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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 23:12

 

 Le Mémoire sur le régime des gens de mer de Chardon de Courcelles, 1780.

 


Résumé.

  Au XVIIIe siècle, les escadres de la marine qui partent pour quelques mois en mer en reviennent trop souvent, dans le port de Brest, avec leur équipage éreinté par le scorbut, maladie sévère dont on ignore alors, et pour longtemps encore, qu'elle est due au manque de vitamine C. Les médecins, l'Académie de marine s'interrogent sur ses causes : l'air vicié des navires est le premier coupable,  mais lorsque l'alimentation est suspectée, elle l'est à partir des étranges et archaïques concepts médicaux de la médecine hippocratique ou de Galien. Les plantes antiscorbutiques utilisées sont le Raifort, la Passerage, le Trèfle d'eau, la Centaurée, la Cochléaria, l' Oseille, le Cresson d'eau, la Véronique Beccabunga.  

 

       En 1767, un auteur, Poissonnier-Desperrières, accuse dans son Traité des maladies des gens de mer les salaisons de produire un chyle putride, et suggère de donner aux matelots un "régime végétal sec", à base de riz et de lentilles.

  Les marins, les médecins des ports protestent contre cette extravagance, mais l'auteur est puissant et il a l'appui de la cour et de l'Académie des Sciences. Il publie un second Mémoire acerbe et même désobligeant contre ses détracteurs.

 Le premier médecin du port de Brest, Étienne Chardon de Courcelles, est tout à fait opposé à ce régime, mais se garde de polémiquer et conserve la position neutre et désengagée propre à ses fonctions. 

 Cinq ans après son décès, en 1780, La Coudraye, qui a été vilipendé comme de Courcelles  par Poissonnier-Desperrières, publie un Mémoire sur le régime des gens de mer par Chardon de Courcelles.

L'année 1779 avait été marquée par un désastre sanitaire qui illustre l'acuité de ces débats : l'escadre du Comte d'Orvilliers après son fiasco contre les anglais, avait débarqué 9000 malades à Brest. L'épidémie de typhus engendrée par cet afflux entraîna, dans toute la Bretagne, 45 000 morts, et 175 000 morts sur l'Ouest de la France (Maine, Anjou, ...).

  L'appertisation, ou mise en conserve des aliments qui préserve les vitamines fut mise au point par Nicolas Appert  en 1795-1805.

Ce n'est qu'en 1912 que l'existence de vitamines fut découverte, et en 1935 que la vitamine C fut isolée.

  



Prologue.

  A la différence des autres ouvrages d'Étienne Chardon de Courcelles, médecin en chef et premier directeur de l'École de chirurgie navale de Brest, et qui traitaient de la saignée (1746 et 1763), de l'anatomie (4 volumes, 1753), des opérations les plus ordinaires de la chirurgie (1756), des Formules pharmaceutiques en usage à Brest (1756), parce qu'ils étaient, dans une visée didactique, la version imprimée des cours qu'il donnaient aux élèves-chirurgiens, ce Mémoire sur le régime des gens de mer n'est pas destiné à poursuivre l'instruction des chirurgiens. Publié à titre posthume en 1780  cinq ans après la mort de Chardon de Courcelles, il est en rapport avec les deux autres fonctions de ce médecin, lequel avait joué un rôle éminent de lutte contre les épidémies qui frappèrent Brest, et qui, depuis 1752, était un membre très actif de l'Académie de marine établie à Brest.

  En effet, l'Académie de marine se souciait de tous les sujets qui touchaient à la Flotte : architecture navale, mathématique, hydrographie, manœuvre, voyage, mais aussi médecine. Parmi les sujets d'hygiène et de médecine navale les plus préoccupants se trouvaient les soins à donner aux noyés ; le moyen de dessaler l'eau de mer ; l'habillement des marins; la ventilation des cales ; et, surtout, l'alimentation des équipages, dont on pressentait bien qu'elle jouait un rôle crucial dans la survenue du scorbut.

 

Le "régime végétal sec" de Desperrières.

  En 1767, l'un de ses membres, Antoine Poissonnier Desperrières avait fait paraître un "Traité des maladies des gens de mer ; par M. Poissonnier-Desperrières, conseiller-médecin ordinaire du Roi, censeur royal, & médecin de la Grande chancellerie. / A Paris : chez Lacombe, libraire, quai de Conti. M. DCC. LXVII. , 1767. Il y attribuait la cause du scorbut, et d'autres maladies, à l'air froid et humide, et, comme l'écriront lors de la seconde édition les membres de l'Académie Royale des Sciences, "L'auteur déduit les maladies des gens de mer d'une seule et même cause, dont il prouve fort bien l'existence et l'influence. Cette cause est la diminution ou la suppression de l'insensible transpiration, et la dépravation de l'humeur, dont la sortie a été empêchée. Ce principe unique est, sous la plume de M. Desperrières, fécond en conséquences aussi utiles que lumineuses, et l'on peut dire que c'est étendre l'art que de l'abréger de cette manière". (p. 507). .

 

  Comme l'écrit son biographe  le Roy de Méricourt (Archives de médecine navale, 1865, n° 03) "La première édition fut enlevée très rapidement. Cet ouvrage eut un très grand succès, il valut à son auteur le titre d'associé ordinaire de la Société royale de médecine. En 1780, le gouvernement estima qu'il y avait lieu de faire faire une seconde édition ; elle fut exécutée par les soins de l'imprimerie royale du Louvre. Mais la récompense la plus éclatante qu'obtint Desperrières fut le brevet d'adjoint à la place d'inspecteur et directeur général de la médecine dans les hôpitaux de la marine. Pour pouvoir porter son traitement à 6000 francs, un autre brevet lui conférait le titre d'adjoint à la place d'inspecteur et directeur général de la médecine, de la pharmacie et de la botanique pour les colonies. […] Il se rendit en 1779 en mission à Brest, pour combattre l'épidémie de typhus qui ravageait l'escadre du lieutenant d'Orvilliers et la ville. Il s'occupa avec persévérance du régime des marins et si, comme nous le dirons, il ne soutint pas une bonne cause, il le fit du moins avec conviction et dans de louables intentions. A la suite du Traité des fièvres de Saint-Domingue, il publia son Mémoire sur les avantages qu'il y aurait à changer la nourriture des gens de mer (Paris 1772.) "  http://archive.org/stream/mmoiresurlesav00pois#page/32/mode/2up.

  Ce second Mémoire ne comportait que 13 pages, dans lequel Desperrières modifiait son point de vue initial (le scorbut est lié à l'air humide, et l'alimentation n'y joue pas un grand rôle) pour prôner résolument "son" régime végétal sec.  Dans cette conception originale, Desperrières défendait l'idée d'un régime végétal "sec", allégé en produits animaux —notamment de salaisons—  accusés d' être dépravés, d'aggraver ce blocage des émonctoires et de causer les maladies putrides.

"Je crois avoir prouvé , dans mon traité des maladies des gens de mer, que les salaisons dont les matelots font usage, sont la principale cause de scorbut et des autres maladies qui les affligent. […] On convient généralement que les substances animales, quoique salées, sont susceptibles d'une dégénérescence visible, qui ne peut qu 'accélérer la tendance qu'ont à la décomposition toutes les liqueurs du corps humain : ceux qui ne se nourrissent que de ces substances, sont nécessairement plus exposées que les autres hommes à ces maladies putrides, pour lesquelles j'ai tan,t recommandé le régime végétal."

Dans sa proposition diététique, il supprimait à l'équipage les trois repas hebdomadaires de morue, et deux de viande salée, accordant malgré tout aux matelots le lundi et le jeudi à dîner "la moitié de la ration ordinaire de lard". En échange,  "5 onces de riz assaisonné avec une demi-once de sucre et un peu de gingembre", alterné avec 6 onces de lentilles (ou de fèves blanches, ou de pain) assaisonnées avec des oignons confits au vinaigre, du sel et une demi-once d'huile. Au souper, la soupe habituelle, mais assaisonnée « d'une once d'oseille préparée au beurre ». 

 A la suite de ces treize pages, Desperrières avait fait imprimer, à son insu, les Observations sur le Mémoire de M. Poissonnier Desperrières (p 17-31) que le Chevalier de La Coudraye avait fait parvenir à l'Académie de marine pour signaler les effets délétères constatés lors d'un essai de ce régime sur la Belle-Poule, et l'amaigrissement qu'il avait provoqué chez les marins.

A la suite, Desperrières publiait son Mémoire en réponse sur les Observations...(p. 35-60).

 

  Le régime végétal sec soumis à l'expérience.

  On comprend qu'ainsi gratifié par 6000 frs de traitement, l'auteur ait tenu à défendre ses idées. Il en fit faire l'essai  en 1770 par M. Herlin, chirurgien-major de la Marine sur les malades uniquement à bord de la flûte L'Écluse, puis le fit ordonner en 1771 à tout l'équipage sur la frégate la Belle-Poule, commandée par M. Doives, Capitaine de frégate, sous les yeux de M. Metier, chirurgien de la Marine et ami de M. Herlin.

  Comme l'écrivit plus tard J.B. Fonssagrives : " On a peine à croire que le système pythagoricien de Poissonnier-Desperrières soit sorti du domaine de la spéculation , et cependant il fut bien et dûment essayé à bord de la frégate la Belle-Poule, comme nous l'apprend une réfutation très victorieuse des idées de Poissonnier due à M. le Chevalier de la Coudraye, enseigne de vaisseau qui avait pu voir le régime végétal sec à l'œuvre. « Dès les premiers jours de notre traversée, dit M. de la Coudraye, un grand nombre de nos matelots furent attaqués d'aigreur d'estomac, de cours de ventre, de coliques. J'allais souvent sur le gaillard d'avant voir et questionner, et j'eus lieu de me convaincre qu'au bout de quelques jours, le dégoût et la crainte de ce régime avaient fait de tels progrès que beaucoup ne se nourrissaient qu'avec leur pain trempé dans du vin ou mangé avec une gousse d'ail et du sel...Vers la fin les manœuvres s'exécutaient avec lenteur ; nous en cherchions la cause dans le frottement des vergues et des cordes, mais il fallait l'attribuer à la diminution des forces de l'équipage. "

  "Poissonnier-Desperrières, s'étayant du témoignage de M. Métier, chirurgien-major de la frégate la Belle-Poule, qui, gagné au système végétarien, semblait avoir juré in verba magistri, publia en 1774, et comme réfutation du travail de M. de la Coudraye, un deuxième mémoire, aussi acerbe, d'aussi mauvais goût, et aussi empreint que le premier d'une physiologie chémiatrique surannée. Il invoquait, en faveur de son système, et le témoignage de M. Mercier, et la longévité des anachorètes, et celle des Corses et des Limousins, qui vivent presque exclusivement de châtaignes. Entré dans cette voie de prédilection paternelle, il ne songea plus à s'arrêter ; il fit remarquer que les forçats, nourris de pain grossier et de légumes de rebut, « n'ont le scorbut que quand ils sortent de l'hôpital où ils ont été nourris de viande fraîche (sic) », et proposa le régime végétal exclusif comme moyen curatif de cette maladie."

 "L'expérience, fort heureusement, ne laissa pas ces illusions debout : le nombre des malades de la Belle-Poule, bien que le temps fût demeuré favorable et que sa navigation eût été très douce, s'accrut dans les proportions suivantes : mai, 5 ; juin, 24 ; juillet, 32 ; août, 14 (relâche à Malaga et à Cadix) ; septembre, 52 ; octobre, 44. A l'arrivée de la Belle-Poule à Brest, il y eut de telles protestations de la part de l'équipage, que M. de Ruisembito, intendant de la marine, dut le passer minutieusement en revue après le désarmement." (Traité d'hygiène navale, ou de l'Influence des conditions physiques et morales dans lesquelles l'homme de mer est appelé à vivre et des moyens de conserver sa santé, 1856, par le Dr J.-B. Fonssagrives p.622-624).

 

  M. de la Coudraye, apprenant que ce régime, loin d'être réfuté par les faits, allait être généralisé par ordonnance à tous les vaisseaux, et sachant qu'on se préparait à renouveler le marché des vivres de la Marine, lut alors, dit-il, à l'Académie quelques notes rédigés à la hâte. 


L'Académie de marine étudie le régime Desperrières.

   En fin 1771 ou janvier 1772, l'Académie entendit donc le rapport de La Coudraye sur les effets du régime sur l'équipage de la Belle Poule ; puis, le 9 janvier 1772, elle entendit le médecin Herlin, adjoint à l'Académie lire le mémoire du chirurgien Métier, (chirurgien de la Belle-Poule) favorable au régime de Desperrières. " L'Académie arrêta que ce mémoire que nous n'avons pas retrouvé, pas plus que ceux de La Coudraye  serait remis au portefeuille avec les autres touchant cette matière, ainsi que le tableau des journées que les matelots avaient passées au poste des malades, lequel était joint au mémoire. Le 6 février, Courcelles s'étant désisté du rapport, on nomma en sa place Beauchaîne. A la séance suivante, 13 février, Briqueville lut le rapport demandé par l'Académie et qui, signé Beauchaîne, Roquefeuil et Briqueville, a été enregistré au tome IX, pages 112-117. Il y est dit, sous forme de conclusion, que les faits qui se sont passés sur la Belle-Poule ne suffisent pas pour porter un jugement définitif qui condamne ce genre de nourriture. L'Académie crut devoir ajouter que de pareils essais ne devaient être faits que par gradation et non en changeant tout à la fois, ainsi qu'on avait fait à bord de la frégate.  Courcelles, lui, était complètement opposé à ce régime, ce que prouve son mémoire publié en 1781, c'est-à-dire six ans après sa mort, par La Coudraye, et qui est la réfutation complète de l'ouvrage de Poissonnier-Desperrières. Le jugement de l'Académie ne mis pas un point final au débat.

  Le 9 avril, le chevalier La Coudraye communiqua à l'Assemblée un mémoire de Desperrières en réponse aux observations qu'il avait lues à l'Académie. Non content d'avoir fait imprimer ces observations sans son aveu, Poissonnier-Desperrières y avait répondu par des expressions indécentes. Délibérant sur cet objet, l'Académie pensa judicieusement qu'elle ne devait point se mêler dans des questions de procédés ; mais attendu que le mémoire de Desperrières était offensant pour plusieurs officiers de la marine et particulièrement pour le chevalier La Coudraye qu'elle voyait avec plaisir au nombre de ses membres, elle approuvait ses justes réclamations et la lettre qu'il adressait à ce sujet au ministre . Nous ne savons ce que répondit Boyne ; mais, le 1er octobre, on lut le mémoire d'un nouvel adversaire de Desperrières : c'était le médecin Auffray, chirurgien-major de la Dédaigneuse. Son travail, intitulé : Mémoire de M. Auffray sur le régime végétal proposé par M. Desperrières, est dans le tome I des Correspondants, page 105-115. L'essai qu'on avait fait du régime végétal de Desperrières dans la moitié des vaisseaux de l'escadre d'évolutions commandée par le comte d'Orvilliers ne lui paraissait pas devoir déterminer à le préférer à la nourriture ordinaire des équipages. Courcelles, chargé du rapport sur le mémoire Auffray, le rédigea naturellement dans le même sens, et, du reste, se borna à une simple analyse. Son rapport est dans le tome I des Correspondants, pages 149-152."

Voir  la liste des manuscrits conservés du fond de l'Académie royale de Marine  :http://www.academiedemarine.com/PJ1_InventaireacademieroyaledeBrest.pdf

076 TI

P. 105 - 115. « Mémoire de M. Auffray (chirurgien-major de la Dédaigneuse) sur le régime végétal proposé par M. Desperrières. »

P. 112 - 117. Rapport de Beauchaîne, Roquefeuil et Briqueville, condamnant le régime végétal proposé pour les gens de mer par Antoine Poissonnier - Desperrières.

 P. 149 - 152. Rapport de Chardon de Courcelles sur le Mémoire d'Auffray (cf. p. 105.).

 


Novembre 1773 : le Conseil de marine du Port de Brest s'inquiète.

Le "Conseil de marine" est, dans les ports de Rochefort, Brest et Toulon, la structure administrative du port. Composé du Commandant du port, qui le préside, de l'Intendant, du directeur général de l'arsenal, du commissaire général des ports et arsenaux de marine et du major de la marine et des armées navales, il se réunit tous les quinze jours ; le secrétaire du conseil est le contrôleur de la marine qui  n'y a pas de voix.

 En 1773, le Conseil avait entendu M. de Briqueville lui lire un rapport manuscrit de Desperrières sur le régime végétal, régime qui lui avait déjà été présenté et qui avait entraîné "les changements nécessaires pour la formation de la ration de mer, dans le prochain Traité des vivres. Elle convoqua le premier médecin du Port, Chardon de Courcelles, pour connaître son avis, et ce dernier remit au Conseil un Mémoire "qui a paru démontrer la nécessité de mitiger l'austérité du régime végétal sec proposé par Desperrières". Ce mémoire de Courcelles ayant mérité les éloges du Conseil, celui-ci arrêta "que ce mémoire serait adressé au ministre (De Boyne) le plus tôt possible".  Signatures d' Etienne-Claude Chevreau, commissaire de marine; Gouber ; Hector ; Comte de Grasse, capitaine de vaisseau ; La Tullaye ; Henri de Boulainvilliers de Croy  capitaine de vaisseau ; De Saint-Victoret. : Carlier d'Herlye, capitaine de vaisseau ; M. de Saint-Julien, capitaine de vaisseau ; Guichen Capitaine de vaisseau ; le Comte de Roquefeuil : commandant de la marine à Brest ; Charles -Claude de Ruis-Embito : intendant de la marine à Brest depuis 1771 ; le Comte de Breugnon, commandant de la marine à Brest. Et au dessous, pour extrait, Casa-Major, Commissaire et contrôleur de la marine à Brest de 1770 à 1776. [les mentions biographiques sont ajoutées par moi]. Extrait de la séance du Conseil le 15 novembre 1773, cité dans le Mémoire sur le régime des gens de mer de de Courcelles p. 22.

 

   Antoine Poissonnier Desperrières publie un seconde édition de son Traité en 1780. 

Traité sur les maladies des gens de mer  seconde édition revue, corrigée & augmentée. Par M. Poissonier Desperrières, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, ancien médecin ordinaire du Roi, médecin de la grande chancellerie & de la généralité de Paris, inspecteur général adjoint des hôpitaux de la marine & des colonies, censeur royal, de l'académie de Dijon, & de la Société royale de médecine / A Paris, de l'Imprimerie royale. M. DCCLXXX (1780) gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6254868n ou http://books.google.fr/books?id=R_TaYMhh-mgC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

On n'y lit aucun propos désagréable à l'égard de Chardon de Courcelles, mais au contraire des louanges.

 

Le Mémoire sur le régime des gens de mer de Chardon de Courcelles.

 L'exemplaire conservé au Service Historique de la Marine à Brest sous la cote 7142 provient de la Bibliothèque de l'Académie de marine, et porte les fers dorés aux deux palmes de l'académie ; il a ensuite appartenu au XIXe siècle à la bibliothèque du Port, puis à celle de l'École de médecine navale de Brest, comme en témoignent les deux cachets encrés.

DSCN6581c

 

                        DSCN6583c

 

   Il comporte un Avant-propos de l'Éditeur (le Chevalier de la Coudraye) pages 1-16, puis un Avertissement de l'Auteur page 17-32, avant de débuter le Mémoire sur la nourriture des gens de mer pages 33-215, suivi d'un Supplément, page 215-216, et de la copie de la Lettre de M. DES PERRIERES à M. DE COURCELLES en date du 16 mars 1771, pages 216-287. Cette dernière Lettre est annotée de commentaires en guise de réponse de de Courcelles.

 Dans son avertissement, De Courcelles signale que ce Mémoire est le même que celui qu'il a présenté à la demande du Conseil de marine en novembre 1773. 

      S'il est tout entier au service d'une sorte de droit de réponse de Chardon de Courcelles à la Lettre de Poissonnier-Desperrières de mars 1771, il contient néanmoins un exposé des idées du Premier médecin du port sur l'alimentation des marins, et sur ses conceptions sur la maladie scorbutique.

 

Le régime actuel est le meilleur compromis possible.

  • "Si, dans l'approvisionnement des vivres des vaisseaux, on ne devait avoir égard qu'à la salubrité , sans autre considération, le choix ne serait pas embarrassant : de bon pain, de la viande fraîche, des plantes potagères, des légumes frais, des fruits suivant les saisons, de bon vin et de bonne eau en suffisante quantité mériteraient, sans contredit, ma préférence. Mais l'impossibilité de se pourvoir de plusieurs de ces denrées, et même de les conserver en à la mer, parce qu'elles sont susceptibles d'une prompte altération ; l'encombrement excessif qu'elles entraîneraient avec elles ; des vues d'économie, bien ou mal entendues, ont dû nécessairement partager l'attention des puissances maritimes."

  • On ne peut faire cuire du pain frais pour tout l'équipage. : on le remplace par du biscuit.

  • On ne peut proposer de la viande fraîche. Où logerait-on les bestiaux et leur nourriture.

  • Les plantes, légumes et fruits frais ne se conservent pas. On emploie donc des légumes secs.

  • Comme boisson, la bière et le cidre sont interdits à bord (ordonnance de 1669), sauf de Dunkerque à Saint-Malo. Il reste l'eau, le vin et l'eau-de-vie.

 

"Moyennant ces diverses substitutions, la subsistance des marins de réduit au biscuit, aux viandes salées, aux légumes secs et au fromage. Voila en quoi consiste le comestible. Leur boisson est la même qu'à terre.On convient assez généralement que ces sortes de substances, pour être plus de garde, ne sont pas absolument des plus saines, ni exemptes de corruption, même en les supposant de la meilleure qualité ; qu'elles influent, à bien des égards, dans les maladies des marins. Mais il y aurait de l'exagération à prétendre qu'elles en sont l'unique et la principale cause. Mille exemples du contraire démentiraient cette prétention. Malgré les inconvénients et les défauts de cette nourriture, on ne pourra disconvenir qu'il était difficile d'en imaginer une qui soit plus convenable pour la mer, et plus assortie à une classe d'hommes accoutumés à ne vivre que d'aliments grossiers, et destinés à des travaux pénibles et continuels."

 

 

Critique du régime végétal sec de Desperrières en cinq points.

"Son système n'est établi que sur un fondement ruineux, et porte à faux Dans ses Mémoires, il exagère trop les vices de l'ancien régime et les avantages du sien. [...]Pour lever toute équivoque, et ne pas prendre le change, il convient d'observer que le régime dont il est question ici consiste en substances farineuses et légumineuses sèches, telles que pois, les fèves, les fayoles, les lentilles, le riz, le gruau, etc. à l'exclusion des végétaux frais et décents."

 

De Courcelles cite alors, pour critiquer le régime végétal (nous dirions « végétarien »), le tome VII de l'Histoire Naturelle de Buffon, dans lequel ce dernier condamne sans équivoque le « régime pythagoricien », et décrit ceux qui s'y adonnent, « leurs yeux éteints ne jettent que des regards languissants, leur vie semble ne se soutenir que par effort », et, comme le remarque de Courcelles, «  il semblerait que M. de Buffon aurait voulu peindre l'état de l'équipage de la Belle-Poule .

Dans son Avertissement, il fait la critique du régime de Desperrières en cinq raisons :

 

  • "La première, parce que ce plan de réforme me parut, ainsi qu'à tout le département, outré, trop austère, et insuffisant pour entretenir en santé et vigueur des hommes destinés à des travaux pénibles et fatigants.

 

  • La deuxième, parce qu'il n'est fondé que sur des raisonnements plus spécieux que solides, et sur des faits la plupart notoirement faux et exagérés, tous dénués de circonstances requises pour faire preuve.

  • La troisième, parce que sur les deux propositions fondamentales de ce Mémoire, M. des Perrières est formellement en contradiction avec ce qu'il enseigne dans son Traité des Maladies des gens de mer, publié en 1767, auquel néanmoins il renvoie pour la preuve.

  • La quatrième, parce qu'il n'est pas moins contraire à l'expérience.

  • La cinquième enfin, parce qu'abusant à chaque page, comme il ne cesse de faire dans son deuxième mémoire, de l'expression vague et équivoque de régime végétal, il attribue indistinctement aux substances farineuses et légumineuses sèches, des propriétés qui n'appartiennent qu'aux végétaux frais et récents."

 

 

 

      ANNEXES.

 

      Biographie de La Coudraye. (Extraits) http://cths.fr/an/prosopo.php?id=114837

      François Célestin LOYNES de LA COUDRAYE (25 mai 1743 à Fontenay-le-Comte (Deux-Sèvres) - 15 novembre 1815 à Saint-Pétersbourg (Russie))  Membre adjoint de l’Académie royale de Marine en 1771, membre ordinaire en 1774, sous-secrétaire de l’Académie en 1775 et 1779, retiré en 1781, membre vétéran en 1789.:

Officier de Marine et homme politique. Fils de Jean-Baptiste Jacques Daniel de Loynes (1706-1769), marquis de La Coudraye, gouverneur de Fontenay-le-Comte en 1743, et d’Henriette Suzanne Bertrand de La Villette (1708-1775). Garde de la Marine le 27 mars 1758, aide de port le 1er juin 1765, garde du Pavillon Amiral le 25 février 1762, enseigne de vaisseau le 18 août 1767, lieutenant en second au 1er bataillon du régiment de Saint-Malo le 1er mai 1772, second lieutenant de fusiliers le 1er janvier 1770, lieutenant de vaisseau le 14 février 1778, autorisé à se retirer pour raison de santé le 1er juillet 1780.

Le 22 décembre 1761, il embarque sur la frégate de 32 canons l’Opale qui capture, l’année suivante, deux transports de troupes anglais chargés de renforts pour le siège de La Havane (6 juin-14 août 1762) avant de faire naufrage près de l’île Mogane le 23 juillet 1762.
En février 1763, il est sérieusement brûlé à la main en combattant un incendie qui ravageait un magasin de biscuit dans l’arsenal de Brest.
Embarqué du 22 juillet au 2 septembre 1763 sur la prame la Thérèse, chargée de transporter des bois de marine pour l’arsenal de Brest, il procède à des observations et à des expériences « sur la nature et la qualité des prames » et envoie au secrétaire d’État de la Marine un mémoire soulignant l’utilité de tels bâtiments aux Antilles.

Sous-aide-major attaché à la compagnie d’apprentis-canonniers de Brest le 1er mars 1769.
Affecté au détail des constructions à Brest le 1er décembre 1776.
Les 6 et 7 septembre 1778, il participe à la prise de l’île de la Dominique à bord de la frégate de 32 canons l’Amphitrite.
Embarqué sur le vaisseau de 110 canons la Bretagne, il prend part à la campagne de la flotte du lieutenant général d’Orvilliers à l’ouvert de la Manche du 3 juin au 14 septembre 1779.

Il a  rédigé une cinquantaine d’articles sur des sujets concernant la Marine pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

 

 

Sources et liens.

 

DONEAUD du PLAN  (Alfred) Histoire de l'Académie de marine, Berger-Levrault (Paris) 1878-1882 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65484612/f202.image.r=%20courcelles.langFR

 FONSSAGRIVES ( J.-B.professeur à l'École de médecine navale de Brest.) Traité d'hygiène navale, ou de l'influence des conditions physiques et morales dans lesquelles l'homme de mer est appelé à vivre, et des moyens de conserver sa santé Paris 1856.  

LE ROY DE MÉRICOURT: Pierre Poissonier et Antoine Poissonnier-Desperrières, Archives de médecine navale 1865 n°3 http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/?p=187&cote=90156x1865x03&do=page

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