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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 18:44

Le retable de  la Déploration (1517) de l'église de Pencran (29).

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"A gauche du chœur se trouve un retable célèbre qui attire les regards. C’est une sculpture en bois représentant en plein relief une Descente de croix. Abrité dans une niche à dais sculpté, cet ensemble est composé de onze personnages.  Au centre est la Vierge, accablée de douleur : Elle tient sur ses genoux le corps inanimé de son Fils. Près d’elle, saint Jean et la Madeleine, agenouillés, partagent sa souffrance. Au second plan sont groupés les Saintes Femmes éplorées, Joseph d'Arimathie, Nicodème, et deux serviteurs dont l’un porte la Couronne d’épines." (H. Pérénnes).  « Ce sujet, note M. le chanoine Abgrall, a été noblement traité dans plusieurs de nos églises, notamment à Bodilis, Lampaul-Guimiliau, Locronan, Ploéven, La Forêt-Fouesnant, Pont-Croix, Quilinen, mais nulle part on n’a atteint à un si haut degré l'expression de douleur profonde, de compassion et d'adoration pour le divin Rédempteur » .

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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INSCRIPTION.

L'inscription en lettres gothiques minuscules dorées sur fond blanc dit ceci :

En lã mil Vcc  XVII : cest histoire fust  complet f diouguel :  vioy. ist.

"En l'an 1517 cette histoire fut complet f Diouguel ---." Les lettres qui suivent sont superposées en deux lignes et ont été lues comme deux syllabes moy et ist, "qui pourraient être une marque d’ouvrier.". On pourrait y lire des chiffres (VI) ; le dernier sigle pourrait être une étoile ; deux points s'inscrivent en dessous.

Le patronyme Le Diouguel est attesté à Morlaix au XVI-XVIIe, celui de Le Diouguel de Penanru à Landerneau-Saint-Houradon et à Morlaix au XVIIIe. Un François Le Diouguel sieur de Poulfanc a été maire de Morlaix  en 1635, et son fils François Le Diouguel lui a succédé à ce poste en 1673-74.  On cite aussi Me Guillaume Le Diouguel, notaire royal et apostolique de Morlaix et de Bodister. Un acte en date du 31 janvier 1651, fut passé devant Diouguet et Salaun, notaires royaux à Morlaix. Etc...

Le Nobiliaire de Bretagne mentionne pour Diouguel (le),

sr de Lanrus, — de la Fontaine-Blanche, par. de Saint-Martin-desChamps, — du Penhoat. — du Tromeur, — de Térennez, de Kerbasquiou, de Kergreis et de Lantréouar, par. de Plougasnou, — de Keiïstin, par. de Plouézoch, — de Kerozal. Maint, à l’intend. en 1699, ress. de Morlaix.

Echiqueté d’or et d’azur ; au chef d’argent, chargé de trois tourteaux de sable. François, gouverneur du château du Taureau en 1623 épouse Marguerite Noblet. 

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Groupe inférieur : Déploration. 

Le motif iconographique est fondé sur l'Évangile de Jean 19:25-27 et 19:38-42:

Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. 26 Jésus vit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.» 27 Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» Dès ce moment-là, le disciple la prit chez lui."

" Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des chefs juifs, demanda à Pilate la permission d'enlever le corps de Jésus. Pilate le lui permit. Il vint donc et enleva le corps de Jésus. 39 Nicodème, l'homme qui auparavant était allé trouver Jésus de nuit, vint aussi. Il apportait un mélange d'environ 30 kilos de myrrhe et d'aloès. 40 Ils prirent donc le corps de Jésus et l'enveloppèrent de bandelettes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. 41 Or, il y avait un jardin à l'endroit où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un tombeau neuf où personne encore n'avait été mis. 42 Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus parce que c’était la préparation de la Pâque des Juifs et que le tombeau était proche."

Le retable représente non pas une Descente de Croix stricto sensu mais une Déploration.

Au premier plan, la Vierge tient son Fils sur ses genoux, saint Jean et Marie Madeleine portent respectivement la tête et les pieds du Christ. Une Sainte Femme (Marie, femme de Cléophas ?) se penche vers la tête de Jésus.

Marie et sa voisine sont voilées, mais Marie-Madeleine porte une coiffe.

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La Déploration, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

La Déploration, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Groupe supérieur. 

Derrière, les saintes femmes, Joseph d'Arimathie et Nicodème sont accompagnés de deux assistants, dont l'un porte la couronne d'épines. L'autre, à gauche est coiffé d'un bonnet à riche bijou frontal en or. Il porte le chaperon ramassé sur l'épaule droite. Le geste de ses mains exprime l'émotion poignante à laquelle il participe.

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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Joseph d'Arimathie.

 

Le personnage à gauche de la croix, dont le geste de la main droite correspond peut-être à une codification qui nous échappe,  est vraisemblablement Joseph d'Arimathie, qui, dans les Mises au Tombeau, se tient la tête du Christ. Il est coiffé d'un bonnet pointu aux pans et à la pointe munies de glands. Cette coiffure le détermine, sans stigmatisation,  comme juif, membre du Sanhédrin :

Selon Wikipédia "Le chapeau juif, connu aussi sous les noms de coiffe juive, Judenhut en allemand et de pileus cornutus (calotte à cornes) en latin, était un chapeau pointu en forme de cône, blanc ou jaune, porté par les Juifs dans l'Europe médiévale et parfois dans le monde islamique. D'abord porté traditionnellement et volontairement, il fut imposé aux hommes juifs quelques années après le concile de Latran qui exigeait en 1215 que les Juifs soient reconnaissables par leurs vêtements afin de pouvoir les distinguer des chrétiens.

 La forme du chapeau est variable. Quelquefois, spécialement dans le courant du xiiie siècle, il ressemble à un bonnet phrygien mou, mais plus couramment, surtout au début, c'est un chapeau conique se terminant en pointe, avec à sa base un bord circulaire rond, apparemment rigide. On trouve aussi des versions plus petites, se fixant sur le sommet de la tête. Quelquefois, un anneau encercle le chapeau quelques centimètres au-dessus de la tête. Au XIVe siècle, une balle ou un pompon est fixé au sommet du chapeau, et le bout effilé devient alors une queue de diamètre constant..

À la fin du Moyen Âge, le chapeau est progressivement remplacé par une large variété de couvre-chefs, y compris des chapeaux évasés exotiques de style oriental, des turbans et à partir du XVe siècle de larges chapeaux plats et de larges bérets. Une des principales sources d'informations provient des manuscrits et de leurs enluminures. Dans les images de scènes bibliques, les artistes représentent souvent les personnages avec des habits de leur époque, ce qui permet de les étudier comme des scènes européennes contemporaines.

Le chapeau juif est fréquemment utilisé dans l'art médiéval pour représenter les Juifs de la période biblique. Souvent les Juifs représentés ainsi, sont ceux qui sont présentés de façon plutôt négative dans l'histoire, mais ce n'est pas toujours le cas. "

Voir Joseph d'Arimathie sur le vitrail de Beignon , 1er registre.

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-l-eglise-de-beignon-107396584.html

La barbe bouclée et longue participe du même souci de détermination. (En 1517, le port de la barbe, longtemps banni par l'Église, n'est pas encore relancé en France, et elle ne le fut, par François Ier, qu'à partir de 1521). http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/comment-le-roi-francois-ier-a-relance-la-mode-de-la-barbe-7779174808

Le reste du costume répond à la mode française contemporaine. La chaîne (plutôt dorée) est portée volontiers en collier. La cape aux pans serrés par un fermail en losange, s'évase en larges manches courtes sur un habit ajusté aux poignets par des boutons.

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Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Descente de Croix, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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A droite de la croix, Nicodème, pharisien, membre du Sanhédrin et disciple de Jésus, fait, en regardant la croix,  le geste du comput digital ou du décompte d'argument. Peut-être se remémore-t-il quelque prophétie biblique dont il constate la réalisation ? Ou bien, comme dans Jn 3:1-21, s'interroge-t-il sur un point de la Religion?

Là encore, sa coiffure caractérise son appartenance aux Juifs mentionnés par l'Évangile de Jean (Jn 3:1 : "Mais il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs") .

Il ne porte pas la barbe ; il est vêtu d'un manteau vert à revers rouge et ses épaules sont recouvertes d'une chape. Une aumônière est suspendue sur son coté droit, c'est encore un détail significatif.  

Les deux femmes sont  richement vêtues.

La coiffure de celle qui tient un linge blanc et dont le visage est empreint de chagrin est remarquable. Les cheveux épilés sur le front, ramenés en arrière et nattés en deux pelotes temporales sont modelés par une résille aux larges mailles dorées. Une couronne de tissu bleu rembourrée d'étoupes ou de coton s'enrichit de tours d'étoffes dorée et, au centre, d'une émeraude sertie. Des mèches s'échappent en arrière pour tomber sur les épaules.  Cette coiffure est bien celle des femmes élégantes de la fin du XVe siècle.

Celle de sa voisine est plus singulière. C'est d'abord une coiffe ajustée, semblable à celle qu'Anne de Bretagne a rendu célèbre, mais, après un cercle d'or, elle s'évase en diabolo ; un médaillon à motif concentrique est épinglé sur le coté. Cette singularité, plus remarquable que gracieuse, s'accorde au reste du costume, avec une robe violette et de larges manches rapportées jaune, mais surtout une courte pèlerine sur les épaules, à fermail, et à bords frangés, qui pourrait faire d'elle la compagne de Nicodème.

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Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Retable de la Déposition, église de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie)1904, Architecture Bretonne, Quimper 1904

https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n271/mode/2up/search/pencran

—COUFFON (René) & LE BARS (Alfred), 1988, "Pencran" in  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PENCRAN.pdf

—PÉRÉNNES (Chanoine Henri), Notice sur Pencran, BDHA 1938 page 51 et suivantes

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3c650c05ef86fe15d59ddb6b528d5f93.pdf

— BDHA 1901. page 268.

— BDHA 1903:page 33

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1903.pdf

— Infobretagne "Pencran"

http://www.infobretagne.com/pencran.htm

— Topic-topos "Pencran"

http://fr.topic-topos.com/descente-de-croix-pencran

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Published by jean-yves cordier - dans Retable Pencran
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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