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4 décembre 2025 4 04 /12 /décembre /2025 20:08

La peinture murale (dernier quart XVe siècle, Pedro Berruguete ?) des Arts libéraux de la basilique du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Voir :

La baie n°5 de la chapelle St-Piat de la cathédrale de Chartres, un vitrail composite : les quatre Arts libéraux (Jehan Périer, 1415) et une Vierge à l'Enfant au chanoine donateur (Jacques le Tonnelier vers 1520).

 

 

Le premier auteur chrétien qui nous parle des Arts Libéraux est Augustin. Dans son De Ordine, II, 12, il définit sept disciplines qui sont presque toutes les connaissances que l’homme peut acquérir en dehors de la révélation. Au-dessus de ces sept arts, la philosophie en est la mère. Ils sont comme l’effort le plus ultime que peut fournir l’intellect humain, au delà commence l’intellect de Dieu. Elles sont divisées en deux groupes. Les sciences du langage, la grammaire, la dialectique et la rhétorique forment le trivium. Les sciences du nombre, la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie et la musique forment le quadrivium. Dans une perspective chrétienne, à la suite de Boèce, les Arts libéraux  sont considérés comme propédeutiques à la théologie, c’est-à-dire à l’étude de l’Écriture sainte. 

Ils ont été un sujet de représentation dès le IXe siècle mais c'est à partir du XIIe siècle qu'elle devient une véritable tradition iconographique. 

 

Venant de publier mon article sur les 4 panneaux des arts libéraux (Arithmétique, Dialectique, Rhétorique et Géométrie) d'un vitrail de Chartres datant de 1415, j'étudie maintenant la peinture du Puy-en-Velay représentant également 4 arts libéraux, la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique et la Musique. Il s'agit d'une peinture à la détrempe présentant 4 personnages allégoriques féminins accompagnés d'un homme illustre de cette science, d'un attribut spécifique de la discipline figurée, et de phylactères avec des inscriptions propres à chaque allégorie. Dans les deux cas, l'artiste reste fidèle à une représentation fixée par un texte de  Martianus Capella (Noces de Philologie et de Mercure ) dès le Ve siècle ou par celui d'Alain de Lille  au XIIe siècle, et représentée dans des enluminures, notamment dans l'Hortus Déliciarum, composé au XIIe siècle par Herrade de Landsberg. Selon E. Mâle, les sept arts sont aussi sculptés aux porches des cathédrales, à Chartres, Auxerre, Rouen, Soissons, Laon, Sens ou Clermont ou de Fribourg.

Chartres :

Les sculptures des voussures de la porte nord du Portail Royal de la cathédrale de Chartres sont l’exemple majeur d'une formule iconographique demeurant pérenne jusqu’à la fin du Moyen Âge. Les arts sont représentés trônant sous leur forme féminine tenant des attributs et étant accompagnées, sur les claveaux qui les précèdent, de leurs acteurs antiques. Bien qu’aucune liste canonique n’en ait jamais été dressée, la tradition picturale a imposé une suite restreinte de savants et de philosophes associés à chaque art. Ainsi la Grammaire est-elle accompagnée de Donat ou de Priscien, la Dialectique d’Aristote, la Rhétorique de Tullius ou de Cicéron, la Géométrie et l’Arithmétique d’Euclide ou de Pythagore, l’Astronomie de Ptolémée et la Musique de Tubalcaïn. Chaque art est représentée avec exactement les mêmes attributs que Martianus Capella leur spécifie dans ses Noces de Philologie et de Mercure, l’ordre du cortège y est d’ailleurs respecté scrupuleusement. Chaque science est accompagnée de son inventeur oude l’homme qui lui a donné ses lettres de noblesse.

La Dialectique tient un dragon en main droite et un bouquet fleuri en main gauche.

la Dialectique cliché Centre Castel

La Rhétorique lève, de la main gauche, un voile, ce qui a été vu comme un effet de manche.

La Rhétorique, Chartres, cliché Centre Castel.

La Grammaire  présente un grand livre ouvert et brandit de sa main droite une férule ; un petit garçon, sa tête frisée à demi-couverte par sa capuche, est assis sur un siège bas et se penche sur le livre qu'il tient ouvert sur ses genoux ; il sourit, la tête appuyée sur sa main ; son camarade, assis sur ses talons, a posé son livre grand ouvert sur sa cuisse ; il lève les yeux vers la Grammaire et il lui tend sa main ouverte qu'il pose sur la chevelure de son voisin ; il a le torse nu et l'on pourrait supposer d'abord qu'il a été fouetté, n'était l'échange de regards paisibles entre l'enfant et la femme.

Grammaire, Chartres, cliché Centre Castel.

La Musique

Elle joue du tintinnabulum avec un marteau dans chaque main.  On voit aussi un psalterion, un monocorde et  une vièle en huit (André Bonjour).

 

Rouen :

Au  Portail des Libraires de la cathédrale de Rouen, chacun des quatre bas-reliefs montre une figure féminine assise, dotée des attributs de sa discipline: la Géométrie tient une sphère et un compas: la Musique frappe avec un marteau sur les clochettes d’un tintinnabulum; l’Astronomie étudie les astres en tenant un livre dans lequel elle note ses observations ou bien consulte des données astronomiques; la Grammaire tient un livre sur ses genoux et elle lève son fouet ou ses verges vers un enfant agenouillé :

 

On consultera sur ces traditions iconographiques, non seulement le texte d'Émile Mâle, mais aussi le travail plus récent de Georges Fleury.

Voir ainsi :

  • Andrea di Bonaiuto, Triomphe de Thomas d’Aquin, Chapelle des espagnols à Santa Maria Novella, Florence.
  • Gentile da Fabriano, Arts Libéraux, Palais Trinci, Foligno.
  • Giovanni di ser Giovanni (lo Scheggia), Arts Libéraux, MNAC, Barcelone.
  • Sandro Botticelli, Arts Libéraux de la ville Tornabuoni, Musée du Louvre, Paris.
  • Le Pinturicchio, la Géométrie, appartements Borgia, Vatican.

Arrêtons-nous sur les sculptures des voussures de la porte nord du Portail Royal de la cathédrale de Chartres sont l’exemple majeur d'une formule iconographique demeurant pérenne jusqu’à la fin du Moyen Âge. Les arts sont représentés trônant sous leur forme féminine tenant des attributs et étant accompagnées, sur les claveaux qui les précèdent, de leurs acteurs antiques. Bien qu’aucune liste canonique n’en ait jamais été dressée, la tradition picturale a imposé une suite restreinte de savants et de philosophes associés à chaque art. Ainsi la Grammaire est-elle accompagnée de Donat ou de Priscien, la Dialectique d’Aristote, la Rhétorique de Tullius ou de Cicéron, la Géométrie et l’Arithmétique d’Euclide ou de Pythagore, l’Astronomie de Ptolémée et la Musique de Tubalcaïn.

 

Le Puy-en-Velay

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

 

De même que les panneaux vitrés du Trésor de Chartres éclairaient jadis la "Librairie" ou bibliothèque des chanoines, la fresque du Puy-en-Velay décoraient l'ancienne bibliothèque de la cathédrale, transformée aujourd'hui en salle des reliques, sur le mur est de la deuxième travée. Elle mesure 2,10 m de haut et 4,30 m de large. Elle a été découverte en 1850 sous un enduit de badigeon. Mérimée en avait alors exécuté des calques des huit personnages, ils sont conservés dans la collection de relevés à l'aquarelle de peintures murales, déposés par le Service des Monuments historiques au Musée des Monuments français, modèle pour l'actuel musée des Sculptures comparées du Trocadéro.

La peinture  illustre quatre femmes assises sur des trônes devant un paysage panoramique qui sont des personnifications féminines de quatre des Arts Libéraux : la Grammaire enseignant à deux enfants, accompagnée de Priscien tenant un livre ouvert ; la Logique tenant un lézard dans une main et un scorpion dans l’autre, accompagnée d’Aristote ; la Rhétorique tenant une lime, accompagnée de Cicéron qui tient également un livre ouvert ; enfin la Musique tenant un petit orgue portatif, accompagnée de Tubalcaïn qui frappe une enclume avec deux marteaux. Soit les trois arts du Trivium — la grammaire, la logique et la rhétorique — et un seul des arts du Quadrivium : la musique.

Les figures peintes devaient correspondre, dans la bibliothèque, à l'emplacement des pupîtres où étaient rangés les ouvrages selon leur sujet, comme, notamment à Bayeux et au Vatican. C'est ce qui pourrait expliquer que, sous la même arcade, la Musique, l'un des arts du Quadrivium, est associée aux trois arts du Trivium.

La fresque a été commanditée par  le chanoine Pierre Odin qui avait été ambassadeur de Louis XI auprès du Pape Sixte IV. Il avait fait faire cette librairie, l'avait fait peindre et "estauffer" (doter de la plupart de ses 159 manuscrits) et y fut enseveli en 1502.

"Originaire de Dijon, en plus d’être chanoine au Puy, il était également abbé de Saint-Vosy et official de Jean de Bourbon (1443-1485) et de Geoffroy de Pompadour (1486-1514). Le chroniqueur rapporte aussi que le duc de Guyenne, frère de Louis XI, se rend au Puy et visita la cathédrale et la bibliothèque en 1469 au cours d’un pèlerinage. Le roi vient à son tour deux fois successives en 1475 et 1476. Il est reçu à chaque occasion par le chanoine Odin aveclequel il s’entretient longuement. Nathalie Leblond pense, et nous la rejoignons sur ce point,que c’est au cours de ces visites que le roi décide de faire d’Odin son ambassadeur auprès du Pape. Il est très probable qu’à partir de cette date Odin ait entrepris un ou plusieurs voyages en Italie. Sans doute, sa qualité d’orateur a dû convaincre Louis XI de lui confier une tâche  diplomatique aussi importante. Nous lui connaissons, en plus, des poèmes dont il est l’auteur, notamment un recueil rédigé en 1470 intitulé La Nativité du roy Charles VIII avec l’histoire de Notre-Dame du Puy en Auvergne. On pense qu'il est le commanditaire d’une Pietà de la cathédrale du Puy car elle porte des armoiries d’or à la fasce de gueules au chef d’azur chargé de trois étoiles d’argent que l’on pense être les siennes."(A. Cely)

La peinture inspira manifestement un spectacle donné le 18  juillet 1533  pour la visite de François Ier au Puy, le 18 juillet 1533. Selon la Chronique d' Etienne de Médicis, pour accueillir un prince ami des lettres et des arts, les consuls et marchands de la Ville dressèrent sur le passage du souverain des estrades allégoriques « des chafîaults » en forme de tableaux vivants.

L'une d'elles représentait les « Sept art liberalles », personnifiées par « de jeunes dames tout accoutrées de fin taffetas de diverses couleurs, leurs cheveux et testes à gaudailles et coiffes de chaines d'or...

"Et y estoit premierement Gramaire, tenant les lettres de l’alphabet, avec trois petits enfans, comme apprenans les lectres, tous acoutrés de taffetas, et ung peu plus bas, aux pieds de ladite Gramaire, estoit ung homme nommé Priscianus, escrivantung livre, et estoit escript sous luy, environ ses pieds : Quicquid agant Artes, ego semper predico partes.

Après, estoit Dialectique, que tenoit en une main ung escorpion, et en l’autre ung serpent à quatre pieds comme ung liserd, et à ses pieds estoit ung homme, nommé Aristoteles, faisant signe sur ses doigs, et estoit escript au dessoubs : Me sine, doctores frustra coluere Sorores.

Après, estoit Rhetorique, qui tenoit une lime, et au dessoubs d’elle, estoit ung homme, nommé Cicero, lisant en ung livre, et estoit escript dessoubs : Est michi dicendi ratio cum flore loquendi.

Après, estoit Musicque, tenant unes orgues, et, au dessoubs d’elle, ung homme nommé Thubal, avec une enclume et deux marteaulx, et estoit escript dessoubs : Invenere locum per me modulamina vocum.

Après, estoit Geometrie, tenant ung esquierre en une main et ung compas en l’autre, et au dessoubs d’elle, estoit ung homme nommé Pictagoras, tenant en une main une reigle, et ung compas en l’autre, faignant compasser quelque pierre, et estoit escript au dessoubs : Rerum mensuras et earum signo figuras.

Après, estoit Arismetique, tenant en une main une tablete oùt estoient les figures de chiffre,

et en l’autre des gects, et au dessoubs d’elle, ung homme nommé Euclides, tenant comme ladite

Arismetique, les figures de chiffre et les gects, et estoient escript en dessoubs : Explico per numerum que fit proportio rerum.

Après, estoit Astrologie, tenant une spere, et au dessoubs ung homme nommé Ptholomée, coronné d’une cronne dorée, faicte par hault à poinctes, tenant ung cadran, et estoit escript dessoubs : Astra viasque poli varias michi vendico soli.

Donc, les sept arts libéraux devaient être représentés au complet en fresques sur l'ancienne librairie du Puy. Les sept femmes étaient guidées, si on en croit la description de cette entrée royale en la ville du Puy, par Minerve,  Mère de science, prête nom de la Sagesse ou de la Connaissance.

Item, au front dudit chaffault, toute droicte, estoit une dame, nommée Minerve, que fut dicte

Mere de Science, acoutrée de taffetas blanc et d’un joly armet d’argent sur la teste, tenant en sa

main un dard, que dit au Roy en passant :

Minerve fuis, que de toy ay la cure.

Avec mes fleurs, les Sept Arts Liberaulx

Venues sommes, par maintaignes et vaulx,

Veoir le triumphe de nostre nourriture.

Comme si elle vouloit dire, pour autant que le Roy est prince sçavant, que les Arts Liberalles

ont esté ses norrices, et qu’elles avoient laissé leurs estudes et universités pour venir voir le

triumphe qu’on faisoit, au Puy, à leur norriture et disciple."


 

Attribution.

En 1968,  Charles Sterling ajoute un dernier paragraphe où il propose l’hypothèse qu’un collaborateur de Jean Hey serait parti en Italie avec Pierre Odin à la fin des années 1470 et serait entré en contact
avec Juste de Gand d’une manière ou d’une autre. Il aurait peint la bibliothèque du Puy à son retour d’Italie. 

Pour Philippe Verdier, le peintre du Puy est un collaborateur de Juste de Gand (hypothèse de Martin Davies et de Max Friedländer), étant donné la proximité de la peinture du Puy avec une série des Arts Libéraux  dont l’opinion dominante suppose qu’elle se trouvaient dans le studiolo du palais de Gubbio du duc Frédéric de Montefeltro. Cette série de quatre toiles est dispersée soit à la National Gallery de Londres, soit au Friedrich Museum de Berlin où les toiles ont disparues en 1945.

In Alejandro Cely 2020

Or, c'est à Pedro Berruguetepeintre espagnol (1450-1504), qu'A. Cely attribue ces quatres œuvres, mais aussi la Vierge du Prado, qui lui semble "comme un hybride" de la Logique et de la Rhétorique du Puy.

 André Masson note : "En Espagne, les Arts libéraux figuraient dans la décoration des voûtes de la bibliothèque médiévale de l'Université de Salamanque, construite avant 1494. Ces peintures sont attribuées à Fernando Gallejo mais il est possible que Pedro Berruguete, dont on connaît le rôle dans la décoration de la bibliothèque d'Urbin (studio de Frederic de Montefeltre), y ait également travaillé."

Cette attribution pourrait expliquer la double influence stylistique de la fresque, avec l'influence flamande (les costumes devaient être rapprochés des tapisseries de Bruxelles et de Tournai ) et l'influence italienne. A. Cely écrit ainsi : "au niveau des costumes, il convient de souligner l’aspect un peu fantastique de ces derniers qui provient sans doute des Mystères du théâtre religieux franco-flamand. Les trônes quant à eux restent plus proches d’architectures italiennes de la Renaissance. Cette double identité est importante pour son hypothèse, car ellemontre que le peintre qui a exécuté l’oeuvre avait une connaissance de ces deux mondes".

 

Technique :

La technique de la peinture à la chaud, a fresco est utilisée pour les fonds. La tempera à l'oeuf est utilisée pour les figures.

 

 

La musique, la rhétorique, la logique et la grammaire sont représentées sous les traits de femmes assises dans des stalles de style gothique flamboyant : elles tiennent chacune leurs attributs : petit orgue pour la musique, lime pour la rhétorique, le lézard et le scorpion pour la logique et deux enfants écoutant ses règles pour la grammaire. chaque allégorie est accompagnée de son représentant : Tubalcaïn pour la musique, Cicéron pour la rhétorique, pour la logique Aristote et Priscien pour la grammaire. les différentes corpulences, la diversité des visages laissent à penser qu'il s'agit de portraits.

 

 

 

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

1. La Grammaire enseignant à deux écoliers, accompagnée de Priscien.

 

Au dessus de la Grammaire : Grãmatica
Aux pieds de Priscien: PRISCIAN

phylactère
Latin
Quidqid agãt artes, ego semꝑ p̓dico ꝑtes. (Quidquid agant artes, ego semper praedico partes) "Quoi que fassent les autres arts, c’est toujours moi qui fixe les parties du discours".

La femme est coiffée d'un voile rouge au galon d'or lesté de sphères, et qui se relève en visière sur le front. Sous un large manteau bleu clair à fermail d'or, elle porte une robe blanche à dessins gris. Ses manches fourrées révèlent une chemise brun-rouge. La femme ouvre les bras dans un geste d'enseignement. À ses côtés, mais plus petits, deux étudiants consultent sur leur livre, les régles enseignées. L'un tient sous son coude son chapeau.

Assis à sa droite, Priscien de Césarée, doit sa présence à sa réputation comme grammairien latin du Vie siècle ayant exercé à Constantinople. Les 18 livres de ses Institutiones grammaticae ont été à la base de l'enseignement à partir de la renaissance carolingienne.

Il porte un riche manteau rouge écarlate, fourré aux manches, et un chaperon nor. Il semble absorbé par la rédaction de son ouvrage, dont les rubriques sont déjà peintes.

L'artiste n'a pas repris ici les conseils de Martianus Capella pour qui Gammaire "porte à la main un étui
d’ivoire qui ressemble à la trousse d’un médecin, car la grammaire est une vraie thérapeutique qui nous guérit de tous nos vices de langage. Dans sa trousse on peut voir, entre autres choses, de l’encre, des plumes, un martinet, des tablettes et une lime où des traits d’or marquent huit divisions, symboles des huit parties du discours. On aperçoit encore une sorte de scalpel (scalprum), avec lequel la Grammaire fait diverses opérations à la langue et aux dents pour rendre la prononciation plus facile." (E. Mâle). Nous verrons que la lime sera confiée à Rhétorique.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des quatre Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

2. La Logique [Dialectique]  accompagnée d'Aristote.

Au dessus de la logique : Loyca
Aux pieds d'Aristote: Aristoteles

Phylactère Me sine doctores frustra coluere sorores."Sans moi, les docteurs ont honoré mes sœurs en vain".

La Logique est coiffée d'un balzo, sorte de turban qui fit fureur lors de la Renaissance italienne.Les deux bourrelets latéraux sont entourés de résille perlée, tandis qu'une étoffe à rayures porte une escarboucle.

La robe lie-de-vin à manches rapportées blanche à motifs gris s'orne aussi de joailleries et de perles.

Elle tient dans la main droite un lézard à gueule ensanglantée, et dans la main gauche un scorpion.

Aristote, en richissime habit de docteur es sciences à bonnet rouge fourré et manteau damassé et doublé d'hermines, compte sur ses doigts, selon le procédé du comput digital scolastique, réfutant les arguments dans leur ordre d’énumération pour dominer une discussion sans fin. 

 

Comparaison avec l'Aristote de Pedro de Berruguete, in Alejandro Cely, 2020

 

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

3. La Rhétorique  accompagnée de Cicéron.

Au dessus de la rhétorique : Rhetorica
Aux pieds de Cicéron: Cicero

Phylactère Est michi dicẽti ratõ cũ flore loquẽdi. (Est michi dicenti ratio cum flore loquendi.) "C'est moi qui ai, par mes discours, l'art de parler un langage fleuri".

Cette sentence se retrouve sur le vitrail de Chartres un demi-siècle auparavant.

Rhétorique est coiffée d'un chapeau qui s'apparente à celui de Grammaire, mais replié en cornet, et bordé d'un ourlet à sphères à grenailles de perles (ou d'or). Un voile s'échappe de ses oreilles (sans retenir ses boucles brunes ni couvrir sa gorge) pour souligner l'ovale de son visage.

Sa première robe violette à larges orfrois est à emmanchure courte, sur des manches rapportées blanches laissant voir saux poignets sa robe dorée  et damassée.

Elle tient son attribut, une lime, et c'est le seul exemple iconographique où cet instrument est dérobé à la Grammaire

Selon E. Mâle, "La Rhétorique est une vierge armée qui marche au son des trompettes. Elle est belle, grande, svelte ; un casque couvre sa chevelure et elle brandit des armes menaçantes. Sur sa poitrine étincellent des pierreries, et un manteau brodé de mille figures l’enveloppe ."

Cicéron n'a rien d'un auteur latin, mais tout du docteur avec son chaperon rouge et son manteau vert fourré. Il semble nous observer en pensant déjà à ce qu'il va écrire.

 

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la basilique du Puy-en-Velay.
La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

4. La Musique  accompagnée de Tubal.

Au dessus de la musique: Musica
Aux pieds de Tubal: Tubal

Phylactère Invenere locum pr me modulamina vocũ. (Invenere locum per me modulamina vocum.) "Grâce à moi, les modulations des voix ont trouvé leur place".

L'inscription se retrouve sur une tapisserie des ateliers de Tournai datant du premier quart du XVIe siècle et conservée au MFA de Boston.

 

Musica porte une coiffure élaborée inspirée du balzo et du voile d'or perlé sur un bonnet de velours grenat. Un bouquet de fleurs (oeillets) est piqué sur ce chapeau.

Un ruban et un lacet double entrelacé en lacs d'amour orne sa gorge, au dessus du large orfoi à pierreries de son manteau lilas.

Elle tient un "positif de teneure", à 16 tuyaux, un petit orgue transportable muni d'un seul clavier, d'un seul jeu (éventuellement à plusieurs rangs), qui se posait sur une table et dont la tessiture correspondait au chant du ténor.

Trubal , richement vêtu et coiffé encore, frappe sur une enclume avec deux maillets. Si l'orgue donne la mélodie, lui donne le rythme.

À propos de Tubal :

Fils de Lamech et de Tsillah, descendant de Caïn, Tubal-Caïn passe pour avoir inventé l'art de travailler le fer et l'airain. Au chapitre 4 verset 22 du livre de la Genèse, il est indiqué que Cilla enfanta Tubal-Caïn : il fut l'ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer. Dans certaines versions d'une légende médiévale, il a été tué par son père Lamech après avoir provoqué la mort accidentelle de leur aïeul Caïn.

Dans les représentations médiévales des arts libéraux, il est parfois l'homme associé à la musique en lieu et place de son demi-frère Jubal, et, peut-être, par confusion avec celui-ci.

Sur le portail nord de la cathédrale de Chartres, est sculpté Jubal jouant de la harpe.

 

"Entre le XIIIe et le XVIIIe siècle, les allégories picturales de la musique mettent en scène de manière récurrente un couple énigmatique : une jeune femme à l’orgue et un forgeron frappant sur son enclume. 

 Caïn connut sa femme qui conçut et enfanta Hénok. A Hénok naquit Irad, et Irad engendra Mehuyaël, et Mehuyaël engendre Lamek. Lamek prit deux femmes : le nom de la première était Addah et le nom de la seconde, Sillah. Addah enfanta Yabal : il fut l’ancêtre de ceux qui vivent sous la tente et qui ont des troupeaux. Le nom de son frère était Yubal : il fut l’ancêtre de tous ceux qui jouent de la lyre et du chalumeau. De son côté Sillah enfanta Tubal-Caïn : il fut l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer ; la sœur de Tubal Caïn était Naamah… ». (Bible, Genèse 4:22)

Yabal/Yubal/Tubal/ ; tous ces noms qui font assonance déclinent, entre l’épisode du meurtre d’Abel et celui du Déluge, la lignée des trois ancêtres : le berger, le musicien, le forgeron ; cependant, dans d’autres versions du Livre, Yubal le musicien et Yabal le berger sont fondus en un seul et unique personnage nommé Jubal. L’époque médiévale, fusionnant à son tour Jubal et son demi-frère Tubal-Caïn, forge, en particulier dans l’iconographie, une nouvelle figure : celle de Jubal Caïn, parfaitement équivalente, plutôt dans les textes cette fois, à celle de Tubal-Caïn ou Tubal dont on affirme dans maints ouvrages théoriques, déjà depuis le Haut Moyen Âge qu’il est le premier – ante diluvium – inventeur de la musique : «Primus autem inventor musicae artis fuit Tubal »Hugo Spechstshart von Reutlingen [vers 1488]. Annie PARADIS et Marie BALTAZAR https://journals.openedition.org/clio/2542

 

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

La peinture murale des Arts libéraux de la cathédrale du Puy-en-Velay. Cliché lavieb-aile 2024.

SOURCES ET LIENS.

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM43000430

—CELY (Alejandro), 2020, Les Arts libéraux du Puy-en-Velay : une œuvre de Pedro Berruguete ?

https://www.academia.edu/45070646/Les_Arts_lib%C3%A9raux_du_Puy_en_Velay_une_%C5%93uvre_de_Pedro_Berruguete_

—CELY (Alejandro), 2022; Les Arts libéraux du duc de Montefeltro et leur emplacement Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, t. LXXXIV, 2

https://www.academia.edu/84127336/Les_Arts_lib%C3%A9raux_du_duc_de_Montefeltro_et_leur_emplacement

—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323

https://shs.hal.science/halshs-00948535v1/document

— DELAPORTE (chanoine Yves) 1926,   Vitraux de Chartres, .Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, tome XV, 1915-1922, Les vitraux de la Chapelle Saint-Piat, p. 35-58.

— FLEURY (Georges) Allégorie des arts libéraux. Académie de Touraine.

http://academie-de-touraine.com/gerard-fleury-allegories-des-arts-liberaux/#sdfootnote15anc

 —MASSON, (André), 1958 « Les arts libéraux du Puy et la décoration des bibliothèques à la fin du Moyen Âge » Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  102-2  pp. 150-170

https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1958_num_102_2_10880

—MÂLE ( Émile), 1899, L’art religieux du XIIIe siècle, Paris, 1899, p. 102-117.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9326593/f114.item

—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.

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Published by jean-yves cordier - dans XVe siècle musique
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 21:21

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Pour  l'Ensemble vocal de Catherine, Warum bëtrust du dich fait partie du répertoire. Mais moi, qui suis débutant, je me retrouve à ânonner et à tâtonner de la voix  sans progresser. 

Comme tous les cancres, je contourne la difficulté en cherchant à comprendre les paroles, puis à chercher pourquoi elles sont arrivées sur la partition à laquelle je suis soumis.

Première découverte : ce Warum appartenait au "Petit livre d'Anna Magdalena Bach". Enquêtons.

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Jean-Sébastien Bach est arrivé à la cour de Köthen en 1717. Trois ans plus tard, le 17 juillet 1720, sa première épouse, Maria Barbara, décéda, le laissant veuf avec 4 enfants de 6 à 13 ans. La même année, la jeune soprano Anna Magdalena Wilcke est engagée, à 19 ans, à la cour du prince Léopold d'Anhalt-Köthen et elle chante, comme prima-donna sous la direction du maître de chapelle du prince, qui la remarque : elle devient madame Bach le 3 décembre 1721. Ils auront ensemble 13 enfants entre 1723 et 1742.

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En 1722, Jean-Sébastien offre à son épouse un cahier de musique (klavierbüchlein) afin qu'ils y copient la musique qu'elle affectionne. C'est le premier de ses deux Notenbüchlein. 25 pages sont perdus mais on y trouve aujourd'hui les cinq premières Suites françaises pour clavecin. Toutes les pièces sauf 2 sont de la main du compositeur.

Le 22 mai 1723, la famille s'installe à Leipzig. Naissance de Christiana Sophia Henrietta, qui décédera 3 ans plus tard. En février 1724, naissance de Gottfried Heinrich, le premier fils du couple. Bien que doué pour la musique, il s'avère "arriéré mental".

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En 1725, Jean-Sébastien arrive à la maison avec un cadeau . Anna-Magdalena l'ouvre  et découvre un livre, à la couverture verte avec deux rubans jaunes pour marquer les pages. 

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L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

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Sur la couverture, ses trois initiales A M B (*) , ont été gravées  au fer en lettres d'or. L'année 1725 est aussi gravée en dessous en chiffres très gais, le 1 a la forme d'un petit bonhomme . Un cadeau d'anniversaire de mariage ? On ne sait pas. Mais Anna-Mag saute au cou de Jean-Seb :  Danke Schatz, merci chéri !

(*) complétées plus tard à l'encre A nna M agdal. B ach.

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L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

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Plus grand que le livre de 1722, il renferme 67 feuillets, dorés sur tranches et tous vierges. La soprano a compris, ce sera son deuxième Notenbüchlein. Le premier était peut-être déjà terminé ?

J-S.B n'attend pas, il l'inaugure le jour même en inscrivant à la première page sa partita en fa mineur  (première version de la Partita n°3 BWV 827).  Puis viendra en page 2 la sixième partita, puis — on n'est pas sectaire —les compositions d'autres musiciens, comme les menuets de Petzold, le rondeau "Les Bergeries" de Couperin avant que le petit livre ne devienne l'album familial où les enfants (Johann Christian, né en 1735, Carl Philipp Emmanuel, né en 1714 du premier mariage) n'y placent leurs essais de composition (CPE pages 18 à 21). C'est le plus souvent Anna-Magdalena qui tient la plume, elle copie très bien la musique, puisque c'est elle qui trace déjà les partitions de toutes les compositions de son mari. Mais d'autres pages  sont écrites par la main de Jean Sebastien, certaines par les fils Johann Christian et Carl Philipp Emanuel, et d'autres par quelques amis de la famille tels que Johann Gottfried Bernhard et Johann Gottfried Heinrich. 

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Hormis les pièces pour clavecin, le Petit Livre contient 9 airs à chanter BWV 508 à 518

Ainsi, l''air So oft ich meine Tobackspfeife, la "chanson de la pipe à tabac", BWV 515 est anonyme, mais c'est peut-être une composition ou une copie de Gottfried Heinrich, car l'écriture est enfantine ou maladroite .

Et, j'y viens, c'est à la page 102 que se trouve l'aria Warum betrüst du dich,  BWV 516.

Comme c'est émouvant de le découvrir ainsi !
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L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

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La partie de dessus ne correspond pas à ma partition, mais la partie pour basse continue, c'est exactement ma partie de basse ! 

Je crois ressentir un vague frémissement de motivation pour en reprendre l'étude. 

Presque.

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L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

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C'est un air composé pour soprano ( pour Anna-Magdalena ) et basse continue. On parvient à déchiffrer les paroles, mais les voici avec la traduction en français.

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Warum betrübst du dich und beugest dich zur Erden,
Pourquoi es-tu si triste et penchée vers la terre,
Mein sehr geplagter Geist, mein abgematter Sinn?
Mon âme si torturée, mon cœur si fatigué ?
Du sorgst, wie will es doch noch endlich mit dir werden,
Tu t'inquiètes de ce qui finalement t'arrivera,
Und fährest über Welt und über Himmel hin.
Et tu vas à travers le monde et le ciel.
Wirst du dich nicht recht fest in Gottes Willen gründen,
Si sur la volonté de Dieu tu ne t'appuies pas fermement,
Kannst du in Ewigkeit nicht wahre Ruhe finden.
Tu ne pourras pas trouver le repos dans l'éternité.

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Je ne me vois pas du tout apprendre ça par cœur. Déjà  l'Erlkönig en classe d'allemand avait fait l'objet d'une impasse...

Voyons voyons comment amadouer ce texte. Six vers, c'est un sizain. Douze ou treize syllabes. Et des rimes ABABAA, en -en et -in.

Et des sons qui scandent les vers : Be- dans le premier vers, Ge- et -Ter dans le deuxième, Or- dans le troisième, ü dans le quatrième.

Des mots qui se répètent comme dich dans le premier, mein dans le deuxième, 

Ou un rappel entre Wirst du et Kannst du.

Et le chiasme "in Gottes Willen" / "in Ewigkeit".

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Warum betrübst du dich / und beugest dich zur Erden, D

Mein sehr geplagter Geist, / mein abgematter Sinn? E. couple Geist/Sinn

Du sorgst, wie will es doch / noch endlich mit dir werden, O -I

Und fährest über Welt / und über Himmel hin. U -Ü

Wirst du dich nicht recht fest / in Gottes Willen gründen,

                                  Kannst du in Ewigkeit / nicht wahre Ruhe finden.

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Mais tous les spécialistes sont formels : l'auteur de ce texte est inconnu.

Je retrouve pourtant des sizains avec cette structure ABABAA dans les six strophes d'octosyllabes de Meinen Jesum laß' ich nicht de Christian Keimann, repris dans les cantates BWV 70 et 70a, 124, 154 et 157 de Bach . Voici la première strophe et ses rimes -icht et -en.

Meinen Jesum laß' ich nicht.
Weil er sich für mich gegeben,
So erfordert meine Pflicht,
Klettenweis' an ihm zu kleben;
Er ist meines Lebens Licht;
Meinen Jesum laß' ich nicht.

Les rimes -icht et -en  seront encore celles des strophes 2 , 3, et 6,tandis que les strophes 4 et 5 seront en -icht et -et.

Qui est ce Christian Keimann ou Keymann (1607-1662)  ? Il fut en 1634 directeur-adjoint du lycée de Zittau, en Saxe (et recteur en 1638). Ses hymnes, au nombre de 13, passent pour les meilleurs de son temps : "ils respirent une ferme conviction de foi religieuse, et se caractérisent par une exceptionnelle beauté poétique : "They rank high among those of the 17th century, being of genuine poetic ring, fresh, strong, full of faith under manifold and heavy trials, and deeply spiritual."

Je remarque aussi que Bach lui emprunta la 1ere et 6eme strophes de son poème de 1658 pour sa cantate BWV 124 en 1725, à Leipzig, pour le 1er dimanche après l'Epiphanie, le 7 janvier 1725. L'année où il offrit à son épouse son carnet de chant. Quoique ses emprunts débutent en 1716 (BWV 70a) et se poursuivent jusqu'en 1727 (BWV 157).

Outre ce Meinen Jesum laß' ich nicht, Jean-Sébastien Bach a aussi utilisé son Freuet euch, ihr Christen alle  pour son BWV 40 ,mvt 8, 1723 et  son Sei gegrüßet, Jesu gütig (des sizains là encore, au nombre de 7) pour le BWV 410 et 499. Dans ce dernier poème, la structure des rimes est principalement  AABBBB ou AAAAAA, mais sur 42 vers, 28 se terminent en -en : une véritable manie! Que dis-je ? Une signature !

Conclusion : j'ai l'intime conviction que l'auteur anonyme de Warum betrüst du dich  avec ses rimes ABABAA est bel et bien  sorti aujourd'hui grâce à moi de son anonymat.

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Et le sens profond du poème ? Pourquoi es-tu si triste et penchée vers la terre, Mon âme si torturée, mon cœur si fatigué ? On ignore à quelle date Anna Magdalena a copié sur son Notenbüchlein cet Aria, mais cette date peut correspondre à une période d'abattement après les décès en bas âge de sept des enfants des époux Bach. Ou relever de la posture religieuse calviniste ou luthérienne qui incitait les gens à chanter  Komm, süßer Tod, komm selge Ruh (Viens douce mort, viens bienheureux repos) BWV 478 plutôt que des chansons d'amour.

 

 

Bon, ma récréation est terminée, je reprends ma leçon avec courage. WA-A-RUM, etc... Ça va rentrer.

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SOURCES ET LIENS.

https://imslp.org/wiki/Category:Keymann%2C_Christian

https://www.bach-digital.de/receive/BachDigitalSource_source_00001136

https://digital.staatsbibliothek-berlin.de/werkansicht?PPN=PPN862771390&PHYSID=PHYS_0102&DMDID=DMDLOG_0038

http://www.bach-cantatas.com/Texts/Chorale054-Eng3.htm

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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