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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 11:46

La chapelle Notre-Dame-du Guiaudet à Lanrivain:

 

Voir aussi : 

A. LES VIERGES COUCHÉES. 6 articles.

 

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vierges-couchees-de-bretagne-2-chapelle-du-yaudet-a-ploulec-h-105555217.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-3-chapelle-de-kergrist-a-paimpol-105604068.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-couchee-calvaire-de-tronoen-a-saint-jean-trolimon-29-110465874.html

http://www.lavieb-aile.com/article-la-vierge-couchee-dans-les-nativites-des-livres-d-heures-113263711.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-la-cathedrale-de-chartres-112103311.html

LES VIERGES ALLAITANTES. 12 articles.

http://www.lavieb-aile.com/article-virgo-lactens-ou-miss-nene-5-candidates-du-finistere-les-vierges-allaitantes-96615012.html

GROUPE DE SAINTE ANNE TRINITAIRE. 

Groupes dits de Sainte-Anne Trinitaire : l'ensemble de la vallée de l'Aulne

http://www.lavieb-aile.com/article-anne-trinitaire-de-la-vallee-de-l-aulne-102034812.html

Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Anne trinitaire de l'église de Plougasnou.

Sainte-Anne trinitaire du Musée départemental de Quimper.

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

La chapelle Sainte-Anne à Daoulas.

Anne trinitaire de la cathédrale de Burgos

http://www.lavieb-aile.com/article-sainte-anne-trinitaire-de-burgos-118711405.html

 

 

 

Chapel ar Geoded : Grand pardon le premier dimanche de mai. Petit pardon le 15 août.

 

I. Présentation de la chapelle :

 1)  Selon le panneau bleu de l'entrée :

  En l'an 1692, la famine sévissait sur le pays.  Claude Alain pauvre tailleur du village de Coatcoustronnec, aujourd'hui "le Guiaudet", s'en allait avec ses dernières économies au moulin.

  Soudain la Vierge lui apparut et lui dit : "je veux qu'une chapelle soit bâtie en ce lieu en mon honneur". Claude Alain s'empressa de transmettre le message de Marie au recteur de Bothoa, Messire Grégoire Raoul.

  Par deux fois le meunier (?) fut éconduit comme un vulgaire illuminé. La troisième fois, il trouva le recteur aveugle. Il recouvre la vue sur le lieu des  apparitions où on venait de trouver une statue de Notre-Dame. On édifie alors un oratoire pour abriter la statue. A dater  de ce jour, le pèlerinage est fondé.

  En 1692, on commence la construction de la chapelle et en 1712, celle du clocher. En 1920, le campanile est reconstruit et en 1925, le carillon de seize cloches est installé. Une des principales caractéristiques est la représentation de la Vierge couchée au centre du retable principal. Le mot "guiaudet" signifierait "celle qui a enfanté".

2)   Selon les panneaux dans l'église :

  • 1695 : début de la construction par Guillaume Le Gall, "maistr architectque" de Peumerit-Quintin. Sur la façade est écrit cette inscription: "Monseigneur de Francheville évêque de Périgueux bienfaiteur insigne 1695".
  • 1712, fin de la construction de la chapelle
  • 1794 : le 6 février, les agents de la Révolution prennent les calices, les ciboires, les chandeliers (tous les effets d'or, d'argent et de plomb). Le 1er mars les deux cloches de la chapelle sont déposées à Guingamp où elles sont fondues. La chapelle est fermée jusqu'en 1802 et le culte interdit sous peine de mort.
  • 1853 : restauration de la chapelle et donation de nombreuses bannières. Les deux retables de l'Assomption et de l'Annonciation sont réalisées par Le Bourhis peintre à Guingamp.
  • 1899, construction des fontaines grâce au recteur Dom François Marie Daniel qui va mourir quatre mois après la fin des travaux (son gisant se trouve dans la chapelle).
  • 1920, le campanile est rehaussé d'un étage pour y loger d'autres cloches. Un petit édicule est construit sur le placître avec les restes des piliers de justice de Beaucours, près de Lanrivain.
  • 1925 : le carillon de Guiaudet compte seize cloches, d'un poids total de 1700 kg. Chacune a un prénom, un parrain et une marraine.
  • 1928 : bénédiction du chemin de croix extérieur, 14 stations en fonte portées de part et d'autres par des stèles de granite.

 3) Selon Maurice Dilasser (Patrimoine religieux en Bretagne, Le Télégramme, 2006), le terme Guéodet signifie "cité", et la chapelle de ce nom honore Notre-Dame qui veille sur elle.

  Selon le site Infobretagne, la Vierge est apparue à Claude Alain en un lieu relevant de la seigneurie de Pélinec, et c'est grâce à une donation du seigneur de Pélinec, Monseigneur de Francheville, que la chapelle fut construite. 

 

Portail : ITRON VARIA GWIODED PEDET EVIDOMP, Notre-Dame du Guiaudet priez pour nous.    

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Le clocher et les seize cloches de son carillon :

  "C'est le seul carillon en activité à jouer des airs typiquement breton dans notre région. Le campanile, reconstruit en 1916 par l'architecte Léon Cosson de Saint-Brieuc, possède alors quatre cloches. En 1922, cinq autres cloches acquises auprès de la fonderie Cornille-Havard de Villedieu-les-Poêles leur sont adjointes, suivies par sept nouvelles en 1924 pour constituer ce carillon unique en Bretagne.*

Lors de la construction du carillon, les battants étaient munis de fil de fer sur lesquels on tirait pour faire tinter les cloches. Cette manière de sonner était sportive, car agir successivement sur seize cloches étaient une tâche difficile qui n'était pas à la portée de n'importe quel sonneur !

Comme il n'était pas entretenu le mécanisme s'est détérioré si bien que depuis la guerre le carillon du Guiaudet était tombé dans l'oubli. En 1963 un système électrique est installé. Il permet la commande des cloches à partir d'un clavier dans la tribune. En 1992 et en 2001 le carillon est restauré. Les airs joués sur cette instrument puisent essentiellement dans le répertoire populaire. En introduisant une pièce de 2 Euros dans le monnayeur situé au fond de la chapelle vous pourrez entendre les célèbres cantiques Me Ho Salud Mari et Itron Varia Guiaudet."

(Affiché sur la porte d'entrée par l'Association pour la chapelle N.D. du Guiaudet)

* Cinq cloches proviennent de la chapelle Saint-Yves de Caranhuel, en ruine.

Pour entendre le carillon : DSCN0001 DSCN0001

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La fontaine double de la Vierge et de saint Jean-Baptiste : elle était fréquentée par les femmes enceintes.

L'inscription gravée sur le linteau au dessus de la Vierge à l'Enfant  est MONSTRA TE ESSE MATREM : c'est le début d'un motet en l'honneur de la Vierge : Monstra te esse matrem ; / Sumat per te preces, / qui pro nobis natus, / tulit esse tuus. Ou plus précisément c'est la quatrième strophe de l'Ave Mars Stella, Salut, Étoile de la mer : Montre-toi notre mère, / qu'il accueille par toi nos prières / Celui qui, né pour nous / Voulu être ton fils.

  C'est aussi l'invocation frappée sur les médailles miraculeuses remises aux Enfant de Marie.

  La traduction de l'hymne marial est : "Montre-toi en tant que mère", "témoigne de ta maternité" : c'est à la Vierge à l'Enfant que le fidèle s'adresse, et il la prie comme un petit enfant s'adresse à sa mère pour en obtenir protection, tendresse,soins et nutrition, certes comme intercetrice auprès de l'Enfant-Dieu mais aussi pour transférer sur le fidèle les trésors de maternité que Marie a déployé pour son Fils.

  Mais, placée au dessus d'une Vierge à l'Enfant d'une fontaine vénérée par les femmes enceintes, dominant le filet d'eau qui s'écoule et remplit le bassin dévotionnel, cette citation évoque aussi la lactation, parce que ce sont ces paroles que saint Bernard prononçait en adoration devant une statue de Marie à l'église de Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine lorsque, du sein de la Vierge allaitante sortit un jet de lait qui vint frapper les lèvres de saint Bernard ; et ces quatre mots latins font désormais référence à cette Sainte Lactation. 

  Donc, lorsque je découvre les explications fournis par l'Association de sauvegarde, qui mentionnent que "les mères qui ont du mal à obtenir du lait pour nourrir leurs enfants y viennent prier car ces fontaines sont réputées pour guérir ce mal", je ne suis pas surpris, et je peux parier qu'elles font bénéficier leur poitrine d'ablutions dévotes.

Par ailleurs, le jour du pardon, de nombreux fidèles se baignent les yeux pour se protéger (en pensant au recteur de Bothoa devenu aveugle mais qui fut guéri par la Vierge), alors que d'autres font des voeux en lançant une pièce : si elle tombe dans le trou percé dans la dalle au fond de la fontaine, ils seront exaucés. 

  Les bassins rectangulaires servent aux pèlerins à se baigner les pieds.

 

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      L'intérieur de la chapelle vers le choeur : 

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L'intérieur de la chapelle, vers la porte occidentale :

A gauche, prés de la porte d'entrée, le gisant du recteur F.M. Daniel (1805-19 juin 1881), né à Mousterus (Pédernec) et "recteur de Lanrivain où il passa 39 années de sa vie de prêtre".

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II. Le retable du maître-autel, La Sainte Famille.

  Si le retable lui-même date de la fin du XVIIe, il est associé à un tabernacle et à des décors floraux du XVIIIe, et à un autel qui porte l'inscription suivante : Donné par Monsieur Daniel recteur de Lanrivain 1872 sur sa face sud, et les signatures suivantes sur sa face nord : Philippe Le Merer et fils sculpteurs Lannion, Cotes du Nord, G. Merrien Père et Fils Peintres à Saint-Nicolas du Pelem Cotes du Nord 1875-1876.

  Il comporte sept personnages répartis en quatre étages, de haut en bas :

  • Dieu le Père
  • Le Christ bénissant entouré de saint Joachim à sa droite et sainte Anne à sa gauche
  • Saint Joseph et saint Jean-Baptiste
  • La Vierge couchée et son Fils, sous le triangle rouge de la Trinité

  Ces personnages sont regroupés sous le vocable de la Sainte Parenté regroupant les trois générations  des grands-parents Anne et Joachim, du couple de Marie et Joseph, puis de Jésus et de son cousin Jean-Baptiste. On désigne aussi sou le même terme les groupes trinitaires Anne = Marie = Jésus, ou encore les demi-frères du Christ selon la tradition des remariages de sainte Anne avec deux autres maris.

  Ce retable a été restauré en 1856 puis en 2000 par un groupe de huit catalans.

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Dieu le Père bénissant, entouré de deux anges ; un chérubin se détache de son manteau pourpre, alors que la colombe du Saint-Esprit, ailes étendues, réalise le trait d'union avec la statue du Christ.

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En dessous, trois niches reçoivent trois personnages : Saint Joachim, le Christ en Sauveur du Monde (Salvator Mundi tenant le globe et bénissant) et sainte Anne.

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Saint Joachim, a perdu l'attribut qu'il tenait dans la main droite. Les portraits traditionnels le montrent tenant une pelle. C'est le mari de sainte Anne et ce serait donc le père de Marie et le grand-père du Christ : ce registre présenterait Jésus entouré de ses deux grands-parents maternels. Mais il convient d'employer le conditionnel car la naissance de Marie, certes née du ventre de sainte Anne, est survenue miraculeusement après des années de stérilité par une grâce divine après que les époux aient échangé, selon le proto-évangile de Jacques, un simple baiser sous la Porte Dorée : un peu comme Joseph, Joachim serait peut-être un père-de-famille plutôt qu'un père biologique, Jésus et sa Mère se situant dans un écart des normalités biologiques...mais encore une fois le conditionnel s'impose.

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        Sainte Anne est représentée selon les critères habituels, la tête couverte par un voile, portant la guimpe de toile blanche et vêtue, comme son mari, d'un manteau vert à galon doré. Elle tient ses bras écartés, certes en signe d'accueil, mais ce geste reprend aussi celui par lequel elle enserre, dans les groupes trinitaires, la Vierge et l'Enfant : aussi cela m'évoque un geste en relation avec sa dimension de Mère primordiale.

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Saint Jean-Baptiste tient le livre, l'agneau et la croix : l'agneau fait référence à Jean 1, 29-31 : "Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir à lui, il dit : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était."

  Jean Baptiste est le fils de Zacharie et d'Élisabeth, la cousine de Marie à qui l'archange est venue annoncer, comme à Marie, qu'elle allait enfanter.

  Il est vêtu sous son manteau d'une peau de bête pour rappeler qu'il vivait "caché dans le désert", se nourrissant "de sauterelles et de miel sauvage" (Mat. 3, 4), mais aussi pour signaler son statut d'être "à part", "à l'écart", qui est celui du nazir ou nazarien, juif qui fait voeu d'ascétisme et renonce à couper ses cheveux et sa barbe : c'était la longueur de sa chevelure qui conférait à Samson, autre nazir célèbre, sa force phénoménale : ici, les cheveux longs, la barbe et les poils de bête témoignent de la vigueur spirituelle de cet homme de Dieu.

 

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La Vierge allaitante  couchée.

On peut la nommer aussi Vierge parturiente (comme le fait le Service Régional de l'inventaire ; "parturiente : accouchée, qui accouche"), ou Vierge en couche. Mais on voit bien qu'il manque dans notre langue un terme (la médecine doit utiliser le terme latin de "post-partum") pour désigner la suite de couche, et que ce manque de mot témoigne de la nécessité de laisser dissimulé cette période de la vie féminine.

    Elle apparaît dans une niche de bois dorée qui forme une scène de petit théâtre en même temps qu'un baldaquin tendu d'un ciel de lit et de rideaux rouges galonnés d'or. Ces rideaux s'ouvrent sur un fond bleu ciel ; un triangle rouge frappé des lettres de Yahvé témoigne de la puissance divine aveuglante et surnaturelle rayonnant de tous ses feux à travers un cercle de nuées.

   Contrastant avec la dramaturgie impressionnante de ce décor, Marie est allongée dans un lit, tournée sur le coté droit, à demi relevée au moyen d'un bon coussin, et en se rapprochant, on constate qu'elle est en train d'allaiter son enfant ; elle a libéré quelques boutons de son corsage pour libérer le sein gauche, que l'enfant maintient de son petit bras.

  Il s'agit donc d'une jeune mère, dans les suites de couche, qui allaite en position allongée : rien, dans sa posture, ne relève d'un programme théologique, et on lit en 2012 dans les conseils données aux jeunes accouchées la description de ce moment : " Comment allaiter bébé ? Dans la position allongé, tournez-vous simplement sur le coté et installez votre petit face à vous, sa bouche à la hauteur du mamelon. Vous pouvez replier votre jambe supérieure pour ne pas basculer en avant et vous caler à l'aide d'un coussin dans le dos."

  Marie semble fatiguée, le regard pensif, fixe et triste, mais "cette fatigue ne doit pas inquiéter, elle concerne la totalité des femmes qui viennent d'accoucher". Au baby-blues se combine l'état "magique" de l'allaitement, petit bonheur intime mais aussi somnolence provoquée par la prolactine.

     C'est cela qui est troublant dans ce retable : le contraste entre une scène très familière mais très intime, que la plupart des mères n'exposent pas ostensiblement, et la grandiloquence des fastes lumineux du Sacré. Cette femme donnant le sein dans son lit peut déjà, en soi, offenser la pudeur. Placée sur un autel au dessus du tabernacle et en dessous des insignes les plus éclatants de la puissance divine, elle oblige le fidèle à un saut paradigmatique qui divinise les fonctions maternelles d'accouchement et d'allaitement comme conditions nécessaires et suffisantes de l'Incarnation.

  Face à cette présence inhabituelle, on évoque vite des influences pré-chrétiennes : culte égyptien d'Isis, cultes orientaux, traditions celtes... La présence de sainte Anne dans le registre supérieur vient rappeler que le culte breton rendu à Anne a été lui-même rattaché à ces influences.

  Le nom de Guiaudet interroge également : on peut souscrire à la proposition d'y voir une forme du breton signifiant "accoucher", mais cette étymologie est qualifiée de fantaisiste par les spécialistes, et il faut le rapprocher d'autres toponymes comme Yaudet, Guedet en Larré (Morbihan), Géodet (ancienne vierge allaitante de Quimper), Yeudet en Goudelin (22). 

   

  

 

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III. Le retable de l'Ascension de la chapelle sud :

restauré en décembre 1997.

  Autour d'un tableau représentant l'Ascension de la Vierge se trouvent, dans leurs niches respectives, deux statues du XVIIe siècle de saint Corentin et saint Isidore. 

 

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Saint Corentin 

est vêtu en saint évêque d'une dalmatique, d'un surplis et d'une robe sur laquelle est, maladroitement ou naïvement, fixé un poisson qui est son attribut. Nous ne sommes pas, pourtant, dans l'évêché de Quimper et du Léon, mais dans celui de Saint-Brieuc, mais jadis la paroisse de Lanrivain était une trève de Bothoa qui appartenait au diocèse de Cornouaille, dont Corentin est le patron.

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Saint Isidore :

  On sait qu'il s'agit du saint patron des cultivateurs, et on comprend sa présence dans cette chapelle rurale.  Il ne tient pas la faucille et une gerbe de blé, comme d'habitude, mais le long manche d'une sorte de binette ou de houe (le fer de cet instrument date de la restauration de 1997). On remarque l'absence de chapeau. Ses cheveux longs, ses braies larges ou bagou braz, ses guêtres et ses souliers de cuir sont ceux des paysans bretons, traits de la quasi totalité des statues de saint Isidore, mais sa veste longue mérite d'être détaillée. La statue datant du 17e siècle, elle témoigne du mode vestimentaire des paysans de Lanrivain.

  Cette veste longue est resserrée par une ceinture, elle se ferme par dix gros boutons de laiton en laissant libre les deux basques qui portent chacune une poche ; les manches s'évasent par une fente.

  L'encollure est remarquable mais je n'ai pas les compétences requises pour l'étudier. 

Saint Isidore en costume breton : Logonna -Daoulas.

Église de Brélès : anges musiciens et Isidore en costume breton.

 

 

 

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IV. Le retable de l'Assomption de la chapelle nord : 

restauré en avril 1997.

  Face à l'Ascension du coté sud, le tableau de l'Assomption continue à honorer la Vierge et les moments glorieux de sa vie. Comme son homologue, c'est une toile peinte en 1853 par Hubert Le Bourhis. Les chapelles latérales ne comportaient initialement que les retables du 17e, et c'est en 1876 qu'un autel et un fronton est venu compléter chaque retable, vraisemblablement par les mêmes artisans qui réalisèrent à la même époque le maître-autel, Le Merrer de Lannion et Merrien de Saint-Nicolas-du-Pelem.

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La vierge habillée : Notre-Dame de Guiaudet :

  Voilà une autre constatation sur laquelle je m'interroge : dans tous les sanctuaires où se trouve une Vierge allaitante ou une Vierge couchée, le culte est détourné vers une autre statue dépourvue de tout caractère choquant ou impudique et qui reçoit la dévotion des fidèles. Ici, c'est une statue de vierge à l'Enfant (et non un simple mannequin comme parfois) qui est habillée de la façon la plus prude avec une robe et un manteau qui remonte haut autour du cou et descend jusqu'aux pieds, englobant l'enfant dont seul la tête et le bras sont visibles. 

  Elle est présentée dans une niche portant le titre ITRON VARIA AR GUIAUDET , Notre-Dame du Guiaudet, laissant penser que c'est elle qui est la patronne de la chapelle, elle qui a été trouvée par Claude Alain et qui est à l'origine de la fondation de la chapelle ; or, la légende mentionne la découverte d'une vierge couchée.

  C'est elle, d'abord comme Vierge à l'Enfant puis comme Vierge habillée  qui est présentée sur les vitraux qui exposent les miracles qu'on lui attribue.

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  Curieux aussi de découvrir une autre statue, placée sur un brancard de procession et présentée sous un dais de drap bleu clair. J'ai cru qu'il s'agissait de la version portable de N.D. Du Guiaudet, mais il s'agit d'une Éducation de la Vierge, ou sainte Anne apprend à lire à sa fille.  On constate que sainte Anne est systématiquement associée au culte de N.D. du Guiaudet, ici au pied de l'autel nord, ou sur las bannières, ou au dessus du maître-autel.

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V. Les autres statues :

Saint Vincent Ferrier :

Bois polychrome à revers évidé du XVIe siècle. La main gauche tient un livre, la main droite un manche d'outil ou un bâton. H : 1m08.

 

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VI. Les bannières :

 

      Bannière de saint Jean l'évangéliste avec l'inscription Zant Ian Mignon Jezus que je traduis par saint Jean , disciple préféré de Jésus.

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      Initiales S J de Saint Jean (?)

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     2)  Bannière de Notre-Dame du Guiaudet :

a) Une face représente la statue de Vierge habillée et couronnée :

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b) L'autre face me semble plus ancienne, et, en tout cas, bien plus belle, bien qu'elle soit abimée.  C'est elle qui porte cette fois-ci le nom de N.D. Du Guiaudet, ce qui entretient l'ambiguité. 

On se rapportera à la bannière homologue de la chapelle du Yaudet : les représentations de Vierge Couchée étant rares, il faut porter toute son attention à cet exemple. Sous un baldaquin un rideau tiré dévoile la Vierge et son Fils, tous les deux allongés ou à demi-assis dans le lit sous le regard d'un troisième saint personnage qui ne peut être que saint Joseph. Celui-ci tient un livre, c'est bien-sûr l'Écriture Sainte dont il constate sous ses yeux la réalisation. "Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d' Émmanuel." La colombe de l'Esprit-Saint domine le tableau.

 

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Inscription : M' HO SALUD MARI  et   ITRON AR GUIAUDET

                  Ecce Virgo concipiet / Guerch'ez ha mam

 1)  Les inscriptions du haut et du bas sont les titres des deux cantiques bretons que joue le carillon: Me ho salud Mari, "Je vous salue Marie", et Itron varia Geodet, "Notre-Dame du Guiaudet".

  2) Au milieu, en caractère plus petit, nous trouvons d'abord une citation biblique d'Isaïe 7, 14 qui est reconnue dans la tradition chrétienne comme annonçant la conception du Christ par la Vierge, ici illustrée par l'Annonciation, mais qui est aussi reprise dans les arbres de Jessé :Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum  Ecce Virgo concepiet et pariet filium et vocabitis nomen eus Emmanuhel / Butyrum et mel comedet ut sciat reprobare malum et eligere bonum : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera d'un fils, qu'on appellera Emmanuel. Il se nourrira de beurre, jusqu'à ec qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien" 

  Cette citation est aussi le titre d'un chant grégorien répandu.

3) Puis vient Guerch'ez ha mam, "Vierge et mère", cantique breton que je n'ai su retrouver.

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      ITRON AR GUIAUDET : 

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3) bannière Le Minor dédiée à saint Grégoire:

Les bannières Le Minor.

   Saint Grégoire est le patron de l'église paroissiale de Lanrivain. Comme l'indique le certificat d'authenticité, la bannière a été financée par l'Association de sauvegarde de N.D. du Guiaudet, brodée par Jean-Michel Pérennec et réalisée en 2006.

  Le blé et les feuilles et pampres de la vigne représentent bien-sûr l'eucharistie ; une face de la bannière représente un pape, il s'agirait donc de Grégoire le Grand, le Père de l'Église et le  père du grégorien, dont le pontificat s'étendit de 590 à 604. Au verso, on trouve un évêque brun et barbu qui tient une tête barbue et grise : s'agit-il de Grégoire de Nysse, de Grégoire de Langres, de Grégoire de Tours ? Aucun n'est céphalophore de tradition. J'aime bien les petits détails énigmatiques, et j'aime encore plus en trouver le sésame, tant-pis.

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Les vitraux de 1901:

8 baies soit 16 panneaux traités comme des scènes indépendantes autour de la légende, des miracles et du pélerinage de Notre-Dame du Guiaudet : ils sont précieux d'une part pour l'histoire du costume (costume breton et costrume écclésiastique) et pour les techniques utilisées. En outre, ils inscrivent de manière durable les noms des paroissiens donateurs.

  J'ai trouvé sur les panneaux explicatifs placés dans l'église les renseignements suivants :

L'histoire de la découverte de la statue :

Claude Alain, pauvre paysan, vient habiter Coatcoustronnec au lendemain de ses noces. En 1662, il est le père de 12 enfants, et s'inquiète de la dissette qui ne lui a pas permis de récolter suffisamment de blé. Il se rend au moulin de Goas-Salo avec les derniers sous qui lui restent pour acheter de la farine. Mais au moment où il va franchir le ruisseau (qui alimente les fontaines actuelles du Guiaudet), il voit la Vierge et entend sa douce voix lui dire : "Allez à Bothoa, rendez-vous auprés du recteur et dites-lui que je veux qu'une chapelle soit bâtie en ce lieu, en mon honneur, et de saint Jean, le disciple bien aimé de mon Fils. Afin que vous sachiez que c'est la Mère de Dieu qui vous parle, vous serez témoin aujourd'hui même d'un prodige : la minime quantité de farine qui reste dans votre jarre suffira à votre entretien et celui de votre famille pendant plusieurs jours".

   Le recteur de Gothoa Dom Raoult vient de renvoyer Claude Alain en le traitant de doux réveur illuminé : il referme la porte du presbytère et réalise qu'il est devenu aveugle. L'abbé Raoult est en soutane , le paysan / tailleur porte une veste courte, une ceinture de flanelle rouge, les braies bouffantes, des guêtres et des sabots, et le chapeau rond large.

1) Vitrail offert par les familles de Séré, Le Provost -Meurou.    

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Dans le village de Coatcoustrennec,près d'un cours d'eau bordé de saules, nous voyons Claude Alain avec son sac vide témoignant de la famine qui sévit ; la Vierge lui apparaît, tenant l'Enfant. En arrière plan, un édifice que je ne décrypte pas et deux fillettes, peut_être les enfants de Claude Alain.

 

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      2) Vitrail offert par Car. Pennec, J.M. Breton, Math. Maout, Y. Lucia, M. de Cuverville, Y. Oger.

  A la troisième apparition, devant l'incrédulité du recteur, la Vierge indique l'endroit exact où on découvre une statue en bois à son effigie

 

La statue de la Vierge, placée sur un rocher, reçoit les prières d'un groupe de personnes de la paroisse, en costume traditionnel : les hommes en veste, gilet, ceinture rouge, bragou braz, guêtres et sabots et les femmes en coiffe, robe et châle, tablier.)

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  A la fin  d'une procession où la statue récemment découverte est portée sur un brancard par deux diacres ou enfants de choeur en surplis rouge, l'abbè Grégoire Raoult, placé à coté de Claude Alain, recouvre la vue miraculeusement.

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      3) Vitrail offert par L. Derrien père, J. Lucia, Marguerite Cozler et P. Mahé.

 

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La signature de l'acte de concession du terrain par son propriètaire Monseigneur de Francheville.

L'évêque est assis à coté du recteur et devant les notaires Launay et Poulain. Debout le frère de Monseigneur de Francheville, avocat membre du Parlement de Bretagne, donne lecture de l'acte.

 Les armoiries épiscpales sont vraisemblablement celles de Mgr de Francheville.

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Vitrail offert par Léon Falher, vicaire, et la Fabrique de Lanrivain.

  Le vitrail donne à voir la célébration d'une messe des défunts, le prêtre portant sa chasuble noire. Les deux Vierges du Guiaudet sont visibles, à peu-près à la place actuelle.

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  C'est la scène qui précède le vitrail de l'office funèbre, c'est-à-dire l'administration à un mourant des derniers sacrements. 

 

 

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Vitrail offert par Y. Le Men, recteur.

Il célèbre un miracle survenu pendant la guerre de 1870 lors de la défense de Saint-Privat-la-Montagne en Moselle : lors des combats du 18 août 1870 où 27 000 soldats français tiennent tête à 100 000 soldats prussiens, un breton de Lanrivain, Thomas Le Cam, de Kérien, voit le canon de son fusil éclater sous l'effet d'éclat d'obus alors qu'il échappe lui-même à la mort parcequ'il invoquait N.D. du Guiaudet.

 

 

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Un autre exemple de miracle : des matelots dans une barque échappent à un naufrage.

 

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Offert par les paroissiens de Lanrivain.

Un accident de charette : Une charette a versé, peut-être après qu'un moyeu ait cédé, et le cheval a les quatre pattes en l'air. Un passager se remet de la commotion, adossé contre un arbre. Le pauvre conducteur est tout chaviré, mais pendant qu'un homme lui porte assistance, une religieuse a l'idée d'invoquer à genoux N.D. du Guiaudet.

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Une naissance :

La représentation d'une naissance dans une famille de la paroisse nous permet de retrouver ce moment particulier de la "femme en couche", alitée dans les suites de l'accouchement et qui témoigne par le geste de ses mains de son émerveillement devant le joyeux avénement d'un beau bébé. Trois femmes sont venues l'assister, l'une berce l'enfant, l'autre tient une bassine de cuivre, la troisième prépare des linges. Le père, bras croisé, se remet de ses émotions.

 

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Vitrail offert par Françoise Savéan et Thomas Savéan Kergreis

                                                            

Fête du deuxième centenaire de 1892 : la technique utilisée pour ce vitrail est particulière et donne l'impression que les visages des personnages proviennent de photographies; Monseigneur Fallières bénit les pélerins.

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Scéne rappellant les grandes Missions, ou le Pardon  : un prédicateur rappelle aux pélerins les voies de la sainteté tandis que quatre hommes portent le brancard avec la statue de la Vierge habillée. Un grand feu, le Tantad, est figuré ici .

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L'atelier Vermonet de Reims

Albert-Louis Vermonet (1853- ) ouvrit son atelier à Reims en 1880 ; il collabora avec Pommery de 1882 à 1897 (atelier Vermonet-Pommery) . 4000 édifices lui doivent leurs vitraux.    

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges couchées
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commentaires

Kergranit 01/06/2012 21:02

Ayant étudié cette chapelle dans les moindres détails, historique et légende compris, je ne peux pas ici reprendre mot à mot vos commentaires. Je prends simplement un exemple : vous n'avez pas
respecté l'ordre de lecture des vitraux et il en manque ! Voici en exemple, le commentaire sur l'acte de signature (3eme vitrail pour vous) :
L'acte de concession est rédigé et signé dans la principale salle du manoir de Saint-Eusèbe, dont il ne reste aujourd'hui que les vestiges. C'est une vaste pièce rectangulaire, aux boiseries de
vieux chêne ouvragées. À l'un des angles, une tenture en velours rouge retombant en plis bouffants donne à l'appartement un riche et grand aspect. À l'opposé, se détachant de la boiserie, est un
tableau dans son large cadre qui représente « une fileuse ». Sur le panneau du milieu ressortant dans la pièce, sont sculptées les armoiries de Mgr de Francheville : D'or au chevron d'argent en
pointe, avec en exergue la devise de sa maison : « Honneur et bienfaisance. » La crosse et la mitre placées en sautoir soutiennent le blason épiscopal surmonté de la couronne comtale. Le tout
dominé et encadré par le chapeau à cordons et à glands, insignes de la prélature. Au-dessous des armes épiscopales se dresse une large table recouverte d'un tapis vert aux franges tombantes. Tout
autour, des fauteuils qu'occupent les personnages qui furent présents à la signature de l'acte de 1695. À la place d'honneur, l'Évêque de Périgueux, revêtu de la soutane violette, de la musette
relevée sur ses bords inférieurs de l'hermine blanche, il porte le rabat, et la croix pectorale est retenue par le large ruban bleu moiré du XVIIe siècle. A la droite de l'évêque se tient un
vénérable prêtre : Messire Grégoire Raoul, Recteur de la paroisse de Bothoa. II suit avec une attention marquée n'excluant pas l'inquiétude, la lecture de l'acte en faveur de la chapelle du
Guiaudet. La construction dont il a assumé la lourde tâche, lui paraît une entreprise immense au-dessus de ses forces ; et peut-être trouve-t-il que les libéralités du prélat sont insuffisantes.
Aussi, son front semble assombri par les plus graves préoccupations. À droite, un avocat en robe de cour avec la perruque de l'époque : sa toque repose sur le parquet à ses côtés. C'est Pierre de
Francheville, membre au Parlement de Bretagne et frère de l'Évêque de Périgueux. En face de ce dernier, deux notaires de la juridiction et châtellenie du Pellinec : V. Launay et M. Poulain, dont
l'un lit à haute voix et debout l'acte qu'il tient en mains et qu'il va soumettre dans un instant à la signature des contractants...
Ce qui est écrit dans la chapelle est bien surprenant !
La Vierge couchée a connu bien des déboires au moment de la folie révolutionnaire... Elle s'en ai bien sortie après avoir connu la dureté du sol de la chapelle :
Avez-vous remarqué les ex-voto à droite du retable ? Leurs histoires est curieuses et chaque année une personne vient encore "visiter" ces béquilles et ce sabot ( d'après mon enquête de
2007)...

Kergranit

jean-yves cordier 03/06/2012 16:55



èpoustouflant et inègalable ! Chapeau bas ! La prècision de cette lecture des lieux est celle dont on aimerait disposer en ligne, mais hèlas..


 



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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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