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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:22

Les exemplaires de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré dans les Bibliothèques publiques de Brest  : les éditions successives .

 

 

 

 

             Cet article n'a d'autre but que de mettre en ligne un certain nombre de documents iconographiques qui ne s'y trouvent point : pages de titre, marques typographiques ou ex-libris, chiffres de libraires et autres curiositas. La documentation de bibliophilie a été publiée par des gens sérieux, auxquels je renvois. 

            Pas d'autre but ? Si, bien-sûr : partager mes coups de cœur. L'ex-libris du maréchal Soult...

  Et puis me faire patienter avant de mettre en ligne la carte géographique, la toute première carte de Bretagne, dans mon prochain article : et c'est dans l'excitation de cette attente que j'ai écrit ceci :

 


 

 

  Je veux rappeler d'abord que cette Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré (1519-1590) se situe dans la suite des différentes Chroniques écrites par ses prédécesseurs en proximité avec la cour des ducs de Bretagne:

  • Chronicon briocense, entre 1394 et 1415, en latin, anonyme (on propose Hervé le Grant, conseiller ducal, ou [André-Yves Gourves] Jean de Langouesnou, abbé de Landevennec vers 1380). C'est un mélange où les fables et les mythes se mèlent à la réalité pour la gloire de la Bretagne et de ses souverains, dans des termes très virulents contre les Français.
  • Guillaume de Saint-André, historien du duc Jean IV de Bretagne, relate en vers la reconquête par ce dernier de son territoire contre Charles de Blois.
  • Jean de Saint-Paul (14..-1476), chambellan de François II, première chronique de Bretagne en français.
  • Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart (1514) écrites ou poursuivies à la demande d'Anne de Bretagne,les Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, étude de deux exemplaires de l'édition de 1514.

 Mais surtout, l'ouvrage de Bertrand d'Argentré se place en filiation des livres de Pierre Le Baud, car celui-ci était son grand-oncle, et l'oncle de sa mère (Perrine Lebaud, soeur de Pierre Le Baud, était l'épouse de Jean d'Argentré, grand-père de Bertrand). Pierre Le Baud a été le prédicateur de l'épouse du duc François II puis l'aumônier d'Anne de Bretagne. Il est l'auteur de :

  • La Compillation des cronicques et ystoires des Bretons (1480). Cette œuvre aurait été traduite en latin par Bertrand d'Argentré, ce qui souligne son importance ici.
  • Cronique des roys et princes de Bretaigne armoricane (1505).
  • Le Bréviaire des Bretons,versification de la chronique .

   Ses manuscrits ne furent publiés qu'en 1638 par d'Hozier.

 C'était une filiation très consciente de l'insuffisance des travaux précédemment effectuée et de la nécessité d'une modernisation d'un récit plus légendaire qu'historique (C'est une "Histoire" et non plus des "Chroniques"). L'urgence de doter la Bretagne d'une histoire digne de ce nom et qui relatait précisément les faits, est bien énoncée par Bertrand d'Argentré dans sa lettre aux Messieurs des Estats de Bretaigne.

 

  Cette publication qui renoue en 1588 avec la tradition historique interrompue depuis les Grandes Croniques d'Alain Bouchart de 1514  est bien, pour Jean Kerhervé, "une date importante dans l'histoire de l'historiographie bretonne" au moment même où le royaume poursuit une politique d'intégration du Duché et d'absolutisme.

  Les enjeux de cette Histoire de Bretaigne, ses thèses, la passion qui l'anime, sont étudiés avec brio par Louis Mellenec dans un article disponible en ligne et dont je conseille la lecture.

 

 

 

 

    L'aventure des différentes éditions successives de l'Histoire de d'Argentré,  captivante pour le bibliophile, a été décrite par Ieuan E. Jones (D'Argentré's history of Brittany and its maps. University of Birmingham - Department of Geography, 1987 . : 62 p. - 33 fig. : ill. ; 30 cm ), par les mémoires de maitrise à Brest de Magali Prigent (1995) ou de Virginie Stroobant (1996),  par  Valérie Menez (Etude comparative des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668 de l'Histoire de Bretagne de Bertrand d'Argentré , (CRBC, 2000)) par Myleine Paris ( Bertrand d'Argentré et l'Histoire de Bretagne ou transcription, comparaison et étude des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668  (CRBC, 2000)) puis par Céleste Couture ( Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré. : Nouvelle édition critique. Comparaison des éditions de 1583, 1588, 1618 et 1668. Suivi de :L'Histoire de Bretaigne ou le métier d'historien au XVIe siècle selon Bertrand d'Argentré (CRBC 2002).)

  En effet cette édition, écrite à la demande des États de Bretagne en 1580, aurait dû être publiée en 1583, et les divers cahiers qui la composaient avaient déjà été imprimés par Jean du Puys à Paris lorsque l'ouvrage a été saisi et interdit le 6 juin 1583 chez l'imprimeur, avant que la page de titre n'ait été imprimée.

  Le pouvoir royal, en la personne du procureur général Jacques de la Guesle, reprochait à Bertrand d'Argentré ses affirmations trop autonomistes, incriminant notamment (selon Prosper Levot, Biographie bretonne) sa page 268 sur Philippe Auguste , 331 sur Saint-Louis, 565 et 632 sur Charles V, 948 sur Charles VII, 1149 sur l'union de la France et de la Bretagne.. et "ses faussetés et calomnies" comme l'écrira plus tard l'historiographe du roi Nicolas Vignier*. En effet, d'Argentré soutient que la Bretagne n'a jamais été soumise à la couronne royale et que ses ducs, issus des anciens rois de Bretagne, étaient souverains en leur duché. 

* Vignier, Nicolas (historiographe du Roi) :  Traicté de l'ancien estat de la petite Bretagne et du droict de la Couronne de France sur icelle, contre les faussetez et calomnies de deux histoires de Bretagne, composées par feu le Sr Bertrand d'Argentré, président au siège de Rennes... par feu Me Nicolas Vignier,  Paris : A. Périer, 1619 : In-4 Édité par Nicolas Vignier, fils de l'auteur.

 

 On comprend assez facilement la réaction royale lorsqu'on lit avec quelle virulence la plume acerbe de d'Argentré dénonce le machiavélisme de Louis XI, "homme sans foy, sans alliance, vindicatif et contrefait en toute ses actions", accusé de l'assassinat de son frère Charles de France ou de tentative du meurtre du Duc de Bretagne. Jean Kerhervé a relevé avec précision dans son article « Écriture et réécriture de l’histoire dans l’Histoire de Bretaigne de Bertrand d’Argentré. L’exemple du Livre XII », Chroniqueurs et historiens de la Bretagne du Moyen Âge à nos jours, publié par N.-Y. Tonnerre, Rennes, P.U.R.-I.C.B., 2001, p. 77-109, toutes les déclarations de l'historien breton qui ne pouvaient apparaître que comme inacceptable pour la couronne, et qui seront tempérées dans l'édition suivante.

 


  Car l'édition fut ré-écrit et épurée de ses déclarations litigieuses ; cette nouvelle rédaction n'était de toute façon pas superflue car le premier texte avait été écrit trop rapidement et accumulait les coquilles, les fautes d'expression, les fautes sur le fond, les erreurs de pagination.  Un privilège royal fut obtenu le 15 juillet 1587, alors que Jacques de la Guesle s'opposait tout autant à la seconde version qu'à la première, et que Nicolas Vignier la critiquait aussi; mais en cette fin du règne d'Henri III et de seconde Ligue, la censure est moins puissante, et la seconde édition, celle que j'étudie ici, parut chez Jacques du Puys en 1588, dotée de gravures et de deux planches représentant la carte géographique de Bretagne et un tableau généalogique.

 Les cahiers imprimés en 1583 par du Puys à Paris* avaient été conservés par l'imprimeur et furent assemblés, d'abord dépourvus de pages de titres, de table des matières et datés de 1588  puis dotés d'une page de titre et d'une date factice. Cette première édition contient donc les passages condamnés. On la reconnaît par ses 1174 pages chiffrées au recto et verso, et ses 470 chapitres, et par ses 46 lignes à la page (et non 831 p. et 41 lignes comme la seconde édition). Rien n'indique, bien-sûr, qu'il s'agit de l'édition condamnée.

*On lit souvent faussement qu'elle a été imprimée en 1582 par Julien Duclos à Rennes (Voir infra :Annexes)

I.E. Jones a retrouvé 42 exemplaires de cette première édition:

  • IA sans date ni page de titre
  • IB à I F datée de 1588
  • IG de Michel Sonnius 1604
  • IH à IJ de MDCMV (sic)  chez J. Du Puys, Paris
  • IK  de 1611 chez Claude de la Tour Paris
  • IL de 1611 chez David Douceur Paris

Aucune de ces éditions ne comportent la carte géographique ou le tableau généalogique , bien que ceux-ci soit parfois annoncée dans le titre ( IB, IF ).

 

La Bibliothèque Municipale de Brest ainsi que le CRBC Centre de Recherche Bretonne et Celtique installé à Brest  disposent de différents exemplaires. La Bibliothèque d'Étude de Brest conserve quatre éditions différentes de l'Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré, de 1588 à 1669, et une édition abrégée de 1695. J'ai déjà présenté celui qui contient la carte géographique (RES FB A 88) de la Bibliothèque Municipale, je présente brièvement les autres exemplaires, sans prétendre être exhaustif.

  J'aurais pu me rendre aussi à la bibliothèque bretonne de l'abbaye de Landevennec : sa collection d'éditions de l'Histoire de Bretaigne est, sans-doute, la plus riche qu'il soit. Mais peut-on embrasser tout le chant du possible ?


Première édition.

1. Bibliothèque Municipale de Brest RES. F.B A29.
 Notice : [L'Histoire de Bretagne, par Bertrand d'Argentré.]: (S. l., 1582). In-fol., 1174 p. [183] Le titre, le faux-titre, les feuillets 515, 665, 667 et partie du feuillet 157 manquent. Demi-rel. basane brune
Note personnelle : le livre a été sévèrement massicoté, amputant le titre des Livres en marge de tête, ou les manchettes.
  Cette édition sans titre, à 46 lignes, correspond à la première édition avec le sigle IA de I.E.Jones.

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2. CRBC cote G51 :
 
Note personnelle : Édition de 1174 pages ; la page de titre manuscrite a été ajoutée par une main anonyme soucieuse de compenser l'absence de titre de cette première édition, mais indiquant une date [1582] que l'on donnait alors pour exacte. L'épître Au Roy est celle de la seconde édition, on trouve cette particularité dans les exemplaires classés IH, IJ et II de Jones, mais avec des pages de titre imprimées.


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Deuxième édition : 

3. BM, RES F.B A88-f : L'Histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d'icelle, l'establissement du royaume, mutation de ce titre en duché, continué jusques au temps de Madame Anne, dernière duchesse... Avec la carte géographique dudict pays... Mise en escrit par... Bertrand d'Argentré,...: Paris : J. du Puys, 1588  In-fol. Reliure 16è s. chamois blond : voir : Florilège de la Bibliothèque de Brest : 1a : Histoire de Bretaigne de Bertrand d'Argentré, 2e édition,1588.
 
 

Troisième édition

4. CRBC G-00026-00 
Notice catalogue CRBC: L'Histoire de Bretagne, des rois, ducs, comtes et princes d'icelle. Nicolas Buhon, 1618 :1054 p. ; 35 cm . COTE: G-00026-00

Note personnelle :
1°) Présence d'un ex-libris armorié sur le contreplat avec la devise NE FURORI Cela correspond aux armoiries, sous la couronne de marquis, de sable au chevron d'argent de la famille Fournier de Bellevue, originaire du Berry puis de Bretagne. (Potier de Courcy tome I p. 407, qui indique : "alliée en Bretagne aux Ferron, de Lys, Huchet, Mouesan et Gouvello").
 Cela peut correspondre au marquis Xavier de Bellevüe (1854-1929), auteur d'une Généalogie de la Maison Fournier  (Gallica), ou à un propriétaire plus ancien.

2°) Cette troisième édition.
  Elle est particulière à plus d'un titre. Sa première originalité est de comporter la dédicace A MESSIEURS DES ESTATS DE BRETAIGNE  prévue pour la première édition et qu'il avait fallu remplacer par une Lettre au roi Henri III lors de la seconde édition. La seconde, c'est la mention dans le titre de la participation de Charles d'Argentré, le fils de Bertrand , avec une édition "revue et augmentée":
    HISTOIRE DE BRETAIGNE DES ROYS, DUCS, COMTES et Princes d'icelles depuis l'an 383, jusques au temps de madame Anne Reyne de france dernière Duch.se. MISE EN ESCRIPT par noble homme Messire Bertrand d'Argentré sr. de Gosnes, Forges, etc., Conseiller du Roy et Président au siège de Rennes. 
  TROISIEME EDITION  reveue et augmentée par messire Charles d'Argentré, Sieur de la Boissière, Conseiller du Roy et Président en la Cour de parlement de Bretaigne.
 A PARIS, Chez NICOLAS BVON rüe St-Jacques à l'enseigne St-Claude et de L'Homme sauvage.
Cum privilegio Regis. 1618. L. Gaultier incidit.
  Une autre particularité est de contenir, dans de nombreux exemplaires, le portrait de Bertrand d'Argentré accompagné de trois compositions versifiées de N. Richelet, F. Morel et Y. Fyot ( c'est la page qui figure dans l'édition de N. Buon des Commentarii) ainsi que trois planches :
  • Le plan de Rennes, "ville capitale de la Bretaigne", signée par Closche, entre les pages 38 et 39. 
  • La carte géographique de la Bretagne entre les pages 98 et 99. Ce n'est pas la carte présente dans la seconde édition, mais une copie modifiée de celle-ci : celle que  Bougereau a donnée dans son Théatre Françoys.
  • Le tableau de la  Généalogie des ducs et princes de Bretagne de la seconde édition, entre les pages 228 et 229.

  Mais l'exemplaire que j'ai consulté au CRBC ne les contenait pas. Elles sont présentes dans 26 des 43 exemplaires recencés par Jones, qui n'en signale pas à Brest.




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 Nous retrouvons ici le titre-frontispice qu'utilisa Nicolas Buon pour éditer les Commentarii de Bertrand d'Argentré ( Florilège de la Bibliothèque d'Étude de Brest, 1 : le portrait de Bertrand d'Argentré .)

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Quatrième édition (1665-1668) de Vatar et Ferré.
  
 Jean Vatar, libraire-imprimeur à Rennes et Julien Ferré, libraire à Rennes ont publié en 1668 la quatrième édition qui est considérée par Miorcec de Kerdanet (1820 p. 21) comme la meilleure et la plus complète car on y trouve 13 chapitres en 68 pages sur l'origine des Bretons; cependant, ce n'est que la copie des 98 premières pages de l'édition de 1618 (I.E. Jones). On n'y trouve ni la carte ni le tableau généalogique.
  Elle est dite "reveüe et corrigée de nouveau en cette dernière édition" mais le nom de Charles d'Argentré n'apparaît plus dans le titre.
  La page de titre est ornée des armes de la Bretagne entourées d'un collier auquel est suspendu l'hermine et la devise "à ma vie".  
C'est le collier de  L'ORDRE DE L'HERMINE ET DE L'EPI. L'Ordre de l'Hermine a été fondé en 1381 par le duc Jean IV, puis rattaché en 1448 par François II à l'ordre de l'épi.Le Duc en instituant cet Ordre, le composa de vingt-cinq Chevaliers, vêtus de Manteaux de damas blanc, doublés de satin incarnat, le Mantelet de même sur lequel était le grand Collier de l'Ordre, fait d'Épis de blé d'or passés en sautoir liés haut et bas par deux bâtes et cercles d'or, au bout duquel pendait à trois chaînettes d'or, une Hermine blanche courante sur une motte et gazon d'herbe verte diaprée de fleurs et dessous la devise de ce Duc A MA VIE.  On le voit à Nantes porté par François II en son gisant. Ces ordres ont été supprimés en 1532 lors du rattachement du Duché à la France.

5. CRBC G-00076-00.

Notice : L'Histoire de Bretagne, des roys, ducs, comtes et princes d'icelle : l'establissement du Royaume ... : Jean Vatar et Julien Ferre, 1668  : 68 p.+ 727 p. : 35 cm .

Note personnelle : ex-libris armorié sous la couronne des ducs : on remarque aussi la croix de la Légion d'honneur sous la couronne bélière. Ce ne peut être qu'un duc d'Empire, ce qui conduit à les blasonner D'or, à l'écusson de gueules, chargé de trois têtes de léopards du premier posées 2 et 1 ; au chef des ducs de l'Empire brochant et à les attribuer au Maréchal Soult (Jean-de-Dieu Soult, 1769-1851).
Mais la page de titre porte le tampon à l'encre bleue du BARON REILLE, et voici comment : René Reille (1835-1898) cumulait les liens avec les maréchaux d'Empire puiqu'il était à la fois fils du général napoléonien Charles Reille (élevé au titre de maréchal par Louis-Philippe) et petit-fils du maréchal Massena. Lui-même aide de camp du maréchal Randon puis du maréchal Niél, il épousa la fille du duc Napoléon-Hector Soult...fils du maréchal Soult. Il sera député du Tarn.

  Il est possible que le baron Reille ait apposé son tampon sur les livres possedés par son épouse Geneviève Soult par héritage de son grand-père Jean-de-Dieu Soult, le maréchal d'Empire qui y aurait apposé d'abord son ex-libris. Autant que je sache, il est le seul à pouvoir faire état de ces armoiries, qui se sont d'ailleurs transformées sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

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BM RES. FB. F69. 
 
Notice du catalogue : il semble plutôt répondre à la description de la cote RES FB A77 : Histoire de Bretagne, des roys, ducs, comtes, et princes d'icelle...Mise en écrit par...Bertrand d'Argentré... : A Rennes : chez Jean Vatar et Julien Ferré, 1669 [10], 727, [27] p. ; 2° Incomplet de la p. de T. Titre et adresse d'après un autre exemplaire  
  Note personnelle. Cette édition, comme la suivante, comporte une lettre dédicatoire  à Charles Dailly, duc de Chaulnes et de Pequigny, Pair de France et Vidame d'Amiens. En-effet, le duc de Chaulnes fut Gouverneur de Bretagne de 1670 à 1695. Elle est publiée par Vatar et Ferré, alors que I.E.Jones ne signale, pour les formes de la quatrième édition dédicacées au Duc de Chaulnes, en 1668, que Vatar comme seul éditeur. La lettre de six pages au duc est signée Vostre très humble, très fidèle et très obeissant serviteur G. VATAR. P. Est-ce le libraire Jean Vatar ? Le fils de Jean, François Vatar, qui publiera une réédition en 1668, ne correspond pas à ces initiales. (Les Vatar forment la dynastie la plus importante de libraires à Rennes, originaires d'Auxerre où Pierre Vatar fut imprimeur-libraire de 1584 à 1607, ou d'Angers où Luc Vatar fut maître-peintre avant de se fixer en 1607 à Rennes).
  

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 BM ...
il porte une note à la mine de plomb "Cf F.B F69."
  
 Cet exemplaire est effectivement, comme le précédent, dédié au duc de Chaulnes, sans page de titre. 

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Edition abrégée.
BM RES F.B D175.
  Notice du catalogue : Abrégé de l'Histoire de Bretagne de M. d'Argentré (par Lesconvel) ; Paris Chez la veuve de Charles Coignard rue de la Bouclerie au bout du Pont Saint-Michel, à la première chambre de son imprimerie, et Claude Cellier, Quay des Augustins attenant le petit hôtel de Luynes MDC LXXXXV, avec Privilège du Roy.  In-12 , Notes manuscrites s/la dernière page. Rel.veau brun
 Note personnelle : le verso de la page de titre porte plusieurs signatures ou 5 tentatives de signature correspondant à "Sourizeau". La dernière page porte six lignes manuscrites d'une méchante écriture dont je ne déchiffre que quelques mots.

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  ANNEXE I.

MINUTES DU NOTAIRE JACQUES CHAPELLAIN LXXIII 91 du 14 mars 1585

(Archives Nationales). Cité par I.E. Jones, op.cité.

  "Furent présent en leurs personnes Guillaume d'Argentré, escuier, sieur de la Guymmeraie, fils de messire Berthrand d'Argentré, sieur de Gosnes et de Forges, conseiller du Roy et président  Présidial de Rennes en Bretaigne, estant depresent en ceste ville de Paris logé en la maison des trois pucelles rue Sainct-Jacques, parroisse Sainct-Séverin, ou non et comme soy faisant et portant fort dudict sieur président son père, auquel il promect faire rattifier et avoir pour agréable le contenu en ces presentes dans ung mois prochain, d'une part ; et honnorable homme Jacques Dupuis marchant libraire juré en l'Université, bourgeois de Paris demourant rue Sainct-Jehan-de-Latran, parroise Sainct-Benoît, d'autre part, lesquelles partyes esdictsnoms  pour raison de remboursement des fraiz et despens de l'istoire de Bretaigne et aultres livres que ledict Dupuis auroict fourniz tant audict sieur président que à ses enfants, de leur bonnes volontez en ont transigés et accordés en la forme et manière qui s'ensuit. C'est asscavoir que ledict Guillaume d'Argentré pour et au nom dudict sieurpresident son père a convenu et accordé avec ledict Dupuis et lui a promis et promect paier du jour de Paques prochain en ung an la somme de sept cens trente trois escuz soleil et un tiers en ceste ville de Paris, en la maison dudict Dupuis rue Sainct-Jehan-de-Latran, ou pend pur enseigne la samaritaine, et ce pour le remboursement de tous les fraiz et despens que ledict Dupuis a advancé à cause de ladicte histoire de bretaigne, à la charge et condition touttefois que sy pendant ledict temps la permission de vendre et publier ladicte est obtenue, des aprésent comme pour lors ce présent accord est et sera de nul effect tant d'une part que de l'autre. Et est accordé que les livres que ledict sieur président et ses enfans ont receuz dudict Dupuis des le temps précédent ladicte impression jusques apresent seront comprins en la dicte somme de sept cens trente trois escuz et un tiers, desquelz livres, moiennant le présent accord, ledict Dupuis a quicté et quite le sieur président et ses enfants soict que la publicquation soit permise ou refuzée dudict histoire; aussy est comprinse au dict présent compte quelques restes de fraiz qui pourraient estre deubz audict Dupuis pour l'impression d'un autre livre intitulé "de donationibus". Et sera tenu ledict Dupuis de garder ladicte histoire de Bretaigne jusques audict temps de Paques prochain en ung an sans s'en dessaisir si ce n'est par commandement et auctoritez de justice. Et ou il adviendroict que aprés le paiement faict audict Dupuis de ladicte somme la permission fuste obtenue de vendre et publier ladicte histoire soyt selon la réformation et censures ja faictes ou affaire, ou en la forme qu'il est apresent sans aulcune reformation, ledict Dupuis sera tenu rembourser audict sieur président ou aux siens ladicte somme de sept cent trente trois escuz et un tiers, s'il la receut en ung an après à compter du premier jour que ledict livre aura esté mis en vente. Aussy, moiennant le présent accord, ledict sieur président a promis et promet audict Dupuis ou aux siens de ne bailler a aulcun quel qu'il soit pour mettre en lumière ledict livre de l'histoire de Bretaigne, soyt qu'elle fust corigée entière ou augmentée, encore que, après ledict terme de paques en ung an,la publication fust permise; et ce pendant le temps de six années ensuivantes, après lequel temps de six ans sera libre audict sieur président de disposer de sondict livre ainsy que bon lui semblera. Comme en pareil cas ledict Dupuis ne sera tenu rendre ni restituer ladicte somme de sept cens trente trois escuz et ung tiers. Et par le moien du présent accord, ledict Dpuis a quicté et deschargé, quicte et descharge par ces présentes ledict sieur président de tous interetz qu'il pourroit prétendre tant pour raison de ladicte histoire que generallement de toutes les autres demandes, poursuittes et actions quelz conques pour quelques causes, nature et conditions qu'il puisse estre sans aulcune reservation d'une part ne d'autre ; comme aussi ledict sieur de la Guymmeraye oudict nom a quicté et quicte ledict Dupuis et s'est départy pour et au nom dudict sieur président son père de toutes les poursuittes qu'il pourroict prétendre et demander vers ledict Dupuis ; aussi en quelque sorte et pour quelque cause que ce soict ; le tout à la charge et conditions que, ou le dict sieur président ne vouldroict approuver le présent contract selon sa forme et teneur, que lesdictes parties demeureront au mesme estat qu'elles estoient auparavant icelluy, sans qu'il puisse nuire  ne préjudicyer à leurs droictz et actions au cas susdict. Car ainsi, prometant, obligeant chacun en droict soy edictsnoms renonçant, faict et passé avant midy en l'estude des notaires soubsignez, l'an mil cinq cent quatre vingt cinq, le jeudy XIIII jour de mars. Guillaume d'Argentré, J. Dupuis, J. Chapellain."

  Ce document montre :

a) que l'impression de la première édition a été réalisée par Jacques Dupuis à Paris (et non, jusqu'à preuve du contraire, par Julien Du Clos à Rennes).

b) qu'en 1585, les deux parties ignoraient encore si l'interdiction de publication allait être levée, si le texte allait devoir être repris entièrement ou simplement amendé.

c) que, malgré la saisie des exemplaires en cours d'impression prononcée par le procureur, Bertrand d'Argentré et sa famille avait reçu "des livres" (en nombre suffisant pour representer un préjudice en cas d'impayé). L'hypothèse est que ces "livres", que l'on conçoit, pour ce que l'on sait, comme l'assemblage des cahiers sans page de titre ni table des matières ont pu être dotés d'une "fausse" page de titre, par exemple au nom de Julien Du Clos de Rennes, et d'une "fausse" date d'édition pour permettre une diffusion clandestine du texte premier de Bertrand d'Argentré dans son impression par Jacques Dupuis en 1583.

 

ANNEXE II. 

  I.E. Jones donne aussi dans sa publication la copie des minutes des cessions des États de Bretagne de 1609, 1613, 1616 et 1617, conservées aux Archives Départementales des Côtes d'Armor. Je n'ai pas le courage de les recopier à mon tour mais j'en donnerai la teneur.

 25 Septembre 1609 : Charles d'Argentré rappelle aux Etats qu'une somme de 2000 écus avait été promise à son défunt père pour la publication de son Histoire de Bretaigne ; que cette Histoire a été publiée en 1588 (sans mention d'une édition antérieure) et doit l'être à nouveau. Les États décident d'attendre cette deuxième édition.

14 novembre 1613 : Charles d'Argentré rappelle aux États l'engagement pris en 1580 de verser 2000 écus à Bertrand d'Argentré pour son Histoire ..."laquelle, suivant leur commandement, il l'auroict avec grand soing et diligence en trois ans faicte et composée et en l'an 1583 envoyé à Paris ledict sieur président d'Argentré, son fils, pour la faire imprimer comme il feist et advança l'impression jusques à la moittié de l'œuvre, avec privilège pour le publier obtenu au rapport de feu M. Chaud... maître des requestes. Toutefois sur le mauvais advis donné par quelques malveillans voulans, ..." etc... la décision est prise de verser immédiatement 3000 livres tournois, et 3000 autres livres à la publication de la prochaine édition augmentée (celle que nous nommons la troisième).

3 novembre 1616 : confirmation de la décision précédente.

2 novembre 1617 : le sieur Boutin présente le livre nouvellement publié* et demande le versement d'un solde de 1500 livres, mais les États demande que l'ouvrage soit examiné par six auditeurs (deux de chaque état) afin de "reconnaître la correction et augmentation qui y a esté faicte, remarquer s'il y a de chose qui soit préjudiciable aux privilèges du pays et en faire rapport à l'Assemblée."

* sans-doute la maquette de la troisième édition de 1618 par Nicolas Buon.

Ces documents montrent :

a) que la rédaction du livre d'Argentré ne s'est achevée qu'en 1583 ; que son impression incomplète à Paris  cette année là est passée sous silence, l'édition de 1588 étant présentée comme la première.

b) que Bertrand d'Argentré se fait régulièrement représenté par ses fils, tant à Paris qu'à Rennes, et que ce sont ces derniers, essentiellement Charles, qui prennent précocément en charge la destinée de l'Histoire de Bretaigne.

 

ANNEXE III.

Un autre argument pour penser que cette première édition fut réalisée à Paris par Dupuis en 1583  et non à Rennes par Du Clos en 1582 est le texte du Registre du Conseil du 6 juin 1583 conservé par les Archives Nationales  ref. XIª 1680, folio 323 (également cité par I. E. Jones, op.cité p. 10):

  "Ce jour oy le procureur general du Roy en ses conclusions a ordonné que l'ung des huyssiers de la court se transportera chez Jacques Dupuis impremeur auquel sera faict commandement de luy bailler ung livre qu'il a de nouveau imprimé concernans les droictz de Bretagne et luy fere arrest en ses mains de tous lesdicts livres avec deffences d'en vendre à peine de punition corporelle".

 

  En conclusion, ces documents tendent à remettre en cause la datation de 1582 pour la première impression, condamnée, de l'Histoire de Bretaigne au profit de 1583. D'autre-part, l'existence d'une édition à Rennes en 1582 par Julien du Clos est également remise en cause.

 

 


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Published by jean-yves cordier
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DC 04/06/2013 22:03

Merci M. Cordier. Je viens juste de lire votre réponse, contrairement à ce que je vous mentionnais dans "Fougères". Désolée.

D. Côté 31/05/2013 04:26

Bonjour MM. Cordier et Torchet,

Félicitations pour votre article et vos commentaires très érudits MM. Cordier et Torchet. Merci !

M. Cordier, vous évoquez dans votre article l'éventualité d'un lien entre les familles Vatard d'Auxerre, de Rennes ainsi qu'avec Luc Vatar.

J'essaie de "prouver" ce lien car j'ai également remarqué qu'il y a plusieurs famillles Vatard, imprimeurs, à Auxerre et Rennes, mais aussi ailleurs en France.

Je travaille actuellement sur la famille Vatard, imprimeurs-libraires d'Auxerre, ancêtres maternels de Jeanne Servignien, fille du roi émigrée en Nouvelle-France, fille de Nicolas Servignien et de
Jeanne Vatard (cette dernière étant fille de Denys et petite-fille de Pierre).

Je n'ai pas encore trouvé ce lien. Auriez-vous messieurs des renseignements plus précis à ce sujet ?

Je vous en serais très reconnaissante ainsi que M. Marcel Fournier, coordonnateur du Fichier Origine, et M. Pierre Le Clercq qui a travaillé sur cette famille d'Auxerre.

Sources :
http://esgeaihygrecq.jimdo.com/articles/dictionnaire-biographique/vatard
http://www.fichierorigine.com/detail.php?numero=243791

Mes sincères salutations du Québec,

D. Côté

jean-yves cordier 03/06/2013 09:01



Bonjour, et merci de ce commentaire ; je n'ai recherché des renseignements sur le libraire Vatard que brièvement dans le cadre de mes recherches sur l'Histoire d'Argentré, et je ne suis alors
contenté d'explorer Internet ; je ne possède donc aucun renseignement original qui ne puisse s'y trouver ; le sujet, une lignée familiale de libraire, est passionnant, mais j'ai renoncé à m'y
engager au risque de m'éparpiller encore d'avantage que je ne le fais.


Bonne chance pour la poursuite de vos travaux et cordiales salutations au Québec,


Jean-Yves Cordier



Hervé Torchet 30/01/2013 22:32

La page-titre de l'édition de 1582 est extrêmement rare, un chercheur très établi m'en a fourni une photocopie (ainsi que de la carte) après mon édition de l'Histoire de d'Argentré. De mémoire,
elle porte à la fois la date de 1582 et le nom de Julien du Clos. Je la publierai sur mon site à mon prochain passage près de mes archives en Bretagne.

Hervé Torchet 29/01/2013 18:13

J'ai réédité en 2007 la version censurée en 1582 et j'ai comparé les différentes éditions, j'en possédais moi-même une présentant le texte de 1582 sous les dehors de celui de 1588. Les deux textes
sont assez différents, ce sont les deux seuls intéressants, ayant été publiés du vivant de l'auteur, ils adoptent d'ailleurs des points de vue en partie divergents, le premier étant celui de
l'historiographie ducale bretonne, le deuxième celui de l'historiographie royale de la chancellerie parisienne. Le premier est en effet explicitement attribué à l'imprimeur Julien du Clos sur la
page de garde dont je possède une photocopie, celle de l'édition de 1582. Vous parlez d'une pagination de 831 pour l'édition de 1588, il s'agit en réalité d'un foliotage. Pour le reste, votre
inventaire des exemplaires détenus par les bibliothèques bretonnes est méthodique et généreusement illustré.

jean-yves cordier 30/01/2013 19:43



Je place en Annexe de cet article deux documents publiés par I.E Jones dans son article, pour argumenter que l'édition dite de 1582 doit être datée de 1583, et que c'est Jacques Dupuis qui l'a
imprimée sans page de titre, avant qu'elle ne paraisse clandestinement sous des noms et dates diverses. Qu'en pensez-vous? 



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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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