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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 20:48

"Il était une fois...Un oiseau ! s'écrieront aussitôt mes fidèles lecteurs. Non, les amis, vous vous trompez. Il était une fois...un morceau de zan."

   Si je paraphrase ainsi l'incipit des Avventure di Pinocchio. Storia di un burattino,c'est que tout le monde n'a pas comme géniteur un Gepetto manieur de varlope, de guillaume et d'égoïne, et qu'il arrive qu'on ait comme papa un confiseur : et vous vous retrouvez, comme notre héros du jour, avec un dos comme un bonbon acidulé au cassis, bien sucé bien luisant, des antennes en rangées de morceau de zan, des pattes en réglisse haribo, et si on vous énerve, vous vous défendez en crachant de la gelée de groseille. Chacun, s'il a  lu mon article Du noir, et caetera..., aura reconnu ce cow-boy solitaire qui erre d'un pas de consul romain sur des chemins plus arides que ceux de la Mancha : le Crache-sang, le Timarche, Timarcha tenebricosa.  Allez, renvoyez l'image :

 

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   Et il avait marché, et il avait erré sur la pauvre terre l' hidalgo atrabilaire, rêvant de rencontrer un de ses frères, le doryphore fabriqué avec un berlingot nantais, le balanin des glands avec une praline, celui-ci  avec un cachou lajaunie, celui-là  en fraise tagada, untel en caramel, toute cette grande fratrie des bonbons-insectes que son père avait réalisé en anis de Flavigny ou en bergamote de Nancy, les carabes en malabar ou en carambar, les coccinelles en dragibus, les cétoines en ours d'or, les chrysolines en Bêtise de Cambray, et lui-aussi se sentait saisi par la vocation et destiné à donner le jour à des créatures en chupa chups, en jelly babies, en niniches ou en sugus, en marshmallow, en car en sac ou en boule coco.

 

   Mais celle qu'il rencontra lui parut plus suave, plus sucrée, plus fruitée, plus pétillante, plus croustillante, plus craquante que toutes ces friandises. Il s'emballa, chavira, et tout ça tout ça, et voilà ce que cela donna :

 

DSCN3382cc

 

  C'est l'avantage d'avoir des mains et des pieds munis de patins adhésifs, que de pouvoir s'agripper au dos du partenaire. Mais si l'animal aux doigts collants perd l'équilibre, l'autre tombe ; s'il glisse, l'autre choit ; et ce sont des parties de seize fers en l'air, et des rigolades, et on recommence.

 

DSCN3379c 2

 

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  Trop tard pour consulter le Manuel d'équitation à l'usage des deux sexesd' Armand Denis Vergnaud, Paris,1834, où pourtant notre Timarche apprendrait que :"en s'habituant graduellement aux différentes allures du cheval, [ le crache-sang] finit par en sentir le mécanisme. Il parvient à s'y conformer, à se lier à tous les mouvements, à les assouplir, à les régulariser. En apprenant à se servir du cheval, il apprend à connaître ses besoins, et à y pourvoir ; bientôt il attache de l'intérêt à tout ce qui concerne ce noble animal dont l'intelligence plus qu'instinctive se révèle à comprendre ['insecte] dont il est compris ; enfin de cavalier il devient écuyer, et d'écuyer [ timarche] de cheval."

   Mais de l'apprentissage de la monte à cheval sans étrier (type entrée en voltige académique), notre insecte n'a cure : il a ses crampons, et il s'y cramponne. Pas de cravache ni d'éperons, et les rênes tenues d'une main ( A une main les rênes sont superposées et séparées par un doigt. A main gauche, le petit doigt sépare les rênes qui viennent par dessous. Le flot de rênes est tenu dans la main et ressort au dessus entre le pouce et l'index. (pour s'en souvenir:cafetière) .

Donc,  "en selle" :

 

DSCN3391c

 

Avec 2 Euros ( 2 centimètres de diamètre) pour mesurer : la femelle  dèpasse guère  un centimètre...sans les antennes.

 

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  (N.B ce ne sont pas les mêmes : photo prise à Guisseny, de même que les deux suivantes)

 

  Ils vont pouvoir déambuler pendant longtemps, franchir les pires obstacles, vivre les aventures les plus effroyables, rien ne fera lacher prise à ce macho jucher sur sa belle comme un roi fénéant : y compris sur le bout de mon doigt :

 

timarcha-maritima 8048c

 

timarcha-maritima 8057c

 

 

Mais le Psalmiste ou Mallarmé l'ont dit, la chair est triste, et la condition d'un chevalier errant est d'errer : errare timarchum est.

 

Aussi le sombre héros remet son sombrero et part, au soleil couchant :

 

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   Je laisse aller où bon lui semble le joyeux drille, mais pourtant quelque chose m'intrigue . Tout d'abord je ne suis pas sûr d'avoir affaire au même individu qu'en février : celui-ci me semble plus petit, et son dos plus grenu. Je suis aussi surpris par la différence de taille des deux protagonistes, Monsieur semble un tiercelet gringalet  à coté de Madame. Il me faut approfondir mes connaissances sur ces scarabées.

   Et d'abord, ce ne sont pas des scarabées!   Vous voilà étonnés ? Nous allons repartir du début.

_ Ces insectes sont des coléoptères. Qui peut me dire ce qui les définit ?

_ ( Tous, récitant) " Parce qu'ils ont les ailes protégées par deux élytres identiques qui se rejoignent sans se chevaucher : ils ont au milieu du dos une ligne qui le sépare en deux parties identiques."

_ Bravo. Je précise tout-de-suite que les Timarche n'ont pas d'ailes ( ils sont aptères), et que leurs élytres sont soudées. Mais parmi les coléoptères, il y a les scarabées, les longicornes, les charançons, les buprestes, etc... Alors, à quoi, Élève Trufigue, reconnaît-t-on les scarabées ?

_ Les scarabées ont des antennes coudées terminées par des petites massues qui se déploient en éventail.

_ Excellent, Trufigue, je vous mets vingt-sur-vingt. Si ce ne sont pas des scarabées, ce sont... voyons, Éléonore ?

_ Eh bien, M'sieur, déjà ils sont ronds et ressemblent un peu à des coccinelles, et puis il y a trois indices :

   1) les formes arrondies du corps,

    2)les yeux bien développés, 

    3) les antennes insérées en avant des yeux ne dépassant pas la moitié de la longueur du corps.

   Donc ce sont des Chrysomèles.

_ Éléonore je vous adore, vous aurez la médaille d'or !  Les Chrysomèles sont une famille riche de 37 000 espèces dans le monde, herbivores et qui sont des championnes de chimie : non seulement ils reconnaissent leur plante-hôte par l'odeur émise par la plante (le gaillet pour le Timarche), mais aussi à défaut de pouvoir voler ils se défendent des prédateurs en fabriquant des composés volatils répulsifs ou toxiques.

 

Donc le Timarche est un coléoptère de la famille des chrysomélides et du genre des Timarches (une centaine d'espèces). On en compte quinze à seize en France, dont la moitiè dans les Pyrénées. Deux peuvent être communément rencontrées :

  Timarcha tenebricosaFabricius,1775 : 94

      -il mesure 11 à 19 mm.

      - sa carapace est lisse, noir mat.

      - les marges du pronotum sont sinuées vers la base.

  • Timarcha goettingensis(Linnaeus 1758 : 368) Protonyme Chrysomela göttingensis.

       - il est plus petit : maximum 8 à 13 mm (H.Chevin : 10-11mm pour le mâle, 11-13mm pour la femelle)

       - il est brillant avec des reflets métalliques bleus. Linnaeus le décrit pedibus violaceis, et Degeer, 1775 le nomme Chrysomela Violaceo-nigra.

       - ses élytres sont fortement ponctuées, le fond des élytres est bosselé.

         -pronotum entièrement rebordé à la base.

         - présent sur l'ensemble du territoire, souvent sur des touffes de Gallium mollugo.(H.Chevin) .

 Ajoutons que le mâle est plus petit que la femelle, et se distingue aussi par la forme des tarses : les trois premiers articles des tarses notamment antérieurs sont élargis (ce qui permet de se fixer au dos de la femelle et de se laisser véhiculer lors de l'accouplement ) et équipés d'une brosse de poils entière. (chez la femelle, les tarses ne sont pas élargis et la brosse de poils est séparée par une ligne médiane.)

 

Un gros plan sur les patins de Monsieur, et sur les jambes fines de Madame :

DSCN3391ccc

 

  La femelle une fois débarrassée de son mari crampon  va déposer ses oeufs dans la nature sans précaution particulière, et ces oeufs éclosent un mois plus tard, ou après la pause hivernale, pour donner une larve noire. Celle-ci passe par trois phases, puis va s'enfouir dans le sol pour la nymphose. Dans sa loge souterraine, la nymphe est orange avec un appendice apical noir bifide ; elle patiente un mois, puis c'est la forme adulte, ou imago, qui sort de son trou.

  Les timarcha se nourrissent exclusivement de rubiacées du genre Galium, du moins chez nous, car les espèces méridionales font des concessions envers les plantaginacées. H. Chevin signale quelques consommations exceptionnelles de scrophulariacées, dipsacacées, crucifères ou rosacées.

 

  Dans la collection Lebeurier (Édouard Lebeurier 1892-1986, père de l'entomologie bretonne, dont la collection  récoltée en Finistère prés de Morlaix,déposée au Cloître Saint-Thegonnec a été expertisée par Gérard Thibergien dans Invertébrés Armoricains 2007 , 1 : 47-50), on retrouve un T. tenebricosa, un T. goettingensis et un T. maritima.

  En septembre 2001, un stage GRETIA à Beffou retrouvait un T. tenebricosa et un Timarcha sp.

 

Pour 75% à 95% du territoire hexagonal, la discussion s'arrête à ces deux espèces, mais en région montagneuse (Alpes et Pyrénées) et littorale, les experts commencent à ne plus pouvoir affirmer des identifications, même après étude des génitalia ! L'une des raisons est expliquée par Henri Chevin et tient au caractère aptère du timarcha ; ne pouvant voler, il forme dans les vallées des chaînes de montagne des populations aus caracteristiques propres, de nombreuses races qui rendent la description univoque d'une espèce bien problématique.

   Sur le littoral, dans l'Ouest armoricain, une espèce, Timarcha maritima,Perris, est décrite qui se nourrit exclusivement (larve et imago) du gaillet maritime Galium arenarium. On signale que les formes adultes sont nombreuses au printemps, puis en début avril on trouve surtout des larves noires à reflets dorés. Dés la fin de l'été, les imagos redeviennent nombreux et le demeurent pendant tout l'hiver, actifs les jours chauds. La reproduction a lieu avec une fréquence maximale en février en en septembre. La ponte a lieu surtout en mars-avril et en septembre-octobre dans des trous que la femelle fore dans le sable, près des plantes nourricières. Les imagos se déplacent souvent sur le sable nu et quittent les plaques de Galium. Ils parcourent toute la dune, l'arrière-dune et quelques-uns atteignent la plage, en particulier au niveau des laisses. Cette espèce a été trouvée lors d'un inventaire naturaliste de la dune de Bon-Abri, en Baie de Saint-Brieuc, en 2002. Mes renseignements proviennent de la publication par le GRETIA de Les invertébrés de la dune de Bon Abri,premier inventaire, Gabriel Hacquet, Muriel Chevrier, Etienne Brunel.

 Je rajoute donc :

 

• Timarcha maritima Perris, 1855.

  - plus petit que T.tenebricosa.

  - élytres de ponctuation nettement plus marquée et grossière.

  - localisé sur le littoral.

 

  Je dois maintenant donné le lieu de ma seconde observation. La première (première photo ici) avait eu lieu en février sur le sentier côtier en haut de la falaise littorale de Trefeuntec (Baie de Douarnenez). Celle-ci avec accouplement a eu lieu le 15 mars sur les dunes de Goulien à Crozon, à 50 mètres de la plage.

    J'ai compris qu'il fallait être très prudent pour l'identification. Je remarque que mon premier spécimen était de grande taille, que ses élytres sont assez lisses, donc il est compatible avec un Timarcha tenebricosa, mais il n'est pas si mat..

    Dans ma deuxième observation, le mâle est particulièrement petit, le ponctuation des élytres est forte, il se trouvait sur le sable dunaire, il me semble compatible avec un Timarcha maritima.

 

 

 

 

 

 

Sources :

http://animateur-nature.com/gros_plans/crache-sang.html

http://www.biol.uni.wroc.pl/cassidae/European%20Chrysomelidae/timarcha%20maritima.htm

  http://www.insectes.org/opie/pdf/1257_pagesdynadocs4b6bda89b62db.pdf

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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