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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 18:51

Sortie à PLozevet ( Finistère Sud) avec Bretagne Vivante .

 


Les Sonneurs (1908), sculpture de René Guillivic à Plozevet. C'est le portrait d'un couple de sonneurs du pays, Yann Kerloc'h dit Yann Dall (1875-1960), le sonneur aveugle et Thomas Bourdon.

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 Lieu : Littoral entre Plozevet et Plouhinec / étang de Pouldiguou

Date : 30 juin 2012

Motif : Formation Invertébrés organisée par Bretagne Vivante et le GRETIA ; Sortie menée par Mickaël Buord.

But : recherche des insectes, papillons, libellules, ou arachnides... 

 

 

I. Le littoral.

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  Sur le front de dune dont la tombée peut être occupée par les terriers de la cicindèle, nous inspectons les plants de mauve (chenilles d'hespérie de la mauve ?) , puis les plants de roquette de mer Cakile maritima  à la recherche de la punaise phytophage propre à cette plante, Eurydema herbacea.  Le tout sans succès. Descendant sur la grève, nous nous attachons à retourner les pierres (et à les replacer) afin de rechercher un hôte qui s'y repose avant de passer la nuit à travailler : c'est Broscus cephalotes (Linnaeus, 1758).  

   Ce carabe qui creuse son terrier sous les débris fait alors la navette entre la laisse de mer et le bord de dune, chassant le talitre et autres gros insectes. Eurêka, en voici un, puis un autre : 

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  Satisfaits, nous quittons la plage et son petit peuple de nettoyeurs de laisse de mer et nous gagnons l'arrière-dune.

 

  II. Dunes et chemins vers la chapelle St-They. 

  La prairie dunaire serait pleine de promesses pour les papillons, mais ils sont rares : Fadets communs, Collier-de-corail, Amaryllis,  hétérocères ensommeillés, exceptionnelles zygènes du trèfle.

    De loin se repère un plant de Molène où nous découvrons un de ses habitués, la chenille de Cucullia Verbascum, la Cucullie de la Molène (ou du Bouillon-blanc, c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc) : 

 

 

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  Shargacucullia verbasci (Linnaeus, 1758)

 

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La tête ...

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      ...et le wagon de queue : 

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        Nous reprenons notre bâton de pèlerin à travers les ajoncs puis sur les sentiers où, rarement, quelque Tircis se querelle contre un intrus . La rencontre d'une Eristale fait figure de petit évènement ; une pièride apparaît : est-ce Brassicae ? Non, c'est Rapae.

   Là, sur cette inflorescence, c'est l'Ephippigère de la vigne, une sauterelle aux ailes atrophiées et au pronotum en forme de selle : son étymologie dérivée du grec ephippios, "couverture ou selle de cheval", a le mérite de faire retenir l'orthographe d'Ephippiger ephipigger (Fiebig 1784)

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    Puis on descend vers un lieu humide où les seules libellules sont des Caloptèryx, faut-il en faire des gorges chaudes ? Nous montrons un goût dédaigneux, comme le chat du bon Horace. 

  Où sont les observations entomologiques d'antan ? Déjà nous approchons de la chapelle St-They, mais nous avons coiffé notre casquette d'entomologistes et nous ne nous intéresserons pas à ce saint Dey, Tey, Thei, émule de saint Gwénolé dont on ne sait d'ailleurs pratiquement rien. 

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  Mais qui dit chapelle dit fontaine, qui dit fontaine dit ruisseau ou lieu humide, locus amoenus de tout naturaliste : nous voilà vite en train de batifoler parmi le thym et le serpolet, ou, à défaut, le rumex, les joncs et les orties pour constater que les nymphes du lieu ont pour nom Calopteryx virgo, un point c'est tout. Et nous allions repartir bredouille de ce havre champêtre si...

  Bredouille  est un terme dont il va, si la situation météorologique actuelle se prolonge, me falloir approfondir la connaissance : contraint de l'utiliser, j'aurai alors le loisir d'en savourer les origines. Celles-ci seraient à trouver dans le jeu du Tric-trac, où, vers 1611, il désigne la situation avantageuse d'un joueur ; ou une partie double qu'on marque de deux jetons ; une partie bredouille, c'est une partie qui en vaut deux. Le "trictrac", très en vogue du XIIe au XIXe siècle, se jouait à deux personnes, chacun ayant deux dés et quinze dames ; et c'était à celui qui gagnerait ses douze trous le premier. Et si je gagne tous mes trous sans même que vous ayez le temps de jeter vos dés , alors, "je joue bredouille", et vous, vous avez été "mis en bredouille". Je gagne si rarement aux jeux que j'en bredouille.

    Mais en 1694, patatras, tout se renverse, et on dit qu' une femme est sortie bredouille du bal quand elle n'a point été prise pour danser. Mais au XXe siècle, l'ambivalence du mot persiste puisque avoir la bredouille ou être en bredouille , c'est "avoir le jeton qui indique que l'on fait de suite douze points, six trous ou douze trous. Dans ce dernier cas, on gagne la grande bredouille"(Quillet, 1965). Si on veut, "avoir la bredouille", c'est gagner la partie bredouille, celle qui vaut double, alors qu'"être bredouille", c'est la perdre.  

  Mais non, saint They nous préserve d'une telle déconfiture, d'une capilotade inavouable et fait apparaître devant nous une bryone, dioïque de surcroît, digne représentant des Cucurbitacées dont elle est, en nos contrées, la seule espèce sauvage. Et, sur les feuilles de cette Bryonia dioica Jacq.,1774, c'est Henosepilachna argus Geoffroy, 1762 qui se goberge.

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  A ce nom barbare est associé celui de notre compatriote le Docteur Étienne-Louis Geoffroy (1725-1825)  Histoire des noms français de papillon I : Etienne Louis Geoffroy et, par la mention trop laconique "1762",  une référence à son Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, dans laquelle ces animaux sont rangés par un ordre méthodique, Paris, Durand page 325. Rendons ici hommage à notre savant qui proposait alors le nom de Coccinelle argus, et qui disait pourquoi (si on sait qu'Argus est le héros aux cent yeux) : 

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    Il semble y avoir embrouille, car Geoffroy la décrit rouge, avec des points noirs entourés de jaune, mais puisque c'est à lui que les taxonomistes, assez tatillons pourtant lui ont attribués le titre d'"auteur spécifique", ne disons mot. D'ailleurs, elle est rouge dans le nord, où elle mange de la Bryone, et orange dans le sud, où elle mange du melon. (Wikipédia) La notre, dans l'ouest et sur sa bryone était aussi orangée qu'un "Chamonix", délicieux moelleux fourré à l'orange dont la marque LU m'avait rendu addict, dans les temps jadis, pour mon quatreur.

    Cette coccinelle à onze points ( encore un et elle "avait la bredouille" !) porte de nos jours le nom vernaculaire de Coccinelle orange, ou Coccinelle de melon, ou Coccinelle de la Bryone. Les gens de la Manche (Livory 2003) l'ont observé, une fois, sur le cornichon, et on en parle encore.

  Son nom générique à coucher dehors n'est pas dû à un français, mais à deux savants de 1961, Li et Coock ; On peut se dégager des premières lettre et écrire (Henos)epilachna, de la sous-famille des épilachnines, qui est un groupe phytophage : au lieu de manger , grâce à une ou deux dents, des pucerons, ces coccinelles végétariennes se nourrissent à l'aide de mandibules multidentées de nos cucurbitacées qui sont melons, courges, courgettes et cornichons, ou de nos légumineuses ( subcoccinella 24punctata). Que font nos services sanitaires, que fait Monsanto face à cette engeance ? 

   Comme toutes les coccinelles, elle affiche ses couleurs "aposématiques" pour signifier aux amateurs d'insectes qu'elle n'est pas comestible. En effet, les bryonines et cucurbitacines contenues dans toutes les parties de la plante dont elle se délecte, elle et sa larve, sont éminemment toxiques y compris pour l'homme : elle seule sait s'en protéger. 

  C'est une des rares coccinelles velues : ses élytres sont recouverts d'un duvet très fin, mais qui lui donne cet honnête aspect dépoli :

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  Nous abandonnons cette coccinelle à poil (mais bien heureuse de s'en être tirée face à cette troupe d'entomologistes sans se faire disséquer les genitalia ) pour partir à la recherche d'autres belles rencontres : tout-près, c'est un accouplement de Collier de Corail, ou, pour parler latin Aricia agestis [(Denis & Schiffermuller], 1775) in copula. On les distingue de Polyommatus icarus par les deux points noirs les plus antérieurs, qui sont ici au même niveau, et en décroché par rapport à la ligne pointillée qui suivait jusque là les marques orangées ; chez l'Argus commun, ou de la bugrane, ce décroché de la ligne des points noirs n'existe pas.

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    Après du menu fretin dont je n'ai pas tenu d'inventaire, nous rencontrons un premier longicorne, la Lepture tachetée Rutpela maculata Poda, 1761.

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  Puis nous rencontrons la très admirée Agapanthie à pilosités verdâtre, Agapanthia villosoviridescens de Geer, 1775. Le genre Agapanthia est dû à Jean-Guillaume Audinet-Serville, collaborateur de Latreille pour l'Encyclopédie Methodique, alors que l'espèce a été nommée par Charles de Geer (1720-1778), suédois élève de Linné à Uppsala mais qui admirait tant notre Réaumur qu'il reprit, pour sa publication princeps, le même titre Mémoires pour servir à l'histoire des insectes que notre ingénieux René-Antoine.

  Le nom agapanthe vient du grec, associant ἀγάπη (a̍gápê) (affection, amour divin) et ἄνθος (a̋nthos) (fleur).

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  Elle vient poser sa figure héraldique en sommité de ce promontoire épineux , telle la chêvre de Monsieur Seguin prête à affronter ici même le Loup  malencontreux.

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        Influencé par son Trop-pique, ce Capricorne n'apprècie que ce qui pique : les chardons ( Cirsium vulgare, très commun, Cirsium arvense, Cirsium crispus ). Si ce fakir s'accorde parfois un séjour sur les ombellifères, c'est pour mieux apprécier la Grande ortie Urtica dioica.

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  Après tant de piques, nous pensâmes à notre pique-nique. Puis nous nous rendîmes à l'étang de Pouldiguou.

 

III. L'étang de Pouldiguou.

  Ce fut alors l'occasion de multiples observations d'Odonates ; mais à défaut d'en citer la liste, je ne donnerai ici que quelques photos. Nous cherchions Orthetrum brunneum, qui y a été signalé, et dont nous cherchions à reconnaître les ptérostigmas brun-roux, la face blanc-bleuté, le thorax et  l'abdomen bleu du mâle. Mais ce fut Orthetrum coerulescens qui se présenta, pour une démonstration de ce qu'il savait faire le mieux : copuler.

 Noter les bandes blanches du thorax, caractéristique qui élimine l'hypothèse d'un brunneum.

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    Je ne suis pas parvenu à prendre en photo les nombreux zygoptères ; je ne peux proposer que ceux-ci : 

Ceriagrion tenellum ou Agrion délicat:

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Ischnura elegans :

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De la famille des Chrysomelidae : une  donacie : est-ce Donacia semicuprea Panzer, 1796, espèce la plus fréquente en Europe, sur les glycéries ? Non : les meilleurs de nos experts se prononcent pour Donacia versicolorea (Brahm, 1790) .

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  Plus loin, un Dytique Dytiscus sp encore tout mouillé des plongées qu'il affectionne (du grec dyticos, "qui aime à plonger" ) : Le Cybister à cotés bordés Cybister lateralimarginalis (De Geer, 1774). A la différence du Dytique bordé Dytiscus marginalis, son pronotum n'est pas cerclé d'orange.  On peut aussi observer les éperons des tibias des pattes postérieures (bien visible sur la patte babord) qui sont fins et identiques chez Dytiscus, et asymétriques chez Cybister, l'un étant fin et l'autre épais. (link)

  Il s'agirait d'une femelle, reconnaissable aux élytres crénelées... mais selon André Lequet, justement, les élytres de Cybister lateromarginalis sont toujours lisses. Dites-moi que ce n'est pas vrai ! 

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Plus à l'écart des berges, une chrysomèle :Chrysolina (Erythrochrysa) polita (Linnaeus, 1758), la Chrysomèle polie. Ses élytres ponceau contrastent avec le corselet vert bronze et la tête vert métallisé. Elle fréquente les lieux humides que la menthe embaume. Son nom vernaculaire est attesté dès 1817 (Dumeril, in Dict. Sc. Nat. Cuvier vol.9) après qu' en 1790 Ollivier et d'Alembert (Encycl. Meth. vol.26 p. 696) aient opté pour "La Chrysomèle lisse", et qu' en 1762 Etienne-Louis Geoffroy se soit contenté de la désigner comme "la chrysomèle rouge à corselet doré", (Hist. abr. ins. Paris t I p.258) lui qui avait su inventer à ses chrysomèles des noms charmants comme "l'arlequin doré", "le petit vertubleu", ou  "le grand vertubleu".

  Le grand art, pour un entomologiste, est de choisir à sa petite bête un nom de baptème qui laisse persister un certain flottement sémantique. "Chrysomèle lisse" était mal choisi, trop franc, stérile comme un galet. "Chrysomèle polie", tout en voulant dire exactement la même chose, garde des ombres secrètes ; et vous ne pouvez vous empécher, lorsque vous la rencontrez, de vous attendre à ce qu'elle soulève obséquieusement son chapeau pour vous saluer.

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  La journée touche à sa fin ; un dernier tour dans des landes où, l'annèe passée, folatrait encore le Damier de la Succise ne me permet d'admirer que la Crételle des près Cynosurus cristatus L. Traduisant le nom gréco-latin de Cynosurus, les anglais la nomment "queue de chien" (Dog's-tail) et les allemands la comparent à un peigne (Wiesen kammgrass) car les épillets stériles forment comme des peignes en face des épillets fertiles. Parmi les papillons, les azurés et les cuivrés l'apprècient. C'est la plante-hôte du Fadet, Coenonympha pamphylus.

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IV. La sortie de nuit.

 

  Au risque de décevoir, je ne dirai rien des quelques trente espèces observées, tant j'étais content de voir, pour la première fois, le Sphinx du troène Sphinx ligustri Linnaeus, 1758.

 


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  Zoonymie : 

Nom de genre : Sphinx, Linnaeus, 1758

Nom d'espèce : Sphinx ligustri, Linnaeus 1758 . Du nom de l'une des plantes hôtes, Ligustrum vulgare, le troène. Les autres sont le Lilas, le Frène, le Sureau, mais aussi le Viburnum, l'Ajonc, les Spirées.

Copyright www.biodiversitylibrary.org.



Nom vernaculaire :

France : Sphinx du troène, Engramelle, Papillons d'Europe peints d'après nature, tome III, n° 113, illustration planche 85, déssinée par Ernst et gravée par J.J. Juillet. 1782 p.8 : link

GB : Privet Hawk-moth. c'est à dire Sphinx du troène ("privet").

D : Ligusterschwärmer

 

La Rosette, Miltochrista miniata Forster 1771.

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Published by jean-yves cordier
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