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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 12:05

   Seize avril, étang de Kerloc'h à Crozon: des grandes libellules passent en patrouillant à quelques mètres au dessus de moi, par groupes de deux ou trois, quelques-unes en solo. Je parviens à suivre certaines du regard, et , dans certains cas, à repérer qu'elles se posent sur des feuilles d'arbres. Je m'approche comme je peux à travers des fourrés de ronces et de fougères sèches et je les vois, deux mètres plus haut, peu accessibles à une photographie. Faute de mieux, je tente un cliché au 400mm, qui donne, une fois bien agrandi, ceci :

 

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   Ce corps sombre orné de mosaïque de taches bleu-clair, ce vol en zig-zag, cet abdomen assez rectiligne sans dilatation, ce ne peut être, à cette date, que l'Aeschne printanière, mais elle est trop éloignée à mon goût, et j'ai beau tenter de m'approcher de cette aubépine stratégiquement situé au milieu d'une belle et dense plantation d'orties, rêver d'une échelle, monter sur une pierre, ou faire des bonds de basketteur, je ne trouve aucun moyen de réaliser une photographie correcte.

  Je reste au pied de l'arbre, mais l'Aeschne prends son temps, puis s'élance... vers une autre branche plus haut située. Je consacre à ce petit jeu une partie de l'après-midi, puis je renonce.

  Sur le chemin de retour, je suis régulièrement survolé par les petits hélicoptères bleus et noirs. Dans la Rade de Brest, nous sommes habitués au passage bruyant des appareils de la base de Lanvéocsurveillant l'accès de l' Île Longue, et je ne cherche pas plus désormais à intercepterces libellules que je ne tente, d'habitude, de capturer un hélicoptère de la B.A.N avec un filet à papillon.

 

   Mais le miracle survient : un petit missile se pose dans les herbes, à ma hauteur ! Je le rate une fois, mais la chance redouble, et me voilà à genoux, (toujours dans les orties...) face à un petit bijou de bronze, un vrai chef-d'oeuvre de Lalique.

 Lalique pendentif libellule

 

 

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 I.  C'est la Cordulie bronzée, Cordulia aenea(Linnaeus, 1758) : 

 •  Elle appartient au genre CorduliaLeach, 1815 parce que c'est une libellule de taille moyenne, dont les yeux sont en contact par un point ou une zone brève, qui est de couleur vert métallique sur le thorax, l'abdomen et , chez l'adulte mature, les yeux. (Mon spécimen vient d'émerger de sa forme de chrysalide, comme en témoigne ses ailes brillantes, et ses yeux sont encore bruns.) Elle  présente d'autres caractères des Cordulies comme les triangles alaires des ailes antérieure et postérieure qui ne sont pas orientés dans le même sens.

  • Elle appartient à l'espèce aenea

            -par la précocité de son apparition,

            - par la couleur safranée de ses ailes, prédominant à leur base,

           - par son abondante pilosité claire du thorax (comme la Cordulie métallique ),

           - par l'absence de marque claire sur l'abdomen,

            - par l'absence de marques jaunes sur le front, pour la distinguer de la Cordulie métallique,

            - par l'unique nervure transverse tendue entre le triangle, et la base.

 

 

 

 

cordulie-bronze 0866cc

 

 

  • C'est une femelle, ses appendices anaux étant composée d'une paire de cercoïdes, sans lame supra anale.

  Donc je ne peux constater la dilatation de l'abdomen en massue au niveau de S7 et S8.

 

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   En réalité, j'aurais la chance de rencontrer deux femelles, également posées à trente centimètres du sol, en train de faire sécher leurs ailes récemment écloses : l'une sur sa feuille de ronce, l'autre sur sa feuille de chêne.

 Ces libellules se plaisent  dans les eaux stagnantes pauvres en nutriments : l'eutrophisation des plans d'eau ne leur convient pas. Les larves, après un période de deux ou trois ans où elles traversent douze stades larvaires, émergent début avril. L'imago débute alors une phase de maturation de quinze jours ou trois semaines où il s'éloigne parfois de plusieurs kilomètres des zones humides pour fréquenter les allées forestières et les zones boisées ; puis il rejoint les sites de reproduction, où on verra les mâles patrouiller durant la journée à la recherche d'une partenaire ; l'espèce n'est pas répandue, et les concurrents sont rares, mais s'il s'en présente, Monsieur Cordulie bronzé se livre à des affrontements redoutables.

 

 cordulie-bronze 0772c

 

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    L' Homme-au-Vitrail, ou la Cordulie de la Sainte-Face.

  Il est difficile de se faire une idée exacte de l'étymologie du nom de cordulie, et j'ai pu trouver des interprétations fantaisistes ou invraisemblables, mais l'origine la plus sérieuse est rapportée dans Nomina sanctorum  Dulium quorum corpora Lemovicensem diocesim ornant, de Bernard Hasui, dans la traduction faite par le carme normand Jean Daroneim pour Charles V . Les évangiles apocryphes de Jérome mentionnent bien que,lors de la passion du Christ, un centurion romain, du nom de Dullius, avait aidé Jésus lorsque celui-ci gravissait le Golgotha, allant jusqu'à le porter sur son dos avant d'être arrêté par ses propres troupes, être conduit en prison et y mourir. Mais il est moins connu, mais c'est ce que mentionne le manuscrit de Blastonbury abbey ms 6,8, 42, f128v-129 (1254) , que Saint Dulie, comme il fut appellé plus tard, dans les derniers mois de sa détention, s'était mis à présenter sur sa propre chair, au niveau du dos, les stigmates glorieux du visage christique souffrant . Il était, nous dit l'hagiographe, l'équivalent humain du Volto Santo,le voile par lequel Sainte Véronique avait essuyé le front du sauveur, et sur lequel s'était trouvé reproduit miraculeusement la Sainte Face. Le portrait divin que Dullius arborait dans son dos aurait été alors copié lui-même par un artiste, Saint Luc peut-être, et aurait été conservé secrètement, puis racheté par les Templiers. L' Ecce Homo

d' Antonello da Messina (1474) en serait inspiré.

   La légende dit encore que lorsque Saint Dulie  fut enterré, on vit pousser sur sa tombe une aubépine, d'où sortirent des myriades de libellules, qui toutes portaient sur le thorax  un fac simile du saint tatouage. On nomma ces libellules Corpus Dullius, le corps de Dullius, puis plus dévotement Cor Dullius,le coeur de Dullius, et enfin Cordulie, dont on finit par oublier l'origine.

Un médaillon de Lucas della Robia  représente Dulie entouré du dragon du Mal (Chartreuse de Galluzo, Florence):

 

 

  DSCN6848.JPG

 

  

 

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   II L' Aeschne printanière ou Petite aeschne velue, Brachytron pratense (Müller, 1764).

 

 Ce fut le lendemain, 17 avril, que la Chance posa une seconde fois sur mon humble personne son regard souriant : je m'étais rendu à la sortie que Bretagne Vivante, en la personne d'Alain Desnos, organisait à Tréguennec (29S) sur le thème des chants d'oiseaux. J'avais été récompensé par le ramage, et souvent le plumage des hôtes de ces bois et buissons qui ceinturent l'étang de Trunvel. Ce furent :

• La Bouscarle de Cetti, ( "Oui, c'est moi, la Bouscarle de Cetti")

• La Fauvette à tête noire,

• La Fauvette grisette,

• La Fauvette des jardins,

• La Mésange bleue et la Mésange charbonnière,

• Le Merle,

• Le Bruant des roseaux,

• Le Cisticole des joncs,

• le Phragmite des joncs,

• Les Geais des chênes, imitant parfois la buse,

• Les Pigeons ramiers,

• le Troglodyte,

• Le Rouge-gorge,

• L'Accenteur-mouchet,

• Le Pouillot Véloce (Tcip, tchap, tchip, tchap)

• Le Pouillot fitis ( "Dis-le moi si tu ne m'aimes plus, dis-le moi !)

• Les Coucous des bois,

• Le Bruant zizi,

• Le Bruant jaune,

• Le Pinson des arbres,

• Le Verdier d' Europe,

• l'Alouette des champs,

• l'Epervier,

• Le Busard des roseaux,

• Le Grèbe huppé,

• Le Choucas des tours,

•  et la Linotte mélodieuse.

 

  Mais l'un d'entre nous remarqua, parmi les herbes des buissons d'ajonc, l'Aeschne printanière que j'avais tant cherché à approcher la veille et qui faisait sa séance de méditation zazen, à moins qu'elle n'attendait que ses ailes ne sêchent. Nous penchâmes sur elle nos objectifs photo, et lui volèrent son portrait, que voici :

 

DSCN5118cc

 

 

Parmi les Aeschnidés, Rambur 1812, le genre Brachytrona été décrit par Evans,1845 avec les caractères suivants :

-une période de vol précoce,

- une forte pilosité,

-des ptérostigmas longs et fins,

- un abdomen robuste, et non rétréci à la base, conférant une allure générale compacte.

 

  Le genre étant monospécifique, ces éléments peuvent suffire à décrire B.pratense, qui se reconnaît en outre par une tache centrale claire en S1 (non visible car notre aeschne vient juste d'émerger et tient encore ses ailes comme une demoiselle ou zygoptère, sans les déployer) deux bandes antehumérales claires, chez le mâle ( il s'agit donc ici d'un mâle), et par les marques bleues  allongées et surmontées d'un trait,sur l'abdomen.

 

 Le nom Brachytron vient du grec brachynô,"court", et êtron, "abdomen" : il rappelle que l'abdomen, qui mesure 37 à 46 mm, ets plus court que celui de l'Aeschne mixte, par exemple, qui fait ses 43 à 54 mm, ou celui d'un Anax.

L'origine de l'épithète spécifique pratense est latine, du nom pratum qui signifie prairie : car c'est dans les prairies que l'imago immature passe, durant une dizaine de jours, sa phas de maturation, à moins qu'elle ne préfère les lisières des bois.

  L'espèce a été décrite par Otto Friedrich Müller (1730-1764), un danois de Copenhague, dans Fauna insectorium Friedrichsdaliana,page 64, (Gleditsch éditeur, Copenhague 1764)  sous le nom protonymique de Libellula pratensis.

 

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Les larves émergent de façon synchronisée, un beau matin, et grimpent sur la végétation de la rive, les phragmites, les carex, les iris pseudoacorus ou les typha qui se présentent. L'imago gagne les vertes prairies puis revient, majeur et vacciné, vivre en son plan d'eau et ses chers hélophytes le reste de son âge, le mâle patrouillant au ras de l'eau, en un vol en zig-zag caractéristique. Ce dernier ne défend pas de térritoire, mais agresse les autres mâles de l'espèce, tout en restant paisible avec les autres libellules.

 

 

 

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  N.B J'espère que tout est strictement exact , notamment la belle histoire de Dullius que j'ai inventé pour vous distraire. Mais je suis aussi débutant en menterie qu'en entomologie.  La véritable étymologie de Cordulia aeneaest celle-ci : Cordulia vient du grec Kordyleiaqui signifie "massue" en référence à la dilatation de l'abdomen du mâle. Aenea vient du latin aeneus, "bronzé", qui se rapporte à l'aspect metallique de bronze du mâle.

   Le protonyme est Libellula aenea, dans la dixiéme èdition du Systema Naturae de 1758 de Linné, 1er volume, page 544.

 

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Published by jean-yves cordier
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