Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 15:41

.

 

Ce calvaire avait été déplacé en 1880 dans le cimetière, mais  a regagné sa place initiale dans le placître en 2008. Ainsi que son orientation, le Christ tourné vers l'Ouest, de manière que le fidèle qui le prie soit tourné vers l'est, symbole de la Résurrection. C'est très bien, puisqu'il s'agit d'un des plus anciens calvaires de Bretagne (vers 1450), qualifié d' "œuvre capitale pour l’histoire de la sculpture dans la première moitié du XVe siècle." (Y-P. Castel). Classement Mh 1985.  Site inscrit des "Monts d'Arrée" site Pluricommunal, arrêté du 10 Janvier (1966).

 

 

 

.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

.

 Son socle est cubique, marqué  des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I.

L'emmarchement est principalement en pierre ocre et veinée de Logonna, tandis que le reste est en kersanton gris-sombre, formant ce mélange royal à deux tons opposés de la sculpture du Finistère.

.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

.

 

Des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I. Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Des rais d’un cadran solaire tracés sur le plat, avec les chiffres XI XII et  I. Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

.

Le fût polygonal à pans coupés  conduit au premier nœud octogonal, et au croisillon qui sert  de gibet aux larrons. Puis, un second nœud tronconique présente de petites consoles où sont installés la Vierge et Jean. Monte alors la croix  portant le Crucifié, avec au  revers la Vierge à l’Enfant couronnée par un ange. Il culmine en un dais carré gothique avec des arcs en accolades. Les  branches des fleurons sont à choux carrés. Les archives 1710-1730 de la paroisse signalent qu'en 1723, Ollivier Grall, sieur de Messyven, "blazoniste, doreur et maître peintre" de Landerneau , lui avait restitué  sa polychromie initiale.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

.

 

1°) armoiries et datation.

 

Le calvaire de l'enclos paroissial de Rumengol en serait le témoin de plus ancien, antérieur à la date de 1536 inscrite sur la plaque de fondation, et antérieur aussi au porche sud (vers 1468). Certes, il ne porte  pas de date inscrite, mais, sous les pieds du Christ, un blason présentait jadis les armoiries mi-parties des Faou-Quélennec, d'azur au léopard d'or, en alliance avec celle des Poulmic, échiquetées d'argent et de gueules (un damier de carrés blancs et rouges). L'alliance de ces deux familles nous conduit au couple formé par Jean de Quélennec, Vicomte du Faou,  amiral de Bretagne, qui épousa en 1433 Marie de Poulmic. Leur descendant et héritier du titre sera Jean ou Guyon du Quélennec ( † avant 1478), seigneur du Quélennec, vicomte du Faou, héritier des charges d'amiral de Bretagne, de chambellan du duc François II et de capitaine de Brest, marié en 1440 avec Jeanne de Rostrenen.

Ces informations données par E. Le Seac'h (2014) sont reprises d'André Mussat (1957) : 

"Un procès-verbal des juges de la vicomté du Faou, en 1740 –dont la copie se trouve aux archives paroissiales–, indique que ce calvaire est armorié d' »un écusson parti au Ier du Faou, au 2nd de Quélennec, et au 3ème de échiqueté d'argent et de gueule. Ces armoiries existent en effet, au pied du Christ sur la face principale. Elles se rapportent à l'alliance Faou-Quélennec et Poulmic, (qui est le 3ème). Il s'agit donc de Jean du Faou-Quélennec, amiral de Bretagne, marié en 1433 à Marie du Poumic, morte en 1457. » (cité par Hervé Torchet "La Famille du Faou")

Cela se vérifie selon la généalogie de Missirien :

 "Jan du Quélennec vicomte du Fou, amiral de Bretagne aux années 1432, 1442, 1450, 1461, 1471, et mourut 1474, il épousa Marie de Poulmic, fille de Jan, seigneur de Poulmic, et de Janne de Kersaliou." (Généalogie par Missirien in Tudchentil).

 

Attention de ne pas confondre avec Marie du Poulmic, épouse depuis 1459 d'Olivier du Chastel, et  fille de Jean III du Poulmic et de Charlotte de Beaumanoir. L'arbre généalogique proposé par Christian Gauthier fait figurer deux "Marie du Poulmic" différentes mais sans permettre de concordances avec Missirien. Voir aussi Potier de Courcy, "Poulmic"" et Wikipédia "Famille du Quélennec". L'épouse de Jean du Quélennec serait la fille de Jean de Poulmic et de Constance de Kerlaouénan (Carré des As) .

Le raisonnement de Le Seac'h et de Mussat est d'établir une fourchette de datation pour ce calvaire entre 1433 (mariage Quélennec-Poulmic) et 1457 (décès de Marie du Poulmic). Cette fourchette fait du calvaire "l'un des plus anciens de Bretagne". L'Atlas des Croix et Calvaires indique "vers 1450".

André Mussat confirme l'importance de cette alliance Quélennec-Poulmic en découvrant leurs armoiries, et celle de leurs alliances, dans les vitraux de l'église, comme l'indique les archives. Il cite un autre procès-verbal du 25 mai 1732 :

"Au soufflet supérieur de la dite maîtresse-vitre [de Rumengol] sont les armes de Bretagne, au second soufflet du coté de l'évangile il y a un  écusson au chef de gueules chargé de trois fleurs de lys d'or, au 3ème soufflet il y a un écusson au léopard d'or, au 4ème soufflet d'or fascé de Bretagne, au 5ème soufflet d'azur à dix macles d'argent, dans l'ordre c'est Bretagne, Quélennec, Le Faou, les deux dernières non identifiées |...] Ces armoiries ont disparus, sauf la 10ème qui est Pennarun en Quimerc'h".

Mais dans les soufflets des verrières modernes, mélangés à des armoiries du XIXe, on trouve quelques écus anciens.

"A la vitre nord, un écusson écartelé Faou-Quélennec, un écusson parti Faou-Quélennec et Mauny-Goyon (d'argent au léopard de gueules avec croissant de même), un autre enfin parti au 1  Faou-Quélennec et au 2 du Chastel (fascé d'or et de gueules de six pièces). Dans une des fenêtres méridionales se trouvent les armes du Bot (d'argent à la fasce de gueules). Ceci correspond au procès verbal de 1732 qui parle aussi "des armes du Faou avec ses alliances".

 

 

On trouvera en annexe ces armoiries des vitraux actuels.

Aujourd'hui, la moitié droite des armoiries échiquetées d'argent et de gueules est encore bien visible, mais l'autre moitié ne montre que les meubles héraldiques que composent les lichens.

Il faut aussi remarquer un "détail" qui n'est pas signalé par Mussat et par Le Seac'h. Sur le calvaire de Rumengol, les armoiries comportent un lambel en chef, parfaitement dessiné sur l'Atlas des Calvaires, Le Faou n°502. Or, "À la base, le lambel servait de brisure pour les armes des fils aînés du vivant de leur père, seuls ayant droit à porter les "armes pleines" de la famille à titre personnel". J'ignore si, pour les héraldistes, ce lambel incite à penser à  Guyon de Quélennec, décédé en 1478, mais il est certain qu'il doit figurer dans la discussion. J'ai tenté d'en rassembler les données.

 

 

.

 

 

Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.
Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

Armoiries, Calvaire de Rumengol, (entre 1433 et 1457), photographie lavieb-aile.

.

2°) Description.

Le Christ est vêtu d'un pagne long ( mais au dessus des genoux), ce qui est un indice de l'ancienneté de la sculpture, tout comme les genoux fléchis, les pieds réunis l'un sur l'autre en rotation externe, pied droit sur le pied gauche. (les perizonium du XVIe siècle seront courts). Le corps est maigre, la taille très pincée, mais sans thorax creusé ni relief des côtes marqué. 

La couronne est une simple torsade tressée, sans épines, au dessus de cheveux longs se divisant en mèches . Le visage est paisible, le nez fin voir pincé, les yeux fermés réduits à de fines fentes, la bouche fermée aux lèvres fines.

Les mains sont en supination, clouées en pleine paume.

La Vierge, les mains jointes, porte une tunique et un long manteau recouvrant la tête comme un voile. Les traits du visage sont réduits à quelques indications, deux amandes à peine gravées, une bouche courte, qu'elle est comme absentée, rendue évanescente par son chagrin. Un seul pli médian d'étoffe tombe, vertical, long V de béance et d'effondrement.

 

.

 

 

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Jean s'oppose à Marie. Face à l'effacement de l'une, le bouillonnement de l'autre : chez lui, les cheveux méchés et frisés forment un halo de petits macarons hérissés et qui se repèrent d'emblée. Chez lui, les doigts croisés en petits crochets nerveux rendent encore plus sensible l'apaisement (le Fiat qui s'accomplit) de la main gauche de Marie. Chez lui, les plis pourtant fluides et calmes au centre se boursouflent avec tumulte sur les manches. Ses yeux ouverts regardent vers la droite, sous des sourcils bien marqués.

Vus du revers, Jean et Marie diffèrent encore plus (image infra).  Elle n'est plus qu'une cape et trois plis, trois fleuves figés. Lui, de sa tête, envoie à tous les diables les flèches ou les éclairs zébrés de sa chevelure en bataille. Les plis horizontaux de son manteau le secouent de leurs sanglots et de leurs spasmes avant de s'immobiliser dans la pétrification de gours concentriques . Elle est fons, il est petra.

 

.

 

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Saint Jean, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Saint Jean, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Les larrons.

Les gibets des deux larrons sont en forme de petite croix latine, à la traverse de laquelle ils sont suspendus par les bras. Les pieds ne sont pas cloutés. tout cela est conforme à la tradition iconographique. "Leurs visages sont moins fins que ceux des autres personnages. Les corps sont plus larges dans les proportions, les hanches épaisses. Un sculpteur moins habile a travaillé ici." (E. Le Seac'h 2014 p.92)

Celui de gauche est le bon larron, "Dismas", mais rien ne l'identifie comme tel, si ce n'est sa place à la droite du Sauveur. Il est imberbe. Il porte un pagne très court. Sa représentation frontale (aucun mouvement pour se tourner vers Jésus), sa stricte symétrie  corporelle, ses yeux fermés, lui confèrent l' aspect d'un petit dieu archaïque. 


 

 

.

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

 

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le bon larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Le mauvais larron.

Il est barbu, qu'a-t-il d'autre contre lui ? Il a les yeux ouverts. Pour lui, ce n'est pas encore la fin des souffrances. Il en a pour l'éternité, sauf si un surcroît de miséricorde, un jour, peut-être, le gracie.

.

 

 

 

 

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Le mauvais larron. Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Le revers.

Au revers, ou face est, Une Vierge à l'Enfant est taillée dans le même bloc de pierre que le fût de la Croix et que le Christ. La tête de l'Enfant a été brisée, mais on voit sa robe longue à gros plis au dessus de pieds nus, sa main droite levée vers sa Mère, la main gauche refermée sur un objet. Il est porté sur le bras gauche de Marie, qui soutient de sa main ses cuisses.

.

 

 

 

 

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

La Vierge est coiffée, par un ange plongeant de sous le dais, d'une couronne à cercle lisse et à fleurons. Sa tête est recouverte d'un voile qui, plus bas, devient un manteau très épuré, qui fait replis sur le bras droit. La main droite, dont on aperçoit la manche serrée au poignet, tient un fruit rond (pomme ?).  Sous le manteau, une robe, à l'encolure ronde très près du cou, dispose d'une ouverture (soigneusement serrée)  devant la poitrine. Ses plis viennent converger vers la hanche gauche, selon un motif habituel en statuaire bretonne. Seules les pointes des chaussures sortent sous la robe.

Le visage est peu expressif, les yeux globuleux sont ouverts mais éteints. 

L'ange "porte les cheveux crêpés comme à Quimper [Ange sous la console portant la Vierge, Tympan du porche sud de la cathédrale, 1424-1442], au Folgoët , à La Martyre [Voussure de la Nativité, tympan du porche sud, 1450-1468] et il a le même visage que l'Enfant de l'Adoration des Mages de Rumengol [porche sud, vers 1468] ". (E. Le Seac'h 2014 p.92).

Nous trouvons donc associé ici deux thématiques mariales :

1) La pomme présentée à l'Enfant inverse la scène de la Tentation, et Marie apparaît alors comme une Nouvelle Éve, permettant à l'humanité d'échapper, par son Fils Rédempteur, à la malédiction du Péché Originel. Cette thématique est présentée sous une autre forme dans la statuaire bretonne par les Vierges à la démone tenant une pomme. Elle n'est pas étrangère au développement de l'adhésion à l'idée de l'Immaculée Conception.

2) Le Couronnement de la Vierge, qui ne figure pas dans le Nouveau Testament est inspiré par certains textes des Psaumes et du Cantique des cantiques, puis favorisé par la piété mariale de Bernard de Clairvaux au XIIe siècle. Sa représentation remonte à la seconde moitié du XIIe siècle, devient très populaire à partir du XIIIe siècle et jusqu'au XVe siècle. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le culte  réapparaît sous la forme du couronnement des statues de la Vierge, ce qui concerne tout particulièrement Rumengol qui fut la seconde église bretonne à en recevoir le privilège :

 

"Au XIXe siècle, le renouveau du culte marial et la survenue d'apparitions à La Salette, Lourdes ou Pontmain ainsi que l'institution du dogme de l'Immaculée Conception conduisirent les autorités ecclésiastiques à solliciter l'octroi par le pape Pie IX d' une couronne pour certaines statues, signe de leur vénérabilité. La première Vierge de Bretagne à être couronnée fut Notre-Dame -de-Bon-Secours à Guingamp en 1857, puis ce fut Notre-Dame-de-Rumengol en 1858. La fête du Couronnement attirait une foule considérable (100 000 personnes à Rumengol) et était suivie par une renommée et un accroissement de la renommée et de la fréquentation du sanctuaire. En 1865, Notre-Dame-d'Espérance à Saint-Brieuc obtient la couronne d'or. En 1868, Notre-Dame-du-Roncier.  En 1888, le couronnement de  la Vierge du Folgoët attira 60 000 pèlerins. En 1868, cet honneur que le pape réservait à la vierge est accordé à sa mère, Sainte Anne, pour son pardon à Auray, premier lieu de pèlerinage en Bretagne." ( Henri Le Floc'h)

Dans l'iconographie, la Vierge est  couronnée soit par le Christ soit par  un ou plusieurs anges, lors de son Assomption soit par /en présence de la Sainte Trinité au XVe et XVIe siècle. Or, les quatre  Pardons de Rumengol avaient lieu (en 1901) le 25 mars (Annonciation), le 30 mai (Sainte-Trinité), le 15 août (Assomption) et le  24 décembre ( Nativité). 

La vierge couronnée souligne son lignage royal avec la maison de David, point capital de typologie au Moyen Âge, illustré aussi par  l'arbre de Jessé.

Pour la période concernée par ce calvaire, je citerai :

L'association du Couronnement de la Vierge à un Calvaire est un cas particulier de ce grand thème  : alors que le calvaire traite de la Passion place le Christ mort sur la Croix au centre de la dévotion (au centre des quatre coins de l'Univers par la Croix), le Couronnement "détourne" (si je puis dire) la dévotion vers Marie comme Médiatrice. On trouve cette association sur deux calvaires de l'enclos paroissial de Pencran, en vallée de l'Élorn, celui du nord étant daté de 1520.

.

 

 

 

.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Revers du Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Revers du Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Ange couronnant la Vierge, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Ange couronnant la Vierge, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Vierge courronée, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Vierge courronée, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

Cette vue oblique montre clairement que l'objet tenu par la Vierge est un fruit rond qui ne peut être qu'une pomme.

 

Pomme tenue par la Vierge à l'Enfant, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

Pomme tenue par la Vierge à l'Enfant, Calvaire de Rumengol, (vers 1450 ), photographie lavieb-aile.

.

3°) L'attribution.

Ce calvaire présente des analogies évidentes avec celui de Plomodiern (vers 1457) dans le canton de Châteaulin (Atlas des Croix et Calvaires  n°1606), où Saint Jean présente également sa tête ébouriffée par de petits épis ronds. On  y retrouve aussi les silhouettes schématisées, la traverse supérieure moulurée et terminée par des fleurons, et le dais très ouvragé. La position des mains est cependant différentes. Pour Emmanuelle Le Seac'h, ces deux calvaires relèvent, comme ce qui reste de celui du Folgoët (vers 1443), du premier atelier du Folgoët, dont l'activité s'étend de 1423 à 1468, et qui appartient à ce qu'elle nomme le " grand atelier ducal du Folgoët (1423-1509)" :

"Le calvaire de Rumengol a inspiré celui qui se trouve à coté de l'église de Plomodiern dans l'évêché de Cornouaille. il est à dater de la même période entre 1433 et 1457. Le sculpteur produit ici un second calvaire très ressemblant du point de vue stylistique même s'il est dépourvu de larrons. Les deux structures, par contre, varient. L'emmargement est constitué ici d trois degrés, soit un de plus qu'à Rumengol. [...] A Plomodiern, le crucifix est sous un dais rectangulaire à accolade. Sur l'avers, on reconnaît les curieuses mèches qui sont la marque de fabrique du Maître du Folgoët ; les cheveux se partagent sur le milieu du crâne, s'étalent en mèches bouclées pour se terminer en un halo hérissé autour de la tête d Jean. La Vierge et Jean sont dans une posture hiératique contrairement à Rumengol où ils sont légèrement inclinés. Le pagne flottant du Crucifié, les cheveux tombant sur les épaules et la couronne tressée sont identiques à ce qu'on voit sur le calvaire de Rumengol. Sous ses pieds, une pietà à deux personnages est sculpté en bas-relief. La Vierge au voile coqué pose la main sur le corps du Christ couché devant elle." (E. Le Seac'h 2014 p. 93)

Ce premier atelier ducal du Folgoët , ou "atelier du père" pour le différencier d'un "atelier des enfants" plus tardifs (1458-1509), se développe sous l'effet du mécénat du duc Jean V (1399-1442). Tel que le définit Emmanuelle Le Seac'h, il touche les trois diocèses de Léon, de Cornouaille et de Saint-Brieuc, et son rayonnement s'étend du Folgoët à La Ferrière au nord et de Quimper à Kernascleden au sud. Il s'exerce à la basilique du Folgoët, mais sa manière de sculpter se retrouve sur le porche sud de la cathédrale de Quimper, celui de l'église de La Martyre, sur des galeries des  Apôtres et des Vierges à l'Enfant ou des statues d'applique. Ses différents sculpteurs ont en commun la façon de représenter les anges, des visages resserrés au niveau de la mâchoire et des mentons épais, des joues creusés par le rehaussement des pommettes,  une manière propre de sculpter les cheveux de a Vierge et de l'Enfant, et enfin une forme marquante de yeux, dont les paupières sont doubles et en amande, ce qui confère aux personnages un regard profond. 

.

On peut ajouter que l'un des grands chantiers du duc Jean V fut la cathédrale de Quimper. Or, 

1°) le blason de Jean de Poulmic, qui fut gouverneur de Quimper en 1404, figure en très bonne place à la voûte du chœur, juste derrière celle du duc, de son épouse et de son fils. et des deux évêques Gatiende Monceaux et Bertrand de Rosmadec.

http://www.lavieb-aile.com/2016/02/les-vitraux-du-choeur-de-la-cathedrale-de-quimper-i.html

2°) le blason du seigneur de Quélennec figure avec ceux des trois autres principaux vassaux, les seigneurs de Nevet (Plogonnec), de Botigneau (Clohars-Fouesnant, de Guengat,  au dessus  du porche occidental, qui date de 1424, à coté de ceux du duc, de Jeanne de France, et de ses trois fils,  de celui de l'évêque Bertrand de Rosmadec . A cette date, c'est bien celui de Jean III de Quélennec, époux de Marie de Poulmic. Il possède le privilège (avec les seigneurs de Nevet, de Bodigneau et de Guengat), de porter le siège de l'évêque lors de son entrée inaugurale dans sa cathédrale. 

3°) Ces armes se retrouvent de la même façon au dessus du porche sud, dit "De Sainte Catherine", porche qui est sculpté par le premier atelier du Folgoët d'une Vierge entourée d'anges à la chevelure ébouriffée typique de son style.

Ces éléments attestent d'une part la proximité des familles de Poulmic et du Quélennec avec le pouvoir ducal et épiscopal, d'autre part que, dès 1424, Jean III du Quélennec pouvait être, en raison de cette proximité, en lien avec les sculpteurs du Folgoët et leur commander une œuvre pour son propre champ de mécénat-propagande.

 

 

.

ANNEXE. LES ARMOIRIES DES VITRAUX de l'église .

1. Fenêtre nord :

— Couronne gauche MARIA GRATIA PLENA : Le Faou d'argent au léopard de gueules / De Mauny d'argent au croissant de gueules  / de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or / Goyon D'argent au lion de gueules .

Famille de Mauny : https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_de_Mauny

Famille de Goyon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_de_Goyon

— Couronne centrale : Le Faou d'argent au léopard de gueules / Chastel  fascé d'or et de gueules de six pièces .   / de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or

— Couronne droite : écartelé Faou-Quélennec.

.

Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Diaporama des armoiries, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

.

2. La maîtresse-vitre :

De Bretagne : d'hermines plain

Vicomte du Faou :d'azur au léopard d'or,

de Quélennec  D'hermine, au chef de gueules chargé de trois fleurs-de-lis d'or

 

Non identifiéd'azur à dix macles d'argent (les rares  armoiries à dix macles sont celles d'Olivier IV de Rohan-Montauban, mais les macles des Rohan sont d'or, sur fond de gueules) 

 

.

.

 

Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Maîtresse-vitre, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

.

4. Vitre sud.

Entre des armoiries papales et épiscopales modernes sont en haut  les armes du Bot (d'argent à la fasce de gueules).

Puis viennent les armes du Faou avec ses alliances :

Faou / Quélennec / Poulmic".

Faou / De Mauny / Goyon

Faou / Quélennec / du Chastel.

.

 

Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.
Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

Vitre sud, armoiries des vitraux, église Notre-Dame de Rumengol, photographie lavieb-aile.

.

SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Quimper, Ar de Kerangal.

https://archive.org/details/architecturebre00abgrgoog

 

— CASTEL (Yves-Pascal), 1991,Essai d'épigraphie appliquée. Dates et inscriptions sur les croix et calvaires du Finistère du XVème au XVIIIème siècle Ouvrage: Charpiana : mélanges offerts par ses amis à Jacques Charpy..Fédération des Sociétés Savantes de Bretagne, 1991.

 CASTEL (Yves-Pascal), "Le Faou / Rumengol" Calvaire n°502,,  Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper Atlas en ligne :

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/le_faou/le_faou.html

— CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère, Société Archéologique du Finistère, Quimper, 370 p.

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/FAOURUME.pdf

— LECLERC (Guy), 1996-97, Monuments et objets d'art du Finistère (année 1996) : Le Faou, églises Notre-Dame de Rumengol et Saint-Sauveur du Faou  Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (126, p. 145-149)

— LECLERC (Guy), 2000, Monuments et objets d'art du Finistère. Etudes, découvertes, restaurations (année 2000) : Le Faou, église Notre-Dame de Rumengol, porche méridional, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 2000, (129, p. 59-62)

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Coll. "Art et Société" Presses Universitaires de Rennes, pages 74 et 92.

MUSSAT (André), 1957, article -Rumengol, in Société française d'archéologie. Congrés archéologique de France. CXVe Cession, 1957,  Cornouaille. page 165.  In-8° (23 cm), 285 p., fig., carte, plans. H. c.Orléans : M. Pillault, 37, rue du Pot-de-Fer (Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouverneur). Pages 161-177.

— VIOLLET-LE-DUC "Vierge", Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/faou.htm

— Médiathèque des Monuments historiques

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mdp_fr

— http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/rumengol/eglise.html

— http://www.cc-aulne-maritime.fr/patrimoine.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jean-yves cordier
commenter cet article

commentaires

kergranit 21/11/2016 17:16

Pour information :
Le calvaire fut démonté le 6 novembre 2007 dans la mâtinée et emporté en atelier de restauration après la numérotation des pierres.

Jean-Yves 21/11/2016 17:27

Merci de cette information,
Jean-Yves

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

Recherche