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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 11:25

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LE GISANT DE SAINTE NONNE.

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On voudra bien pardonner à mes photographies leur piètre qualité, sans accepter de les entendre accuser qui l'heure tardive d'une fin de journée d'un janvier breton, qui l'éclairage artificiel mal choisi, qui l'obscurité de la chapelle. Seul l'amateur jouant au photographe  derrière l'objectif en est responsable.

Sur les traces d'un atelier ducal.

Depuis le catalogue raisonné de la sculpture de Basse-Bretagne du XVe au XVIIIe siècle, dressé par Emmanuelle Le Seac'h dans sa thèse de 2010, de nombreuses œuvres sont attribuées au premier atelier connu, celui intitulé Grand atelier ducal du Folgoët actif de 1423 à 1509 sur les trois anciens diocèses de Léon, de Cornouaille et (pour deux œuvres) de Saint-Brieuc. Les réalisations principales du Premier Maître du Folgoët ou "atelier du père" débutent avec la Basilique du Folgoët dont les ducs de Bretagne Jean IV et Jean V puis François II, Pierre II et Arthur III, se poursuivent avec les porches de granite  de la cathédrale de Quimper, du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon, de Kernascleden ou de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, et par les porches de kersanton de l'église de La Martyre, de Rumengol. Outre tous les apôtres de ces porches, il a produit aussi bon nombre de statue de Vierges, de saints et de saintes, notamment au Folgoët. On lui doit aussi les calvaires de Rumengol (entre 1433 et 1457), de Plomodiern (de même date) et sans-doute celui de Dirinon (vers 1450).

Mais l'atelier du Folgoët a aussi sculpté des gisants. Ce sont ceux de saint Ronan (1423-1433) à Locronan, de saint Jaoua en sa chapelle à Plouvien (vers 1423), de Jean de Kérouzéré en l'église de Sibiril (vers 1460). Et, à Dirinon, celui de sainte Nonne.

Cet atelier se distingue par son unité stylistique qui associe des visages resserrés au niveau de la mâchoire, un menton épais, des pommettes rehaussés creusant les joues, des paupières doubles et en amande conférant un regard profond. Mais l'atelier se distingue aussi par leurs anges, caractéristiques par leur chevelure. Celle-ci se décline en deux types : soit en boules compactes mousseuses ou crêpées comme des éponges, soit en mèches arrondies, séparées en petites boules radiantes autour du crâne. Ces deux types sont difficiles à décrire mais très vite mémorisées visuellement. 

 

Le tombeau est au milieu de la chapelle Sainte-Nonne de l'enclos paroissial de Dirinon, qui semble dès lors lui être entièrement consacrée. Il associe une dalle horizontale dans laquelle  le gisant proprement dit est sculpté, et une cuve faite de sept panneaux  verticaux conjoints. Du coté sud, un espace est aménagé entre deux de ces panneaux, qui laisse voir, sur le champ de l'un d'entre eux, un évêque. Des saints et apôtres sont sculptés sur les six plaques latérales autour d'un ange tenant un blason alors que la plaque transversale placée aux pieds de la sainte est sculpté d'un second ange tenant un blason. A la tête, il n'y a pas de plaque, sans-doute car le monument funéraire s'appuyait jadis sur un support ; on a réalisé un scellement au ciment.

Il mesure 2,30 m de long sur 0,96 m de large et 1 m de haut. Il est en kersanton, facies sombre d'un grain plutôt gros. E. Le Seac'h le date "vers 1468" et les auteurs antérieurs "vers 1450".

Il ne contient pas les ossements de sainte Nonne, et est simplement commémoratif. 

Il a été restauré en 1998 par Pierre Floch, de Guéguon (56) et remis en place en mars 1999. 

Nous disposons d'une gravure de Thierry frères datée de 1846, date de la parution des Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France : La Bretagne, vol. 2 de Nodier et Taylor.

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Je m'inspirerai, pour le décrire, des pages 89 et 90 de Le Seac'h 2014, elles-mêmes nourries de la lecture de Castel 1999.

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I. LE GISANT.

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La sainte est représentée allongée, la tête soutenue par un coussin, serrant un livre contre sa poitrine, et les pieds (ou plutôt les chaussures à bouts pointus ou poulaines, brisées à gauche)  foulant un dragon au cou large et au dos rond, qui crache des flammes entre ses pattes griffues.

Le visage est ovale, les yeux sont ouverts, en amande, ourlés, avec les pupilles sculptées.  Les lèvres fines dessinent un sourire léger et serein. 

La sainte est vêtue d'une tunique à col rond recouverte d'un manteau rabattu en voile au dessus de la tête. Un pan du manteau est calé sous le bras droit et forme une boule. Les plis s'évasent à partir de la taille.  

La reliure du livre est équipée d'un fermoir. Sainte Nonne le porte avec grâce et respect, comme un livre saint présenté à une assemblée lors d'un office. 

 

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Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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"Pieusement, avec amour, dans un tombeau tout neuf, Digne d'elle et de belle facture, enterrons-la. Les Prêtres et les clercs Entre les deux grandes et majestueuses pierres, tous ensemble Portons-la maintenant, : acte saint et sacré ! C'est un lieu béni, aimable et charmant. Dans le domaine fort bien administré de Rivelen, Cet endroit fut désigné par la tradition, Par les hommes de savoir, qui sont toujours avisés. Ce lieu est désigné comme étant en propre son village; Et elle y aura une excellente demeure, une maison Où on viendra la prier avec une grande dévotion. On le nomme, par profond respect, Dirinon ; Elle y possède à la fois une chapelle et une église achevées et remarquables,

Parce qu'elle a été vertueuse, sage et sainte. Enterrons-la ici- corps béni de la religieuse-, Près de la mer armorique, dans l'allégresse générale. Ses deux moitiés sont en lieu agréable, me semble-t-il : Son âme pure auprès de Dieu, qui est assurément le vrai souverain des astres ; Et son corps est enterré fort dévotement, Exactement entre Daoulas et la ville de Landerneau." (Buez Santez Nonn, vers 1501-1520 (dernier tiers XVIe siècle), traduction Yves Le Berre 1999)

 

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Des anges aux cheveux bouclés en boule comme sur les porches de la cathédrale de Quimper ou de La Martyre tirent les pans du drap qui recouvre le coussin, formant un élégant drapé aux plis amples où la tête de la sainte imprime son volume.

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Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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On remarquera l'encolure  assez sophistiqué de l'ange suffisamment caractéristique pour me rappeler que je l'ai observé aussi sur le porche de La Martyre. (photo lavieb-aile)

 

 

 

 

 

 

 

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Les deux pointes d'un col très large devraient tomber sur les épaules et le thorax, mais elles sont repliées par un sévère pli arrondi pour former un U, un V ou un W et même (ici) un élégant Oméga. Puisque ce n'est ni le col cassé, ni le col  Claudine, ni le col Peter Pan ni le col Doily, ni le col rond ou le col en V, ni –tant s'en faut– le col bateau, et moins encore le col roulé ou le col à l'américaine, je le nommerai "Col Cassiopée" ou "Col Folgoët". 

On retrouve ce col, et ces coiffures, sur les anges de l'Autel des Anges de l'église du Folgoët. Normal, puisque cet autel est l'œuvre du Maître du Folgoët, en 1445. Ou —pour le col Folgoët— sur la statue d'un saint évêque dans une niche du Folgoët. Ou sur les anges des voussures du porche de Saint-Herbot, à Plonevez-du-Faou. 

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Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Gisant de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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II. LA  CUVE.

Les deux cotés longitudinaux sont composés de panneaux où sont sculptés au dessus d'une courte marge des personnages de 50 centimètres de haut. Je les décrirai en débutant par le coté droit de la face sud, mais j'aurais dû plutôt commencer par saint Pierre, placé sur la face opposée. Notons que l'ordre des panneaux ne respecte pas celui du Credo apostolique, et qu'il résulte peut-être de réaménagements successifs. 

A. LA FACE SUD.

On y voit les six apôtres, un ange et son blason au centre, et un saint évêque placé de champ.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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André et Jacques le Majeur sont tournés l'un vers l'autre et se regardent.

1. Saint André et sa croix.

Les bras de la croix sont discrètement galbés pour répondre à l'ampleur du drapé, également  croisé .

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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2. Saint Jacques le Majeur, son bourdon, son chapeau à coquille, sa besace, sa pèlerine, et un livre.

Notez la barbe en masse spongieuse et moussue.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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3. Saint Jean-Baptiste, son agneau, sa tunique en poils de chameau.

On voit qu'on parle à tort d'une série d'apôtres, puisque l'identification du Précurseur ne fait pas de doute. Nous aurons donc onze apôtres, et Jean-Baptiste. 

Notez, de profil, le personnage coiffé d'une mitre et portant une aube et une dalmatique. Sa main droite est brisée. Découvert lors du démontage de 1998, il a été mis en évidence grâce à cet écart astucieusement aménagé par Pierre Floch.

 

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Ange porteur de blason martelé.

Bel exemple de coiffure crêpée en éponge (spongia officinalis Linnaeus, 1759), et non moins bel exemple de Col Folgoët.

Sur le blason, les traces de chevron et les silhouettes de trois huppes indiquent qu'il s'agit des armoiries de Maufuric de Lézuzan, un abbé de Daoulas qui mourut en 1468.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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4. Apôtre, tête recouverte d'un voile,  portant un livre.

Nous pouvons le nommer au choix Thomas, Jude dit Thaddée ou Simon, et peut-être Matthias. 

 

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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5. Apôtre, tête recouverte d'un voile,  portant un livre.

Matthias. Ou Simon, ou  Jude dit Thaddée ou  peut-être Thomas. 

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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6. L'apôtre Jean.

Sa chevelure choucroute ou afro pourrait en abuser pour Patty Bouvier, mais le calice de poison qu'il tient de la main gauche et sur lequel il trace une bénédiction révèle qu'il s'agit du grand saint Jean, l'évangéliste et le visionnaire de Patmos.  Son menton imberbe renforce si besoin notre conviction.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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B. LA FACE NORD DE LA CUVE.

Décrite de droite à gauche.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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7. Saint Jacques Le Mineur.

Identifié grâce à son bâton, le "foulon" qui fut employé pour son martyre. Cheveux crêpés, barbe spongieuse bifide.

 

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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8 et 9. Deux apôtres tenant chacun un livre.

Mais l'artiste les a distingué par un détail. Saurez-vous le découvrir ?

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deuxième ange tenant un blason.

Ces anges ne sont ni thuriféraires, ni céroféraires, ni naviculaires, ni cruciféraires, ni orants, ni musiciens, ni hématophores, ni porteurs des Arma Christi. Il manque manifestement un nom pour désigner leur fonction de porteur d'écu, alors, comment les désigner ? Inventez-moi  les anges "scutoféraires"!

Celui-ci est conforme au spécimen-type, avec sa chevelure spongiforme, ses ailes largement étalées et, surtout, son col en Oméga. Il en est fier et il amorce un sourire. L'écu a été bûché comme ceux de ses collègues, mais l'iconoclaste adepte de la Révolution à coup de marteau a oublié la patte antérieure de ce qui ne peut être qu'un lion. Cet oubli nous indique que ces armoiries étaient celles des Simon de Kerbringal de sable au lion d'argent armé et lampassé de gueules.  Nous reviendrons sur cette donnée héraldique.

 

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Col Folgoët en oméga, gros plan.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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10. Saint Bartélémy avec son couteau de dépeçage.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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11. Saint Paul avec son épée et son toupet.

Pour E. Le Seac'h et Y-P. Castel, il s'agit de saint Philippe. Je renvoie aux instances les plus officielles (Drac Haute-Normandie) pour protester. L'épée est l'attribut de saint Paul, à la rigueur celui de l'apôtre Matthieu. Saint Philippe se reconnaît à sa croix à longue hampe. Paul désigne ici cette épée car elle fut l'instrument de sa décollation.

Surtout, sous le ciseau du Maître du Folgoët si prompt à proposer à ses clients des chevelures en champignons, cette pelote de couturière posée sur un front dégarni ne peut être dépourvue d'arrière pensée identificatrice. Or, seul Saint Pierre et saint Paul sont connus pour leur calvitie fronto-temporale au dessus d'un front bombé. D'autre part, saint Paul se tient habituellement à coté de saint Pierre. 

Voir Saint Paul sur les vitraux de Quimper (1415-1420)

Saint Pierre et saint Paul sur les vitraux de la cathédrale du Mans (vers 1430)

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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12. Saint Pierre et sa clef.

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Les apôtres pourraient être réunis en binômes selon leur façon de se tourner ou de se détourner de leur voisin.

E. Le Seac'h fait remarquer que

"Les plis des étoffes  tous différents – plis verticaux, à volutes, à godets, – donnent un tombé lourd et épais aux vêtements. Les pans des manteaux sont drapés au niveau des manches et cachent toujours une main, de droite ou de gauche. Les barbes et chevelures des anges sont crêpées comme au Folgoët, à Quimper et à La Martyre. Elles forment une masse dense que le sculpteur a piquée pour donner une impression de boucle. Les apôtres vont tête nue ou coiffée d'un chapeau (Jacques le Majeur) ou du capuchon de leur pèlerine."

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C. LE COTÉ EST.

Ange présentant l'écu des Maufuric de Lézuzan.

La plaque de kersanton est sculpté d'un ange porteur d'un écu martelé. Je n'insiste ni sur le col Folgoët ni sur la colonie capitale de Spongiaires, pour remarquer plutôt que ces anges n'ont pas de pieds, et flottent sur des nuées ou dans les frous-frous du drapé de leur aube. L'examen attentif du martèlement de l'écu n'a pas permis de déceler les meubles qui ont été abolis.

 

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Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Cuve du tombeau de sainte Nonne (1450), kersanton, atelier du Maître du Folgoët. Chapelle Sainte-Nonne, Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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  LE RELIQUAIRE DE SAINTE NONNE.

 

Placée dans la vitrine d'orfèvrerie depuis 1995, la châsse-reliquaire en argent recouvert d'or (vermeil) de sainte Nonne  date de la même époque que le gisant, vers 1450, ce qui la place parmi les plus anciennes orfèvreries du patrimoine breton.

"Le corps rectangulaire coiffé d'une toiture à pans ornée d'un cabochon de cristal est porté par quatre lionceaux, qui,  comme pour d'autres reliquaires de l'époque, sont considérés comme les symboles de la vigilance. Sur les côtés rythmés par d'étroits contreforts se découpent des fenêtres aux remplages de style gothique flamboyant. Une frise de quatre-feuilles court sur la crête du toit. Une autre entoure sa ligne basse. Au milieu du faîtage se dresse une petite statuette de saint Divy en évêque. La relique, un fragment d'os long (tibia ?) est roulée dans deux morceaux de soie ancienne de couleur brune, dont l'un est semé de fleurettes. Le sceau de cire rouge de Jean-Marie de Poulpiquet de Brescanvel, évêque de Quimper de 1824 à 1840, "trois pies sur fond d'azur", maintient le lacet noir qui lie le tout. Dans la châsse on trouve aussi des authentiques émanant de Pierre-Vincent Dombideau de Crouseilhes, évêque de Quimper de 1805 à 1823. Le reliquaire est enfermé dans un écrin de cuir damasquiné aux fleurs de lis et aux rosaces."  Yves-Pascal Castel.


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Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) à Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) à Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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On peut la voir dans son écrin sur cette photo du Ministère de la Culture. Exposé dans la vitrine, il apparaît aussi sur cette photo :

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Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) et son écrin en cuir damasquiné. Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) et son écrin en cuir damasquiné. Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Elle porte le poinçon le plus ancien de la jurande de Morlaix, aux deux hermines accompagnées de la lettre M.

 

 

Schéma du poinçon de la Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) . Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Schéma du poinçon de la Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) . Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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La statue de saint Divy en évêque.

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Statuette de saint Divy. Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) . Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Statuette de saint Divy. Chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) . Église de Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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Les quatre blasons des donateurs.

"Quatre écus armoriés dont l'un a gardé des traces d'émail, encadrent la fenêtre à gauche de la façade: 1) "d'or au chevron d'azur accompagné de trois trèfles de même", qui est Goulezre ; 2) "de sable au lion d'argent armé et lampassé de gueules", qui est Simon de Kerbringal ; 3) "d'azur au chevron d'argent accompagné de trois huppes ou palles de même", qui est Maufuric de Lézuzan ; 4) "d'or à trois fasces d'azur cantonné à dextre d'un trèfle de même", qui est Rouazle. Ces familles, possessionnées à Dirinon et dans les environs, se désignent ainsi comme les commanditaires du précieux objet."

Or, les traces de deux de ces blasons figurent sur les plaques du tombeau de sainte Nonne, alors qu'un autre blason est trop martelé, et qu'un quatrième blason existait peut-être sur la plaque actuellement manquante. Les quatre familles ont-elles participé à la commande des deux œuvres honorant sainte Nonne?

 

Fenêtre gauche de la chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) à Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

Fenêtre gauche de la chasse reliquaire de Sainte-Nonne (v. 1450) à Dirinon. Photographie lavieb-aile 2017.

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REMARQUES SUR LES BLASONS ET LES FAMILLES .

1°) Maufuric de Lézuzan.

"d'azur au chevron d'argent accompagné de trois huppes de même"

Nobiliaire et Armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy :

MAUFURIC, sr de Lezuzan et de Keramborgne, par. de Dirinon.

Réf. et montres de 1426 à 1481, dite par., év. de Cornouailles. D'azur au chevron d'argent, accomp. de trois huppes ou palles (oiseaux de mer) de même.

Guy, abbé de Daoulas, t 1468. Moderne : Pappe-Vieux-Bourg.

L'avocat Guy ( ou Guido,  Guyomarch, Guillaume, Guiomarc'h) Maufuric de Lézuzan, fut élu abbé de Daoulas en 1441 et le demeura  jusqu'en 1468. Il obtient du pape Innocent X le droit de porter la mitre. Lui-même figure sur les voussures du porche de La Martyre, et ses armes figurent :

  • sur la grosse cloche de Daoulas

  •  dans la même commune, sur une croix à double face de l'abbaye, datée vers 1450.

  •  sur la fontaine Sainte-Nonne à Dirinon (1623)

  • sur la fontaine de Saint-Divy à Dirinon

http://fr.topic-topos.com/croix-de-lezuzan-daoulas Croix de Lézuzan, Daoulas

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:148_Dirinon_Fontaine_Sainte-Nonne.JPG

Atlas des croix et calvaires du Finistère Daoulas N°400.

http://croixetcalvaires.dufinistere.org/commune/daoulas/daoulas.html

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1481 qui s'est tenue à Carhaix les 4 et 5 septembre, revue militaire à laquelle tous les nobles devaient participer munis de l'équipement en rapport avec leur fortune, les nobles suivants de Dirinon étaient présents :

  • Hervé le Courtois en brigandine et voulge

  • Hervé Maufuric pour lui et son père en chavalier arbalètrier en brigandine

  • Alain le Louet par Jehan son fils archer en brigandine.

  • Injonction d’un archer Louys Huon archer en brigandine

  • Jehan Simon archer en brigandine

  • Maître Jehan Kuerguélen en brigandine et pertuisane

  • Guillaume le Sal pour la veuve Jehan Brennalen archer en brigandine

  • Jehan Tanguy en pal, estoc et voulge

  • Riou Gourhezre en brigandine et voulge

  • Hervé Jaffreiz archer en brigandine. Injonction de trousse

Hervé Maufuric figure dans les Mémoires de Pierre-Hyacinthe Morice parmi les membres présents lors de la fondation des Cordeliers de Landerneau en 1488 par Jehan II de Rohan : Herveao Maufuric de Lesusam Domino temporali dictae diocesis Corisopitensis,  accompagné de Noble homme Guillaume Kergoët seigneur du dit lieu,  pour un acte dressé devant frère Yvon de Bersoche, prieur de Saint-Thomas de l'Ordre des Augustins (qui, redoutant la concurrence des mendiants,  n'autorise l'installation des frères qu'en échange d'une promesse de soixante sous de rente annuelle), et  Alanus (Alain) Le Louet, procureur du vicomte de Rohan, qui engagea tous ses biens pour permettre aux franciscains de s'installer à Landerneau. (le portrait d'Alain du Louet figurait en baie 8 des vitraux du Folgoët).

L'année suivante, l'acte de fondation fut ratifiée par le chapitre de Notre-Dame de Daoulas, : "le 9 Mars de l'année suivante par le Chapitre de N. D. de Daoulas, auquel estoient présens Fr Guill. le Lay Abbé , Fr. Jean Tartoux Prieur  claustral, Louis de Locpriac, Alain Kerulguen, Alain Maufuric, François Kersulguen, Religieux Profès du-dit Monastère, assemblés capitulairement ."

2°) Simon de Kerbringal.

De sable au lion d'argent armé et lampassé de gueules. Devise : c'est mon plaisir.

Calvaire du cimetière de l'enclos de Dirinon (1450) : Le nœud porte les blasons des familles Du Louët, Sr. de Lesquivit : d'or à trois têtes de loup de sable arrachées de gueules, et Simon de Kerbringal.

Conclusion.

Il faut donc réunir sous le même regard trois monuments religieux  de Dirinon, tous trois datés (par estimation) des années 1450, tous trois porteurs d'armoiries et reliés à des familles nobles locales et tous trois rassemblés dans l'enclos paroissial : le calvaire de Dirinon et le tombeau de Sainte Nonne  ont en commun le même matériau, le même sculpteur (Maître du Folgoët) et des armoiries de Simon de Kerbringal. Le gisant et le reliquaire ont en commun le culte de sainte Nonne, et les armoiries de Maufuric de Lezuzan et de Simon de Kerbringal. Les éléments réunis à partir de ces deux dernières familles nous amènent non seulement à la noblesse locale de Dirinon (cf. la Montre de 1481), mais aussi à l'Abbaye de Daoulas dont Maufuric fut l'abbé et dont Dirinon était un ancien prieuré. 

D'autre part,il faut placer le gisant et le reliquaire dans un ensemble plus vaste consacré sur la paroisse de Dirinon à sainte Nonne et à son fils Divy : j'en classe les éléments selon un ordre chronologique

  • Reliquaire de sainte Nonne (v.1450)

  • Gisant de sainte Nonne (v.1450-1468)

  • Chapelle Sainte-Nonne (1577)

  • Statue de sainte Nonne (1588 ? élévation ouest de l'église).

  • Fontaine Sainte-Nonne (chronogramme 1623 ; blason des Maufuric)

  • Fontaine de Saint-Divy (s.d ; blason des Maufuric)

  • Vie de sainte Nonne : dernier tiers du  XVIe siècle selon Yves Le Berre (mais copié d'un manuscrit antérieur).

On voit donc que cet article en appelle d'autres : à suivre!

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1907, Notice sur les paroisses : Dirinon, in Bulletin Diocesain d'Histoire et d'Archéologie, Quimper.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/bdd181929b72800d010461e5f4ff222d.pdf

APEVE (Association pour la Promotion des enclos paroissiaux de la vallée de l'Élorn), 2013, "Dirinon", texte, photos, mise en page : François LE MEN, Jean PRZYGODA, Pierre CHAMARD-BLOIS.

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article83

— WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Sainte-Nonne_de_Dirinon#/media/File:105_Dirinon.JPG

— Infobretagne "Enclos paroissial de Dirinon" : http://www.infobretagne.com/enclos-dirinon.htm

— CARTWRIGHT (Jane), 2008,  "St Non : rape, sanctity and motherhood in Welsh and Breton hagiography", in Feminine Sanctity and Spirituality in Medieval Wales pages 97 à 121 University of Wales Press

https://books.google.fr/books?id=5mlSxlL6eIEC&dq=Maufuric+de+L%C3%A9zuzan&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— COUFFON (René) & LE BRAS (Alfred), 1988, "Dirinon" Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.  

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/DIRINON.pdf

FALC'HUN (Chanoine François), 1986, Dirinon, Editions Ouest-France, 32 pages, pages 30 et 31.

— LE BERRE (Yves), CASTEL (Yves-Pascal ), TANGUY ( Bernard), 1999, Buez Santez Nonn Mystère breton, vie de sainte Nonne  préface LE MEN (Annie), CRBC / Minihi-Lenevez - 199 pages - 23x 28 cm - ISBN 2-908230-10-0

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/80d88f81a9a064fda9b122ff0d667bbc.pdf

— CASTEL (Yves-Pascal ), 1999. Dirinon : retour du tombeau de sainte Nonne :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/b881fe63c357382f1d53e4c0e0462b3d.jpg

— CASTEL (Yves-Pascal ), 28 novembre 1998 Restauration du tombeau de sainte Nonne

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/9de83afb278ad95b353fa550ab28e418.jpg

— ESNAULT(E),  1887, La vie de sainte Nonne,  Revue celtique

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6211035g/f245.item.r=%22sainte%20nonne%22

— TOPIC-TOPOS:

http://fr.topic-topos.com/gisant-de-sainte-nonne-dirinon

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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