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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 17:15

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église Notre-Dame de Vitré.

http://insitu.revues.org/7052

   Les vitraux des deux bras du transept sont de Joseph Chauvel peintre-verrier de Vitré, et datent de 1868-1870. Joseph Chauvel actif en Ille-et-Vilaine a aussi exécuté les verrières de  Campel, Domalain, Erbrée, Marpiré, Montautour, Mécé, Nouvoitou, Gennes-sur-Seiche etc...

  Si la baie du transept nord est consacrée au Rosaire, celui du transept sud propose une version XIXe siècle de l'Arbre de Jessé.

  Cinq lancettes de sept panneaux chacune et un tympan de neuf ajours et quatorze écoinçons. Les lancettes sont structurées en un axe vertical faisant se succéder de bas en haut Jessé, son fils David, puis Salomon fils de David, puis la Vierge tenant l'Enfant-Jésus. Une organisation horizontale se construit, elle, en trois registres : celui du bas qui occupe dix panneaux présente Jessé entouré des deux rois de Juda Roboam et Josaphat ; puis le registre moyen de dix panneaux présente six rois de Juda :  David et Salomon au centre, Ézéchias et Jéchonias à leur droite, et Joram et Joatan à leur gauche.  Enfin le registre supérieur  montre les deux derniers rois de Juda Manassés et Josias entourant Joseph et Jacob, avec, au centre la Vierge couronnée et l'Enfant.

  Huit personnages trouvent place dans le tympan, entre deux anges : encadrant Dieu le Père et le Christ de Gloire, on trouve, entre autre, Moïse et Isaïe.

  Loin d'être une imitation des nombreux vitraux du XVIe siècle consacrés à ce thème, il s'agit d'un bel exemple de l'art religieux du XIXe siècle, avec son académisme et ses poncifs, l'influence des scènes d'histoire qui triomphent aux Salons, ses rois hébreux à la poitrine ou aux bras volontiers dénudés et musculeux comme ceux des romains ou des gaulois à la mode, sa fausse précision dans les costumes ou les bijoux (bracelets de bras ou de cheville, casques détaillés comme des pièces de musée) et son souci de reconstitution ou de couleur locale, ses détails ses encadrements néo-gothiques, ses visages fortement personnalisés et et ses curiosités comme la représentation de Manasses avec glaive et bouclier comme un Vercingetorix juif.

  Outre l'étude des caractéristiques de l'art religieux de la fin du Troisième Empire, ce vitrail permet de découvrir deux particularités iconographiques, la présence de Jacob et celle de saint Joseph. Ces dernières, qui ont sans-doute été conseillées ou imposées par un commanditaire féru de théologie, sont parfaitement logiques et fidèles au texte de l'évangile de Matthieu 1 :16 sur la généalogie de Jésus : après avoir énuméré les ancêtres du Christ depuis Abraham jusqu'à Jessé, depuis David jusqu'à Jéchonias, et depuis Salathiel jusqu'à Matthan, qui engendra Jacob, le verset 16 énonce : Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ Ce Jacob du vitrail n'est donc pas le Patriarche, mais le père de Joseph le menuisier.

  Absent des Arbres de Jessé du XI au XIIIe siècle, saint Joseph y apparaît au XIXe siècle dans le cadre de la montée en puissance de son culte au fil du siècle. En 1847, Pie IX institue l’Association de son Culte perpétuel, puis le proclame patron de l’Église universelle le 8 décembre 1870.

 

  Le coté trop bien réalisé, trop travaillé, l'érudition trop pédante (Salomon tenant en main le plan du Temple de Jérusalem), l'effort d'imitation trop servile des œuvres du passé, font obstacle à une admiration enthousiaste pour ce type de vitrail, alors que la patine altérant les verres, les fractures réitérées multipliant les plombs de casse, les maladresses, les cocasseries et hasards des restaurations, les pièces absentes et le non-finito qu'elles entraînent, le rébus des inscriptions à demi effacées, font des vitraux du Moyen-Âge et de la Renaissance des objets  fascinants car énigmatiques.  Qui sait si, fracassé ou rongé par les acides de la pollution ou des flores organiques, ce vitrail de Chauvel ne nous reviendrait pas métamorphosé par une souffrance rédemptrice ?


 

                vitre 4501c

 

Registre inférieur.

vitre 4502v

 

Registre moyen.


vitre 4503c

 

 

Registre supérieur.

vitre 4504c


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Published by jean-yves cordier
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  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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