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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 16:59

Date : 22 juin 2011.

Lieu : L'Aber, Crozon.

 

                                    Mangora acalypha  (Walckenaer, 1802), dite "la petite bouteille".

 

     La réception d'un numéro de la revuela Hulotte est, chaque abonné peut en témoigner, un évènement semblable à l'arrivée  dans un bon restaurant, l'entrée dans une salle de théâtre, l'annonce d'un moment gourmand et cocasse et l'assurance d'en apprendre beaucoup en se distrayant beaucoup. Aussi l'arrivée du numéro 73 (c'était hier,...en 1996 !) intitulé "Le petit guide des araignées à toiles géométriques" avait été une fête, et chacune des araignées présentées s'était gravée dans ma mémoire, alors que je me disais : demain, demain peut-être la rencontrerais-je, la Diodie tête-de-mort avec son abdomen en masque africain,ou l'Épeire dromadaire au dessin en trompe d'éléphant, l'Épeire concombre toute verte ou la toile de la cyclose conique, l'Ulobore pâle qui imite les graminées, ou  la trés belle Argiope-frelon avec sa mitre d'archevêque.

   A la page 25 était représentée une araignée qui se tenait au centre de sa belle toile de 26 à 66 rayons, tendue obliquement en plein soleil entre deux bruyères, et dont l'abdomen portait une marque formée de trois bandes noires sur  fond blanc "qui dessinent une petite bouteille à long col ". Je trouvais qu'il fallait toute l'imagination alcoolisée du Capitaine Haddock ( car c'est lui qui la présentait) pour voir un flacon dans ce logo aux trois bandes, et lorsque, quinze années plus tard, je me trouvais, le nez dans les ajoncs, face à cette araignée, je fus incapable de l'identifier. Je dus chercher dans les guides, sur le web, m'orienter peu à peu vers la solution avant de m'exclamer : "mais c'est "Petite bouteille" avec la même émotion que lors des retrouvailles d'une vieille amie.

 

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  Mangora acalypha est une aranéidé,  une cousine de l' épeire  fasciée, de l'épeire diadéme, de l'épeire des roseaux et de l' épeire de velours, toutes des Orbitéles expertes à construire de belles toiles géomètriques souvent horizontales dont le centre est remplacé par un treillage de fils de soie, et qui, pour la plupart, installent un fil d'avertissement reliant ce moyeu à une retraite où elles attendent le client. Mais Mangora, peut-être un peu portée sur la boisson, n'a pas pris cette précaution de construire un abri-vigie, et elle doit attendre dans le moyeu l'arrivée d'une proie.

 

  Elle a été décrite en 1802 par Charles Athanase Walckenaer (1771-1852) dans sa Faune parisienne, ou Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, Paris,2 :199.

   Le titre de cette publication reproduit celui du livre d' Etienne-Louis Geoffroyparu en 1765, et s'inscrit donc comme un hommage et une actualisation du premier ouvrage d'entomologie de languefrançaise soucieux de systématique.

  Comme son prédecesseur, il donne l'insecte sous son nom français ; le nom latin est mentionné entre parenthése. Mais il n'a pas la verve  de Geoffroy tirée des bons auteurs latins avec ses Amaryllis, ses Tircis et ses Myrtil, et avant que le futur Baron Walckenaer ne devienne connu pour ses biographies de La Fontaine, Mme de Sévigné et d'Horaceou ses éditions de La Bruyère, il élabore des dénominations qui sentent encore l'étudiant des Ponts et Chaussée ou de Polytechnique maniant les racines grecques. Geoffroy nomme-t-il cette araignée l'araignée porte-feuille (p.646,n°8) ? Le jeune Charles Athanase la re-baptise A. Calophylle, comme il change l'araignée à feuille coupée de Geoffroy (Hist abr insect. II, p.647 n°9) en A. Apoclise. Il nomme quand même une araignée A. Bicorne, mais le polytechnicien promotion X1794 ne précise pas si l'arachnide le porte à la Napoléon (cornes de coté) ou comme à l' École, corne en avant et en arrière. Restant dans les formes à bosse, il nomme l' Aranea Dromadaire, et l'A. Bossue, mais il use surtout de noms tels que Myagrie, Myabore, Drypte, Céropège, Adiante, Diodie, ou Mellittagre.

   Après ces hellénismes, on ne s'étonne donc pas de trouver chez Walckenaer, page 199 :

 

                                A. Acalyphe (A. acalypha) [ c'est le A. initial d'Aranea]

 

            Abdomen ovale, alongé (sic), blanchâtre, luisant, avec trois raies longitudinales de points noirs sur la partie postérieure du dos, et quatre autres de même couleur détaché proche le corselet.

            Var.I . Abdomen avec deux raies de points noirs à la partie postérieure ; sans point proche le corselet.

          Petite : commune dans les prés,les bois, les jardins :Toile verticale.

 

  Quelle est l'étymologie de ce nom d'acalypha, je l'ignore. Un genre de la famille des Euphorbes porte le nom d'Acalypha; nos dictionnaires connaissent l'acalèphe, "nom savant donné à l'ortie de mer", l'ascalaphe, et le calyphe, "seigneur du grand Caire".

 

  Le nom de genre Mangora, créé par le recteur de Blooworth Octavus Pickard-Cambridge en 1889 n'est pas plus explicite : on mentionne bien qu'un Mangora fut cacique de Timboez, et que Thomas Moore  fit une tragédie de ses amours, mais quel rapport avec notre araignée? Si encore cela avait été Mandragora !

  

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Published by jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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