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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 22:34

 La Bibliothèque de l'Apothicairerie de l'Hôpital de la marine à Brest en 1756.

Source : MSS 11, Service Historique de la défense, Brest.

1756 : Inventaire général des ornemens, meubles et ustensiles qui se sont trouvez appartenant au Roy, dans l'Hôpital Royal de la Marine, du Port de Brest, suivant le recensement qui en a été fait aujourd'hui premier janvier mil sept cent cinquante six suivant l'ordre de Monsieur l'Intendant, par Nous commissaire ordinaire de la Marine, avant l'inspection dudit Hôpital, du R.P. Landry Cordier, Prieur des religieux de la Charité et de Villiers Deschamps, Ecrivain du Roy, soussignez.

 

La description de la bibliothèque suit celle de tous les biens meubles de l'hôpital et de la chapelle et précède le contrat qui va confier l'administration matérielle de l'hôpital aux Frères de la Charité. Il s'agit donc, à priori, de la bibliothèque de l'apothicairerie, et non celle de l'École de chirurgie. Elle contient dix ouvrages.

Inventaire de la Bibliothèque.

  • Chymie de Lemery, 1 vol.in-8°.
  • Chymie de Maquet, 3 vol. in-12° (le nom Maquet rayé au profit de Sevoderl mal déchiffré)
  • Chymie Médicinale de Malouin, 2 vol. in-12°.
  • Codex parisiensis, 2e édition, 1 vol. in-4°.
  • Histoire des drogues de Pomet, 1 vol. in folio .
  • Pharmacopée de Lemery, Paris 1754, 1 vol. in-4°.
  • Pharmacopée de Charas, de l'ancienne édition.
  • Dictionnaire Vinverse. [?]
  • Dictionnaire pharmaceutique.
  • Bauderon, Pharmacopée.
  • Desmoulins, Histoire des plantes.

Fait à Brest le ler janvier 1756, signé Landry Cordier.

 


Étude des livres cités.

   La Bibliothèque de l'apothicairerie de l'hôpital de la marine du port de Brest reflète bien les usages des pharmaciens du milieu du XVIIIe siècle, qui utilisent, pour réaliser les ordonnances des médecins et chirurgiens, trois ouvrages : la Pharmacopée parisienne (Codex parisiensis) de 1732 ou 1748, la Pharmacopée universelle de Nicolas Lémery de 1697 et la Pharmacopée galénique et chimique de Moyse Charas de 1676.

    Ces trois ouvrages fondamentaux sont complétés ici par la Pharmacopée ou Chymie médicinale de Malouin de 1755 (elle vient donc de sortir !), et par la Paraphrase sur la pharmacopée de Bauderon, qui date de 1588 mais avait eu un succès extraordinaire pendant tout le XVIIe siècle.

  Mais il s'agit là de pharmacopées, ou formulaires, qui ne donnent que les recettes de drogues. Il faut donc compléter la bibliothèque par des ouvrages donnant des connaissances sur les plantes elle-mêmes, et leurs vertus : 

  On s'étonnerait donc de ne pas trouver ici de livres de Matière médicale, qui exposent les propriétés médicales des plantes, minéraux et animaux, mais ceux-ci concernent d'avantage le médecin prescripteur que l'apothicaire exécutant. je rappelle que la séparation des apothicaires d’avec les épiciers n’a été réalisée qu’en 1777 à Paris et que les premières écoles de pharmacie, ancêtres des facultés de pharmacie, n’ont été créées qu’en 1803.

 C'est donc l'Histoire des plantes de Dalechamps et Desmoulins de... 1615 qui sert donc de base de documentation aux apothicaires, dans leurs relations avec les jardiniers du Jardin botanique : une encyclopédie mêlant la fable, la tradition et la botanique.

  A l'opposé de cet ouvrage ancien, les Éléments de chymie de Macquer, qui vient d'être publié (1751) et le Cours de chymie de Lémery  introduisent, dans une pharmacopée encore majoritairement botanique, la chimie, science qui ne cessera de prendre d'avantage de place pour conduire à notre pharmacopée de synthèse.

 




1.  Nicolas Lémery, Cours de Chymie.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k918604.pdf et Pharmacopée universelle.

 Selon Wikipédia, "Nicolas Lémery, né à Rouen le 17 novembre 1645 et mort à Paris le 19 juin 1715, est un pharmacien et un chimiste français. Son Cours de chymie publié en 1675 est d'une clarté et d'une précision remarquable pour l'époque. Il était destiné avant tout à l'enseignement et à la vulgarisation. Des générations de chimistes en profitèrent et s'en inspirèrent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Il n'eut pas moins de treize éditions et fut traduit dans la plupart des langues européennes. La dernière édition [qui n'est pas celle de cet inventaire] est celle de Baron, publiée, in quarto, en 1756 et comportant de nombreux commentaires et remarques qui montre l'évolution de la chimie, 50 ans après la mort de Lémery. Même si Nicolas Lémery ne fit pas de découvertes remarquables, il fut l'un des premiers à démythifier la chimie et à la débarrasser des oripeaux de l'alchimie. Il fut l'un des premiers à aborder la chimie sur le plan mécanistique. Sa théorie sur les acides et les bases introduit une vision corpusculaire de la réaction chimique. Les acides sont des pointes qui se fixent dans les pores des bases, entraînant la neutralisation des deux espèces par formation d'un sel. En développant cette théorie il aborde de façon implicite la notion d'affinité entre deux corps.

      Si son Cours de Chymie a fait autorité pendant un siècle, ses autres publications n'en ont pas moins connu au siècle des Lumières un réel succès populaire. On compte la Pharmacopée universelle (1697), le Traité universel des drogues simples qui deviendra un Dictionnaire universel des drogues... (1698), et l'ultime opus, le Traité de l’antimoine (1707])."

La Bibliothèque de l'hôpital possède la Pharmacopée universelle.

 

 2. Chymie de Maquet.

  L'orthographe du nom de l'auteur doit être rectifiée puisqu'il s'agit de Pierre-Joseph Macquer (1718-1784), Docteur-Régent de la Faculté de Médecine en l'Université de Paris professeur de chimie et de pharmacie au Jardin des plantes de Paris et membre de l'Académie des sciences.

 Elemens de chymie-pratique, contenant la description des opérations fondamentales de la chymie, avec des explications & des remarques sur chaque opération, 2 volumes,  A Paris chez Jean-Thomas Herissant 1751, volume 1 : [lire en ligne], volume 2 (des Végétaux): [lire en ligne]

 

 

La Bibliothèque du Port conservait en 1799 trois ouvrages de Macquer dont un seul pouvait être disponible en 1756, les Éléménts de chymie pratique. [862. Macquer, Dictionnaire de chymie, Paris , Lacombe : 1766, 2 vol. 863. Macquer, Dictionnaire de chymie, 2e édition, Paris, Didot : 1778, 4 vol. 864. Macquer, Éléments de chymie pratique, deuxième édition, Paris, Didot : 1756. 3 vol.]

Le site Livre-rare-books.com me donne ces élements : "Issu d'une famille écossaise qui émigra en France à l'époque des Stuart, Macquer opéra une véritable révolution, faisant de la chimie une science à part et non une branche de la pharmacie, ouvrant la voie aux Lavoisier, Gay-Lussac, Thénard, etc. Il fut le premier à constater que l'arsenic est un métal, que les alcalins décolorent le bleu de Prusse, que les diamants ne perdent rien de leur poids lorsqu'on les calcine à l'abri de l'air, etc. Il a décrit les propriétés de l'alumine, de la magnésie, du sulfate de chaux, du sel d'Epsom. Ses travaux sur les métaux sont reconnus. Membre de l'Académie des Sciences, Censeur Royal, professeur de chimie au Jardin du Roi,  il modernisa la Manufacture de Sèvre Demeuré un chaud partisan du phlogistique en dépit des découvertes de Lavoisier, Pierre-Joseph Macquer contribua néanmoins largement à répandre le goût des études chimiques par ses découvertes.

‎Macquer a joué un rôle très important dans le développement de la chimie industrielle en France. Il a été l'un des phlogisticiens* les plus influents de son époque et il est mort sans changer son point de vue, malgré les révélations de Lavoisier. Dans ses Eléments de chymie théoriques il montre qu'il croyait que le feu était un élément et il a été l'un des derniers scientifiques d'importance à avoir soutenu la théorie des quatre éléments (la terre, l'air, l'eau et le feu). Dans ses oeuvres ultérieures, il a tenté de transiger avec les résultats des travaux expérimentaux de Lavoisier et les théories de Stahl et de son école. Les éléments de chimie théorique est l'un des traités les plus influents du milieu du XVIIIe siècle"  

La théorie des phlogistons peut être vue comme opposée à la « théorie de l'oxygène » moderne. La théorie des phlogistons affirme que tout matériau inflammable contient des phlogistons, une substance incolore, inodore, impondérable qui serait dégagée en brûlant libérés durant la combustion, laissant la matière « déphlogistifiée » sous sa « vraie » forme. Dans la théorie moderne, les matériaux inflammables (ou non rouillés) sont « désoxygénés » sous leur forme pure et oxygénés quand ils sont brûlés. La remise en cause de cette théorie a été féconde et est à la base de la chimie organique et de l'étude des réactions d'oxydo-réduction. (Wikipédia)

 

3. Paul-Jacques Malouin, Pharmacopée chimique, ou chimie médicinale, Paris, 1760, 2 vol. in-12 ; 1755, in-12. En ligne

Paul-Jacques Malouin, né le 27 juin 1701 à Caen et mort le 3 janvier 1778 à Paris, est un médecin et chimiste français. Membre de l’Académie des sciences en 1744, il est  professeur de chimie au Jardin du roi en 1745 et  membre de la Royal Society en 1753. Nommé professeur au Collège royal, en 1776, il occupa la chaire de médecine jusqu’à sa mort au mois de janvier 1778. Il écrivit  aussi un Traité de Chimie, contenant la manière de préparer les remèdes qui sont le plus en usage dans la pratique de la médecine, Paris, 1734, 2 vol. in-12.  

  

4. Codex parisiensis, 2e édition.

Le premier Codex medicamentarius parisiensis paraît  en 1639, suivi de nouvelle éditions en 1645 (Philippe Harduin de Saint-Jacques) ; 1732 (attribuée à Geoffroi) ; 1748 (Martinenq) ; 1758 (J.B. Boyer). Il semblerait logique que l'hôpital détienne plutôt en 1755-56, l'édition de Geoffroy ou celle de Martinenq, que la 2e édition.

 Cet ouvrage est celui qui permet à l'apothicaire de suivre la prescription du médecin ou chirurgien en suivant la "recette" qui fait autorité. Ce Codex ne s'applique en théorie qu'aux officines de Paris, alors que des Codex nommés Formulaires et propres aux hôpitaux (pour les hôpitaux de Paris en 1767), puis propres aux hôpitaux militaires et enfin propres aux hôpitaux de la Marine ont été, ou vont être rédigés. On s'attendrait donc à trouver ici le  premier véritable «codex» à l'usage des hôpitaux militaires de Morand et Geoffroy paru en 1742 'Formules de pharmacie pour les Hôpitaux militaires du Roy'.

Ce n'est qu'en 1769 que Chardon de Courcelles fit paraître un Formulaire propre à l'Hôpital de la marine de Brest. Les plantes et drogues utilisées à l'hôpital maritime de Brest en 1769.

 

 

 

5. Pierre Pomet   Histoire des drogues

http://www.shp-asso.org/index.php?PAGE=expositionpomet3


6. Pharmacopée  galénique et chimique de Charas (1676).

       Cette Pharmacopée date, pour l'ancienne édition qui est celle que possède la bibliothèque de Brest, de 1676. Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57430q.pdf . Elle est utilisée par les pharmaciens en alternative au Codex parisiensis.

Apothicaire et médecin, Charas est sous-démonstrateur de chimie au Jardin du Roi. Le premier volume de sa pharmacopée traite de généralités et d’opérations pharmaceutiques, tandis que le second est dévolu aux médicaments galéniques (poudres, élixirs, sirops, etc.).

Parmi les formulaires édités au XVIIe siècle, on peut citer la pharmacopée de Jean de Renou ainsi que la pharmacopée de Moyse Charas. Mais c'est en 1638 que le premier codex parisien, intitulé la Pharmacopoea parisiensis, fut édité.

 

 

 

 7. Dictionnaire pharmaceutique.

 Il s'agit sans doute du livre de De Meuve, Docteur en médecine, conseiller et médecin ordinaire du Roy. DICTIONNAIRE PHARMACEUTIQUE OU APPARAT DE MEDECINE PHARMACIE ET CHYMIE avec deux tables très commodes, l'une pour choisir les remèdes propres à toutes les maladies l'autre pour trouver l'explication des dictions latines, ou leurs synonimes, contenues dans ce dictionnaire. Ouvrage curieux pour toutes sortes de personnes, utiles aux Médecins, Apoticaires et Chirurgiens; et très nécessaire pour l'instruction de ceux qui veulent s'appliquer à la Profession de la Pharmacie. Tiré et recueilli des meilleurs Auteurs qui ont écrit de ces matières. Première édition à Paris en 1679, Seconde édition Revue, corrigée et beaucoup augmentée par l'Autheur. A Paris chez Laurent D'Houry Editeur 1689 un volume.

 

8. Brice Bauderon, Paraphrase sur la pharmacopée.

Brice Bauderon est un médecin français né à Paray-le-Monial, dans le Charolais, c. 1540, décédé à Mâcon en 1623. Médecin français père de Gratien Bauderon (1583—1615).

 

Après avoir étudié la médecine à Montpellier, il vint se fixer à Mâcon, où il exerça son art jusqu'à sa mort. Il a laissé Praxis medica in duos tractatus distincta (Paris, 1620, in-4°), ouvrage qui a été traduit en anglais, et une Paraphrase sur la pharmacopée en deux livres (Lyon, 1583, in-8°), qui a eu de très nombreuses éditions, et qui, de son temps, était fort estimée.

      http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/?cote=41431&do=chapitre

 

9. Jacques Dalechamps et Desmoulins, Histoire générale des plantes, 1615.

 DES MOULINS : Histoire générale des plantes contenant XVIII livres … faite françoise par Me Jean des Moulins, médecin très fameux de son siècle. Où sont pourtraites et descriptes infinies plantes…Lyon, héritiers de Guillaume Rouillé, 1615.

Cet ouvrage est la traduction de celui de Jacques DALECHAMPS Historia generalis plantarum. Lyon, chez Guil. Roville, 1586. Première édition contient deux errata suivis d'index en latin, français, grec, arabe, italien, espagnol, allemand, flamand, bohémien et anglais.   

Jacques Daléchamps ou D’Aléchamps, (1513-1588) est un médecin, botaniste, philologue, et naturaliste français.  Historia generalis plantarum est son œuvre la plus importante , il s'agit d'une compilation de toutes les connaissances botaniques de son époque. Bien que seul son nom apparaisse sur la page de titre, il ne fait pas de doute que certaines parties sont de la plume de Jean Bauhin et de Jean Des Moulins. L'ouvrage décrit 2731 plantes, un nombre record pour l'époque, accompagnées d'une description et d'illustrations parfois recopiées de L'Obel. On y reconnaît une érudition profonde. Daléchamps avait chargé Desmoulins de l’édition de ses notes et on ne sait pas trop la responsabilité de l’un ou de l’autre.  (Wikipédia)

  Un exemplaire est conservé au Service Historique de la Défense de Brest sous la cote BR R 5158. Sa page de titre, manquante est remplacée par une page manuscrite indiquant "Chez Philippe Borde Libraire 1653" (c'est l'édition que Gallica met en ligne http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5408308s/f2.image); l'exemplaire de Brest porte le cachet de la Bibliothèque Royale de la Marine et celui du Service des approvisionnements. Sa reliure porte les fers aux deux rameaux de l'Académie de marine (1752-1793). 

 

 

      Sources et liens :

VOLCKRINGER (Jean) et Maurice Bouvet "Les éditions de la « Pharmacopée » de Bauderon (Un extraordinaire succès de librairie) " Revue d'histoire de la pharmacie 1959 Vol. 47  N°   161  pp. 108-111, en ligne Persée.

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