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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 22:11

Les deux crossettes de l'église du Tréhou (Finistère).

 

 

 

Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

 

 

 

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La description des crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou ne devrait pas être longue, car cet édifice n'en compte que deux, de crossettes,  encadrant la sacristie : à gauche, un soldat tenant son épée, et à droite, un lion tenant un os. 

— Et bien  voilà la belle affaire, le travail est fait ! Je vous les mets avec les six gargouilles en forme de canon, sur le clocher, et n'en parlons plus.

— Où kelles sont, où kelles sont, j'les vois pas !.

 

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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— Là, juste devant toi !

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Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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— Et sous la fenêtre, y'aurait-y pas une inscription ? Prête voir tes jumelles un peu. Je lis " 1555 : AVANCE : 1720".

— C'est-y de 1555 ou c'est-y de 1720 ? De toute façon, c'est ben vieux.

— Et l'ange frisé, il dit quoi sur son écriteau ? Ah, c'est des lettres : LAN : MIL : VCC LV : CESTE  VITRE : FETTE.

— Des chiffres romains ! "L'an 1555 cette vitre fut faite".

— Allez, tu inventes à moitié ! De toute façon, 1555 ou 1720,  ce sont les dates du chevet, mais pas celles des crossettes de  la sacristie. 

— Tout comme celle du pan coupé gauche du chevet : N : E T : DISCR[E]T / MRE : DE K[ER]M / ABON : RECTE / VR . L AN 1720

— "Noble et discret Messire de Kermabon, recteur en l'an 1720". Une famille issue de Plougasnou et dont les armoiries, selon de Courcy, sont un écartelé en 1 et 4 d'or à trois fasces d'azur, alias chargé de 8 étoiles d'or qui est Kermabon, et en 2 et 3 fretté d'or et de sable, qui est Guenguizou de Kerprigent. On connait un Jean de Kermabon fut recteur de Malguenac et mourut en 1624. Ou un Sr de Kermabon qui fonda en 1672 la chapelle Saint-Michel en Braspart.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1904.pdf

—T'es savant ! merci Internet !

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Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720)  de la baie du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720) de la baie du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Inscription (kersanton, 1720)  du pan du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Inscription (kersanton, 1720) du pan du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes, comme les pierres du mur lui-même, sont en pierre jaune de Logonna, une microdiorite quartzique d'aspect veinée extraite du site du Roz à Logonna-Daoulas.

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1. Le soldat dégainant son épée.

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À gauche, un soldat ou un seigneur, allongé pour répondre aux impératifs de forme de toute crossette, se tourne vers son coté gauche et fait face au spectateur placé à l'est. Il tire son épée de son fourreau, lequel est suspendu à sa ceinture, sur son coté gauche. Il empoigne la poignée sous le gros pommeau sphérique, mais pour l'instant l'épée, qui est aussi longue que la jambe (90 cm), reste engagée, la garde en butée contre le "protège-pluie". La ceinture est nettement sculptée, et, sur le coté droit, une dague ou miséricorde devrait être attachée, mais mon cliché ne la montre pas.

Notre homme est barbu, les cheveux mi-longs descendants en deux masses bouclées jusqu'à la hauteur de la bouche. Les yeux en amande sont surlignées par les deux paupières.  Le visage est triangulaire dans sa moitié inférieure, les pommettes sont saillantes, le nez droit et fin. La moustache dessine un V inversé dont le sommet débute sous les narines. La barbe est peignée en mèches verticales.

Il est vêtu d'une tunique épaisse, plissée aux manches, retroussée aux poignets, et descendant peu en dessous de la ceinture. Les jambes sont vêtues de braies (à moins que les anneaux concentriques soient les pièces d'une armure). Il faudrait multiplier les photos à diverses heures pour bien distinguer les détails.

Sur 371 crossettes et gargouilles étudiées par Emmanuelle Le Seac'h dans quatre cantons du Finistère, 67 sont des représentations humaines, et parmi celles-ci, cinq sont des soldats tirant leur épée, à Plougourvest, Saint-Servais, Locmélar, Le Tréhou et Landerneau. Ces soldats portent des chausses collantes, des pourpoints, un casque (Locmélar), des chaussures à semelles épaisses  (Locmélar) ou des poulaines (Le Tréhou). Si on ajoute à ces cinq crossettes-soldats celle de Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé (infra), cela constitue un corpus de six crossettes-soldats attestées pour le Finistère. On remarquera la proximité des six paroisses concernées.

 

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Mais là où on s'attendrait à trouver de bons brodequins de fantassins, ou bien les solerets d'un homme d'armes protégeant les pieds du combattant, l'artiste a sculpté des chaussures dont l'extrémité se relève en bonnet de nain !  Bref, ce sont des poulaines, qui furent à la pointe (retroussée) de la mode jusqu'en 1470.

Est-ce, en 1550 ou 1720, une facétie du sculpteur ? A-t-il voulu représenter un seigneur du XVe siècle ? 

C'est lorsqu'on commence à trouver des relations avec d'autres œuvres que l'iconographie devient passionnante. Ainsi, à la Maison des Gardes de La Martyre, un "acrobate" porteur de phylactère porte les mêmes chaussures, mais aussi les mêmes vêtements (photo lavieb-aile ).

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Ou bien, nous pouvons comparer notre bonhomme irascible à celui d'une crossette (vers 1576) de Notre-Dame-de-Berven (photo lavieb-aile). Même barbe, même tenue de la poignée de l'épée et du fourreau. 

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Ou bien le comparer à celui de l'église Saint-Pierre de Plougourvest (photo lavieb-aile):

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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La comparaison s'établit aussi avec le seigneur "TIRE-TUE" d'une maison de la rue François Pengam à Landerneau (Photo lavieb-aile). Même matériau (pierre de Logonna), même posture, même gestuelle, même chevelure, mêmes yeux, même barbe (ici déviée vers la droite), même tunique aux manches molletonnées. Mais pas de poulaines.

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Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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2. La seconde crossette de Le Tréhou est un lion tenant un os. 

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Ce lion est vu de profil mais avec la tête de face (en terme héraldique, nous dirions qu'il est léopardisé) et sa langue pendante sort de sa gueule hérissée de crocs. Ses grands yeux surmontés de sourcils proéminents sont adoucis par la tignasse de son front dont les boucles lui font une auréole. La crinière est rendue en mèches épaisses, précédant l'arrière-train parfaitement lisse, et sur lequel vient  se poser, après s'être faufilée entre les pattes, la queue à plumeau trifide.

Les pattes antérieures inclinées comme lors de la course prennent appui sur un ossement, rejoignant en cela les pattes postérieures. Cette posture donne à la fois l'impression que l'animal court, et à la fois qu'il se tient en équilibre sur son os comme un animal de cirque.

Bref, c'est LE lion de crossette, celui que l'on observe presque invariablement sur les pierres d'amortissement des églises et chapelles bretonnes, même si l'os n'est pas toujours présent, ou pas toujours aussi visible et complet qu'ici. Et c'est la présence de cet os qui m'amène à voir dans cette figure un serviteur de la mort, la forme animale de l'Ankou ...

— Ah non, tu ne vas pas recommencer ! Tu nous sers ton discours à chaque article !

— Oui mais c'est si criant, ici !

— Un bâillon, mettez-lui un bâillon !

— Hmm hmm osse---ment hmm mort mmm...

— Serrez plus fort !

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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Même si le lion est omniprésent, ce n'est peut-être pas un hasard si, à Landerneau, rue François Pengam, à quelques mètres du soldat TIRE-TUE, nous trouvons, toujours en pierre de Logonna, un lion parfaitement identique à celui du Tréhou (photo lavieb-aile) . C'est frappant, non ?

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Hélas, comme nous ignorons de  quel édifice ces deux sculptures de la rue Pengam tirent leur origine, et comme, donc, nous ne pouvons en connaître la date, cela ne permet pas de préciser la datation, et encore moins l'auteur, des crossettes du Tréhou.

Je me prononce néanmoins pour la date de 1555. Au pif.  Ces crossettes auraient été réutilisés lors de la reconstruction du XVIIe et du remaniement du XVIIIe.  

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Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— COUFFON (René), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

— WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Sainte-Pit%C3%A8re

 

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Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
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