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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 22:00

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff.

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Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

 

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

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PRÉSENTATION.

L'un des charmes de la ville de Roscoff provient du fait qu'elle a conservé une partie des maisons d'armateurs et de négociants construites dans la seconde moitié du XVIe siècle, en bord de mer entre l'église de Croas-Batz et le port, si bien qu'en 1606 la ville comptait 450 maisons. La base Mérimée de la direction de l'Architecture et du Patrimoine en recense une vingtaine, dont certaines ont été classées, et dont on connaît parfois le premier propriétaire. J'emprunte les descriptions suivantes :

 

— 10 rue Albert de Mun: actuel presbytère : 2ème moitié XVIe

 18, rue Albert de Mun : 1582 

"la maison  a été construite par Mathieu Le Hir du Carpont et de Keramanach, marchand-armateur appartenant à une riche famille du Léon. La construction de la maison correspond aux opérations de lotissement des terrains entourant Notre-Dame de Croas-Batz. Cette maison, à l'origine à un étage carré, ne comprenait qu'une grande pièce par niveau, avec une cheminée sur chacun des murs-pignons. Cette disposition correspond à une fonction commerciale. Agrandie en 1749 par la création de la maison adjacente située au 16 de la même rue, elle semble n'avoir plus à cette époque qu'une fonction résidentielle . inscription par arrêté du 6 novembre 1997"

— 79 rue Albert de Mun:  2ème moitié XVIe

 

— 12 rue Amiral-Courbet : 

"1ère moitié 16e siècle Maison probablement d'armateur de la 1ère moitié du 16e siècle. Marques de marchands disparues. A l'origine située au bord de la grève en face de l'ancien port. Lucarnes modernes"

— 9 rue de l'Amiral-Réveillère, 1560.

 "Cette maison de négociant est longée par le chemin de servitude pour aller à la mer qui baigne les fondations et les murs du jardin. Elle fut bâtie lors de l'opération d'urbanisme que connut le quartier au 16e siècle ; le logis, construit vers 1560, est desservi par un escalier hors-oeuvre en façade postérieure ; il fut agrandi au 17e siècle (aile nord le long du chemin) et orné de lambris au 18e siècle. Dans la salle du rez-de-chaussée, à l'ouest, on voit sur le linteau de la cheminée un écu entre deux lions sculptés en faible relief ; l'écu, ne portant pas d'armoiries, est sans doute une marque de marchand. L'intérêt de cette maison réside également dans ses vastes caves voûtées en berceau qui servaient à entreposer tonneaux et marchandises diverses."

— 19 rue de l'Amiral-Réveillère, 1570

"Selon la légende, Marie Stuart aurait débarqué à Roscoff en 1545. Une chapelle dédiée à Saint-Ninien aurait été élevée à l'emplacement de ce débarquement, située entre deux maisons dites de Marie Stuart. La porte et les fenêtres de la chapelle Saint-Ninnien, du 1er siècle (démolie) , ont été réédifiées sur la maison du 16e siècle. La façade sur rue est un bon exemple de l'architecture urbaine du 16e siècle dans le Léon." "Corps de logis construit vers 1570. corps de logis nord avec latrines en encorbellement et escalier extérieur datent de la 1ère moitié 17e siècle armes de marchand ou d'armateur"

— 22 rue de l'Amiral-Réveillère, 1607

"La partie la plus ancienne du bâtiment est le corps de logis parallèle à la rue de la Réveillère présentant, en arrière, une tourelle d'escalier qui doit dater du 16e siècle. L'édifice a été modifié par l'adjonction de deux ailes en retour datant du 17e ou 18e siècle. Cet ensemble est l'un des derniers témoignages de l'architecture roscovite de la fin du 16e et du début du 17e siècle. inscription par arrêté du 20 mai 1975"

— 22 rue de l'Amiral-Réveillère,

Maison construite pour le marchand Olivier le Maigre ou Treut pendant la 2e moitié du 16e siècle. Ailes latérales 17e siècle inscrit MH 1975 :

— 25 rue de l'Amiral-Réveillère,  cf infra.

 

 

— 2 rue Armand Rousseau : 1603.

Logis commandée dans les années 1570 - 1600 par un négociant ; la lucarne décorée porte la date 1603.

— Rue Edouard Corbière, 1604.

Maison de négociant  dite maison Kerjeffic datée 1604 ;

— 31 rue Gambetta, 2ème moitié du XVIe siècle.

"Maison construite pendant la 2e moitié du 16e siècle pour un armateur ou un marchand. A l'origine, accès direct au port de Roscoff. Latrines en encorbellement"

 

 

 


 

— Passage Louis Noir :

"La maison du passage Louis-Noir est une extension fin 16e-début 17e siècle d'une maison plus ancienne (du début du 16e siècle) qui subsiste, en l'espèce d'un mur mitoyen et de la cave, aujourd'hui éléments de la propriété du 9 rue Gambetta (parcelle cadastrée AC 339). Du corpus connu des maisons de négociants roscovites, elle est seule, avec celle du 25 rue Amiral-Réveillère, dite de Marie Stuart (notice Mérimée PA00090403) , à posséder une galerie dans la cour intérieure. Elle affirme son originalité par l'existence d'une galerie supérieure et la diversité des décors de ses chapiteaux de colonnes et colonnettes. Cette maison participe également au système de défense portuaire : anciennement en bordure de grève, elle est pourvue d'une échauguette dans un de ses angles."

 

 

— 8 rue Louis Pasteur :

" Ancienne maison d'armateur ou de marchand construite entre 1550 et 1600 ; parties hautes transformées au 19e siècle". 

— 19 place Lacaze Duthiers Maison de marchand ou d'armateur construite entre 1550 et 1600. Ancien four à pain 

" Ensemble de deux maisons de marchands ou d'armateurs construit entre 1550 et 1600. Domicile temporaire d'Edouard et de Tristan Corbière vers 1860. Création de la station biologique en 1872. Transformations, aménagement de la bibliothèque, de l'aquarium et du vivier peu avant 1900. Construction de nouveaux laboratoires et création du centre d'océanographie et de biologie marine du C.N.R.S. entre 1953 et 1971. Buste d'Yves Delage (1854-1920) , directeur, effectué par F. Sicard"

 

— La "maison Galliard" , maison du XVIe au 23bis place Lacaze-Duthiers (actuellement chambres d'hôtes Un balcon sur la mer). En réalité, la maison, placée devant l'église,  aurait été (re)construite par les familles Galliard et Vickers,  en style néo-gothique en 1905, comme en témoigne les clichés de l'album de Blanche Galliard, née Vickers (Sheffield, 1861-Roscoff 1930). Blanche Vickers avait épousé en 1886 à Florence Lucien Gallard, médecin à l'hôpital Lariboisière et ami de Babinski et Brissaud. Elle est la fille d'un industriel de l'acier (cloches), Naylor Vickers, et la  mère du parasitologue Henri Galliard. 

 Sur la façade de cette maison, une sculpture représente un personnage bossu, marin paysan, tenant dans sa main une tresse. Cette sculpture constitue la toute première représentation des marchands d’oignons dans l’espace public breton.

 

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Selon Jean Tanguy, 

"C'est de l'époque du règne d'Henri IV que datent également la plupart des maisons anciennes, ornées de lucarnes monumentales. Dans la conception des ouvertures, l'anse de panier fit place vers la fin du XVIe siècle, à l'arc de cercles ou plein cintre. Aujourd'hui, rares sont les maisons qui ont conservé leur physionomie originale : portes basses et cintrées, hauts pignons avec des lucarnes ornées d'entrelacs, de pilastres et de figures grimaçantes." Page 37

Les lucarnes sculptées.

Elles sont présentées aux visiteurs par un panneau émaillé placé rue Amiral-Réveillère. On y lit (les liens sont de moi, bien-sûr) :

"Le mot lucarne vient du latin lux, lucis, "lumière". Le Dictionnaire de la Technologie de la pierre de taille de Pierre Noël 1994 donne comme définition : "petite fenêtre fabriquée au toît d'une maison pour donner du jour aux greniers, aux combles". 

Au XIIIe siècle, on releva les toitures,  de sorte que l'on put aménager des pièces habitables dans les combles. Il fallu imaginer un système pour les éclairer : les LUCARNES étaient nées !

À Roscoff, une des richesses du patrimoine bâti tient en la conservation d'un grand nombre de lucarnes qui caractérisent fortement l'architecture de la cité. la variété de leur décor témoigne d'une ornementation particulièrement soignée. Bon nombre d'entre elles sont du type "lucarne flamande", c'est à dire en maçonnerie couronnée d'un fronton et datent du XVIe siècle, époque de l'âge d'or du commerce maritime et de la prospérité des négociants. 

Certaines ne sont plus à leur emplacement d'origine, ayant été démontées puis remontées sur d'autres demeures". D'aucuns les appellent "lucarnes baladeuses".

Je ne suis pas convaincu par l'emploi du terme de "lucarnes flamandes", qui se caractérisent par leurs rampants crénelés de redans.

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Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Par contre, les dessins de ce panneau permet de localiser les CROSSETTES.

 

Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Mais la seule photo qui montre une lucarne à crossettes, la première en haut à gauche, porte la légende "Place Lacaze-Duthiers". Or, cette lucarne se trouve aujourd'hui au 32 rue Amiral-Réveillère : un flagrant délit de "lucarnes baladeuses" ! Par contre, je n'ai pu trouver à quel numéro de la place Lacaze-Duthiers se trouvait la lucarne initialement.

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Détail de la plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

Détail de la plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Parmi ces lucarnes, j'ai retenu celles qui comportaient des crossettes figurées. J'en ai découvert deux, comportant chacune deux crossettes, sur deux maisons de la même rue, au 32 et au 25 de la rue Amiral-Réveillère, qui relie le port avec l'église. 

Au 32 rue Amiral-Réveillère on découvre trois crossettes : sur la lucarne, un homme buvant (?) et un dragon ailé. Sur le rampant du pignon, un lion.

En face, au 25 rue Amiral-Réveillère, nous sommes gratifiés par deux autres crossettes : un dragon et un lion.

En somme, les armateurs et négociants n'ont fait preuve d'aucune originalité et particularité dans le choix du décor des lucarnes, car ils ont repris les trois figures les plus fréquentes des crossettes du Finistère, le lion, le dragon et l'homme. Ils n'ont marqué ni le caractère maritime de leur activité (à la différence des nefs sculptés sur les murs de l'église), ni le caractère civil (non religieux) de leur demeure. On pourrait même dire qu'ils se sont inspirés des modèles que leur proposait l'église et les ossuaires de l'enclos paroissial, et plus largement de l'ensemble des sanctuaires bretons construits à la même époque ou auparavant.

Les maisons de Roscoff ne sont pas, tant s'en faut, les seuls bâtiments civils à orner leurs lucarnes de crossettes, puisque, par exemple, de nombreuses maisons de Landerneau (un autre grand port de commerce du XV et XVe siècle) en conservent de beaux exemples. 

Il n'y a donc pas de spécificité de l'iconographie des crossettes entre architecture civile et architecture religieuse au XVIe siècle. Les lions, les dragons et les êtres humains des hauteurs des édifices exercent le même rôle symbolique dans les deux cas : celui d'une protection contre la mort soudaine, ou de mise en garde vertueuse contre les conduites peu chrétiennes.

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1°) Le 32 rue Amiral-Réveillère.

Cette maison abrite aujourd'hui les locaux du Crédit Agricole. Carte MAPS.

La maison  (granite, seconde moitié XVIe) du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La maison (granite, seconde moitié XVIe) du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La lucarne.

Cette maison  est sommée par une lucarne à l'aplomb de la façade. Au centre, une fenêtre à meneau est soulignée par une double accolade. Au dessus, on voit l'ouverture carrée qui témoigne sans-doute de l'existence d'une potence permettant de hisser les marchandises ou les denrées dans le grenier.

Le rampant à crochet est sommé par un fleuron, et amorti par deux crossettes.

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Lucarne  (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Lucarne (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'homme buvant.

 

La crossette gauche est un homme, à cheveux mi-longs (à la mode bien avant le règne de Henri IV et même de  ses prédécesseurs immédiats), coiffé d'un bonnet, dont le bras gauche est tendu vers la jambe repliée dans la posture très habituelle de l'homme empoignant sa cheville (voir deux exemples sur les crossettes de l'église de Roscoff).  

La main droite tient un objet oblong. J'y vois une chopine, et je fais de ce personnage une figure de l'homme s'adonnant à la boisson, l'une des représentations très habituelles du Vice, avec le Goinfre, l'Acrobate, la Coquette (et son miroir), ou le ou la Lubrique. Sa conduite déréglée l'expose à la mauvaise mort, sans les secours de l'Église, et donc à la perdition.

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Homme buvant. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Homme buvant. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Comparaison avec l'homme de la face sud de l'église de Roscoff :

 

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Ou avec l'homme (buvant ?) de la face nord de l'église de Roscoff :

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Le dragon ailé.

Ce dragon est ailé, ses pattes reposent sur un appui (un os ??), sa queue forme un entrelacs .

Selon mon interprétation, il représente la puissance de la Mort, terrifiante mais bienveillante avec le bon chrétien, dans une sorte de fonction apotropaïque (qui détourne le mauvais sort). 

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Dragon ailé. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dragon ailé. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Comparaison avec un des dragons de l'ossuaire de l'église :

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ou avec le dragon de l'angle sud-est de l'église de Roscoff :

 

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b) Le rampant du pignon : un lion.

Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon  du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le lion.

Sa gueule est grand ouverte, sa crinière couvre son dos comme une courte pèlerine, des pattes antérieures et postérieures se rejoignent en prenant appui sur un objet qui est mieux identifiable ailleurs (Le Tréhou, par ex.) et qui est un os. Il ne brille lui non plus par son originalité, sauf par un détail. Sa queue, dont on voit le relief en demi-jonc en arc sous le ventre, semble doublée par un long  appendice trifide mais à la pilosité en peigne ou en plume qui s'étend derrière lui.

Comme le dragon, il montre la puissance de la Mort. 

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Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon  du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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2°) Le  25 rue Amiral-Réveillère.

Carte MAPS. et  Steet View rue Parmentier.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Roscoff_(29)_Rue_Amiral_Reveill%C3%A8re_n%C2%B025.JPG

Je peux m'assurer que celle-ci n'est pas une "lucarne baladeuse", car elle est visible sur une carte postale ancienne titrée La chapelle commémorative du débarquement de Marie Stuart.

Cette lucarne est la sœur jumelle  de la précédente, sur une maison  placée aujourd'hui presque immédiatement en face, dans la même rue. Elle en a la fenêtre à meneau et accolade double, le fleuron sommital et les rampants à crochets.

Cette maison est décrite par L'Inventaire ainsi dans la base Mérimée :

 "L'ancienne chapelle était considérée comme construite à l'emplacement du débarquement de Marie Stuart en 1548 au moment de ses fiançailles, mais datait plus certainement du 15e siècle. Elle se composait d'un rectangue percé de baies à meneaux, ainsi que d'une porte à l'ouest et une au midi. Au nord de la chapelle se trouve une maison dite de Marie Stuart, dont la cour intérieure est entourée d'un portique surmonté d'un étage d'habitation. Maison (cad. AC 324) : classement par arrêté du 21 février 1914 ; Porte et fenêtres de la chapelle Saint-Ninnien, dite de Marie Stuart, démolie, réédifiées sur la maison (cad. AC 324) : inscription par arrêté du 3 décembre 1930

Maison construite en 1561 pour François Geffroy ou Jaffres, marchand et gouverneur de l'église de Roscoff, habitant à l'île de Batz, sur un terrain acheté à l'évêque de Saint-Pol-de-Léon en 1560. Remises et celliers à arcades. Intérieur inaccessible ;  échauguette"

Voir photos associés 

 Ces données permettent de dater avec précision (en 1561) la lucarne et ses deux crossettes. Et, par similitude de proposer de dater la lucarne précédente d'une date identique, au début du règne de Charles IX.

Rappel historique avec Wikipédia .

Le port prospère grâce à l'importation chaque hiver de graine de lin  de Courlande via Anvers, principalement par des navires de Lübeck qui en ont le monopole dans la Baltique, des graines de lin récoltées au milieu de l'été en Lituanie et choisies exclusivement par la « manufacture » toilière des crées du Léon. Toutes celles des parties de l'arrière-pays qui sont impropres à la culture du blé forment alors une zone de production de renom international, la seconde en France après la région de Rouen. Développée lentement durant la seconde moitié du xve siècle, elle connait un boom à la Renaissance avec l'ouverture du marché anglais. La blancheur de cette toile de lin est appréciée pour faire du linge et sa régularité pour faire des voiles. Les toiles étaient réexportées du port de Morlaix, qui disposait d'un privilège, sur toute la côte atlantique jusqu'à l'Espagne d'où étaient importés au retour vin et huile, via Bilbao puis à partir de 1530 Séville, et au Portugal ainsi que leurs nouvelles colonies. Dans ce réseau, Roscoff, à côté d'une activité interlope séculaire, devient le principal marché des semences de lin. Son bureau de contrôle, sous l'autorité du juge des Requaires, les fait distribuer par des commissionnaires dans le haut Léon qui produit la rosconne et sa marque finira par en monopoliser au xviiie siècle le réacheminement via les succursales installées dans les ports du Trégor, d'où sortent les gratiennes, et de Penthièvre, où sont produites les Bretagnes.

 Comme partout en Léon, le capital accumulé est sacrifié [sic] à des constructions religieuses de prestige. Notre-Dame de Croaz Vaz est érigée entre 1522, année du saccage de Morlaix par les Anglo-espagnols, et 1545. La chapelle Saint-Ninien est construite à l'initiative de l'évêque et reçoit en 1538 l'assemblée capitulaire du minihy de Léon. Le 18 août 1548, la ville nouvelle accueille à son débarquement, le temps d'une prière, Marie Stuart, reine d'Écosse âgée de cinq ans et promise au Dauphin François pour réactiver l'Auld Alliance.

Un an plus tard, le Parlement de Bretagne accède à la demande du bourg de devenir une paroisse indépendante du minihy de Léon (dont le siège se trouve à Saint-Pol-de-Léon) puis, en 1550, alors que les représentants de l'ordre ancien Claude de Coetlestremeur, seigneur de Penmarc'h, et Jean de Kermellec, commandant du château du Taureau, se livrent à la piraterie sur les côtes du Léon et que la Réforme est au cœur des préoccupations, le roi Henri II l'autorise à sa doter d'une milice municipale d'arquebusiers. 

 Le xviie siècle, âge d'or des armateurs

De 1560 jusqu'à la fin du xviie, les terrains autour de l'église sont lotis par l'évêque-comte à des investisseurs du Léon, tels François Jaffres, marchand et gouverneur de l'église de Roscoff, en 1561 ou Olivier Le Maigre, pour construire des hôtels de négoce qui deviendront des résidences au xviiie siècle. Ils sont construits pour la seule traite, tel l'hôtel de Mathieu Le Hir du Carpont et de Keramanach en 1582, ou pour servir en sous sol de magasin, voire de maison fortifiée, telle celle du corsaire Chrétien Le Pappe qui eut à se défendre en 1592 contre le régiment paysan de la Sainte Union de Morlaix conduit par Bras de Fer. Ceux des bâtiments qui donnent, ou donnaient, sur le rivage participent au système défensif de la ville."

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25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La lucarne.

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La lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le dragon. 

Son corps est couvert d'écailles ou de pustules, sa queue s'entortille en faisant des nœuds savants, on devine une aile nervurée, il a donc tout du dragon de bonne extraction. Par contre, sa façon de tenir un ballon dans sa gueule comme le chien-chien et le bon toutou n'a rien d'orthodoxe : il faudra qu'il y renonce à jouer à super balle s'il veut faire un beau mariage dans la prestigieuse famille des monstres.

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Le dragon, crossette de la  lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le dragon, crossette de la lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le lion.

c'est une fois de plus un lion de crossette, avec cette habitude  de faire passer sa queue entre les pattes pour se balayer le dos avec son plumeau. 

J'en ai plein comme ça sur l'église de Roscoff.

 

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Le lion, crossette de la  lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le lion, crossette de la lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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. SOURCES ET LIENS.

— TANGUY (Jean)  1975, Le port et havre de Roscoff: ou, Histoire d'une vocation maritime, Éditions des Paludiers, 116 pages

— INVENTAIRE GENERAL DU PATRIMOINE CULTUREL

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=INSEE&VALUE_1=29239

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Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
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