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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 11:47

Je fais ici de larges emprunts aux textes en ligne cités en référence infra.

 

L'ancien palais épiscopal de Beauvais, situé juste à côté de la cathédrale  est l'un des plus beaux bâtiments de la ville. Il abrite aujourd'hui le musée départemental de l'Oise. Il se situe dans des bâtiments du XIIe siècle, construits sur les anciens remparts gallo-romains de la ville. A la suite d'une émeute des bourgeois en 1305 protestant contre l'augmentation des taxes sur l’utilisation des moulins, le comte-évêque de la ville, Simon de Nesle (1301-1313), décida de renforcer la sécurité du lieu grâce à l'amende payée par les bourgeois de Beauvais. Il ajouta ainsi une porte d'entrée fortifiée  flanquée de deux importantes tours pour former un vrai châtelet

Simon de Clermont de Nesle 1301-1312, avait été transféré de Noyon à Beauvais en 1301. Il partagea avec Mathieu, abbé de Saint-Denis, l'administration du royaume pendant le voyage de Saint Louis à la deuxième croisade. Il fut du petit nombre des évêques qui soutinrent Philippe-le-Bel contre les prétentions de Boniface VIII.

Quatre sirènes musiciennes décorent une des voûtes au rez-de-chaussée de la salle située à l’arrière de la tour d’entrée nord de l’ancien palais épiscopalPeintes sur un enduit de chaux, dans une gamme restreinte de blanc, d’ocre rouge, d’ocre jaune et d’orange, cernées de noir, elles se détachent sur un fond ocre rouge semé de points noirs, censé représenter les fonds marins. Leur long corps sinueux s’ajuste parfaitement à la forme triangulaire des voûtains. Les ogives qui séparent les sirènes deux à deux sont quant à elles peintes de motifs décoratifs : quadrilobes, points, semis de fleurs de lys de couleur or sur fond bleu foncé. Les travaux de restauration entrepris en 2013 ont révélé des traces infimes de couleur sur les murs et les ébrasements de fenêtres qui permettent d’affirmer que l’intégralité de la salle était à l’origine ornée de peintures.

Je leur ai rendu visite après avoir admiré les 47 anges musiciens des voûtes de la chapelle axiale de la cathédrale du Mans, exécutés sur la commande de Gontier de Baigneux, évêque du Mans de 1367 à 1385, et peints sur un fond rouge soutenu assez proche de celui de Beauvais. Les anges du Mans chantent, dans un cadre sacré, les louanges de la Vierge.  J'avais vu ensuite les anges musiciens de Kernascléden, (vers 1440) sur une voûte timbrée des armes de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper jusqu'en 1445. Ils chantaient une messe aragonaise. A Dives-sur-mer, l'évêque Guy de Harcourt (décédé en 1336) avait offert un vitrail aux 8 anges musiciens (chalumeau double, cornemuse, viole à archet, flûte de pan, guiterne à 3 cordes, orgue positif, claquebois, hautbois. ).

 Mais quelles étaient, à Beauvais, les fonctions des sirènes, ornant un édifice civil (mais épiscopal) ?

Quels étaient les instruments choisis par les sirènes ? Répondons déjà à cette question. Elles jouent l’une de la cornemuse, l’autre de la viole à archet, du tambour et de la flûte à une main pour une troisième, et enfin, pour la dernière, d’un instrument aujourd’hui disparu, la trompette marine.

Bien-sûr, chacun évoque les malfaisantes sirènes charmant de leurs chants les marins de l’Odyssée d’Homère, afin d'en échouer les navires sur les récifs. Mais ce ne sont pas des femmes-poissons, comme ici, mais des monstres marins mi-femmes, mi-oiseaux.  À l’époque médiévale, les sirènes perdent leurs ailes pour se doter d’une queue de poisson, mais elles gardent leur caractère maléfique. Elles symbolisent la malignité des femmes, ces êtres que l'on pensait alors lascifs et futiles, promptes à séduire les hommes pour les mener à leur perte. Ainsi, elles sont souvent représentées avec des instruments de musique ou se contemplant dans un miroir. La famille de Lusignan considère qu'ils descendent de Mélusine, une femme qui se transforme en dragon à queue de serpent et à ailes de chauve-souris lorsqu'elle se baigne en secret, chaque samedi. Si la Légende de Mélusine par  Jean d'Arras date de 1393, elle se base sur des éléments du XIIe siècle.

À Beauvais, cet aspect maléfique de la sirène semble être respecté. En effet, les consoles supportant les arcs sont sculptées d’une tête d’homme aux oreilles duquel sont placés deux démons tentateurs.

Pour Géraldine Victoir, les sirènes doivent  être comprises comme des éléments décoratifs

"La fonction des pièces dans les tours au début du XIVe siècle est inconnue, mais la présence de cheminées et de latrines suggère qu’elles servaient d’habitation – non pour l’évêque qui occupait le palais, mais probablement pour des membres de sa maison. . En compagnie d’animaux et d’hybrides variés, elles ornaient des objets et des espaces liés au milieu courtois . Simon de Nesle appartenait au monde courtois tant par sa prestigieuse carrière personnelle – le temporel de l’évêché de Beauvais était un des plus importants du royaume jusqu’à la Guerre de Cent Ans– que par sa riche et puissante famille. Il était le fils de Simon de Clermont, seigneur de Nesle et Comte de Breteuil, régent de France durant la deuxième croisade de Louis IX, et le frère de Guy de Nesle, maréchal de France et de Raoul de Nesle, connétable."

  "Ces êtres imaginaires peuvent être rapprochés des décorations marginales. Les hybrides envahissant la production artistique participaient d’une lecture espiègle, ambiguë et parfois scandaleuse du monde, peut-être pour tenter de le démystifier. [...]. À Beauvais, même si la décoration du palais est perdue, les sirènes, placées à l’entrée du complexe et topographiquement aux confins, peuvent être comprises comme un sujet marginal. Le thème de la musique était prisé dans les productions profanes, faisant écho aux fêtes courtoises accompagnées de ménestrels.[...]. À Beauvais, les élégantes sirènes rappellent irrésistiblement les anges musiciens, dont le succès grandissant sur les voûtes de chapelles privées ne pouvait avoir échappé à l’évêque et aux membres de sa maison. Non loin de là, à Flavacourt (Oise), un chœur d’anges peint vers 1330-1340 sur la voûte de la chapelle du seigneur témoigne de la diffusion de ce type d’images. Les sirènes étaient peut-être vues comme une caricature espiègle des messagers célestes, transformés en êtres charnels jouant de leurs charmes. Elles sont donc l’exemple parfait de sujet ornemental plaisant et à la mode, relevant plus de la fantaisie que de la morale, mais non dénué d’une certaine ambiguïté propre aux décors marginaux. Les sirènes de Beauvais , peintes dans des demeures d’ecclésiastiques, indiquent que ces hommes préféraient des thèmes en relation avec leur extraction et leur situation sociale plutôt qu’avec leur fonction dans le clergé. "(Géraldine Victoir, 2007) 

Très éprouvée par la canicule de 2012, cette peinture murale a été soigneusement restaurée entre avril et novembre 2013.

Quatre sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Quatre sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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I. Le premier voûtain : Cornemuse et viole.

 

 

 

 sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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1°) La joueuse de cornemuse

Jean-Luc Matte (Iconographie de la cornemuse en France)  décrit ainsi l'instrument :

"1 bourdon d'épaule extérieurement conique et s'évasant en pavillon. Le bourdon passant derrière la tête de la sirène, il n'est pas possible de savoir s'il est fait en plusieurs éléments. Deux traits à la base suggèrent une souche. Deux trait figurent également sur le pavillon. Tuyau mélodique conique s'évasant en un pavillon semblable à celui du bourdon, monté sur une souche en forme de tête de canard. Grosse poche dont la couture est visible et dotée d'un col de cygne. Porte vent conique à proximité de la bouche de la sirène. Sac et tuyaux sont de la même couleur jaune".  

La sirène est entièrement nue (ni coiffure, ni bijoux) hormis un pagne ultra court, de couleur orange. Sa dualité est compléte, opposant la partie supérieure humaine, et la moitié inférieure qui est résolument celle d'un posson, avec sa queue bifide, ses quatre nageoires, et ses écailles.

"Cette peinture murale présente  un style très graphique typique de la peinture gothique : comme la décoration en frise de quadrilobes qui les entoure, le trait  simple, non modelé, est typique de la première partie du XIVe siècle. Les figures sont longilignes, maniérées, ave une très belle forme de S. 

Les couleurs sont très tranchées, orange, noir, pas du tout pastel bien conformes à l'époque médiéval où on aime le rouge, le vert, les jaunes et les bleues." (V. Blanchard)

 

 

 Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
 Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de cornemuse, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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2°) La joueuse de viole.

Elle tient son instrument sur l'épaule, et appuyé sur son cou et son occiput, incliné à 40° le long de son bras. Le corps de la viole est à peine cintré, sans échancrure, avec deux ouies en L ou C. On compte quatre cordes.

La tenue de l'archet est précisément représenté, entre le quatrième et cinquième doigt.

http://berry.medieval.over-blog.com/article-le-chapiteau-des-musiciens-eglise-de-bourbon-l-archambault-03-48957387.html

On comparera avec la viole du chapiteau de la nef de Bourbon-l'Archambault : la tenue de l'instrument est différente.

 

 Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
 Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de viole à archet, Beauvais,tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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Le deuxième voûtain. Flûte et tambour, et trompette marine.

 

 Sirènes musiciennes, Beauvais,  tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirènes musiciennes, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

La joueuse de flûte de tambourin.

La flûte de tambourin, à trois trous, se tient d'une main tandis que l'autre main frappe sur le tambour suspendu autour du cou. Elle porte aussi le nom de flûtet ou au XIXe siècle, de galoubet. 

Ici, la sirène joue (comme c'est la régle) de la flûte de la main gauche, mais l'instrument vient se poser sur l'avant-bras droit.

 

La flûte à une main et tambour consiste en l'union de deux instruments très différents pour n'en former qu'un seul. 

 

Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Joueuse de flute à une main et tambourin, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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2°) La joueuse de trompette marine.

C'est l'instrument le plus intéressant en raison de sa rareté. Je copie ici Wikipédia

Contrairement à ce que laisse penser son nom, l'instrument n'a pas de rapport avec la mer ni avec la famille des cuivres. L'épithète "marine" provient d'une déformation de l'adjectif marial, qui fait référence au culte catholique de la Vierge Marie. L'instrument semble associé au culte marial, caractéristique des couvents de religieuses. Cela est d'autant plus probable que la plupart des instruments conservés proviennent de couvents et qu'en allemand, l'instrument porte plusieurs noms, à savoir« Nonnengeige », ou violon de nonne, « Nonnentrompete » ou trompette de nonne, « Marientrompete » ou trompette de Marie. Officiellement présente dans l'inventaire de l'Écurie royale, elle n'est plus que rarement utilisée sous Louis XVI.

Facture, jeu et timbre ; Dérivée du monocorde médiéval, la trompette marine ne possède qu'une seule corde en général, que le joueur fait sonner en harmoniques. Cependant, d'aprèsPraetorius, cet instrument aurait pu posséder jusqu'à quatre cordes. Selon les cas, plusieurs cordes de sympathie peuvent être ajoutées à l'intérieur de la caisse de résonance.

La hauteur de l'instrument peut atteindre deux mètres. Sa caisse est comparable à celle d'une harpe, avec un manche dans le prolongement de la table. L'unique corde, frottée par un archet solide, repose sur un chevalet. Ce dernier a ceci de particulier, qu'il ne possède qu'un seul pied en pression sur la table. L'autre pied, (légèrement) détaché se met à percuter la table au gré des vibrations de celle-ci lorsque la corde vibre. Cet effet de percussion, similaire à la vielle à roue, est appelé effet trompette, car la parenté de son avec la trompette est remarquable.

L'analogie de son ne s'arrête pas qu'au timbre. La trompette marine est jouée sur les harmoniques naturelles de la corde, reprenant ainsi la gamme incomplète, parfois naturellement fausse (voir tempérament), des trompettes de l'époque, trompettes naturelles dépourvues de pistons. La ressemblance est saisissante.

Répertoire

Outre un répertoire original et plutôt rare, la trompette marine a été et est encore utilisée dans la musique de chambre baroque, mais aussi essentiellement comme coloration dans les airs d'opéras. Citons, à titre d'exemple, l'Air pour les matelots jouant des trompettes marines dans Xerxès de Jean Baptiste Lully.

Citations

« Il y faudra mettre aussi une trompette marine ! », Monsieur Jourdain, Le Bourgeois gentilhomme, Molière.

« Et l'unique cordeau des trompettes marines ». Cet alexandrin est la totalité du poème Chantre, dans le recueil Alcools de Guillaume Apollinaire. C'est, incidemment, l'un des plus courts poèmes de la tradition littéraire française."

https://www.youtube.com/watch?v=erIySs_6ZF8

Georges Kastner a décrit  en 1852 l'instrument de Beauvais en le désignant comme un Dicorde à cordes pincées.

"En cela il diffère de ceux qui nous ont occupés jusqu'ici. Sa forme , qui est pyramidale comme celle des Trummscheit ordinaires, est néanmoins plus svelte, élégante, plus dégagée que la leur. L'extrémité qui porte les chevilles est découpée en triangle comme une reproduction en petit du dessin de la base. Deux cordes égales sont tendues d'un bout à l'autre de l'instrument, qui paraît avoir à peu près les dimensions du trummscheit portatif du manuscrit de Bruxelles dont j'ai parlé plus haut. L'un et l'autre d'ailleurs sont du même temps, du XIVe siècle. "

Il fait remarquer en note que l'instrument n'a pas d'ouies. 

On notera que la sirène ne tient pas d'archet, mais que sa main droite (peu visible) pince les cordes : 

"À l'origine, les cordes étaient pincées ; mais, à partir du XVe siècle, on a utilisé un archet qui frottait les cordes entre les chevilles et l'emplacement où appuyait le pouce." (Encyclopedia Universalis)

Remarque.

Dans les présentations récentes (vidéo de V. Blanchard, cartel explicatif du musée), l'instrument est qualifié de "tympanon".

 

Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.
Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

Sirène joueuse de trompette marine, Beauvais, tour nord du palais épiscopal, photographie lavieb-aile.

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Conclusion.

L'opinion argumentée et compétente de Géraldine Victoir, qui voit dans ces sirènes des éléments décoratifs semblables aux marginalia espiègles des manuscrits, dans une scène profane, est partagée par tous. 

 Selon Vincent Blanchard, directeur-adjoint du musée,la porterie devait, à l'origine, accueillir la famille de l'évêque : ce dernier privilégie son appartenance à l'aristocratie et choisit un décor profane plutôt qu'un thème religieux conforme à sa fonction : son appartenance de classe l'emporte. Les sirènes sont alors liées à la débauche, ou au plaisir.

Pourtant, dans la pièce organisée autour d'un pilier central, voûtee en croisée d'ogives gothiques,  les sirènes occupent  les voûtains (équivalents du Ciel) et non des structures marginales traditionnelement affectées aux "drôleries" (pignon, chapiteaux, sablières, miséricordes). D'autre part, ces sirènes ne sont pas, malgré leur nudité et leurs longs cheveux blonds, représentées comme des séductrices, symbolisant la tentation ni comme des débauchées, comme dans de nombreuses figures médiévales où elles tiennent le miroir et le peigne symbolisant leur coquetterie coupable. Elles n'ont aucun trait de monstruosité, pas d'avantage de caractère de malignité. Elles ont la grâce et l'allure idéale qui seront plus tard  celles des anges, dans les différentes voûtes d'anges musiciens (Le Mans, Kernascléden). Enfin,surtout la présence d'un instrument traditionnellement affecté au culte marial, la trompette marine, est troublante. Cela m'inciterait à ne pas écarter trop vite la possibilité d'une peinture sinon religieuse, du moins d'incitation à la méditation. S'agit-il d'une représentation d'un concert spirituel, où les sirènes, êtres surnaturels,  assimilées aux fées, deviennent les intermédiaires quasi-angéliques donnant accès à la musique divine ? S'agit-il d'une reflexion sur le caractère emminement ambiguë de la musique, qui procure à la fois le plaisir des sens (ouvrant le chemin de la perdition) et l'élévation vers le Beau idéal, donc vers Dieu ?  S'agit-il, pour le prélat et son clergé, d'une incitation à la vigilance impérieuse à l'égard des péchés de la chair ? On le voit, la peinture n'est pas forcément aussi profane qu'on a pu le croire.

S'agit-il, aussi, tout simplement, d'une transposition sur les murs du Bestiaire d'amours de Richard de Fournival ? S'il semble évident que l'ensemble des voûtes de la pièce étaient peints, l'absence de renseignements sur les scènes adjacentes ne permettent pas de conclure.

Cela me permet d'échapper à la diabolisation de ces "seraines", et de me laisser porter par leurs charmes et par la beauté de leurs instruments. Comme ils ne résonnent plus sous les voûtes, il sera inutile de m'attacher, tel un Ulysse, au pilier central.

 

 

 

DOCUMENTATION.

I. La peinture murale.

La peinture murale est souvent désignée sous le terme de "fresque". Or, ce dernier ne définit que l'une des techniques de la peinture monumentale, par opposition à la technique à sec. Ces deux techniques peuvent être associées, on parle alors de "technique mixte". 
A la fin du Moyen Âge, la plupart des peintures murales relèvent de la technique "à sec" sur badigeon.

La peinture à fresque, a fresco

Elle est réalisée sur un enduit frais à base de chaux sur lequel le peintre applique les pigments délayés dans de l'eau. En séchant, la carbonatation de la chaux permet aux pigments de se fixer dans l'enduit. Cette technique nécessite donc une exécution rapide et une parfaite maîtrise, mais confère à la peinture une grande solidité dans le temps.

La peinture à sec, a secco.

C'est le cas de cette peinture, des traces de casèine ont été retrouvées sur les murs de la porterie de Beauvais

Elle est exécutée sur un enduit sec et la fixation des couleurs est obtenue par l'addition, aux matériaux de base, de substances d'origine animale (caséine, collagène) ou végétale (huile de lin ou de noix), communément appelées "liants".
Une large palette de pigments pouvait être utilisée : les ocres rouge et jaune, le blanc généralement obtenu à partir de plomb, et le noir à partir de la fumée issue de la calcination de bois ou d'os. Les verts et les bleus les plus courants provenaient du cuivre, comme par exemple le résinate.

La peinture monumentale est constituée d'une succession de strates disposées sur un support (un mur, un lambris, une cloison en pan-de-bois ou bien les solives d'un plafond…).

Une couche d'enduit, à base de chaux ou de sable, y est posée. L'enduit peut également être composé de plâtre et de torchis parfois trouvés en mélange.
Un badigeon, directement appliqué sur le support ou sur l'enduit, est constitué de chaux plus ou moins délayée dans de l'eau ; des liants et des charges minérales peuvent lui être ajoutés. Généralement de couleur blanche, le badigeon est parfois recouvert d'un autre badigeon coloré, jaune, plus rarement rouge.
Sur ces couches, le peintre applique enfin les couleurs.

 

Iconographie.

Les sirènes ont probablement été peintes dans les années 1310-1320, peu de temps après l’érection des tours. Les visages allongés, les longs cheveux blonds et la poitrine pendante rappellent les sirènes du bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, exécuté en Picardie au début du XIVe siècle Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

 Symbole de débauche et de tentation, les sirènes rappelaient dans les bestiaires la nature illusoire et trompeuse des vices.

"Il y a trois sortes de sirènes, deux sont moitié femme, moitié poisson. La troisième est moitié femme, moitié oiseau. Elles chantent toutes trois ensemble, l'une avec trompette, l'autre sur harpe, la troisième avec la voix. Et leur mélodie est tellement plaisante que personne ne les entend sans s'approcher. Et quand les hommes sont pris, elles les endorment. Et quand elles les trouvent endormis, elles les tuent."

"Tant estoit cil chanz douz et biaus, 
Qu’il ne sembloit pas chanz d’oissiaus
Ainz le poïst l’en aesmer
As chanz de sereines de mer, 
Qui par les voies qu’eles ont saines
Et series ont non seraines. "
(Il était si beau et doux, ce chant, qu’il ne semblait pas être un chant d’oiseaux, mais qu’on aurait pu le comparer au chant des sirènes de mer, que l’on appelle ainsi à cause de leur voix qu’elles ont claire et sereine.) 

Richard de Fournival, Bestiaire d'amours, Bnf Fr 15213 folio 70 :

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Richard de Fournival Bestiaire d'amours Bnf fr.412 folio 230v:

 

Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.
Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival, Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 526, fol. 23v°.

Les échecs amoureux, Bnf 143 folio 130, vers 1496

 

La sirène tenant le peigne et le miroir, attributs de Vénus témoignant de sa nature débauchée et des dangers de la séduction féminine. Bnf fr.411 vers 1480

 

  

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

VICTOIR (Géraldine ) 2007,  , Doctorante au Courtauld Institute of Art, Londres Profane ou religiuex ? Le choix des sujets dans les demeures des laïcs et ecclésiastiques en Picardie au XIVe siècle, Journée d'étude de la Collégiale Saint-Martin, Le décor peint dans la demeure au Moyen-Âge. 16 novembre 2007.

http://expos.maine-et-loire.fr/culture/peintures_murales/medias/pdf/geraldine_victoir.pdf

— http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Beauvais/Beauvais-Musee-departemental-de-l-Oise.htm

BLANCHARD (Vincent) Les sirènes musiciennes, vidéo 

http://www.cndp.fr/crdp-amiens/cddpoise/actualites/autour-de-l-education/135-sirenes-musiciennes.html

— exposition Bnf : http://expositions.bnf.fr/lamer/bornes/feuilletoirs/sirenes/33.htm

Marie- Pasquine Subes  Un décor peint vers 1370-1380 à la cathédrale du Mans [compte rendu] Bulletin Monumental  Année 1998  Volume 156  Numéro 4  pp. 413-414 

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1998_num_156_4_1850000

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