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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 14:27

Le cénotaphe (début XVe) d'Olivier de Clisson et Marguerite de Rohan à l'église Notre-Dame-du-Roncier de Josselin. 

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Sur les gisants, voir aussi ici :

et aussi :

-- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

-- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

-- Le tombeau de saint Ronan dans la chapelle du Pénity de l'église de Locronan, partiellement par l'atelier du Folgoët.

-- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

--Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

 

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Ce qu'il reste du magnifique tombeau d'Olivier de Clisson et de sa seconde épouse Marguerite de Rohan, mutilé à la Révolution, se trouve aujourd'hui dans la chapelle Sainte-Marguerite, dans le transept Sud de la basilique Notre-Dame-du-Roncier située entre la rue Olivier de Clisson et la place Alain de Rohan.

Ce monument haut de 1,46 m, long de 2,72 m et large de 1,61 m, est une oeuvre importée commandée dans la 1ère moitié du XVe siècle (après 1407) à un atelier de Tournai par Alain VIII de Rohan, gendre d'Olivier de Clisson, et exécutée dans un marbre provenant de la région de Dinant en Belgique.  Elle fut mutilée en 1793, puis  fortement restaurée par le sculpteur rennais  Jean-Baptiste Barre en 1858 qui refit la tête d'Olivier de Clisson ainsi que le lion et le lévrier qui seront volés avant 1952.

Les gisants en marbre, grandeur nature, du   connétable Olivier de Clisson et de sa seconde épouse Marguerite de Rohan reposent sur une table en marbre noir poli. Cette dalle est posée sur un soubassement dont le flanc ouest est découpé d'arcatures flamboyante abritant sept pleurants en marbre blanc dont les têtes vraisemblablement encapuchonnées ont été brisées à la Révolution.

Le  lion et la  levrette placés aux pieds des gisants ont été volés après 1930.

Le tombeau était placé jadis dans le chœur de l'église, mais en 1858  il a été déplacé dans la chapelle Sainte-Marguerite, fondée par le connétable  en l'honneur de sa femme.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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La gravure du cénotaphe d'Olivier de Clisson, dessinée par Fr. Jean Chaperon et gravée par N. Pitau. a été publiée par Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 511, Paris, 1707, et  reproduite par Dom Morice en 1750-1756, Histoire.. .tome I page 440

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1041637p/f513.item.r=dom%20morice

 

 

Gravure du cénotaphe d'Olivier de Clisson, dessinée vers 1707 par Fr. Jean Chaperon et gravée par N. Pitau.

Gravure du cénotaphe d'Olivier de Clisson, dessinée vers 1707 par Fr. Jean Chaperon et gravée par N. Pitau.

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DU COTÉ DE MARGUERITE.
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Marguerite de Rohan (vers 1330-1406), est la fille d'Alain VII de Rohan et de Jeanne de Rostrenen. Elle a épousé en 1356 Jean IV de Beaumanoir (1310-1367), maréchal de Bretagne et héros du combat des Trente, puis en 1378, Olivier V de Clisson (1336-1407), connétable de France, comte de Porhoët et baron de Pontchâteau.



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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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La description de la dame du temps jadis :

"La coiffure carrée de Marguerite de Rohan, nommée escoffion, sa longue robe flottante ou cotte-hardie, et son surcot fourré d'hermines fournissent le modèle complet du costume des dames de la plus haute condition, à la fin du 14e siècle". (Emile Gilles, Au cœur de la Bretagne, 1912).

Flagrant délit !

Emile Gilles s'est contenté de recopier Christophe-Paulin de la Poix, chevalier de Fréminville (1834) :

"La statue de Marguerite de  Rohan nous offre un exemple du costume des dames du XIVe siècle. Ses cheveux sont tressés, et ces tresses partagées sur les côtés sont retenues à droite et à gauche dans un réseau orné de perles. La coiffure carrée qu'elle porte  par dessus s'appelait escoffion. Sur sa longue robe ou cotte-hardie elle est vêtue d'un surcot fourré d'hermine, et dont les manches sont longues et serrées." (De Fréminville, Antiq. p. 120)

Soyons précis.

"Les dimensions de la statue de la gisante sont les suivantes : longueur, l ,77 m ; largeur, 0,49 m ; hauteur à l'extrémité des mains, 0,32 m" (R. Couffon)

 

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Les "corniauds".

"les deux petites levrettes, sous les pieds de cette dernière, [ont] été remplacées par deux corniauds dont l'un met une patte dans sa gueule, détail amusant et de son époque, mais bien peu conforme à la réalité " (Couffon)

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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DU COTÉ D'OLIVIER.

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"Le connétable est représenté la tête nue, et son armure rappelle celles que portent les ducs Jean II et Jean III, que l'on voit dans l'église de Ploërmel." (Emile Gilles, Au cœur de la Bretagne, 1912).

"Clisson est représenté armé de toutes pièces, excepté la tête. Par dessus sa cuirasse, il porte une cotte d'armes ample et flottante, mais bien plus laisse même apercevoir par le bas une partie du haubergeon ou chemisette de mailles que l'on mettait encore souvent sous la cuirasse. Son épée est suspendue à son côté par un baudrier à demi déceint, [...]. Les brassards, les cuissarts et les grèves que porte ici Clisson ont peu de  lames articulées, ce qui les rendait plus solides mais ôtait  de la facilité au jeu de ces pièces d'armure, qui n'étaient  pas encore à cette époque aussi perfectionnées qu'elles le  furent vers la fin du siècle." Chevalier de Fréminville Antiquité de la Bretagne 1834.

On notera que sur ma photo, prise le 9 octobre 2016, l'épée n'est pas présente au coté gauche. Pourtant, elle est visible sur les photos publiées par Olivier Petit en 2016.

 

 

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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LE DÉBUT DE L'INSCRIPTION.

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L'inscription donnant l'identité du modèle est gravée sur le pourtour de la dalle :

CHI GIST NOBLE ET PUISSANT SEIGNEUR MONSEIGNEUR DE CLISON JADIS CONNESTABLE DE FRANCE SEIG DE CLISON DE PORHOUET DE BELLEVILLE ET DE LA GARNACHE / QUI TRESPASSA EN APRIL LE IOUR SAINT JORGE LAN M CCCC ET VII PRIEZ DIEU POUR SON AME AMEN

Alors que beaucoup d'auteurs donnent la leçon "ci gist",  Fréminville a lu, comme moi,  CHI GIST.....

Ce détail n'en est pas un, car en matière d'art funéraire, la graphie CHI GIST renvoie à des occurrences relevées dans le Nord et en Belgique, et donc à un tailleur de pierre proche de Tournai. Je trouve en ligne :

a) En  l'église de Cambrai , une dizaine d'épitaphes :

Chi gist sire Alexandre Bouillart, prêtre natif de Beauvais, chapelain de l'église, et de Me Guillaume Dufay , canonne de Cambrai, et trépassa l'an mil CCCC LXXIIII, le XX jour d'aoust. Dieu en ait les âmes.

Chi devant gist Gille Oston Chi devant gist ...Jean de Bietbeke..

Chi devant gist ...Pierre de Charpentier

etc

b) l'église de Saint-Georges à Huy (Liége) :

Chi gist johans Henri dit gran, johans de Warnant fils à Monsaingnour Amele de Warmant Chevalier ki trespassat l'an de grace M. CCC.LXXX & XV.le xvi.eme

c) Le monastère des Dominicains de Valentiennes: 10 exemples.

d) A Amiens, dans l'église des clarisses "en patois du pays".

"Sous moi pierre Chi gist Pierre De Mouchi Qui fut chi Mort bouté :Sa bonté Dieu lui fasse Voir en face"

e) Monastère de Baumont à Valencenes

Chi gist madame Marie , fille de monseigneur Jehan Hainyn , qui fut femme à monsieur Bauduin de le Motte, seigneur de Champiaul , chevalier , et trespassa l'an 1383 , au mois de septembre. 2 . Chi gist monsieur Jean de le Motte, fils de

f) A la chartreuse de Marly-les-Valenciennes :

"Mais les plus riches monumens sépulcraux de la chartreuse furent les tombes des Seigneurs d'Aymeries, grands-baillis du Hainaut, maréchaux et veneurs héréditaires de la province, dont l'un, peu de tems avant de mourir , fit une donation à ces religieux, en janvier 1494, à charge par eux de célébrer tous les ans, suivant l'usage de l'Ordre, un obit pour ses prédécesseurs et pour lui après sa mort, en présence du receveur de la Salle-le-Comte de Valenciennes, ce que frère Charles Sarraes, prieur, accepta par une promesse passée le 25 novembre 1493.

Il était tems: le seigneur d'Aymeries mourut peu après, et de magnifiques obsèques lui furent faites à la chartreuse , où on lui éleva, pour lui et pour les siens, un superbe mausolée. On y lisait l'inscription suivante:

Chi gist noble et puissant seigneur, Messire Anthoine Rolin , chevalier seigneur d'Authun, d'Aymeries et de Lens , Mareschal et Veneur héréditaire de Haynault, eu son temps Grand Bailly et Capitaine général dudit pays, qui trespassa l'an de grâce mil CCCC. IIIIXX XVII, le IIIIe jour de septembre. Et emprès luy, noble et puissante Dame, Dame Marie Dailly se compagne et espeuse, qui trespassa l'an de grâce mil CCCC. IIIIXX XVIII, le VIIIe jour du mois de juing. Priés Dieu pour leurs âmes.

Au dessous brillait celle de Louis Rolin son fils et de dame Gille de Beilaimont sa femme; elle était inscrite en lettres d'or comme suit:

Chi gist noble et puissant seigneur sire Loïs Rolin , chevalier, seigneur d'Authun, d'Aimeries et de Lens, Mareschal et Veneur héréditaire de Haynau, fllz de Messire Anthoine Rolin , en son temps Grand Bailly et Capitaine général de Haynau, et fina ses jours ledict Lois , l'an M. VcXXVIII, le XVII de septembre. Priez pour son ame.

Chi gist très-noble et vertueuse Dame Gille De Berlaimont, espeuse de très-noble chevalier sire Loys Rolin , lesquelz ensemble, esprins de grande dévotion, furent fondateurs de ceste chapelle, et trespassa ladicte Dame, l'an de grâce M. VcXLV, le XIIII de décembre. Priez pour son ame."


 

g) dans les Mémoriaux d'Antoine de Succa (Bibliothèque Royale de Bruxelles).

 Antoine de Succa,  né à Anvers vers 1567, reçut en 1600  une lettre patente des archiducs Albert et Isabelle l’autorisant à étudier les effigies des anciens princes des maisons d’Autriche, de Bourgogne, de Brabant et de Flandre, conservées dans le pays. Parcourant la région, en passant notamment par Tournai, Gand, Louvain, Bruxelles et Anvers, Antoine de Succa rassembla dans ses carnets de voyage, les dessins - ses « Mémoriaux » - qu’il réalisa de ces monuments peints ou sculptés, en y ajoutant ses commentaires. Aujourd’hui, beaucoup de ces monuments ont disparu. Seul subsiste le témoignage du peintre. On voit combien ce recueil est précieux pour comparer le cénotaphe des Clissons avec les monuments funéraires de Belgique. Les gisants sont très précisément décrits, avec leurs habits et leurs bijoux. Les inscriptions  y ont été relevées, et donne une dizaine d'exemples de la graphie CHI GIST :

 

Chi gist demiselle Perone de Waloncappelle, fillie monsignour de Waloncappelle, femme siere Wistace de Morcamp, qui trespassa en l’an de grâce Nostre Seigneur

Margarite de Craon, dame de Croy Chi gist noble et puissant seigneur, monseigneur Jehan, seigneur de Croy, de Rcnti et de Seninghem, chevalier, en son temps conseiller et chambellan du roy nostre sire, et de messeigneurs les ducz de Bourgonie, Philippe et Jehan, capitaine de Picardie et grant bouteillier de France, qui trespassa en la bataillie de Asincourt, le 25 jour d’octobre l’an 1415. Priés pour l’ame. Desur leur corps est un Nostre Seigneur environné des angels en leur donnant la bénédiction et céan derriere le grant autel en la chapelle de saint Saint Bertin.

Chi gist monseigneur Perre de Bailleul, chevalier, jadis marissails de Flandres, fieus monseigneur Jehan de Bailleul, qui trespassa l’an de grâce 1385 le 27 jour du mois de mai. Priés a Dieu pour l’ame de lui.

Chi gist me dame Jehane de Kerki, dame de Doulin, jadis feme monseigneur Perres de Bailluel, qui trespassa en l’an de grâce 1300.

Chi gist Baudin de Saint Orner, seigneur de Walloncapelle O maille Claremarctz O Chi gist messire Gerarts mooccr de Sutpene. Nous subsingés confessons que sieur Athone de Succa est venu extrare les anticques de nostre monastère. En tesmoing de qui ay signé ceste avecque mon signe manuel ce 7 de febvrier 1602. Frere Anthoine le Petit, prieur de Chartroux

In Sint Donas kereke Chi gist noble et poissant prinche de boene memoire monseigneur Loys conte de Flandres de Nevers et de Reihers qui trespassa en l’an de grace mil trois cents quarante et siis le xxvi jour dou mois d’aoust. Pryés pour l’ame de ly . 1346 - d’aust

 

  D'autres exemples pourraient être donnés, mais ceux-ci suffisent sans-doute à ma démonstration.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

Cénotaphe d'Olivier de Clisson et de Marguerite de Rohan, église Notre-Dame-du-Roncier à Josselin. Photographie lavieb-aile octobre 2016.

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DU COTÉ DE RENÉ COUFFON 1967.

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On verra bien que les sous-titres et les liens sont de moi...

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Pour une mise en bouche.

 

" L'église Notre-Dame-du-Roncier, à Josselin, ancienne chapelle du château, conserve, dans la chapelle Sainte- Marguerite, adjacente au chœur du côté sud, le cénotaphe du connétable de Clisson décédé en 1407.

C'est une tombe élevée, dont la table, en pierre noire polie, porte, couchées, les statues de marbre blanc du connétable et de l'une de ses deux femmes, statues en grandeur naturelle. Leurs têtes sont abritées sous des dais presque entièrement refaits suivant l'inscription en petites capitales qui y figure : « fait d'après les fragments anciens ».

Les gisants sont entourés d'un encadrement également de marbre blanc et dont quelques éléments sont d'origine. L'une des faces du tombeau, moderne, est décorée de sept arcatures tréflées en albâtre, presque entièrement restituées elles aussi, mais dont quelques éléments anciens se reconnaissent à leur teinte plus foncée. Elles ont été fixées à une hauteur qui eût été insuffisante pour abriter les pleurants en ronde bosse originaux s'ils avaient été intacts ; malheureusement, tous sont décapités.

Le lion, d'excellente facture, qui existait intact aux pieds du connétable a été volé il y a une dizaine d'années (Une excellente photographie du lion a été reproduite par R. Grand, Mélanges d'archéologie bretonne, Nantes-Paris, 1921, p. 87 ; d'autres existent heureusement aux Archives photographiques.).

Jadis dans le chœur de l'église, ainsi qu'il était normal, le connétable étant prééminencier depuis l'achat, le 21 juillet 1370, du comté de Pothoet au comte d'Alençon, le monument fut mis en pièces en 1792."

 

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La restauration par Barré à Rennes.

"Les débris en furent recueillis en 1829, sur l'ordre de M. de Chazelles, préfet du Morbihan, et encastrés alors provisoirement dans un mur de l'église ; les statues des gisants furent envoyées à Barré, sculpteur à Rennes, pour remise en état ; elles y demeurèrent longtemps en attente.

Interrompue, en effet, par la Révolution de 1830, la restauration ne reprit qu'au milieu du XIXe siècle ; la tête, les mains et les jambes du connétable ont été, notamment, entièrement restituées (Une note de M. Bizeul, qui vit les statues chez Barré, donne d'utiles indications sur leur état. Voir Bulletin monumental, t. IX, 1843, p. 654-661 ). La tête originale, extrêmement mutilée, subsiste encore dans une collection particulière de Rennes. Une gravure ancienne, malheureusement un peu sommaire, a été publiée par Dom Lobineau (Histoire de Bretagne, t. I, p. 511, Paris, 1707, gravure dessinée par Fr. Jean Chaperon et gravée par N. Pitau. ) et reproduite par Dom Morice (Histoire de Bretagne, t. I, p. 440, Paris, Delaguette, 1750 ). "

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Une étrange imprécision : on ne sait qui est l'épouse. 

"Ce tombeau présente deux particularités surprenantes :

1° II ne porte aucune armoirie et, sur la gravure ancienne, il n'en figure pas non plus.

2° L'inscription relevée sur le tombeau et reproduite par Guépin, de Fréminville et Bizeul ne concerne que le connétable et ne donne aucun nom de femme ; la voici :

"Cy gist noble et puissant seigneur, monseigneur Olivier de Clisson, jadis connestable de France, seigneur de Clisson, de Porhoet, de Belleville, de la Garnache qui trespassa en apvril le jour Saint-Jorge, l'an M.CCCC et VIL Priez Dieu pour son âme. Amen "

(Inscription reproduite dans Ogée, Dictionnaire de Bretagne, nouvelle édition par A. Marteville et P. Varin, t. I, p. 370, Rennes, 1845, et dans du Halgouet, Essai sur le Porhoet, Paris, Champion, 1906, p. 80-81. ).  Dom Lobineau et Dom Morice n'ont pas indiqué non plus de nom de femme."

 

Un consensus pour Marguerite.

"Cependant, aucun des érudits qui ont étudié l'église de Notre-Dame-du-Roncier n'a mis en doute que le tombeau soit celui du connétable et de sa seconde femme, Marguerite de Rohan. Tous ont, en effet, rappelé l'article formel du testament du connétable concernant sa sépulture (Dom Morice, Preuves, II, col. 779 et suiv. ) :

« Je vieuil commande et ordonne que mon corps, après mon decez de ce siècle, soit baillé et livré à la sépulture de nostre Mère sainte Eglise, laquelle sépulture je eslis en l'Eglise de Nostre-Dame de Jocelin, joignant de la sépulture de ma très chère et très aimée compagne Marguerite de Rohan que Dieu absolve. Item, vueil et ordonne que une belle tombe et honeste soit faite et mise sur les corps de ma dite compagne et moy et dessus ycelle soient les ymages de nous deux à l'ordonnance de nos exécuteurs cy après nommés. »

 

Marguerite ou Béatrix ? Une énigme historique d'intérêt tout à fait secondaire...

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"L'identification des deux gisants ne prêtait donc à aucune ambiguïté, semblait -il ; et cependant, dans son Iconographie bretonne, le marquis de Granges de Surgères, en mentionnant la gravure de Dom Lobineau reproduite dans Dom Morice, a ajouté qu'elle représente le connétable couché sur son tombeau et, à ses côtés, sa femme Beatrix de Laval (Marquis de Granges de Surgères, Iconographie bretonne, t. I, p. 126, Rennes-Paris, 1888.), alors que, ainsi que nous venons de le dire, dans ces deux Histoires de Bretagne, la légende de la gravure ne porte aucune mention de Beatrix de Laval, pas plus d'ailleurs que de Marguerite de Rohan.

[NDR : "Beatrix de Laval = Catherine-Beatrix de Laval sinon on ne comprend plus rien]

Le marquis de Surgères, très versé dans l'armorial breton, n'ignorait certainement pas les deux mariages du connétable ; s'il a mentionné Beatrix de Laval alors que son nom ne figure pas sur les planches auxquelles il renvoie, c'est certainement parce qu'il avait eu en main un document à ce sujet.

Il est aisé de voir que celui-ci n'est autre que la déclaration au roi faite le 4 septembre 1679 par Marguerite, duchesse de Rohan, lors de la réformation du duché, document important puisque tous ses articles furent soigneusement contrôlés par les commissaires ( de la Déclaration de 1679 d'après l'acte conservé aux Archives nationales, et notamment de ce qui concerne le tombeau d'Olivier de Clisson et de Beatrix de Laval, n'en ait pas tenu compte dans sa description du tombeau où il mentionne Marguerite de Rohan. Du Halgouet, Essai sur le Porhoet, loc. cit., p. 273 et suiv. ).

Or, cette déclaration donne, entre autres, sur l'église Notre-Dame-du-Roncier et sur le tombeau, des indications fort précieuses pour l'histoire du monument ; nous les transcrivons ci-après :

« Dans laquelle église de Notre-Dame et au cœur d'icelle, il y a un tombeau de marbre blanc et noir élevé de trois pieds sur lequel sont en bosse les représentations de feu de Bonne mémoire Monseigneur Olivier de Clisson, jadis connestable de France, comte du dit Porhouet, etc.. et de deffunte Madame Beatrix de Laval son épouse, dans lequel coeur il y a du côté de l'évangile un banc-accoudoir armoyé d'un écusson couronné mi-parti des armes de Rohan et de la Hunaudaye avec le droit de nomination et présentation de sept chapelains de la dite église ( Armes d'Henri de Rohan, vicomte de Rohan et comte de Porhoet, et de sa femme, Françoise de Tournemine. Henri mourut en 1573 sans postérité et sa succession fut recueillie par son frère, René II de Rohan, dit le baron de Frontenai. ).

« Et au côté du dit cœur, vers le nord, est une chapelle de Sainte-Catherine dans laquelle est, en partie sous la voûte plus haute vers le sacraire, un charnier en terre auquel se voit que sont inhumés les corps des anciens seigneurs comtes de Porhouet ou d'autres de leur maison. « Et du costé vers le midi est une autre chapelle nommée de sainte Marguerite dans laquelle autrefois on inhumait les officiers et domestiques des anciens seigneurs comtes du dit Porhouet. « Pour faire la séparation de laquelle chapelle de lad. église, il y a une basse voûte dans l'épaisseur de la muraille avec une grande grille de fer du costé de la chapelle de Sainte Marguerite et du côté du chœur. « Pour aller sous laquelle voûte il y a portes voûtées, l'une vers le cœur et l'autre vers la chapelle et une troisième vers l'oratoire. »

Nous sommes donc en possession de deux actes officiels et authentiques contradictoires. Le dernier en date ne serait évidemment pas d'un grand poids si l'on ne constatait, en même temps, cette absence tout à fait anormale d'armoiries, tant sur la robe de la comtesse de Porhouet que sur le tombeau, ainsi que l'absence de légende sur la gravure du tombeau, de la part des historiographes de la maison de Rohan qui en avaient eu tous les titres entre les mains dans le chartrier de Blain. Beatrix de Clisson, héritière de Josselin et fille de Beatrix de Laval, a-t-elle voulu que ce soit sa mère et non sa belle-mère qui figure sur le tombeau?

N'a-t-elle pas craint plutôt que le tombeau de son père et de Marguerite de Rohan n'amène des complications sérieuses, dans la succession du connétable, de la part des Beaumanoir, issus du premier mariage de Marguerite de Rohan? Nous ne le saurons sans doute jamais. Il est, en effet, extrêmement regrettable que, dans son aveu rendu le 15 août 1519 au château de Blain, Jacques de Rohan, comte de Porhouet, n'ait pas détaillé ses intersignes de noblesse comme il l'a fait pour toutes les rentes qui lui étaient dues.

D'ailleurs, cette petite énigme historique est, on doit le reconnaître, d'un intérêt tout à fait secondaire, et il importe assez peu, à l'heure actuelle, que la gisante soit Beatrix de Laval ou Marguerite de Rohan."

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Où l'auteur s'interroge de savoir où fut exécuté le tombeau du connétable.

"L'intérêt du cénotaphe est ailleurs et il est grand, ce monument étant l'une des très rares œuvres datant du début du XVe siècle en Bretagne.

L'on sait, en effet, que, pendant toute la guerre de succession du duché, la province fut mise à feu et à sang, et qu'après la bataille d'Auray, le duc, imité par ses grands vassaux, s'occupa avant tout de relever ses forteresses et fort peu des édifices religieux ; il fallut l'attentat de Chantoceaux pour renverser les tendances. Pendant un siècle, il n'y eut donc, en fait, aucune commande d'œuvre d'art et, par conséquent, aucun atelier ; aussi serait-il fort intéressant de savoir où fut exécuté le tombeau du connétable. Malheureusement, l'absence actuelle de documents d'archives et la mutilation profonde de 1792 rendent cette recherche extrêmement difficile."

 

Un atelier anglais ? Jamais, s'écrit Olivier !

"La similitude des tombeaux de Jean IV et du connétable, sur les gravures publiées par les bénédictins [Dom Lobineau et dom Morice], a amené certains auteurs à estimer que le second était, comme le premier, une œuvre anglaise (Voir Bizeul, Bulletin monumental, 1843, loc. cit. ). Mais, si le dessinateur a, en effet, reproduit la même infrastructure dans les deux monuments, il s'est, tout au moins en ce qui concerne Josselin, fort peu soucié de la réalité. Les arcatures sont fort différentes de celles reconstituées d'après les éléments anciens subsistants et les pleurants n'y sont pas représentés. L'on peut même se demander si la levrette figurée aux pieds de la châtelaine a bien existé et s'il n'y avait pas plutôt deux petites levrettes, ainsi que le font supposer les parties subsistantes de leurs corps. Il aurait donc existé deux ou trois levrettes, mais certainement pas une seule, comme indiqué. D'ailleurs, s'il était normal que Jeanne de Navarre, devenue reine d'Angleterre, ait commandé à des artistes anglais le tombeau de son premier mari, le connétable de Clisson, ennemi juré des Anglais, eût certainement tressailli sous un monument exécuté outre-Manche !"

 

Un atelier bourguignon ? (l'auteur pense aux tombeaux de la chartreuse de Champmol, aujourd'hui au Musée de Dijon)

 

"Ce tombeau en marbre noir et blanc, avec ses gisants couchés sur la table et ses pleurants en ronde bosse tout autour, offre à première vue une parenté évidente avec les tombeaux dijonnais et le tombeau un peu postérieur de Souvigny ; son origine bourguignonne serait d'ailleurs plausible. Rappelons, en effet, que Jean V fut jusqu'en 1404 sous la tutelle de Philippe le Hardi et qu'il entretint dans la suite d'excellents rapports avec la cour de Bourgogne. Il est donc vraisemblable que les Rohan, dont le fils de Beatrix de Clisson, Alain IX de Rohan, avait épousé en 1407 Marguerite de Bretagne, sœur de Jean V, aient, eux aussi, admiré Champmol.

Un examen plus attentif montre cependant que le tombeau de Josselin diffère notablement de ceux de Bourgogne par le canon des pleurants qui y sont beaucoup plus élancés. Bien qu'à Josselin ceux-ci soient tous décapités, le rapport de leur hauteur à leur largeur est sensiblement constant et varie de 2,62 à 2,67, alors que dans les tombeaux bourguignons il est de 2,1 à 2,3. Autant que l'on puisse restituer quelques-unes des têtes, celles-ci auraient environ le 1 /7 de la hauteur du corps au lieu de 1 /6 à Dijon."

 

Un atelier de Tournai ? La dalle est en pierre noire de Meuse.

"Ce canon des pleurants de Josselin se rapproche ainsi très nettement de celui des ateliers tournaisiens, entre autres de celui pratiqué par Jean Lomme (Voir, sur ces canons, P. Quarré, Le tombeau de Pierre de Bauffremont, chambellan de Philippe le Bon, dans Bulletin monumental, t. CXIII, 1955, p. 103. ).

Précisément, la dalle polie portant les statues d'Olivier de Clisson et de sa femme a subi, au-dessus du dais du connétable, quelques érosions permettant de voir quelle est en pierre noire de la Meuse ; l'on sait d'ailleurs qu'à cette époque Dinant, Tournai et Liège fournissaient beaucoup de ces dalles dans lesquelles toute une dynastie de tailleurs de pierres, les Taillefeu, était, entre autres, spécialisée. En particulier, c'est à Liège que fut commandée plus tard, par Jean Perréal, la dalle du tombeau du duc François II à Nantes.

Les sculpteurs tournaisiens étaient, dès la fin du XIVe siècle, des tombiers réputés qui se rendaient même en dehors de leur ville. Rappelons qu'en 1378 est aussi mentionné, à Troyes, Hennequin de la Place, qu'en 1386-1387 Nicolas de Hans, alias Claux de Haine, travaille pour Philippe le Hardi, qu'à Douai, en 1393, est occupé Jacques de Brubé et à Cambrai, en 1400, Jean Tuscap.

Enfin, l'on sait qu'en 1411 Janin Lomme se rendit à la cour de Navarre, à Pampelune, où il sculpta les tombeaux de Charles le Noble et de sa femme Léonore en 1416, de leur fille Jeanne (t 1425), du frère naturel du roi Lionel de Navarre (t 1413) et, à Tudela, en 1417, le monument du chancelier Frances de Villa-Espesa (Voir E. Bertaux, Le mausolée de Charles le Noble à Pampelune et l'art franco-flamand en Navarre, dans Gazette des Beaux-Arts, 1908, II, p. 89-112, et Paul Rolland, La sculpture tournaisienne, Bruxelles, 1944. )"

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Des ressemblance troublantes avec des œuvres tournaisiennes.

"Or, plusieurs détails de ces tombeaux tournaisiens se retrouvent à Josselin.

C'est ainsi que la dalle funéraire de Beatrix de Beaumont (+ 1419) et de son fils Guillaume de Melun (f+1407), à Antoing, possède aussi un encadrement sculpté autour des gisants, détail assez rare, et que le lionceau sous les pieds de Guillaume et le petit chien sous les pieds de Beatrix sont très proches, comme facture, du lion et des petits chiens de Josselin, tout au moins, pour ces derniers, des restes primitifs subsistants.

Il est, en effet, regrettable que, sur le tombeau du connétable et de sa femme, les deux petites levrettes, sous les pieds de cette dernière, aient été remplacées par deux corniauds dont l'un met une patte dans sa gueule, détail amusant et de son époque, mais bien peu conforme à la réalité ; il est vrai que l'architecte chargé de la restauration des tombeaux des ducs de Bourgogne, Claude Saintpère, s'était fait représenter en redingote pour remplacer l'un des pleurants manquants (P. Quarré, Bulletin de la Société des Antiquaires de France, communication du 17 novembre 1948. ) !

Mais notons surtout la très grande similitude, comme modelé, de la figure de la femme du connétable et de la reine de Navarre du tombeau de Pampelune, ainsi que d'autres détails très particuliers, tels les plis des robes sur lesquels sont posées les levrettes. Il y a lieu, cependant, de signaler que la châtelaine de Porhouet a les yeux clos, influence italienne, alors que la reine de Navarre a les yeux ouverts. Là encore, notons que Jeanne de Navarre, sœur de Charles le Noble, avait épousé Jean de Rohan, veuf de Jeanne de Léon, et avait élevé son beau-fils Alain, époux de Beatrix de Clisson : il n'est pas impossible que ceux-ci, cherchant un artiste pour l'exécution du tombeau du connétable, aient eu connaissance des projets des tombeaux de Navarre."

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Où l'auteur se décide pour Tournai.

 

"Malgré l'absence complète de documents, tous ces détails permettent, croyons-nous, d'affirmer que le tombeau de Josselin est une œuvre tournaisienne, sans que l'on puisse malheureusement indiquer son auteur et le lieu où il fut exécuté. Il a cependant, malgré ces lacunes, une certaine importance pour l'histoire de l'art ; car, si les tombeaux tournaisiens sont mentionnés en de nombreux endroits à la fin du XIVe et au début du XVe siècle, aucun existant n'avait été signalé en Bretagne, qui, rappelons-le, possède le très beau retable de Runan, en pierre bleue de Tournai, du premier quart du XVe siècle et sensiblement contemporain du tombeau de Josselin.

 

Il y a lieu de mentionner également un autre tombeau, très semblable à celui de Josselin, mais aujourd'hui détruit : celui de Louis de Laval-Châtillon, qui décéda le 21 août 1489 et fut inhumé en l'église Saint-Tugdual de Laval. Il nous est connu par une miniature attribuée à l'atelier de Jean Colombe (Bibl. nat., fonds latin 920 : Heures de Louis de Laval-Châtillon, fol. 334 v°. ), mais malheureusement le Cartulaire des seigneurs de Laval ne contient aucun document relatif à l'exécution de ce monument. Tout ce que l'on peut remarquer, c'est que Louis de Laval, d'après cette miniature qui le représente avec des cheveux noirs, fît exécuter ce tombeau une vingtaine d'années avant sa mort (par Jean Fouquet vers 1479 et où Louis de Laval a les cheveux rares et très gris [ibid., fol. 51). "

 

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    ... ET DU COTÉ DE M. BISEUL EN 1843.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31027v/f682.item

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    "Tombeau d'Olivier de Clisson à Josselin.

    Au mois de février de l'an 1406 suivant l'ancienne manière de compter (l'année 1407 ne devant commencer qu'à la fête de Pâques suivante) Olivier de Clisson presque octogénaire, se mourait dans son château de Josselin. Il n'avait jamais connu le  repos son lit de mort ne devait pas être paisible. Le duc Jean V digne héritier de Jean de Montfort, son père, de celui qui ne recula pas devant le lâche guet-apens du château de l'Hermine ni devant l'assassinat que commit à son instigation Pierre de Craon, Jean V au mépris du traité signé par sa mère et du droit que ce traité accordait au connétable de relever appel au parlement de Paris l'avait fait condamner pour crimes et malefices à une prison perpétuelle, et rassemblait ses hommes d'armes pour aller attaquer ce vieux lion greveusement détenu de maladie car, malgré cet état, il ne fallait rien moins qu'une armée pour mettre à exécution une sentence contre un tel personnage. Clisson voulant mourir en paix, acheta le repos de ses derniers jours, et le duc n'eut pas honte d'exiger cent mille livres pour cette sorte de rançon si lâchement extorquée, et cela dans le temps même où il mariait sa sœur avec Alain IX de Rohan, petit- fils du héros qu'il persécutait. 

    Ce fut alors que Clisson dicta ce long testament recueilli par dom Morice aux archives de Nantes, et un codicile presque aussi long qui existait au château de Blain. Ils n'ont été publiés que par extraits au t. 2 p. 779 et 782 des preuves de l'histoire de Bretagne. 

    On lit dans ce testament 

    « Premierement je recommande mon âme a Dieu nostre dit pere et createur, a la benoiste et glorieuse Vierge Marie, e a Monsieur Sainct Michel et a toute la devote compaignie de Paradis. Apres, je vueil commande et ordonne que mon corps, aprez mon decez de ce- siècle, soit baillé et livré à la sepulture de nostre Mère Saincte Eglise, laquelle sepulture je eslis en l'église de Nostre-Dame de Jocelin, joignant de la sepulture de ma tres-chere et tres-amée compaigne Marguerite de Rohan que Dieu absolle.. Item vueil et ordonne que une belle tombe et honneste soit faicte et et mise sur les corps de ma dicte compaigne et moy, et dessus ycelle soient les ymaiges de nous deux, à l'ordonnance de nos executeurs cy aprez nommez...: Item, je laisse et donne a la dicte eglise (de N.-D. de Jocelin ) deux  de mes bréviaires, lesquelz soient enchaisnez sur la sepulture de ma dicte compaigne et de moy, pour l'usage des chapellains et clercs qui y viendront dire leurs heures. 

    Marguerite de Rohan, seconde femme d'Olivier de Clisson était fille d'Alain VII, vicomte de Rohan, et de Jeanne de Rostrenen, et veuve de Jean, sire de Beaumanoir. Elle n'eut pas d'enfants de son second mariage. Son neveu, Alain VIII de Rohan, fils de son frère Jean 1er. épousa Béatrix de Clisson fille du premier mariage du connétable avec Catherine de Laval. Ce mariage qui unissait deux illustres maisons, porta dans celle de Rohan, la plus grande partie des terres immenses que Clisson possédait en Bretagne. Marguerite était morte peu de temps avant son mari. Son testament est du l4 décembre 1406. 

    J'ai fait de vaines recherches pour trouver quelque chose de relatif à la construction du tombeau des deux époux. Il est à croire que cette construction eut lieu dans les cinq années qui suivirent la mort du connétable, espace de temps pendant lequel on régla le partage de sa succession entre ses deux filles Béatrix, vicomtesse de Rohan, qui, comme aînée et d'après le testament de son père prenait les deux tiers, et Marguerite, comtesse de Penthièvre, qui revendiqua si long-temps pour ses enfants le légitime héritage de Jeanne- la-Boiteuse, leur aïeule paternelle. Les deux sœurs durent contribuer proportionnellement aux frais de l'édification du tombeau. 

    L'auteur de cet élégant ouvrage est inconnu. Le nom d'aucun tailleur d'imaiges de cette époque n'a été conservé en Bretagne. Dans la partie du testament d'Olivier de Clisson, qui n'a pas été reproduite dans les preuves de dom Morice, on trouve un legs de trente livres fait à maistre Jehan le maczon maistre de l'œuvre du chasteau Jocelin. Ce maistre Jehan, nommé maczon, sans qu'on sache si ce nom était propre ou qualificatif, ce maistre de l'œuvre du chasteau Jocelin, qui exécutait, là et ailleurs, les nombreuses constructions ordonnées par le connétable qui, comme le dit d'Argentré, avoit esté grand bastisseur en son temps, cet artiste, dis-je ne pourrait-il pas être considéré comme ayant taillé les patrons des ymaiges et mis en œuvre le tombeau de son maître ? Ceci n'est qu'une simple conjecture et je ne la donne que pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire comme un faible renseignement. 

    Une autre conjecture.qui n'aurait guère plus de force que la précédente, ce serait que le tombeau du sire de Clisson aurait été fait par les mêmes ouvriers que celui de Jean IV, qui était placé dans le chœur de la cathédrale de Nantes. Un sauf-conduit recueilli par Rymer, t. VIII, p. 510 et par dom Morice preuv. t. II, p. 816, et donné par le roi d'Angleterre au patron de la barge ( bargea) le St. Nicolas de Nantes, nous fait connaître les noms de ces ouvriers, qui venaient d'être reconduits en Angleterre au mois de février  1409. C'étaient Thomas Colyn, Thomas Holewell et Thomas Poppehowe. Cet acte nous apprend encore qu'ils étaient venus à Nantes par l'ordre de la reine d'Angleterre, pour asseoir et poser sur la sépulture du duc de Bretagne, son premier mari, une tombe d'albâtre quamdam tumbam alabastri
    Le tombeau du duc Jean IV a été détruit encore plus complètemenf que celui de Clisson car il n'en reste absolument rien. Heureusement pour nous, dom Lobineau les avait fait dessiner l'un et l'autre par frère Jean Chaperon et en inséra la gravure dans son Histoire de Bretagne. Dom Morice, dans la sienne, a reproduit les mêmes gravures. En comparant ces deux tombeaux on est frappé de la grande analogie qui existe entre leur genre d'ornementation et ceci pourrait confirmer l'idée qu'ils sont dus à ces trois anglais qui retournèrent dans leur pays au commencement de 1409. Quoi qu'il en soit, le tombeau resta dans la chapelle de N.-D. de Josselin pendant près de quatre siècles. Autour de la pierre qui supportait les figures se lisait et se lit encore en caractères du temps : Cy gist noble et puissant seigneur Monseigneur Olivier de Clison, connetable de France, segneur de Clison, de Porhouet, de Belleville et de la garnache, qui trepassa en apvril le jour Saint Jorge l'an M. CCCC et VII. Priez Dieu pour son ame. Amen.

    J'emprunte à M. de Fréminville (Antiq. Du Morbihan 1835, p. 120) la description des statues.

     

    « Sur cette table de marbre noir étaient placées les statues couchées et en marbre blanc du connétable et de Marguerite de Rohan, sa femme, enterrée à côté de lui. Clisson est représenté armé de toutes pièces, excepté la tête. Par dessus sa cuirasse, il porte une cotte d'armes ample et flottante, mais bien plus laisse même apercevoir par le bas une partie du haubergeon ou chemisette de mailles que l'on mettait encore souvent sous la cuirasse. Son épée est suspendue à son côté par un baudrier à demi déceint, ce qui, suivant le sentiment de quelques antiquaires, signifie que le chevalier est mort a naturellement et dans son lit tandis que ceux qui perdaient la vie sur un champ de bataille étaient représentés  avec l'épée ceinte ou même nue à côté d'eux ; opinion vraie dans beaucoup de cas et par exemple dans celui-ci,  mais qui souffre de nombreuses exceptions. Les brassards, les cuissarts et les grèves que porte ici Clisson ont peu de  lames articulées, ce qui les rendait plus solides mais ôtait  de la facilité au jeu de ces pièces d'armure, qui n'étaient  pas encore à cette époque aussi perfectionnées qu'elles le  furent vers la fin du siècle. La statue de Marguerite de  Rohan nous offre un exemple du costume des dames du XIVe siècle. Ses cheveux sont tressés, et ces tresses partagées sur les côtés sont retenues à droite et à gauche dans un réseau orné de perles. La coiffure carrée qu'elle porte  par dessus s'appelait escoffion. Sur sa longue robe ou cotte-hardie elle est vêtue d'un surcot fourré d'hermine, et dont les manches sont longues et serrées. » 

     

    .

    Le tombeau du connétable fut, comme je l'ai déjà dit, démoli et brisé dans la Révolution. Un renseignement recueilli par M. de Fréminville, près d'un habitant de Josselin, apprend qu'à la même époque, on fouilla le tombeau qu'on y retrouva toutes les pièces de l'armure d'Olivier de Clisson, qui paraît avoir été enterré revêtu de toutes ses armes, et que ces intéressants objets ont été dispersés et perdus. 
    Les statues mutilées et quelques parties de cette élégante dentelle de marbre, qui était si gracieusement suspendue au-dessus de la tête des deux époux, le lion, la levrette, restèrent longtemps dans la sacristie de l'église de Josselin. Dans le voyage qu'elle fit en Bretagne en 1828 Madame la duchesse de Berry témoigna le désir que le tombeau de  Clisson fût restauré et donna 2,000 fr. pour cet objet. On ne sait pas précisément ce qui en advint; mais on vit s'élever, en 1830, dans le bas côté de la même église, une construction tumulaire, que M. Mérimée a comparée, avec beaucoup de raison, aux plus ridicules édifices du cimetière du Père Lachaise, et sur lequel, pour combler l'absurde, on a écrit ces mots « Tombeau érigé en 1407 au connétable Olivier de Clisson et à Marguerite de Rohan son  epouse détruit pendant les troubles révolutionnaires et restauré en 1830 !

    Or, il est bon de savoir qu'aucun des fragments de, l'ancien tombeau n'est entré dans la composition du très moderne sarcophage. Au contraire, à la même époque, on envoya à Rennes les deux statues, le lion et un panneau des ornements qui étaient placés sur chacune des faces du piédestal. Ils y sont restés, depuis cette époque chez M. Barré, sculpteur, qui les retient comme gage d'une somme de 150 ou 200 fr, qui lui est due, on ne peut dire au juste par qui. 

    La statue du connétable est brisée à un tiers de la longueur des cuisses les genoux, brisés aussi, existent encore. 
    La tête est fort belle, mais une grande partie du nez est emportée. Marguerite de Rohan a le corps brisé à peu près par la moitié, et d'une manière oblique, mais les deux parties se rapprochent très-exactement. La restauration de cette statue serait d'autant plus facile qu'elle a reçu par ailleurs assez peu de mutilations. Le lion est presque intact, ainsi que le panneau d'ornements. 

    Tous ces objets sont placés dans la cour de l'atelier de M. le sculpteur Barré, et sont exposés à toutes les intempéries. 

    Beaucoup d'autres fragments du même tombeau sont restés dans la sacristie de Josselin, et il est à craindre que des acheteurs d'objets curieux ne parviennent, par des offres qui paraîtront avantageuses, à s'emparer de la majeure partie de ces débris. 

    On peut juger par ces détails, que tout ce qui nous reste du tombeau de Clisson, est en péril de plus d'une façon et qu'il est grand temps que la Société conservatrice s'en occupe. 
    Déjà dans la séance tenue à Paris le 25 janvier 1842. M. le comte de Saint-Pricst a fait entendre à ce sujet une 
    vive et éloquente réclamation. Je la renouvelle aujourd'hui et je demande 1°. Qu'il soit pris sur les fonds de la Société la somme suffisante pour désintéresser M. le sculpteur Barré 2°. Que les statues et autres fragments qui sont à Rennes soient provisoirement transportés dans un dépôt public, aux frais de la Société; 3°. Que l'inspecteur des monuments dans le département du Morbihan fasse un inventaire de tous les débris du même tombeau qui sont restés à Josselin et qu'il s'entende pour leur entière conservation, avec M. le curé de la paroisse de Notre-Dame &°. Enfin que la Société sollicite, avec les plus vives instances près de l'autorité la restauration complète, dans son ancienne place, d'un monument qui intéresse l'une des gloires de la Bretagne et on pourrait même dire de la France. "

     

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    SOURCES ET LIENS.

    —Notice du Petit patrimoine :

    http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=56091_5

    — Notice de Christel Douard pour la base Palissy :

    http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM56003462

    — COUFFON (René), 1967,  "Le cénotaphe du connétable de Clisson à Josselin", Bulletin Monumental   Volume 125  Numéro 2  pp. 167-175

    http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1967_num_125_2_4853

    — DOM MORICE. Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne. Tome 1 / , composée sur les auteurs et les titres originaux... & enrichie d'une dissertation sur l'établissement des Bretons dans l'Armorique et de plusieurs notes critiques. Par Dom Pierre-Hyacinthe Morice,...Mats, Jean du (seigneur de Terchant et de Montmartin). Taillandier, Charles (1706-1786). impr. de Delaguette (Paris)[puis] impr. de Vve Delaguette (Paris)  page 440.

     

    — GÉNIAUX (Charles), 1912, La Bretagne Vivante, page 263.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5786120v/f272.image.r=croquis+de+guerre.langFR

    — GILLES (Emile), 1912,  Au cœur de la Bretagne.

    — PETIT (Olivier), 2016, La France médiévale 

    http://lafrancemedievale.blogspot.fr/2016/07/josselin-56-gisants-dolivier-de-clisson.html

    — POSTEL (Jérôme Jean), 1844, "La Bretagne de Jérôme  édition 1844

    "L’église principale, dédiée à Notre-Dame-du-Roncier, fut construite ou plutôt réparée en 1400 : car tout porte à croire que sa première fondation date du XIe siècle ; on voit encore sur ses murs les armes du duc de Rohan. Le chœur de cette église renfermait autrefois le tombeau de Clisson et de Marguerite de Rohan, son épouse ; mais ce précieux monument fut brisé pendant la Révolution. La Restauration en a recueilli les débris, que M. le comte de ChazelIes, préfet du Morbihan, a fait placer dans un des bas-côtés de l’église ; ils ont été incrustés dans le mur et recouverts d’une plaque de marbre blanc, sur laquelle on lit une inscription fournie par M. de Chazelles. Nous avons vu à Rennes, dans l’atelier d’un sculpteur, la tête de la statue du tombeau de Josselin; elle était de marbre et remarquable à la fois, malgré les mutilations, par son expression et le talent avec lequel elle avait été sculptée."

    https://www.visites-p.net/gravure-ancienne-du-jour/potel-josselin.html

     

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    • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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