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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 21:43

       Église Saint-Mériadec à Stival :

        Le vitrail de l'arbre de Jessé.

 

Voir aussi :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de Confort-Meilars.

L' arbre de Jessé de l'église de Moulins (35).

L'arbre de Jessé de l'église de Beignon.

L'arbre de Jessé de l'église de La Ferrière.


 

    La belle église saint-Mériadec de Stival (56) à Pontivy possède sous forme de fragments des vitraux du XVe siècle, et deux baies renfermant des verrières du XVIe siècle : la Passion, en baie 2, et un Arbre de Jessé, dans la maîtresse-vitre ou baie 0.

  Ces vitraux sont classés MH 1904. L'arbre de Jessé qui nous occupe est daté par estimation des années 1550, alors que la Passion est datée par une inscription de 1552.

 

  La baie 0 est composée de quatre lancettes trilobées de cinq panneaux chacune, et d'un tympan à cinq ajours.

                         arbre-de-jesse 7014c

 

I. Registre inférieur.

  On montrera ici huit panneaux puisque les trois personnages occupent indirectement la partie basse des panneaux A2 à D2.


arbre-de-jesse 6971c

 

   Jessé apparaît comme un vieillard très digne, vénérable mais plein de présence . Ni tout-à-fait assis ni allongé, il est installé sur une marche de ce qui pourrait être sa maison, accoudé à un rebord de colonnade, dans la posture qui lui est familière, le front ou la tempe droite supportés par la paume de la main droite ; et, comme toujours, il a interrompu la lecture du livre à fermoir dont il retient la page de la main gauche, et il songe. Ce songe semble doux et agréable, et les images qui se construisent au dessus de lui, nées de la fécondité de son imagination prophétique, ont tout lieu de le satisfaire, puisqu'il voit son fils David accéder à la royauté, agrandir le royaume, développer ses capacités artistiques, respecter plus ou moins les traditions religieuses et morales qu'il se préoccupe de lui transmettre, et transmettre le trône à un fils. Il voit, le chenu vieillard, l'éleveur de brebis de Bethléem, le fils d'Obed, le petit-fils de Ruth la Moabite (une étrangère)  une dynastie se développer comme un chêne dont il serait le tronc et les racines. Il se préfigure une descendance glorieuse sur sept fois sept générations, le chêne n'en finit pas de croître en rameaux droits et vigoureux, et, là-bas, dans la nébuleuse canopée des siècles des siècles, il lui semble deviner une vierge tenant un beau bébé. Une vierge, chair de sa chair, qui conserve toute la gloire et la perfection de sa virginité tout en donnant naissance à un fils extraordinaire (lorsque l'on songe, tout est possible), un plus que roi, le superlatif de tous ces souverains qu'il a engendré, un Roi des Rois. 

  Un vent doux caresse les boucles de sa barbe, agite les tresses rituelles de son vêtement, et sa chaleur l'assoupit un peu plus. Qu'il est bon d'être grand-père d'un roi, qu'il est bon d'être l'arrière-arrière grand-papa d'une vierge impeccable et du Messie ! Car il en est sûr, le boutchou tout là-haut dans les feuilles de chêne et les glands, va, ce sera le Messie.

 

arbre-de-jesse 7016c

 

  Voilà que Jessé voit surgir un personnage qui vient lui parler, et ses paroles, comme c'est amusant, s'enroulent comme un cerf-volant que le vent chaud emporte. C'est du latin, mais Jessé comprend tout comme si c'était de l'hébreu, ce rêve est vraiment épatant, il boit ces paroles comme du petit-lait, Et egredietur virga de radice iesse et flos de radice eus ascendet,  "un rameau sortira du tronc de Jessé, un rejeton surgira de la racine". 

  Et un autre, coiffé comme un nain de jardin, lui fait coucou derrière la couverture  et voilà qu'il parle lui-aussi, que le cerf-volant blanc se déroule comme une publicité tirée par un petit avion dans le ciel d'été : Ecce Virgo concepiet et pariet filium, c'est clair comme de l'eau de roche, Virga à gauche, "la tige", Virgo à droite, "la vierge", "Voici que la Vierge concevra et donnera naissance à un fils", c'est sûr, tout va se réaliser comme il l'a prédit ! Le roi n'est pas son cousin, au père Jessé. 

  S'il avait la vue plus perçante encore, il verrait que ces deux personnages se nomment Isaïe et Jérémie, des prophètes qui viendront des siècles après lui annoncer les bonnes nouvelles dont il a rêvé, et écrire le Livre qu'il tient, c'est merveille, ouvert sur les versets d'Isaïe 11, 1 et Isaïe 7, 14. 


arbre-de-jesse 7021c  arbre-de-jesse 7022c


II. registre moyen, huit panneaux .

  A l'étage du dessus, cavalièrement assis sur le toit du pavillon paternel (une simple bergerie, mais depuis le fameux rêve, Pépé Jessé a des goûts de riche), deux descendants de Jessé, David à gauche, qui ne quitte pas sa harpe, et l'un de ses petits fils à  droite. S'ils se penchaient, ils liraient AVE MARIA GRATIA PLENA, "Salut Marie, pleine de grâce", mais ces paroles sont destinées à rester cachées encore quelque temps.  A l'extrême gauche, c'est Salomon, en position de chevalier servant, l'index dressé vers la cime de l'arbre où il vient de voir sans-doute aussi le Divin Enfant : Bon sang, grand-papa avait raison!

 Les deux rois de droite ne donnent pas leur nom, mais il y a fort à parier qu'il s'agit de Roboam et d'Abia.

Au troisième étage vivent Ionas (3ème gauche) qui a mis son nom, puis trois rois bien fatigués des vicissitudes de la monarchie, puisque deux d'entre eux ont retiré leur couronne, jouant avec ou la portant en bracelet, alors que le dernier siège en turban. Trop épuisés aussi pour se raser, ils gardent des barbes longues comme celles des divinités marines des fontaines d'un jardin de Toscane, support en hiver de stalactites de glace et, en été de tapis de mousses insanes.

 

 

arbre-de-jesse 6972c

 

III. Registre supérieur, quatre panneaux.

  Nous voilà sous les combles, où habitent, dans l'arborescence prolifique du bon Jessé, les quatre derniers rois de Juda de cet arbre ; l'un indique le nom d'Abas. Chaque costume est somptueux, bien différent du voisin, et on retrouve des "attributs" ou caractéristiques présents sur les autres arbres de Jessé du Morbihan, comme l'épée et la dague de l'un, la manière de danser pied nus, le port de pièces d'épaules en forme de gueule, etc... qui nécessiteraient une étude en règle.

  Un exemple : le troisième roi, qui est imberbe, porte sur le bord de ses cnémides (plus savant que "protège-tibia") une inscription : (J)ULIEN.. et AMEN . Émouvant, non?

arbre-de-jesse 6973c

 

 

 

Abas : ressemblance avec le carton d'Ezechias (arbre de Jessé de Moulins) ou de Roboam (arbre de Jessé de Beignon). 

 

 arbre-de-jesse-7024cc.jpg

 

Remarquer la beauté des cnémides, et l'inscription qu'elles portent :

arbre-de-jesse-7025cc.jpg

 

arbre-de-jesse-7026ccc.jpg

 

IV Le tympan.

 

  Il me réserve deux surprises : la première est que la Vierge qui culmine dans ce vitrail est une vierge allaitante ; le détail est partiellement caché par la barlotière et m'avait d'abord échappé. La seconde est que l'artiste a repris le motif du "pavillon", cette "tente ronde ou carré terminée en pointe" et qu'on dresse lors des campagnes militaires ou pour les chevaliers après les joutes. Le terme vient du mot paveilun (XIIe siècle), "tente militaire", mais aussi de papillon : c'est une tente de campagne, dont les pans s'ouvrent comme les deux ailes d'un papillon, et dont le sommet se referme en entonnoir comme le pavillon d'un instrument de musique. Vers 1260 il désigne déjà aussi "un dais qu'on met sur l'autel" et si je donne ces explications, c'est à la fois pour mieux dégager la forme de ce dais rouge dont la cohérence est brisé par le réseau de maçonnerie, mais aussi pour montrer comment la reprise du motif de la tente de Jessé, dans ses montagnes arides de Juda, pour abriter solennellement la Mère de Dieu suit l'évolution sémantique. 

   Cela me paraît habile de la part du concepteur du vitrail de reprendre à nouveaux frais le motif initial : en bas, dans les lancettes, l'Ancien Testament développe son arborescence à partir de la tente de l'ancêtre mythique, sous ses couleurs et sous son pavillon. Puis, rupture et continuité, le Nouveau Testament trouve place dans le tympan, étendant les ailes d'un nouvel ordre, d'un nouvel engendrement, sous un autre pavillon tout semblable au premier.

arbre-de-jesse-7014c-copie-1.jpg

1. Les deux soufflets inférieurs.


Alors que deux prophètes (qui annonçaient l'avènement d'une vierge et de son fils) créaient l'ouverture de la Maison de Jessé, ce sont ici deux anges, splendidement dessinés, qui tiennent ouvert le dais majestueux et sacré qui abrite la Vierge. Répondant aux entrelacs de rameaux de l'arbre généalogique, un rinceau de feuilles de vignes ou d'acanthe détache ses ornements au jaune d'argent sur le velours ponceau. 

  Je mentionnerai ici la présence  des armoiries qui occupent la tête des quatre lancettes: ce sont successivement de gauche à droite celles de :

  • de Coëtlogon : de gueules, à trois écussons d'hermines (devise : A peb amser Coëtlogon, de tout temps Coëtlogon)
  • de Bahuno : de sable au loup passant d'argent surmonté d'un croissant de même.Les Bahuno du Liscouët, propriétaire du château de Kerdisson, avaient droit d'enfeu et de sépulture en l'église de Stival.
  • de  Lesquen : de gueules à un épervier d'argent, la tête contournée, membré et becqué d'or, accompagné en chef d'un croissant versé entre deux molettes, et en pointe aussi d'une molette, le tout du même.
  • de Lantivy : de gueules à l'épée d'argent en pal, la pointe en bas.(Devise : Qui désire n'a repos)

arbre-de-jesse-6969cc.jpg

 

2.Le soufflet supérieur et les deux ajours.

  On y voit le sommet tronqué du pavillon, deux anges présentant la couronne au dessus de la Vierge, un phylactère avec les lettres ECCEANU (Ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi, Voici l'agneau de Dieu), lequel est placé au dessus d'un enfant que cet inscription désigne comme étant Jean-Baptiste. Marie est vêtu d'une robe mauve ouvert en V sur la poitrine, s'évasant en col montant brodé et ourlé d'or,  et d'un manteau bleu. Elle présente le sein droit à l'Enfant-Jésus. En arrière-plan à droite des éléments architecturaux figurent peut-être une balustrade, composant d'une margelle sur laquelle la Vierge est assise.

Dans les ajours, les armoiries en éminence des Rohan à gauche (de gueules à neuf macles d'or, posés 3,3,3) et de Bretagne à droite.

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Published by jean-yves cordier
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