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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 21:53

  L'ancien jardin botanique de l'Hôpital Maritime à Brest.

 

 

Voir aussi :  Le Musée ou Cabinet d'histoire naturelle du jardin botanique de Brest 1800-1944.

 

Le jardin de l'Hôpital d'Instruction des Armées Clermont-Tonnerre

 

  Le Jardin de l'Hôpital d'Instruction des Armées Clermont-Tonnerre  est  situé sur les terrains de l'Hôpital d'Instruction des Armées Clermont-Tonnerre rue du Colonel Fonferrier à Brest. Il est ouvert aux malades, à ceux qui leur rendent visite, et  au personnel, et son entrée est gratuite. Son intérêt principal ne vient pas de sa beauté ou de sa richesse botanique actuelle, beauté et richesse très relative malgré ses cinq cent plans et les efforts du jardinier (CAT des Papillons Blancs) , mais naît de son histoire, car c'est là qu'existait jadis l'un des plus prestigieux jardins botaniques de la marine, depuis sa création en 1694 ; et il faut, en s'y promenant, avoir à l'esprit la grande aventure de la botanique et de la pharmacie, puis de l'exploration et de l'acclimatation des espèces botaniques ou zoologiques ramenés de tous les continents par les vaisseaux qui terminent au port de Brest leurs navigations. Un lent déclin du jardin au XXe siècle , puis sa destruction lors de la Seconde Guerre mondiale et le transfert de quelques plants précieux vers le Conservatoire du Stang Alar rend ce travail d'évocation du passé bien exigeant. La surface initiale de 8000 m² s'est trouvée réduite à 6200 m² après avoir été amputée pour créer le bâtiment de l'Administration et des pavillons médicaux.


  Le brestois, marin ou non, pénètre habituellement dans l'hôpital à vive allure, qu'il se presse vers un rendez-vous, qu'il visite l'un de ses proches hospitalisés, ou que, dans le V.S.A.B des pompiers ou dans son véhicule, il se précipite plein d'angoisse vers l'entrée des Urgences pour réduire sa fracture, suturer sa main passée sous la tondeuse, panser la brûlure occasionnée par son barbecue ou ôter le couteau qu'un voisin de bar lui a planté en un endroit sensible. Bref, il est rare qu'il prête attention aux masses de verdure qui entourent, de chaque coté, l'allée centrale menant vers ces Services médicaux et cruciaux. Et pourtant...

 1. Le parterre d'accueil.

 Et pourtant, s'il adopte,  pour une fois, le pas tranquille du flâneur et du fureteur, s'il donne à ses jambes cette nonchalance bonhomme et désinvolte qui confère à l'âme l'esprit badin, folâtre et capricant, allant à sauts et gambades parmi les bâtiments, le visiteur découvrira, à peine franchie la barrière d'entrée, un premier parterre (moderne) orné d'un mât, d'une ancre et d'une cloche. Ce serait la cloche de la chapelle de l'hôpital de la marine, portant sous des feuilles de saule l'inscription IESU MARIA LAN 1698 , et, entourant une croix, les mots ME FECIT VLIANVS TROVSSEL

  L'ancienne "chapelle du séminaire ou de la Marine" fut édifiée en 1743 sur les plans de Choquet de Lindu et détruite au début du XXème siècle. C'était  est celle des Pères Jésuites après que les Brestois aient racheté leur église Saint-Louis en 1750. Après le départ des Jésuites, la chapelle du séminaire est attribuée aux troupes de la marine. La chapelle est transformée durant la Révolution en hôpital en la divisant en salles au moyen de planches, et accueille alors 600 malades, sous le nom de Temple de la Concorde. (Levot, Hist. port Brest T.4 p.208). Puis elle sert de tribunal révolutionnaire, tandis qu'on inscrit sur son fronton Justice du Peuple. puis de 1800 à 1814 en un magasin à vivres au service de l'hôpital. (Levot, T2 p.243) En 1814, la chapelle est restaurée complètement et on y place dans le chœur un groupe en marbre blanc dû au sculpteur flamand Schiemakers (retable venant de la citadelle d'Anvers). Prosper Levot en donne une description détaillée, mentionnant sa nef est voûtée en pierres de taille, ses arcades formant à l'origine dix chapelles particulières, mais ne dit rien de sa cloche. Le monument est par la suite cédé à la Ville pour permettre la percée d'une rue dans le quartier Keravel et est arasé. 

 

 Il ne faut pas confondre (ce que je fis) cette chapelle de la marine avec la chapelle de l'hôpital, décrite par P. Levot T2 p. 319, avec ses quatre colonnes en granit de l'Aberildut, et qui fut reconstruite par Verrier en 1860. C'est elle qu'on voit sur les photographies anciennes, dans le prolongement du préau, de la rampe et du portique semi-circulaire d'entrée. 

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Mais la cloche de cette chapelle de l'hôpital, bien décrite par P. Levot, datait de c1860. Au total, je ne suis pas bien sûr de l'origine de cette cloche.

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  Cette inscription permet d'évoquer l'une des familles de fondeur de cloche du Finistère. Julien TROUSSEL, fondeur de cloche à Morlaix, était le fils de François Troussel dit LA CROIX, 1664-avant 1707. Originaire de Normandie mais installé à Morlaix rue du Fil dès 1667, François était l'époux de Marie Le Moing dont il eut 5 enfants baptisés paroisse Sainte-Mélaine à Morlaix : Julien (18-10-1667), Jacques (2-07-1669), Julien (06-11-1671), Anne (28-05-1675), et Bernard (16-03-1678). (Fichier Bourde de la Rogerie).

La date de 1698 est celle de l'achèvement des travaux d'aménagement de l'hôpital et du jardin. Cette cloche est donc une bonne balise d'introduction dans ce jardin qui a été créé en 1694.

 

  Le promeneur découvrira aussi des massifs de Gunnera et de bambous, puis des bassins aux formes contournés ; tout cela serait, si mes informations sont exactes, de construction récente.

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2. Le jardin de l'hôpital maritime.

  Ce qu'il reste du jardin botanique ne débute qu'après avoir franchi les bâtiments du Service du personnel ; un plan en dégage le dessin général : entre la rue Portzmoguer au nord-est, et la rue de Lyon au sud-ouest, trois terrasses se succèdent, traversés comme par un coup d'épée par l'allée qui en détruit la cohérence. La partie la plus haute (en haut à droite sur ce plan) est actuellement occupée par un mini-golf, et par une butte-labyrinthe. A l'extrême gauche, devant le restaurant du personnel (ici, sous le chiffre 7) un long parterre indique la Cour Crevaux, encore en contre-bas par rapport aux terrasses, et centrée par le buste du médecin qui lui donne son nom.


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Voici la description que donnent de ce jardin Claude-Youen Roussel et Arièle Gallozzi (2004):

      « La terrasse supérieure aux sept parterres est peuplée de beaux arbres exotiques ou locaux plantés depuis la Seconde Guerre mondiale, de grosses racines anciennes rampent sur le sol.

      La butte artificielle (plus petite que celle du jardin des Plantes) existe toujours. Son modeste labyrinthe est aujourd'hui étouffé par la poussée excessive des ifs qui délimitaient son tracé. Un Gingko biloba d'après-guerre voisine avec des camélias portant encore les traces des éclats de bombes. M. Gérault [le pharmacien-chimiste en chef Alain Gérault] en signale un remarquable, âgé d'environ cent cinquante ans, et un palmier particulièrement développé, Chamaerops humilis.

La terrasse centrale ; limitée par la route axiale, est occupée par un grand parterre rectangulaire et un plus petit arrondi, organisé à l'anglaise. Des arbres buissons et quelques fleurs poussent çà et là. La belle rocaille du XVIIIe siècle en demi-lune et son bassin sont en bon état, mais obturés par des plans sans intérêt.

La troisième terrasse est l'espace le plus agréable, garnie d'un superbe Magnifolia grandiflora, d'un Gunnera manicata, d'un Hibiscus syriacus et de jolies fleurs. Son bassin rond est malheureusement remblayé.

Les terrasses sont séparées de la rue de Lyon par un terrain long et étroit, occupé en son centre par une construction en U très remaniée (l'ancienne maison de Laurent), un jardin clos privé (autrefois le jardin d'été de Laurent), et une cabane à outils près des planches de préparations des plants, à l'emplacement des anciens bassins à sangsues. Enfin, seules les traces au sol des deux serres du XVIIIe siècle subsistent, dans la cour Crevaux et près du jardin clos où la serre était encore indiquée sur un plan de 1997. Celles du XIXe siècle ont complètement disparu». 

  Pourtant, ce qui fut, au XIXe siècle, "le plus beau jardin de la métropole" (C.Y. Roussel, A. Gallozzi) est à l'origine selon A.H. Dizerbo de la présence, dans les jardins privés du Finistère, de l'apparition  de  mûriers et d'orangers, de haies de Fuchsia magellanica (qui viennent du Chili et d'Argentine), de Gunnera du Chili ou de la Scille du Pérou, mais aussi de l'introduction dans l'Ouest de la France de plantes comme les Camélia, les Yucca gloriosa L., le Gynerium argenteum Stapf., l'Auricaria imbricata Pav., l'Escallonia illinata Presl." (A.H. Dizerbo, 1954).



 3. Vues panoramiques successives depuis la terrasse supérieure jusqu'à la partie basse :

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4. Quelques plantes remarquables.

  Parmi les cinq cents plants actuels, certains plants sont identifiés par des bornes vertes. J'en donne la liste.

 

 

A. Terrasses supérieures.

  • Paulownia catalpifola, Catalpa, Scophulariacées, Chine, Corée.
  • Agapanthus africanus, Lis du Nil, Liliacées, Afrique du Sud, Australie.
  • Rhododendron ponticum, R. pontique, Caucase.
  • Liriodendron tulipifera, Tulipier de Virginie, Magnioliacées, Amérique du Nord.
  • Ilex aquifolum, Houx commun.
  • Crataegus laevigata, Aubépine rouge, Rosacées.
  • Taxus baccata, If commun,
  • Castanea sativa, chataîgnier.
  • Colletia paradoxa  Escal.,ou cruciata (Gill & Hook) ??, l'Avion Potez, Rhamnacées, Brésil.
  • Gingko biloba L.,1771, Arbre aux quarante écus, Gingkoaceae, Chine
  • Gunnera manicata Linden, 1867, Rhubarbe du Brésil ou Gunnère du Brésil, Gunnéracées, Amérique du Sud.
  • Chamaerops humilis L., 1753, Palmier nain ou Palmier doum, Arecacées, Pourtour méditerranéen. Il a été introduit en 1850 dans ce jardin.
  • Dracaena australis ou Cordyline australis (Fors.f.) Hook.f.,1860, Cordyline, Agavacées ou Liliacées.

 

   Avant la Seconde Guerre, les brestois avaient libre accès au jardin botanique pendant la belle saison le jeudi (jour de congé scolaire) et le dimanche.

" Par les allées bordées d'arbres dont certains séculaires : magniolias, araucarias, eucalyptus, paulownia, rhododendrons arborescents ("famille des éricacées" précisaient des fiches de tôle peinte), on gagnait les niveaux  supérieurs du jardin. On allait, négligeant dans l'Est du mur d'enceinte un vague sous-bois où rouillaient quelques antiques cages à fauves sans occupants depuis fort  longtemps sans-doute. On montait entre des pelouses en forte pente dont le vent exaltait les tons complémentaires d'un large massif de bégonias* multicolores (orgueil justifié des jardiniers de l'hôpital maritime), et un énorme aloès, si charnu qu'on l'eut cru coulé en bronze patiné. On parvenait alors au labyrinthe. Ce n'était guère qu'un tertre fort modeste, en cône tronqué...Un chemin en spirale le gravissait, bordé de haies vives, taillées au delà de la hauteur d'œil" (Docteur Robert Bellec, 1977).

  *Je rappelle que Michel Bégon (1638-1710), qui a indirectement donné son nom au bégonia, a été commissaire de la marine à Brest en 1680. C'est en 1689 que, nommé Intendant des Îles françaises d'Amérique aux Antilles il emmena un botaniste, le père Charles Plumier, qui dédia cette espèce à son protecteur.

 

   "Un jardin délicieux, planté dans un rempli des vieux remparts de Vauban, enclos de grands murs et disposés en trois terrasses ; la plus haute était dominée par ce que les enfants appelaient pompeusement le labyrinthe, et qui n'était qu'un sentier en spirale montant sur une butte et menant à un petit kiosque ombragé de beaux arbres dont un gingko biloba dont le nom nous amusait autant que la forme curieuse de ses feuilles. Il y avait plusieurs pièces d'eau ; dans l'une d'elles s'était noyé un jeune garçon et on nous mettait en garde contre ses dangers ; tout à coté, un petit cours d'eau sur lequel passait un pont rustique ombragé de hauts bambous aboutissait aux bacs des plantes aquatiques. Partout des fleurs, partout des grands arbres : nous savions que parmi eux se trouvaient des espèces extrêmement rares en Europe, mais notre science n'allait pas jusqu'à savoir lesquelles. Les plates-bandes où se cultivaient autrefois les « simples » destinées aux soins des malades étaient encore ceinturées de leurs buis.» (Médecin-Principal Charles Laurent, 1963)

 

  La butte  et son labyrinthe en coquille d'escargot ; la butte était jadis coiffée par un élégant belvédère, "petit pavillon ouvert à tous vents dont le toit aux angles relevés était soutenus par des colonnettes de fonte "vert-jardin"." (R. Bellec).

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Le mini-golf.

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Chamaerops [Chamœrops] humilis L., 1753, Palmier nain ou Palmier doum, Arecacées, Pourtour méditerranéen. Il a été introduit en 1850 dans ce jardin.

  Seul palmier spontané d'Europe, endémique au sud de l'Espagne, découvert à l'état sauvage à Monaco en 1808, il semble être dans le sud de la France une sorte de relique de l'ère Tertiaire ayant survécu aux glaciations du Quaternaire. Sa base est occupée par un buisson de drageons, d'où émergent chez les individus âgés un tronc de deux mètres et son éventail de feuilles palmées.

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Dracaena australis ou Cordyline australis (Fors.f.) Hook.f.,1860, Cordyline, Agavacées ou Liliacées.

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      Le Palmier à chanvre ou Palmier de Chine Trachycarpus fortuneii (Hook.) H.Wendl., 1863.

  Ses graines ont été rapportées la première fois en Europe vers 1850 de Chusang en Chine par Robert Fortune (1812-1880), et la plante porte donc son nom.

  Robert Fortune n'est autre que "l'espion du thé", celui qui, en 1848, déguisé en chinois avec une longue natte dans le dos, alla prélever à la demande de la Compagnie des Indes Orientales  des plants et des graines de théier et de percer les secrets de fabrication du thé dans diverses régions chinoises, engageant des ouvriers chinois pour venir travailler pour les britanniques. En 1843 lors d'un premier séjour (Trois années d'excursions dans les provinces du nord de la Chine), il avait observé comment les chinois cultivait les théiers, et avait découvert que le thé vert et le thé noir provenaient de la même plante. Forte du plus magistral vol commercial de l'Histoire, la Grande-Bretagne organisa la culture du thé dans ses colonies en Inde, et brisa le monopole chinois du Thé.

  C'est l'un des palmiers qui résistent le mieux au froid, et qui supporte le manque ou l'excès d'humidité ; on a pu croire que le jardin maritime en conservait encore deux  exemplaires de l'ancien jardin, où ils avaient été plantés en 1856-1858 grâce à des envois du Muséum, mais les palmiers actuels sont en fait plus récents.

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      La rocaille et le Gunnera manicata, Rhubarbe du Brésil.

 

"Plus haut  dans le jardin, en bordure d'une autre allée, une vasque très ombragée recevait une petite cascade dont l'eau ruisselait d'une rocaille tapissée de fougères sur des blocs de coraux et des madrépores à fleur d'eau".  (Docteur Robert Bellec) 

  Tout à fait inappropriée pour faire une tarte à la rhubarbe (cette Rhubarbe Géante n'a de rhubarbe que le nom), elle rend hommage par son nom de genre  au botaniste norvégien Johan Ernst Gunnerus, (1718-1773). L'adjectif latin Manicata  signifie "qui a des manches", mais m'évoque surtout la forme de la main de ses grandes feuilles, le mot manica signifiant "gant", " longue manche de tunique couvrant les mains".

 

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Colletia  cruciata (Gill & Hook), Collétie Croix-de-fer, Collétie croisette, l'Avion Potez, en anglais Anchor Plant, Rhamnacées, Brésil.

   Son nom de genre rappelle la mémoire du botaniste magistrat Philippe Collet (1643-1718), qui dressa l'inventaire des plantes autour de Dijon ; l'épithète cruciata, "en forme de croix", est liée à la caractéristique de ce curieux arbre sans feuilles, dont les tiges ont des ramifications aplaties triangulaires qui s'organisent dans des plans perpendiculaires. Cette plante plaisait beaucoup, dit-on, à Henri Potez, propriétaire du domaine austral du Rayol, (Var) et on peut voir dans la silhouette de ses "épines", non pas une ancre, comme les anglais, mais un avion.

  Il donne, en automne, une floraison blanche mellifère parfumée comme la pâte d'amande ou le miel. Humm!


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  Focalisation progressive sur "l'Avion Potez" :

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      On comparera ces vues du jardin avec celle de l'hôpital et du parc avant la Seconde Guerre sur cette Carte postale.

 

 

B. Terrasse inférieure (principale).

  • Ericana lusitanica, Bruyère du Portugal, Ericacées, Sud-Ouest de l'Europe.
  • Camelia japonica "Don Kelarii", Camélia panaché, Théacées, Asie.
  • Phormium Tenax, Lin de Nouvelle-Zélande, Liliacées.
  • Camelia japonica "Implacata rubia", Camélia rose, Théacées, Asie.
  • Camelia blanc "alba plena", Théacées, Asie.
  • Dracaena australis ou Cordyline australis (Fors.f.) Hook.f.,1860, Cordyline, Agavacées ou Liliacées.
  • Trachycarpus Fortuneii, Palmier chanvre, Arécacées, Chine. 
  • Myrthus Luma, Myrte Luma, Myrtacées, Chili.

 

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Myrthus Luma, Myrte Luma, Myrtacées, Chili.

Luma apiculata (est-ce lui ?) se plait particulièrement bien en Bretagne, en zone côtière dont il apprécie le climat doux, mais gèle en dessous de -15°. Certains spécimens atteignent 12 mètres de haut. 

 

Son tronc couleur cannelle qui s'exfolie en blanc crème. Il fleurit en été, se couvrant de petites fleurs blanches à longues étamines ; puis, à l'automne, des petits fruits pourpre sombre, comestibles, sont mangés par les oiseaux avant qu'on puisse en faire des confitures.


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L'écorce vanille et cannelle  de la myrte :

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La floraison de Myrthus luma : 

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  Vue générale :

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 Le bassin.

 

" On remontait vers l'allée principale en contournant un rond-point centré par un petit bassin où des cyprins furtifs glissaient comme des ombres parmi quelques nymphéas et les reflets d'arum et d'herbe de la pampas que le dimanche un jet d'eau modeste paraît d'une poussière de vaguelettes." (Docteur Robert Bellec) 

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Le même au printemps :

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      Plants de Phormium tenax ou Lin de Nouvelle-Zélande :

 

   Ferdinand Noël avait acclimaté ici cette plante (dont on disait que les graines avaient été ramenées par Freycinet de son voyage autour du monde à bord de l'Uranie, 1817-1820, mais les premières graines ont été ramenées par Labillardière en 1793) en espérant en extraire la filasse afin d'en faire des cordages.  Effectivement, les maori de Nouvelle-Zélande la tresse et la tisse pour réaliser des paniers ou des cordes, et les colons anglais avaient établi dés 1797 une manufacture de Phormium dans l'île de Norfolk. Mais en France, les cordages et tissus fabriqués ainsi résistaient très mal à l'humidité et au lessivage. Édouard Vincent, pharmacien en chef à Brest, dans un mémoire à l'Académie des sciences du 29 mars 1847, en donna l'explication : les fibres présentaient des intersections albumineuses que la chaleur humide ou les alcalis détruisaient. En 1848, il proposait une méthode permettant son emploi en association avec le chanvre.

  Les feuilles de cette plante peuvent dépasser deux mètres de long, et servirent longtemps, en Nouvelle-Zélande, de liens pour ceindre les balles de laine exportées vers l'Europe. 

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      Dracaena australis ou Cordyline australis (Fors.f.) Hook.f.,1860, Cordyline, Agavacées ou Liliacées :

 

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Les anciens Camélias.    

  En 1871, E. Vavin les signalait déjà commme des arbres vénérables, dont plusieurs auraient été plantés  par Antoine Laurent dans les années 1810, "les troncs de ceux que j'ai mesurés ont, près du sol, 40 à 50 centimètres. Leur belle et luxuriante verdure en février prouve qu'ils ont supporté bravement les frimas de cet hiver [particulièrement froid en 1870-71 et responsable de nombreuses pertes de plants à Brest]. Beaucoup de ces Camellias sont de véritables arbres ; quelques uns ont plus de 10 mètres de tour et 3 mètres de haut : ils fleurissent tous les ans et donnent des graines parfaitement mûres".

  En 1908, L. Pardé, Inspecteur des Eaux et Forêts, attestait avoir vu dans le jardin de la Marine un Camellia japonica planté en 1811.

  C'est cette acclimatation du Camellia japonica dans le jardin botanique de Brest qui est responsable de la forte densité de camélias en Finistère, et plus largement en Bretagne.

  Selon Fanch Le Hir, conservateur du Conservatoire Botanique du Stang Alar, aucun des camélias présents ne date de de A. Laurent, même s'ils peuvent être centenaires, et être issus des plants d'origine. Ils font eux-mêmes l'objet de reproduction.

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Camelia japonica étiqueté ici "Don Kelarii". C'est le "Donckelaeri", plus couramment nommé "Masayoshi" . Camélia panaché.

      Les fleurs de 10cm, semi-doubles sont rouge-cerise tachetées de blanc. Elles apparaissent de mars à mi-mai. 

Les camélias anciens  du jardin sont recencés par la Société Bretonne du Camellia. Les troncs, blessés et tortueux, portent encore des traces d'obus du bombardement de 1944.

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Camelia japonica "Implacata rubia", Camélia rose, Théacées, Asie.

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 Ce camélia semble faire l'objet d'une reproduction par marcottage aérien :

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Son voisin, aux fleurs panachées :

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Camelia japonica  blanc "Alba Plena": ( ou "Nankin-Shiro").

Fleur double blanc porcelaine de janvier à avril.

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5. La Cour Crevaux : où je découvre un homme mangé par les indiens, et celui qui inspira Hergé pour "l'Oreille Cassée".

         En 1889, O. Pradère écrivait dans son Guide du touriste : "On remarque au milieu du jardin botanique un petit monument en pierre du pays surmonté d'un buste en bronze de Jules Crevaux, médecin de la Marine. Ce monument a été élevé en ce lieu par le corps médical de la marine pour perpétuer la mémoire de cet illustre explorateur. Sur le monument est gravé en creux l'inscription suivante : " À CREVAUX. Le corps des médecins de la Marine. Jules Crevaux, 1846-1882, massacré par les indiens Tobas."

  Ce buste, réalisé par Alfred Daubrée à Nancy, (ville dont le Jardin des plantes abrite un exemplaire identique, car c'était le siège de la Société de Géographie) et sa stèle gravée, occupent aujourd'hui le centre d'un parterre gazonné en face des fenêtres du mess. Heureux (?) les médecins qui peuvent, en se restaurant, méditer sur la vanité passionnante des destins en pensant à leur confrère embarqué sur le La Mottte-Picquet pour explorer de 1873 à 1882 l'Amérique Équatoriale, pénétrant en Guyane, remontant le Magdalena et l'Orénoque. Ont-ils lu ses Voyages dans l'Amérique du Sud, Paris 1883 ? Ou bien En radeau sur l'Orénoque : des Andes aux bouches du grand fleuve 1881-1882 ?

  Combien sont-ils, à l'Hôpital-Inter-Armées, à appartenir aux Amis de Jules Crevaux ?  Le site de cette association me permet de découvrir que le buste de Brest honore, non pas une vieille barbe révolue et oubliée, mais un homme d'actualité, dont le Musée du Quay Branly va présenter en 2014, en outre de l'exposition permanente, son exploration de la Guyane, et auquel le Musée-aquarium de Nancy consacre en juin 2013 une exposition.

  J'étais passé distraitement devant cette Cour Crevaux à la sévérité toute hospitalière, trop rectiligne, au gazon et au buis ennuyeux, à peine fleurie, à peine égayée par un masque de faune que n'anime plus l'eau vive d'une fontaine, et voici que, comme plongé dans L'Oreille cassée, je me retrouve à dix ans, haletant à suivre les aventures de Tintin chez les Arumbayas, ou m'imaginant parti à la découverte des indiens roucouyens, arrouagues et piapocos !

( De la Grammaires et vocabulaires des langues roucouyenne, arrouague, piapoco et d'autres langues de la région des Guyanes par MM. J. Crevaux, P. Sagot, L. Adam, Bibliothèque linguistique américaine, tome 8, Paris, 1882, 288 p.).

Mangé par les Indiens Tobas !

  Qui a rédigé, sur Wikipédia, ce récit passionnant que je dévore pendant que les toubibs avalent leur steak-frites ? J'en fais ici un copié-collé http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Crevaux:

  "Médecin-major sur le La Motte-Piquet, en 1873, à la division navale de l'Atlantique-sud, il est nommé, l'année suivante, en Guyane et entreprend l'exploration de ce pays dont l'intérieur est encore très mal connu. Revenu en France en 1876, il devient assistant de Ranvier au laboratoire d'histopathologie au Collège de France. Épris d'aventure il se fait nommer à nouveau en Guyane et embarque le 7 décembre 1876. Après avoir soigné les malades de la fièvre jaune aux îles du Salut, il part avec monseigneur Emonet et le père Kroenner le 8 juillet 1877 explorer l'arrière pays de la Guyane. Il remonte le Maroni, étudie les Indiens Galibis puis, seul, pénètre chez les Bonis, anciens esclaves noirs évadés réfugiés dans la forêt, en Guyane hollandaise. Il s'y lie d'amitié avec Apatou qui le suivra désormais, y compris à Paris où il sera acclamé à la Sorbonne. Poursuivant son exploration, il remonte l'Itany, affluent du Maroni, et arrive chez les Roucouyennes où, malade, il doit se reposer. Le 17 septembre il repart par le sentier des Emérillons, passe le sommet de la Serra de Tumucumaque, redescend par l'Apaouani et atteint le 2 octobre le Rio Jari, affluent de l'Amazone. Deux mois plus tard il arrive à Belém après avoir parcouru plus de 1 000 km de fleuves et de forêts totalement inconnus. Il est dans un tel état de dénuement qu'on le prend pour un forçat évadé ; heureusement un Français lui offre le bateau pour la France et le 17 avril 1878 il rend compte de son voyage à la Société de géographie et est fait chevalier de la Légion d'honneur. Il a tout juste 31 ans.

  Son appétit de découvertes n'est pas assouvi et dès le 2 juillet il s'embarque à Saint-Nazaire pour la Guyane et le 24 août 1878 entreprend une nouvelle exploration. Il remonte l'Oyapock presque jusqu'à sa source (qui sera découverte par Henri Coudreau en 1889), franchit à nouveau la Serra de Tumucumaque (où il y a maintenant le pic Crevaux), descend le Rouapir, traverse le territoire des Calayouas et atteint le 10 octobre le Rio Jari. Ne voulant poursuivre sur cet affluent de l'Amazone qu'il connaît déjà, il pousse à l'ouest, trouve le Parou, affluent parallèle, le descend et arrive à Belém où on lui fait meilleur accueil et où il peut se reposer. Quelque temps plus tard il remonte, en bateau à vapeur, l'Amazone jusqu'à Para, et, en pirogue, le Rio Ica jusqu'à Concepción en Colombie puis redescend par le Yapoura et atteint l'Amazone le 9 juillet 1879. Ayant parcouru plus de 6 000 km de cours d'eau et recueilli une masse d'informations botaniques, ethnographiques et anthropologiques, il présente, début 1880, cet impressionnant bilan scientifique à la Société de géographie de Paris qui lui remet sa grande médaille d'or. C'est la gloire.

  Mais l'Amazonie, telle une sirène, l'appelle à nouveau et le 6 août 1880 il repart avec le pharmacien de la Marine Eugène Le Janne à Santa-Fé de Bogota, remonte le Rio Magdalena, en Colombie, franchit la cordillère des Andes et redescend en radeau vers l'Orenoque, par le Rio Guavaiare ou Guyalero qu'il baptise Rio de Lesseps. Arrivé dans le delta de l'Orenoque, après avoir exploré 3 400 km de fleuve en 161 jours et récolté une ample moisson d'objets de botanique, de zoologie et d'anthropologie, le docteur Crevaux est épuisé et doit se reposer quelque temps parmi les Indiens Gouaraounos. Il rentre en France le 25 mars 1881 et est fait officier de la Légion d'honneur.

  Prenant quelques mois de repos, il monte une nouvelle expédition avec l'astronome Billet, le médecin Bayol et le peintre Auguste Ringel ; le but est d'explorer le Rio Pilcomayo qui traverse le Gran Chaco et qui, exploité, servirait de trait d'union entre la Bolivie et l'Argentine. Fin 1881, il embarque pour Buenos Aires. En mars 1882 il arrive à Tarija, en Bolivie, où il doit s'arrêter à cause de l'état de guerre qui règne dans la région. L'équipe alors se sépare, Billet part reconnaître le Tocantins et Crevaux, accompagné de 18 hommes, part rejoindre le Río Pilcomayo. Le 19 avril, il commence la descente de la rivière. Le 27 avril, il est en plein territoire des IndiensTobas qui, excités par un récent combat contre une autre tribu, le surprennent ainsi que ses compagnons et les font prisonniers. Deux membres de l'escorte parviendront à s'échapper et raconteront que Jules Crevaux avait été tué et mangé, ainsi que deux autres compagnons, par les Tobas. Il venait d'avoir 35 ans et laissait derrière lui les récits de ses voyages ainsi qu'un ouvrage intitulé Grammaire et vocabulaire Roucouyennes qui sera publié après sa mort."

  A-t-il vraiment été mangé ? Un témoignage dit qu'il a été frappé par la grande matraque en bois de fer d'un Capataz (chef). C'est ce que Hergé a représenté dans L'Oreille Cassée, où Tintin est frappé par un indien.

 

  En effet, les aventures de Jules Crevaux ont inspiré Jules Verne (qui le cite dans "Le Superbe Orénoque", 1898), mais aussi bien-sûr Hergé pour "l'Oreille Cassée" : il serait, avec d'autres comme Percy Harrisson Fawcett, le modèle du professeur Ridgewell. Hergé aurait, selon D. Heckenberger, repris un dessin de Crevaux (Tour du monde, page 369) pour son dessin de Milou qu'un boa se prépare à dévorer, et les indiens roucouyens de Crevaux seraient très proches des Arumbaya imaginés par Hergé.

  Hergé, lorsqu'il représente les flèches empoisonnées des sarbacanes des indiens (qui les a oubliées ?) se sert aussi des découvertes sur le curare faite par Crevaux (Le Tour du monde, Paris 1860-1914) aidé en 1880 du pharmacien breton Le Janne. Les anesthésistes de l'Hôpital Inter-Armées se remémoreront que ce sont leurs confrères qui ont aidé à percer le secret du curare de Guyane (ils existe plusieurs curares), apprenant à le préparer, grâce au tamouchy Alamoïké et d'un sorcier Piaroa, en obtenant  la recette du curare "l'herbe qui tue tout bas", contre une hache et cinq francs. Certes, le poison amazonien (urari du Haut-Orénoque) avait déjà été ramené en Europe par Raleigh en 1596, décrit par Humbolt et Bonplan en 1819,  depuis 1858 par Milliroux, présenté à l'Académie par Boussingault et étudié par Claude-Bernard qui découvrit son action paralysante, la mort survenant par suffocation induite par la paralysie respiratoire (Son utilisation en anesthésie ne date que de 1942). Mais leur grand mérite a été de permettre d’identifier plusieurs plantes à la base du curare à l’occasion de ses différentes explorations : Strychnos toxifera Schomb.(le plus employé), S. castelveana Wedd., et enfin S. crevauxii Planchon, qui porte le nom de l'explorateur.

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        Si son buste trouve place ici, c'est qu'après avoir commencé des études de médecine à la faculté de Strasbourg, il les avait terminé à l'École de médecine navale de Brest. Nommé aide-médecin (l'équivalent d'aspirant de première classe) le 24 octobre 1768 à l'hôpital maritime de Brest, il rejoignit ensuite Cherbourg avant  d'embarquer en 1869 sur le navire-hôpital Céres pour une croisière de 100 jours au Sénégal, aux Antilles et en Guyane.

  Il avait été l'élève (ou avait fait connaissance du)  dia.org/wiki/Armand_Corre">Dr Armand Corre, qui avait démissionné de la marine pour s'installer comme médecin civil à Brest  : un article du bulletin de l'Académie de Lorraine fait état page 15 d'un courrier de réponse d'Armand Corre à Jules Crevaux le 5 janvier 1874 où Corre se plaint de s'être fait voler "un travail sur le gorille", avant de donner amèrement ce conseil à Crevaux (qui avait songé à s'installer à Buenos-Aires) : "Ne songez jamais à quitter la marine pour la carrière civile" !

On cite aussi dans ce bulletin un échange de lettres avec le Dr Ch. Guyader, médecin civil à Brest.

  Pendant ses études à Brest, il avait fait connaissance avec le pharmacien de la marine Le Janne (1848-1932) qui l'accompagnera dans son expédition en 1880, et s'installera plus tard à Carhaix après avoir soutenu en 1881 sa thèse "Des curares: de leur distribution géographique et des débris que l'on y rencontre en les examinant au microscope.", Eugène François Marie Le Janne 1881 - 30 pages. C'est à San Fernando, au confluent de l'Atapabo et de l'Orénoque, dans une Mission où Humbolt avait été reçu, que Le Janne fit ses observations sur le curare.


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Le buste porte la signature de G Benoît Godel . Il porte ici la médaille (avec rosette) d'officier de la  Légion d'Honneur qui lui avait été attribuée à titre exceptionnel le 30 juillet 1877 pour sa conduite face à l'épidémie de fièvre jaune qui sévit en 1876 au pénitencier des Îles du Salut, au large de la Guyane. Il fut nommé officier de l'Ordre le 6 juillet 1881. A coté, il porte la médaille d'officier de l'Instruction Publique des Palmes académiques attribuée le 23 janvier 1878. Ses missions auprès des Tumuc-Humac  avaient été commanditées et financées en effet par le Ministère de l'Instruction Publique.

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Le masque de faune jette-eau (céramique):

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Au sommet de la rampe qui rejoint le jardin, un très beau et très ancien camélia, bien visible déjà sur une carte-postale d'avant-guerre. C'est le plus ancien camélia du jardin et nommé "camélia [bi-]centenaire" pour le désigner. Il a été reproduit par les pépinières Sterviniou.

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Le même, en fleurs :

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  La diagonale montante de la rampe d'accés au jardin, et sa division en X maçonnés, culminant vers ce camélia dont les proportions semblent avoir dépassé les prévisions du jardinier, sont déjà visibles sur les photographies anciennes (avant-guerre), et ont donc resisté aux bombardements et aux réaménagements. Il faut savoir imaginer, à gauche, à la place du bâtiment hospitalier et de la grille, les hautes serres tropicales, cathédrales vitrées trop fragiles pour traverser les siècles.

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  Ainsi s'achèverait à peu-près, pour le promeneur, la visite du jardin de l'hôpital, si, attentif aux effluves et aux souffles, aux frémissements et aux demi-silences, il n'avait perçu les soupirs et les frôlements des mânes qui hantent ce lieu. Là comme ailleurs, l'essentiel est invisible, et, pour faire surgir les épiphanies chaleureuses et vigilantes de tous les jardiniers, tous les médecins et pharmaciens de la marine qui s'attachèrent à cette terre, il faudrait, comme dans les jardins de Boboli rythmé par les antiques et les faunes, peupler ces allées de leurs silhouettes taillées dans le marbre. Imaginons...


  6. L'allée (imaginaire) des Jardiniers en chef.

  Il y aurait, en tout premier, le buste d'Antoine Laurent, l'infatigable jardinier-botaniste en chef qui, de 1771 à 1820, créa véritablement ce jardin, faisant venir du Jardin des plantes (où il avait exercé après avoir fait ses débuts au Trianon), de nouveaux plants, veillant sur les trésors que ramenaient les vaisseaux dans leurs soutes, et transformant ce qui n'était qu'un jardin approvisionnant les apothicaires en plantes pharmaceutiques en un vrai jardin botanique acclimatant les plants venus de Nouvelle-Angleterre ou du Canada, des Antilles ou de Guyane, des Canaries ou des Indes, de Grèce et d'Amérique de Nord, avant de les adresser au Jardin des Plantes, ou d'en favoriser la culture dans les jardins bretons. A défaut de ce buste, nous pouvons encore trouver, dans la terrasse inférieure, la plaque funéraire en pierre d'ardoise que voici :

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 On y déchiffre encore, malgré l'usure de la partie centrale l'inscription suivante : CI GIT ANTOINE LAURENT,Jardinier-botaniste du Port de Brest Mort à Brest le 22 août 1820... Guillaume M(ar)ie LAURENT commis de la Marine décédé le 9 Xbre 1843 âgé de 58 ans bon frère N° 9 CT R LO US  REQUIESCAT in pace. Amen

 

  Cette plaque funéraire a été découverte au cimetière Saint-Martin de Brest où elle a échappée aux bulldozers et a été installée, devant le logement qu'occupait jadis Antoine Laurent, en 2012 par un comité de passionnés : Voir Ouest-France 16 septembre 2012.

 Guillaume-Marie Laurent, fils d'Antoine Laurent, était né le 23 octobre 1785 à Brest ; commis de 1ère classe de la marine, il a été muté à Brest après le décès de son père pour venir en aide à sa mère, et a obtenu sa retraite en 1840 après 34 années 3 mois 25 jours de service. En 1811, son père, qui sollicitait pour son fils une place dans un ministère, le jugeait "un bon gros bas-breton qui aura besoin d'être un peu maniéré"!  La suite de l'inscription (bon frère n°9) est incertaine et de compréhension difficile, mais les formules du genre "bon fils, bon frère, ami sincère" se retrouvent sur les cénotaphes contemporains de cette dalle.

 En marchant, j'imagine voir, après ce buste de Laurent, celui de tous les jardiniers en chef de ce jardin se succéder dans une allée. En second, voici celui de Ferdinand Noël, qui succéda à Laurent en 1820, (et jusqu'en 1837 ??) et qui avait été lui aussi formé au Jardin du Roy (actuel Jardin des Plantes) de Paris. Il décida d'enrichir Brest d'une seconde serre chaude, haut et vaste édifice vitré. 

  Puis voici celui de Guillaume Paugam, qui avait débuté ici comme garçon-jardinier. Il avait sous sa responsabilité une collection de 3500 espèces végétales, et un droguier de 1200 bocaux pour les apothicaires. Va-t-il nous raconter comment il fut chargé d'accueillir un Guanaco (lama non domestiqué) ? "Un jour, le 7 octobre 1859, le capitaine de vaisseau Hippolyte Pichon adressa, de retour d'une longue campagne dans le Pacifique et l'Océanie,  un courrier à la Société Impériale d'acclimatation annonçant qu'il confiait à la société un jeune guanaco femelle capturé au Chili l'année précédente et qui avait, selon le capitaine, passé le Cap Horn sans se départir de sa gaieté et de ses gambades ; on me chargea de recevoir l'animal. et de le mener au Havre, puis au zoo de Paris".

 Encore plus loin, près d'un camélia peut-être, m'apparaîtrait celui de Jules-Hippolyte Blanchard (né en 1832), jardinier à Brest de 1865 à 1895.

Le dernier buste serait celui de Y.C.M. Pondaven, sous-chef jardinier en 1883, jardinier jusqu'en 1903, puisque à cette date le poste de Jardinier-chef fut supprimé par le Ministre de la Marine. C'est l'auteur d'un article  du Bull. Soc. Se. N. Neuchâtel Tome 13 1882—1888 Découverte et mœurs d'un Coleóptero du genre Otiorrhynchus dans les feuilles de la Sarracenia purpurea au jardin botanique de Brest.

  A Brest, le Jardinier-botaniste était secondé par un "premier garçon jardinier" et par des "garçons jardiniers" (jusqu'à sept)  ainsi que six à dix "condamnés appartenant au service des hôpitaux" venant du bagne voisin.  

 

7. L'allée (imaginaire) des Directeurs du jardin et du Musée.

  Dans mon rêve, je vois encore, faisant face à l'alignement des marbres des jardiniers, celui des bustes des directeurs du Jardin Maritime de Brest. Ce poste, confondu avec celui de jardinier -chef jusque à l'Empire, fut ensuite dévolu , parmi les médecins, chirurgiens et pharmaciens de la marine de l'École navale de médecine, au Professeur de botanique, qui dirigeait le jardin, mais aussi le Cabinet d'histoire naturelle, ou Musée, avec ses collections d'insectes, de mammifères ou de reptiles, d'oiseaux ou de plantes. Les officiers de santé se répartissant en médecins-chef, chirurgiens-chef et pharmaciens-chef, médecins-professeurs, chirurgiens-professeurs et pharmaciens-professeurs, par un décret  de mars 1851, le médecin-professeur fut chargé du cabinet d'histoire naturelle, et le pharmacien-professeur du jardin botanique, des herbiers et des collections de minéralogie. En 1862, on nomma en outre un conservateur attitré du Musée.

 

 Ainsi, voici le buste de Nicolas Broca, pharmacien de 2ème classe en 1808 lorsqu'il dressa l'inventaire des 1334 pièces du musée, "non compris les insectes et papillons", ou l'inventaire de ses 2000 espèces en 1817. Franc-maçon, il était membre de la loge des Élus de Sully depuis 1797.

   Ou encore, voici  Édouard Vincent, pharmacien, docteur en médecine (Paris 1838), et spécialiste de la botanique de Guadeloupe. Il dirigea le jardin de 1843 à 18??. Son effigie nous raconterait peut-être comment, au retour de sa campagne comme chirurgien sur la corvette l'Euryale commandée par le capitaine Fleuriau, il ramena à Brest pour le jardin une cargaison de graines, et pour être conservés au Musée, l'Ani des savanes Crotophaga ani Linné, oiseau grimpeur de la Solfatare ; un Cohé ou Engoulevent à lunettes Caprimulgus americanus,  oiseau nocturne de mauvais présage aux Antilles,  un Tamatia Bucco tamatia Linné, un Tyran ou Titiry Lanius Tyrannus Linné qui est la pie-grièche des Antilles, un Loxia indicator, une espèce de lézard nommé Anolys (Anolus striatus), et la Grande vipère fer-de-lance Vipera lanceolata Lacépède. (Note n°65 sur divers objets d'histoire naturelle rapportés récemment au jardin royal des plantes à Brest, Annales maritimes et coloniales 1817 volume 2 page 319)

    Puis, c'est le visage de Gilbert Henri Cuzent (Brest, 13-12-1820/Brest,14-08-1891), l'historien des hôpitaux de Brest (L'Hospice civil et les hôpitaux de Brest, S.A. d'Imprimerie, 1889 et  In-8, 437 p. (pi.). Brest, Imp. Dumont. Il rédigea aussi Archipel des îles Marquises in Bulletin de la société académique de Brest, Vol. 8, du 1882-1883 (30/12/1883) ; Archipel des Pomutu (Paumotu-Tuamotu)  in Bulletin de la société académique de Brest, Vol. 9, du 1883-1884 (30/12/1884)  ; L'archipel de la Société (l'Annexion de Taïti à la France)  in Bulletin de la société académique de Brest, Vol. 10, du 1884-1885 (30/12/1885) et  Épidémie de la Guadeloupe (1865-1866)  in Bulletin de la société académique de Brest, Vol. 4/1, du 1864-1865 (31/12/1865), et enfin de Îles de la société Tahiti: considérations géologiques, météorologiques etc... 1860. Élève en 1839, pharmacien de 3ème classe en 1841, il est embarqué sur la corvette de charge la Caravane  en 1845-1846 et d’octobre 1850 à octobre 1851. Pharmacien de 2ème classe en 1852, il est affecté à Tahiti et se révèle comme un excellent botaniste. Affecté à Pointe-à Pitre de 1863 à 1866, comme chef du service pharmaceutique, il participe activement à la lutte contre l’épidémie de choléra qui sévit à la Guadeloupe. Il quitte l’activité en mai 1867. Membre de la société académique de Brest, conseiller municipal, vice-président de la commission administrative de l'Hospice civil,  Chevalier de la Légion d'Honneur, (Bulletin de la Société Académique de Brest - Tome XVI - 1890-1891). Voir la liste de ses publications in Kerviler.

 

Ici, le buste de Fontaine Pharmacien, en 1855.

Là, celui de Leroy de Méricourt, (1825-1901) médecin-professeur à Brest en 1855. Chirurgien de marine, il avait pris part à la guerre de Crimée, fut nommé professeur à l'école de médecine navale de Brest (1855), et médecin en chef de la Marine, et devint membre associé de l'Académie de médecine. On lui doit de nombreux mémoires sur les maladies exotiques, publiés dans les "Archives de médecine navale", des études d'hygiène navale, et une Histoire Médicale de la campagne de la corvette à vapeur l'Archimède (Station de l'océan Indien, années 1850, 1851, 1852.), 1853.

 

   En 1862, le directeur du musée est  Édouard Jean-Baptiste Jacques Philippe Brousmiche (Brest 30 août 1810- 20 février 1894),chirurgien de 3ème cl en 1832, chirurgien principal en 1856 , Commandeur de la Légion d'Honneur en 1871, directeur des ambulances de la société de secours aux blessés de Brest en 1871, nous est surtout connu pour avoir publié les mémoires de son père Jean-François Brousmiche (1784-1863), ancien percepteur devenu secrétaire à l'Intendance sanitaire de Brest :Voyage dans le Finistère en 1829, 1830 et 1831.  Sans être le directeur en titre du jardin, il est nommé conservateur des collections scientifiques du musée le 21 janvier 1862, six mois avant sa retraite, et s'occupe activement avec l'aide du pharmacien Yves-Marie Langonné de l'installation et de la conservation des collections. Celles-ci totalisent alors plus de 10 000 espèces, dont 950 oiseaux, 1600 insectes, 2400 mollusques, et 300 armes, parures et ustensiles. Chirurgien de 2ème classe en 1836 à Brest, Édouard Brousmiche (orthographié parfois Brousmiches) a fait deux campagnes en Océanie, la première à bord de la corvette l'Artémise du 28-10-1851 au 10-05-1854. Il dut rentrer en France pour des raisons familiales et financières,  sur  l'aviso Le Phoque du 11-05-1854 au 20-01-1855. En 1862, il est nommé officier de la Légion d'Honneur après 28 ans de service effectif, seize ans à la mer. Il est l'auteur d'une Lettre au sujet d'une épidémie de fièvre bilieuse à Taïti, dans le Messsager de Taïti du 9 janvier 1853,  d' Études hygiéniques sur Taïti, ibid du 6 février 1853, de Notes sur l'état actuel de Taïti, dans la revue coloniale de 1856, XVI, p.615, d'une Contribution à la géographie médicale de Sainte-Hélène, topographie médicale, histoire naturelle, III tomes, de De l'état actuel de Tahiti, (Minéralogie, Géologie, Zoologie, Botanique, Météorologie.) Revue coloniale, 1856, tome XVI, p. 645-649. Il fut l'un des informateurs de Souvestre pour son Finistère en 1836.

  Il est difficile de ne pas le confondre avec son fils  Édouard-François-Charles Brousmiche, né à Brest le 13 décembre 1850, aide-pharmacien en 1871, reçu pharmacien en 1874, membre de la Soc. Acad. De Brest en 1877, chef des travaux chimiques à l'école de médecine de Nantes en 1879, et qui a publié Essai sur le mancenillier (thèse de pharmacie), Paris, Moquet, 1874, in-4°, 40 p. Ce serait lui qui fut, sauf confusion, directeur du jardin botanique de Saïgon en 1888, et auteur vers 1890 d'un Aperçu général de l'histoire naturelle du Tonkin.   

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Jules  Eugène Rochard,  (1819-1896) fut chirurgien-professeur en 1854, chirurgien en chef de la marine, Directeur du Service de Santé de la Marine en 1870 puis Inspecteur général du Service de Santé de la marine en 1875,membre puis Président (en 1894) de l'Académie de Médecine, Grand Officier de la Légion d'Honneur, "cousin du Maréchal Foch". En poste en 1871. Ce célèbre chirurgien en chef de la marine, est l'auteur de nombreux traités d'hygiène, de  Observations recueillies dans le service chirurgical du bagne de Brest, de 1854 à 1858 ; de  Sur la marche de la Phtysie pulmonaire, et, surtout, d'une  Histoire de la chirurgie française au XIXe siècle (Paris, 1874, in 8°).

Arthur Bavay (1840-1923) en 1884 : ce pharmacien est le découvreur de l'essence de Niaouli (  Etude sur deux plantes de la Nouvelle-Calédonie (Le Niaouli et son huile essentielle ; l'anacardier). Pharm. Paris, 1869). Il fit don au Musée d'une riche collection de conchyliologie (coquillages). Membre de la Société Entomologique de France, dont le Bulletin signale sa collection de coléoptères. Voir :  Un grand naturaliste brestois : le pharmacien de marine Arthur Bavay (1840-1923).

 

 

8. Le rond-point (imaginaire) des Naturalistes.

  Il faudrait y rassembler les statues, qui s'animeraient vite pour faire surenchère d'aventures passionnantes, tous ces jeunes chirurgiens et pharmaciens de la marine qui enrichirent la science et l'Europe des découvertes faites outremer. Sans-doute seraient-ils trop nombreux, mais comment ne pas dresser ici un monument à la gloire de Raoul, trop oublié par Brest qui ne lui attribue pas une seule de ses rues alors que la griseline (Griselinia littoralis) des haies de bord de mer a été ramené par lui de Nouvelle-Zélande ? Comment ne pas honorer les frères Crouan, qui n'étaient pas pharmaciens de la marine, mais possédaient leur officine en ville, auteurs d'un des premiers  herbiers d'algues et précurseurs de l'alguologie ? Comment ne pas parler d'Amédée Coutances, pharmacien et botaniste, professeur de l'Ecole de médecine de la marine ?

  Tous ont parcouru ce jardin, y ont appris ou enseigné l'usage des plantes qu'il contenait, la classification, en ont enrichi les collections.

 Étienne Chardon de Courcelles (9 mars 1705- Brest en 1775), est un médecin de marine dont voici la fiche biographique : "Entre au service de la Marine comme second médecin le 1er juin 1742. Envoyé à Brest le 15 juillet 1742 pour prendre la direction de l’école de chirurgie navale.

Affecté, le 2 avril 1746, en qualité de médecin en chef, à l’escadre du duc d’Anville envoyée à Chibouctou (auj. Halifax), il s’efforce de combattre la terrible épidémie de typhus qui décime les marins et les soldats. Rentrant en France sur le vaisseau-hôpital le Mercure, il est capturé en août 1746 dans l’Atlantique nord par le vaisseau anglais de 90 canons Namur.
En 1749, il soigne des centaines de forçats transférés de Marseille à la suite de la suppression du corps des galères de France et arrivés à Brest dans un état de santé déplorable.
Premier médecin de la Marine à Brest en 1756.
En 1757, il joue un rôle déterminant dans l’accueil et le traitement des milliers de malades ramenés à Brest par l’escadre du lieutenant général Dubois de La Mothe.
Rénove et développe le jardin botanique de l’hôpital de Brest, étudie les moyens de dessaler l’eau de mer, la construction de ventilateurs et s’intéresse à la diététique des gens de mer.
Membre libre de l’Académie de Marine le 30 juillet 1752. Membre ordinaire de l’Académie royale de Marine le 24 avril 1769, sous-secrétaire en 1774.
Membre de l’Académie des Sciences, correspondant d’Henri-Louis Duhamel Du Monceau, le 16 juin 1742." (Cths)  

  Si je le mentionne ici, c'est parce qu'il a participé à la publication à titre posthume du traité de Matière médicale du célèbre médecin et chimiste Étienne-François Geoffroy, professeur de chimie au Jardin royal des Plantes. Etienne-François Geoffroy était passé à Brest en octobre 1693 pour un séjour de trois semaines, après son apprentissage comme apothicaire à Montpellier, mais le Jardin de Brest n'était pas encore créé. L'importance de ce traité (Tractatus de materia medica sive De medicamentorum simplicium historia, virtute, delectu, & usu Étienne-François Geoffroy; Étienne Chardon de Courcelles; Louis-Daniel Arnault de Nobleville; François Salerne; Niccolò Pezzana Venetiis : apud Nicolaum Pezzana, 1756-1760) est considérable pour les jardins botanique des hôpitaux, puisque son sujet, la Matière médicale, consiste en l'étude de l'ensemble des matières premières à usage médicale et donc en la description des plantes botaniques. Le Traité de Matière médicale est donc l'ouvrage qui permet l'usage des Herbiers et les Droguiers des pharmaciens des hôpitaux maritimes ou qui guide le jardinier-botaniste dans l'élaboration de son jardin et des plantes qui doivent y figurer. Voir les plantes exotiques décrites dans cette Matière médicale ici (en ligne Bibliothèque numériseée de Göttingen), avec par exemple le chêne-vert ou yeuse, qui, sous l'effet d'un insecte, produit le kermes. "Les semences de kermès, données en substance, depuis un demi - scrupule, jusqu'à un gros, ont acquis beaucoup de célébrité dans ces derniers tems contre l'avortement. Geoffroy assure, dans sa matière médicale, d'après sa propre expérience, que plusieurs femmes, qui n'avoient jamais pu porter leurs enfants à terme, étaient heureusement accouchées au bout de neuf mois, sans accident, après avoir pris, pendant tout le temps de leur grossesse, les pilules suivantes:

Prenez graine de kermès récente en poudre, & confection d'byacinte, de chacun un gros; germes d’œufs desséchés & réduits en poudre un scrupule; sirop de kermès, suffisante quantité; faites une masse de pilules pour trois doses; on donnera à six heures de distance l'une de l'autre, c'est - à - dire en douze heures, avalant par dessus chaque dose un verre de bon vin avec de l'eau, ou d'une eau cordiale convenable.

La graine de kermès en substance, est fort célèbre encore pour rétablir & soutenir les forces abattues, sur tout dans l'accouchement difficile, à la dose d'un gros jusqu'à deux. Le sirop est employé au même usage à la dose d'une ou de deux onces.

L'un & l'autre de ce remède passe pour stomachique, tonique & astringent; les anciens ne lui ont connu que cette dernière propriété.

Quelques auteurs ont attribué à la graine de kermès une qualité corrosive, capable d'entamer la membrane intérieure des intestins; Geoffroy prétend que cette imputation n'est point sondée"

                            ilex-aculeata-geoffroy.png

   Étienne Fiacre Louis Raoul, botaniste né le 23 juillet 1815 à Brest, décédé à Brest en 1852 a été l'un des derniers français à faire une étude botanique de la Nouvelle-Zélande. Fils d’un capitaine de la Royale, il fait des études à l’école de santé de Brest et devient chirurgien de troisième classe en 1836. Il embarque en 1840 à bord de L'Aube sous le commandant du capitaine de corvette Lavaud. Il débarque à la baie des Îles en Nouvelle-Zélande le 11 juillet 1840 et n’en partira que trois ans plus tard à bord de L’Allier après avoir collecté des plantes destinées à enrichir le Muséum d'histoire naturelle. Revenu à Paris, il travaille au Muséum national d'histoire naturelle sous la direction d’Adolphe Brongniart et de Joseph Decaisne au classement du grand nombre de spécimens rapportés de son séjour en Nouvelle-Zélande. 

En 1846, il fait paraître un livre important intitulé Choix de plantes de la Nouvelle-Zélande chez Fertin et Masson. Après un bref séjour vers 1846 en Afrique, il devient médecin-professeur au port de Brest en 1849. En 1851, il fait paraître un Guide hygiénique et médical pour les bâtiments de commerce qui fréquentent la Côte occidentale d’Afrique. Après sa mort, un genre botanique lui sera consacré, le genre Raoulia par Joseph Dalton Hooker. On dénombre une vingtaine d'espèces en Nouvelle-Zélande et plusieurs plantes porteront l'épithète spécifique "Raoulii". 

 Il a ainsi décrit un Gunnera (Gunnera monoica), ou Discaria toumatou Raoul, un Elaeopcarpus hookerianus Raoul, et, je me répète, Griselinia littoralis (Raoul) Raoul, 1846 [basionyme Pukateria littoralis Raoul, 1844].

Les Frères Crouan.

Pierre-Louis et Hippolyte-Marie Crouan sont nés à Brest. Pierre-Louis, le 27-04-1798, Hippolyte-Marie, le 22-11-1802 s'installent à Brest en 1829. Passionnés de botanique, ils herborisent, s'intéressent aussi aux champignons et publient dans les revues scientifiques de l'époque.

A partir de 1833, leurs communications scientifiques se succèdent dans les Archives de Botanique, les Annales des Sciences Naturelles ou le Bulletin de la Société Botanique de France. Ils correspondent alors avec les meilleurs spécialistes des algues d'Europe.

Ils publient, en 1852, à 50 exemplaires, un herbier ou plutôt un alguier en 3 volumes* qui comporte 404 échantillons d'algues du Finistère en remarquable état de conservation. Ce travail est le fruit de plus de 15 ans de récolte méthodique et de préparation des échantillons.

En 1867, ils font paraître une flore du Finistère**, couronnement de leurs recherches et qui est restée longtemps un modèle de flore locale. Depuis 1860, ils avaient abandonné leur charge de pharmaciens pour se consacrer à ce travail. Ils décèdent tous les deux, à deux mois d'intervalle, en 1871. Deux genres, un genre de champignons et un genre d'algues seront nommés Crouania en forme d'hommage. Il est surprenant que dans leur ville natale, aucun nom de lieu ne rappelle leur souvenir.

 Sources : Wikipédia.

*Crouan, P.L.; Crouan, H. (1852). Algues marines du Finistère 3 vol.

 **Crouan, P.L.; Crouan, H. (1867). Florule de Finistère, Contenant des Descriptions de 360 Espèces Nouvelles de Sporogames, des Nombreuses Observations. i-x, 262 pp., 32 col. tabs. Paris & Brest.

      F. Hétet, Professeur d'Histoire naturelle,

Alfred-Émile Borius. Ayant publié l'année précédente (1879) chez J.B. Baillère  Le Climat de Brest, ses rapports avec l'état sanitaire,  ce médecin de première classe est l'auteur, avec Jules-Hippolyte Blanchard, d'un article publié en 1880 dans les Archives de Médecine Navale : Sur l'influence de l'hiver 1879 sur la végétation des plantes exotiques dont l'acclimatation est tentée au jardin botanique de l'École de médecine de Brest.

      Une mention au sujet de Étienne Chardon de Courcelles, professeur de chirurgie à Brest, membre correspondant de l'académie des sciences, auteur d'un Abrégé d'anatomie, Brest 1751, etc...


8. Où j'entre dans les grandes serres d'avant-guerre.

  Je m'étais assoupi sur un banc, un livre à la main, lorsque un fantôme en blouse blanche m'incita à me lever. C'était celui du  docteur Robert Bellec, dont je venais de lire le récit, et qui me guidait vers "les hautes nefs translucides aux vitrages toujours embués  [où ] des calorifères entretient une chaleur moite de chaleur équatoriale. Au prix de mille soins, une flore y reconstitue en toute saison "les colonies". Cactées, Arbres du voyageur, hévéas, bananiers, dattiers, cocotiers, provenant des quatre points cardinaux du vaste Empire francophone s'y acclimatent, y croissent et même parfois y fructifient. Dans la partie la plus chaude où règne une humidité de hammam, des fougères arborescentes tentent de forcer la cime des verrières d'où, dans des caissettes de rondins colmatées de mousse, pendent des lianes aux courbes molles, des cryptogames spongieux et des orchidées bigarrées." Mais voilà l'ombre blanche qui me fait désormais entrer vers " une autre serre plus petite et semi-enterrée,[...], la forcerie où, sur des lits de terreau tiède, resplendissent les teintes des bégonias. Des héliotropes y répandent un parfum pénétrant et vanillé, un peu écœurant par son excès de douceur. "*

  Le jardin disposait en effet d'une serre chaude, où se cultivaient le caféier, le poivrier, les figuiers, cannes à sucre et bananiers (Musa) ou les bambous, les hévéa et les palmiers phœnix, et les orchidées ; d'une serre froide ; d'une serre réservée aux plantes grasses. 

* j'ai mis au présent le récit écrit par l'auteur à l'imparfait. Dans la description du Dr Charles Laurent, on lit : "Tout en bas, deux énormes serres étaient adossées au mur d'enceinte, une chaude et une froide, où poussaient des plantes exotiques dans une odeur moite de terre humide : des fougères, des orchidées, et au centre un grand bananier qui menaçait de percer la voûte de verre. Dans ma petite enfance j'y avais vu un singe, mais on avait dû s'en séparer parce que, paraît-il, il mordait les visiteurs."

 

  Sur un plan de 1867 par Lefevre (in  Roussel et Gallozzi 2004), trois d'entre elles sont visibles (Serre chaude, Serre tempérée, Serre), et on découvre ainsi leurs situations au nord de l'actuelle Cour Crevaux (à l'époque Cour du Conseil de Santé), là où passe actuellement la route qui mène aux Urgences. Elles voisinent les Bâches, qui font office de semi-serres. En 1871, on construisit une deuxième serre chaude, décrite par E. Vavin comme un bâtiment de 40 mètres de long, 9 mètres de profondeur et 8 mètres de large, divisé en deux compartiments, l'un pour protéger simplement les plantes du froid en hiver, l'autre réservée aux plantes tropicales ; les deux parties étaient séparées par un vestibule de 3 mètres de large. Il s'agissait donc d'un grand et haut édifice, arrondi en plein cintre dans sa partie supérieure, divisé en fenêtres qui pouvaient être ouvertes séparéments et dont la composition en petits carreaux devait permettre le cintrage.

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9. Une visite (imaginaire) du Musée d'Histoire naturelle.

  Était-ce la chaleur des serres, était-ce l'enivrante odeur des végétaux tropicaux, ou encore le jeu fascinant des reflets irisés du soleil miroitant à travers les vitres sur les feuilles vernissées des bananiers ? Tous les bâtiments surgissaient du passé, la bibliothèque et la salle du Conseil de Santé, et, devant moi, la porte du Musée d'histoire naturelle. J'y découvrais la première salle, consacrée aux insectes, mais où s'accumulait  des curiosités exotiques de différentes nations. La seconde salle, plus grande, renferme les oiseaux, les reptiles, les poissons et les mollusques. Deux autres salles sont consacrée à la minéralogie, à la géologie et à la botanique. Et, dressé sur ses pattes, un splendide squelette de gorille de un mètre soixante quinze de haut, qui n'a rien a envié à celui du Muséum.

Le Cabinet d'Histoire naturelle de Brest a été créé sous la Terreur an II par un arrêté de Bréard : "Qu'un Cabinet d'histoire naturelle, destiné à l'instruction publique, serait fondé au Jardin botanique de la Marine, à l'aide de tous les objets provenant des maisons d'émigrés et du dépôt de coquilles et de minerais qui se trouvait dans un magasin de la maison où se tenait l'administration du district" (Brest et le Finistère sous la Terreur, Armand  Du Chatellier page 29).

  Il s'est vite enrichi des collections de Chaze, de Lamy, de Brousmiche (Tahiti et Îles Marquises) et possédait un avant de pirogue sculpté rapporté par Du Petit-Thouars. Louis Charpentier  (Revue Maritime) signale qu'il y avait vu les collections ramenés par le Géographe dans sa campagne de 1800, par la Cybèle dans sa campagne de 1817, par le Golo en 1819 ou par  l'Astrolabe en 1827. Le musée reçut aussi celle des médecins Philippe Hahn et Paul Hyades, après leur exploration sous l'égide de l'Académie des Sciences  du Cap Horn à bord de la l'aviso la Romanche commandée par Martial en 1882-1883 (1ère année polaire internationale).

  Une partie des collections était envoyée au Muséum de Paris, avec lequel le jardin et le Cabinet d'Histoire naturelle de Brest était en relation permanente.

Jules-Louis-Marie Chaze (1824-1852), pharmacien de 3ème classe, a navigué en Océanie entre 1844 et 1847 ; il fit escale aux îles Marquises.

 Henry-Martin Lamy (1802-??). 

D'autres pharmaciens s'intéressèrent au Cabinet d'histoire naturelle : 

François, Jean-Baptiste Gesnouin (1750-1814), pharmacien en chef, député aux Cinq-Cents. Biographie par Saint-Sernin.

Mathieu Thaumur (1759-1847), pharmacien.

 

 10. Cauchemar final : je tombe dans le bassin aux sangsues, et je me réveille.

   Encore soumis aux effets narcotiques issus de quelque bocal de thériaque, je descends, en plein XIXe siècle (quelqu'un me crie une date : 1867 ! ) vers le pavillon en U qui donne sur la rue de Lyon et qui sert de maison de gardien, d'habitation pour le jardinier-chef, et de réfectoire des infirmiers. Un homme en uniforme donne des ordres que je ne comprends pas à un garçon-jardinier, et je me mets à suivre un barbu en blouse noire qui tourne à la droite de l'entrée, vers la cour du Conseil de Santé, avant de franchir un portail fermé à clef ; étrangement, je me trouve maintenant avec lui, au bord d'un bassin rectangulaire aux eaux noires vers lesquelles je me penche. Pourquoi dirige-t-il cette épuisette vers moi ? Avec un rictus hideux, il me frappe et je tombe, nageant parmi plus de 5000 bestioles noirâtres et gluantes. DES SANGSUES ! Elles se collent déjà comme des pieuvres sur les jambes, mes bras, mon visage pour un atroce baiser. NON !

  "Je me réveille en sursaut", près de la cabane à outil du jardinier, sur un tas de feuilles mortes collées à mes mollets, là où, effectivement, se trouvait avant la Guerre le bassin et ses tendres pensionnaires :

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  Les sangsues officinales du Sénégal, les noires et les vertes, ou celles de Walo en Sénégambie, ou celles du Fouta, étaient activement recherchées par les pharmaciens de la marine lors des explorations ; mais les mares voisines de l'hôpital fournirent tout ou partie du bassin de Brest. En 1825, le Gléau, chirurgien de la marine à Brest, publia ses observations sur le moyen, en cas de pénurie relative de cet animal si précieux, véritable assistant-chirurgical, de leur faire dégorger de leur sang pour les ré-utiliser sans plus attendre. Le procédé "consiste à traire la sangsue gorgée de sang à peu près comme on trait le pis d'une vache. Pour cela, on saisit la grosse extrémité de la sangsue entre le pouce et l'index de la main gauche, et l'on presse le corps avec les mêmes doigts de l'autre main", etc... 

  Elles survivent deux ans après un seul de leur repas de vampire, mais après quatre mois de jeûne, elles mordent déjà très bien. On s'en servait, dans les pneumonies par exemple, comme une alternative aux "petites saignées" de 300 grammes ; à défaut, les ventouses scarifiées faisaient affaire. Dans la phlogose observée dans l'angine tonsillaire, si elle se limitait à l'arrière-bouche, une cinquantaine de sangsue posées sur la gorge pouvaient vous sauver la vie. Il suffisait de quatre hirudo medicinalis sur l'épigastre d'un petit brestois pour le guérir de sa gastrite. Deux sangsues posées dans les narines faisaient merveille en cas d'épistaxis.

  En 1851, le professeur de botanique de Brest B. Roux signalait que l'aide-jardinier Philippe "s'est occupé avec le plus grand soin de la pêche des sangsues qui ont déjà servi dans les hôpitaux. L'intelligence qu'il a employé dans le triage des annélides au milieu des bassins nous ont permis de faire profiter l'État de notables économies" (Roussel et Gallozzi p.273). On pêchait paraît-il  les sangsues dans les étangs en jetant un cadavre de chien pour les récolter, ou bien les femmes entraient dans l'eau les jambes nues, attendaient d'être mordues puis les ôtaient avec du sel, de la cendre et du jus de tabac. 

  Une sangsue aspire 5 à 10 ml de sang en 20 minutes, ce qui ne représente que le contenu d'une seringue moyenne. Comme elles sont avides de sang veineux désoxygéné, elles permettent de désengorger une région concernée par la stase, ou traiter les varices ou les hémorroïdes. Elles font actuellement merveilles dans l'arthrose du genou* (s'adresser ici).  Mais elles possèdent d'autres talents, et leur salive renferme de l'hirudine et de la caline, anticoagulante, et un puissant anti-inflammatoire, l'égline.

*C. Moser, R. Stange, M. Bühring, « analgeische Wirksamkeit einer lokalen Blutegel-behandlung bei Patienten mit Gonarthose », Health and Medicine 2001 ; 7:31, 52 patients étude en cross-over randomisée et contrôlée, follow-up 9 semaines).

Michalsen et Dobos, Ann Rheum Dis Oct. 2001;60(10):986. et Anni.ntern Med. Nov.2003 4:139(9):724-30

 

S. Andereya, U. Schneider, Acta orthop. Apr.2008 79(2) : 235-43.

Hirudo medicalis, sa doublure H. verbana et sa commère H. mannilensis asiatique furent surtout utilisées  après que Broussais en ait vanté l'usage : 60 millions de sangsues furent alors employées par an. Résultat, ces gentils assistants de nos médecins sont aujourd'hui inscrits sur la Liste Rouge des espèces menacées.

 

  


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détail du Plan de 1867,  emprunté à l'ouvrage de Roussel et A. Gallozzi 2004 .

 

11. Pour flâner encore dans le passé.

  M'écartant (à peine) du jardin, j'explore la partie nord de l'hôpital, adossé à un haut mur (récemment rejointoyé) le séparant de la rue Portzmoguer. Cette rue a été percé au sein d'anciennes fortifications de Vauban au XVIIe siècle, et je me situe alors à l'intérieur de l'ancien Bastion de Saint-Paul, qui prolongeait le Bastion de l'Hôpital (voir plan 1829 infra, réalisé pendant la construction de l'hôpital Clermont-Tonnerre achevé en 1835, et voir documents des Archives Municipales). Cette partie est occupée actuellement par des logements de fonction mais ceux-ci encadrent un bâtiment ancien équipé d'une potence : c'est une ancienne citerne à eau de la marine.

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Fin de la visite :

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                         ANNEXES.

I. Rappel historique.

Pour partir avec des repères simples, je propose de mémoriser cinq périodes pour ce jardin :

1. Le jardin d'apothicaire, 1694-1771 (200 plantes médicinales en1771).

2. Le jardin d'acclimatation d'Antoine Laurent 1771-1820.

3. L'Âge d'or 1820-1880 (3500 espèces en 1876).

4. Le déclin 1880-1940, et la quasi-destruction en 1944.

5. Le jardin actuel depuis 1983.


  (Source : Wikipédia, site de l'ASNOM et site de la ville de Brest sur le jardin des Explorateurs)

   En 1694, un premier jardin est fondé par Desclouzeaux, intendant de la Marine à Brest : "lors de la fondation de l'hôpital en 1694 sous la direction du premier médecin Ollivier, on avait aménagé un jardin des simples derrière l'église Saint-Louis qui était disposé en trois terrasses situées parallèlement à la rivière Penfeld, au dessus de la Corderie neuve. Ce jardin, achevé en 1698, était alors pourvu d'une centaine de plantes médicinales destinées à approvisionner l'apothicairerie de l'hôpital, et à soigner les 6000 matelots, ouvriers et marchands du port. Il connut un grand développement après la fondation de l'Ecole de chirurgie navale en 1731 par le ministre de la marine mais cet essor fut compromis en 1736 par l'effondrement partiel des terrasses. Tout était cependant rétabli en 1738. Une chaire de botanique fut créée à Brest et des cours de botanique donnés aux futurs chirurgiens de marine dès 1742. Ces cours se déroulaient dans le jardin, plante en main, illustrant le second rôle du jardin, celui de support pédagogique de la botanique, base essentielle de la Matière Médicale (pharmacognosie, ou simplement pharmacopée).

En 1757-1758 la grande épidémie de typhus fit 5 000 morts à Brest, au retour de Louisbourg de l'escadre de Dubois de Lamotte. Le jardin ne pouvant subvenir totalement aux énormes besoins du moment, sa gestion fut confiée en janvier 1759 aux frères de la Charité mais les résultats obtenus par les religieux furent si catastrophiques qu'il fallut acheter à l'extérieur les plantes thérapeutiques indispensables.

En novembre 1763, alors que Pierre Poissonnier (1720-1798) venait d'être nommé Inspecteur général de la médecine dans les hôpitaux et ports de la marine, le premier médecin Chardon de Courcelles (1705-1775) sollicita un autre jardin botanique, le précédent étant devenu trop petit depuis son effondrement. Ce n'est cependant qu'en 1768 qu'on lui accorda un terrain proche qui va constituer la première terrasse du nouveau jardin.

Pourtant, lorsqu'en 1772 le jardinier botaniste Antoine Laurent (1744-1820) arrive du Jardin des Plantes pour prendre la direction du jardin, celui-ci ne renfermait que deux cents plantes indigènes. Laurent, en multipliant la culture de plantes locales et étrangères, réussit finalement à réunir plus de 2 000 espèces d'intérêt et constitua un herbier d'une rare richesse. C'est donc grâce à ce botaniste hors pair, à sa compétence et sa détermination, que le jardin botanique de la marine connaîtra une telle renommée qu'il sera considéré comme l'une des merveilles de la Bretagne. Il sera agrandi en 1816 par l'acquisition de terrains voisins qui vont permettre l'aménagement de deux terrasses supérieures tandis que deux serres, l'une chaude, l'autre tempérée, assuraient la culture de plantes variées." (Amicale santé Navale et Outremer, Les jardins botaniques des hôpitaux maritimes)  

  Une ancienne ordonnance du Roi obligeait en effet tous les capitaines de navires des ports de France d'apporter des graines et plantes des pays étrangers afin de former des jardins botaniques. Ce jardin va donc accueillir pour les acclimater les plantes  fatiguées de longues traversées. Les jardiniers vont leurs prodiguer les soins essentiels avant d'aller enrichir prioritairement le jardin du Muséum à Paris puis les compléments vers les jardins botaniques des autres villes (Brest, Rochefort, Toulon, Lorient), faute de place.

  En effet, de nombreuses expéditions maritimes, militaires et scientifiques partaient de Brest à la découverte de terres inconnues. Des savants botanistes parcouraient le monde au péril de leur vie : Philibert Commerson embarque avec Bougainville sur "La Boudeuse" en 1766 (il ramena du Japon l'hortensia), La Billardière et Riche avec D'Entrecasteaux sur "La Recherché" et "L'Espérance" en 1791 à la recherche de l'expédition du Comte de La Pérouse parti de Brest en 1785.

   Au XIXe siècle, le jardin de l'Hôpital Maritime avec ses collections considérables tant en graines qu'en plantes précieuses est ainsi avec Kew Garden à Londres un des jardins botaniques les plus renommés. Il participe à la fourniture des substances et drogues usuelles pour les malades, contribue à la diffusion de la culture et à l'ornementation de plantes rares et exotiques, à la connaissance de la botanique, au développement de l'horticulture et des cultures coloniales, à l'instruction des officiers de santé, à étoffer le patrimoine botanique breton. II va en outre contribué au développement de l'agriculture et de l'horticulture dans le Finistère.

  En raison des hivers rigoureux de 1870-1880, de la fermeture du bagne et de sa main-d'œuvre, de la réorganisation en 1890 du service de santé des armées regroupé à Bordeaux, de la prépondérance des médicaments de synthése sur la phytothérapie dans la pharmacopée, de la suppression du poste de jardinier-botaniste en 1903, des nouvelles gelées en 1917, le jardin déclina au XXème siècle.

Les restes du jardin ont été presque totalement détruits dans la Seconde Guerre mondiale , ainsi que l'hôpital lui-même. Jadis, l'accés au jardin se faisait de manière indépendante de l'hôpital, mais le nouvel hôpital Inter-Armées Clermont-Tonnerre disposa désormais son entrée de telle sorte que la circulation traverse désormais l'ancien jardin entre terrasses supérieures et intermédiaire d'une part, et terrasse inférieure d'autre part.* En 1983, 70 espèces nouvelles furent plantées, et l'entretien du jardin fut confié en sous-traitance au C.A.T. des Papillons Blancs de Ploudalmézeau (Roussel, 2004) ou plus exactement aujourd'hui à une équipe de l'ESAT de Guipavas dépendant des Genêts d'or. Des arbres centenaires et précieux furent abattus, comme, en terrasse inférieure, le plus beau des Ginkgo Biloba, ou l'un des plus beaux chênes verts de Bretagne (Quercus ilex) et un ancien Magniolia.

* Selon Auguste Dizerbo, "A la libération, les murs du jardinet de l'hôpital s'étaient écroulés ici et là, les arbres endommagés. A la fin de 1952, il fut procédé à un remaniement général. L'entrée de l'hôpital fut transférée sur la rue Lannouron, le mur du jardin éventré au niveau de la seconde terrasse dans l'axe des serres chaudes, sacrifiant au passage le tulipier de Virginie, vestige de la guerre d'indépendance américaine et le palmier des Canaries de la serre, tandis qu'au troisième niveau, dans l'ancien jardin des sœurs infirmières du passé, là où se trouvait leur jeu de boules, on aménagea un nouveau pavillon. De nos jours, on traverse l'ancien jardin sans que rien n'attire particulièrement l'attention."

 

 

 

II. Plans.

      Plan de Brest en 1829, détail : l'Hôpital Maritime (en construction)  et * le jardin botanique près des remparts et de la rue de Lanouron. (A noter la mention "Ermitage de Lanouron", inexpliquée pour moi).

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      Plan de Brest en 1901, détail.

(avec une rotation de 90° par rapport au plan précédent) * le jardin botanique :

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III. Document : Prosper Levot, Histoire de la ville et du port de Brest, vol. 2 : Le port depuis 1681, Brest, 1865, 387 p.

Prosper Levot (Brest 1801 -1878), est un bibliothécaire et historien français, auteur de nombreux livres sur l'histoire de Brest, de la Bretagne et de la Marine, qui fut conservateur de la marine à Brest de 1831 à sa mort. Il fut également membre du Bureau d'administration du Lycée de Brest à partir de 1848, examinateur à l'École navale, et en 1858, un des fondateurs de la société académique de Brest et sa région, société savante du XIXe siècle.(Wikipédia)


§17. Jardin botanique et Musée d'Histoire naturelle. (p.293)

      "En 1694, sur la demande de  M. Declouzeaux, il avait été établi dans la cour de l'hôpital et la corderie neuve un jardin aux simples divisé en trois terrasses, pour la culture des plantes usuelles qui seraient employées à l'hôpital. En 1736, ces terrasses s'étant écroulées en partie et menaçant d'écraser la corderie, on rétablit (1738) le jardin qui fut disposé de manière à être approprié à de nouvelles cultures. M. du Fay expédia de Paris, dans ce but, des graines et des plants tirés du jardin du Roi. Buffon ayant fait un nouvel envoi en 1742, on eut ainsi un début d'embryon de jardin botanique où un professeur commença à faire le cours prescrit par le règlement du 11 janvier 1740, qui avait créé l'école d'anatomie, cours dans lequel il exposait les propriétés et le mode d'emploi de plantes cultivées sous sa direction. En 1760, M. Berryer, ministre de la marine, supprima le jardin et prescrivit d'en laisser la jouissance aux religieux de la Charité qui desservaient l'hôpital et qui eurent la liberté de continuer ou de ne pas continuer l'emploi de jardinier, comme de cultiver telles plantes qui leur plairait. Cette lacune importante dans l'enseignement de l'école détermina M. de Courcelles à demander, en 1763, le rétablissement du cours supprimé trois ans auparavant ; mais, comme le jardin était mal situé et trop petit pour qu'on pût y cultiver, sans confusion, toutes les plantes dont on avait besoin, il demanda qu'un terrain convenable fût loué ou acheté dans le voisinage, et qu'un jardinier y fût attaché. Ce ne fut qu'en 1768 que la première partie de ses demandes fut accueillie. Le 1er mars, le ministre prescrivit de faire un cours de botanique, et le 23 juillet, il approuva le bail d'un jardin p

our la culture des plantes, et d'une maison où elles seraient déposées et feraient l'objet d'un cours. Ce jardin et d'autres terrains adjacents nécessaires à son agrandissement, situés au quartier de Lanouron, furent tenus à loyer jusqu'en 1785 que la marine les acheta des héritiers Le Bris du Rumain et Testard au prix de 35,404 livres 18 sols. On construisit alors une orangerie et une serre chaude . De nouvelles acquisitions, consenties, le 31 décembre 1816 par les héritiers Picaud pour 32,077 livres 12 sols, et par M. Riverieulx pour 11,926 francs 58 centimes, ont permis d'accroître successivement le jardin qui, depuis 1769, a été cultivé par MM. Laurent, père et fils, Noël et Paugam. Si, d'un coté, on peut regretter que le jardin ne soit pas de plain-pied, on ne peut méconnaître, d'un autre coté, que sa disposition en terrasses lui donne un aspect plus pittoresque. Les deux terrasses inférieures sont consacrées à la classification botanique des plantes médicinales, et autres, d'après la méthode de M. Ad. Brongniart. La troisième, beaucoup plus petite que les deux autres, contient un arrangement des principaux genres de plantes d'après le système sexuel de Linnée. En outre des végétaux ainsi classés méthodiquement pour l'étude de la botanique, le jardin offre une foule de plantes et d'arbres d'agrément disposés avec l'art du jardinier paysagiste, et qui font de cet établissement, non seulement un lieu d'instruction pour les officiers de santé et les élèves de l'école, mais encore une promenade agréable pour les officiers malades et les nombreux visiteurs qu'attire la réputation méritée de l'hôpital de la marine.

  Le climat de Brest, en raison du très rare abaissement de la température au dessous de zéro, est particulièrement favorable aux tentatives d'acclimatation de certaines espèces exotiques. Les essais ont souvent été couronnés de succès, et une foule de végétaux du Japon et de la Chine, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Cap, de Van-Diémen, des deux Amériques, se sont développés en pleine terre ; quelques-uns y fleurissent et y fructifient. On y remarque encore plusieurs palmiers et une collection des conifères les plus célèbres, tels que cryptomeria, taxodium, secoya, araucaria, etc.

  Des serres servent à la conservation des plantes qui ne peuvent vivre sous notre climat pendant l'hiver, ou qui ont même toujours besoin d'une température supérieure à celle de nos étés moyens. Elles se divisent en serres froides ou orangeries, en serres tempérées et en serres chaudes, où se trouvent réunis les types des principaux genres caractéristiques de la végétation tropicale, rangés avec un goût artistique tel qu'on se croirait dans quelque coin d'une forêt torride. Toutefois, ces serres laissent beaucoup à désirer, tant sous le rapport de leurs dimensions que sous celui de leur construction tout à fait défectueuse. L'extension de terrain que la marine a obtenue au nord du jardin a permis l'agrandissement, en cours d'exécution, du jardin, et fait espérer le prochain déplacement des serres qui pourront alors être reconstruites sur un plan plus en harmonie avec les connaissances modernes, et de manière à contenir, comme à permettre de développer, en plus grand nombre, les plantes exotiques que l'école de Brest est si bien placée pour recevoir de nos colonies tropicales.

Au jardin est annexé un musée où la botanique, la zoologie et la minéralogie sont représentées. La galerie consacrée à la botanique contient une riche collection d'échantillons bien choisis des divers organes des végétaux, ce qui permet d'étudier en tout temps la morphologie végétale. Elle possède, en outre, un immense herbier où l'on trouve non seulement les plantes d'Europe, mais encore celles des principales parties du monde, recueillies par les médecins et les pharmaciens de la marine dans leurs laborieuses navigations.

  La collection zoologique a été commencée pendant l'hiver de 1788 à 1789. Les grands froids de cet hiver avait amené aux environs de Brest beaucoup d'espèces d'oiseaux qu'on n'y observe qu'à de longs intervalles, telles que les outardes, les cygnes, les spatules, plusieurs espèces de canards, des hurles, etc. Ce fut l'apparition de ces oiseaux qui suggéra à MM. Dubreuil, premier médecin en chef, et Billard, premier chirurgien en chef, la pensée de créer une collection. Mais les moyens imparfaits de taxidermie qu'on employa n'assurèrent pas une longue conservation aux individus primitivement rassemblés, et il n'en reste qu'une grande outarde en fort mauvais état. Pendant plusieurs années, une seule salle contint ce commencement de collection ; c'est celle qui forme l'entrée du musée. A la paix, les nombreux voyages que firent nos bâtiments dans les diverses parties du monde enrichirent le musée, par suite des dons des officiers de santé et de vaisseau. En 1824, on ajouta une seconde salle que rendirent bientôt insuffisantes les envois du muséum de Paris et les offrandes privées. Lors de la construction de l'hôpital, deux galeries nouvelles furent établies. Dès qu'elles furent prises, M. Léonard, pharmacien professeur, chargé alors du musée (1834) demanda à M. Foullioy, président du conseil de santé, le concours de plusieurs personnes pour le classement des collections. M. Crouan, aîné, pharmacien civil et naturaliste des plus distingués, se chargea de la détermination des mollusques, et Paugam, actuellement jardinier botaniste en chef, de celles des mammifères, des oiseaux, des reptiles et des poissons ; M. Langonné, pharmacien de la marine, disposa les échantillons de minéralogie, formant le noyau alors restreint de la belle collection actuelle. En 1843 , M. Ad.Vincent, pharmacien professeur, conçut un projet d'installation des galeries de botanique, de minéralogie,et de géologie. Ce projet, approuvé par M. Foullioy, fut réalisé sous la direction de son auteur, par MM. Ed Vincent et G. Cuzent, pharmaciens de la marine, après deux années de travaux préparatoires. Là ne s'est pas bornée la sollicitude de M. Ad. Vincent pour le musée. Par ses dons personnels comme par sa vigilante attention à procurer de judicieuses acquisitions, , il est, à bien dire, le créateur de la collection de minéralogie et de géologie qui, avant lui, se bornait à quelques échantillons contenus dans une montre. En 1858, les galeries avaient besoin d'urgentes réparations. Le temps et l'humidité avaient détérioré un grand nombre d'individus des collections zoologiques. M. Lefèvre, directeur du service de santé, ayant obtenu les réparations nécessaires, toutes les collections furent classées à nouveau par les soins de M. Courbon, alors chirurgien de 2ème classe, sous la direction de M. Leroy de Méricourt, médecin professeur, chargé du musée de zoologie.

Le musée comprend quatre salles. La première contient, outre des curiosités exotiques de différentes nations, une collection d'insectes, peu nombreuse, mais bien classée. La seconde, qui est la plus grande, renferme les oiseaux, les reptiles, les poissons et les mollusques. La troisième est consacrée à la minéralogie, à la géologie et à la botanique.

En 1863, l'accroissement des collections a déterminé le ministère à en charger un conservateur, et M Ed. Brousmiche, ancien chirurgien principal de la marine, a été nommé à ces fonctions."

 

Chapitre 23. L'Hôpital de la marine.

...Au dessus des bureaux du conseil de santé est placée la bibliothèque de l'école de médecine navale. Formée en l'an XI par M. le préfet maritime Cafarelli, au moyen d'environ 800 volumes d'ouvrages spéciaux qui existaient dans la bibliothèque du port, elle s'est rapidement accrue depuis plusieurs années, et se compose aujourd'hui de 10 000 volumes d'ouvrages spéciaux. Dirigée par M. Berdelo, ancien chirurgien de première classe de la marine...

      … Comme complément des moyens d'instruction se présentent ensuite le jardin des plantes et le musée d'histoire naturelle, placés l'un et l'autre à droite du passage dont nous avons précédemment parlé, et accessibles par un escalier établi dans la cour plantée qui les sépare des bureaux du conseil de santé et de la bibliothèque."

 

IV. Une description du jardin en 1868.

Description par Léon Besnou, pharmacien de la marine :

  "Si les collections des trois règnes qui constituent le musée sont riches, le jardin des plantes et son école botanique que dirige mon savant ami et collègue M. Amédée Coutances, ne présente pas une importance moindre pour l'étude. Le jardin a presque complètement transformée depuis la venue de M. Jules Blanchard, digne émule de son prédécesseur, M. Paugam, dont le zèle et le travail a été récompensée à la fin de sa carrière par l'étoile de l'honneur. Par son activité, par ses aptitudes et l'application de ses connaissances théoriques et pratiques, M. Jules Blanchard s'est montré à la hauteur de la réputation qui l'avait précédé. La classification adoptée est celle de M . Adolphe Brongniart.

Le nombre des espèces qui composent l'école dépasse six mille, en y comprenant les plantes de serre. Les espèces sont choisies parmi les genres ayant une utilité réelle et une application propre aux démonstrations du professeur.

Les serres sont pourvues de magnifiques spécimens de la végétation luxuriante des régions équatoriales et tropicales. On peut signaler le trinax argentea, des chamaerops de toute beauté, des pandanus utilis, des dracaena umbraculifera, etc...

Dans les plates-bandes de l'école, on est surpris de la force et de la taille du magnolia grandiflora ; de camélias à fleurs simples ou doubles ayant quatre mètres au moins de hauteur et des têtes arrondies mesurant environ huit mètres de circonférence, des erica arborea, ayant quatre à cinq mètres de haut ; un gunnera scabra, dont les feuilles hérissées atteignent plus d'un mètre de développement ; des yuccas gloriosa, dont le stipe offre un diamètre de près de cinquante centimètres ; et des araucaria imbricata, d'environ huit mètres."

 

 

 

                               VERS UN RENOUVEAU DU JARDIN ? 

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  Quelques passionnés s'attachent à rendre à ce jardin l'âme qu'il a perdu, anéantie par les bombardements puis tranchée par la nouvelle entrée de l'hôpital maritime et la voie d'accès aux services. Outre Claude-Youenn Roussel, on peut citer le lieutenant Christophe Lemagnent, ou le directeur du Conservatoire Botanique du Stang Alar Fanch Le Hir, ou l'historien de la marine à Brest Claude Boulaire. Ce sont eux que Ouest-France nous montrait dans son édition du 16 septembre 2012, lors de la plantation symbolique d'un michelia, "sorte de magnolia à feuilles persistantes et à fleurs blanc crème, parfumées, un arbre né aux confins de la Chine". Est-ce là le Michelia doltsopa de Meghalaya, l'histoire ne le dit pas.

 

 Le jardin de l'hôpital des armées, tricentenaire, accueille un nouveau plant de la famille des magnolias.

 C'était lors des Journées du Patrimoine 2012, mais cette manifestation n'avait pas eu la publicité qu'elle méritait.

Pour les journées du Patrimoine 2013, le Jardin de l'hôpital Inter-Armées a été à nouveau présenté au public, avec, cette fois-ci, une meilleure information ; un plant de Franklinia alatamaha a été planté, venant des collections des pépinières Sterviniou qui offriront aussi trente autres plants de 26 espèces pour les mettre en terre cet automne.

  Franklinia alatamaha, ou Franklin tree, est un arbre (Théacée, comme les camélias) originaire de Géorgie mais qui n'existe plus à l'état naturel depuis 1803 ; Tous les spécimens connus  sont issus de graines recueillies par William Bartram (qui le découvrit en 1791) et propagées au Bartram Garden à Philadelphie.

  C'est un petit arbre aux fleurs blanches parfumées en été et au très beau feuillage rouge-orangé en automne. Il aime les sols sableux acides, mais tolère mal la sécheresse : nul doute qu'il se plaise à Brest.

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      Des perspectives d'avenir.

     Ultérieurement,  Fanch Le Hir a eu la gentillesse de me communiquer le  mémoire de Master 1 Aménagement Développement et Environnement 2007-2008 qu'il a soutenu sur le thème Projet de restauration de l'ancien jardin maritime de Brest. Il y souligne les efforts de restauration effectués, les écueils à éviter mais y développe aussi les possibilités d'aménagements respectueux de l'environnement rendant au jardin une cohérence et une lisibilité plus attractives pour les visiteurs. Il propose notamment d'utiliser les trois terrasses actuelles pour créer trois jardins :

1. En terrasse supérieure autour de la butte, un jardin à l'anglaise rappelerait par le choix d'espèces exotiques les jardins d'acclimatation. On privilégierait l'Asie, et autour du vieux Gingko, l'Abelia et le Catalpa, le Camelia et l' Hydrangea, le Magniolia et le Sarcococca, le Budleya et le Shibatea évoqueraient l'Himalaya et ses lamas, Bouddha ou les magots chinois, car toutes les plantes viendraient de là-bas.

2. En terrasse intermédiaire, pour rappeler le premier jardin des simples et sa vocation thérapeutique, un jardin d'abbaye (comme il en existe à l'abbaye de Daoulas)  ou jardin médicinal, organisé en carré botanique. On y évoquerait les tisanes et les décoctions autour de l'Arnica pour soigner les bleus et de la Grande Camomille contre la migraine, de la Réglisse (contre la toux comme dans Tartuffe acte IV scène 5) et la Joubarbe (pour protéger des orages), du Millepertuis en sevrage du Prozac, du Fragon petit houx pour les varices et de l'Artichaut pour le foie. Mais que saurait-on faire de la Lysimache nummulaire ?

3. à gauche de la route, dont les haies d'escallonia seraient rasées pour rendre le jardin visible, un jardin à la française, aux allées droites rayonnant autour d'un bassin remis en eau et replacé en position centrale. Il accueillerait des espèces végétales de l'hémisphère sud (Chili, Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande et Tasmanie).


        On me permettra de faire remarquer que rien n'existe tant qu'il n'est pas nommé. Or ce jardin de l'Hôpital Inter-Armées n'a pas de nom. Des périphrases gênées comme "Ancien jardin botanique" ne conviennent pas, puisque Le Jardin botanique de Brest désigne actuellement le Conservatoire du Stang Alar. A Brest, le Jardin des Explorateurs n'a existé qu'à partir du moment où il a reçu ce nom. Je propose Jardin Maritime de Brest Antoine Laurent . Jusqu'à mieux-disant.

  Quant à imaginer de nouvelles serres, des bustes de jardiniers et de pharmaciens brestois, et Griselinia littoralis pour rendre hommage à Raoul ..., et puis quoi ? Un bassin à sangsues peut-être ?


SOURCES ET LIENS :

 

  La source essentielle, exhaustive, brillamment illustrée, et contenant les échanges épistolaires d'Antoine Laurent, est la suivante :

ROUSSEL (Claude-Youenn) GALLOZZI (Arièle), Jardins botaniques de la Marine en France – Mémoires du chef-jardinier de Brest Antoine Laurent (1744-1820), Spézet Coop Breizh, 2004.  

 

 

       

  • Site Le Jardin des explorateurs à Brest
  •  Achat des terrains nécessaires au jardin : "Un coin de Brest", Société académique de Brest 1888 p. 86 et suivantes.
  • BELLEC (Robert), docteur «  Requiem pour un paradis perdu », in Les Cahiers de l'Iroise24ème année n°1, janvier-mars 1977, pp 30-37.
  • BESNOU L. Travaux des Sociétés savantes pendant l'année 1868, Annuaire des sociétés savantes de France et des congrès scientifiques Paris 1870 pp. 310-311
  •  CAMBRY (Jacques), SOUVESTRE (Émile) Voyage dans le Finistère, revu et augmenté par Émile Souvestre, 1835, Brest , Come Fils ainé et Bonetbeau, fils, imprimeurs-éditeurs rue du Château, et Librairie de Come, Fils Aîné, rampe, 30, coin du Champ-de-Bataille ; 251 p.,27 cm.
  • DIZERBO (Auguste H) Les frères Crouan, botanistes et pharmaciens brestois Les Cahiers de l'Iroise n°5 - 1955, p 36.
  • DIZERBO (Auguste H) : Le jardin botanique de l'hôpital de la Marine à Brest et l'introduction des espèces exotiques. Les Cahiers de l'Iroise n° 174 /. Éd :s.n., 1997 ,p. 63-66 ; 22 cm   

  • HETET F. Liste des plantes qui ont résisté aux froids de l'hiver dans le jardin botanique de la marine à Brest par M. F. Hétet, Annales des sciences naturelles. Zoologie, Volume 20 : XVI, 379.
  • LAROCHE (Marie) Pour un inventaire des collections océaniennes en France,   Journal de la Société des océanistes 1945 Volume 1 pp. 51-57.
  • LAURENT (Charles), Médecin-Général, «  Les Musées de l'Hôpital Maritime de Brest », Les  Cahiers de l'Iroise 10ème année n°2, 1963 p. 87-91.
  • LAURENT (Charles) « Le musée de l'Hôpital maritime de Brest », Revue des Service de Santé des Armées, 1964
  • LE HIR (Fanch), MOUHAMADOU (Lo),   Projet de restauration de l'ancien jardin maritime de Brest, Mémoire de Master 1 Aménagement Développement et Environnement 2007-2008.
  • LEVOT (Prosper) Histoire de la ville et du port de Brest, vol. 1 : La ville et le port jusqu'en 1681, Brest, 1864, 387 p.
  • LEVOT (Prosper)Histoire de la ville et du port de Brest, vol. 2 : Le port depuis 1681, Brest, 1865, 387 p.
  • POTIER DE COURCY (Pol)  De Rennes à Brest et à Saint-Malo: itinéraire historique et descriptif , 1864. 
  • PRADERE (Onésime)  Brest, son château, son port, sa rade et ses environs : guide du touriste Éd : société anonyme d'imprimerie (Brest) 1889 in Gallica.
  • VAVIN (E). Coup d'œil sur le jardin botanique de Brest et les principales cultures maraîchères du Finistère, Bulletin de la Société d'acclimatation, 2ème série tome VIII année 1871, Paris, 1871 pp 131-138 et p.155. En ligne Google books
  •  Bulletin de la Société Académique de Brest, Volume 5 : année 1868-1869. Don au musée de la société académique de la collection d'histoire naturelle constituée par M. Gadreau, par sa veuve et par son fils J.P. Gadreau. Cette collection comprend 1°) une collection d'insectes comprenant environ 400 sujets. 2°) Collection de minéraux comprenant environ 200 sujets , qui, pour la plupart, ont leur étiquettes. 3°) Collection de coquillages comprenant environ 500 sujets 4°) collection de médailles. M. Constantin a fait subir à la collection d'insectes une préparation chimique qui assure la bonne conservation des sujets.
  • Plans de Brest : Bibliothèque Municipale de Brest, Atlas historique des villes de france, Brest en 1829 cote X FB A 30.
  • Plan de Brest et de sa banlieue, 1901, Bibliothèque Municipale de Brest.
  •  

 


Pour D.P. :

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