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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 12:38

L'arbre de Jessé de l'église de La Ferrière (22). Les vitraux et les statues.

 

I. Présentation

   Succédant à un premier édifice, qui avait été donné à l'abbaye de Marmoutier (Tour) par l'évêque de Saint-Brieuc en 1128, et qui fut incendié par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans, l'église Notre-Dame de La Ferrière date du XIV-XVe siècle ; elle est en forme de croix lattine avec adjonction à l'aile nord d'une chapelle communicant avec cette aile. elle a été reconstruite en 1767 (clocher), 1770 (nef), 1889 (choeur et transept). Elle porte les armes des Rohan.

  Les vitraux actuels se répartissent sur cinq baies : un arbre de Jessé de 1551 dans la chapelle nord, des scènes de la vie de la Vierge et de celle de sainte Anne dans la baie d'axe du choeur, et trois scènes de la vie de sainte Barbe datant de 1546 dans trois baies sud de la nef.  Mais ils n'occupent pas leur emplacement d'origine, et ont suivi les aléas des transformations successives. Restaurés en 1804 par la fabrique, celle-ci ne put réunir, en 1845, les 600 frs nécessaires à une nouvelle remise en plomb, et  en 1855,  J.H  Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy mentionnent qu'ils trouvèrent, "quelques débris épars dans l'église et le village" qui leur permirent de reconstituer trois verrières, l'arbre de Jessé, la vitre dédiée à Marie et à Anne, et le vitrail de sainte Barbe; en 1899-1900, la chapelle sud dite chapelle saint-Laurent fut abattue ainsi que le chevet, avant d'être reconstruits : c'est de cette époque que date la dispositions actuelle, due à la restauration du verrier Laigneau de saint-Brieuc.

  

  .

Source :  

  • Françoise Gatouillat et Michel Hérold, Corpus Vitrearum Les Vitraux de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes 2005.
  • René Couffon, Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Les Presses Bretonnes Saint-Brieuc 1936, pp. 136-142, link
  • Je n'ai pu consulter Annie Clément, Les vitraux du XVIe siècle de La Ferrière dans les Côtes d'Armor et l'atelier de Michel Bayonne. Mémoire de maîtrise : Histoire de l'Art, Rennes 2, 1996. 
  • GLAD, site du Service Régional de l'Inventaire de la DRAC Bretagne, La Ferrière, Le mobilier de l'église  http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=PALISSYIM22002675 

 

II. L'arbre de Jessé.

  Placè en 1900 dans la chapelle nord, il fut alors restauré (vraisemblablement par l'atelier Laigneau, qui réalisa alors un vitrail de saint Laurent pour la nouvelle chapelle sud), puis déposé en 1948 lors de travaux de maçonnerie avant d'être replacés en 1951 après leur restauration par l'atelier Hubert de Sainte-Marie.

  Il est formé d'une seule lancette en arc brisé que les barlotières divisent en 21 panneaux, et il porte en bas deux indications, la date de 1551, et la signature MB, interprétée comme étant celle de Michel Bayonne.

  a) Michel Bayonne est un peintre verrier de Rennes, auquel on attribue aussi les vitraux de Moulins, Beignon, Saint-Gondran (35).

 Voir  L' arbre de Jessé de l'église de Moulins (35).

L'arbre de Jessé de l'église de Beignon.


b) L'année 1551 :

   Elle correspond à l'ouverture de la seconde des vingt-cinq  cessions du Concile de Trente ; mais l'incidence sur les choix déterminant ce vitrail doit  être modeste, d'une part car les relations conflictuelles entre la France et l'Empire de Charles Quint  ( où se situe la ville de Trente) firent que le roi François II ne laissa pas les évêques français se rendre à la première cession.

   Elle se situe aussi dans une période de poursuite de la lutte contre le protestantisme par une série d'Édits royaux représsifs. Luther s'oppose aux représentations qui font de Marie une Reine, et s'en prend notamment à la virga Jessé, la Vierge qui apparaît depuis le XV-XVIe siècle en nsommité des arbres de Jessé comme la Fleur Divine à la place du Christ en croix des arbres de Jessé du XII-XIVe.

  Début de la Contre-Réforme, période d'intransigeance contre le protestantisme, l'année 1551 est aussi en France en lien avec une crise gallicane et un conflit entre le roi et le pape Jules III.

  La Bretagne, à cette date, est réunie à la France depuis à peine 19 ans.

  

 

                         arbre-jesse 4110c

      Six premiers panneaux : Jessé endormi entouré de deux prophètes.

arbre-jesse 4142c

 

 

  Ayant déjà présenté l'arbre de Jessé de Moulins et celui de Beignon, par le même artiste, qui reprend la même disposition et les mêmes cartons de personnage, je m'attarderai ici plutôt à rechercher les différences, ou les éléments spécifiques.   J'ai placé les clichés correspondants de Moulins, puis de Beignon.

  Un prophète (Isaïe ou Jérémie)

Inscription Ecce virgo concipiet et pariet filium qui cite Isaïe 7, 14.

arbre-jesse 4111cc vitraux-arbre-de-jesse 4450c   beignon 5661c 

       Jessé, endormi à l'entrée de sa tente ; inscription Jessé. 

arbre-jesse 4111ccc  vitraux-arbre-de-jesse 4451v beignon 5659c

 

Deuxième prophète.

 Inscription Egredietur virga de radicce Jessé et flos de [radice ejus ascendet], Isaïe 11,1.

arbre-jesse 4111cccc vitraux-arbre-de-jesse 4452c beignon 5660v


Commentaires.

  L'arbre-livre : Les trois personnages, Isaïe, Jérémie et Jessé, tiennent des livres : l'arbre de Jessé ne naît pas seulement de Jessé lui-même. Ses racines, ce sont les livres eux-mêmes, et les Phylactères qui en portent les inscriptions. De même qu'il n'y a pas de lignage sans mémoire, pas de généalogie sans registres, la religion chrétienne n'est rien sans Livre ni Transmission. Tout, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, se base sur l'accomplissement d'une promesse divine : promesse à Noé, promesse à Abraham en Genèse 12, 1-7 : "Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père. Va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction." Promesse faite à Moïse, celle de la Terre Promise. Et à coté de ces promesses territoriales, les très nombreuses promesses de progéniture : celle des Chênes de Mambré, Gen.18 1-15 qui fit tant rire Sarah ("j'ai pourtant passé l'âge de l'maour, et mon seigneur est un vieillard"), qui préfigurent la promesse (dans les apocryphes) par laquelle Anne accouchera de Marie, et celle de l'Annonciation par laquelle toute la généalogie de Jessé s'accomplira par la naissance du Christ.

  Il faut souligner par un effort de représentation cet notion d'un arbre enraciné dans les pages du Livre et s'élevant jusqu'au Verbe, un arbre dont les branches ne se distinguent pas vraiment des phylactères prophétiques, dont la sève est faite de lettres et de mots proclamés, dont les feuilles sont celles que l'on feuillette.

  Les femmes cachées.

   On considère trop rapidement que l'arbre de Jessé est la représentation de l'incipit de l'évangile de Matthieu, passage écrit pour des juifs afin de les convaincre de la descendance davidique de Jésus. Mais les versets 2 à 5, qui précèdent l'énumération des rois de Juda, disent :

   "Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda engendra Pharès et Zara, de Thamar, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram, Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naasson, Naasson engendra Salmon, Salmon engendra Booz, de Rahab, Booz engendra Jobed, de Ruth, Jobed engendra Jessé, Jessé engendra le roi David. David engendra Salmon, de la femme d'Urie."

  Quatre femmes sont mentionnées, Thamar, Rahab, Ruth, et Bethsabée.

  • Thamar est la belle-fille de Juda, celle qu'il a choisi de donner comme épouse à son fils Er. A la mort de celui-ci , c'est, selon la loi du lévirat, Onan le frère d'Er qui doit l'épouser, mais celui-ci refuse de féconder la veuve et il meurt à son tour. C'est alors Chela qui devrait l'épouser, mais Juda s'y oppose : flouée, Thamar décide de se déguiser en prostituée et attire Juda dans son piège. Enceinte, elle donne à Juda deux jumeaux, Perets et Zerah ou Zara, l'ancêtre du Christ.
  • Rahab est une prostituée de Jéricho, ville où elle abrite deux espions de Josué poursuivis par la police ; cela lui vaut d'être sauvée lors de la prise de la ville ; plus tard, Sâlmon, fils de Naschson épouse Rahab qui lui donne un fils, Booz.
  • Ruth est une étrangère au peuple hébreu, une Moabite qui a épousé un émigré venant de Béthléem ; devenue veuve, sa belle-mère Naomi lui donne la liberté de revenir chez les siens, mais elle choisit de suivre Naomi qui rentre à Bethléem. Là, elle épouse Booz, fils de Salmon et de Rahab comme nous l'avons vu, et elle en eut un fils nommé Obed.
  • Bethsabée est la femme d'Urie le Hittite, un des généraux du roi David. Celui-ci l'observe lors de son bain, la désire et envoie Urie se faire tuer au combat, puis épouse Bethsabée. Salomon est né de cette union.

        Matthieu résume en fait la fin du Livre de Ruth 4, 19-22 tout en mentionnant le rôle des épouses : Perets engendra Hetsron ; Hetson engendra Ram ; Ram engendra Amminabad ; Amminabad engendra Naschson ; Naschon engendra Salmon ; Salmon engendra Boaz ; Boaz engendra Obed ; Obed engendra Isaï (Jessé) ; Isaï engendra David. Il rappelle ainsi que David, et le Christ, descendent de quatre femmes particulières : l'une prostituée, l'autre déguisée en prostituée pour séduire son beau-père, la troisième étrangère (non juive), la dernière au coeur d'une relation adultère et homicide...

     "En dessous" de Jessé et de son arbre, dans les couches plus profondes de la généalogie du Christ, placé "hors cadre" de tous les arbres de Jessé (ou peut-être suggéré par le personnage de la Démone des arbres sculptès), la prostitution et l'adultère. Ou plutôt la ruse de Thamar retournant le jugement de Juda contre lui-même et l'acculant au pardon ;   le jugement d'un être par ses oeuvres et par sa foi, Rahab préfigurant Marie-Madeleine ;  l'accueil de l'étrangère dévouée Ruth qui devient ancêtre des rois de Juda ; et la relation adultérine et meurtrière David-Bethsabée pardonnée et bénie après que la la faute ait été rachetée.

  Là encore, on peut voir soudain ce qui ne figure que par défaut dans ce vitrail apparaître clairement : quatre femmes portant les quatre pieds du fauteuil où Jessé s'est endormi . Thamar . Rahab .  Ruth . Bethsabée. 

  Cet arbre que j'imagine désormais, avec à sa base les Livres pleins d'histoires cocasses, de personnages picaresques, d'aventures dynamisés par une sexualité vivante, plurielle, sans complexe, j'aimerais bien le renverser ; partant du récit d'une femme qui renonce à la sexualité pour concevoir son enfant sans passer par l'ouverture risquée à l'autre et par la perte de l'intégrité de soi, partant de cette parthénogenèse ( parthéno = vierge/ genèse = naissance) dressant en apothéose le couple exclusif mère-enfant, l'arborescence se développerait, rencontrant ces rois pies ou impies mais toujours truculents qui, assis à califourchon, raconteraient leurs frasques et leurs combats ; David accompagnerait à la harpe son fils Salomon chantant les couplets coquins de son Canticum canticorum,  Jessé se réveillerait, il pousserait la chanson à son tour, et enfin les quatres femmes, en en riant encore, raconteraient leurs déguisements, leurs nuits d'amour, et les hommes gentiment bernés... Nous serions loin de la vierge et de son bébé, nous serions dans les tribus, dans les grandes tribus pleines de bruits et de tumultes et Noé aurait tellement bu qu'il faudrait encore que Cham, Seth et Japhet  le rhabillent. 

 

  Mais c'est une autre histoire que La Ferrière nous amène à raconter : celle de la conception virginale de sainte Anne, puis celle de la Vierge, puis le martyr de sainte Barbe qui se refuse au mariage et a fait voeu, comme Marie, de rester vierge à jamais.

 

 

      Les six panneaux sus-jacents :  six rois de Juda.


arbre-jesse 4143c

Salomon 

Il présente, d'un beau geste, un passage de la Bible : sans-doute dans l'un des livres dont on lui attribut la paternité, comme le Cantique des Cantiques mais hélas, nous ne savons pas ce qu'il désigne ainsi.

arbre-jesse 5612c  

vitraux-arbre-de-jesse 4453v beignon 5655cc

David

On remarquera l'utilisation de verre rouge gravé.

arbre-jesse 5613c 

vitraux-arbre-de-jesse 5831c  beignon 5663c

      Ézéchias

  Toujours gaillard, en tenue de combat (cuirasse légère), le sabre au coté. Mais bizarrement glabre.

arbre-jesse 5614c beignon 5662cBeignon

 

 

 

Josaphat :

 

arbre-jesse 5616c

 

      Roboam :

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Asa

arbre-jesse-4112cc.jpg

 

Les neuf panneaux supérieurs.


arbre-jesse 4144c

 


    1; A gauche, Amon (en bas) et   Josias  :


Amon

  Glabre lui-aussi.(restauré ?)  Au dessus de sa tête, la main de Josias m'a intrigué.

arbre-jesse 5615c

 

  En effet, cette main semble contenir des grains blancs que l'on retrouve sur la manche : lié à l' attaque du pigment par l'acide chlorhydrique libéré par des micro-organismes, cet effet m'a permis de rêver d'une image pleine de charme et de sens, où les larmes se transmettraient de génération en génération comme des perles précieuses. Les artefacts sont, parfois, les ailes les plus sûres de nos songes.

  arbre-jesse 5615c c

 

 


Jozias

  Le Corpus Vitrearum signale que la tête des rois des panneaux sommitaux latéraux sont dus à la restauration de Laigneau. Cela concerne donc Jozias et Jéconias.


arbre-jesse 5619v

 


      Au milieu, Joram

drôlement perché dans l'arbre et tourné vers Joatham qui lui lance un regard malicieux en lui faisant signe de son index de venir le voir. 


 

arbre-jesse 5620c

 

Jéconias

  Il s'agit, je l'ai dit, d'une restauration de Laigneau (1900). Le roi de Juda a une tête de seigneur du début de la Renaissance, la main gauche est... maladroite, la couronne semble plus propre à venir se poser sur la tête de Blanche Neige que sur celle d'un roi de Palestine. Enfin, le verre et ses pigments semblent avoir été beaucoup plus vulnérable à cette lèpre du vitrail que nous constatons ici.

  Pourtant, cette image est intéressante puisque la présence de Jéconias crée un écart par rapport aux arbres de Jessé précédents (Moulins et Beignon). Je rappelle que la séquence généalogique donné par l'Évangile de Matthieu, et qui sert de base à l'iconographie des arbres de Jessé, est : David - Salomon - Roboam - Abia - Asa - Josaphat - Joram - Osias - Jotham - Achab- Ézéchias - Manassé. (à la suite desquels viennent dans la liste Amon - Josias - Jéconiah). C'est celle qui est respéctée à Beignon et Moulins.

  A La Ferrière, nous avons  David - Salomon - Ézéchias - Josaphat - Roboam - Asa -  Amon - Jotham- Ozias - Jozias -  Joram  - Jéchonias : à la place de Abia, Achab et Manassé nous trouvons les trois successeurs de Manassé Amon, Josias et Jéconiah. 

  Cela peut être ne peut être dû à un choix de l'artiste, qui doit respecter le programme du commanditaire : cela relève donc soit du commanditaire, soit d'un restaurateur. Les trois rois Abia, Achab et Manassé ont pu être écarté pour leur impiété, qui est attestée, mais pourquoi alors mettre à la place Amon, fils de Manassé qui fut aussi impie que son père ?

  Ici, la tenue vestimentaire de Jéconias est celle d'Abia sur le vitrail de Moulins, et d'Ozias sur celui de Beignon, avec cet élément ventral à trois franges, et une bourse.

 

 

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A Moulins  (personnage de gauche) :  vitraux-arbre-de-jesse 5834c

 

    A Beignon :beignon 5666c

 

La Vierge :     

  Elle est, comme à Moulins, "issant d'une corolle végétale" entourée de nuées, et remettant à son Fils un fruit ; mais l'oeuvre est moins belle qu'à Moulins, la Vierge est coiffée de son manteau qui forme voile, et Jésus marche en faisant le tour de la corolle florale...

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Les deux anges en adoration sont altérès.

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II. La maitresse-vitre de la Baie 0 :

site du Service Régional de l'Inventaire :  Maîtresse-vitre :  http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=PALISSYIM22002605

    Elle est composée de deux lancettes et d'un tympan à un oculus et deux écoinçons. La lancette de gauche, divisée en trois registres est consacrée à la Vierge ; celle de droite, partagée en deux registres, se consacre à sainte Anne, ou plus précisément à la conception et à la naissance de la Vierge. Ce qui fait que l'ensemble de la verrière raconte une Vie de la Vierge. 

   Jadis, ces panneaux étaient répartis dans deux baies différentes de la chapelle sud ; c'est l'atelier Laigneau qui les a rassemblés vers 1899 dans la baie d'axe du choeur, tout en procédant à de larges restaurations.

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1. La lancette de gauche.

  Elle est formée par trois ensembles qui correspondent tous à la fête de l'Assomption le 15 août.

a) Registre inférieur : Dormition de la Vierge

Le Corpus signale quelques restaurations, surtout dans la partie gauche, et un ange bleu du XVe placé en bouche-trou.

Inscription BRE/NO sur la base de la colonne de gauche : René Couffon y voit, sous la forme NObre, l'abréviation de Novembre.

Sur la base de la colonne de droite, inscription de la date de 1551.

Sur l'architrave, inscription SVRGE . AMICA . MEA . ET .  VENI.

C'est le titre d'une oeuvre de Palestrina datée de 1563; Surge Prospera Amica mea et veni est un des motets de Roland de Lassus (1532-1594).

Les paroles sont extraites du Cantique des Cantiques 2 :10b-13 " (Le figuier a montré  ses fruits, la vigne en fleur a répandu ses parfums, ) lève-toi, ô ma bien-aimée, ô ma plus belle, et viens".

  La Vierge endormie est entourée de onze apôtres, dont saint Pierre qui semble lire un office, tandis qu'un autre tient un encensoir. Au ciel, le Christ Sauveur entouré d'anges en adoration s'apprète à accueillir sa Mère.

maitresse-vitre 4114c


b) Registre médian : Assomption de la Vierge.

2 panneaux de gauche et deux panneaux de droite refaits, ainsi que les panneaux contenant la Vierge, restaurés partiellement.

L'inscription indique ASSUMPTA EST MARIA IN C(A)ELUM C'est une antienne  grégorienne (Assumpta est Maria in caelum gaudent angeli, laudantes benedicunt Dominum) ou le titre d'une Messe de Palestrina.

maitresse-vitre 4115cm

 

c) Registre supérieur : Couronnement de la Vierge.

 De très nombreuses parties ont été restaurées. 

  Traditionnellement, Marie ne doit pas figurer (Wikipédia) dans le triangle tracé par les trois déités de la  Trinité, pour montrer qu'elle conserve sa nature humaine. Ici, elle semble au centre d'un cercle formé par Dieu le Père, les anges et le Christ. 

maitresse-vitre 4116c

 

 

 

2. La lancette de droite : Conception de Marie par Anne.

  La fête de la Nativité de la Vierge a lieu le 8 septembre ; elle est précédée 9 mois auparavant par la fête de l'Immaculée Conception. Cette fête de la Conception de la Vierge du 8 décembre a été instituée en Orient dès le VIIe siècle, puis en Angleterre au XIIe siècle, puis dans le reste de l'Occident sous l'influence des Franciscains malgré l'opposition de Bernard de Clairvaux et des Dominicains. En 1439, un décret du Concile de Bâle affirme l'immaculée conception mais ce concile est considéré comme schismatique et le décret non valide. Après des positions favorables, Sixte IV publie une bulle Gravis Nimis de 1483 interdisant désormais toute prise de position pour ou contre la conception immaculée de la Vierge. Néanmoins, la fête du 8 décembre est maintenue.


A) Registre supérieur : Annonce aux époux.

  Il comporte deux parties : 

maitresse-vitre 4118c

 

a) L'annonce faite à Joachim.

avec l'inscription qui court sur les deux parties : "Co(mm)e(n)t l'ange parut à Joachim et  à Anne et leur dict qu'ils auroient lignée."

  C'est un beau vitrail, où Joachim qui s'est retiré dans le désert avec son troupeau après avoir été mis à l'écart de la communauté hébraïque en raison de sa stérilité, reçoit la visite de l'ange lui annonçant que son épouse Anne va enfanter. La posture de Joachim et son costume (dont on peut remarquer qu'il ne présente pas d'éléments franchement sémites ou cultuels marquant le judaïsme de Joachim) sont admirables, mais ce sont d'avantage les trois bergers  qui recueillent l'attention, ainsi que le paysage  traité en grisaille bleutée. Celui-ci rappelle la présence de la ville, et du temple dont Joachim a été chassé. Parmi les trois bergers, l'un joue de la cornemuse, ce qui donne un témoignage sur la facture de cet instrument en 1551 : les musicologues y remarquent "un bourdon d'épaule court et relativement cylindrique, avec pavillon, et un hautbois de taille et forme sensiblement semblables".

   La scène est tirée, via la Légende Dorée, du Protévangile de Jacques :

   "Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçu en son sein. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : "Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple."


maitresse-vitre 4136c

 

 

 

b) L'annonce faite à Anne :

  Anne est vêtue d'une guimpe, et d'un manteau de la même étoffe que le manteau de Joachim, ce qui est touchant. Par la fenêtre, elle peut voir un paysage à fabrique, qui peut évoquer le lieu où se trouve Joachim. Enfin, Judith sa servante se réchauffe au feu de la cheminée. 

 Au début du récit, Anne pense que Joachim est parti pour toujours : elle était stérile, la voilà "veuve" par surcroit : le Protévangile nous donne à lire des Lamentations dignes de celles de Job :

   " Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. "J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité !". Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : Jusqu'à quand te désespereras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner car je ne suis qu'une servante et il porte un insigne royal." Anne lui dit :" Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute."

  Et Judith la servante dit : "Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israêl !". Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : "Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac". Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passeraux dans le laurier ; aussitôt elle se remit à genoux "las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.

   " Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend grâce, Seigneur".

  Et voici qu'un ange du Seigneur parut, disant : Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et on parlera de ta postérité dans la terre entière."

  Anne répondit : "Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie."

 

  Commentaires : 

    L'annonce faite à Anne prend le relais de la prophétie d'Isaïe qui fonde l'Arbre de Jessé : l'annonce "on parlera de ta postérité dans la terre entière" rejoint  la prophètie "et voici qu'un surgeon naîtra de la racine de Jessé ". Dans les deux cas, c'est l'annonce faite à un personnage assez agé d'une postérité. Mais la particularité, c'est la réaction d'Anne qui, au lieu de rêver de ses petits enfants, arrière-petits enfants sur sept générations, consacre son enfant au service de son Dieu. Le voue-t-elle exactement à la virginité et au célibat ? Ce serait un comble, après s'être tant lamentée de sa stérilité.


maitresse-vitre 4135c

maitresse-vitre 5630c

 

 

 

B) Registre inférieur : concrétisation de l'annonce .

  Là encore, deux scènes sont placées côte à côte.

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a) La rencontre des époux à la Porte Dorée.

Inscription : La re(n)co(n)tre de Joachim et An(n)e ala porte dorée.

 

   "Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne attendait aux portes de la ville. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se supendit à son cou et s'écria : Maintenant je sais que le Seigneur m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

   "Le lendemain, il apportait ses offrandes : "Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révèlera." Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m'a fait grâce et m'a remis tous mes péchés." Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et il rentra chez lui. "

 

Commentaires :

  La tradition considère qu'Anne a été enceinte avant même de retrouver son époux (par l'effet de sa foi) ou par la seule étreinte échangée à la Porte Dorée (l'une des deux portes de la muraille Est de Jérusalem) : la Vierge Marie est donc conçue de façon virginale.

  On voit que l'enjeu est différent pour Joachim, et que ce qui compte pour lui, c'est d'être dégagé de la disgrâce que réalisait la sterilité de son couple, considérée comme une désapprobation divine et donc lièe à ses fautes. Il avait été mis au ban de sa communauté, mais désormais "justifié", il y retrouve sa place. C'est un enjeu social avant d'être un enjeu personnel et généalogique.

  Ce vitrail est pour moi le plus beau de ceux de La Ferrière. Les deux personnages secondaires, Judith à droite et le berger à gauche, sont pleins d'intêret.

maitresse-vitre 4133c

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b) La naissance de Marie.

Inscription : C(omm)e(n)t anne enfanta . nostre dame.

   "Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. "Qu'ai-je mis au monde?" demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : "Une fille". Et Anne dit : "Mon âme a été exaltèe en ce jour !". Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie." (Protévangile de Jacques)

  De même que nous avons pu voir des représentations de "Vierge couchée",  Vierges couchées de Bretagne : Le Yaudet, Guiaudet et Kergrist., nous avons ici l'illustration d'Anne accouchée, en post-partum immédiat : quatre femmes sont venus l'assister, dont l'une lui présente un bouillon, l'autre fait sêcher les linges devant le feu, tandis que deux autres donnent à l'Enfant-Marie son premier bain. 

  On notera la date de l'accouchement : sept mois après les retrouvailles des époux, ce qui indiquerait une conception deux mois auparavant, lors de la visite de l'ange. Autre argument pour la conception virginale de la Vierge.

  

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3. Le tympan.

il comporte un décor ornemental et, dans l'oculus, Moïse (par Laigneau ?) habillé en grand-prêtre, face aux tables de la Loi.

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Commentaires :


 


III. Le vitrail de sainte Barbe.

 

  Il s'agit de trois baies cintrées de la façade sud de la nef (Baie 6, 8 et 10), où des verrières à losanges de verre blanc contiennent chacune une scène de la vie de sainte Barbe.

  Le vitrail d'origine date de 1546 et se trouvait  dans la chapelle nord jusqu'à ce que, entre 1874et 1897, le recteur le fasse déplacer. Puis en 1899, les vestiges de cet ensemble dédié à sainte Barbe sont "tassés" dans la baie 2, sans-doute par Laigneau. En 1961, l'atelier Hubert de Sainte-Marie dépose les éléments de cette baie 2 et les répartit en 1968-1969 en trois baies : les vitraux sont alors largement complétés, et insérés dans une verrerie moderne. 

  La comparaison s'impose avec le vitrail de l'église de Moncontour consacré à la Vie de sainte Barbe, et lui aussi légendé de manière identique.

1. Baie 6 : Décollation de sainte Barbe.

Inscription : Son père la mit à mort.

  Le visage de la sainte a perdu ses traits car la grisaille en est effacée. On remarque la présence du verre rouge gravée utilisée pour sa tunique.

  Je ne reprend pas la légende de sainte Barbe, que j'ai détaillée ici :  Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, Ste Barbe. Mais, éclairé par les remarques de J.F. Faü sur l'antijudaïsme des artistes chrétiens, je note que Michel Bayonne, sous prétexte de donner à voir l'origine orientale de Dioscore, riche paîen d'Héliopolis en Perse, a repris les détails vestimentaires des personnages de l'Ancien Testament de ses arbres de Jessé, et a ainsi donné à ce personnage de Méchant les traits discriminants et stéréotypés du Juif ; à fortiori pour le visage apparaîssant en arrière-plan.

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Baie 8 : Flagellation de sainte Barbe

Inscription (moderne ) : C(omment) . le . provost . la . fit . fouetter de . verges.

Au coin inférieur droit se trouve l'inscription Vitraux du XVIe complétés en 196.. par l'atelier HSM .

A nouveau, le corps de sainte Barbe a perdu sa grisaille.


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Baie 10 : Comparution de sainte Barbe devant son père.

Inscription : Devant le Roy son père.

Le Corpus Vitrearum signale que le panneau supérieur est entièrement moderne.

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IV. Commentaires sur le programme des vitraux.

  Décrire les trois verrières de l'église de La Ferrière n'est pas le plus difficile. Comprendre quelle est l'intention du commanditaire, et comment ces trois baies forment un ensemble cohérent obéissant à un projet théologique, voilà qui est plus complexe et plus aventureux. Je vais donner des éléments de réflexion plutôt que d'élaborer une théorie.

1. L'Arbre de Jessé.


  Je note déjà que l'Arbre de Jessé, en 1551, est un thème qui commence à décliner, pour disparaître complètement dans la seconde moitiè du  XVIIe siècle.

  Deuxièmement, ce motif iconographique, initialement destiné à illustrer la généalogie de Jésus, est devenu au XV-XVIe siècle une manière d'illustrer la généalogie de Marie : c'est elle qui apparaît désormais comme la fleur ultime de l'arbre, et dans la prophètie d'Isaïe " Et voici qu'une vierge engendrera et accouchera d'un fils", l'accent est mis sur le mot virgo, vierge, comme si la prophètie annonçait la Vierge plutôt que le fils. 

  Cela ne va pas sans un détournement du texte de l'Évangile de Matthieu, ni sans un écart de logique, puisque en Matthieu 1, 16 la liste des descendants de Jessé s'achève par "Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, qu'on appelle Christ." L'arbre de Jessé devrait placer, en sommité de l'arbre, Joseph, père légal de Jésus. L'arbre de Jessé n'est donc pas l' illustration du texte du Nouveau Testament, (comme dans les Bibles enluminées du XIIIe siècle) mais celle de la prophètie d'Isaïe sur la tige de Jessé et la fleur qu'elle produit. Il s'agit de montrer que la Vierge et le Christ réalise l'Ancien Testament, et que, comme l'affirme le Symbole de Nicée, c'est l'Esprit-Saint qui a parlé par les prophètes.

   Donc, la prophétie principale qui sert de racine à ce thème est Isaïe 7,14 Ecce virgo concipiet et pariet filium et le mot principal y est virgo, la vierge. Non seulement ce verset permet d'argumenter le rôle fondamental de Marie, mais il insiste sur la conception virginale du Christ par Marie.

  La conception virginale signifie que Marie a conçu son Fils par l'opération du Saint-Esprit, sans relation sexuelle. C'est bien différent de l'Immaculée Conception, qui stipule que Marie a été conçue sans hériter du péché originel. Ce fut un point  ardu et débattu pendant tout le Moyen-Âge. L'arbre de Jessé tardif (XV-XVIe) est considéré par Émile Mâle, ou par Jean Fournée en Normandie, comme appartenant à l'iconographie propre aux "immaculistes", surtout lorsque la Vierge y est représentée par exemple au dessus du croissant de lune  comme la Femme de l'Apocalypse.

   Cet Arbre de Jessé renvoie aussi au thème de la Parenté auquel appartiennent aussi Parenté de Jésus, Sainte Trinité, Sainte Parenté d'Anne et de ses trois maris, Trinité féminine assoçiant Anne, Marie et Jésus (Anne trinitaire), généalogie de l'ascendance féminine de Jésus avec Esmérentie la mère d'Anne, etc...

  Enfin j'ai pu y voir la problématique des rapports entre Ancien et Nouveau Testament, traités comme rapports d'opposition avec rupture entre la Loi et la Foi, et s'inscrivant dans les relations entre l'Église (et la société) et le Judaïsme ou comme rapports génésiques comme dans la typologie biblique développée par les Pères de l'Église, où la royauté des rois de Juda préfigure celle du Christ ou plutôt ici celle de la Vierge.

  Dans cette polysémie de l'Arbre, les deux autres verrières permettent-elles de privilégier un axe particulier ? La première évidence est que la "marialisation" de l'Arbre s'y trouve confirmée. La seconde, c'est que c'est le thème de la virginité qui crée un lien-navette entre les oeuvres.

  2. la verrière de la Vie de la Vierge.

  Elle confirme l'importance donnée au personnage de Marie et à sa "divinisation", puisqu'elle culmine dans le couronnement de la Vierge, qui crée un lien entre la royauté de David et de ses decendants, et celle de la Reine des Cieux. 

3. La verrière de sainte Anne.

  Elle vient mettre l'accent sur le thème de la Parenté, mais surtout sur celui de la conception virginale de Marie par Anne : Anne devient enceinte par l'oeuvre de l'Esprit-Saint. Au Moyen-Âge et à la Renaissance, on distingue deux conceptions : la conception active ou charnelle durant l'acte générateur, et la conception passive ou spirituelle durant laquelle l'âme "infuse" dans l'embryon ;  le péché originel est contracté soit par l'acte sexuel, soit lors de la spiritualisation . Une conception sans acte sexuel peut être considérée comme autorisant une conception "immaculée", sans inoculation du péché originel.

  Ce vitrail ne met pas l'accent sur la généalogie de Marie, alors que dans les textes apocryphes Joachim est signalé être "de la maison de David". 

4. La verrière de sainte Barbe.

  Classiquement invoquée contre la foudre et les risques de mort violente, sainte Barbe, dans le contexte du programme de vitraux de La Ferrière, paraît plutôt comme l'exemple de la vierge martyrisée. Comme Marie, Barbe ou Barbara a renoncé à la vie sexuelle et au mariage pour se consacrer à l'amour divin. 

5. Conclusion.

 Le principe unificateur de ce programme de vitrail semble être l'apologie de la Virginité : "virgo-virga" d'Isaïe s'épanouissant dans la Fleur-Reine d'une Mère à l'Enfant, Vierge Marie élue comme Reine des Cieux, naissance merveilleuse dans le sein vierge d'Anne, ou vierge martyre.  La virginité est associée depuis toujours à la divinité : Hestia grecque, Vesta déesse romaine du foyer, Artémis-Diane lunaire et chasseresse... dans les liens complexes qui associe cette virginité avec la pureté et l'innocence.

 

 

 

V. Les statues.

 

Vierge à l'Enfant

Bois polychrome, XVIIe.


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Groupe de l'Annonciation.

  Ce groupe en kersantite date de la première moitié du XVe. L'ange Gabriel tient un phylactère portant les mots AVE MARIA, alors que la Vierge, aux très longs cheveux nattès, semble surprise dans sa lecture et se tourner vers l'intrus en disant : "Quoi ? Moi ?" A ses pieds, un vase contient le lys symbole de sa pureté. 

  Les statues étaient jadis peintes, et on voit encore des traces rouges, ocre et bleues (robe de la Vierge), bleu-vert (base), ou ocre (vase).

Malgré une facture bretonne, on remarque une influence extérieure, venue des Flandres.

 

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Notre-Dame de Ferrière

Statue romane du XIIe siècle en tilleul. La vierge assise tient l'enfant bénissant.

 

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Christ aux liens

Bois polychrome, XVIe siècle


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Saint Jean-Baptiste

Bois polychrome, XVIe-XVIIe

 

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 Sainte Emerance.

 Bois polychrome, XVI ou XVIIe

  J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait de sainte Emérentie, la mère de sainte Anne : 

   "Selon le rapport de Cyrille le Confesseur, Père Carme au Mont-Carmel, cette sainte ayant atteint l'âge nubile et voulant se marier, elle consulta sur ce sujet les ermites du Mont-Carmel qui firent des prières particulières pour savoir la volonté de Dieu ; dont trois étant en prières ravis en extase, virent un arbre dont sortaient trois branches. De la première sortait une fleur d'une odeur merveilleuse, des deux autres deux fleurs moindres en beauté que la première. Ensuite, ils entendirent une voix qui leur dit : "Cet arbre est Emérentie, qui doit être la source d'une génération admirable ; elle fut mariée à un homme juste nommé Stolan, de qui elle eut une fille nommée Ismélie, qui eût pour ses enfants Eliud et Elisabeth. Eliud eut pour fils Emin père d'Ennemercie de qui est venu saint Sératie, et d'Elisabeth, saint Jean-Baptiste. Ensuite Emérentie eut une seconde fille nommée Anne, laquelle étant arrivée à l'âge nubile ses parents lui firent épouser un homme riche nommé Joachim qui demeurait à Nazareth."

  Mais il s'agit de sainte  Émerance, jeune romaine qui fut lapidée par des païens en 304 alors qu'elle priait sur la tombe de sainte Agnès, dont elle serait la soeur de lait et qu'elle avait assisté pendant son martyre.

Une chapelle Sainte-Émerance existe à La Pouèze, en Anjou, où un pélerinage vient demander son intercession contre la colique, ou encore à Rochemeunier (Maine-et-Loire). Elle a une église à son nom à Pellouailles-les-Vignes. En Bretagne, on signale sa chapelle à Locméren-sous-bois (56), sa statue à Saint-Péran (35), datant du début du XIXe, à Hirel (35) ("sainte Émerence) milieu XVIIIe. A Bain-de-Bretagne, elle était invoquée par les nourrices en mal de lait, qui lui offraient de petits bonnets.

  Sous le nom d'Émérentienne, elle est enterrée en la basilique Sainte-Agnès-hors-les-murs à Rome, et on trouve son nom sur une croix dans la cathédrale d'Amiens. 

  Elle tient son tablier remplie de pierre, souvenir de sa lapidation.

  Un document polygraphié mis à la disposition des visiteurs dans l'église de La Ferrière donne la description faite par l'abbé Georges Dorange, ancien recteur, des oeuvres de son église : il signale qu'elle était vénérée par les femmes enceintes.




 

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Saint Germain

Bois polychrome, XVIIe. Il a perdu ses pieds, lesquels, malgré son nom, ne sont pas des boulevards.

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Sainte Barbe

Bois polychrome, XVIe siècle ; elle tient la palme du martyr et l'un de ses attributs, le livre ouvert témoignant de son érudition, mais il manque la tour à trois fenêtres. 

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La chapelle sud, celle que le recteur Dorange nomme "la chapelle aux hommes".

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Notre Dame de Bon Secours

Bois peint, XVIIe siècle

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Saint Roch

Bois polychrome, XVIIe siècle. inscription "Saint Rohc". 

Il porte le costume des pélerins allant à Rome, les "Romeux" ou Romieux (du latin Romaeus) et notamment le chapeau frappé des armoiries du Vatican, aux clefs de saint Pierre croisées sur fond de gueules. Théoriquement l'une de ces clefs est d'or symbolisant le pouvoir spirituel de l'Église, et l'autre est d'argent représentant sa continuité dans le temps.

  Je ne rappelle que très rapidement  que saint Roch, né en 1340 à Montpellier, devint médecin et soigna les lépreux notamment lors de son pélerinage vers Rome ; atteint de la maladie, il se retira à l'écart, mais un chien providentiel  lui apportait chaque jour un pain (ce chien tire son nom de saint Roch, c'est le "roquet"). Roch est toujours représenté montrant le bubon de peste de sa cuisse gauche. Ici, il a confondu sa droite et sa gauche. Il porte, bien-entendu, une "pélerine", un bourdon, et une besace.

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Saint Laurent

Bois polychrome, XVIe ; tenue de diacre, porte le livre et le grill de son supplice.

 

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Statue "de Saint Vincent Ferrier"

ou "saint Vincent Fairier" selon l'inscription. son ciboire le désignerait plutôt, selon l'abbé Dorange,  comme saint Pascal Bayon, franciscain espagnol du XVIe siècle célèbre pour sa dévotion envers l'Eucharistie. Le Pape Léon XIII l'a nommé patron des Congrès eucharistiques et des Confrèries du Saint-Sacrement.

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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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