nos qui le virent tout vif et [24rB] alant. viengne Joseph avant qu il l'enseveli". Quant Volusien oi que si grant homme vivoit il commanda que Joseph venist avant et que l'en li amenast à grant henneur. Quant Joseph fu devant lui si lu dist : " tu seues me semble le plus sage de cest peuple et es tenuz amerveilleus homme en cete cité. Or nos di donc la verité des choses qui fetes sunt de Jhesu qui tant fu esprovez en votre gent que il fu justes et de qui li deables disoient que il estoit dieux. Se il est veraiment resuscitez de mort, quer de toi seul recevron nos tesmoing de la  verité ?" Joseph li respondi : " sire veraiment est resuscitez nostre sire Jhesu Crist quer je l'ai veu et ai parlé à lui et je meisme l'enseveli et mis en un sépucre tout soef que je avoe entallié en une pierre et après ce le virent autre en Galilée tout vif seur une montaigne où il sesoiet et enseignoit ses deciples". Lors envoia Volusien par tote la cité de Ierlin pour enquere et pour connoistre la pure verité des choses que l'en disoit de lui, en dementiers* que il le fesoit querre et nus ne le pooit trover. Si vindrent .ix. hommes et Joseph avecques eux et distrent : "nos le veisment monter es ceux" . Cil .ix. hommes avoient non Didismus, Lucius, Ysaac, Didascalus, Ezeas, Azarus, Didascalus et Matheus*. Icist tesmoignoient que Jhesu estoit verai prophètes et merveilleux.

  Quand Volusiens oi cesi mout corrociez vers Pylates pour ce que il avoit dampner si grant homme et commanda que l'en le preist et que l'en mest en estroite garde. Quant Pylates fut enclos lors commença l'en mout de miracles et signes touz aperz à demostrer de Nostre Seigneur. Quer fames vindrent qui annoncçoient les miracles que Nostre Seigneur avoit feres devant sa Passion et après sa Ressurection [24vA] Et ce que ele disoient ele le confermoient par plusieurs tesmoinz. Volusiens dist à touz les peuples qui ileques estoient :"C'estui homme si comme j'ai oi pour ce que il estoit dex nos pooit bien doner grant aide et se il fust seulement juste homme si peust il bien governer les droiz de l'empire". Lors commanda il à son ost que il preissent tout le lignage Pylate et le meissent en bonne garde et commanda que Pylates fust amenez devant touz les chevaliers. Lors li commença à dire en plorant : " O tu anemis de toute verité pourquoi ne mandas tu l'empereur quant crucefias Jhesu dont tout li peuples crie que il est  purs et ignocent ?". Pilates li respondi  :" Je ne sui pas tant seulement coupable de la mort, mes tout li peuples des jeues et li mestre de la loi et li provoire* qui l'ont ocis". Volusiens li dist : "Et tu comment puez tu monstrer que ne soies coupables en cete chose. Comment fute que tu ne mandas à l'empereur si enfeisses ce que il commandast".

  Lors vint un  de ces deciples Nostre Seigneur Ihesu-Crist qui avoit non Symeon* devant Volusien par devant tout le peuple qui est entour Pylate et dist : " Pylate tu crioies en ton concire quant tu le leidenjoies* par paroles et le tormentoies par batemenz, et li disoies j'ai le peor de toi délivrer et le poer de toi ocire". Pylates respondi : " j'oi  pour de l'estracion* des geues et por ce si l'abandonoi à leur volente. D'autre part pour ce que je demonstrasse que je n'avoie coupes en la mort je lavai mes mains devant touz ceus qui estoient présent et dis je n'ai coupés en la mort de cest juste homme bien vos en pernez garde. Lors me respondirent li ancien geues et disrent la coupe de la mort seur nos soit et seur nos enfanz".

  Lors commença  [24vB] Volusien à plorer devant tout li peuples et dist à Pylates : "Queque li autre feissent, pour le bon desirrier que tu avoies le deusse tu délivrer et ne deusses pas souffrir que l'on oceist li granz prophètes". Lors commença  Volusien à enquerre par grant desirrier se il porroit nule savoir de ses miracles. Lors vint .i. gieue avant qui avait non Marcus qui descouvri le segroi* d'une fame que li avoit dit et dist à Volusien : "Or à trois ans passés que il gari une fame qui decoroit de sanc parce que elle atoucha ses vestemenz. Et quant ele se vit garie pour l'amour de celui ele paint l'ymage de Nostre Seigneur en dementiers que il vivoit en une toualle, si que il le sout bien". Lors respondi Volusiens à celui : "di moi le non de la fame". Il li dist " Ele a non Veronique et maint à Sur* ". Quant Volusiens oi ce si commanda que l'en alast querir la fame et qu'en li amenast, et quant ele vint devant lui, Volusiens li dist : "dame nos savons bien que tu es sage et plaine de veritè or croi mon conseill et me mostre l'ymage Jhesu qui est un grant dou qui ta rendu santé de ton cors". La fame li dist :" Sire je n'ai pas l'ymage que vos demandez". Quant Volusiens vit qu'il estoit si deceuz si la commença à espoanter et li dist que se ele ne voloit faire ce que il li prioit par bone volenté, il li feroit faire par force et maugré suen*. La bone fame out pour des paroles Volusien et iasoit ce que il ne le volist pas il li dist ces paroles, et ele li enseigna tantost ce que il demandoit, et il envoia tantost jusques lie grant pleute de chevaliers et troveirent l'ymage reposte et son orellier , que ele avoit toujours à chevez de son liet, et ileques la repernoit  quant ele la voloit veoir et illeques la repernoit ausi comme ce se fust un grant tresor, [25rA] et par jour et par nuit iaoroit o grant heneur. 

  Quant le chevalier orent apportée cele ymage à Volusien il commença à trembler de pour et  l'aora tout enclin en tetre a grant reverence et dist à touz les gieues qui ilequel estoient :" veraiment vos di que vos aurez mauves guerredon* de cete chose quant vos fustes si hardi que vos osates metre main en ocire si grant prophète qui resuscitoit les morz et enluminoit les aveugles et guerissoit les meseans et sanoit totes enfermetez par son poer. Certes bien est droiz que très grant veniance descende pour vos destruire si que tout li mondes connoisse les deslaiautez de vos ovres et que vos estes dampné par la mort de cest saint homme quer vos deistes "li sans de lui soit seur nos et seur nos enfanz". Et pour ce vos et vos enfanz seront en chetivesons* pardurables et seroiz esparpellié par le monde par le droit jugement des princes de Rome sans qui vos osates faire si grant deslaiauté".

  Quant Volusiens out dit si, assembla ses chevaliers et commanda que les nef fussent aparellies et que l'en meist l'ymage Nostre Seigneur et la fame qui avait non Basile* et que Pilate ifust mis et bien gardez de chevaliers armez. Lors se mistrent à la voie pour aler à Rome. Quant il orent erre par la mer jusques à .ix. mois, la nef arriva au port de Rome. Tantost la nouvele vint à l'empereur que Volusiens estoit arivez. Quant il oi ce fit out mout grant joie et commanda que l'en li amena isnelement. Quant Volusiens vint devant l'empereur si li chai au pie et l'aora jusque en terre et li conta tout le travail de la voie, et com grant periz il avoit en terre et en mer et pour ces mesestances* avoit il tant demoré. L'empereurr li dist : "où est Jhesu li saint hom pour qui nos t'envoiasmes en Ierlin ?"

 Volusiens li respondi : "Sire l(es) gieues et Pylates l'ont ocis". Li empereur li dist : " comment osèrent il fere si grant deslaiauté ?" Volusiens li respondi : "  Si comme je poi toutes les choses encerchier pour seulement envie le traïrent et crucefierent pour ce que il ne poient faire les signes et les miracles que il et ses deciples fesoient". A ce respondi Cesar :"Et où est ce Pylates si deslaiaus ?" Volusiens li respondi : "Je l'ai amené aveques moi en bone garde". Lors dist l'empereur par grant ire "Pourquoi ne l'as-tu pas ocis ?" Volusiens li respondi : "Je l'ai amené aveques moi parce que je ne vos voloie pas corrocier. Quer je ne voloie pas dampner home à mort sanz le jugement de l'empire ausi comme fist deslaiaux Pylates". Li empereur pour le grant mautalent que il avoit contre Pylates ne vout souffrir que il fust amenez devant lui, mes commanda de la grant ire que il avoit que il ne meniast nule chose cuite et quer li donast à bouire ce un poi d'eaue à mesure, et que l'on tormentast son cors par diverses manières de tormenz tant qu'en li nonçast que il fust mort en terre de ces tormentz. Tantost il fu envoiez en essill par le commandement de l'empereur en une cité en Toscane qui a non Amélie, ilequel demora enclos en grant mesere iusque au ior de sa mort.

   Quant ce fu fait Volusiens laprisina de l'empereur et li dist :"Ce sache nostre sire l'empereur que une fame que Jhesu li prophète guéri d'une grant maladie a l'ymage painte por l'amour de lui selonc la semblance de sa face, et que le la vos ai ça amené. La fame est venue aveques l'ymage et a leissé quanque ele avoit por lui. Quer il li est avis que ele mout grant tresor a tant comme ele que ele la ovequel lui [25vA] er se ele l'avoit perdue de que ele perdroit la gloire de son criator et l'aide de damedieu et dit que ele n'avoit james heneur ne force ne poer ne salu de l'âme. et quant je dis à la fame por qui ele voloit aler entre estrange gente en poureté et en travaill ele me respondi :" en quelque lieu que l'ymage s'en irois, qui est mesperance je m'en irai ovec n.slie quer ce sunt les richeces de m'ame tant que je vivrai".

 

  Quant li empereres oi ce si commanda qu'en li amenast la fame a tout l'ymage Jhesu Crist, et quant il la vit portant l'ymage Nostre Seigneur à tout grant henneur si s'en merveilla mout, et out grant paour, et li dist :" preude fame or me di atouchast tu veraiement la vestreure de Jhesu li grant dieu ?" La fame li respondi : "Sire je l'atouchai veraiement et tantost fui garie de m'enfermeté qui m'avoit tenue par .xii. ans." L'empereres li dist : "Mostre moi l'ymage Jhesu-Crist ton sauveur". Tantost la fame la mist avant li empereres quant il la vit si commença à trembler et se leissa chaer à terre, et l'aora et la commença à aroser de ses lermes et à besier mout doucement. Tantost comme il l'ot besiée par grande dévotion, si fu gueriz de la maladie et la puour et la porieture de son cors s'en ala, dont il avoit este longuement tormentez. Quant li empereres senti la vertu Nostre Seigneur qui li estoit venu sur son cors par la sainte ymage, si commanda que l'en donast grant richeces à cele preude fame et commanda que cel ymage fust aornée d'or et d'argent et de pierres précieuses et mise en net lieu et en honorable. (bout de ligne mmmm en rubrique).

 Après ce demanda l'emperere Volusien que il venist paller à lui . Volusien vint. Li empereres li demanda quex estoient li commandement Jhesu Crist [25vB] et sa doctrine. Volusien li respondi "Si comme j'ai apris nule autre chose il ne commanda fors que tute cil qui vodroient croire en lui soient bautizie en eaus et croient que il est verai dieux et verai (et) homme". Quant li empereur oi ce si  dist: "Las, cheitif qui sui ale partout le monde et plusieur roiaumes ai avironez ne onques tel homme ne poi veoir ne sa doctrine saveoir, ne veoir les signes de ses miracles qui sunt ia oies et demostrees partot le mont." Après ce que li empereres fu gueriz il vesqui en tout .ix. mois et loet chascun jour et beneissoit Nostre Seigneur Jhesu Crist qui est li sauverres de touz, et porta grant heneur à la sainte ymage touz les jours de sa vie. Après ces .ix. mois il morut et Gaius Cesar fu empereres après lui, et vout savoir que Pylates estoit devenuz et l'envoia querre et fist venir devant lui et vout savoir de sa boche le tesmoing de Jhesu Crist comment il avoit este mort et enseveliz et au tierz jour resuscitez et les granz miracles que il fesoit, et comment il est montez es ciex. Quant Pylate li out dit tote la verité, li empereres le vot réconcilier me il ne pout quer li romains l'acusoient de ce que il estoit circoncis selonc la costume des gieues. Quant l'empereres oi ce si l'en renvoia en esill où il chei en tant de mescheanthés que li meismes s'ocist de sa main emsint fu mort et il desloiaus et enseveliz en enfer.

En totes ces choses soit dieus benoiz qui venge la passion son chier filz Nostre-Seigneur Jhesu Crist de ses anemis et demostre apercement sa gloire as princes et as empereurs de cest siècle, qui oveques son chier et son saint fiz et esperit vit et reigne en une maiesté pardurablement Amen.

 

  • enfermeté :Godefroy : "infirmité, maladie".
  • desissoient et, plus loin, issoit : du verbe issir, "sortir".
  • porreture : Renard 5006, R. la Rose 19219 : "pourriture".
  • mires: Godefroy : "médecin, chirurgien".
  • oigment : cf Oignement, R. de Renart 13083 "remède".
  • Ierlin : "Ierusalem, Jerusalem".
  • bien est droit que : R. de la Rose 17118 : "il est bien juste que".
  • Volusien : ce "prêtre du temple" ne correspond à aucun personnage romain connu sous ce nom de Volusianus, bien qu'un empereur romain (251-253) ait porté ce nom, ainsi qu'un préfet de Rome sous Galien entre 267 et 268, ou qu'un autre Volusianus ait été préfet urbain en 416.
  • isnelement : Godefroy : "promptement, vivement, allégrement".
  • aprisma : Godefroy ; verbe aproismier, aprismer : "approcher, s'approcher de".
  • geues : forme de jueu, jeu, jeiu, Geu : "juif".
  • dilijaument : cf Godefroy diligaument, "diligemment".
  • encerchiè : Godefroy ; "rechercher, s'enquérir, examiner".
  • en dementiers que : "pendant ce temps, cependant que" : Godefroy : dementiers que : "pendant que".
  •  Didismus, Lucius, Ysaac, Didascalus, Ezeas, Azarus, Didascalus et Matheus: pour Alvin E. Ford, la liste peut suggérer le nom de certains apôtres, comme Thomas (Didimus), Luc (Lucius), Marc (Leo), Matthieu (Matheus) et les deux Jean (Peut-être les deux "Didicalus").
  • provoire : "prêtre"; à donner en moyen français "prouvaire". 

  • Symeon: selon A. E. Ford, ce disciple est l'apôtre Simon Pierre, le premier pape.
  • leidenjoies : Godefroy : laidangier, lendengier,   leydengier etc... : "maltraiter, injurier".
  • estracion : on trouve dans la transcription des manuscrits C de E. A. Ford traïson, mais je lis bien estracion des geues, "j'ai eu peur de la race des juifs".
  • segroi : Godefroy : forme de secrè, segré, secroi, "secret".
  • Sur ou Sour est le nom arabe de la ville de Tyr (actuellement Lebanon) au Liban, à quelques 160 km au nord de Jérusalem.
  • maugré suen : CNRTL, article "sien" : " contre son gré".
  • mauves guerredon : Guerredon : (Godefroy) "Prix d'un service, d'une bonne action, salaire, récompense", mmais les exemples montrent qu'il existe des "bons guerredons" et des "mauves guerredons", comme dans La Chanson de Jérusalem, le Roman de Renart ou la Chanson des quatre fils Aymon.
  • Chetivesons :Godefroy :chaitivoison : "captivité".
  • qui avoit non Basile : je ne comprends pas ce nom, là où on attend celui de Véronique, mais on retrouve la même mention dans deux manuscrits C1 et C3 étudiés par E. A. Ford.
  • mesestances : Godefroy : "mauvaise situation".

 

III. La source latine : le Cura sanitatis Tiberii.

  En 1899, le théologien et historien de l'église patristique Ernst von Dobschütz publia une étude critique intitulée  Christusbilder. Untersuchungen zur christlichen Legende. Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur; Leipzig 1899 (Images du Christ. Étude sur la légende chrétienne). Son chapitre VI est consacré à la Légende de sainte Véronique, puis, en annexe, est donnée une étude critique du Cura sanitatis Tiberii (Annexe V, 157-203). Je souligne que Dobschütz cite page 16, dans les traductions connues du texte latin, le manuscrit BNF fr. 696.

  Ce texte apparaît en annexe des Actes de Pilate, texte apocryphe du IVe siècle, grec puis latin, qui se présente comme un rapport officiel adressé par Pilate à Tibère pour lui relater le procès du Christ, sa crucifixion et ses miracles. En latin, ces Acta Pilati sont souvent eux-mêmes un appendice de l'Évangile de Nicodème.

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/dobschuetz1899/0826/ocr

    Hanc Pylatus Claudio direxit epistolam adhuc vivente Tiberio imperatore licet gravissimo Factum est autern laborante morbo. Ipso mim cum Tiberio et Vitellio consulibus eodem tempore Tiberius Caesar gubernabat Imperium (et Claudium successorem rei publicae delegisset) necesse fuit, ut in partibus Hierusolimorum virum prudentem dirigeret ut Christum Jhesum possit videre [Tiberius], quia multa de eo mirabilia audiebat, eo quod mortuos suscitaret et infirmos verbo sanaret tarn per se quam etiam per discipulos suos. hoc ο enim consilio suo utitur dicens: csi deus est, praestare nobis potest; si [autem] homo est, amare nos potest, et rem publicani gubernare per eum possumus. Tarnen Hunc vero desidero adduci,quia perurguit nie infirmitas corporis mei, eligatur (itaque) hom prudens, qui eum ad nos cum rogo et magno honore perducere possit'. electo itaque inlustrem virum Volusianum, sacerdotem templi, iam ex comite rei publicae privatum, direxit et misit eum in partibus Hierusolimorum, ut eum tarn suo rogo quam Caesaris Augusti sub reverentia et honore ad eum perduceret, quia dolore io nimio cruciabatur, ut etiam secretiora eius putredo et contusio vulneris de eius corpore distillaret.  tunc Tiberius Caesar summis rnedicamentis et unguentis languida viscera refover studebat; sed nihil omnino inlatae curae sentiebat effectum. et dum nullum suae salutis sensisset augmentum et dum diu nihil ei proficeret sanitatem, iussit ad se Volusianum inlustrem virum perduci, quem cum vidisset Caesar, dixit ei: Nestor te coram deos deasque et auctorem deorum [daemonum], fungere legationem meam et rei publicae tribue sanitatem. quia intrinsecus me dolor perurguit indicio et viscera mea vulnerata funduntur. quiadum liaec oronia feceris, quaecumque desiderio tuo coram desideras, tuo iudicio adimpletur. festina ergo et vade; quia auditum est mihi eo quod sit homo quidam Judaeus nomine Jhesus, quem etiam dicunt mortuos suscitare, caecos inluminare et alia multa innumerabilia virtutis suae divinitatis viriute suae divinitatis exercere et iussu imperio inlustrare genti imperii cuncta peragere gentemque Judaeorum Judaeorum claritate illustrare \erho(que) tantum eum dicitur praestare salutem Tunc Volusianus inclinato capite suo curvus adoravit Caesarem et eo adorato dixit: pia est intentio domini mei pii Caesaris\ respondit Caesar et dixit ad eurn: cVolusiane, ecce praesentem habes relatorem hominern, qui mihi haec omnia dixit. quia et deum se profitetur. unde et supra dixi: ' si deus est adiuvat nos, si autem homo est praestare nobis potest et rei publicae nostrae." ideo commoneo te, ut ad eum sine mora festinus pergas', tunc Volusianus secundum veterum legum Ordinationen! fecit testamentum domui suae, et ascendens navem iter sibi iniunctum perrexit. Caesar denique coartabatur ab infirmitate siringii usque ad mortem. Volusianus vero post annum unumet tribus mensibus discrimina faciente maris Hierusolimam pervenit. Qui cum introisset civitatem omnes maiores natu Judaeorum in adventu eius turbati sunt, pergentes ad Pilatum praesidem Judeae nuntiantes ei et dicentes eo quod vir nobilis in honore constitutus de partibus Romaniae superioris advenisset. Tunc Pilatus in occursum eius studiose occurrit. introgressus ad Volusianum Pilatus sie cum sollicitudine dixit: cusque quo non meruimus servi tui de vestro itinere scire, ut in vestro itinere mitteremus occursum? respondit autem Volusianus [et] dixit ei: nos enim non in cognitione provinciae directi sumus a piissimo nostro Caesare aut pro urbium turbatione nec pro sollicitudine rei publice cae, sed studium nobis est curae, quaerere pii domini nostri Tiberii Augusti salutem: quia in secretiora loca eius morbida eum yalitudo adstrinxit, ita ut nec medicaminibus nec incantationibus viatrae(?) fistulae potuit adiuvari. ista sollicitudo nos pro movit, ut iussi ab ipso hic coniungeremus, licet post multos dies vi maris inpediente longo traximus itinere; et hominem Jhesum nomine cernere desideramus, quem audivimus quod absque medicamentis aut aliquarum herbarum consecratione poterit curam sanitatis praestare, sicut et relatio cuiusdam hic adstantis de-io monstrat. verbo tantum omnia morborum inquinamenta curat,adhibet sanitatem, etiaru et roortuos suscitat\ Iiis auditis Pilatus mox contristatus ingemuit. . Ad haec relator homo Judaeus, Thomas nomine cuius relatione ante conspectum Caesaris fuerat patefacta, dixit: cdeum  meum, filium dei etiam daemones eum confitebantur; nam et hie . Qui cum introisset civitatem omnes maiores natu Judaeorum in adventu eius turbati sunt, pergentes ad Pilatum praesidem Judeae nuntiantes ei et dicentes eo quod vir nobilis in honore constitutus de partibus Romaniae superioris advenisset. tunc Pilatus in occursum eius studiose occurrit. introgressus ad Volusianum Pilatus sie cum sollicitudine dixit: cusque quo non meruimus servi tui de vestro itinere scire, ut in vestro itinere mitteremus occursum? respondit autem Volusianus [et] dixit ei: nosenim non in cognitione provinciae directi sumus a piissimo nostro Caesare aut pro urbium turbatione nec pro sollicitudine rei publice?»cae, sed studium nobis est curae, quaerere pii domini nostri Tiberii Augusti salutem: quia in secretiora loca eius morbida eum yalitudo adstrinxit, ita ut nec medicaminibus nec incantationibus viatrae(?) fistulae potuit adiuvari. ista sollicitudo nos pro movit, ut iussi ab ipso hic coniungeremus, licet post multos dies vi maris inpediente longo traximus itinere; et hominem Jhesum nomine cernere desideramus, quem audivimus quod absque medicamentis aut aliquarum herbarum consecratione poterit curam sanitatis praestare, sicut et relatio cuiusdam hic adstantis deio monstrat. verbo tantum omnia morborum inquinamenta curat,sunt diseipuli eius, per quos de ipso possis agnoscere veritatem\PiC unus ex militibus dixit Pilato praesidi: 'ipsum desiderat prudentissimum videre, quem crueifigi non metuit tua magnificentia'. confusus est itaque Pilatus ad relationem prolocutionisio militis sui. post haec Volusianus dixit ad Pilatum: ctu, Pilate, sine consilio domini Caesaris piissimi Augusti Jhesum quem vulgus iustum adfirmant cur morte permisisti damnari?' respon-dit autem Pilatus [et] dixit: Judaeorum voces pati non potui quia regem se dicebat. tunc dixit milex Pilati: non perturbetur magnitudo vestra. vere resurgentem eum nos ipsi vidimus tertia die. nana et multi fuerunt nobiscum, qui viderunt eum postea vivum et alacrem ambulantem; etiam et Joseph, qui eum sepelivit\ eadem hora iussit Volusianus Joseph ad se perduci cum grandi honore et veneratione. qui cum advenisset, dixit Volusianus : 'tu solus in populo tuo prudens, ut didicimus, in hac urbe inventus es. die nobis in veritate de Jhesu, verum adprobatum io in gentem vestram liominem iustum, quem daemones deum con-fitebantur, si certe resurrexit a mortuis; quia tuum solum testimonium declaratum accipimus'. respOBdit autem Joseph, et dixit: certus sum, quia resurrexit a mortuis dominus meus Jhesus Christus; quia et ego eum vidi et cum ipso locutus sum, et ego eum prius sepelivi in monumento meo novo quod excidi in petra et vidi eum in Galilea vivum super montem Malec sedentem et docentem discipulos suos\ tunc Volusianus misit per omnem regionem Hierusolimorum perquirendum eum, ut agnosceret de illo. et dum frequens inquisitio fieret et non invenisset, venerunt io undecim homines et Joseph simul cum eis, qui dixerunt: noseum vidimus ascendentem in caelum'. quorum nomina sunt haec: Didimus, Lucius, Isaac didascalus, Aaddas, Finees didascalus, Ezias et Azarias et Levi didascalus et Mattheus. Post haec Volusianus propter riomen principis in grandi custodia Pilatum iussit manere. recluso quidem Pilato in arta custodia, multa mirabilia, quae fecerat Jhesus, Volusiano sunt nuntiata tarn per virorum quam per mulierum ora. his auditis dixit Volusianus coram omni populo: csi deus erat Jhesus iuvare nos habuit, si homo gubernare rem publicam potuit.' deinde iussit Volusianus ad exercitum suum omnem progeniem Pilati recludi in custodia et in conspectu militum Pilatum adcersiri praecepit. cui cum lacrimis dixit: 'inimice veritatis et rei publicae, quare de Jhesu non retulisti Augusto, quem universa niultitudo con laudat?' respondit Pilatus: cnon enim tantum pollutus sum in sanguine eius; sed Judaei eum interficere conabantur'. dixit ei Volusianus: 'tu tarnen quomodo innocentiam tuam in eum osten- dis fuisse, qui eum non solum non liberasti a seditione impiorum, sed etiam illis tradidisti?'  Tunc unus ex discipulis Jhesu nomine Simon adstetit ante Volusianum et coram omni populo dixit: Pilate, dum Jhesum nervis castigans adfligeres, dicebas ei: "potestatem habeo dimittendi te et potestatem habeo occidendi te", et quomodo nunc innocentem te adseris? respondit Pilatus: Judaeorum insidias pertimui et tradidi eum illis, sed ut innocentiam meam ostenderem, lavi manus meas coram omnibus dicens: "innocens ego sum a sanguine huius iusti, vos videritis". ad haec responderunt mihi seniores Judaeorurn dicentes: "sanguis eins super nos et super filios nostros"/ Iiis auditis Volusianus coepit flere et cum lacrimis dixit ad Pilatum: 'impie, tu tuo bono disposito dimittere eum debuisti Post baec coepit Volusianus cum magno desiderio per- quirere, ut aliquam similitudinem eius posset agnoscere. sie venit .quidam bomo Marcius nomine pandens secretum cuiusdam mu- io lieris. dixit ad Volusianum: cante annos fere tres mulierem curavit a profluvio sanguinis; quae cum sanitatem reeepisset ob amorem eius imaginem ipsius sibi depinxit, dum ipse manere in corpore, ipso Jhesu sciente\ tunc Volusianus dixit ad iuvenem: 'indica mihi mulieris nomen. et ipse dixit: 'Veronice dicitur et manet in Tyro\ praecepit Volusianus, ut mulier ipsa ad eum perduceretur. quae cum illi praesentata fuisset, ait ad eam Volusianus: 'bonitas et prudentia tua mihi nuntiata est. exaudi petitionern meam, [et] ostende mihi imaginem viri magni dei tui, qui tibi corporis tui salutem contulit.' ad haec mulier respondit se non habere ea quae dicebantur ab eo. tunc Volusianus quasi io derisum se existimans diligenter tarnen coepit inquirere et licet invita mulier et adflicta, quae erat devota deo suo, devulgavit secretuni imaginis auctoris salutis suae. qui misit cum ea multitudinem militum et invenerunt eam absconsam in cubiculo, ubi manebat, ad caput eius; quia ibi caput suum seraper commendabat. et ipsa detulit eam Volusiano. at ubi vidit Volusianus imaginem Christi Jhesu, mox contremuit et adoravit eam et dixit: Vere dico vobis, quia rnalam percipiet retributionern, qui tradedit et crucifixit Jhesum, qui infirmos curabat et mortuos suscitabat'. his delibatis congregato armatas aginina navium cum exercitu militum et Pilatum et mulierem Veronicam quae Basilla dicitur introgressus est navem una cum imagine Jhesu Christi, pergens cum eis ad urbem Romaiii. et post novem menses Romam pariter pervenerunt. Nuutiatus est Tiberio Caesari adventus Volusiani. pro- cedens Volusianus ingressus est ad Caesarem Tiberium. curvus adoravit eum et narravit ei omnia quae gesta sunt et quomodo tempestate maris faciente tardavit. dixit ad eum Tiberius: cet quare non interfectus est Pilatus?' respondit Volusianus: cpieta- tem vestram timui offendere; tarnen huc eum ad vestra vestigia perduxi'. tunc Tiberius Caesar ira repletus nec faciem suam Pilato videri permisit. dedit in eum sententiam dicens: "coctuni ab igne et aqua non comedat', et damnatum eum in exilio iussit perduci Tusciam civitatem Ameriam. ibique in carcerem missus est. Dixit Volusianus ad Tiberium Caesarem: cquandam mulierem curavit Jhesus (a profluvio sanguinis quem patiebatur triginta annis), quae pro arnore eius imaginem illius sibi depingere fecit in similitudinem ipsius (ipso Jhesu vivente); et hic eam percum muliere ipsa. nam et ipsa mulier, relicta omnem substantiam suam, secuta est imaginem dei sui dicens: ' non diniittam vitam meam, spem salutis et fortitudinem animae meae, sed ubi fuerit peregrina spes mea, ibi et ego cum ea peregrinabo, quia ipsa est divitiae aniuiae rueae'Y. Hoc audito Tiberius Augustus iussit sibi mulierem ipsam una cum imagine Jhesu Christi praesentari. et cum vidisset Tiberius Caesar imaginem et mulierem, quae ipsam habebat, dixit ad mulierem: 'tu meruisti tangere fimbriam vestimenti Jhesu!'et dum haec diceret, aspiciens imaginem Jhesu Christi contremuit et cadens in terram cum lacrimis adoravit imaginem Jhesu Christi, qui statim sanus factus est ab infirmitate et putredine vulneris sui, quam patiebatur intrinsecus. at ubi virtutem deitatis eius sensisset per sanitatem corporis sui in visione imaginis, statim praecepit nmlierem Veronicam divitiis et honore locupletari et facultates ei de publico praecepit contradi iussitque imaginem ipsam auro concludi et lapidibus pretiosis. Et dixit ad Volusianurn Tiberius: cquae est eius prae ceptio?' respondit Volusianus: 'in quantum didici, nihil aliud nisi ut baptizaretur unusquisque in aqua et credat eum esse dei filium\ dixit Tiberius Caesar: cvae mihi quia non merui eum in corpore isto videre\ post menses vero novem credens in Jhesu Christo Tiberius Caesar et sanus a plaga siringii  processitque in senatum cum gloria imperiali iubetque senatum  quatinus uno consensu Jhesum tenerent et adorarent ut verum deum eiusque statuam super imagines imperatorum et omniuni deorum insigniter dedicarent urbi. quod non eonsentiente senatu, ut Christus reciperetur, effervescens Tiberius Caesar indignatione nimia quam plures nobilissimos ex senatu diversis trucidavit penis, eo quod de Christo non adquievissent sibi; et qui antea fuerat moderate se agens apud omnes, extunc sevissime crassatus est in nobilitatem Romani senatus. qui non post multos dies templum Isidis Tiberim demergens sacerdotes necans defunctus est in lectulo suo. ο successores reliquit Claudium et Gaium, qui Gaius post parvum temporis excursum diem terminans Claudium reliquit. Eodem tempore Post Claudium vero suscepit iniperiurn ßomae Nero Caesar et post aliquantos annos venerunt discipuli (domini nostri) Jhesu Christi (Petrus et Paulus) in arte magica nimis eruditus, in quo et daemonia habitabant multa, qui se deum et dei filium dicebat et {quod) ipse apud Judaeos fuisset passus mortuus et sepultus et tertia die se ad- serebat resurrexisse. sed dum Neroni Caesari nuntiatum fuisset de Jhesu Christo filio dei vivi, et omnia quae de eo acta sunt apud Judaeos, nuntiatum est ei etiam de Pilato. statim direxit milites suos in Ameriam civitatem et Pilatum ad se adcersiri praecepit. et cum ei praesentatus fuisset, narravit omnia quae de Christo Nazareno gesta sunt, praesentavitque ei discipulos eius Petrum et Paulum. ipsi quidem apostoli reiutantes Simonem esse Christum dixerunt Neroni Caesari: bone imperator, si vis scire quae gesta sunt in Jüdaea, accipe litteras Pontii Pilati rnissas ad Claudium, et tunc omnia cognoscere poteris'. Nero autem (mittens ad bibliothecam Capitolii, in qua scripta ipsa continebatur epistola^) accepit et legit. et series ita erat: 'Pontius Pilatus Claudio suo salutem. Nuper accidit et quod ipse probavit; Judaeos cognoscat magnitudo tua, quod invidio se suosque posteros crudeli damnatione punissent. et cum promissum patribus eorum fuisset, quod illis deus eorum mitteret sanctum suum, qui rex eorum merito diceretur, et hunc se per virginem ad terram missurura promiserat, ego itaque in Judaea cum Ebreorum praeses existerem, ipse cum esset deus et dei filium se diceret — et daemonia eum dei filium appellabant, qui et ipse caecos inluminabat, leprosos mundabat, paraliticos curabat, daemones ab hominibus expellebat, mortuos suscitabat, male habentes verbo sanabat, imperabat ventis et fluctibus et super undas maris pe- dibus ambulavit, et alia quidem multa mirabilia in couspectu vulgi faciebat — cum autem populus Judaeorum eum dei filium adfirmarent, contra ipsum insidias paraverunt principes sacer- dotum Judaeorum et tenentes illum loquentes de eo singula falsa tradiderunt eum mihi dicentes quia kontra legem nostram agit'. ego autem credens illis flagellatum illum tradidi arbitrio eorum. illi autem crucifixerunt eum et sepulto inposuerunt milites custodientes eum, ut probarent, si resurgeret a mortuis. Militibus denique custodientibus die tertia resurrexit. in tantum enim nequitia eorum exarsit, ut pecuniam militibus darent, tantum ut dicerent: cnobis dormientibus venerunt discipuli eius nocte et rapuerunt corpus eius'. ista occasione falsa admonuerunt eos, ut veritatem celarent. sed milites cum accepissent pecuniam, veritatem ipsam tacere nequaquam potuerunt et ipsum a mortuis resurrexisse testati sunt et qualiter pecuniam a Judaeis acceperunt, patefecerunt. liaec ideo vobis suggessi, ne quis vobis mentiatur, aliter existimetis et mendatio Judaeorum adsensum praebeati. Cumque perlectae fuissent litterae in conspectu Caesaris, statim Nero Caesar dixit: 'die mihi, Petre, si per ipsum omnia haec gesta sunt!', tunc Petrus dixit: cbone imperator, omnia ista, quae audisti, facta sunt per Jhesum Christum dominum nostrum filium dei. nam iste Simon magus plenus est mendatiis et diabolicis artibus circumdatus, in tantum ut dicat se esse deum, ο cum sit homo pollutus, et filium dei se ausus est dicere, per quem nos sumus omnes victores per deum et hominem, quem adsumpsit illa divina maiestas inrepraehensibilis, quae per homi- nein horninibus dignata est subvenire. in isto vero Simone duae substantiae esse cognoscuntur, non dei et hominis, sed diaboli et hominis; quia ipse seductor per hominem horninibus inpedire conatur'. his auditis Nero imperator interrogavit Pilatum, si vera essent quae a Petro audiebat. respondit Pilatus et dixit: Vera sunt omnia, quae a Petro vestris auribus personuerunt\ . Post haec autem propter circumcisionem suam Pilatus, quam a Judaeis acceperat in corpore suo, iterum in Ameriam civitatem in exilio a Nerone Caesare directus est, ibique (se ipsum prae angustia gladio transverberans) animam exalavit. Haec autem omnia scripta sunt, qualiter damnatus est Pilatus a Tiberio Augusto, qui credidit in Christo Jhesu domino nostro et baptizatus est atque salvatus est et de hac luce in pace ab latus est. Nero vero interfector martyrum impius et paganus a diabolo percussus interiit semetipsum solus errans in silvis ligno acuto transforavit et mortuus est et α lupis devoratus quemadinodum prius a diabolo interpretatus fuerat Simon. Dominus autem salutem contulit credentibus in se; quia ipsum credimus dei filium, qui cum patre et spiritu sancto vivit et regnat per omnia saecula saeculorum. Amen.  



III. Les autres formes et développements de la Vengeance Nostre-Seigneur.

 

  La Guérison de Tibère ou Cura sanitatis Tiberii fut suivie par la Vindicta Salvatoris, au début du VIIIe siècle : ce dernier récit reprend des éléments des Gesta Pilati et raconte la destruction de Jérusalem par Titus et son père Vespasien en 70. Cette Vengeance du Sauveur, traduite en français d'abord en prose, fut reprise en vers sous forme de chanson épique puis de théatre (Eustache Marcadé La vengeance de Nostre Seigneur Jhesu Crist; début XVe siècle, manuscrit 697 de la Bibliothèque d'Arras).

le site Arlima signale les deux éditions modernes :

  • The Oldest Version of the Twelfth-Century Poem "La Venjance Nostre Seigneur", Edited by Loyal A. T. Gryting, Michigan, University of Michigan Press (Contribution in Modern Philology, 19), 1952, x + 143 p. CR: Brian Woledge, dans Romance Philology, 8, 1954-1955, p. 155-157.

  • La Vengeance de Nostre-Seigneur. The Old and Middle French Prose Versions: The Version of Japheth, éd. Alvin E. Ford, Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies (Studies and Texts, 63), 1984, viii + 232 p. CR: Brent Pitts, dans The French Review, 60:3, 1987, p. 389-390.

  Vers 1300, la Bible de Roger d'Argenteuil relate comment Véronique, allant vendre son couvre-chef au marché, rencontre sur la via dolorosa le Christ portant sa croix : ayant essuyé le visage de Jésus, elle constate que le linge en porte désormais miraculeusement le portrait " comme se il fust corporex en char et en os". Jèsus lui recommande d'y prendre soin, car il pourra guérir les malades. Revenue chez elle, elle le présente à son mari malade, qui guérit aussitôt.

 Entre 1261 et 1266, Jacques de Voragine publie dans la Légende Dorée une nouvelle version de la légende: chapitre La Passion du Seigneur : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/055.htm

 

 On trouvera des éléments plus complets dans :Véronique et son image-relique du Christ dans quelques textes français de la fin du XIIe au début du XIVe siècle par Jean-Marie Sansterre (Université Libre de Bruxelles [ULB]), et notamment la façon dont la Venjance Nostre-Seigneur, fut  poursuivie par Robert de Boron pour donner naissance, à travers le personnage de Joseph d'Arimathie, au cycle de la quête du Graal.

 

 

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Published by jean-yves cordier
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PIERRE YVES QUEMENER 14/03/2013 08:42

Bonjour,
Et merci de nous faire découvrir ce document.

J'ai été surpris également de l'attribution du nom Basile à la femme au portrait car cela doit être l'un des seuls textes où elle est nommée ainsi.
On peut noter toutefois que le passage rendu en français par "la femme qui avait non Basile" correspond au latin "mulierem Veronicam quae Basilla dicitur".
Certains auteurs lui ont attribué quelquefois le nom de Bérénice et il est vraisemblable que tous ces noms ont été choisis pour leur portée symbolique. Le nom Véronique n'était pas usité dans
l'Antiquité ni au Moyen Age. Il s'agit en fait d'un jeu de mots (vera icon = vraie image) obtenu sans doute à partir du nom féminin Bérénice (litt. "qui apporte la victoire" en grec).

En Bretagne, le nom n'est pas utilisé en prénomination avant le 18e siècle, et encore très rarement.
On peut noter également l'utilisation très fréquente de l'article dans les représentations et édifices religieux ("la Véronique"), ce qui laisse supposer que le nom désignait autant l'image du
Christ (linge ou toile peinte selon les légendes) que la femme qui la détenait.
D'ailleurs, pouvez-vous nous préciser si le texte "Ici commence la Véronique" se trouve bien dans le manuscrit 696 ?

Dans une petite brochure sur "Les Actes du Sauveur, la Lettre de Pilate, Les Missions de Volusiuen, de Nathan, La Vindicte", Etienne Darley notait en 1919 que la légende avait une relation étroite
avec l'histoire religieuse de l'Aquitaine et que "le nom de Basilla était porté très anciennement dans le Bazadais (...) et d'après d'anciennes chroniques, la sainte femme apôtre de Bazas, la même
que sainte Véronique, se serait appelée Basa."

Bien cordialement,
Pierre Yves Quémener

jean-yves cordier 14/03/2013 09:57



merci de ce riche commentaire si encourageant ; j'avais omis de regarder la correspondance français/latin de la mention de la dénomination "Basile", mais votre remarque judicieuse éclaire la
compréhension du passage. 


  "Ici commence la véronique" est le titre placé en rubrique folio 23 du texte du manuscrit fr.696.


Cordialement,


J.Y.C



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