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8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 18:52

La verrière des Miracles de l'Eucharistie (1500-1525) ou baie 9 de l'église de Nogent-le-Roi sur des cartons du Maître d'Anne de Bretagne (Jean d'Ypres) .

 

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Voir :

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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PRÉSENTATION.

La baie 9 occupe le coté nord du déambulatoire construit, comme l'ensemble du chœur, dans la dernière décennie du XVe siècle (v.1494), et vitré au début du XVIe siècle. Elle mesure 3,20 m de haut et 2,40 m de large et comporte 3 lancettes trilobées à deux registres et un tympan à 7 ajours.

Sa description vient compléter celle de la baie 20 de Pont-Audemer, puisqu'elle est consacrée, comme celle-ci, aux Miracles de l'Eucharistie, selon des cartons originaux attribués à l'atelier parisien du Maître d'Anne de Bretagne — Jean D'Ypres— tout comme la tenture de l'abbaye de Ronceray. Avec ses 9 scènes (6 dans les lancettes et 3 au tympan),  elle partage avec Pont-Audemer trois Miracles, tandis que chacune trouve sur la tapisserie de Ronceray  son homologue parmi les 22 pièces, ainsi que les inscriptions versifiées.  Néanmoins, ces cartons originaux ont été modernisés par un autre atelier parisien, celui du Maître de Montmorency, pour les adapter aux dimensions de chaque support.

Elle a été fort bien décrite, quant à son sujet, par Yves Delaporte : j'en donne ici la transcription (en retrait). Quelques éléments techniques ont été précisés par les auteurs du Recensement II du Corpus vitrearum en 1981. 

"  Ce vitrail est un des plus intéressants et des mieux conservés. Comme ceux des autres fenêtres du déambulatoire, il comprend six tableaux principaux, deux dans chacune des trois grandes ouvertures, et trois autres plus petits dans les soufflets du tympan. 
Le sujet est la glorification de l'eucharistie. Travaillant pour un public sans doute plus curieux d'histoires que de 
théologie, l'artiste a représenté divers miracles souvent mentionnés dans les recueils d'exemples de la fin du moyen âge. Les six grands tableaux étaient accompagnés de légendes en forme de quatrains, dont trois ont disparu. Ce vitrail est à rapprocher d'une œuvre d'art où les mêmes sujets sont traités : l'ensemble de tapisseries, malheureusement dispersé en 1888, qui avait été exécuté, entre 1505 et 1518, pour l'abbaye du Ronceray à Angers. Cette tenture, qui se déployait sur plus de vingt-quatre mètres de longueur, comprenait vingt-deux tableaux, dont treize représentaient des miracles au nombre desquels sont les sept de notre vitrail. 
Pour les six grandes compositions, ce sont les mêmes sujets expliqués par les mêmes quatrains. Et à cela ne se borne pas la similitude : la composition est à peu près identique : mêmes personnages dans les mêmes attitudes. Il est invraisemblable que le tapissier, probablement flamand, qui a fait la tenture du Ronceray ait copié une partie de ses compositions sur le vitrail de Nogent ; il est plus croyable que le vitrail imite, directement ou indirectement, la tenture. 
Mais il est possible, et cette hypothèse est sans doute la plus probable, que les deux œuvres d'art reproduisent un 
même original, peut-être un livre à gravures. Quoiqu'il en soit, la tenture donne le texte des inscriptions qui ont 
disparu du vitrail et précise ainsi le sens des scènes qu'elles accompagnaient. Nous indiquons brièvement les sujets, en allant de gauche à droite et de bas en haut." 

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Situation de la baie 9 fléchée sur le plan Delaporte 1958.

Situation de la baie 9 fléchée sur le plan Delaporte 1958.

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.

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1. Le cheval, l'âne et le bœuf agenouillés devant le Saint-Sacrement.

 

 

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Description d'Y Delaporte.




"1. En présence d'un incrédule, des animaux s'agenouillent devant le Saint-Sacrement. L'inscription a presque totalement disparu, mais la tenture du Ronceray la fait connaître : 

Ung cheval ung bœuf et ung asne 
Adorèrent leur créateur 
Dont un héréticque prophane 
Fut gecté hors de son erreur. "

 

Ma description.

fragment d'inscription.

En arrière plan, dans la verdure, sont peints des murailles, des tours, une église et des maisons. Une foule (une procession ?) arrive de la droite : trois hommes portant un bonnet, puis un clerc en soutane violette et voile rouge sur les épaules. Ensuite, un évêque, mitré, à chirothèques, mais sans sa crosse. Sa chape en étoffe rouge à damas d'or est réalisée par un verre rouge sur lequel les rinceaux de damas ont été gravés puis peints au jaune d'argent (ce procédé se retrouve aussi dans cet emploi  à Louviers baie 11, chape de Saint Nicolas). 

Un prêtre vêtu d'une aube blanche est agenouillé. Il porte une étole rouge. Cette étole marquée de la croix est portée par tout prêtre qui célèbre la messe, ou encore qui administre les sacrements : ici, elle désigne le prêtre comme portant l'eucharistie qu'il s'apprêtait à administrer. Effectivement, il porte un panier tressé contenant une grande hostie blanche (et plusieurs plus petites).

Là encore, le verrier a utilisé la technique du verre rouge gravé pour tracer, sur la même pièce de verre, les croix d'or  et les perles blanches de cette étole. 

Nous allons la retrouver quatre autre fois, comme un leitmotiv témoignant de l'eucharistie.

Les trois animaux sont agenouillés dans l'herbe du coté gauche.

Le cheval est harnaché avec des brides et des guides ornées de pierreries ou de pièces d'or. C'est le troisième exemple de verre rouge gravé.

L'âne porte une longe ; le bœuf a les cornes liées.

J'ai gardé pour la fin le personnage barbu coiffé d'un bonnet vert : c'est "l'hérétique profane" du quatrain (infra), et il écarte les bras en signe d'émerveillement et de conversion.

L'élément remarquable vient de l'utilisation de verre "vénitien" pour rendre sa tunique rayée. Ce verre est obtenu par fusion de baguettes rouges sur un verre blanc. Il a été rehaussé de jaune d'argent ensuite.

Cet emploi n'est pas fortuit. Dans le code des couleurs médiévales, où le vert et surtout le jaune sont suspectes, les rayures servent à indiquer les personnages marginaux ou malsains (cf. encore les matelots, les prisonniers). 

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La pièce de tenture de Ronceray est la suivante :

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Tenture de l'abbaye de Ronceray. Museum of Fine Arts of Boston

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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2. Le miracle des abeilles.

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Description d'Yves Delaporte :

"Pour guérir ses abeilles malades, une femme leur avait donné en pâture une hostie consacrée. Les abeilles élevèrent une chapelle de cire pour abriter le corps du Sauveur. Voici le texte de la tapisserie : 

Une femme au pays de pourvence 
Jecta ès monches l'hostie sacrée 
Lesquelles lors en grande révérence 
Luy firent une chapelle ornée.  "

"Au bas de la deuxième scène, celle des abeilles, est un écusson au champ d'azur chargé de trois annelets de gueules dont le milieu est incolore. Nous ne savons de qui sont ces armoiries, d'ailleurs non conformes aux règles du blason." 

Ma description.

La scène semble se passer en dehors de la ville, dont on aperçoit les murailles  Une femme et deux voisins écartent les bras en signe d'émerveillement face à une chapelle miniature renfermant un ciboire. Il s'agit de l'œuvre des abeilles  qui se distingue (avec une bonne vue, on en trouve une dizaine) devant l'entrée de la "ruche". Au support est accrochée la guiche d'un écu armoirié. 

Verre rouge gravé  utilisé pour la guiche et le centre des annelets des armoiries.

Les fleurettes rouges, jaunes, jaunes et blanches, ou blanches et jaunes correspondent à celles de la tapisserie. Elles sont rendues par des  pièces rondes de verre de couleur serties de leur plomb, ce qui ne doit pas être facile à faire.

La pièce correspondante de la tenture de Ronceray permet de voir la  correspondance assez stricte entre  les cartons :

 

 

 

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Le miracle des abeilles, tenture de Ronceray.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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3. Guérison miraculeuse d'un "démoniaque".

 

Description d'Yves Delaporte :

" Un homme tenant des verges amène un possédé à un prêtre. Dès que celui-ci a présenté la sainte hostie au possédé, le démon s'enfuit. La scène est ainsi commentée sur la tapisserie : 

Pas la vertu du sacrement 
Fut desmontré un grant miracle 
Car le dyable visiblement 
Sortit hors d'ung démoniacle. " 


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Ma description.

Le tiers inférieur, brisé, a été remplacé par une "macédoine". Nous sommes ici dans une église, dont la porte cintrée donne sur la campagne et les murailles de la ville. Ce cadre crée une continuité entre les différentes scènes. La composition se fait selon un triangle à sommet au milieu du bord droit, qui englobe les personnages, mais les lignes de perspective convergent vers un point supérieur droit, qui est la direction de la fuite du démon vers le ciel.

 

Le "démoniaque" est vêtu de vert, ce qui n'est plus un détail si on s'avise que cette couleur est réservée, dans cette verrière, aux adversaires de la Foi (et au diablotin). Les  spectateurs ébahis  sont vêtus ou coiffés de bleu et de rouge, voire de violet, et le prêtre conserve son surplis blanc et son étole rouge à croix et perles (verre gravé).

Voir la scène correspondante de la baie 20 de Pont-Audemer ici.

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La comparaison avec la pièce homologue de la tenture  de Ronceray montre que la composition y est semblable. Elle nous donne accès aux détails perdus à Nogent-le-Roi. Le mauvais esprit qui avait élu domicile dans le corps du possédé est un animalcule intermédiaire entre le rat et le kangourou.

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Guérison d'un démoniaque, tenture de Ronceray, Museum of Fine Arts, Boston.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR.

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4. La Conversion d'un païen dont le cheval s'incline devant le Saint-Sacrement.

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La description du chanoine Delaporte.

 

 

 "Un païen à cheval rencontre un prêtre portant le viatique à un malade ; le cheval fléchit les genoux. Le vitrail 
a conservé l'inscription, identique à celle de la tapisserie : 

Ung payen sans honneur passa 
Par devant le saint sacrement 
Mais son cheval se humilia 
Puys creut le payan fermement. "

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Ma description.

La scène se passe devant une architecture de ville, dont les remparts et la porte cintrée nous deviennent familiers. Nous retrouvons aussi la construction triangulaire englobant les personnages, dont la pointe se trouve au centre du bord gauche ; la foule sort sans doute de l'église en procession, guidée par deux clercs porteurs de torchères (les "céroféraires"). Autre retrouvaille, le prêtre vêtu de son surplis (sur une robe rouge) et portant son étole (mais ici, le verre n'est pas gravé, mais peint). Ce prêtre présente un ciboire à un cavalier, mais celui-là n'en a cure et donne force coups de bâton à son cheval pour passer son chemin. Las, le cheval fléchit les antérieurs et s'incline devant le vase sacré avec un regard obstiné

Un  trait de virtuosité du verrier doit être remarqué, c'est l'insertion de pièces en chef d'œuvre sur le verre vert du gazon pour représenter les fleurs jaunes .

Pas de verre gravé ? Si fait, la flamme de la deuxième torche.

 

 

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Miracle du cheval qui salue le Saint-Sacrement, tenture de Ronceray. Museum of Fine Arts , Boston.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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5. Après une communion sacrilège un pécheur est puni de mort subite, et l'hostie sort par sa gorge ouverte.

 

La description d'Yves Delaporte.

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 Après une communion sacrilège un pécheur est puni de mort subite, et l'hostie sort par sa gorge ouverte.

L'inscription, la même que celle de la tapisserie, est intacte :

Ung pécheur qui indignement 
Receut la très sacrée hostie 
Mourut tost et visiblement 
Par la gorge fist sa sortie. 

 

Il est à noter que si la composition est la même que celle de la  tapisserie, le dessin est retourné. Cependant, aussi bien dans le vitrail que dans la tenture, le dessinateur a eu soin , par respect de la vraisemblance, de mettre le ciboire dans la main gauche du prêtre. On ne saurait donc dire  laquelle des deux images est plus proche de l'original." (Yves Delaporte)

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Ma description.

Les personnages forment deux triangles inversé, celui du prêtre et des fidèles derrière lui, et, accentué par la diagonale de la table blanche, les communiants agenouillés à la table de communion. La partie haute (retable au crucifix, autel sous le dais dans une abside, devant d'autel damassé, prêtre, ciboire et foule) s'oppose par sa disposition frontale et statique à la violence du premier plan, où le sacrilège (un pêcheur qui n'a pas reçu absolution par la confession, ou un excommunié) tombe à la renverse, la face convulsionnée, tandis que l'hostie sort de sa gorge. Comment est-il vêtu ? D'une robe lie-de-vin au revers diaboliquement vert...

Deux verres rouge gravés : l'un, superbe, pour le devant d'autel, et l'autre, minuscule, pour la flamme du cierge porté (c'est un pléonasme) par le clerc céroféraire. Qui n'a point d'acolytes.

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La scène est inversée sur la pièce de tenture de Ronceray mais les éments s'y retrouvent ; l'aspect dramatique est ici rendu par les plis cassés du pécheur  et de la femme qui se penche vers lui. Les thuriféraires sont deux, comme cela devrait toujours être le cas.

 

Le miracle du communiant sacrilège, tenture de Ronceray.



 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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6. Deux hérétiques qui, avec l'aide du démon, marchaient sur l'eau, s'y enfoncent par la vertu du Saint-Sacrement qu'un prêtre a laissé tomber dans la rivière et que des anges recueillent.

Description d'Yves Delaporte.

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"Deux hérétiques qui, avec l'aide du démon, marchaient sur l'eau, s'y enfoncent par la vertu du Saint-Sacrement qu'un prêtre a laissé tomber dans la rivière et que des anges recueillent.

L'inscription est incomplète, mais la tapisserie nous fait connaître les mots disparus :

Nayés furent deux héréticques 
Par la vertu du sacrement 
Lesquels devant par ars magicques 
Marcheoient sur l'eau franchement. "

 

 

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Ma description.

Même composition en triangle, soulignée par le cours de la rivière. Verre rouge  gravé pour l'étole et pour la robe du magicien. 

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Voir la scène correspondante à Pont-Audemer.

La tenture de Ronceray :

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Miracles des magiciens hérétiques, tenture de Roncheray. Museum of Fine Arts, Boston.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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"Les compositions des trois soufflets illustrent l'histoire bien connue du « miracle des Billettes ». Un Juif s'est procuré une hostie consacrée ; il la perce à l'aide d'un canif, et il en sort du sang ; il la fait bouillir dans une chaudière, mais elle s'élève au-dessus de l'eau bouillante, tandis qu'apparaît une image de crucifix. L'hostie est recueillie par une pieuse voisine qui la porte à l'église. Le Juif expie son impiété par le supplice du feu ; il est conduit au bûcher sur une charrette. " (Yves Delaporte)

Camille Salatko Petryszcze a consacré un mémoire sur ce Miracle des Billettes et ses rapports avec l'antisémitisme, tandis que Laurence Riviale  l'étudie, dans les vitraux de Normandie, dans plusieurs paragraphes de son ouvrage Le Vitrail de Normandie entre Renaissance et Réforme en y voyant le Juif comme un prête-nom des Protestants. 

Il figure en une seule scène (celle du chaudron) dans la tenture de Ronceray, mais il est plus développé dans six lancettes de l'église Saint-Eloi de Rouen (aujourd'hui au Musée des Antiquités de la Seine-Maritime. Neuf verrières de Champagne lui sont également consacrées.

Des trois scènes présentes à Nogent-le-Roi, seule celle du chaudron peut trouver sa source dans les cartons communs avec la tenture de Ronceray, et il reste à identifier les sources de deux autres mouchettes.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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7. Le miracle "des Billettes" (1) : Un Juif voit une hostie qu'il avait coupée se mettre à saigner.

 

Description.

Intérieur de la maison du Juif, juste en face d'une fenêtre : l'homme, vêtu d'une robe verte et portant l'aumônière à la ceinture, plante son canif dans l'hostie posée sur sa table. Sa main gauche levée témoigne de sa surprise, surprise partagée par son épouse (aux manches vertes, et au turban orientalisant) et par les deux enfants (la fillette : coiffe à rayure).

"Une fois en possession de l’hostie, le Juif place celle-ci sur un coffre et la perce à l’aide d’un canif. Soudain du sang se met à jaillir. Surpris, il appelle sa femme, son fils et sa fille. Très vite horrifiés par ce spectacle, ils l’implorent de ne pas continuer. Mais leurs plaintes ne font qu’accentuer la fureur du bourreau. A partir de là vont se succéder, accompagnées par les pleurs et les cris de sa famille, une multitude de tortures sur l’hostie sanglante, rappelant la Passion du Christ. Il lui enfonce un clou à coups de marteau, elle saigne. Il la flagelle, elle reste entière. Il la jette dans le feu, intacte, elle se met à voler dans toute la pièce. Muni d’un grand couteau de cuisine, c’est en vain qu’il tente de la découper puisqu’elle reste toujours entière. Hors de lui, il la fixe contre le mur et la transperce, le sang jaillit de plus belle." Camille Salatko Petryszcze

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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8. Le miracle "des Billettes" (2) : le Juif  fait bouillir l'hostie dans une chaudière, mais elle s'élève au-dessus de l'eau bouillante, tandis qu'apparaît une image de crucifix.

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Quatrain :

« Ung Juif ayant à Paris pans achet(és)

l’hostie au sang la ferrit d’ung coute(au)

puys la mettant bouillir saillant hor(s)

ung crucifix sest dedans présenté. »

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Nous reconnaissons les personnages à la couleur de leurs vêtements et à leurs accessoires (aumônière ; turban) ; la femme en bleu est une voisine qui découvre la scène.

La tenture de Ronceray. L'illustration proposée par Camille Salatko Petryszcze est tronquée et ne montre pas le crucifix s'élevant de la marmite. Voir en complément www.gettyimages.fr.

 

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Miracle "des Billettes", tenture de Ronceray.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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9. L'hostie est recueillie par une pieuse voisine qui la porte à l'église. Le Juif expie son impiété par le supplice du feu ; il est conduit au bûcher sur une charrette.

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La scène figure aussi dans la baie 2 de l'église d'Aumale (L. Riviale planche XXXIX) , et on y retrouve le détail des flammes s'échappant en langues de feu entre les rayons des roues.

Le vitrail sembla avoir été remanié et la tête du Juif  se confond avec les cuisses du personnage en manteau rouge et vert. Néanmoins, ce sont ces couleurs verte et rouge qui occupent aussi  le centre de la charrette. Notez le livre, que le profanateur tient dans ses bras, et qui joue un rôle important dans la Légende : il s'agirait du Talmud :

"L’évêque de Paris, Simon Matifas, prévenu par le curé, réunit les personnalités ecclésiastiques les plus réputées pour faire comparaître le Juif et sa famille. Alors que toute sa famille se déclare convertie, le Juif ne se repent pas et raconte ses actes dans le détail. Après un long procès, il est condamné à la peine du feu sur la place de Grève pour sacrilège obstiné et déicide, et se retrouve livré au prévôt.

Lié sur le bûcher le Juif réclame un livre grâce auquel il prétend ne craindre ni le feu, ni le Dieu des Chrétiens. Intrigué, le prévôt envoie chercher ce livre. Mais cela ne changea en rien le devenir du Juif. Lui et son livre, dit la relation, brûlèrent avec une rapidité incroyable." (C. Salatko Petryszcze)

Verre bleu gravé : Le livre .

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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"Nous devons à notre savant ami, M. Jean Lafond, particulièrement compétent en tout ce qui concerne l'histoire 
de la peinture sur verre, la connaissance d'un vitrail de Pont-Audemer où figurent plusieurs miracles eucharistiques traités au Ronceray et à Nogent-le-Roi : le tabernacle bâti par les abeilles, les hérétiques marchant sur l'eau, la libération du possédé, la communion sacrilège. Les deux dernières scènes, la dernière surtout, présentent des ressemblances indéniables avec notre vitrail, ce qui laisse supposer que les deux œuvres ont été exécutées dans un atelier normand, rouennais probablement, mais dont l'origine paraît parisienne."  
(Yves Delaporte, 1958) 

La comparaison des trois œuvres (Nogent-le-roi, Ronceray et Pont-Audemer a été poursuivie par F. Gatouillat et par Guy-Michel Leproux :

..."Seuls trois miracles peuvent utilement être comparés : la Mort du pêcheur qui communie, les Hérétiques noyés et la Guérison d'un démoniaque . Dans le premier, c'est le vitrail de Pont-Audemer qui reste le plus fidèle aux modèles originaux, tels qu'ils apparaissent à Nogent-le-Roi. La composition est seulement resserrée pour occuper une lancette plus étroite, alors que dans la tenture du Ronceray, elle est inversée, et que deux figures ont été rajoutées au premier plan. Pour l'épisode suivant, c'est le contraire : les attitudes des deux hérétiques sont modifiées dans le vitrail et non dans la tapisserie. On pourrait donc penser à des adaptations indépendantes à partir des mêmes maquettes, mais la troisième scène s'oppose à cette interprétation. Dans la Guérison d'un démoniaque, en effet, certaines libertés prises avec les anciens cartons sont identiques : le bras du gardien, par exemple, est dans les deux cas, ramené sur la poitrine, alors qu'il ne l'était pas initialement. Une certaine parenté stylistique, qui transparait malgré la médiocrité du tissage, confirme cette observation : c'est bien le même atelier qui a produit les deux séries de cartons modifiés, et il s'agit encore du Maître de Montmorency. On retrouve en effet le même gardien, le bras tenant les verges replié, dans l'épisode de saint Rémi guérissant un possédé de la tenture de Robert de Lenoncourt, où l'on voit aussi un diable rappelant les démons de Pont-Audemer et, tout à fait à l'arrière-plan, des assistants comparables à ceux de Ronceray. De plus , le schéma de la scène est repris dans une autre pièce, au centre de laquelle est représentée la dernière messe célébrée par le saint. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls liens que l'on peut établir avec les tapisseries attribuées au Maître de Montmorency : le Melchisédech se penchant vers Abraham est, par exemple, le jumeau du Grand Prêtre des scènes de la Présentation de Jésus au Temple des tentures de Reims et de Saint-Bertrand-de-Comminges.

Le Maître de Montmorency, auteur des cartons de la Vie de la Vierge de Saint-Gervais, possédait dans son atelier des modèles et des cartons issus d'un atelier parisien actif à la fin du XVe siècle, celui du Maître d'Anne de Bretagne. Lui-même était à Paris depuis le début du XVIe siècle puisqu'on a pu lui attribuer les plus anciens vitraux de Ferrières-en-Gâtinais et la tenture de Saint-Etienne offerte avant 1505 par Jean Baillet à la cathédrale d'Auxerre. Enfin, il était sans contexte le fournisseur de cartons le plus prolifique de son époque, aussi bien pour les lissiers que pour les verriers, et qu'une production suppose des collaborateurs ou, à défaut, de multiples associations de confrères."

Le Maître de Montmorency est identifié comme étant Gauthier de Campes actif à Paris jusque vers 1530 et dont le nom est lié à la Tenture de l'Histoire de saint Etienne (Musée de Cluny).

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— ARMINJON (Catherine), 2004, Saints de chœurs: tapisseries du moyen âge et de la renaissance : [Toulouse, Ensemble conventuel des jacobins, 24 avril-31 août 2004; Aix-en-Provence, Musée des tapisseries, septembre 2003-décembre 2004; Caen, Musée de Normandie, janvier-mai 2005, 5 continents, 2004 - 191 pages

— DELAPORTE, Yves). 1958- L'église Saint-Sulpice de Nogent-le-Roi, In: Bulletin de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir vol. 21 (1958/61) p.33-80.

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LAFOND, (Jean), 1969, Les vitraux de l'arrondissement de Pont-Audemer, Nouvelles de l'Eure, n°36, 1969 ;

—  LEPROUX Guy-Michel, 2001,  La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Presses Paris Sorbonne, 223 pages, p.39-85

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MARILLIER (H. C.), The Ronceray Tapestries of the Sacraments, The Burlington Magazine for Connoisseurs , Vol. 59, No. 344 (Nov., 1931), pp. 232-235+238-239

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MUSEUM OF FINE ARTS OF BOSTON : Tapestry, the story of Holy Sacrament

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NASSIEU MAUPAS ( Audrey), 2000,

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SALATKO PETRYSZCZE (Camille), Le Mistere de la Saincte Hostie, introduction, édition du texte et notes , mémoire de Master sous la direction de D. Hüe, , préparé pour la mise en ligne par Camille Salatko Petryszcze

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TERVARENT (Guy de ), 1938, Les énigmes de l'art du Moyen Âge, Volumes 1 à 2 “Les” Éditions d'Art et d'Histoire, 1938 - 137 pages

—  Le Mistere de la Saincte Hostie Première édition connue et conservée imprimée à Paris chez la veuve Trepperel (1512-1519)

Paris B.N.F. Réserve p Yf 564

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6355669x/f8.image

Le Mistere de la Saincte Hostie nouvellement imprimé à Paris Seconde édition connue et conservée imprimée chez Alain Lotrian ou Jean II Trepperel (1530-1537)

Aix-en-Provence Bibliothèque Méjanes Rés. S. 60.

Le Jeu et Mystere de la Saincte Hostie par personnages Troisième et dernière édition connue et conservée imprimée à Paris chez Jean Bonfons (1547-1566)

Paris B.N.F. Réserve Yf 2915

https://data.bnf.fr/16648387/mystere_de_la_sainte_hostie/

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

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