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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 14:13

                        Vierges allaitantes V :

             Chapelle Saint-Venec à Briec.

           Deuxième partie : sainte Gwen Trimammis, Guénolé, Jacut et Venec.

 


I. Saint Guéthenoc / Venec:

   Depuis la photo de 1994 de l'inventaire des Monuments Historiques, link la niche, qui tenait déjà avec un bout de ficelle, s'est encore détériorée, a perdu le peu de fonds peint qu'elle conservait tant bien que mal et se réduit maintenant à un grabat de planches vétustes que les ronces ou le lierre viennent envahir. En 1904, Abgrall pouvait décrire "une niche gothique en bois dont le dais a des découpures flamboyantes très fines". Mais plus rien ne flamboie aujourd'hui.

  La statue est en pierre et date du XVe siècle. Elle a été restaurée en 1956 par Mainponte. Elle a perdu les deux saint-évêques qui l'accompagnaient  et qui devaient représenter ses frères , mais qui étaient de taille moitié moins grande et ne devaient pas se trouver à leur place initiale. Que sont-ils devenus ?

saint-venec 8441c

 

inscription: S. GVEZNOCE : 1578... Cette inscription semble de la même main que celle du cul-de-lampe de Notre-Dame de Trèguron ou du groupe de saint-Yves, datant de 1592 et se détache sur le même fond rouge brique. La frise sous-jacente est différente et elle est centrée par une tête.

   Il s'agit donc du saint-patron de la chapelle, et c'est le moment de reprendre la lecture de notre exemplaire du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1884 et de suivre René-François Le Men, Archiviste du Finistère, dans son commentaire : 

   " Quand à Saint Venec, dont le nom moderne est une altération des formes anciennes Guethenoc, Guezenec, Guenoc et Guenec, la tradition bretonne ne nous en apprend que ce que j'ai rapporté d'après le cartulaire de Landevennec. [cf infra] Il est représenté du coté de l'épître, dans le sanctuaire de sa chapelle, presque de grandeur naturelle, en costume de guerrier, tenant d'une main une épée et de l'autre un livre. A ses cotés, dans la même niche, mais avec des proportions bien moindres, sont représentés ses deux frères, Saint Guénolé et Saint Jacut, en costume d'abbé. On n'ignore pas que le premier fut en effet abbé de Landevennec, et que Saint-Jacut donna son nom à un monastère, situé à deux lieues de saint-Malo, dont il avait été le premier abbé. Les habitants du village de Saint-Venec n'ont rien pu m'apprendre de la vie de ce saint. On  l'invoque dans le pays pour la guérison des rhumatismes. Sa fête patronale a lieu le dimanche gras et le lundi de la Pentecôte."

   Saint Venec, Vennec, Guéthenoc, Guézennec, Guithern, en breton Sant Guezheneg ou Gwezhenog est le fils du roi britannique Saint Fragan et de Sainte Gwenn dont nous allons parler, et le frère de Guénolé et de Jacut. Il est contemporain de l'émigration de Bretagne insulaire vers l'armorique au V-VIe siècle et notamment de celle de l'an 513. Son nom, issu du vieux breton guethen, prend donc la signification de "combattant, guerrier". Comme on sait très peu de chose sur lui, c'est en examinant ses statues que l'on (Le Men) déduit, puisqu'il est en armure, qu'il tient une épée mais aussi un livre, qu'il fut d'abord guerrier avant d'être religieux : c'est aussi simple que cela.

Iconographie :

  • Chapelle Notre-Dame de Ponthouar, Trégourez (29) :http://fr.topic-topos.com/saint-guezennec-tregourez Saint Guezennec y est représenté en guerrier, tenant une épée (disparue) et un livre. la statue est datée de 1563.
  • Chapelle Notre-dame de la Clarté, Combrit (29) statue de Saint Vennec, 17e.
  • Roudoualec (56), statue petite nature de Saint Vennec

Ici, il est représenté "en guerrier, casque en tête , revêtu de la cuirasse et du reste de l'armure de fer, et portant sur le tout un manteau qui le drape élegamment. " (Abgrall, Notice de Briec, BDHA 1904 p. 402, http://catholique-quimper.cef.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/briec.pdf

  Dans la main droite, il ne tient plus que le pommeau et la garde de l'épée nue qui était encore visible en 1904.

 


 

II.  Sainte Gwenn Teir Bronn (Kersantite, 1,30m, vers 1578) :

  Après avoir vu les niches principales et les statues de N.D. de Tréguron  et de Saint Venec encadrant l'autel, nous nous rendons à droite, vers le transept sud, pour découvrir la représentation "la plus curieuse et la plus extraordinaire qui soit dans le pays". (Abgrall) :  un groupe de quatre personnages,  assez décoloré, mal éclairé par la lumière d'hiver de ma visite, et dont je ne compris qu'à mon retour chez moi ce qu'il fallait y voir : les trois mamelles !


saint-venec 8434c

 

  Je me mets à nouveau à l'écoute de René-François Le Men : 

  "La femme est représentée assise et le front ceint d'un diadème. Son corsage ouvert laisse voir sur sa poitrine nue trois mamelles, dont l'une, celle du milieu, plus développée que les autres semble destinée à allaiter un petit enfant qu'elle tient sur les genoux et qui laisse échapper de sa main un cartouche sur lequel on lit en caractères gothiques : S. GUENNOC . Les deux autres enfants debout de chaque coté de la femme s'appuient d'une main sur ses genoux et tiennent comme le premier des cartouches sur lesquels on lit S. GUENOLE et S. JACUT. Aucune date n'accompagne ce groupe, mais on peut, d'après les caractères de ses inscriptions, fixer l'époque où il fut sculpté à la seconde moitiè du XVIe siècle."

  J.M. Abgrall remarque un détail : la chevelure abondante qui tombe sur les épaules et est retenue par des rubans ou bandeaux. C'est là à mes yeux un détail fondamental puisqu'il est retrouvé à l'identique sur la quasi totalité (6/7)des Vierges allaitantes de Cornouaille, la seule exception étant ...celle de Saint-Venec. Cela oblige, à moins de retrouver ce bandeau transversal sur d'autres chevelures ailleurs, à insérer cette Sainte Gwen à l'intérieur du groupe des Vierges plutôt que de considérer sa présence conjointe mais non signifiante dans ce sanctuaire.

  Par ailleurs, Abgrall corrige la lecture des inscriptions car l'enfant dans les bras de sa mère tient l'intitulé de son prénom qui est S. GVENOLAE et non GUENNOC, alors que les grands enfants se nomment S. GVESNEC (ou GUEZNEC) à droite de sa mère  et S. JACVT à gauche. Il détaille aussi le costume des enfants : robe (verte) dont le bas est orné d'une frange (et les manches ont un revers doré) pour Guénolé, dont les pieds sont nus, robe verte sur des hauts de chausse pour Jacut avec un col rond rehaussé d'or et de pierres, casaque rouge et col en V  pour Guénolé. Sainte Gwen est recouverte d'un lourd manteau sur une robe rouge et un tablier bleu-roi aux quatre-feuilles d' or. Les jumeaux Gueznec et Jacut sont coiffés comme des seigneurs du début du XVIe, court devant et long derrière, alors que Guenolé est coupé court, presque ras.

  La mère et les deux aînés sont chaussés, et les chaussures presque carrées de Gwen se découpant sur le lourd drapé de la robe confèrent au groupe quelque caractère  pesant et hiératique d'une sorte de divinité primitive.

  Le mamelon du sein tierce est présenté au fils par cette préhension digitale latéro-latérale entre index et majeur qui est aussi celle des Vierges de Quillidoaré, de Kergoat et de Kerluan.

 

saint-venec 8420c

 Il nous reste à découvrir qui sont ces personnages :

"La femme ainsi représentée est célèbre dans les annales bretonnes et galloises qui la nomment Alba Trimammis ( Blanche Trois-Mamelles) ou Gwen Teirbron (idem en breton), mais qui présentent quelques divergences au point de vue de son identité. Voilà ce qu'en rapporte la Vie de St Guénolé, écrite au IXe siècle, et qui fait partie du cartulaire de Landevennec, manuscrit dont la rédaction presqu'entière remonte au XIe siècle :

   Fracan, guerrier renommé et cousin de Cathou, un des rois de la Bretagne insulaire, fuyant les atteintes d'une maladie pestilentielle qui désolait le royaume de ses parents, en punition des crimes de ses habitants,(1) passa en Armorique, emmenant avec lui sa femme nommée Blanche (Alba, en breton Guen) et ses deux fils Guehennoc et Jacob (Jacut). Ils débarquèrent dans un lieu nommé Brahec (2) et s'établit ensuite dans une localité qui de son nom se nomma Ploufragan (Plebs Fracani)(3), et où il lui naquit un troisième fils qui reçut le nom de Guénolé. Dieu, par un miracle, donna à Blanche une troisième mamelle pour allaiter ce troisième fils qui était appelé à de grandes destinées, et c'est de cette faveur spéciale que lui vint ce nom de Trimammis.[...] 

  Sainte Guen Teirbron n'est connue que sous le nom de "la mère de saint Venec" 'Mamm Sant Venec) dans la paroisse de Briec où est située la chapelle que je viens de décrire. Les nourrices lui font des offrandes de quenouilles de lin pour avoir du lait.* Elle était la patronne de la paroisse primitive de Plouguien (Ploe Guen, Plebs Albae) près de St-Brieuc, et on la voit représentée "en robe longue, assise, et allaitant ses trois garçons dans la chapelle de Lezven (altération probable de Lez Guen ) dans la même paroisse.

   Les traditions galloises mentionnent aussi une Sainte Guen, à laquelle elles donnent le même surnom de "teirbron" .

  (1) : Fragan dut passer en Armorique vers l'année 465, et l'invasion saxonne fut très probablement la véritable cause qui l'obligea à quitter son pays.

(2) : M. de La Borderie pense qu'il s'agit du port de Brehec, situé tout près de Lanloup, dans la Baie actuelle de St-Brieuc.

(3) Canton de St-Brieuc, Côtes-du-Nord.

* C'est moi qui souligne. Les quenouilles de chanvre sont liées à la fécondité et au "travail" de la femme : dans le Perche, le cortège nuptial, après la cérémonie, s'arrêtait à un autel de la Vierge où les parents remettaient à la jeune femme une quenouille consacrée qui s'y trouvait.  Elle devait  ramener chez elle la quenouille nuptiale, ornée de rubans, filer le chanvre qui s'y trouvait, et rapporter sur l'autel la quenouille rechargée en chanvre, avec l'écheveau de fil qu'elle avait confectionné. (Antiquités percheronnes, Joseph Fret, 1838)

 

  R.F. Le Men signale que cette Gwen galloise est considérée comme la fille d'un Emyr Llydaw, neveu de Saint Germain l'Auxerrois qui se rendit en 420-430 en Bretagne Insulaire pour combattre l'hérésie pélagique. Gwen épousa un prince armoricain, Lydewig, dont elle eut un fils nommé Cadvan, ce qui signifie "guerrier" comme Venec. Cadvan émigra au VIe siècle au Pays de Galles avec d'autres valeureux compagnons qui devinrent tous saints. Il fonda un monastère sur l'île de Bardsey ; il était considéré comme le patron des guerriers. En Armorique, la paroisse de Cavan (22) et les chapelles de Caduan à Braspart et de Saint-Cava à l'Aberwrac'h lui sont dédiées.

  L'archiviste breton conclue qu' "il ne faut pas un grand effort d'imagination pour reconnaître dans ces représentations de femmes à poitrine découverte qui figurent dans quelques chapelles bretonnes une réminiscence des déesses-mères de l'antiquité païenne qui étaient aussi les divinités tutélaires des nourrices", et il donne la liste des vierges allaitantes de la région. Il ajoute qu'il n'est pas sans savoir que les recteurs de quelques paroisses ont enterré des statues de Sainte Gwen ; nous savons que c'est le cas pour la Vierge, à Kerluan. Enfin, il mentionne comment la vierge allaitante de Seznec à Plogonnec a vu sa poitrine affublée d'un gilet à raies jaunes et rouges, "pour remédier à l'insuffisance de son costume", et il ajoute  : "cet ingénieux vêtement a complètement trahi la bonne volonté de son auteur" : comme c'est gentiment tourné !

 

  Il reste à mentionner le quatrième enfant de Sainte Gwen, Chreirbie ou Klervie, qui ne mérita pas qu'une quatrième mamelle s'ajoute à la poitrine de la Sainte nourrice. Le nom de Clerwi, Chreirbia, dérive du gallois creirwy qui signifie joyau, perle.

 

Sainte Gwen au Musée de Landevennec.

  Le musée de Landevennec se consacrant à la description de l'abbaye créée par saint Guénolé se devait de montrer aux visiteurs une statue de sa mère sainte Gwen, et il le fit par un moulage de la statue de St-Venec sur laquelle furent appliquées les couleurs probables d'origine, en se basant sur les traces de polychromie encore constatables : la statue a fière allure, et on distingue mieux le sein ectopique, dont le mamelon est tenu entre index et majeur ce qui fait jaillir une goutte de lait. (Moulage de Hugues de Bazelaire)

saint-venec 5947c

 

saint-venec 5950c

 

Sainte Gwen, déesse-mère ?

  Quels sont les arguments qui permettraient de vore en sainte Gwen "la réminiscence des déesses-mères de l'antiquité" ?

  1. L'origine gauloise du nom de Briec, Brithiac. Associant toponymie et hagionymie, Guy Souillet a remarqué ( Ann. Bret.1956) que les églises des paroisses en-ac du Finistère, Irvillac, Mellac, Scrignac, Briec et Yuliac (disparue) en Cornouaille ou Milizac (Léon) étaient toutes dédiées à Saint-Pierre, témoignage de l'effort de l'église romaine, en utilisant le patronage du premier pontife, de lutter contre les micro-chrétientés celtiques et les anciens saints bretons.
  2. Le passage sur la commune de voies de communication romaines, Carhaix-Douarnenez ouvrant aux influences maritimes -c'est la route des salaisons de poissons- et St-Pol +Morlaix-Quimper.
  3. La présence d'antiquités gallo-romaines : importante villa gallo-romaine à Kertiles, et deux groupes equestres nommés "cavaliers à l'anguipède", l'un à Guelen en Briec (Musée départemental breton) signalé par J. Trevédy en 1886, l'autre à Buzudic en Landudal découvert par R. Sanquer en 1978. Ces cavaliers étaient associés à des exploitations agricoles dont ils devaient assurer la prospérité.link
  4. la persistance sous couvert de christianisation du culte gaulois des sources autour des fontaines : une déesse-mère celte est la personnification de l'eau bienfaisante et fécondatrice et assure la prospérité de l'exploitation agricole et du foyer. Elle est représentée vêtue d'une longue robe, assise sur un fauteuil d'osier à haut dossier, allaitant un ou deux enfants souvent réduits à un minuscule objet emmailloté et situés symétriquement. Elle est figée dans une frontalité austère et impassible, sa tête est très grosse, ses cheveux formrnt un S. (Hugues Vertet, les statuettes de terre-cuite gallo-romaine, cité avec une riche iconographie ici : link)  Ces statuettes fabriquées par moulage pouvaient provenir d'un seul atelier à Toulon-sur-Allier et se retrouver dans le Finistère. On les plaçaient pour leur action tutélaire dans les sanctuaires des sources avec les ex-voto des organes à fortifier. Leur symbolisme du lait comme liquide nourricier et régénérateur s'associe à celui de l'eau, lequel est pris en compte sous forme des déesses anadyomènes, debout, nues, sortant du bain, une main retenant une mêche de cheveu et l'autre, plus basse, tenant une draperie dont les plis figurent parfois l'écoulement de l'eau. Les deux étaient très associées à l'eau, aux étangs, lacs, et sources. (ibid).


 

saint-venec 8436c

 

André Cornec, dans un article publié par le bulletin municipal de Briec de janvier 2099, s'inspire du concept de fonctions tripartites indo-européennes de Georges Dumezil pour constater que chacun des trois fils peut représenter l'un l'agriculteur (Guénolé, patron de l'avoine à Collorec), l'autre la fonction sacerdotale (Jacut, protecteur des épidémies, des inondations et les sécheresses et, à ce titre, intermédiaire entre la nature et les puissances surnaturelles) et enfin le dernier la fonction guerrière (Venec). Guénolé était pourtant un bon candidat pour le sacerdoce, mais ce qui ne se discute pas, c'est l'attribution du rôle de guerrier à Venec-Cadvan dont le nom même exprime sa fonction. Le même auteur souligne que selon les archéologues, la plupart des dédicaces aux déesses-mères (Matres) étaient des soldats, et que la déesse est ainsi lièe à la fonction militaire. 

 

  Iconographie de Sainte Gwenn :

  • Chapelle Sainte Blanche, Plougastel (29)
  • Église Notre-Dame-de-la-Soumission, Pléguien (22) : groupe de Sainte Gwenn et ses trois fils.
  • Plouguin (29) : fontaine Sainte-Blanche (moderne) 
  •                      : Abgrall mentionne la chapelle du manoir de Lesven où se trouvait un tableau de sainte Gwen (Bdha 1903 p. 338). 
  • Chapelle Sainte-Blanche, Saint-Cast-le-Guildo (22) : pas de statue.

Toponymie:

  • Ar Vourc'h Wenn, Bourg-Blanc, devrait l' origine de Wenn au fait que ce nom "qualifiait souvent les lieux sacrés ou voués aux divinités" (site de la Mairie).

  En nous interressant aux Déesses-mères, nous nous sommes détournés de ce qui fait la spécificité de Sainte Gwen : ses trois seins. Il nous faut donc revenir à ce caractère:

 

      Gwen trimammis: étude succinte de la polymastie.

   Commençons par consulter Wikipédia : c'est le sujet de la trimammophilie, ou attirance sexuelle pour les femmes à trois seins, qui est traité, avec Gwen en exemple princeps, puis la déesse indienne Sri Minakshi, "qui possédait des yeux de poisson et trois seins, mais le troisième disparut quand Shiva l'épousa"., puis de brèves images d'une actrice topless dans le film Total Recall, l'héroïne Valérian des bandes déssinées de Mézière et Christin, ou l'actrice Taylor Chanel qui apparaît souvent avec trois seins sur ses films et photos. 

   Cet article mélange fiction et réalité de manière ambigüe : la prèsence de plus de deux seins existe-elle dans l'espèce humaine ?

   La réponse est claire : si la polymastie, présence de plusieurs seins, est une anomalie bien attestée, elle ne réalise jamais ce que les artistes depuis l'antiquité ou les trucages photographiques peuvent imaginer.

La polymastie, point de vue médical.

   Ces anomalies peuvent se développer le long des "crêtes mammaires primitives ", alignement chez l'embryon de cellules destinées à donner des cellules mammaires chez l'adulte et  qui partent de l'aisselle, passent par le mamelon et descendent vers l'aine. Des seins aberrants peuvent apparaître sur leur trajet, la localisation la plus fréquente étant la région axillaire : ces ectopies régressent souvent chez l'embryon, mais leur persistance ou leur développement, parfois bilatéral, sous forme de masse au niveau de l'aiselle peuvent en abuser, même en échographie, pour des lipomes alors qu'il s'agit d'un tissu glandulaire. La patiente consulte alors pour une sensation de gonflement pendant les règles ou une tuméfaction  lors d'une grossesse. La femme est le plus souvent concernée mais la présence de seins surnuméraires a été aussi décrite chez les hommes. 

  Des seins aberrants peuvent apparaître aussi en dehors de ces crêtes mammaires, sur le visage, sur le pied, sur la cuisse. 

  La polythélie est l'existence de plusieurs mamelons et aréoles, avec ou sans polymastie.

  Ces seins peuvent aller de la simple zone pileuse (polythelia pilosa), munie d'aréole (polythelia areolis), de mamelon (polythélie), de tissu adipeux sous-jacente (pseudomamma), ou avec du tissu glandulaire comme un vrai petit sein capable de sécreter du lait comme un grand : c'est la vrai polymastie, et ce en quoi elle différe de la banale polythélie, souvent prise pour un grain de beauté, et qui existe chez une personne sur dix-huit.

 

  Polymastie dans la religion et l'art.

 

   Mais il existe une espèce parahumaine, homo suprasapiens artificialis, celle qui est le fruit de l'activité artistique d'homo sapiens : celle-ci présente des cas fréquents de polymastie où le sein triple n'est que le stade le plus modeste. Le cas le plus connu est celui d'Artemis d'Éphèse, avec des seins innombrables qui peinent, dans l'exubérance de leur multiplication, à se trouver une place sur la partie antérieure du corps de la déesse, et qui paraissent, sur les statuettes, mous, flasques et ptosés comme ceux de la déesse famina de Baudelaire dont la gorge déjà basse /pend de chaque coté comme une callebasse.  . A la Renaissance, et jusqu'au XVIIe siècle, c'est Isis, déesse importée d'Égypte pour un néoculte européen, qui profite de ces avantages.

Pourtant, hormis Mînakshî et Sainte Gwen, je n'ai pas trouvé d'autre divinité dotée de trois seins.

A défaut, et pour compenser ces exces mammaires qui finiraient par être indigestes par un appel à l'ascèse, je rappelle que les Amazones de Cappadoce brulaient le sein droit de leur fille à l'age de huit ans, afin qu'elles méritent leur nom (a privatif et mazos, mamelle) et qu'elles puissent tirer plus habilement à l'arc. Notre hagiographie catholique est riche d'A-Mazones plus radicales telles que Sainte Barbe et Sainte Agathe qui se virent arracher les seins lors de leur martyr. Et les plus fidèles à ce blog se souviennent peut-être précisément des seins de Sainte Agathe,

Recette Les seins de Sainte Agathe 

(pour six seins, pour la pâte, 3 oeufs, 75 g de sucre, 75 g de farine, 1 citron, 1 pointe de sel ; pour la décoration, 150g de sucre glace, 1 blanc d'oeuf, 2c.à c. de jus de citron...et des cerises confites)

  Mais j'avais gardé par devers moi, pour mes propres délices, les pupazza frascatana

  Ces poupées de Frascati perpétuent la légende d'une déesse à trois seins, mais dont deux produisaient du lait, et celui du milieu du vin. Du vin, du Gwin ru, et les bretons de Briec n'y avaient pas pensé !!!

Fichier: Cookie Frascati.JPG

Source : Carlomorino : http://it.wikipedia.org/wiki/Pupazza_frascatana

Pupazza Frascatana

 

Ingredienti ?  

 

125 g de beurre, 60 g de sucre, 3 cuillerée de lait, vanille, 190 g de farine à levure incorporée, 60g de préparation pour "budino alla vaniglia", du miel, et n'oubliez pas le vin rouge pour le sein du milieu (c'est le meilleur).

 

 





Sources :

Notice sur Briec, chanoines Abgrall et Peyron,, Bull. Dioc. Hist. Archeol. Quimper, 1904, 400-404 :

http://catholique-quimper.cef.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/briec.pdf


Le Men, Bull SAF 1884 p. 104 : sainte Guen Teirbron . (Alba Trimammis).

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207549n/f106.r=teirbron.langFR

 

Moins sérieux mais exhaustif :http://sachatchenko.voila.net/Mutantes.htm

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Published by jean-yves cordier
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commentaires

Gwenola 01/11/2015 15:06

Merci pour cet article bien renseigné!!!! Je crois que Gwen avait un quatrième enfant, une fille cette fois ci, Klervi?

Jean-Yves Cordier 01/11/2015 19:31

Parfaitement, Klervi est la petite quatrième, mais elle a dû être nourrie au biberon car la tradition n'atteste pas que Gwen se soit alors trouvée doté d'une quatrième mamelle. A la différence de cette princesse arctique récemment rencontrée :
http://www.lavieb-aile.com/2015/10/a-la-princesse-arctique.html

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