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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 22:45

La visite de Séville au XVIe siècle guidée par Joris Hoefnagel :

II. Vues de Séville dans le Civitates orbis terrarum, II : le volume IV (1588).

Voir :

Une visite guidée de Séville par Joris Hoefnagel dans le Civitates orbis terrarum . I. La Planche du volume I (1572) .

— Séville dans le volume IV: 2 (1588) :

C'est une gravure sur cuivre de 33.1 x 47.5 cm, colorée à la main, d'après un dessin du peintre flamand Joris Hoefnagel (1542-1600) réalisé entre 1563-1565, publiée dans le volume IV du Civitates orbis terrarum de Georg Braun et Franz Hogenberg paru en 1588 à Cologne.

Pour étudier correctement cette planche, accéder au site

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2.html

...et cliquer sur High Resolution.

 

Après la vue d'observateur, situé au nord-ouest, au sol du volume I,  le volume IV nous donne une vue d'oiseau de Séville, à partir d'un point de vue situé au sud-ouest . Le quart supérieur, consacré au ciel, porte le titre SEVILLA et trois blasons. Au milieu, une boucle du Guadalquivir contourne la forme en noyau d'abricot de la ville intra-muros. La partie inférieure montre les quartiers qui se développent sur l'autre rive.

Je décrirai la planche selon ces trois registres. Ce sera, comme précédemment, un patchwork d'informations puisés sur Wikipédia ou ailleurs.

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LES TROIS BLASONS.

1. Le blason de gauche est celui de Séville.

 

 http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9ville#/media/File:Escudo_de_Sevilla.svg

Il  représente, sous une couronne,  le roi Ferdinand III de Castille, conquérant de la ville en 1248, entouré de saint Isidore et de son frère saint Léandre qui furent tous deux archevêques de Séville aux VIe et VIIe siècles. La devise actuelle  de la cité n'a pas été inscrite par Hoefnagel. (La devise de Séville est NO 8 DO. Le 8 représente ici un écheveau de laine, madeja en espagnol. La phrase se lit donc : no madeja do, contraction de No me ha dejado, elle ne m’a pas laissé. Cette formule fait référence au roi Alphonse X le Sage, lequel, chassé du pouvoir par son fils Sanche, futur Sanche IV, en 1282, se réfugie à Séville, l’une des très rares villes de sa couronne à lui être restées fidèles face à son fils rebelle. Il y meurt en 1284.)

2. Le blason du centre est le blason impérial

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/57/Greater_Coat_of_Arms_of_Ferdinand_I%2C_Holy_Roman_Emperor.svg

C'est  celui de Ferdinand Ier (1556-1564), qui règne lors du séjour de Hoefnagel, plutôt que celui de Maximilien II (1564-1576), empereur lors de la parution des premiers volumes du Civitates,  et de Rodolphe II, (1576-1612), empereur lors de la parution de ce volume IV. Il est entouré du collier de l'ordre de la Toison d'Or. 

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3. A droite le blason...

n'est pas celui de Philippe II, roi des Espagnes de 1556 à 1598, mais est celui des  ducs de Medina-Sidonia, que je blasonnerai maladroitement ainsi : dans la  bordure, alternent les motifs   d'argent à lion d'or ( Léon), et  et  de gueules à castille d'or (la Castille) sous la couronne ducale ,et au centre, écartelé en sautoir, 1 et 4 d'azur à un chaudron d'or quadrillé de gueules à sept têtes de serpent de sinople ;  2 et 3,  d'argent à cinq hermines de sable en sautoir.  En espagnol, la description des armes des premiers ducs est plus facile : En campo de azur dos calderas jaqueladas de oro y gules, puestas una sobre otra, con seis cabezas de sierpe de sinople en cada asa, y bordura componada de Castilla y León. Timbrado de corona ducal. Plus précisément, ce serait ici les armoiries du 7ème duc de Medina-Sidonia, de 1550 à 1615, Alonso Pérez de Guzmán el Bueno y Zúñiga. Celui-ci avait été nommé chevalier de l'ordre de la Toison-d'Or en 1581, mais le collier ne figure pas ici, ce qui pourrait indiquer que la planche a été dessinée avant cette date.

Armoiries trouvées sur le net : celles des duc de Medina-Sidonia (Wikipédia) et celles (2), initiales,  de Guzman el Bueno : 

 

Blason de la commune de Castilleja de Guzman :


...

Une chaudière portant des têtes de serpents se nomment caldera gringolata en espagnol, et chaudron gringolé en français . Selon l'Académie, "gringolé : terminé en tête de serpent", vient du germanique geringel, dérivé de ring, "enlacement d'anneaux". Mais le Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg (on abrège en FEW) le fait dériver de gringole, ancien terme d'héraldique, signifiant « figure de serpent » , qu'il rattache à l'anc. verbe gringoler « dégringoler »; du mot néerlandais crinkelen « se boucler, serpenter ». (CNRTL) Le Trésor de la langue Française recommande d'aller voir "dégringoler" : j'y vais : "1595 desgringueler  « faire une chute ». Du. néerlandais crinkelen « friser, boucler (de cheveux) », faisant lui-même partie d'une famille germanique occidentale krink (krank, krunk) ayant le sens général de « tourner », cf. krinc, kringe « cercle, anneau » , kringel « cercle » krink « anneau, cercle », kringel « id. », m. néerlandais crinc,. kring « cercle ». La personne ou l'objet qui dégringole semble décrire des cercles successifs, contrairement à celui ou celle qui tombe en chute libre.

http://www.cnrtl.fr/definition/gringol%C3%A9  

http://www.cnrtl.fr/definition/d%C3%A9gringol%C3%A9

Le motif héraldique du chaudon, apparu au XIIe siècle sur les écus, signifiait que son propriétaire était un capitaine d'une compagnie d'arme, qu'il entretenait (avec les chaudrons) une armée. Et donc, qu'il était très riche et très puissant. Peu fréquent en France, il l'est d'avantage en Espagne comme marque de dignité des Ricos-hombres, équivalents de nos chevaliers bannerets.

Ce détour plaisant, cette gringole, ne doit pas nous faire oublier  notre homme. 

Selon Wikipédia, "Alonso Pérez de Guzmán el Bueno y Zúñiga, né le 10 septembre 1550 à Sanlúcar de Barrameda et mort en 1619, est un Grand d'Espagne, 7e duc de Medina Sidonia, et une des plus colossales fortunes de l'Europe du XVIe siècle. En 1588, à la mort d'Álvaro de Bazán, marquis de Santa Cruz, bien qu'il n'y connaisse rien en matière navale, le roi Philippe II d'Espagne le nomme commandant en chef de la Felicisima Armada (Très heureuse armada), dite Invincible Armada. Les raisons de cette nomination ne sont toujours pas connues. Medina Sidonia écrivit lui-même au roi pour lui rappeler qu'il n'avait aucune expérience militaire ou des affaires anglaises, qu'il était sujet au mal de mer et que ses dettes, aussi colossales que sa fortune, ne lui permettaient pas de contribuer personnellement à l'armement de la flotte. Le roi ne revint pas sur sa décision. [... ] Le désastre de l'armada doit se comprendre dans ce contexte. Pour autant, le roi refuse de relever le duc de ses fonctions d'amiral de la mer océane. "

La carte de Séville a été publiée en 1588, la même année que l'expédition de l'Invincible Armada menée par le duc Alonso Pérez de Guzmán. La carte a été dessinée par le néerlandais Hoefnagel, alors que cette Armada était destinée à tenter de reprendre le contrôle des Pays-Bas après la proclamataion d'indépendance des  provinces septentrionales, formant ainsi les Provinces-Unies. L'Angleterre soutint  les Républicains néerlandais. En représailles, Philippe II a prévu dès 1570 une expédition d'envahir l'Angleterre et de renverser le régime protestante de Elizabeth, mettant ainsi fin à l'appui matériel anglais  aux Provinces-Unies  et d'interrompre les attaques anglaises contre les intérêts espagnols dans le Nouveau Monde . Le roi a été soutenu par le pape Sixte V , qui a traité l'invasion comme une croisade, avec la promesse d'une subvention.  Alexandre Farnèse, gouverneur des Pays-Bas espagnols depuis 1577, et qui avait réussi la prise d' Anvers en 1585, devait réunir son armée et la faire embarquer sur des bateaux et rejoindre la flotte  partie d'Espagne, pour la conduire ensuite en Angleterre, afin de débarquer avec des soldats armés de canons espagnols apportés par l'Armada.

 

L'Armada partit de Lisbonne le 28 mai 1588  avec 30 000 hommes à bord dont 18 000 soldats, et a mis trois semaines pour atteindre La Corogne,  où Medina Sidonia écrivit à Philippe II pour lui laisser entendre que la partie initiale du parcours de Lisbonne avait révélé que l'Armada n'était pas capable de remplir le rôle que le roi lui avait assigné. Philippe II n'en n'a pas tenu compte, et à la mi-Juillet 1588, l'Armada embarqua pour l'Angleterre. Après la traversée du  golfe de Gascogne elle est arrivé au large des îles Scilly, le 19 Juillet 1588.

Comme le reste de l'Europe, Hoefnagel devait suivre cela de près. 

En mai 1588, les 130 navires de l'Invincible Armada quittent Lisbonne en direction de l'Angleterre. Dans un premier temps, la flotte espagnole doit rejoindre les côtes flamandes pour embarquer les 18 000 vétérans d'Alexandre Farnèse troisième duc de Parme, puis cingler vers l'Angleterre. Le 8 août 1588, la bataille de Gravelines conduit les espagnols à abandonner leur projet de débarquement en Angleterre, puis de mauvaises conditions météorologiques et l'absence de cartes des côtes anglaises ne permettent à la flotte espagnole de rentrer au port de Santander qu'après deux mois de navigation, mais avec la grande majorité (100 navires sur les 127) .

Ce contexte rend la carte de 1588 particulièrement intéressante à examiner à la recherche d'indices de son influence sur le dessin, et des sentiments de leur auteur. La carte a-t-elle été peinte par Hoefnagel lors de son séjour en 1563-65 et publiée telle quelle, ou bien a-t-elle été modifiée par des données récentes? Dès 1587 les services secrets anglais signalaient de vastes préparatifs dans les ports de Séville, Cadix et Lisbonne. 

A cette date, on peut aussi rechercher dans les rues et sur les Plaza l'ombre de Miguel de Cervantes : à partir de 1587, il est intendant pour l'Invincible Armada et est établi à Séville.  Il la décrit comme " el amparo de pobres y refugio de desechados , en cuya grandeza no solo caben los pequeños , pero no se echan de ver los grandes". Il exerça pendant quinze ans la fonction de commissaire royal aux vivres pour la flotte, parcourant toute l'Andalousie,  visitant les plus petites bourgades et observant pour son œuvre les mœurs originales des habitants, cultivateurs, pâtres, gitanos, pêcheurs ou  hôteliers comme Hoefnagel l'avait fait vingt ans avant.

 

 

 

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L'ARRIÉRE PLAN ET LA VILLE DE SÉVILLE.

Je me donnerai comme fil conducteur le thème la Maison de Guzman, et  la préparation de la Grande Armada 

1. La campagne environnante.

Sur l'horizon se détachent les silhouettes des édifices qui portent les noms de  6. Castilleia dela Cuesta ; 5. Castilleia de Guzman  ; 12  El Algaba; La Cruz .

 Dans les collines verdoyantes de l'arrière-plan serpentent quelques rares routes menant à quelques villages et surtout à des monastères :  Santa brigita ; Monasterio de S. Ysidoro ; Sevilla la vieia ; La Rinconada ; Santiponce ; Hospital del Duque de Alcal ;  ; Hermitta de S. Iusta y Rufina ; Monasterio dela trinidad ; Monasterio de S. Agustin ;  Guerta del Rei ; San bernardo.

  • Sevilla la vieja ..

...correspond à Italica, l'ancienne cité romaine fondée par Scipion. Elle  vit naître les empereurs Trajan et Hadrien et le poète Silius Italicus, sur les rives du fleuve Bétis (Guadalquivir), et qui fut ruinée lorsque le fleuve changea de lit. L'artiste représente l'amphithéâtre, troisième au monde par sa taille (157 m).  

cf. Morgado p. 411; il a été fondé en 1301 par Alonso Perez de Guzman El Bueno, le fondateur de la maison des Guzman, et son épouse Maria Alonso Coronel comme sépulture. Puis, il fut cédé à des moines cisterciens et, en 1568, confié à l'Ordre de Saint-Jérome. Il pouvait intéresser Hoefnagel car il a été, au XVIe siècle, l'un des premiers foyers de la Réforme en Espagne, où des livres interdits par l'Inquisition ont été lus et traduits, où le commerce des indulgences fut suspendus et le culte des images aboli. Le protestant Casiodoro de Reyna y devint moine en 1557, mais, inquiété et menacé, il s'enfuit à Genève (1558) puis à Londres (1559), alors que son image était brûlée à Séville en autodafé en 1561. En 1563, il se rendit à Anvers où il participa à la rédaction de la Bible Polyglotte, et en 1564, il s'établit à Francfort avec sa famille. En 1567, il publia le premier texte contre l'Inquisition, publié à Heidelberg. Il donna la première traduction de la Bible en espagnol à Bâle en 1569, à partir de manuscrits hébreux et grecs ; ces Sacradas Ecrituras sont mieux connues sous le nom de Biblio del Oso (Bible de l'Ours, car le frontispice, reprenant la marque de Matthias Apiarus,  montrait un ours cherchant à atteindre des rayons de miel). Celle-ci fut adaptée en 1602 par Cipriano de Valera et est connue comme la Bible de Reina-Valera. Ce protestantisme espagnol fut très sévèrement réprimé et en 1570, il était considéré comme totalement éteint.  

 

  • Castilleja de Guzman : ce village a acquis ce nom au début du XVIe siècle après avoir été acquis par la Maison de Guzman.

  • n°10 : El Mattadero :

...(de verbe matar, tuer): il s'agit des abattoirs, judicieusement placés en dehors de la ville : une route mène à la Porte de la Viande, Puerta de la Carne n° 34, puis à la Carnecerias (Boucherie) (cf. Morgado page 158). En 1757, Antoine Bruzen de la Martinière signale qu'on y égorgeait chaque jour soixante-dix bœufs non sans les avoir fait combattre au préalable contre le Dogues, "afin que leur viande en soit plus tendre". La tauromachie trouve ici ses origines, le puntillero chargé de donner le coup fatal dans une corrida étant initialement un employé du macelo (boucher)   « Les premiers et les plus anciens toreros à pied dont on ait des données documentaires proviennent dans leur immense majorité de l'abattoir sévillan. ».

...Voir Morgado page 148. "Les Caños de Carmona est le nom donné à un ancien aqueduc romain, restauré par les Almohades au XIIe siècle, qui conduisait depuis Alcalá de Guadaíra une grande partie de l'eau qui approvisionnait Séville. Il fut en grande partie détruit en 1912. L'eau empruntait d'abord des galeries souterraines, dotées de cheminées d'aérations,puis parcourait ensuite une quinzaine de kilomètres par des canaux souterrains avant de surgir à l'air libre à l'est de Séville. Elle franchissait les dernières centaines de mètres en direction du centre de la ville dans des canaux à l'air libre (dont le courant était utilisé par des moulins à eau) puis portée par 400 arches de briques , parfois sur deux étages, pour se terminer à la porte de Carmona. Le débit de l'aqueduc pouvait atteindre 5 000 m3. L'eau rejoignait alors celle provenant de la fontaine de l'Archevêque (fuente del Arzobispo, proche des portes del Sol et de Cordoba) et du Guadalquivir avant d'être distribuée dans la ville par des bassins et des fontaines." (Wikipédia)

2. La ville.

Au centre, la ville en amande est parfaitement circonscrite par les murailles datant de la période almoravide et almohade, doublées à l'intérieur par la Feria.

La Casas de Colon (4), que nous avons visitée sur la vue du volume I, voisine de la Puerta de Goles (26) et placée devant le Monasterio de la Cuevas, est ici mieux visible avec son jardin. Une mention indique Guerta de Colon, "Jardin de (Hernando) Colon", ce qui atteste de son importance.

Voir : Alfonso del Pozo Y BARAJAS Las huertas a la puerta de Goles.

L'intérêt principal de cette vue, par rapport à celle du volume I est certainement de procurer une bonne vision du port en aval du pont de Triana. On y compte une trentaine de navires, des galères pour la plupart, avec quelques caravelle. A droite se voit, devant la Torre dellas Muelle, une machine à mâter. 

Bien que cela soit l'aspect le plus instructif de cette vue, je ne la détaillerai pas, car le lecteur pourra trouver une étude approfondie ici : 

María del Carmen Mena García, 1998,  Sevilla y las Flotas de Indias: la Gran Armada de Castilla del Oro (1513-1514) :

https://books.google.fr/books?id=ewQp0Kj2MAkC&pg=PA240&lpg=PA240&dq=torre+dellas+Muelle+sevilla&source=bl&ots=0xZb3VAxHJ&sig=nqNLRN7KU2tmP1LwM4LpNdSaVb0&hl=fr&sa=X&ei=eswWVYGLEsiAU_qKgtAP&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=torre%20dellas%20Muelle%20sevilla&f=false

Noter le n° 16 : Plaza del Duque de Medina.

LE PREMIER PLAN.

L'artiste tente d'animer cette vue par deux groupes de personnages, mais sans obtenir l'effet vivant et vécu des planches du volume I ou du volume IV. Le faubourg qui descend vers la rive du Guadalquivir,est traversé par la route principale menant vers le pont de Triana.

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LA LÉGENDE.

Elle donne les noms de : 

1. Arraval dela puerta de Carmona ;  2. Arraval dela puerta de Macarena ;  3. Casas del Duque de Alaesa ;  4. Casas de Colon ; 5. Castilleia de Guzman ; 6. Castilleia dela Cuesta ; 7. Camas ; 8 Calle de las armas ; 9. (borrado) Cannos de Carmona ;  10. El Mattadero ; 11. El Quemadero ;12. El Algaba ; 13. Iglesia maior. 14. Monasterio de S. Pablo. 15 ,Plaza de S. Francisco ;16.  Plaza del Duque de Medina ; 17 : Plaza de Don Pedro Ponçe ; 18 Plaza del Duque de Arcos ; 19 Plaza del palazio ; 20 Plaza del reis ; 21 La Madalena ; 22 La Alameda ; 23 Monasterio del Carmen ; 24 Puerta del Arenas ; 25 Puerta de Triana ; 26 Puerta de Goles ; 27 Puerta de San Juan ; 28 Puerta de la Almenilla ; 29 Puerta de Macarena ; 30  Puerta del Cordoba ; 31 Puerta del Sol ; 32 Puerta del Osario ; 33 Puerta de Carmona ; 34 Puerta dela Carne ; 35 Puerta de Gerez ; 36 Torre del Oro ; 37  Torre della Platta ; 38 Torre dellas Muelle ; 39 : Puente de Triana ; 40 : las Ataracanas. Sur la carte elle-même : Los Postigo del Carbon.

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COMMENTAIRES.

En 1564 fut établie officiellement l'organisation navale qui domina la course aux Indes durant la fin du XVIe siècle et une grande partie du XVIIe siècle. Séville devint le point de départ et d'arrivée officiel des expéditions annuelles pour la Nouvelle-Espagne et la Tierra Firme. La vue de Séville du Volume I de 1572 correspond à cette date, car elle reprenait un dessin de Hoefnagel de  1563. On y voit la principale structure commerciale et douanière sur lequel est basé le monopole royal, la Casa de la Contratación de los Indias. Cette vue était faite par un fils de marchand, en voyage de formation auprès de la communauté de négociants flamands (et , sur le plan religieux, proches de la Réforme), pour communiquer aux prochains visiteurs les informations qu'on attend d'un guide touristique. C'était aussi l'œuvre d'un humaniste, plaçant au centre de sa vue la maison et le jardin  de Fernando Colon,et celle d'un curieux des mœurs et des techniques, documentant par l'image des observations de traditions musicales et de techniques de pêche. Malgré la représentation dramatique d'un incendie à Triana, l'ensemble est bon-enfant, et invite à partager une vie lente et débonnaire.

Bien que 16 années seulement la sépare de la première, la vue de 1588 du Volume IV semble très différente : peu de pittoresque, une vue d'oiseau proche d'un relevé cartographique et où les maisons sont  schématisées comme des symboles.  Car les négociants sont rentrés à Anvers ou dans les Provinces-Unies, qui ont, depuis 1579, fait sécession contre l'Espagne, ou bien sont exilés à Londres ou dans les cours de Bavière ou de Bohème. En Espagne, les Protestants ont été dénoncés et poursuivis, il n'y en a plus.  

  Dans la nouvelle carte, l'œil du marchand et le regard humaniste ont laissé place à un froid relevé d'une cité aux artères désertes, engagée dans un effort de guerre. Au centre de l'image, la Casa de Colon et les barques de pêche ont cédé la place à la sainte Inquisition La S. Ynquisitione à gauche, aux arsenaux      n°40 Las ataracanas, et à une trentaine de galéasses et de galions tous armés de canons (leur nombre peut atteindre 52). Chaque navire, dans l'esprit du roi Philippe II, obtiendra la victoire grâce à Dieu qui bénit cette croisade contre les hérésies, et chacun, donc, porte des noms de saints ou de monastère. Ainsi,  la flottille andalouse de l'Armada sera composée  du Nuestra Senora del Rosario (46 canons, Navire amiral de Don Pedro de Valdés), du San Francisco, du San Juan Bautista, du San Juan de Gargarin, de La Concepcion, de la Duquesa Santa Ana, de la Santa Catalina, de La Trinidad, de la Santa Maria de Juncal, du San Barolome et de l'Espiritu Santo. 

Hoefnagel nous donne donc à voir le Port de Séville. La totalité de l'activité y est concentrée à l'Arenal, un terrain se trouvant entre le fleuve et les murailles (d'ouest en est) et entre la Torre del Oro et la Puerta  de Triana , surtout sur la rive gauche, mais également sur la rive droite, du côté du quartier de Triana. Un seul quai en pierre existait, le quai de la Douane. A l'extrême droite, nous voyons , l'ingenio, ou machina, une grue en bois, munie d'une poulie qui servait au mâtage et à l'avitaillement des navires. Elle avait servi à la manutention des pierres lors de la construction de la cathédrale au XVe siècle. Dans les autres zones du port, le chargement et le déchargement des navires se faisait probablement à de simples embarcadères ou dans des cales d'échouage. Des barques et des allèges étaient présentes pour faciliter les manœuvres de chargement et de déchargement en allégeant les galions d'une partie des marchandises qu'ils transportaient ou pour les remorquer à travers certains tronçons du fleuve. Le centre vital du port était délimité par un système de madriers et de chaînes qui, arrimées à la Torre del Oro d'un côté, passaient sous l'eau jusqu'à une autre tour située à Triana. Les chaînes pouvaient être hissées par un treuil et ainsi fermer la zone. (Port de Séville, Wikipédia). Mais où est passée la vie ? Où sont les marins et les calfats, les cordiers, les tonneliers roulant leurs futailles, les scieurs en long, les fondeurs de canons, les muletiers amenant les vivres? Aucune fumée ne témoigne de l'activité des fours de Triana fabriquant  le bizcocho, pâte cuite représentant l'aliment de base des marins lors de leurs traversées.Où sont les chantiers navals qui construisaient les navires de moins de 200 tonneaux ? Devant les murs du n°40 des Arsenaux (las Ataracanas), on ne voit aucune activité.

Et, en ville, où sont les palmiers-dattiers, les palissades de jasmins et d'orangers, les fontaines, les étangs où nageraient quelques cygnes ?

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

SOURCES ET LIENS.

 

 

— CHAUNU (Huguette et Pierre) Séville et l'Atlantique (1504-1650), Paris, SEVPEN, 12 volumes, 1955-1960.

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

— NUTI (Lucia), 1988, « The Mapped Views by Goerg Hoefnagel : the merchant's eye, the humanist eyes. » World & Image 2 (1988) : 545-570.

— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas, https://books.google.fr/books?id=XsA2AAAAMAAJ&pg=PA25&dq=Sevilla+la+vieia&hl=fr&sa=X&ei=HgMYVaitIMnZU-PPg-AD&ved=0CDQQ6AEwAw#v=onepage&q=guzman&f=false

— Sur l'Invincible Armada :

- http://www.britishbattles.com/spanish-war/spanish-armada.htm

- Liste des navires : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ships_of_the_Spanish_Armada

— Sur Séville en 1737:

https://books.google.fr/books?id=y5hEAAAAcAAJ&pg=PA506&dq=s%C3%A9villa+devise&hl=fr&sa=X&ei=Er0WVePtFIzkaKaIgqgB&ved=0CDkQ6AEwAQ#v=onepage&q=s%C3%A9villa%20devise&f=false

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