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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:46

                               Ils n'ont plus aucun intérêt dans la vie.

                     Bonne idée nourrie en secret par chacun d'eux. Ils se la dissimulent.

                     De temps à autre, ils sourient quand elle leur vient,

                     puis, enfin, ils se la communiquent simultanément :

                                   Copier comme autrefois. [...]

                     Ils s'y mettent. 

            Notes de régie pour la fin de Bouvard et Pécuchet, roman inachevé/inachevable de:                                                               Gustave Flaubert

 

Petite épigraphie des chapelles et églises du Finistère :

           Église Saint-Thurien à Plogonnec II :

                  Une inscription du tonnerre !

   Si nous restons en compagnie des deux greffiers infatigables du Finistère que furent Jean-Marie Abgrall et Henri Pérennès, ils nous conduiront vite devant le porche ouest de l'église Saint Thurien (ils disaient : "Saint Turiau) pour vous faire admirer, au dessus du porche, sous la statue du saint éponyme, une longue inscription :

inscriptions 5538c

 

   Était-elle plus lisible de leur temps ? En tout cas, le chanoine Abgrall n'a aucune difficulté à vous la transcrire :

  TV . TURIAVE . TVAM . TVRRIM . TEMPLVMQVE . TVERE

  NE . NOCEANT . ILLIS . TRISVLCA . TELA . JOVIS .

    Le chanoine Pérennès le reprend sur des broutilles et donne sa version, plus exacte :

               IHS : MR

  TV : TVRIAVE : TVAM : TURRIM :  TEMPLVMQVE TVERE .
   NE NOCEANT : ILLIS TELA TRISVLCA : JOVIS . 

   Aucun des deux ne semble voir que l'invocation se termine par le mot AMEN. Et chacun a complété TEMPLUMQUE, les dernières lettres étant absentes sur la pierre.

 Fort de leurs études au Séminaire et de leur maîtrise du latin, ils vous la traduisent :

  " Saint Turian, protégez votre tour et votre église. Préservez la de la foudre (des traits à trois points de Jupiter)" : L'abbé Abgrall connaît ses humanités ; si le latin sulca signifie "sillon, raie, ligne, bras", le mot trisulca signifie "qui a trois pointes" et est utilisé métaphoriquement pour désigner la foudre, par Ovide par exemple : Jovis infestis telo feriare trisulco, "Que Jupiter ennemi te frappe du carreau à trois pointes" qu'il te frapppe de la foudre. Le terme latin pour désigner la foudre est, autrement, sulfur.

  La traduction de H. Pérennès est : " O Saint Turiau, garde ta tour et ton église. Défends les bien contre les traits à trois pointes de Jupiter". Il ajoute en note que Saint Turiau  était archevêque de Dol au VIIIème siècle.

  C'est une  traduction fidèle voire littérale, je m'en assure  par la consultation du sens de TUERE (de tueor, veiller sur, protéger, défendre, avoir à l'oeil ) et de NOCEANT (de nocere, nuire, causer du tort).

  L'inscription est célèbre, ne serait-ce que par l'étrange rencontre d'un saint de l'église chrétienne avec un dieu de la mythologie grecque. Mais elle est surtout remarquable par l'allitération en T qui imite le tintamarre tonitruant et tapageur du tonnerre, rappelant le vers de Racine dans Iphigénie (Acte V, 6, v.1774) "Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre" ou le Thunder-ten-tronck de Voltaire dans Candide, nom du baron et de son château construit sur le nom anglais Thunder, "tonnerre".

     

   La foudre, les clochers, les saints et les croyances.

   Chaque année, en France, 250 clochers sont frappés par la foudre; si, jadis, les hommes priaient pour échapper aux famines, aux guerres et à la peste, c'était bien de la foudre qu'il fallait protéger les églises, et la liste est longue des clochers du Finistère qui ont été détruits par un orage violent ; citons, en désordre et de façon non exhaustive:

-Berrien, église Saint-Pierre, destruction du clocher Beaumanoir.

- Lampaul-Guimilau : en 1809, le clocher est amputé de 18 mètres.

- Carhaix, église Saint tromeur : le clocher de 210 pieds, l'un des plus hauts, est entièrement détruit par la foudre.

- Lanvellec, chapelle Saint Carré, clocher détruit en 1875.

- Plounevez-Lochrist ; le prieuré est frappé en 1909.

- Plouedern : l'église est dévastée en 1974 par un incendie causé par la foudre.

- Landunvez, le clocher de la chapelle de Kersaint est détruit en 1903.

- Dirinon : clocher de la chapelle Sainte-Nonne détruit en 1951.

- Guengat, église sta Fiacre : le clocher est décapité de sa flèche en 1706 par un orage.

- Scrignac, 1931.

- St Guinal, 1837.

- Guipavas, clocher de l'église Saint-Pierre détruit le 24 décembre 1790.

- Landudec, clocher de l' église Saint-Tudec.

- Kerlouan : clocher de la chapelle Saint-Egarec détruit le 13 janvier 1917.

- Plouegat-Moysan : destruction de la flèche en 1886.

- à Plogonnec même, le clocher de la chapelle de St Denis Seznec "a été découronné par la foudre dans la nuit du 30 novembre 1937" (H. Pérennès)

   A Ploeven, le clocher fut foudroyé en 1735, et la cloche se brisa dans la chute ; le clocher fut reconstruit en 1737; en 1850, il est à nouveau frappé, et sa partie supérieure doit être rebâtit en 1893. On trouve actuellement dans l'église un panneau qui donne le récit suivant : 

   "Le neuf février mille sept cent trente cinq il y eut une si grande tempête que la curie et la pierre triangulaire vinrent à bas vers les trois heures après-midy et les deux images qui sont Saint Pierre et Saint Jean placés du coté gauche sur la croix dans le cymetiere et vers les quatre heures trois quart la grande cloche de la tour pesant environ six cent livres fut levée en l'air  et jetée sur les tombes des Marzin à coté du reliquaire et les deux autres dans le reliquaire dont l'une pesait environ quatre cent cinquante et l'autre trente et la tour sur les cloches depuis la plateforme et environ 1700 le poids de la tour avoit esté encore jetté sur l'église d'un coup de tonner et sur les bannières dans l'église après avoir été tirées de leur armoire mais les cloches n'eurent point de mal. Voilà pourquoy il n'est point à propos de relever la tour d'aussy haute comme auparavant. Il y a encore 60 ans au dire des anciens que la tour fut encore jettée à bas au gros temps et les cloches furent encore toutes brisées comme cette année cy "

  En réalité, une étude soigneuse révélerait sans-doute que chaque clocher du Finistère a de sérieux griefs contre le trident de Jupin.

   Ce n'est pas que , dans ce département, les orages soient plus fréquents qu'ailleurs : c'est même le contraire!

  On évalue le risque d'orage par deux indices, la densité de foudroiement, nombre d'impact foudre par an et par km² en unités Ng, et le niveau kéraunique, nombre de jour d'orage par an en unités Nk, sachant que le niveau Ng est le 1/10ème du niveau Nk. Eh bien, c'est dans le Finistère que ces  niveaux sont les plus faibles de toute la  France, atteignant 0,6 Ng alors que la densité de foudroiement est de 0,7 en Morbihan, 0,9 en Ille-et-Vilaine, 1 en Côte d'Armor, 1,5 à Paris, 3,6 en Loire, et 4,4 en Ardèche !   

   Cela permet de découvrir le mot "kéraunique", du grec keraunos, "éclair, coup de foudre" : à utiliser la prochaine fois que vous tomberez amoureux.

   

  Moyens fort efficaces pour protéger son clocher de la foudre :

 Avant que Benjamin Franklin ne découvre le paratonnerre en 1752, les anciens n'étaient pas dépourvus de stratagème pour détourner le feu céleste de leur clocher.

   Je n'ai trouvé qu'un autre exemple semblable à l'inscription protectrice de plogonnec, c'est, sur une cloche cette fois, à Saint-Julien de Tournel en Lozère, l'invocation " A fulgure et tempestate, liberanos domine" qui date de 1928.

a) Les pierres de foudre.

  C'est un moyen radical, puisqu'on sait que la foudre ne tombe jamais au même endroit, de placer dans le clocher, sous le seuil, dans la fondation ou inséré dans les murs, une de ces pierres polies, acérées, singulièrement semblables aux haches polies de la préhistoire et qu'on nomme parfois céraunies (où nous retrouvons le grec keraunos) ou céraunite. C'est le feu de l'éclair qui, lorsqu'il frappe le sol, se transforme en ces pierres de tonnerre, et comme l'écrivait le savant Descartes, " La foudre se peut quelquefois convertir en une pierre fort dure, qui rompt et fracasse tout ce qu'elle rencontre" ( Les Météores, 1635). Tous les peuples en ont constaté les bienfaits, ce sont les Thunderstones anglaises, les Donnerkeile allemandes, les Donderbeitels hollandaises, les Tordensteen danoises, les Tonderkile norvégiennes, les Thorsviggar suédoises. Les bretons les nomment Mengurun. Des esprits sceptiques en contestent la réalité, mais s'ils interrogent les géologues, ceux-là seront parfaitement en mesure de leur présenter des échantillons de fulgurite, des flèches de verre que l'éclair forme lorsqu'il tombe sur des terrains sableux, qu'il fait fondre. Certaines fulgurites atteignent 67 cm ! Et les scientifiques sont-ils fiables en impactologie, eux qui ont pendant des lustres refusé la réalité de l'existence des astroblémes (cratères météoritiques fossiles) et des tectites (de tectos, fondu), roches terrestres fondus lors de ces rencontres fulgurantes de notre planète avec des astèroïdes et des comètes ?

  Parmi la céraunies, Pline distingue la brontée : "elle tombe à ce qu'on pense avec le tonnerre; Et s'il faut en croire ce qu'on en dit, elle éteint les objets frappés par la foudre." (H.N XXXVII, 55)

   Paul Sébillot (Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, Paris, 1882, I, 53-56) qui rapporte la coutume de placer une pierre de tonnerre dans une construction, signale que "en démolissant l'église de Trévron près Dinan, on trouva une hache en diorite", ainsi qu'une pointe de quartzite dans les murs d'une école de Dinan, une autre dans ceux d'une maison. Z. Le Rouzic (Carnac, Légendes, traditions, p. 156) écrivait en 1909 que presque toutes les vieilles maisons du Morbihan possèdent une hache de pierre polie sous la pierre du foyer, parfois dans la cheminée, pour protéger de la foudre. Ce fait est attesté aussi à l'île d'Ouessant (Bull. Soc. Préhist. Finist. 1932, 29 p. 267-268) mais n'a pu être retrouvé ailleurs dans le Finistère par P. Sebillot.

    Nos bons recteurs connaissaient leur Bible, qui leur parlaient des pierres de grêle et du Miracle de Josué : "Il advint que, comme ils [les Amorrhéens] fuyaient devant Israël et qu'ils étaient à la descente de Beth-Horon, que Yahvé lança de cieux contre eux de grandes pierres jusqu'à Azeqhat et ils en moururent. Ceux qui moururent par les pierres de grêle furent plus nombreux que ceux que les fils d'Israël tuèrent par l'épée". (Livre de Josué, X, XI)

   Et les paroissiens de Plogonnec n'avaient qu'à se rendre dans l'ancien cimetière, où l'on pouvait voir " deux bétyles en forme de tronc de cônes, dont l'un est surmonté d'une croix" ou, "près du prèsbytère, les fragments d' un autre bétyle" (H. Pérennès, BHAD1940 p. 131). Car que sont les bétyles , Beith-el de la Bible ou "demeure divine", qu'un aérolithe appellé autrement "pierre de foudre" ? (Bétyle, Wikipédia). Si vous allez à Plogonnec, vous les verrez encore, incluse dans le mur de cloture du placître pour le protéger : l'une est à rainure, l'autre a été christianisée par une croix.


   

b) Les Saints protecteurs :

   Bien-sûr, vous pouvez, comme les Plogonnecois, invoquer le saint-patron de la paroisse ; mais ceux-ci ne se sont pas contentés de faire intervenir leur Élu, et ils prirent la précaution (élémentaire) de placer à gauche du portail sud une statue en granit de Sainte Barbe.

  Sainte Barbe, c'est sa spécialité, la foudre, comme le feu, la poudre et les explosifs , depuis que cette jeune chrétienne d'Héliopolis ou de Nicomédie, enfermée par son père Dioscore dans une tour se soit vengée des tortures qu'il lui faisait subir ( en la brûlant, lui arrachant les seins avant de la décapiter) en le foudroyant, ce dont le pauvre père mourût. Et on la représentait avec sa tour, ou avec la palme du martyr, on lui faisait fête le 4 décembre, mais ce culte sentait le soufre et l'Église, en sa clairvoyance, mit un terme à cette dévotion en 1969. Que feront les pompiers, les polytechniciens et les sapeurs, les mineurs et les carriers, les artificiers et les artilleurs ? Ils féteront la Santa Barbara, que l'Église a nommé à sa place.

  Paul Sébillot (Traditions et superstitions en Haute Bretagne, Paris 1882, I, p. 55 ) rapporte ceci; " Sous le nom de pierre à tonnerre on comprend en pays gallot les haches ou les couteaux polis de main d'homme, et aussi certains caillous ronds ou oblongs qu'on trouve dans les champs, et que les paysans croeint être tompbés du ciel au moment des orages. Avec les toutes petites pierres de tonnerre, on fait des colliers qu'on suspend au cou des enfants.[...] Mais la propriété la plus reconnue de ces pierres est, ainsi que leur nom l'indique, de préserver de la foudre. En mettant dans son chapeau ou dans sa poche des pierres de tonnerre, on n'a rien à craindre pendant les orages. Les pierres à tonnerre ne peuvent s'entre-souffrir, et celle qui se trouverait dans le nuage tomberait à coté. jadis, il y avait beaucoup de gens qui mettaient des pierres à tonnerre quand le temps était à l'orage, et s'il tonnait, ils récitaient une oraison en l'honneur de al pierre. En voilà une qui parfois se dit encore : "pierre, pierre, garde-moi du tonnerre". Ailleurs, voilà ce qu'on dit:

          Sainte Barbe, Sainte Fleur,

          A la croix de mon Sauveur,

          Quand le tonnerre grondera

          Sainte Barbe me gardera

          Par la vertu de cette pierre

          Que je sois gardé du tonnerre."

   Cette formulette a été retrouvée, sous des formes proches, dans toute la France et Jean-Loïc Le Quellec en a dressé un inventaire impressionnant dans le Bulletin de la Société de mythologie Française, 1995 :

http://rupestre.on-rev.com/resources/Mythologie/Publications/BSMF_178.pdf

...citant notamment une prière d'un Livre d'heures de 1495:

           Barbe, Barbe, Vierge très renommée,

           A vous me rends, faisant cette requeste,

           C'est, s'il vous plaît, Martyre de Dieu aimée,

           Que me gardiez de foudre et de tempeste,

           De mort subite, vilaine et deshonneste,

           Et en la fin de mes maux connaissance,

           Ainsi que Dieu vous en a donné puissance.



Saint Laurent, qui a subi le supplice du grill, peut être un substitut honorable.

Saint Donnat, évêque d'Arezzo, est très sollicité aussi contre la foudre (est-ce parce-que son nom est proche du nom allemand du tonnerre, donner, ou du dieu du tonnerre, Doner ?

Saint Pierre fait parfaitement l'affaire par cette prière : Pierre, Pierre, protège-moi du tonnerre.


On n'invoque ni Saint Benjamin (diacre et martyr en Perse, il est mort empalé, ce qui est louangeable, mais ne conduit pas à le prescrire dans  l'indication qui nous préoccupe ici)  ni d'ailleurs Saint Franklin.

 

c) Les Agnus Dei :

 Cela fonctionne comme les Mengurun, les pierres de foudre, dont tout-le-monde ne dispose pas: ici, il s'agit d'un médaillon de cire de forme ovale sur lequel est moulé l'image d'un agneau pascal, sur une face, et l'éffigie d'un saint, de l'autre. On place cet Agnus Dei dans une boite à couvercle transparent (par exemple) et on l'insére dans le mur du clocher que l'on veut garantir des dégats de la foudre. L'effet est garanti par une notice qui est remis avec le médaillon et qui stipule que :  " 2. par le signe vivant de la Croix,...les grêles s'éloignent, les vents s'appaisent, la foudre se dissipe".

   Les Agnus Dei sont fabriquée à partir de fragments du cierge pascal béni à Rome par le Pape après la nuit de Paques. Les cierges de la chapelle Sixtine de l'année précédente, ainsi que ceux des églises de Rome, ou ceux que les curés offrent au Souverain Pontive pour la Chandeleur, sont fondus et la cire est coulée dans des moules à l'éffigie de l'Agneau couché sur le livre de l'Apocalypse, la tête entourée d'un nimbe traversé par une croix et portant contre son épaule l'emblème de la ressurection, avec l'inscription Ecce Agnus Dei qui tollit peccata mundi. La cire porte aussi le nom du Pape et la date.

  On trouve en ligne le texte intitulé : Le Grand Feu, tonnerre et foudre du Ciel, advenus sur l'Eglise Cathédrale de Quimper Corentin en Basse Bretainne: Ensemble, la vision publique d'un horrible & tres espouvantable Demon sur ladite Eglise dans ledit feu, le premier iour de Fevrier 1620. Je n'en connais pas l'authenticité, mais on y décrit les chanoines de la cathédrale luttant contre le démon et contre l'incendie provoqué par la foudre en y jetant, en plus de cent cinquante barriques d'eau, moult Agnus Dei de bonne cire blanche pour éteindre le feu. L'incendie provoqué par la foudre en 1620 de la petite flêche à couverture de plomb élevée à la croisée du transept dans les années 1480 en la cathédrale de Quimper est en tout cas vérifié. 

 

d) la joubarbe 

Cette crassulaceae que Linné nomma Sempervivum ressemble à une petit artichaut succulent qui forme des colonies d'où émergent en période de floraison de longs doigts écailleux terminés par des fleurs roses, ou rouges, ou jaunes. Elle s'installe facilement au sommet des toits de chaume.

  Son nom vernaculaire vient du latin médièval jovis barbam, la barbe de Jupiter, par assimilation romaine tardive de dénominations germaniques faisant depuis longtemps réfèrence à la barbe de Thor ou Donar, l'homologue teuton de Jupiter, dont le marteau fait jaillir les éclairs. En 812, Charlemagne ordonne par le Capitulare de villis l'usage de cette plante pour la protection des domaines impériaux, stipulant aussi  et ille hortulanus habeat super domum suam Iovis barbam, "que tout jardinier ait sur sa maison un plant de joubarbe".

  On prête à cette plante des vertus magiques de protection contre la foudre. 

 Au Moyen-Age, on orne de sculptures en forme de feuillage et de fleurs de joubarbe les églises et les cathèdrales.

e) l'aubépine et la grande Chélidoine

  L' aubépine, épine blanche dont aurait été tressée la couronne d'épine du Crist crucifié, ne peut être atteinte par la foudre, forcément diabolique, aprés avoir touché le front du Fils de Dieu.

  La Grande Chélidoine est l'herbe à l'hirondelle ( Khelidôn en grec signifie "hirondelle" ) utilisée pour éclaircir la vue, elle est aussi nommée la Grande Éclaire, et par glissement sémantique elle peut servir de protection cntre l'éclair.

f) le tintamarre et la sonnerie de cloches. 

   Si je termine par cet expédient, c'est que notre inscription du porche de l'église de Plogonnec me semble s'y conformer indirectement par son allitération scandée.

  C'était une opinion trés répandue autrefois qu'en cas d'orage, il était possible de le détourner de la paroisse en faisant sonner les cloches à toute volée ; à  ce "carillon de tonnerre" s'ajoutait parfois le vacarme que les paroissiens créaient en frappant violemment sur des objets métalliques. Les esprits forts d'un XIXème siècle laîc eurent beau jeu d'ironiser sur une pratique qui était chaque année responsable de la mort des sonneurs par foudroyement, et L.F. Jehan écrivait en 1850 dans son dictionnaire astrologique, physique et météorologique que "dans un orage qui ravagea la Bretagne entre Landerneau et Saint-Pol de Léon, les 24 clochers qui furent frappés de la foudre furent, dit-on, ceux-la précisément où l'on sonnait les cloches, tandis que les églises voisines où on ne les sonnaient pas furent épargnèes".

   Cette réponse conjuratoire à une situation de chaos et de déchaînement dse éléments par l'organisation d'un concert de bruits assourdissant me rappelle d'autres charivaris et tapages qui s'organisaient à des périodes de transition de l'année (Saints Innocents le 28 décembre, "douze petits mois" Fête des Fous du 6 janvier) afin d'éloigner les esprits malins qui rodaient à ces occasions et menaçaient de vous envahir ; et ec n'est peut-être pas tant les dégats physiques de la foudre que l'on souhaitait  alors détourner, mais les périls auxquels l'orage exposait les âmes.

   Quoiqu'il en soit, je pense que l'allitération en T de la formule d'invocation à Saint Turiau n'a pas une fonction esthétique et littéraire, mais qu'elle participe à l'éfficacité de protection de la formule lapidaire au même titre que la crécelle que les romains utilisaient pour éloigner les mauvais esprits.






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