Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 23:55

Une visite guidée de Séville par Joris Hoefnagel dans le Civitates orbis terrarum (1572).

I. La Planche du volume I .

Introduction.

De 1561 à 1569, Joris Hoefnagel, fils d'un riche diamantaire d'Anvers, a voyagé en France et en Espagne puis en Grande-Bretagne. Lors de ces voyages, il emporta des carnets où il nota tout ce qui lui semblait intéressant : des panoramas de villes, des monuments, les musiciens, les costumes régionaux, les fêtes des régions traversées, les techniques de pêche, etc... Son séjour en Espagne, a duré plus de quatre ans, de 1563 à 1567, mais il est resté au moins deux ans en Andalousie, de 1563-1565, ce qui indique une préférence claire pour cette région, qui le séduisit certainement par son charme, mais aussi par la présence à Séville de plusieurs commerçants néerlandais, et notamment d'Anvers. En 1572, ces dessins et croquis furent utilisés dans un ouvrage topographique de Georg Braun et F. Hogenberg, le Civitates orbis Terrarum.

.

A. Le Civitates orbis terrarum.

Après la parution en 1570 du Theatrum orbis terrarum, atlas des cartes de pays du monde d'Abraham Ortelius, , un atlas complémentaire des cartes et vues des villes européennes fut publié en 1572 à Cologne par le théologien allemand Georg Braun (1541-1622), avec l'étroite collaboration du peintre, graveur et éditeur flamand Franz Hogenberg (1535-1590). Les six volumes du Civitates orbis terrarum sortirent entre 1752 et 1617; Franz Hogenberg, de Mâlines, avait gravé la plupart des plaques pour le Theatrum d' Ortelius et peut être considéré comme le responsable de l'origine du projet.

Ce grand atlas contenait 546 cartes vues en perspectives et vues à vol d'oiseau. Braun, chanoine de la cathédrale de Cologne, a été grandement aidé par la proximité, et l' intérêt permanent d'Abraham Ortelius. Le Civitates, en effet, a été conçu comme un compagnon pour le Theatrum, comme l'indique la similitude des titres et les références contemporaines concernant la nature complémentaire des deux œuvres. Néanmoins, le Civitates était d'une conception d'approche plus commerciale , sans doute parce que la nouveauté d'une collection de plans de la ville et des vues représente une entreprise financière plus dangereuse que celle d' un atlas du monde.

Plus d'une centaine d'artistes différents et cartographes y participèrent, mais le plus important d'entre eux était artiste d'Anvers Georg (Joris) Hoefnagel (1542-1600), qui grava les plaques de cuivre de la Civitates à partir de ses dessins, contribuant non seulement à la plupart des vues originales des villes espagnoles et italiennes mais retravaillant et modifiant aussi celles des autres contributeurs. Après sa mort, son fils Jakob Hoefnagel poursuivit son travail.

Les plans sont accompagnés chacun par une brève présentation de l'origine du nom, de l'histoire, de la situation géographique et du commerce de la ville.

La ville de Séville (Hispalis), l'une des plus grandes du monde, est représentée trois fois dans le Civitates, dans le volume I (Texte folio 3, planche n°2 folio 3v), le volume 4 (Pl. 2) et dans le volume 5 (Pl. 7 ).

.

B. La vue de Séville dans le volume I (1572).

Cette planche offre trois vues superposées de Séville (en haut), de Cadix et de Malaga.

Pour étudier correctement la vue de Séville, ouvrir ce lien et cliquer sur Haute Résolution :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1.html

Ou bien, avec une résolution moins précise : http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd1/0014/scroll?sid=3a78803bf3a0daf44cabf1bfeeff58f3

-- COMMENTAIRE par Georg Braun: "Séville est la ville commerciale la plus importante de toute l'Espagne, en mesure de récolter des gains incroyables des endroits les plus divers dans le monde, mais principalement de l'Inde, qui se trouve vers l'ouest. En outre, cette ville bénéficie d'une position plus favorable que les autres villes espagnoles, car ses champs fertiles produisent de l'huile et des olives et des arbres très productifs en dattes et citrons, donnant raison à l'adage: ". A ceux que Dieu aime, Il donne une maison et un séjour à Séville"

--Ce point de vue de Séville présente la ville vue du nord-ouest : l'observateur est placé à peu près sur l'emplacement de l'actuel Monasterio de la Cartuja, face à la Puerte Real, à une certaine distance de l'autre rive du Guadalquivir, des terrains occupés actuellement par le quartier de Triana. On voit sur le côté droit de la ville est le Castillo de San Jorge, en feu : la forteresse avec ses nombreuses tours était alors le siège de l'Inquisition. Sur la rive gauche du fleuve, en face du Castillo, se trouve la Torre del Oro, plus à gauche est l'Alcazar, dont l'architecture à l'origine almohade a été rénovée dans le style mudéjar au 14ème siècle. S'élevant au-dessus du centre-ville se trouve la cathédrale gothique (Yglesia maior), qui abrite le tombeau de Christophe Colomb. Le grand clocher, appelé le "Giralda", était autrefois un minaret.

-- Texte du cartouche : Hispalis : Sevilla Taraphae, Celebre et pervetustum in Hispania, Baeticae provinciae, emporium, quod Gaditani maris littus amaenissimo situ illustrat

Traduction : "Hispalis, la Séville de Tarapha* , célèbre et très ancienne en Espagne, , de la province de Bétique, qui embellit le golfe de Cadix par sa position la plus délicieuse."

*Francisco Tarapha, Chanoine de Barcelone, est l'auteur de de origine ac rebus gestis Regum Hispaniae "De l'origine et des gestes des rois d'Espagne", Anvers 1553 et, avec Jean Vasaeus ou Jan Waes, de Bruges, le Rerum Hispaniae memorabilium annales, 1577.

-- Sites indiquées en légende : San Geronimo ; San Laurente ; La Puerta de Goles ; la Casa de Colon ; la Magdalena ; San Paulo ; Rio Guadalquevir ; Yglesia maior ; La Casa de la contractation de los Indias ; El Alcarzel ; Puerta del arenal ; arenal ; la Puerta de Xeres ; Torre de la platta ; Las attarrassanas ; Torre del Oro ; El Estante ; El Moille ; San Elmo ; las Sierras de Ronda ; Puente de Triana ; Camino P. Rio abraxo ; Castillo ; Tessareria [alfareria] ; Xavoneria.

Chacun de ces sites possède son intérêt, mais je m'arrêterai sur certains d'entre eux, allant consulter Wikipédia ou Florence Bauchard des Echos et revenant coudre mon patchwork : je découvre la ville grâce à cette carte.

  • Ceinte de ses cent soixante six tours Almohades (rempart arabes), la ville était au XVIe siècle peu commode en raison des rues étroites non pavées, de l’absence d’éclairage et de l’adduction d’eau insuffisante. Dix-neuf portes (puerta) et guichets (postidos) en permettait l'accès. La Puerta de Goles (d'Hercule), située à l'ouest de l'enceinte fortifiée de la ville avait été créée sous les almohades ; elle fut rebaptisée Puerta Reale (Porte Royale) après que Philippe II l'ait choisi pour son entrée dans la ville en 1570, alors que les souverains utilisaient traditionnellement la Puerta Macarena (située au nord).

  • Proche de la Puerta de Goles, la Casa de Colon était, au milieu d'un parc, la spacieuse demeure de Ferdinand Colomb (Hernando Colon), second fils de Christophe Colomb, né à Cordou en 1488 et mort à Séville en 1539. (Au nord de la Plaza Puerto Real). Cosmographe, mais aussi grand humaniste, il a rassemblé depuis 1525 non seulement une grande collection de gravures, mais surtout l'une des plus belles bibliothèques de la Renaissance, riche de plus de 15370 ouvrages et manuscrits, et qui sera léguée malgré les termes de son testament au monastère San Pablo et/ou à la cathédrale de Séville. Ce qui en subsiste constitue de nos jours la "Biblioteca Colombina" . Un tel profil ne pouvait qu'intéresser le cartographe, graveur et humaniste Hoefnagel, qui pouvait aussi être attiré par les descriptions que donnèrent les écrivains du riche jardin de la propriété, le Huerta de Colon, d'une superficie de sept hectares, et planté de quelques 5000 arbres provenant pour la plupart du Nouveau Monde (Juan de Mal-Lara, Recibimiento, 1572). Mais en 1563, la Casa avait été vendue aux enchères puis partagée avec la confrérie de Santo Entierro.

  • La Torre del Oro "Tour de l'Or" est une tour d'observation militaire qui fut construite au début du XIIIe siècle, durant la domination almohade, afin de contrôler l'accès à la ville depuis le Guadalquivir. Elle faisait partie des fortifications érigées autour du centre historique de la ville et de l'Alcazar par les Almoravides et les Almohades entre les xie et xiiie siècle. Durant la Courses aux Indes, La tour fut utilisée comme lieu de stockage sécurisé pour protéger les métaux précieux régulièrement apportés par la flotte espagnole.

  • La Torre del Plata "Tour de l'Argent" a été construite au début du XIIIe siècle par les Almohades sur une muraille entourant l'Alcazar avant de rejoindre la Torre del Oro.

  • L'Alcázar de Séville est un palais fortifié (alcázar) construit par les Omeyyades pour le gouverneur, et modifié plusieurs fois, notamment au XVIe siècle par Charles Quint.

  • La Casa de la Contratación de los Indias a été créée à Séville le 20 janvier 1503 durant la colonisation espagnole en Amérique. Elle contrôlait tout le commerce des Indes espagnoles. Avant chaque voyage pour le Nouveau Continent, il était obligatoire de passer par cet établissement, où l'on devait payer un impôt de 20 %, le quinto real, à la Couronne espagnole sur toutes les marchandises d'Amérique espagnole qui arrivaient en Espagne. Cet établissement fonctionnait aussi comme un organisme scientifique et d'enseignement (où l'on formait les pilotes pour les voyages en Amérique sous l'autorité du Pilote Majeur). Il faut alors compter en moyenne un an pour relier Séville aux Antilles et au continent américain, puis revenir. De 1504 à 1650, ce ne sont pas moins de 25 000 vaisseaux qui empruntent cette route maritime, le plus souvent en convoi, pour affronter les dangers de la mer et les pirates attirés par la précieuse cargaison. Chaque découverte de terre devait être signalée et explorée pour préciser les cartes. On y renseignait par ailleurs sur les peuples amérindiens et leurs langues. La Casa de Contratación avait aussi pour rôle de contrôler les équipages et les passagers des bateaux, notamment pour empêcher les juifs et les musulmans de fuir la péninsule vers l'Amérique et garantir un peuplement catholique des colonies. L'institution délivrait donc des licences d'embarquement (licencias de embarque), ce qui n'empêchait toutefois pas totalement la contrebande, la corruption et les départs clandestins. La Casa de Contratación possède une immense quantité de documents qui constituent une part importante des Archives générales des Indes, situées dans le palais de la Casa Lonja — du nom du consulat des marchands créé sous Philippe II au XVIe siècle —, construit en 1580.

Cette agence royale ​pouvait apparaître aux yeux des néerlandais comme le symbole de l'explosion commerciale de la ville lors de la Course aux Indes. Au XVIème siècle, pendant plus de cent ans, Séville, surnommée la Grande Babylone de l'Espagne, ou, par Cervantes, la Cité joyeuse, vit sa population passer de 60 000 habitants vers 1550, à 160 000 âmes un siècle plus tard. A la fin du XVIe siècle, c'est la quatrième ville d’Europe par sa population après Paris, Londres et Naples. Mais l’année 1649, la grande peste, emporte la moitié des citadins. eut le monopole de l’importation de métal précieux en provenance des colonies d'Amérique latine. "Sobre et austère, l’édifice témoigne du style architectural caractéristique des palais qui se multiplièrent dans une ville brusquement enrichie par l’exploitation commerciale des mines du Mexique et du Haut-Pérou. Un véritable « fleuve d’argent » se déverse alors sur le port choisi par la couronne d’Espagne comme seul point de départ et d’arrivée de la route des Indes occidentales défrichée par Christophe Colomb. En cent cinquante ans, près de 17 000 tonnes d’argent seront comptabilisées par la Casa de Contratación. A lui seul, l’argent, et dans une moindre mesure, l’or, représente 90% du commerce- à destination de l’Europe, en valeur. Car si l’afflux de métaux précieux frappe les esprits, en volume ce sont les cuirs qui représentent le gros de la cargaison ainsi que la cochenille et l’indigo appréciés pour la teinture. Toutes ces richesses sont soumises dès le début du XVIe siècle à une réglementation très stricte et centralisée pour faire respecter le monopole espagnol.. Nulle marchandise – à commencer par les perles, les métaux et pierres précieuses – ne peut être remise à son propriétaire sans avoir été au préalable déposée à la Casa, qui prélève pour le compte de la couronne le quinto real. On comprend mieux l’essor de la contrebande, surtout dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les étrangers sont délibérément exclus : seuls les citoyens espagnols peuvent exercer ce commerce.

Le commerce transatlantique profite à Séville, au royaume espagnol et à toute l’Europe. La majeure partie de l’argent importé ne fait que transiter par l’Andalousie. Celui-ci est redirigé vers Anvers dans la première moitié du XVIe siècle, pour financer les échanges avec l’océan Indien et l’Extrême-Orient, puis vers Gênes. Séville attire une multitude de commerçants de Catalogne ou de Burgos, tout comme des Flandres, d’Angleterre, de France et d’Allemagne. Les financiers génois, milanais et florentins ne sont pas les derniers à faire le voyage. Ils font construire, achètent de quoi affréter de nouvelles caravelles et dépensent, faisant vivre ainsi une multitude d’artisans et de commerçants. La population sévillane – 45 000 habitants à la fin du XVe siècle – triple pour atteindre 130 000 personnes au XVIe siècle. C’est l’une des métropoles les plus peuplées de l’époque.

"Séville se trouvant à l'intérieur des terres, au bout d'une voie fluviale de 80 km rendant toute attaque impossible, elle n'eut pas de mal à asseoir son rôle dans le commerce avec l'Amérique. Débuta alors pour la ville une période de richesse qui ne devait cesser que le siècle suivant. Des quais sévillans partirent quasiment toutes les expéditions d'exploration de la première moitié du xvie siècle, notamment celles de Diego de Lepe, Alonso de Ojeda, Diego de Nicuesa et Pedrarias Dávila. En 1564 fut établie officiellement l'organisation navale qui domina la course aux Indes durant la fin du xvie siècle et une grande partie du xviie siècle. Séville devint le point de départ et d'arrivée officiel des expéditions annuelles pour la Nouvelle-Espagne et la Tierra Firme. En 1569 fut ouverte, après approbation royale, l'Université et Confrérie des Navigants et Pilotes de la route des Indes. Association des professions de la mer, elle avait en outre un rôle d'assistance et s'occupait des affaires techniques et professionnelles de la route des Indes. Elle demeura à Triana jusqu'à ce que fut inauguré en 1681 le Collège Séminaire de l'Université des Navigants, dans le Palais de San Telmo, sur l'autre rive du fleuve" (Wikipedia)

  • "Las attarassanas" ou, actuellement las ataraxanas (les Arsenaux) de Séville sont des bâtiments en pierre et brique de 100 m de long, 10 m de large et 10 m de haut. Leur construction débuta à partir de 1184 et se poursuivit jusqu'au XIIIe siècle. Destiné à la construction des bateaux ainsi qu’à l’entrée et à la sortie de ceux-ci par le Guadalquivi, cet édifice gothico-mudéjar, comprenant dix-sept nefs séparées par des arcades ogivales et couvertes par des voûtes gothiques en brique, est disposé perpendiculairement au fleuve. Ses plafonds étaient probablement en bois et ses toitures couvertes de tuiles accusaient une forme analogue à celles de la mosquée de Séville. Au XVIe siècle, une partie de l’édifice fut modifiée pour accueillir la Grande Douane, où étaient contrôlées toutes les marchandises en provenance d’Amérique et où étaient encaissés les tributs correspondant.

  • Sur la rive droite du fleuve se situe le quartier de Triana. Il se caractérise par son indépendance économique en raison de la production de céramique et de la présence des équipages des marins qui y résident. On remarque ainsi une savonnerie ( Xavoneria) et une fabrique de céramique artistique, Alfareria, spécialisée dans les poteries et les azulejos. (L'emplacement de la Calle Alfareria de Séville correspond à la mention Telfareria de la vue d'Hoefnagel). Ce sont dans ces quartiers pauvres que sévissent les épidémies de peste de 1568 (2300 morts en juin) et 1569. Ancien quartier des gitans, Triana est considéré comme le foyer ou est né le flamenco. Durant l'époque de splendeur de la ville, la totalité de l'activité portuaire de Séville était concentrée à l'Arenal, (l'arène, le banc de sable) un terrain se trouvant sur la rive gauche du fleuve entre la Torre del Oro et la porte de Triana. Peu à peu se développa dans les quartiers du port, sur les deux rives du fleuve, une activité artisanale en relation avec le port et la marine : on trouvait à Triana des bateliers, des pêcheurs, quarante fours de potiers et de céramistes, des couteliers, des alfatiers et des charretiers. On y trouvait en outre des poudreries et des savonneries. Les fours de Triana fabriquaient alors le bizcocho, pâte cuite représentant l'aliment de base des marins lors de leurs traversées. De plus, la plupart des marins s'installèrent dans le quartier." (Wikipédia). On peut penser que la proximité de poudreries et des fours de bizcoto est à l'origine des incendies que Hoefnagel décrit dans sa peinture.

  • En-effet, le Moulin à Poudre (Molinos del Polvora) de Triana explosa, faisant 200 victimes, brisant les vitres de la cathédrale et détruisant de nombreuses maisons et le Couvent de Los Remedios ...mais cet incendie eut lieu le lundi 18 mai 1579, dont après la parution de cette carte. Les autres incendies signalés à Séville datent de 1533, mais il concerne le domaine de Tablada, et de 1562, où un certain nombre de navire brûlèrent.

  • le Puente de Triana relie la ville au quartier de Triana. . Aucun pont de pierre n’a été construit jusqu'en 1600 en raison du manque d’argent.

    "Le pont flottant de Triana est un ancien pont, actuellement disparu, qui permettait de traverser le Guadalquivir au nord de la ville. Construit en 1171 par le calife Abu Yaqub Yusuf, il se situait approximativement à l'emplacement de l'actuel pont Isabelle II, entre le centre historique et le quartier de Triana. Sa construction dura 36 jours. À chaque extrémité furent installés des quais flottants disposés sur des bouées en peau de chèvres, gonflées d'air. Il était originellement composé de 13 barques de 31 coudées de long (environ 14 m) attachées entre elles et ancrées au fond du fleuve. Elles servaient d'appui à des planches de chêne d'une largeur de 50 paumes (environ 3,75 m). Le pont permettait le passage des piétons, des chevaux, des mules et des troupeaux. Au cours du temps, il connut de nombreuses modifications en raison du trafic croissant et, endommagé voire détruit par les crues régulières du fleuve, il fut reconstruit à plusieurs occasions. Sur la rive droite du fleuve, le pont fut fixé au château de San Jorge par le maestro Benvenuto Tortello en 1571. Il fut de plus arrimé à la rive gauche à proximité de la porte de Triana." (Wikipédia). On compte parfaitement les barques sur le dessin du futur miniaturiste Hoefnagel. Les navires (caravelles) sont amarrés en aval du pont. En amont, la où se trouve le dessinateur, les rives sont restées sauvages, mais il représente avec détail une dizaine de barques, maniées à la rame, et dont deux sont couvertes par une bâche ou une voile tendue entre des branches à l'aspect de roseaux. Un homme semble se noyer face à un autre qui lève les bras en signe d'impuissance. Au premier plan à droite, deux femmes en robes longues dansent au son d'une guitare et d'un tambourin, tandis qu'un panier et une nappe annoncent qu'une collation va suivre. Au centre, un homme guide son âne chargé d'une nasse en osier. Une femme en monte d'amazone sur son âne lève les bras. Derrière elle, sur l'îlot, un autre groupe danse et joue du tambourin.

N.B. Dans la province de Séville se trouvaient les mines de mercure (cinabre) d'Almaden . Le mercure est devenu très précieux pour son utilisation aux Amériques dans les mines d'argent. En 1555, on remplace le procédé primitif d'exploitation – la fonte du minerai d'argent – par la technique de l'amalgame au mercure qui accroît le rendement. On a d'abord utilisé le mercure d'Almadén, dans la péninsule Ibérique, jusqu'à ce qu'on découvre du mercure dans les Andes, à 4 700 m d'altitude, à Huancavelica. La plus grande partie du mercure produit à cette époque à Almaden a été envoyé à Séville, puis aux Amériques pour les mines de galène argentifère du Cerro rico de Potosí dans le Haut Pérou (découvert en 1542), et de Guanajuato, Zacatecas et Real del Monte au Méxique. Les Fugger d’Augsbourg, deux banquiers allemands, ont administré les mines d'Almaden au cours XVIe et XVIIe siècles, en contrepartie de prêts accordés au gouvernement espagnol.

L’argent qui arrivait à Séville, passa de 177 000 kg en 1541-1550 à 942 000 kg en 1561-1570, pour atteindre plus de deux millions de kilos au cours des dernières décennies du XVIe siècle. Ce qui permet de comprendre pourquoi le peso de plata (la piastre d’argent) commença à s’imposer comme l’instrument dominant de la circulation commerciale, d’abord dans l’Amérique espagnole puis, ensuite, au niveau international. (Carlos Marichal, 2007) L'argent, sous forme de lingots, était transporté dans les magasins du roi, puis descendu jusqu'à la mer pour être livré, sous forme de monnaie ou de lingots, à Séville, via Panama. À tous les stades, la fraude était considérable ; on calcule qu'elle était au moins égale aux quantités officiellement déclarées.

.

Au total, nous constatons que Hoefnagel a su associer à un premier plan très pittoresque, où il a reproduit des scènes observées lors de ses promenades et croquées sur un carnet, avec une vue extrêmement précise de Séville, parfaitement capable de fournir à un négociant étranger les éléments descriptifs nécessaires au décryptage du fonctionnement économique de la ville, ou à la compréhension de rapports adressés par des agents locaux.

ANNEXE La description de la ville par Georg Braun folio 3r :

J'ai transcris comme j'ai pu, ne trouvant pas ce texte sur la toile : d'autres viendront pour en corriger les fautes. Sibilia est l'ancien nom en catalan.

"SEVILIA. Hispalis so nun Sibilia, wirt ins gemein Sevilia genennet. Diser nam und anfang wirt zuge schriben Hispalt eim von Herculis dernfelbiaen ernewerung aber und erweiterung, dem Keiser Julio : das sie aber von den Moren eriette unnd gefrenet. Ranmiro und nach langer zeit Ferdinando. Dise statt ist in der Provins Betica am Gaditanischen Meer gelegen hat eine runde form/ ist mit einer grossen anzal schöner heuter /iuff das herlichste verzier / ist die namhasstige kauffstadt des ganzen Hispaniene. Welch auß verschneidenen örern der Welt / vornemlich aber auß Indien so gegen nidergang gelegen ein unglaublichen gewin und nus bekompt. Denn diser statt einwouer sein zu solchem hohen ansehen des gewerbs kommen / daß sie allein solchs privilegium und frenheit haben das keiherlen schiff in Indien fehrt, so nit zworn alhte mit allerley wahr geladen, auch mit Büschen, Proviand, Kriegsrustung und knechten, unn aucim was zu solcher schiffart nötig ist, im namen des Allerdurchseuchtigstem Konias von Hispanien verscheu und gerüstet werde.Welche im Aprillen mit eim gewaltigen schiffzeuge, so mit grossen hauffen aller kösilicher dingen erfüller, in Indien segeln, und wie vies schiff widerumb mit gluckseligem windt und grossen schäzen auß Indien zuruck kommen, müssen sie in dieser stadt anländen und ire kauffmanschäs außlegen, weiche mit grosser anzal alle jar im Augusto oder Septembri gewaltige schwinde und unglaubliche reichthumb zusüren. Es ist daselbts ein weit und hervich gebew, in welchem ein verwalter und XII. Burgermeister behausen welches deren Indischen sachen halben, so drinnen gehandelt. La cassa de la contraction de las indias, genennt wirt. Dise stadt ubersteiget ires legers halben alle andere hispanische stett hat einen seisten und lustigen aeker, bringt fort allerlei uberflüssigen, ösi unn Diiwen. Ist mir früchtbaren bäumen begabet am meisetn aber mit Palmen fruchten und Citronen, (welche die Spanier Narangios heissen) durch plantzet, das ja das gemeine sprichwort wahr seye. Welche Gott liebet, den gibt er zu Sevilen hauß und under haltung. Es keust bey dieser statt her, der namhafft flutz Betis, so ies Gadalquevir genennet wirdt : soll der provincien Betica wie Plinius und Strabo besestigen, den namen geben haben. Ist fürweffentlich und nützlich, auch zu beiden seitten mit uber auß schönen stetten, bauivet. Daher derselbige fluß von Statio, Martiali Sillio und Senica höchlich gerhümbt wirt. Ist einer hülßen brucken halben so aunen kleinen schiffelein welche mit ketten zusammen gehenckt druber geleitet garlustig, leufft mit grosser geschwindigkeyt in das Atlmantische Meer. Gegen Mittag bey Sevilien in einer vorstadt, auff ire sprach El tablado, genennet, werden viel alte mönumenten auß der Erden gearbeitet, als grabsercke, steinen und gläsern ampeln ? Krögen,pfennigen unnd beßgieichen mehr, darauß ist abzunemmen, das der heiden begrebnuß vorzeiten daselbst gewesen sey. Zur andern seiten eine meil von der Stadt, sihet man ruinen einer alten zerfassenen stadt une eines Theatri, das ist ein schawplaß. Ditz ort wirt von den hispanien Sevilla la vicia, daß ist, die alte Sibilia geheissen. Es macht aber dise gar lobwirdige Stadt eine herrliche wasserleitte, welche von den Moren mit undglaublichen unkosten mit kleiner bächlein zu norurfftigkeiten der statt außfliessen. Ist wunder zu fagen, das die brunquellen so einen weitten weg, als nemlich sechs meilen, durch die blinden adern der erden, von der stadt Carmora, biß zu derselbigen wasser leite, gefurt werden. Daher sie bey den Spanischen sisen namen hat Los cannos de Carmora. Die enge diß spaciums kan nit leiden, das ich von diser statt lobwirdiger Kirchen, und von den berhümmbten Bisthumen, und von allen andern zierden möge schreiben. Von welchem allem besche Marineum Siculum, Vasaum, und die andere Spanische Chronickschreiber .

http://www.wikigallery.org/wiki/painting_210232/(after)-Hoefnagel,-Joris/Map-of-Seville-Cadiz-and-Malaga-from-Civitates-Orbis-Terrarum : 

 

 

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg


SOURCES ET LIENS.

 

—  ADELINE (J.), 1880, « Une œuvre inédite de Georges Hoefnagel » in Le Livre revue du monde littéraire - archives des écrits de ce temps - A. Quantin in Paris .  p. 241-242

https://archive.org/stream/lelivrerevuedumo01uzanuoft#page/232/mode/2up

 BAUCHARD (Florence), 2014, Quand Séville organisait la première mondialisation, Les Échos, 28 mai 2014,

http://www.lesechos.fr/enjeux/business-stories/globalisation/0202852068583-quand-seville-organisait-la-premiere-mondialisation-582212.php?vLAccPHGtZOCAe61.99 

BESSE (Jean-Marc), 2003, Les grandeurs de la terre: aspects du savoir géographique à la Renaissance Lyon, ENS éditions page 262-275, 283-285, 350- 364. Biographie d'Ortelius page 268

http://books.google.fr/books/about/Les_grandeurs_de_la_terre.html?id=RYs7jrwsSFwC

 

— DAUMAS (Maurice) 2008, « Les rites festifs du mythe du cocuage à la Renaissance »,Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 77 | 2008, mis en ligne le 15 juillet 2009, consulté le 24 mars 2015. URL : http://cdlm.revues.org/4369

—   GARCÍA ARRANZ (José Julio), 2008-2009, El castido del « Cornudo paciente » : un detalle iconografico en la vista de Sevilla de Joris Hoefnagel (1593) Norba-Arte, vol. XXVIII-XXIX (2008-2009) / 69-79

https://www.academia.edu/5539299/El_castigo_del_cornudo_paciente_un_detalle_iconogr%C3%A1fico_en_la_vista_de_Sevilla_de_Joris_Hoefnagel_1593_

 

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

 

 KROGT (Peter van der ), « Mapping the towns of Europe: The European towns in Braun & Hogenberg’s Town Atlas, 1572-1617 », Belgeo [En ligne], 3-4 | 2008, mis en ligne le 27 décembre 2012, consulté le 23 mars 2015. URL : http://belgeo.revues.org/11877

LERNER (Franz) 1987 : Histoire de la famille Malapert :  "Malapert" in: Neue Deutsche Biographie 15 (1987), S. 723 f. [Onlinefassung]; URL: http://www.deutsche-biographie.de/ppn139774939.html

— MANGANI (Giorgio) La signification providentielle du Theatrum orbis terrarum 

http://nuke.giorgiomangani.it/Portals/0/GiorgioMangani/downloads/La%20signification%201998.pdf

 — MORALES PADRON (Francisco)  : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos page 114 

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas,

— NUTI (Lucia), « The Mapped Views by Goerg Hoefnagel : the merchant's eye, the humanist eyes. » World & Image 2 (1988) : 545-570.

— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— PALMISTE (Clara) L'Organisation du commerce du livre à Séville au XVIIIe siècle (1680-1755 ...

 SETA (Cesare de), STROFFOLINO (Daniela), 2001, L'Europa moderna: Cartografia urbana e vedutismo, ed. Naples: Electa Napoli.

— VIGNAU-WILBERG ( Théa), 1985, "Joris Hoefnagels Tätigkeit in München" ,Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen in Wien 81 (1985) 103–167.

— Bulletin de la Commission royale d'histoire = 1914 page 358-359

https://archive.org/stream/bulletindelacomm80acaduoft#page/358/mode/2up

IMAGES :

— http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

— Civitates vol.1 avec te texte 

http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/164276/%20antique-map-of-seville-(sevilla)-cadiz-malaga-by-braun--hogenberg/

Civitates orbis terrarum :

http://fondosdigitales.us.es/fondos/libros/3415/11/civitates-orbis-terrarum-liber-primus/

Carte de Séville :

Planche IV : http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32.0001#img0

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/images/stories/demoimage/zoom/hoefnagel_sevilla_color_recadre.jpg

Patientia :

http://www.spamula.net/blog/i32/hoefnagel12.jpg

Ortelius, Le Théatre de l'Univers, 1587 http://www.wdl.org/en/item/8978/view/1/1/

Exposition :

Exposition du 23 au 29 janvier 2015, commissaire « Joris Hoefnagel, un viajero de Amberes en la Sevilla del XVI »  Museo de Alcalá de Guadaíra Precio 

 

 

 

 

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

— NUTI (Lucia), « The Mapped Views by Goerg Hoefnagel : the merchant's eye, the humanist eyes. » World & Image 2 (1988) : 545-570.

— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas,

 — MORALES PADRON (Francisco)  : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos page 114 : 

— PALMISTE (Clara) L'Organisation du commerce du livre à Séville au XVIIIe siècle (1680-1755 ...

Partager cet article

Repost 0
Published by jean-yves cordier - dans Joris Hoefnagel
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

Recherche