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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 22:03

Frontispices et épigraphes en Entomologie (Lépidoptères) au XVIIIe siècle.

 

Voir : Les frontispices du "Systematisches Verzeichniss der Schmetterlinge" de Denis et Schiffermüller (1775-1776).

 Ayant découvert le frontispice et les épigraphes de Denis & Schiffermüller (1775), j'ai voulu savoir quelles avaient été les options des autres auteurs contemporains en Entomologie, notamment dans les traités de lépidoptérologie. Ma récolte fut modeste, ce qui confère d'autant plus de valeur à la publication des deux jésuites viennois, mais elle ne fut pas sans intérêt.

Rappel chronologique des publications:

 

  • 1630 : Hoefnagel, Diversae insectarum volatilium.
  • 1734-1742 : Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, 6 volumes.
  • 1758 : Linné, dixième édition du Systema Naturae.
  • 1761 : Linné, Fauna svecica, 2ème édition
  • 1762 : Etienne Louis Geoffroy, Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, 2 volumes in-4°, Paris.
  •  1763 : J.A. Scopoli, Entomologica Carniolica,Vienne. https://archive.org/details/ioannisantoniisc00scop
  • 1766 : Moses Harris, The Aurelian or Natural History of English Insects, namely Moths and Butterflies. puis en 1775 The English lepidoptera, or the Aurelian's Pocket Companion.
  • 1767 : Linné, 12ème édition du Systema Naturae.
  • 1775 : J.C.Fabricius, Systema entomologica.
  • 1775 : Rottemburg (S.A.von)  "Anmerkungen zu den Hufnagelischen Tabellen der Schmetterlinge", in Der Naturforscher, J.J Gebauer Witwe und J.J Gebauer :Halle
  • 1775 :  J. Caspar Fuessly .  Verzeichnis der ihm bekannten schweizerischen Insekten mit einer ausgemahlten Kupfertafel: nebst der  Ankündigung eines neuen Insecten Werks,  Zürich, H. Steiner,1775. http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/65772#/summary
  • 1775 : Denis et Schiffermüller,  Ankündigung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend. /1776  Systematisches Verzeichniss der Schmetterlinge
  • 1776 : J.C. Fabricius  Genera insectorum
  • 1776 : Otto Friedrich Müller, Fauna insectorum Fridrischdaliana. Zoologiae Daniace Prodromus.
  • 1775 à 1782 : Caspar Stoll et Pieter Cramer, Die uitlandische Kapellen : description de 1650 espèces du Surinam.
  • 1777-94 : J.C.Esper Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der Natur, 
     1-5, seconde édition avec additions   par Toussaint von Charpentier en 1829-1839.
  • 1779-1792 :  Jacques-Louis Florentin Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature Planches peintes par M. Ernst, gravés par M. Gérardin, et coloriés sous leur direction, décrits par le R.P. Engramelle, religieux augustin du quartier de Saint Germain, À Paris chez Delaguette/ Basan & Poignant, 29 cahiers, 8 volumes.

 

 

                    I. Frontispices.


Définition (Wikipédia) : "Un frontispice est une illustration, placée, dans un livre, sur l'une des pages de titre. Il peut être sur une page faisant face à la page de titre, ou se trouver sur la page de titre, sous le titre. Souvent réalisée en gravure, le frontispice représente généralement une scène importante du livre, ou le portrait de l'auteur". Pour Littré, son sujet "est analogue au but et à l'esprit de l'ouvrage". C'est dire l'importance de son étude.

Furetière : en architecture, il s'agit de " la face et la principale entrée d'un vaste bâtiment qui se présente de front au spectateur". 

 

1°) édition de 1481 de Thomas, de Cantimpré, Das Buch der Natur page 244 http://www.wdl.org/fr/item/3158/view/1/244/

 

Il ne s'agit en réalité d'un frontispice, mais d'une illustration (gravure sur bois, colorée) en plein volume, dont l'intérêt tient à son ancienneté.

              Fullscreen-capture-12012014-50230-PM.jpg

 

2°) Hoefnagel, Diversae insectae, 1630.

 

Jacob Hoefnagel est un artiste néerlandais, né en 1575 et mort vers 1630. Il est le fils de Joris Hoefnagel (1545-1600), un artiste d'Anvers employé par les ducs de Bavière qui réalise les illustrations des plantes et d'animaux présents dans le cabinet de curiosités de l'empereur Rudolph II, à Prague. Jacob réalise la gravure des peintures de son père.

Ses Diversae Insectarum Volatium icones ad vivum accuratissimè depictae per celeberrimum pictorem paraissent chez Nicolao Ioannis Visscher d'Amsterdam en 1630. C'est l'une des toutes premières œuvres uniquement consacrée aux insectes. Les illustrations d'Hoefnagel sont souvent les premières que l'on connaissent pour de nombreuses espèces. Les 16 belles gravures montrent 302 insectes dont 37 Coleoptères, 22 Orthoptères, 14 Odonates, 16 Neuroptères, 72 Lépidoptères, 35 Hyménoptères, 78 Diptères, 21 Hémiptères et 7 larves. Ces espèces viennent du centre et du nord de l'Allemagne. (Wikipédia consulté le 27/02/2014)

 

Exemplaire numérisé par BHL

n4_w627

 

 


3°) Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, 1734

   Cette gravure sur cuivre est due à Philippe Simonneau. Là encore (décidément !) ce n'est pas un frontispice, mais une vignette appartenant à la première page (p.14) du premier mémoire : elle a le mérite d'illustre tous les procédés que Réaumur déployait dans sa propriété du Poitou. Ce grand savant, qui fut président de l'Académie des Sciences pendant quarante ans passait le temps libre de ses étés à étudier avec la plus grande minutie les insectes et à en dessiner les métamorphoses, et, ici, il nous fait, pour ainsi dire, pénétrer dans ses laboratoires.

Vendee-Tourisme-Manoir-des-Sciences-de-Reaumur-facade   images?q=tbn:ANd9GcSGPCfdMBGCw8_ybB8y1ce 

 

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Vignette-Reaumur.png


4°) Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung, 1740.

Der monatlich-herausgekommenen Insecten Belustigung Erste Sammlung, August Johann Rösel Miniatur-Malhern, Nürnberg, Fleischmann

Un mot sur le titre : il se traduit par "Amusement des Insectes", ou "Le Divertissement par les Insectes".

Source image : Heidelberger H.B.

 Cette fois-ci, c'est un réel frontispice, et l'un des plus beaux ou des plus riches, parce que plein de mystères. Nous y trouvons des vases fleuris au sommet d'un portique, une figure allégorique, une statue de la Diane d'Éphèse entre deux cerfs, un savant de l'Antiquité qui se consacre à la Géométrie (Aristote ? Pythagore ?), un bas-relief d'un autre Maître de l'Antiquité, et surtout, un épigraphe et une scène à putti sur lesquelles je vais revenir.

- Le bas-relief ovale serait celui de Pline l'Ancien (23-79 ap. J.C).

- Le personnage assis serait la Science, tenant des instruments de mesure et un triangle avec une masse de gravité, une allusion à Newton.

- L'Allégorie témoigne de la recherche du Savoir (car elle tient un livre) associée à l'enracinement dans le monde réel (elle pose le pied sur la sphère terrestre), par une vision clairvoyante ( la main droite tendue vers le Soleil) dans le but de favoriser la Paix (la palme de son bras gauche).  

- La signification de la présence de la statue de l'Artemis d'Éphèse, telle qu'elle est conservée au Musée archéologique d’Éphèse entre deux animaux, mériterait une réflexion à part entière. Représente-t-elle la Mère primordiale ? Elle est considérée aussi comme Astarté, déesse de la fertilité, de la beauté et de l'amour. Elle tient un lion ou un griffon sur chaque bras, de multiples animaux sont posés sur les étagères de son tronc-colonne (licornes, centaures, chevaux, dromadaires, bœufs). Tout cela est bien, mais maintenant, que sont ces nœuds sur son voile ? Six papillons, dont les deux sommitaux croisent leurs antennes. Comparée à son modèle (infra, Wikipédia), il s'avère qu'il s'agit d'un petit clin d'œil fantaisiste de Roesel.

                                 220px-Sel%C3%A7uk_statue_Artemis.jpg

 

(Artémis multimammia du type d'Éphèse, IIe siècle apr. J.-C., Musée deSelçuk)


Ce frontispice coloré est l'œuvre de Johan Justin Preisler (1698-1771) et a été gravée par Martin Tyroff (Augsbourg 1704-1758), graveur en taille douce et marchand d'estampes à Nuremberg et auteur d'un autoportrait de 1751 (INHA), de portraits, de compositions à putti, etc.

Les deux artistes ont aussi collaborés pour des armoiries (Arm. Imhoff, Arm. Haller, Arm. Gender), un portrait de l'empereur François Ier, un buste de Georges III (Br. Mus.) : dans tous les cas, le style est assez proche du frontispice étudié, avec des putti entourés d'allégories.

                  Frontispice-roesel.png

 

L'épigraphe.

  Il s'agit d"une citation extraite de l'Histoire Naturelle de Pline, Livre XI chapitre 2* : RERUM NATURA NUSQUAM MAGIS QUIAM IN MINIMIS TOTA EST.

* chapitre 1 des éditions actuelles.

 Elle peut se traduire par "la nature des choses n'est nulle part mieux révélée que dans les petites choses." et est extraite de ce passage :

sed turrigeros elephantiorum miramurumeros

 taurorumque colla et truces in sublime iactus, 

tigrium rapinas, leonum iubas,

 cum rerum natura nusquam magis quam in minimis tota sit

quapropter quaeso ne legentes,

quoniam ex his spernunt multa, 

etiam relata fastidio damnent, 

cum in contemplatione naturaenihil possit uideri superuacuum. 

  "Nous admirons les épaules des éléphants chargées de tours, le cou des taureaux, leur force à lancer en l'air ce qu'ils saisissent, les déprédations des tigres, les crinières des lions, tandis que la nature n'est tout entière nulle part plus que dans les êtres les plus petits. En conséquence, je prie les lecteurs, malgré le mépris qu'on a pour beaucoup de ces insectes, de ne pas condamner et dédaigner ce qui est rapporté ici : dans l'observation de la nature rien ne peut paraître superflu." (Trad. Dubochet 1848)

  Elle sera reprise par Guillaume-Antoine Olivier en 1808 en introduction de son Entomologie page de titre, par Dézalier d' Argenville dans sa Conchyliologie de 1780, etc. Mais surtout, Linné placera la suite immédiate de cette citation au cœur du Systema Naturae de 1758, p. 341, juste au moment où il aborde les Insectes.

Je n'ai trouvé qu'une seule description ou transcription de cet épigraphe (et du frontispice) par Charles Oberthür, Études de Lépidopterologie comparée, 1910 p. 81.

 

Les Putti et leurs occupations.

Ces petits Amours que j'avais découvert sur le Frontispice de Denis et Schiffermüller 1775 avaient, manifestement, des ancêtres : il s'agit d'un Thème qui est repris et décliné par de nombreux auteurs, et dont il me faudrait chercher les références littéraires. Ces putti sont d'autant plus intéressants qu'ils se livrent aux mêmes occupations que chez les deux auteurs viennois : l'un capture les papillons de son petit filet (mais non, il pêche avec son troubleau dans une petite mare ! Quoi ? Des grenouilles bien-sûr !), alors que les deux autres s'émerveillent devant les beautés du Petit Monde après avoir épinglé les papillons multicolores sur des plateaux rond ou rectangulaire. Des flacons de verre annoncent de studieuses analyses des espèces prélevées. On peut, puisque l'auteur nous incite à nous émerveiller des plus petits détails, noter l'escargot qui progresse à gauche, ou le nœud papillon dans les cheveux du putto agenouillé.


                             Frontispice-roesel-detail.png

 

Les putti appartiennent, depuis l'Antiquité, au vocabulaire des ornemanistes, mais, dans ces frontispices, ces petits êtres semblent avoir une autre fonction que celle d'ornements et être  les Génies intermédiaires, créatures hybrides entre la Science et la Nature ou médiateurs transitionnels entre le monde domestique et dénommé, et le monde sauvage sur lequel l'homme doit encore assurer son emprise: quelques exemples :

Dessin de Jacques de Sève, gravure de Dominique Sornique,  Buffon, Histoire Naturelle, III, 1749, vignette précédant la « Description du Cabinet du Roy », p. 1.  

                25813_36.png

Buffon, Histoire Naturelle, Cabinet du roi, tome III page 13

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Buffon, Histoire Naturelle, Tome I page 3, Premier Discours.

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4'°) Roesel von Rosenhof, Insecten Belustigung, Partie 3, 1740 .

Cette fois, le dessin est signé Nicol Gabler [Nicolas Gabler (1725-1785)].  On lit ensuite Roesel a R exec. puis Mich. Rößler sculps.

 

Charles Oberthür a décrit l'espèce de papillon qui figure ici dans ses Études de Lépidopterologie comparée fasc.V de 1911 page 12 : Callimorpha dominula Linné, 1758, l' Écaille marbrée rouge.

Cf. Roesel Vol. 3 page 267-270 et planche 47; sa chenille est celle, velue, noire rayée de jaune qui croque un bouton de fleur. 

La chenille du premier plan est celle que Roesel fait figurer dans la Planche : celle du Sphinx Tête-de-mort Acherontia atropos. Je peux alors en déduire que le feuillage et les fleurs blanches qui l'entourent sont celles de Solanum tuberosum, la pomme de terre.

Plus bas, on voit une sorte d'asticot dans une coupelle : je laisse au suivant le soin de l'identifier.

Le frontispice de l'exemplaire numérisé par GDZ Göttingen est celui-ci : le titre  est inscrit sur une feuille de papier posée sur un pot de grès ; j'ai mis un certain temps à comprendre que c'est son couvercle, dont la poignée est munie d'un anneau, qui est posée devant nous. 

               Roesel-Insecten-belustigung-partie-2-frontispice.png

Par contre, le frontispice de la version publiée en néerlandais par son gendre Kleemann, dans l'exemplaire numérisé par BHL library est presque identique mais réserve une surprise. A la place du titre, un curieux dessin a été reporté : c'est un détail de la Planche 73 de l'ouvrage en allemand celle qui débute, après un nouveau frontispice , Die historie der polypen der süssen Wasser und anderer kleiner Wasserinsecten hisiges Landes, "l'Histoire des Polypes d'eau douce et autres petits insectes de nos régions.".  Roesel, s'étant procuré un microscope, et de l'eau d'un marais voisin, observa dans le vase quelques globules mêlées à un grand nombre d'autres petits êtres : ils reposaient au fond de l'eau, et ressemblaient bien plus à des grains de matières muqueuse ou au fruits de certains mollusques qu'à de véritables polypes. Chaque globule est retenu à la masse commune mais celle-ci est libre ; elle change de place assez volontiers mais lentement et se fixe tantôt en un lieu tantôt en un autre. Roesel leur donna le nom de Feberbusch Polypen ou Polypes à plumets. Cuvier rebaptisa ces zoophytes bryozoaires les Cristatella.

  Roesel raconte sa découverte des travaux de Abraham Trembley, ce Genévois réfugié aux Pays-Bas et qui avait découvert en 1740 "la régénération des hydres d'eau douce". Il devint du jour au lendemain une star internationale, non seulement par la découverte de ce petit animal long d'un centimètre et ressemblant à un tube muni d'une tête en forme d'étoile, ou de sa capacité de se regénérer après avoir été coupé en deux, mais par l'idée d'envoyer par la poste à ses correspondants un kit composé des petites bêtes dans une bouteille et d'un mode d'emploi. Plus tard, il étudie de nouveaux polypes d'eau douce, qui ne mesurent plus qu'un dizième de millimètres.

Roesel signale aussi les travaux de Baker et Anderon (William Anderson] qui baptisent des polypes The Bell-flowers animals or Plumed-polypes.

http://www.geology.19thcenturyscience.org/books/1838-Johnston-BritishZoophytes/PDFpages/316.pdf

Trembley http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8515435

Certes, j'ai quitté le sujet que je m'étais fixé, l'entomologie, mais j'ai découvert un aspect méconnu des travaux de Roesel : les notices biographiques Wikipédia en français, anglais ou allemand ne les mentionnent pas. Découvrez-les ici GDZ page 433.

                         Roesel-Frontispice-Insecten-Belustigung--partie-trois-Kleem.png

Le Frontispice de l'Histoire des Polypes d'eau douce de Roesel :

On notera le sens de l'humour de l'auteur, qui crée un caducée et un casque ailé d'Hermès à partir de ses zoophytes.

                               Roesel-Frontispice-Histoire-des-Polypes-d-eau-douce-png

 

 

 

 

5°) Geoffroy, Histoire des insectes, 1762, Tome I.

 

Cette vignette sous le titre permet de découvrir aussi l'épigraphe, une citation du Livre IV des Géorgiques de Virgile :

Admiranda tibi levium spectacula rerum, "je te ferais découvrir des choses admirables" ou "je te ferais voir le spectacle admirable des choses".

Un ruban couronne la gravure, et porte les mots FIDES ET CONCORDIA AD LABOREM CONCITANT ("Soutenu par la foi et l'harmonie au travail ??"). Le ruban se termine, à gauche, par une clef.

La gravure associe encore deux allégories (Fides et Concordia ?) et deux putti occupés à prendre soin de plusieurs ruches . Celle-ci sont posées sur une base en marbre blanc qui porte une inscription en italiques. Hélas, je ne peux déchiffrer que le premier mot, "Papillon". Au premier plan brûle un pot à feu.


page-de-titre-Geoffroy-tome-I.png

 


6°) Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature, 1779.

Ce frontispice a été dessiné par Gérardin et gravé par J.J Juillet. Deux arbres délimitant un sentier à l'orée d'un bois sert de support à une tenture frangée d'or. Le titre s'y trouve inscrit :

 Insectes d'Europe peints d'après nature par Ernst Gravées et Coloriés sous sa direction Première partie. Les chenilles crisalides et Papillons de Jour. Décrits par le R[évérend] P[ère] Aug[ustin] Q[uartier S[aint] G[ermain].

Se vend à Paris chez :

-MM. Ernst et Gerardin Rue de la Harpe Ancien Collège de Narbonne

-P.M De Laguette Imprimeur -Libr, rue de la Vieille Draperie

-Bazant et Poignant Mds d'Estampes rue et hotel Serpente.

Avec Privilège du roi

On entrevoit sous le rideau une vue urbaine, réduite à un château dont on discerne le donjon et la porte à herse, et qui semble entouré d'eau. 

Trois papillons sont représentés : une piéride sur une pivoine, un azuré, et un nymphalidé.

                                1

  Mais j'ai eu la surprise de constater qu'il existe selon les exemplaires, des différences notables. Ainsi, celui que présente (hélas en noir et blanc) Archive.org (ici) montre, dans la partie basse, au lieu d'une piéride, ce qui ressemble à un mâle d'Aurore  Anthocharis cardamines, et, de l'autre coté, sous toute réserve, une Carte Géographique Araschnia levana. Mais surtout, on distingue deux ou peut-être trois belles chenilles qu'il vous revient d'identifier.

 

 7°) Engramelle, Papillons peints d'après nature, Volume III.

 

Cette potiche en stuc à l'assaut de laquelle monte une pyramide de fleurs m'intéresse moins, bien que le Sphinx de droite semble une citation du frontispice de Denis et Schiffermüller. La chenille verte est celle d'un Sphinx .

 

 

                           Frontispice-Engramelle-vol.-II-gallica.png


8°) HERBST Johann Friedrich Wilhem, JABLONSKY Karl Gustav, 1793,  Natursystem aller bekannten ins und ausländischen Insecten als eine Fortsetzung der von Büffonschen Naturgeschichte Der Schmetterlinge sechster Theil mit 36 illuminirten kupfertafeln, In der Paulischen Buchhandlung : Berlin, 1793.

L'intérêt de cet ouvrage consacré aux coléoptères est de retrouver ce thème des putti. Il semble y avoir un tabou interdisant de représenter des naturalistes au travail, et imposant de les remplacer par d'innocents enfants, comme si il y avait à cette époque un sentiment coupable de commettre une transgression. Or, si l'être humain s'était là jusque abstenu de nommer tous les animaux qu'il n'avait pas domestiqué, dans une tacite délimitation d'un territoire du familier —où les animaux reçoivent un nom propre—, d'un territoire de la relation et de la chasse —où les animaux propres à être mangés reçoivent un nom commun, et d'un territoire sauvage et non-mangeable où les animaux ne sont pas nommés, ce n'était certainement pas par hasard et sans obéir à un impératif fondamental.

 Et si, depuis le coup de théâtre transgressif de Linné l'humain s'autorisait à obéir à cette injonction qui sert d'épigraphe au Wiener Verzeichniss (Numeros et nomina, "dénombre et dénomme"), ce n'est pas sans avoir à vaincre des résistances inconscientes.

 Je peux établir un parallèle avec la pratique des dissections anatomiques, elles-aussi frappées d'un même interdit : si, dans les frontispices des livres de médecine, ce sont des Putti qui mènent les dissections, c'est qu'il est aussi audacieux de montrer (Rembrandt confirmant la règle par son exception) un anatomiste au travail qu'un naturaliste épinglant ses spécimens.

 

[Bandeau où l'on voit des amours s'apprêter à faire une dissection] Mémoires de l'Académie royale de chirurgie. Tome I Paris : Charles Osmont, 1743 :

                       06649.jpg : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?06649

 


                        frontispice-Herbst-Berlin-1794.png

 

 

 

9°)  La Revue Der Naturforscher, Berlin, 1774-1804.

 Il s'agit du périodique dans lequel Rottemburg publia de 1775 à 1777 ses descriptions de la collection de Hufnagel : 

  • Rottemburg, S. A. von (1775-1777): Anmerkungen zu den Hufnagelischen Tabellen der Schmetterlinge. Erste Abtheilung./ Zweyte Abtheilung/.Der dritten Abtheilung erste Classe./Der dritten Abtheilung zwote Classe.:Der dritten Abtheilung dritte Classe– Der Naturforscher, 6: 1-34. ; 7  105-112 ;  8: 101-111 ; 9: 111-144 ; 11: 63-91.

 http://www.ub.uni-bielefeld.de/diglib/aufkl/naturforscher/naturforscher.htm

 

  Dans ce frontispice qui est la page de titre de la Revue Der Naturforscher ("Le Naturaliste"), on voit précisément le Naturaliste en question, assis en pleine campagne comme à son bureau, la plume à la main : ce sont les Amours qui lui apportent les spécimens d'Histoire naturelle qu'ils vont prélever dans la Nature. Il s'agit peut-être d'un de ces savants qui embarquent dans les grandes expéditions d'exploration scientifique, et dont on voit le navire mouillé dans l'estuaire. Je distingue un lion, une sorte de chat à long museau, une ruche, un putti ramenant un oiseau (?), un autre portant sur sa tête une corbeille de fruits ou de fleurs, un troisième prélevant dans l'eau un crustacé alors qu'une étoile de mer et un oursin sont posés près de lui.

 Je peux y voir une illustration de cette fonction transitionnelle que remplissent les Génies (comme les nommait Schiffermüller) entre Humanité savante, et Nature.

 

http://www.ub.uni-bielefeld.de/cgi-bin/navtif.cgi?pfad=/diglib/aufkl/naturforscher/118752&seite=00000002.TIF&scale=5

Originalseite

 

 

                                          

                           II. Les épigraphes.

 

 

 1°) Christopher Merret 1667 Pinax :

Citation d'Hippocrate en grec (non déchiffrée)

2°) Merian 1679 :

 Der raupen wunderbare, http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/merian1683bd2/0001?sid=60cf69e1e42d9f47fab471b161dd0ee3

Maria Sybilla Merian cite un poème de Arnold,

Die Erde wird nicht müß / Das Jahr erholt das wieder / Die Raupe legt sich nieder/ als wäre sie fast sodf.

3°) Petiver, Musei 1695

L'apothicaire  londonien James Petiver cite Aristote dans son  Musei Petiveriani centuria prima, Londres 1695 ; mais je n'ai pas retrouvé l'origine de cette citation, qui a été reprise plus tard soit par Johannes Gistel en 1837, soit par la Société impériale des naturalistes de Moscou dans ses Memoires soit  par Ermenegildo Pini  Protologia: en épigraphe du analysim scientiae sistens ratione prima exhibitam, Volume 1.

Prima laus est humanae sapientiae, valde similia posse distinguere. Aristote 

 

 

4°) Linné, Fauna svecica 1746 (et 1761) :

Linné cite Quintilien : il s'agit (à partir de la seconde phrase) d'un extrait de l'Institution Oratoire Livre XII chapitre 6, 3 : le titre du chapitre est Quod sit incipiendi causas agere tempus ("A quel âge l'orateur doit-il  commencer à plaider"). Quand à la première phrase, elle est attribuée à Quintillien par quelques auteurs.


Quae praesenti opusculo desunt suppleat Aetas ;

Non enim differendum est tyrocinium in Senectutem

Nam quotidie crescit metus

Majusque fit semper quod ausuri sumus ;

Et dum deliberamus, quando incipiendum,

Incipere jam serum fit,

Quare Fructum studiorum viridem

Et adhuc dulcem promi decet,

Dum et Venia ,

Et spes est,

Et paratus favor,

Et audere non dedecet.

 Quintilianus.

 "Il manque à ce présent travail d'être nourri par l'âge;" 

"D'un autre coté il ne faut pas prolonger son apprentissage jusqu'à la vieillesse ; car chaque jour on devient plus timide, chaque jour on se grossit d'avantage les difficultés, et pendant qu'on délibère si on commencera, il est déjà trop tard pour commencer. Je veux donc que le fruit des études ne se produise que quand, encore un peu vert, il a néanmoins encore quelque saveur, lorsque l'âge est un titre à l'indulgence." Quintilien


 

 5°) Linné, 1758, Systema Naturae.

O Jehovah !

Quam magnifica sunt Tua Opera !

Vir insipiens non cognoscit ea

& stultus non animadvertit ea.

David.

"Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel [que tes pensées sont profondes]! 

L'homme stupide n'y connaît rien, 

Et l'insensé n'y prend point garde".

 Cet épigraphe de Linné a été souvent cité, mais personne ne l'a, à ma connaissance, rapporté à un psaume de David ; j'ai trouvé certes cité une fois le Psaume 104, mais la seconde partie des versets ne s'y trouve pas. Il s'agit en fait du Psaume 92, 6-7 ; j'ai donné la traduction de Louis Segond.

 



 6°) Rösel von Rosenhof 1758

 Historia naturalis ranarum nostratium, (frontispice), J.J. Fleischmann, Nuremberg, viii, 115.

 Je place ici ce frontispice de Roesel alors qu'il introduit à son traité sur les Batraciens car d'une part son épigraphe sera repris par Geoffroy à propos des Insectes, mais aussi parce qu'il est très riche d'enseignement. J'apprécie d'une part le point de vue à hauteur du ras du sol qu'adopte l'illustrateur ; il nous introduit dans une optique de petit animal, où les fleurs sont d'immenses parasols, et les tiges de rosiers ressemblent à des troncs d'arbres sur lesquels il faut grimper. Une mare d'eau prend l'allure d'une mer. On trouve ici les techniques de l'estampe japonaise, avec le renversement de perspective, un champ de vision étroit, un "arbuste" en premier plan mais coupé par les bords de la planche. 

 Une ironie ricanante a fait basculer dans la mare ce socle de marbre de l'antiquité grecque, lézardé (sic), en position excentrée, et en train de sombrer ; et la grenouille qui découvre l'inscription lapidaire :

ADMIRANDA TIBI LEVIUM SPECTACULA RERUM

avec la curiosité d'un naturaliste face à une espèce encore innommée doit se préparer à se retourner vers ses copines pour un bon moment d'hilarité. 

Pourtant, la citation virgilienne est l'une des plus belles, et des plus humbles. 

Ce frontispice a servi de couverture au FASEB Journal d'août 2009, la revue de l'Association américaine des sociétés de biologie expérimentale : les auteurs proposaient alors pour la citation de Virgile la traduction suivante : "Regard with wonder that which the smallest of creatures display", ce qu'il me faut traduire à mon tour par " Regarde avec émerveillement ce que les plus petites créatures te présentent"

 La gravure est due, comme le frontispice d'Insecten Belustigung, au burin de Martin Tyroff ; mais cette fois-ci le dessin et la couleur sont dues à "August Johan Roesel" lui-même : comme nous sommes loin des allégories surannées !

 

                   illustration stylisée

Johann Roesel von Rosenhof ( 1705-1759 ), descendant d'une famille noble autrichienne , était un peintre miniaturiste, naturaliste, et entomologiste dont les spécialités sont les insectes, les amphibiens et  les reptiles, et qui est l'auteur de deux des publications les plus importantes de l'histoire naturelle du 18ème siècle. Les cinq volumes de l'Historia naturalis ranarum sont consacrés à des grenouilles et contient les descriptions détaillées de Roesel sur le cycle de vie , l'anatomie et l'ostéologie de toutes les espèces de grenouilles en Allemagne . Les 300 planches gravées de couleur à la main, produites en collaboration avec son épouse, sont des merveilles d'art miniaturiste qui ont acquis à Roesel la reconnaissance générale.

      Encore un mot. Ai-je dérogé à mon sujet (les frontispices consacrés aux papillons) en plaçant ici cette planche ? Moins qu'on ne le pense ; regardez :

 

 Roesel Ranarum Frontispice

 

 

7°) Poda 1761 :

Insecta musei graecencis Graecii typis haeredum Widmanstadii, 1761 : 

 

Insecta ob corporis parvitatem a vulgo contemnuntur, ab hominis vero cordatis, qui res non magnitudine sed pretio aestimant, in pretio & admiratione habentur.  Aldrovand.

  "Les insectes sont méprisés par les vulgaires pour la petitesse de leur corps. Mais l'homme sage, qui n'estime pas les choses selon leur taille, mais selon leur valeur, les admire et connait leurs mérites" Ulysse Aldrovandi.


) Geoffroy 1762, Histoire des insectes

Admiranda tibi levium spectacula rerum.

Cf Geoffroy et Roesel, supra.

9°) Leonardo de Prunner (1798)  in Lepidoptera Pedemontana

 Cet auteur cite un texte de Linné : il s'agit des quatre premières lignes de l'Impedium Naturae qui introduit le Systema Naturae page 5 :

Deum sempiternum, omniscium, omnipotentem vidi, et obstupui : legs aliquot ejus vestigia per creata rerum, in quibus omnibus, etiam ut fere nullis, quae vis ! Quanta sapientia ! Quam inextricabilis perfectio ! C.A. Linné in imp. Nat. sp. an.

J'ai vu Dieu éternel, omniscient, tout-puissant, , et j'ai été surpris: [...] Quelle force ! Quelle sagesse! Quelle inépuisable perfection! 

 


Sources et liens

— Louis Marin 1987, Esprit créateur, : http://www.louismarin.fr/ressources_lm/pdfs/EsprCreat2.pdf

— Université de Lyon, Frontispices et pages de titre :http://sites.univ-lyon2.fr/lesmondeshumanistes/frontispices/

— Frontispices des livres médicaux : http://www.bium.univ-paris5.fr/expo/sommaire.htm

— HOEFNAGEL , D. I. 1630. Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. - pp. [1], pl. 1-16. [Amsterdam].  :Typis[que] mandatæ a Nicolao Ioannis Visscher,1630  . BHL

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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