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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 23:00

Les devises latines botaniques des lambris peints par Jean Mosnier (Bois, 1600 - Blois, 1656) pour la Salle des Gardes du château de Cheverny.

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PRÉSENTATION.

Au premier étage du château de Cheverny,, la Salle des Gardes ou Salle d'armes, plus grande pièce du château, expose une collection d'armes et d'armures des XV, XVI et XVIIe siècles. Au dessus de la cheminée Renaissance,  on peut voir une toile de Jean Mosnier, supportée par deux amours :La Mort d'Adonis.

La salle est ornée d'une tapisserie des Gobelins du XVIIe siècle représentant l'Enlèvement de la belle Hélène par Pâris.

Les boiseries ont été décorées par Jean Mosnier, fils de  peintres-verriers de Blois, qui bénéficia de l'estime de la reine Marie de Médicis, pour se former à Rome durant huit ans en se liant avec Nicolas Poussin. 

À son retour en France en 1623, il fait quelques vitraux pour des églises parisiennes, et la reine mère le charge de peindre quatorze tableaux pour le palais du Luxembourg. Deux de ses compositions existent encore dans le plafond de la salle du Livre d'or,. Mais ayant eu quelques désagréments au sujet de ces travaux, il se retire d’abord à Chartres, puis dans sa ville natale qu’il ne quittera plus. Il y exécuta de nombreux travaux, dans la région de Blois, ainsi qu’à Tours, à Nogent-le-Rotrou, à Saumur, et aux châteaux de Valençay et de Cheverny.

Jean Mosnier a peint aussi au château de Cheverny 34 panneaux de la salle à manger (rez-de-chaussée) consacrés à l'histoire de Don Quichotte, et, dans la Chambre du roi (adjacente à la Salle des Gardes) les lambris et le plafond à l'italienne avec des peintures à thème mythologique sur l'histoire de Persée et Andromède, et 30 scènes d'histoire de Théagène et Chariclée.

"Les terres du château furent achetées par Henri Hurault, Comte de Cheverny, Lieutenant Général des Armées du Roi de France, et Trésorier Militaire du roi Louis XI, dont le propriétaire actuel, le marquis de Vibraye, est le descendant. Du château primitif datant de 1500, il ne reste que de rares vestiges, dont la trace est encore visible dans les communs. Après qu'il eut été récupéré par la couronne pour cause de fraude envers l'état, il fut donné par le roi Henri II à sa maîtresse Diane de Poitiers. Néanmoins, celle-ci lui préféra le Château de Chenonceau et vendit la propriété au fils du précédent propriétaire, Philippe Hurault de Cheverny, et à son épouse, Anne de Thou, Leur fils, Henri et son épouse, Marguerite Gaillard de La Morinière, bâtirent le château entre 1624 et 1630. La fille de ses derniers, Élisabeth, marquise de Montglas, achève la décoration intérieure. La Grande Mademoiselle qualifiera le château terminé de "palais enchanté". Ils en ont confié la réalisation à l'architecte Jacques Bougier (dit Boyer de Blois), qui avait assisté Salomon de La Brosse dans la construction du château de Blois."

 "De 1629 à 1640, c'est le menuisier Hevras Hammerber, germanique originaire d'Essen, qui est chargé des menuiseries intérieures, des portes et croisées et, sans doute, de quelques travaux de sculpture. Ensuite, la décoration a été achevée par la fille d'Henri Hurault et de Marguerite, Cécile-Elizabeth Hurault de Cheverny,  marquise de Montglas (et maîtresse de Roger Bussy-Rabutin *) : vers 1650, la décoration picturale du château est confiée à Jean Mosnier, peintre d'excellente réputation et à l'œuvre importante, recommandé par Marie de Médicis et élève de l'École de Rome : il orne les poutres, lambris, solives et huisseries de dessins de fables et d'allégories ingénieuses. Il exécute aussi quelques plafonds emplis de ses souvenirs d'Italie. ↑ Il ne reste de lui que quelques tableaux, la majeure partie de son œuvre décorative ayant disparu, à l'exception de vestiges du décor de Cheverny." (Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Cheverny)

*Voir les lambris riches en devises codées du château de Bussy-Rabutin, auteur de l'Histoire amouireuse des Gaules et amant de la marquise de Montbras : http://www.bussy-rabutin.com/13_decor.html

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Les descriptions des lambris de Jean Mosnier au XIXe siècle.

Le marquis de Chennevrières-Pointel a consacré en 1850 à Jean Mosnier un chapitre de Recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de l'ancienne France, tome second, mais, pour sa description des lambris de Cheverny, il reprend la description d'Anatole de Montaiglon.

En 1862, Louis de la Saussaye reprend également la même description, mais en traduit les devises, et donne des commentaires botaniques et généraux obtenus auprès de "M. Franchet, conservateur des collections paléontologiques et minéralogiques de M. de Vibraye". 

Adrien-René Franchet (1834-1900) est surtout reconnu comme un célèbre botaniste du XIXe siècle, et secrétaire jusqu’en 1880 du marquis Paul de Vibraye, propriétaire du château à cette époque. Il présida la société botanique de France en 1898. Ses identifications des espèces botaniques représentées sont donc fiables. Mais de la Saussaye n'a pas donné le nom scientifique des plantes. J'ai tenté quelques propositions (entre crochets [.])

 

Il ne semble pas que cet ensemble ait fait l'objet d'autres études. Je n'ai trouvé en ligne qu'un seul article récent sur le site lagrenouilleviedenotrevillage. 

 

 

 

Les lambris sont présentés  par Montaiglon comme "de gracieuses figurines de camaïeu gris,  sur un fond brun, comme il est ordinaire à des fleurs accompagnées de devises. alternant avec des fleurs de leurs couleurs, mais fort convenues, comme il est ordinaire  à des fleurs accompagnées de devises. " Cet aspect "fort convenu" explique que l'auteur n'en donne "qu'une simple indication". Il les décrit  dans l'ordre suivant :

 

Coté de l'escalier

Coté du jardin. 

Coté de la Chambre du Roi.

Coté de la cour.

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 Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

 

 

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Je reprendrai cet ordre de description pour, négligeant les figures des Muses et des Dieux,  étudier le corpus de devises associées aux plantes. Vingt fleurs sont représentées, au dessous d'une banderole où s'inscrivent quelques mots latins dont le sens excite ma curiosité : sont-ce des citations de poèmes ? Des sentences gnomiques ? Sont-ils liés aux figures qui les encadrent ? Se réfèrent-ils à des connaissances botaniques, ou font-ils allusion aux propriètaires du château , le comte Henri Hurault et son épouse Marguerite (tiens !) Gaillard de la Morinière ? Ou aux amours de la marquise de Montbras ?

 

Je m'informe au préalable des armoiries et de la devise de la maison Hurault : D'or, à la croix d'azur, cantonnée de quatre soleils non figurés de gueules. Devise: GERTAT MAJORIBUS ASTRIS. 

J'ai attribué aux plantes un numéro en chiffre romain. Beaucoup de panneaux sont cachés par des meubles ou des armures, ou placés à l'obscurité. Sans éclairage  ni pied, effectuées lors d'une visite du château comme touriste, les photographies sont médiocres : je présente les panneaux que j'ai réussi à photographier. 

 

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LES VINGT LAMBRIS BOTANIQUES À DEVISES.

 

Entre Terpsichore et Clio avec une lyre : 

I. Trois tulipes.

Tulipe de Gessner.
 

NIL NISI FLORE PLACET.

"Rien ne me plaît sinon cette fleur". Allusion à la tulipomanie qui atteint son apogée en 1637 en Hollande, et vingt ans auparavant en France. La tulipe a été introduite aux Pays-Bas puis en en Europe depuis la Turquie par Charles de l'Escluse, chargé du jardin de l'empereur à Vienne,  en 1593. Les premiers bulbes furent plantés dans le jardin botanique de Leyde. Les tulipes "cassées", "marbrées" ou "flammées" étaient très appréciées. On sait aujourd'hui que ces anomalies sont dues à la présence d'un virus, le polyvirus, dont on ne peut dire à l'avance s'il sera ou non transmis dans le bulbe ni à quelle forme de fleur il donnera naissance. En 1634, Amsterdam est prise de délire, et une folie spéculative s'empare de la population. Plantés entre juin et septembre, les bulbes de tulipes fleurissent entre avril et mai de l'année suivante, et ce décalage dans le temps donne naissance à un marché à terme très sophistiqué, avec une hausse de 5900% de 1634 à 1637, en trente-six mois. Au plus haut de la spéculation, un bulbe de Semper Augustus, la tulipe la plus recherchée, vaut alors  10 000 florins, soit l'équivalent de 5 hectares de terres ou le prix d'un beau palais sur un canal prisé d'Amsterdam.

 Voir l'article Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie

, et l'article du Monde http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/05/tulipes-quand-les-bulbes-degenerent-en-bulle_3457521_3234.html#4CaIB7GMaJmVv0l7.99 

On notera la ressemblance (ou les différences)  entre la tulipe flammée rouge et blanche du panneau de Cheverny, et la Semper Augustus :

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Le premier européen à décrire les tulipes, sous le nom de "lis rouge" ou "lis turquois", fut Pierre Belon dans la 3ème partie de son Voyage au Levant, les observations de Pierre Belon du Mans, de plusieurs singularités et choses mémorables, trouvées en Grèce, Turquie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges, édité en 1553 . (Anna Pavord, The Tulip, 2014). Il mentionne que "les turcs les portent dans un repli de leur turban". Lors de la seconde description, celle de Ghiselin de Busbecq, cette coutume fut la cause d'une confusion à l'origine du nom "tulipan" qui donnera "tulipe".

En 1559, Gessner vit la première tulipe dans le jardin du conseiller Herwart à Augsburg. Il fit en 1557 une aquarelle d'une "tulipa turcarum", mais la première planche illustrée de tulipes parue dans son  De Hortis Germaniae Liber  paru en 1561. On les signale ensuite à Anvers en 1562, en Flande en 1583, à Leyde en 1590, à Middelburg et à Lucerne en 1598. L'Hortus Eystettentis, catalogue du jardin du prince-évêque d'Eichstätt J.C. von Gemmingen en 1613 en signale également. 

Les premières tulipes françaises sont signalées en 1599 à Montpellier, puis en 1611 dans le jardin de Nicolas Fabri de Peiresc, à Belgentier, au nord de Hyères. Elles figurent sous 100 variétés dans le Catalogue du marchand René Morin à Paris  dès 1621 (mais John Evelyn signale en 1651 que Morin en possède 10 000)  Le Catalogue du jardin du château de Blois ne les mentionne qu'en 1655. En 1654, Charles de la Chesnée-Monstereul fait paraître à Caen "Le Floriste français, traitant de l'origine des tulipes" suivi pages 208-250 d'un catalogue des noms de tulipes, d'Agate à Zurandale.

 

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Tulipes, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Tulipes, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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Tulipes, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Tulipes, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— II. Des œillets.

PERII NON MARTE, SED ARTE.

"C'est l'Art, et non Mars, qui m'a fait mourir."

« Par la culture, les pétales des œillets se multiplient 

au point que le calice, ne pouvant les contenir, se rompt de chaque coté ».La peinture de Mosnier en représente trois doubles dont l'un, corps de la devise, a son calice ouvert et laisse échapper la fleur.

 

 

Pas d'image personnelle, emprunt au site grenouilledenosvillages :

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—Une figure avec une mandoline et une couronne de laurier.

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—III.  Trois Narcisses. (Narcisse jaune, Narcisse des près, Narcisse-trompette)

[Narcissus pseudonarcissus]

MEI NON PERDIDIT ARDOR.

"L'amour de moi-même m'a perdu". La devise se réfère clairement à Narcisse, héros des Métamorphoses d'Ovide : fils du fleuve Céphise et de la nymphe Liriope, ce chasseur tomba amoureux de son propre reflet dans une fontaine, négligea l'amour que lui portait Echo, et mourut de se mirer.

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Narcisses, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Narcisses, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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Uranie avec un globe.

Une fausse porte, qui se trouve en face de la porte de la Chambre du roi.

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COTÉ JARDIN.

—Sur le mur, une Femme avec un caducée, puis...

IV. Trois Soucis.

[Calendula officinalis]

QVAE NON MORTALIA COGIS [?]

"A quoi ne contrains-tu les cœurs mortels ?".

Citation partielle du vers de l'Énéide de Virgile Quae non mortalia pectora cogis? des funérailles de Polydore Enéide III, 56.

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Soucis,  lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Soucis, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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—Première fenêtre. 

V. Trois Iris de jardin.

Trois fleurs, dont l'une en bouton, l'autre, au centre, en pleine inflorescence, et celle de gauche très pâle voire blanche.

CALIDISSIMA NASCOR IN VNDIS.

"Je nais brûlante (calidissima) dans les ondes" , ou "Je brûle, et cependant je nais au sein des eaux". La Saussaye identifie ici un Iris des marais et justifie cette devise par le fait que "la racine produit un suc caustique". Il ne peut s'agir de l'Iris pseudacorus ou Iris jaune des marais, car la fleur peinte ici est bleue, correspondant, s'il s'agissait d'une plante aquatique, à Iris versicolor. Mais celle-ci est originaire d'Amérique du Nord. Je pense qu'il faut voir dans cet Iris  Iris pallida (pallida, "blême, pâle"), ou l'un de ses très nombreux cultivars, les Iris de Jardin.

La devise pourrait s'appliquer à Aphrodite, née de l'écume de la mer. 

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Iris,  lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Iris, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— Sur le mur entre les fenêtres , l'allégorie de la Peinture, puis

VI. Rose à cent feuilles

LATE DIFFVNDIT ODORES.

"Elle exhale ses parfums au loin".

Pas d'image.

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—Dans la deuxième fenêtre.

VII. Un Tournesol ou Héliotrope Helianthus annus.

ARMA GERO COMITIS.
"Je porte les armes d'un comte".

Allusion aux armes de Henri Hurault, comte de Cheverny : d'or, à la croix d'azur cantonnée de quatre ombres de soleil de gueules.

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Tournesol, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Tournesol, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— Après la fenêtre vient un mur portant l'allégorie de la Musique puis un panneau floral :

VIII. Une Gentiane des marais   [Gentiana pneumonanthe]

PARVA LICET COELORUM GESTO COLORES.

"Quoique petite, je porte les couleurs du ciel".

 

Gentiane pneumonanthe,  lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Gentiane pneumonanthe, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— On parvient à la troisième fenêtre donnant sur le jardin.

IX. Bignone ou Trompette de Virginie.

[Campsis radicans.]

ADVENA CHARVS HOSPITIO.

"Etranger[e], mais digne de l'hospitalité". La plante est bien étrangère, puisque ce sont les premiers colons de la Virginie, au sud-est de l'Amérique, qui la firent parvenir en Angleterre puis dans le reste de l'Europe vers 1640. Elle est donc toute récente alors lorsque Mosnier la peint, mais elle provoque l'adimration et elle est "digne de l'hospitalité";   ; " En peignant cette plante, récemment importée d'Amérique, Mosnier prévoyait qu'elle serait l'ornement des jardins ".

 

 

 

Bignone, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Bignone, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— Sur le mur sont peintes deux ancolies.

X. Deux ancolies, l'une rouge et l'autre rose.

[ Ancolie des jardins, espèce horticole du genre Aquilegia]. La forme commune et botanique est bleue violacée. Aquilegia formosa est une espèce rouge et jaune, originaire d'Amérique du Nord .

NIL METVAS ARMATA CVCVLLIS.

"Ne crains rien armée de capuchon". Selon La Saussaye, " l'ancolie, formée de pétales en cvapuchon, est le symbole de l'hypocrisie, que l'on trouve parfois figurée avec un capuchon sur les vélins et des figures satiriques du Moyen-Âge". L'ancolie était aussi une plante magique aux vertus aphrodisiaque. A contrario, dans l'Hortus conclusus ou "jardin enclos, elle accompagne de ses clochettes la Vierge Marie dont elle signe la virginité, ou la douleur (ancolie/mélancolie). Ses cinq pétales sont comme les cinq colombes du Saint-Esprit, d'où son om anglais de Columbine, et ses feuilles trilobées témoignent de la Trinité.

La devise pourrait recevoir une interprétation bien plus triviale dans les jeux de l'amour et ses dangers  .

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Ancolies, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Ancolies, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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Ancolies, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Ancolies, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Le coin de la Salle est moins accessible au photographe.

— Sur le mur, la figure de l'Arithmétique puis

XI. Des crocus ou safrans cultivés.

[Crocus sativus]

CALCATVS LAETIOR EXIT.

verbe calco, as, are, avi, atum : "fouler, piétiner".

"Foulé, il s'élève plus radieux".

Ce motto reprend une affirmation de l'Histoire Naturelle de Pline Livre XXI : Gaudet calcari, et attari, pereundoque melius provenit,  "Le safran, étant couché en terre, se trouve très bien d'être battu et foulé aux pieds ; et cette pratique, qui semblerait mener à sa destruction, l'améliore". Cet avis est puisé du  grec Théophraste, Peri phytôn historia ou Histoire des plantes, Livre VI, chapitre 6. Cet ouvrage du III-IIe siècle av. J.C a été traduit en latin par Théodore Gaza à Lyon en 1552: gaudet calcari, et ita melius evadit...

Matthiolus (Pietro Andrea Mattioli) avait aussi cité cette propriété du Crocus dans le Livre I de son  Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis (1544) en reprenant textuellement les mêmes termes latins.

http://www.biodiversitylibrary.org/item/95493#page/185/mode/1up

On peut envisager que cette devise ne soit pas seulement une docte affirmation botanique, mais puisse possèder un double sens érotique. 

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Crocus, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Crocus, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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COTÉ DE LA CHAMBRE DU ROI.

XII. Campanules bleues (grande espèce).

[Campanula latifolia ? trachelium ? ]

ET SIGNVM CAMPANA DABIT.

"Et la cloche donnera le signal". Allusion, selon La Saussaye, à la cloche qui dans les châteaux, donne le signal du repas. Allusion aussi à la forme en clochette et au nom de la fleur (campana, ae : "petite cloche"). La formule latine est citée dans la Régle de la Société de Jésus  en 1607, par Ignace de Loyola et m'évoque les cloches qui rythmes les offices dans les couvents.

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Campanules, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Campanules, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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COTÉ DE LA COUR.

XIII. Amarantes rouges  et roses (spiciforme).

FORMAM POST FVNERA SERVO.

"Ma forme après la mort subsiste".

Les fleurs de l'amarante conservent leurs formes longtemps après avoir été cueillies. "Amaranthus vient du nom de cette plante en grec ancien, ἀμάραντος, « amarante ou immortelle », nom formé du préfixe privatif a-, « sans », sur le verbe qui signifie « flétrir, se faner » : en effet, l'amarante a la réputation de ne pas se faner, et pour cette raison, représente un symbole de l’immortalité. Certaines espèces sont d'ailleurs utilisées dans les bouquets secs. "(Wikipédia)

Pas d'image personnelle, emprunt au site lagrenouillevie de nos villages.

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Jupiter.

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XIV. Pensées.

Viola bicolor.

QVAE NON SE IACTAT IN AVLA.

"Celle-ci ne se plaît pas à la cour".

 La Pensée est le symbole de la méditation. L’homme méditatif,  le philosophe sincère, n’ambitionne qu’une modeste existence. 

Pas d'image personnelle, emprunt au site lagrenouillevie de nos villages.

 

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— Première fenêtre sur la cour :

XV. Lis jaunes et blancs.

AMAS LILIA GALLVS ERIS.

"Tu aimes les lis, [puisque] tu es français".

 

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Lis, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Lis, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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Lis, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

Lis, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographies lavieb-aile.

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— Sur le mur, Le dieu Mercure. Puis

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XVI. Anémone des jardins.


CAESVS ADONIS APRO.

"Adonis victime d'un sanglier".

Adonis, tué à la chasse par le dieu Mars, qui l'attaqua sous la forme d'un sanglier, fut changé en une anémone par Vénus. 

Pas d'image

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—Dans la deuxième fenêtre sur cour :

XVII. Des pivoine doubles.


Paeonia officinalis

ALCIDAE VINCO LABORES.

"Je triomphe des exploits d'Hercule". Péon, médecin des dieux, guérit Pluton, blessé par Hercule, avec la plante nommée depuis paeonia

Pas d'image.

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—Sur le mur, le dieu Mars.

XVIII. Une Fritillaire ou Couronne impériale.

 

Fritillaria imperialis.

PARIT ILLA CORONAS. "Celle-ci produit des couronnes". Les périanthes de la Fritillaire sont disposées en couronne autour de la tige.

Pas d'image.

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—Troisième fenêtre sur cour .

XIX. Le Lis martagon.

[Lilium martagon].

VOCAT IN CERTAMINA MARTIS. "Il est un gage de bataille", ou "Aux jeux sanglants de Mars celui-ci nous appelle".

Jeu de mot relatif au nom du lis martagon, qui traduit en latin, pour donner une âme à la devise, offre ce sens : Champ de Mars, champ clos, lice (Martis agon).

 

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Lis martagon,  lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

Lis martagon, lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

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— Sur le mur :

XX. Une Giroflée des murailles ou Violier jaune ou Ravenelle.

 Erysimum cheiriCheiranthus cheiri.

SENSVM FLECTIT VTRVMQVE. "Elle flatte l'un et l'autre sens". La plante est agréable à la vue et à l'odorat, et l'essence de Giroflée est utilisée en parfumerie.

Pas d'image personnelle, emprunt au site lagrenouillevie de nos villages.

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Deux figures allégoriques pour terminer.

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 lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

 lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

lambris à motto de Jean Mosnier (vers 1640-1650), Salle des Gardes, Château de Cheverny, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

Un corpus de 20 plantes et de 20 devises est rassemblé dans cette Salle des Gardes.

1. Les plantes.

Leur peinture alterne avec celle des Dieux romains et des Muses (ou des Arts).

Les 20 plantes sont :

  • La Tulipe, Tulipa.
  • L'Oeillet, Dianthus.
  • Le Narcisse, Narcissus.
  • Le Souci, Calendula.
  • l'Iris.
  • La Rose, Rosa.
  • Le Tournesol Helianthus.
  • La Gentiane pneumonanthe Gentiana.
  • La Bignone Campsis.
  • l'Ancolie Aquilegia.
  • Le Safran Crocus sativa.
  • La Campanule, Campanula.
  • L'Amaranthe Amaranthus.
  • La Pensée Viola bicolor.
  • Le Lis Lilium.
  • L'Anémone.
  • La Pivoine Paeonia.
  • La Fritillaire Frittilaria imperialis.
  • Le Lis martagon Lilium martagon.
  • La Giroflée de murailles Erysimum cheiri.

Ces plantes à fleurs sont bien des fleurs ornementales dignes des jardins d'un château du XVIIe siècle, et peuvent refléter la composition de celui de Cheverny, qui devait s'ennorgueillir de posséder une belle collection de plantes rares ; ce sont peut-être les plus beaux spécimens qui ont servi de modèles.

En-effet, dès la fin du XVIe siècle, un trafic international de fleurs rares s'est établi, par un réseau s'étendant des Pays-Bas et de l'Angleterre jusqu'à l'Allemagne, la France et l'Italie. Au début du XVIIe siècle, les fleurs les plus recherchées sont la Hyacinthe Hyacinthus orientalis (60 variétés sur le catalogue de Paris de 1636), les Narcisses (108 variétés), les Iris (47 variétés), les Anémones (44 variétés) et les Tulipes (14 variétés), et les Renoncules de Tripoly.  La passion des "Fleuristes" à obtenir de nouvelles variétés panachées va entraîner une inflation du nombre de variétés, principalement pour les Anémones et les Tulipes : au milieu du XVIIe siècle, ce sont 400 à 500 variétés de tulipes qui figurent dans les catalogues français. Les Anémones, cultivées en France depuis 1596, étaient presque aussi  recherchées, notamment les anémones pluchées (di velluto en italien) aujourd'hui disparues. Le duc de Sermonta, Francesco Gaetani, en possédait 29000, de 230 variétés différentes.

Cette passion est alimentée par des marchands célèbres dans toute l'Europe. A Paris s'est établi derrière la Charité le cabinet de Curiosité, le jardin et le magasin de René Morin, qui publia son catalogue en 1621 : il comprend 100 variétés de Tulipes, 24 Renoncules, 38 Iris et 27 Anémones. "Les trois frères Morin, Pierre (l’aîné), René et Pierre (le jeune) héritent de leur père (Pierre) le goût des fleurs, qui ont fait la prospérité de la famille : le grand terrain où le père exerçait son métier de jardinier était sis rue de Thorigny".  Son fils Pierre le jeune lui succède.  Robert Morin, frère de René,  publie en 1653/1658 les Remarques nécessaires pour la culture des fleurs, et le catalogue des fleurs du jardin de Pierre Morin

 Le lyonnais Jean-Baptiste Dru, herboriste du roi, publia son Catalogue des plantes, tant des tulipes que des autres fleurs à Lyon en 1633 et 1653.

Gaston d’Orléans (1608-1660), duc d'Orléans. troisième fils d'Henri IV  et de Marie de Médicis, et frère de Louis XIII, a fait entretenir, en plus du jardin parisien du palais d'Orléans,  un grand jardin botanique au château de Blois où il est exilé. Ses intendants, les botanistes Abel Brunyer, Laugier, puis Robert Morison, et Marchant, dressent même un catalogue des plantes qui y sont cultivées ; ce dernier connut trois éditions:

  • la première par le médecin Abel Bruyner : Hortus regius Blesensis, Pariiss Ant. Vitré, 67 pages. On compte parmi 1516 plantes   11 sortes d'anémones, 4 sortes de campanules, 2 Couronnes impériales,9 Lis, 13 narcisses, 18 roses, 
  • la deuxième en 1655 par Abel Bruynel : Hortus regius Blesensis, Pariiss Ex typographia Antonij. Vitré, Christophe Merret, 106 pages. Il comptait 2232 espèces, dont 200 plantes exotiques, 23 anémones, 9 aquilegia, 8 campanules, 8 crocus, 19 iris, 11 lis, 3 couronnes impériales, 26 narcisses, 6 tulipes sous le nom tulipa dont la tulipa turcarum  de Gessner. 
  • la dernière en 1669 par Robert Morrisson, successeur de Bruynel à la tête du jardin de Blois : Hortus regius Blesensis auctus, eum notulis durationis et charactismis plantarum tam additarum quam non Scriptarum, Item plantarum in eodem horto blesensi : Aucto contentarum et guibus accesère observationes generaliares, Londoni, Th Roycroy, 499 pages., Ant. Vitré, 67 pages : Hortus Regius Blesensi auctus). Les especes de tulipes sont toujours au nombre de six et les narcisses au nombre de 26.

Pour documenter sa collection de plantes, Gaston d’Orléans fait réaliser des dessins et peintures d’après le naturel à partir de 1630. Jusqu’à sa mort en 1660, il crée et enrichit ainsi une collection de gouaches et aquarelles sur vélin en engageant des peintres à Blois. Nicolas Robert est le plus célèbre et a fourni des peintures d’une grande finesse. À la mort de Gaston d’Orléans en 1660, la collection compte cinq grands in-folio remplis de peintures sur vélin, représentant fleurs, plantes rares et oiseaux. Voir Collection des vélins du roi au Muséum d'Histoire Naturelle.

Cette collection botanique de Gaston d'Orléans au chateau de Blois concerne directement notre sujet, d'une part en raison de la proximité de Blois avec Cheverny (15 km), mais aussi en raison des liens entre la Grande Demoiselle, duchesse de Montpensier et fille de Gaston d'Orléans et Cécile-Elisabeth Hurault de Cheverny, héritière de Cheverny à la mort de son père Henri Hurault en 1648. Elle avait été élevée dans l'entourage de Mlle de Montpensier, qui appréciait son « aimable compagnie ». Il est probable qu'elle s'inspira de Blois pour diriger le développement des jardins de Cheverny et commander ces lambris botaniques (si on les estime postérieurs à 1648). Ces lambris seraient alors des sortes d'équivalents des Vélins de Gaston d'Orléans. 

Voici quelques vélins de Nicolas Robert représentant les mêmes fleurs qu'à Cheverny :

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Notre n° I, Tulipes : suivre ce lien.

 

Notre n° X :Les Ancolies : Aquilegia vulgaris : 

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Notre n° XII, la Campanule : neuf planches.  

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Notre N° XIII, La Grande Amaranthe. Amaranthus maximus femine nigro.

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Notre n° XVIII, La Couronne impériale Corona imperialis phaenicea / Corona imperialis Dod. Pempt : (Voir aussi  trois autres planches

 

 

 

 

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2. Les devises.

Parmi les 20 devises, l'une est clairement reliée aux propriétaires du chateau, les comtes de Cheverny : Arma cero comitis. Beaucoup d'autres sont liées aux caractéristiques visuelles ou olfactives de la plante, ou, comme pour le crocus, à des données savantes de la littérature de l'Antiquité. Trois se rapportent à la mythologie : celles du Narcisse, de la Pivoine ou de l'Anémone. Si celle du Souci reprend un vers de l'Enéide de Virgile, toutes les autres sont des créations originales.

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3. Un sens caché ?

Si on admet que ces panneaux ont été commandées par  Cécile-Elisabeth Hurault de Cheverny, on peut se poser la question du sens caché de ces devises soit comme des épithètes qui s'appliqueraient à la chatelaine, soit comme des motto à valeur érotiques ou, du moins, de messages amoureux dans le style codé du rabutinage. La comtesse de Cheverny, née en 1623, de Henri Hurault, comte de Cheverny, et de Marie Gaillard, sa seconde femme,  mourut en 1695. Elle devint marquise de Montglas en épousant en 1645 François de Paule de Clermont, (mort en 1675). Mais surtout, elle fut la maîtresse de Roger de Bussy-Rabutin, pendant 6 ans, avant de l'abandonner dans la disgrâce. Ce dernier en était devenu amoureux pendant l'hiver 1653, et en traça  le portrait dans La Guerre amoureuse des Gaules (écrit en 1660) sous le nom de Bélise  : "Belise a les yeux petits, noirs et brillans, la bouche agréable  le nez un peu troussé, les dents belles et nettes" . A partir de 1670 environ,  le comte Roger de Bussy-Rabutin fait décorer de nombreuses pièces de son château de très nombreux tableaux accompagnés de devises, représentant une vaste fresque caustique de l’histoire de France et de son époque, de la cour de Versailles, de sa vie militaire et amoureuse, portraits de ses amies dont sa belle cousine, des grands hommes de guerre et de lui-même en lieutenant général des armées du Roi... On y trouve le portrait de la Marquise de Montglas. à gauche de celui de Bussy-Rabutin (coté cœur) avec une inscription qui suppose, pour être décryptée, d'avoir lu Pétrone, l'Arioste et La Fontaine et de savoir que la Matrone d'Ephèse (Pétrone, Satyricon,  La Fontaine FablesLivre X) est une jeune veuve licencieuse, Joconde (La Fontaine, Contes) voit sa femme le trahir avec un valet et Astolphe par un nain.

 

Au Rez-de-chaussée, dans  l'actuelle Salle des devises, on lit  : Si me mira me miran, une fusée avec la devise De l'ardore l'ardire ("De mon ardeur vient ma hardiesse") ; un jet d'eau "Haut par sa haute origine" renvoie au maître des lieux, et un cliel plein d'étoiles à ses malheurs amoureux : Qu'importe leur nombre si l'une manque". Une ruche renvoie à la devise du comte : "La douceur naturelle, , l'aigreur  étrangère".

Six devises se rapportent à Cécile : on trouve son visage dans un croissant de lune, toujours changeant, sous forme d'une ingrate Fortune (ambo leves, ambo ingratae), ou en sirène qui attire pour perdre, en arc-en-ciel insaisissable, en hirondelle qui fuit le mauvais temps, et sur le plateau d'une balance, plus légère que le vent. 

 

 

 

Elle organisait de fastueuses réceptions au Château de Cheverny où paraissait son amie "La Grande Demoiselle",  la cousine germaine de Louis XIV qui nommait le château : "Le Palais Enchanté". Maintenant que j'ai montré que la marquise partageait avec son amant le goût des devises, que les dates indiquent que les devises de Cheverny n'ont pu trouver leur modèles dans le château bourguignon de Bussy-Rabutin, il reste à mentionner que des auteurs ont pensé qu'au contraire, les devises de Bussy-Rabutin pourraient alors apparaître aussi, entre autres sens possibles, comme un commentaire souvent caustique de celles de Cheverny. S'expliqueraient alors, par raillerie, l'emblème de l'oignon et sa devise  « chi me mordere prangere ».

Munis de ces informations, nous pouvons relire les devises comme des messages échangés dans les jeux de l'amour, soit pour se rapporter directement à Cécile, soit dans des sens plus équivoques que chacun pourra trouver plaisir à imaginer, comme dans la série qui va de la Bignone à l'Amarante.

 

Tulipe.  NIL NISI FLORE PLACET. "Rien ne me plaît sinon cette fleur". 

Oeillet. PERII NON MARTE, SED ARTE. "C'est l'Art, et non Mars, qui m'a fait mourir."

Narcisse. MEI NON PERDIDIT ARDOR. "L'amour de moi-même m'a perdu". 

Souci QVAE NON MORTALIA COGIS [?] "À quoi ne contrains-tu les cœurs mortels ?".

Iris. CALIDISSIMA NASCOR IN VNDIS. "Je nais brûlante dans les ondes" , 

Rose. LATE DIFFVNDIT ODORES. "Elle exhale ses parfums au loin".

Tournesol . ARMA GERO COMITIS. "Je porte les armes d'un comte".

Gentiane. PARVA LICET COELORUM GESTO COLORES. "Quoique petite, je porte les couleurs du ciel".

Bignone ou Trompette de Virginie. ADVENA CHARVS HOSPITIO. "Étrangère, mais digne de l'hospitalité".

Ancolie. NIL METVAS ARMATA CVCVLLIS. "Ne crains rien armée de capuchon".

Crocus. CALCATVS LAETIOR EXIT. "Foulé, il s'élève plus radieux".

Campanule. ET SIGNVM CAMPANA DABIT. "Et la cloche donnera le signal". 

Amarantes FORMAM POST FVNERA SERVO. "Ma forme après la mort subsiste".

Pensées . QVAE NON SE IACTAT IN AVLA. "Celle-ci ne se plaît pas à la cour".

Pivoines . ALCIDAE VINCO LABORES. "Je triomphe des exploits d'Hercule".

Couronne impériale. PARIT ILLA CORONAS. "Celle-ci produit des couronnes".

Lis martagon . VOCAT IN CERTAMINA MARTIS. "Il est un gage de bataille", ou "Aux jeux sanglants de Mars celui-ci nous appelle".

Giroflée. SENSVM FLECTIT VTRVMQVE. "Elle flatte l'un et l'autre sens".

 

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Après la rédaction de cet article, j'ai eu la chance de lire la communication de Gabriele Quaranta consacrée à l'étude de ce cycle botanique pour le 10e colloque international de la Society for Emblem Study. . Bien entendu, il s'agit d'une réflexion d'une toute autre volée, multipliant les relations entre ces panneaux et les tapisseries de L'Histoire de Vénus et Adonis tendues dans la Salle des Gardes, avec des décors botaniques d'autres châteaux (Château de Grolleau ; Chambre des Fleurs d'Ancy-le-Franc en Bourgogne, et, en littérature, avec la fameuse Guirlande de Julie du duc de Montausier (1631), ou avec le Jardin et Cabinet poétique de Paul Constant (1608), etc, etc...

Cela démontre que le sujet abordé ici est d'une richesse remarquable, mais qu'aujourd'hui, il est encore en bouton : plein de promesses.

 

SOURCES ET LIENS.

— CHENNEVIÈRES-POINTEL (Charles Philippe (marquis de.)), 1850, Recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de l'ancienne France, tome second, Paris, Dumoulin, https://archive.org/stream/bub_gb_SS4DAAAAQAAJ#page/n161/mode/2up

— MONTAIGLON (Anatole de ,) 1850, Les peintures de Jean Mosnier de Blois: au Château de Cheverny J.B. Dumoulin, 1850 - 20 pages.

https://books.google.fr/books?id=0eQVAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

— QUARANTA (Gabriele), 2014,  “Floral Emblems or Botanical Decoration? The Paintings of the “Salle des Gardes” of Cheverny in the Context of early seventeenth-century French Emblematic”.   10e Colloque International de la Society  for Emblem Studies, Kiel. Non publié. : je remercie G. Quaranta de m'en  avoir communiqué le texte.

— SAUSSAYE (Louis de la Saussaye,), 1862 et 1867,  « Blois et ses environs. Guide artistique et historique dans le Blésois et le Nord de la Touraine» .Blois, Paris

https://archive.org/stream/bub_gb_FxctAAAAYAAJ#page/n363/mode/2up/search/mosnier

— site lagrenouilleviedenotrevillage  : 

http://lagrenouilleviedenosvillages.blogspot.fr/2015/04/Florilege-Jean-Mosnier-Chateau-Cheverny.html

 

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