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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 23:05

   Les cristallisations en soleil du quartz 

des alignements de Landaoudec en Crozon.

 

  — Des  alignements mégalithiques à Landaoudec ? Non Monsieur, jamais vu. Le Fort de Landaoudec, oui, celui de 1885-1887, celui qui s'est avéré périmé aussitôt construit (comme tout ceux du littoral, dont la plupart n'ont pas été armés), oui, le voilà. Engageant, n'est-ce-pas ? Saviez-vous que Louis Jouvet est né à Crozon, le 24 décembre 1887, parce que son père avait été embauché par l'entreprise de Félix Mandement à la construction de cette redoute?

landaoudec 2054


landaoudec 2051

 

 

  — Certes, cette redoute est intéressante, et Louis Jouvet est un mégalithe, mais vous n'auriez pas vu, par hasard, des grandes pierres blanches scintillant au soleil et alignées par centaine ?

— Pas plus que de dents dans la mâchoire à Jean. Cela fait des années que j'attends devant cette porte, et, croyez-moi, des grandes pierres blanches, je n'en ai pas vu l'ombre d'une. Vous confondez avec Carnac, Monsieur, c'est un peu plus au Sud.

 — Vous n'y êtes pas, et si je relis Christophe Paulin de la Croix...oui, c'est le chevalier de Fréminville...dans ses Antiquités de Bretagne, c'est à la page 10 , voilà : "autour du moulin de Landaoudec et de son manoir, dans la lande, un sanctuaire druidique considérable, avec tous ses accessoires...deux rangs parallèles de pierres, les unes plantées, les autres posées simplement sur le sol, forment une sorte d'allée ou d'avenue longue de soixante dix toises"...

— Pardon ? 

— Ah oui, 70 toises, une toise correspond à deux mètres, donc une allèe de 140 mètres ... qui se serait volatilisée ?

— Dites, il a écrit ça en quelle année votre chevalier de Pépinville ?

— Fréminville, Fréminville, c'est écrit en 1835. Et une autre enceinte, carrée, de 34 toises (74 mètres) sur 26 (52 mètres). L'ensemble mesuraient 175 toises, 250 mètres si vous voulez, et les deux plus grands menhirs mesuraient 7,5 et 6,5 pieds de haut, soit 2,5 et 2,2mètres. Flaubert et son ami Maxime du Camp sont venus s'amuser à y faire des fouilles clandestines en juin 1847. Et en 1843, lorsque Bachelot de la Pylaie a découvert ce site dont il a donné une description de 40 pages (vous vous rendez compte !) il a dénombré 298 pierres et a conclu à "l'un des plus beaux monuments de Bretagne" !

Voyez le plan : ces menhirs sont plus hauts que les visiteurs, même coiffés de leur haut-de-forme :


 landaoudec Fréminville

— Retournez donc voir vers Kervéneurez, il y a là deux cailloux en plein milieu d'un champ, si ça vous intéresse.

  Si cela m'intéressait ! C'était, enfin trouvé, Le menhir fendu qui se trouvait jadis prés du moulin de Landaoudec, Ar Men hir, celui dont Fréminville écrivait (p. 11) "Ce dernier, qui est dans le sud du moulin, est remarquable en ce qu'il a été fendu verticalement en deux ; les deux surfaces de la cassure sont d'une netteté si étonnante qu'on ne devine pas par quel moyen on a pu l'opérer". Bachelot de la Pylaie le décrit "fendu par la foudre", et en donne une illustration où il apparaît beaucoup plus impressionnant. C'est que, en 1997, sa moitié sud a basculé lors d'un débroussaillage. Jean Mornand, qui en donne une description détaillée (que je vais citer désormais) en 1998, écrit "Il faut s'attendre à voir disparaître un jour ce beau menhir." (Cf Sources, p. 66).


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" Les dimensions sont de 2,6 x 1,3 x 0,8 m et 2,2 x 1,3 x 0,9 m"


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Pourtant, si j'étais ici, à traquer l'un des tout derniers menhirs de Landaoudec, ce n'était pas pour me préoccuper de l'intrigante question du mégalithisme, des cultes liés aux sépultures ou, comme le commandant Devoir au début du XXe siècle, pour y repérer un ancien observatoire astronomique. C'était, plus simplement, pour en admirer la roche.

  Celle-ci est décrite dans l'ouvrage de Jean Mornand avec une emphase retenue mais vibrante qui laissait soupçonner quelque chose d'exceptionnel : 

   "Le pierres utilisées pour les menhirs de Landaoudec sont exceptionnelles et peut-être uniques pour des mégalithes. Ce sont des masses de cristaux de quartz en rosette, pyramidés en extrémité, le plus souvent blanc laiteux, rarement hyalins, parfois colorés en jaune, rose.Nous avons vu des dalles rejetées dans un talus recouvertes de milliers de cristaux de quartz rose pyramidés. Les cristaux étoilés rayonnant peuvent être observés dans [le grand menhir fendu]. On imagine ce que pouvait être à l'origine, scintillant sous le soleil, plus de 300 pierres en cristaux de quartz. Le spectacle unique ne pouvait que soulever l' admiration et le recueillement".

  Ce quartz étant inconnu en Presqu'île, Jean Mornand envisageait alors un transport de blocs de plusieurs dizaines de tonnes le long de la vallée du ruisseau de Kerloc'h, ces Transports Grande Distance étant, pour les hommes préhistoriques, jeu d'enfant et monnaie courante, pourvu qu'ils soient fort nombreux à s'y mettre.

 

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  C'est alors qu'interviennent Louis Chauris et Didier Cadiou dans un article de la revue Avel Gornog n°8 de juin 2000 Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonné. 

  Il est difficile d'ignorer, vu le nombre et la qualité de ses articles, que Louis Chauris est un géologue chevronné, directeur de recherche retraité du CNRS à l'Université de Bretagne Occidentale, qui se consacre au géopatrimoine, à l'étude de la provenance des matériaux de construction des monuments bretons, et que la Rade de Brest et la Presqu'île de Crozon sont les terrains qui ont le mieux profité de ses compétences.

  Didier Cadiou a d'abord constaté par sa prospection que, quoique le "sanctuaire" mégalithique de Landaoudec  ait été dévasté depuis ses premières descriptions par Fréminville, il parvenait néanmoins à retrouver quelques 200 blocs de quartzite autour de Landouedec, le plus souvent en bordure des champs cultivés. 

  Louis Chauris a alors écarté l'hypothèse conçue par Jean Mornand  d'un "quatrz tertiaire" de formation superficielle, pour affirmer qu'il s'agissait d' un "quartz d'origine hydrothermal c'est à dire formé le long de failles, à une certaine profondeur dans l'écorce terrestre et mise au jour par l'érosion", la texture radiée tant admirée par Mornand, qu'adopte si fréquemment "les cristaux groupés en rosettes sphérolithiques" étant précisément la preuve de cette origine profonde. "Fréquemment, apparaissent au sein des masses quartzeuses des éléments anguleux plus sombres, plus ou moins intensément silicifiés, reliques ultimes de la roche encaissant le filon".


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  Dés lors, les auteurs pouvaient postuler l'existence d'un puissant filon de quartz hydrothermal en profondeur, totalement insoupçonné jusqu'alors par les géologues, et qui amène à s'intéresser avec la même hypothèse au quartz des menhirs de Raguenez (près de l'Aber) ou de blocs comparables à Telgruc.

  Ce serait l'érosion différentielle qui aurait fait apparaître ces blocs inaltérables à la surface du sol, dans une orientation ("un alignement") identique à celle du filon. Face à leurs grandes dimensions, à leur nombre et surtout à la beauté de leur blancheur scintillante et de leurs motifs en soleil, les habitants des temps mégalithiques les auraient dressés et alignés, sans les façonner (ce que leur texture rendrait impossible). "Comme, dans la région, les failles sont souvent orientées NNE-SSW, on pourrait peut-être, tout au moins à titre d'hypothèse, estimer que le filon a, approximativement, une telle direction."

  La présence de houx (de gros buissons sont par exemple visibles à gauche de l'entrée du fort) est aussi une confirmation de la présence de ces quartz in situ, car cette plante est typiquement silicole.

 

  Finalement, cette hypothèse rejoint la réflexion de Jean Mornand qui, dans un chapitre introductif de son ouvrage, page 16, après avoir présenté les théories expliquant les grands alignements mégalithiques par des sanctuaires où les populations se réunissaient pour des cultes funéraires ou de fécondité, ou par le souci de dresser des symboles phalliques, ou par la construction d'observatoire astronomique, observe que "des orientations peuvent être dues plus simplement à des raisons géologiques ou topographiques, comme il semble en exister en Presqu'île de Crozon."

 

  Il reste, et c'était là l'objet modeste et essentiel de mon article, à admirer les cristaux convergents en soleils ou en étoiles.

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Sources :

Jean Mornand, Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, tome 1 Crozon-Lanvéoc, inventaire des mégalithes, Edit. Etre Daou Vor, Crozon 1998, 272 p.

 Louis Chauris et Didier Cadiou  Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonnéAvel Gornog n°8,  juin 2000 pp. 48-49.

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Published by jean-yves cordier
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