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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 20:27

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J'emprunte le plan de situation (avec la numérotion MH) au site http://quercus49.over-blog.fr/article-la-cathedrale-d-angers-les-vitraux-54448736.html, mais j'utiliserais la numérotation du Corpus Vitrearum :

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La Baie 117 : n° 15 du plan ci-dessus, mais MH 14.

Façade ouest du Transept nord

Voir http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

 

Il s'agit d'un vitrail d'André Robin daté vers 1451, comportant une lancette de 8,50 mètres de haut et 2 mètres de large, à deux registres. La datation, l'attribution à André Robin, la taille de la lancette et la composition sont les mêmes que pour les autres baies de ce transept, la baie 115 (Plan 14, M.H .15) et  la baie 109 (M.H 18). Ces baies ont en commun une "composition architecturale en grisaille et jaune d'argent, à grande tour percée à deux niveaux de niches tendues de damas et couvertes de voûtes à clefs pendantes abritant des figures, avec couronnement relié par des arcs-boutants aux pinacles" (Callias Bey & al.) Le registre supérieur est occupé par saint Christophe (inscription S. xystofor-) et par saint Eustache (inscription St Eutachii), alors que saint Rémi et sainte Marie-Madeleine occupent le registre inférieur.

De Farcy en donne la description page 158 sous le n°14 et précise que le chapitre avait demandé dans son marché passé en 1451 avec le vitrier « du vairre blanc, à ymages revestues de chappiteaulx ».

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434. On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années. Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin. (Wikipédia)

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2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude

2°) Baie 117 :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-zeStMaurice_14.htm

à coté de saint Eustache-- dans la baie 117. St Eutachii

Vitrail d'André Robin vers 1451 ; saint Rémi et sainte Marie-Madeleine au registre inférieur.

hampe non fleurie (ou feuillage non conservé)

Manteau rouge, habit bleu et vert

André Robin, maître verrier angevin du XVe siècle.

André Robin était le peintre verrier chargé de l'entretien des vitraux de la cathédrale d'Angers depuis 1434.

On lui doit la réalisation des deux grandes rosaces des transepts de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Il reçut commande de l'évêché d'Angers pour ces vitraux, à la suite de l'incendie accidentel de la cathédrale survenu le 7 juillet 1451. Les travaux durèrent deux années.

La rosace nord représente le Jugement dernier, avec quinze signes de la fin du monde, entouré des Travaux des mois. La rosace sud représente le Christ entouré des vieillards de l'Apocalypse au milieu des signes du zodiaque.

Ensuite il restaura les autres vitraux endommagés par l'incendie. Il travailla sur le chantier de la cathédrale en même temps que le maître d'œuvre Guillaume Robin.

Après 1452, André Robin reçut d'autres propositions de vitraux pour des monuments de la ville d'Angers. Il présenta un certain nombre de projets qu'il réalisa, notamment, en 1466, les vitraux de la grande lucarne de la bibliothèque de la cathédrale d'Angers, ceux de la chambre des comptes du château d'Angers ainsi que ceux de l'Abbaye Saint-Serge d'Angers.

Louis de Farcy, Jane Hayward et Gloria Gilmore-House sont les seuls chercheurs avant Karine Boulanger ayant publié une thèse sur la vitrerie de la cathédrale d’Angers. Avec Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, l’auteur s’est penché à son tour sur une particularité du grand édifice : certains points n’avaient jamais été élucidés jusqu’alors. Aussi, après un lourd travail de recherche, elle apporte des éléments nouveaux sur les créations et leurs datations, ainsi que sur la production de chaque atelier depuis les années 1190 jusqu’au deuxième quart du XIIIe siècle. Retour dans le savoir-faire des maîtres verriers et dans l’histoire de la cathédrale d’Angers.

Karine Boulanger est déjà auteur de nombreuses études sur le vitrail au Moyen Age, notamment Le vitrail et les traités du Moyen Age à nos jours (Actes du XXIIIe colloque international du Corpus Vitrearum) et L'art du vitrail vers 1400 (CTHS, 2008). C’est avec le pleine connaissance de son sujet que l’auteur a analysé le rébus des œuvres restaurées, déplacées ou recomposées et souvent mal compris, afin de redonner aux vitraux d’Angers leur place dans l’histoire de l’Art.

Une entreprise délicate au regard de l’histoire même de la cathédrale. Elle a ainsi fait appel aux responsables des archives de Maine et Loire et des manuscrits de la bibliothèque municipale d’Angers, de la conservation des antiquités et objets d’arts, des archives diocésaines et du musée, entre-autres. La mise à plat des données historiques, matérielles et techniques mais aussi l’expertise des pièces par les restaurateurs contemporains fut aussi une aide précieuse pour l’auteur dans la compréhension même de l’iconographie.

Retrouver les emplacements d’origine

Ce n’est qu’après la reconstitution de l’histoire de l’édifice marquée notamment par les incendies de 1451 et de 1533, les destructions du XVIIIe siècle, la première restauration de 1858 et la bombe qui explosa tout près en 1944, sans omettre les déplacements de panneaux, que Karine Boulanger a pu analyser l’ensemble des décors vitrés. Grâce aux archives, aux fonds graphiques et iconographiques et par l’observation des œuvres, l’auteur a retrouvé l’emplacement d’origine d’un certain nombre de panneaux de la fin du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Elle nous révèle que les évêques et le chapitre ont beaucoup investi dans la création des vitraux de la cathédrale. Ils sont Hugues de Semblançay dont le don permis la fabrication de la presque totalité des vitraux de la nef à la fin du XIIe siècle, Raoul de Beaumont, à qui on doit les chefs-d’œuvre les plus célèbres du XIIIe siècle, Guillaume de Beaumont, son neveu ou Richard de Tosny. L’auteur nous renseigne aussi sur les conditions de fabrication des vitraux et de leur entretien, ainsi que sur le métier de peintre-verrier et sur le fonctionnement de la fabrique, mise en place dès le début du XIIIe siècle. Un livre dense qui vaut aussi pour sa partie iconographique de qualité, facilitant une meilleure compréhension de l’étude

Baie 117 (1451), registre supérieur, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre supérieur, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre inférieur, , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Baie 117 (1451), registre inférieur, , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

On retrouve ici les éléments les plus habituels de l'iconographie de Saint Christophe, comme le manteau rouge dont un pan est emporté par le vent, la tunique courte (verte et bleue), le bandeau de martyr serré autour des boucles d'une foisonnante chevelure grise, la barbe elle-aussi grisonnante témoignant de l'âge du saint. L'Enfant, blond, à califourchon sur le géant, porte un manteau bleu sur une robe rouge. Il tient le globe crucifère de la main gauche et trace une bénédiction de la main droite. Son col, ses poignets et même sa cheville droite sont ornés de bijoux (collier, bracelets, etc.) à cercles d'or.

Le saint tient un bâton dont la hampe n'est pas fleurie (ou bien le feuillage n'a pas été conservé). Il traverse le cours d'eau figuré par du verre blanc à lignes concentriques de grisaille, sans présence de poissons ou d' êtres fabuleux. Alors que ses jambes se dirigent vers notre gauche, son corps se tourne et il lève les yeux vers Jésus, avec lequel il s'entretient sans-doute. Le verre blanc (visages, jambes, bâton, rivière) est rehaussé de jaune d'argent, mais aussi de sanguine (visage du saint).

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Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint-Christophe, Baie 117 (1451), André Robin , Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Si on le compare au saint Christophe de la baie 105, réalisé un siècle plus tard (vers 1550), on constate que la posture générale des deux figures est assez semblable dans les deux verrières, et que les éléments du récit sont identiques :

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Saint Eustache au milieu du fleuve.

Ce qui retiendra, dans ce saint Christophe de la baie 117 d'Angers, mon intérêt, ce sera son voisinage avec saint Eustache. Car on remarquera que sur le vitrail les deux saints trempent leurs pieds dans les mêmes eaux dont les tourbillons semblent emporter le flot du panneau gauche vers le panneau droit. Saint Eustache ne fait pas partie de mes saints familiers, je ne souhaite sa fête (le 20 septembre) à aucun Eustache et je ne trouve aucun nom célèbre portant ce prénom. A la différence de son voisin, il n'a pas accompagné ma jeunesse sous forme de porte-clefs ou de badge de tableau de bord sur ma Maserati, et nulle médaille d'Eustache ne s'est pendue à mon cou. Il ne possède aucun garage.

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De Saint-Eustache, en vérité, je ne connaît que les Orgues, et d'Eustache, que la Trompe. Ou bien, pour l'avoir mentionné quelques fois dans ce blog, j'en fais un de ces saints cynégétiques comme saint Hubert et saint Julien, ceux qui apercoivent  un cerf portant dans ses bois la croix du Christ qui va les mener au repentir et à la conversion.  En somme, pas du tout un saint "pieds-dans-l'eau".

C'est un tort. Je découvre, avec ce frémissement ravi qui accompagne les grandes révélations, que saint Eustache est, du moins en iconographie, très proche de saint Christophe, car on le représente très volontiers en train de traverser une rivière, comme sur ce vitrail, accompagné de ses deux fils. Il possède un autre point commun avec Christophe, car comme lui il appartient au cercle étroit des Quatorze Auxiliateurs.

Les images ont une fonction différente des textes dont elles dérivent. et, alors que dans la Vie de saint Eustache l'épisode de la rivière n'est pas le plus important, les illustrations confèrent à l'épreuve de la Traversée un rôle essentiel, isolé de son contexte. Les vignettes enluminées qui illustrent la Vie de saint Eustache sont classées par la base Mandragore de la Bnf selon huit items :  s. eustache chassant ; s. eustache devant le temple ; s. eustache épargné par le lion ; s. eustache et trajan ; s. eustache naviguant ; s. eustache nommé chef d'armée ; s. eustache perdant ses enfants ; s. eustache retrouvant les siens . Dans "s. eustache perdant ses enfants" , le saint est représenté au milieu des flots, les jambes dans l'eau, dans une situation d'entre-deux, alors que l'un de ses fils est attaqué, sur la rive où il l'a déposé, par un lion, alors que sur la rive de départ,  son second fils est saisi par un loup. Nous avons affaire ici à un typique "problème de passage de rivière"  ou un "Flussüberquerungsrätsel", autrement dit un " River Crossing Puzzle", ou "川渡り問題", ou un "Quebra-cabeça de travessia de rio" , ou comme on dit aussi un "ردشدن از رودخانه" comme celui du fermier, du loup, de la chèvre et du choux, bref il s'agit d'un 渡河問題. Casse-tête universel par lequel Dieu met à l'épreuve son serviteur, comme Homer le fut dans l'épisode Maggie s'éclipse, et que l'abbé de Cantorbéry  Alcuin a le premier soumis à notre sagacité au IXe siècle dans ses Propositiones ad acuendos juvenes. 

 Lorsque vous vous serez débattu avec le renard, l'oie et le sac de haricots, entrainez-vous sur lproblème de maris jaloux , dans lequel trois couples doivent traverser une rivière avec un bateau qui ne peut détenir plus de deux personnes,avec la contrainte qu'aucune femme ne peut être en présence d'un autre homme sauf si son mari est également présent. 

Puis, passez au  problème de cannibales et des missionnaires, où trois missionnaires et trois cannibales doivent traverser une rivière, avec la restriction qu' à tout moment lorsque les deux missionnaires et des cannibales sont debout sur ​​les deux rives, le nombre de cannibales ne peut pas dépasser les missionnaires.

Mais dans la Vie de saint Eustache,  le problème, au lieu d'être résolu,  s'expose au contraire sous le versant de son échec, et de la situation de désespoir entrainée par la situation aporétique du joueur paralysé. Le renard a mangé l'oie, la chêvre a mangé le chou et a été mangée par le loup, le mari est cocu et le missionnaire, en mauvaise position, est dans la marmite du cannibale. Eustache (qui est en réalité mis à l'épreuve dans sa foi  par Dieu qui lui refait le coup de Job), s'arrache les cheveux, ce que le vitrail montre fidèlement.

Lisons le cas auquel est confronté Eustache selon la Légende Dorée :

"Parvenu sur les bords d'un fleuve, il n'osa le passer avec ses deux fils à la fois, parce qu'il y avait beaucoup d'eau; mais en en laissant un sur la rive, il se mit en devoir de transporter l’autre; quand il eut passé le fleuve à gué, il posa par terre l’enfant qu'il avait porté, et se hâta de venir prendre l’autre. Il était au milieu du fleuve, lorsqu'un loup accourut tout à coup, saisit l’enfant qu'il venait de mettre sur la rive, et s'enfuit dans la forêt. Eustache, qui n'espérait pas le sauver, courut à l’autre : mais en y allant survint un lion qui s'empara du petit enfant et s'en alla. Or, comme il ne pouvait l’atteindre, puisqu'il n'était encore qu'au milieu du fleuve, il se mit à gémir et à s'arracher les cheveux. Il se serait laissé noyer, si la divine providence ne l’eut retenu. Des bergers, qui virent le lion emporter un enfant vivant, le poursuivirent avec leurs chiens, et Dieu permit que l’animal lâchât sa proie sans lui avoir fait aucun mal. D'un autre côté, des laboureurs se mirent à crier après le loup et délivrèrent de sa gueule l’autre enfant aussi sain et sauf. Or, bergers et laboureurs, tous étaient du même village et ils nourrirent les enfants chez eux. Eustache de son côté ignorait cela ; alors il s'en alla bien triste. " 

Dans la version en ancien français du Miroir historial de Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, cela donne à peu près (la transcription est périlleuse) ceci :

"Il delaissa la reine et prist ses enfanz et vint a tres grant pleur a un fleuve. Et pour le seuron dennit de lyaue il nosa entrer ou fleuve a tout les .II. enfans. Mais en laissa .I. a la rive et lautre porta outre. Et li rive il revenoit arriere pour lautre porter outre , il fust en uuvu le fleuve et avoit lautre laissie de lautre p[er]t Vez ci que .I. lyon le ravi et l'emporta el lui. Et il desespere retourna pour esperance de l'autre. Mais li rive il sen aloitvez ci un lou et emporta lautre semblablement et sen ala. Et pour ce que il estoit ou un lieu du fleuve ne il ne pot avoir icelui. Il nsi ca a pleurer et plaindre et tirer ses cheveux et rompre. Et se voult gerer en lyaue. Mesme sue retint la pensee qui veoit avaut les cixses a venir. Et les pasteurs escoustrent lenfant au lyon avec leurs chiens. Et les areurs osterent aussi lautre au lou. Et ainsi les .II. enfans furent nourriz en une vue. Mais vraiement eustace ne le sotnne. Mais s'en ala a pleurs et a lermes en une ville et la garda par .XV. ans les champs des hommes."

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Lorsque je regarde à nouveau la verrière de la baie 117, je distingue désormais l'œil, l'oreille, puis le pelage blanc du loup près de l'enfant de droite, mais aussi la fourrure fauve du lion au dessus de l'enfant de gauche.

 

Saint Eustache, Baie 117, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

Saint Eustache, Baie 117, Cathédrale d'Angers, photo lavieb-aile.

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Je peux comparer ce vitrail aux enluminures de la Bnf :

— Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial de Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1370-1380

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8449688c/f43.item

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S. Eustache perdant ses enfants . Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial

S. Eustache perdant ses enfants . Nouvelle acquisition française 15941 fol. 18, Miroir historial

— Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

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S. Eustache perdant ses enfants  , Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

S. Eustache perdant ses enfants , Bnf Français 50 folio 371v, Vincent de Beauvais traduit par Jean de Vignay, 1463

 

 

Arsenal 5080    fol. 125,  Miroir historial par  Vincent de Beauvais   trad. Vignay  vers 1335 

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S. Eustache perdant ses enfants , Arsenal 5080    fol. 125,  Miroir historial par Vincent de Beauvais   trad. Vignay  vers 1335

S. Eustache perdant ses enfants , Arsenal 5080 fol. 125, Miroir historial par Vincent de Beauvais trad. Vignay vers 1335

 

Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet »  folio 120r ci conmence la vie monseingneur saint eustace et de sa fame et de ses enfans Paris 2e quart 14ème siècle Jeanne de Montbaston

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84260029/f243.image

 

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S. Eustache perdant ses enfants, Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet »  folio 120r  Paris 2e quart 14ème siècle

S. Eustache perdant ses enfants, Bnf Français 185 : « La Legende des Sains » [de Jacques de Voragine], traduction de « Jehan Belet » folio 120r Paris 2e quart 14ème siècle

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Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Légende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

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S. Eustache perdant ses enfants, Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Legende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

S. Eustache perdant ses enfants, Français 241 folio 288v : Richard de Monbaston, Legende dorée de Jacques de Voragine traduit par Jean de Vignay, 1348

 

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CONCLUSION.

La juxtaposition sur la même vitre et dans le même fleuve de saint Christophe et de saint Eustache par André Robin  incite à considérer avec plus de recul les deux épisodes de traversée de rivière de leur hagiographie. 

Sur le plan de l'iconographie chrétienne, ces figures pieds dans l'eau font évoquer au premier lieu le Baptème du Christ par Jean-Baptiste dans le Jourdain, soulignant que ces traversées sont initiatiques : soit de manière heureuse par la conversion du géant Reprobus en chrétien ou christo-phore, soit de manière éprouvante pour Eustache ("beaux épis, fécond") qui s'est fait auparavant baptisé avec sa femme Théopistie et ses deux fils Agapet et Théopiste, et qui perd successivement ses proches.

Il est inévitable d'y rapprocher la Traversée de la Mer Rouge par le peuple Hébreu guidé par Moïse, avec le caractère irrévocable d'un passage qui est une affiliation. Indirectement, les Traversées du désert peuvent aussi être évoquées. Mais à ces grands tableaux, je préfère la petite musique adjacente de Tobie, descendu sur la rive du fleuve le Tigre.

 

La situation d'entre-deux des protagonistes de l'iconographie prend ainsi une valeur propre  parce que les images sont des instantanés parcellaires, à la différence d'un épisode d'une légende scripturaire, et possèdent leur autonomie. Dégagés du contexte, souvent méconnu ou oublié, de leur récit de vie, ces personnages entre deux rives deviennent les représentants de situations psychiques particulières. 

Christophe sera, par sa force herculéenne, et par le succès de son franchissement de gué, le héros protecteur des passages de seuil, des portes, des ponts. La lecture des textes en ancien ou moyen français permet de retrouver, par la verdeur du vocabulaire, les forces mobilisées par ces moments ; ainsi dans l'expression "passer outre" utilisée là où nous dirions "passer de l'autre coté, sur l'autre rive". Cet "outre" sent encore le parfum de sa racine latine ultra et évoque un au-delà plus lointain et plus radical que le simple "autre coté". Le voyageur qui prend le train, le marin qui largue ses amarres, l'habitant qui franchit la frontière et s'expatrie, le pèlerin qui quitte l'étape pour la suivante, savent qu'ils vivent une aventure intérieure qui dépasse la simple notion de trajet. Ces mouvances de l'âme associent la joie ambiguë qui accompagne tout départ, l'angoisse et les incertitudes de toute navigation, la constante impatience d'atteindre l'escale, et la conscience que quelque chose, une fois le but atteint, aura été perdu. 

Christophe marche d'un bon pas : parmi tous les saints adeptes de l'ascèse, de la retraite, de l'abstinence, parmi toutes les vierges qui se refusent à leurs prétendants, parmi tous les martyrs qui subissent, le supplice passif de leur Passion, parmi les contemplateurs et les méditatrices priant devant le crâne et la bougie fumeuse, cet athlète fend la mer et les flots, cet énergumène porte un enfant sur ses épaules, et sa vitalité fait refleurir son bâton de marche. Nous aimons nous souvenir des moments où, nous aussi, nous avons, en riant, joué les bons géants en portant qui la petite sœur, qui le petit-fils, qui le jeune cousin à traverser le ruisselet qui lui semblait un fleuve.

Eustache est plus tragique car sa situation est bloquée. Il reste au milieu du fleuve, condamné à la passivité de l'impuissance. C'est l'élan qui se brise, l'accident qui fige soudain l'existence. Envahi par la culpabilité et le sentiment de déréliction, il s'arrache les cheveux. Il lui reste les yeux pour pleurer. On n'a pas envie d'être à sa place. Mais ces états d'âme dramatiques existent dans notre psychisme, soit mémorisés, soit redoutés, quand ils ne nous sont pas servis par une sombre prémonition.   

 

 

SOURCES ET LIENS.

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/5012-inventaire-general-des-richesses-d-art/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anagnorisis#Anagnorisis_et_titillation_.C3.A9rotique_:_Abraham_et_sa_ni.C3.A8ce_Marie

 

Mystère de saint Eustache 1504

https://books.google.fr/books?id=4_lFsXAbh1IC&pg=PA17&dq=agapit+eustache&hl=fr&sa=X&ei=i_SUVaPqM4zZU9bDg7AM&ved=0CEQQ6AEwBw#v=onepage&q=agapit%20eustache&f=false

 

 Site Patrimoine-histoire :

 http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Angers/Angers-Saint-Maurice.htm

— Site The Medieval stained glass , Painton Cowen :

http://www.therosewindow.com/pilot/Angers/table.htm

 

— Inventaire général des richesses d'art de la France, Volume 4. 1907, Commission de l'inventaire général des richesses d'art de la France, E. Plon et cie. page 50-51 : en ligne INRA 

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/5012-inventaire-general-des-richesses-d-art/

— BOULANGER (Karine), 2001, Les vitraux de la cathédrale d'Angers, 303, Arts, recherches et créations, n° 70 Ed. Conseil régional des Pays de la Loire, Nantes, pp. 75-83

— BOULANGER (Karine), 2009, "Les Vitraux de la cathédrale d’Angers", Corpus vitrearum – France, « Monographies » III, Paris, CTHS, non consulté.

— CALLIAS BEY (Martine) , ‎Louis Grodecki, ‎Françoise Perrot - 1981 - ‎Les Vitraux du Centre et des Pays de la Loire page 292

— FARCY (Louis de), Monographie de la cathédrale d'Angers : Les immeubles ; pages 155 et 

http://1886.u-bordeaux3.fr/viewer/show/9604#page/n250/mode/1up

— GILMORE-HOUSE (Gloria) 1982, The mid-fifteenth century stained glass by André Robin in Saint-Maurice Cathedral, Angers, France xii, 336 p. : ill., maps. Bibliography: p. [199]-[211]. Thesis (Ph. D.)--Columbia University, 1982. Non consulté.

— GILMORE-HOUSE (Gloria), 1984, "Angers Cathedral : an early twentieth-century restoration of mid-fifteenth-century glass", Journal of Glass Studies Vol. 26 (1984), pp. 77-85  Non consulté.

 http://www.jstor.org/stable/24188800?seq=1#page_scan_tab_contents

— HAYWARD (J.) et GRODECKI (Louis), 1966, Les vitraux de la cathédrale d'Angers.  Bulletin Monumental, T. CXXIV, Jan.-Mars 1966. 8vo, pgs. 7-67,

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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