Les vitraux de l'église de Wissembourg : la baie 18 . Verrière datée de 1487, don de Hans Bonn de Wachenheim, bailli de Wissembourg, et de son épouse Anne de Weingarten.
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PRÉSENTATION
La baie 18, sur le bas-côté sud, est composée de trois lancettes trilobées et d'un tympan a un oculus hexalobé, 2 trilobes et 2 écoinçons, consacré au Jugement dernier. h = 260 ; la = 180 mm. L'ensemble est peu restauré dans ses parties principales (mains de la Vierge et corps de l'enfant de la Vierge à l'enfant restaurés, ainsi que le panneau montrant les damnés en Enfer) . On compte un bouche-trou dans cette dernière scène.
Le sujet principal, dans la lancette centrale, est une Vierge à l'Enfant. La Vierge, couronnée, les cheveux blonds tombant sur les épaules, tient l'Enfant sur son bras droit ; celui-ci, nu, porte le gloge crucigère en main droite et une fleur en main gauche.
La lancette A, à gauche, est occupée par Hans Bonn de Wachenheim, agenouillé en donateur et présenté par saint Jacques le Majeur.
Il est identifié par une inscription en lettres gothiques où on lit, si on résoud les abbréviations par tilde remplaçant les -n, HANS BONNE VAN WACHENHEIM FAUT ZU [WISSEMBURG 887]. J'assiùile FAUT avec VOGT pour traduire : Hans Bonne de Wachenheim, bailli de Wissembourg. La date a été lue comme étant celle de 1487 (Gatouillat et Hérold 1994).
On sait que Hans Bonne fut bailli de Wissembourg en 1488 et avoué impérial de Wissembourg ; il était encore en vie le 29 novembre 1501 (acte archivé avec Philippe de Palatinat). Wachenheim est une commune allemande de Rhénanie-Palatinat.
Le saint est identifié comme étant saint Jacques car il tient un bourdon auquel est suspendue une besace, mais il ne porte pas le chapeau à larges bords des pèlerins, pas de coquille, et sa tête à barbe très fournie est coiffée d'un turban, exactement comme siant Christophe du côté gauche.
Les personnages sont placés dans une niche architecturale identique à la niche centrale, rehaussée de feuillages peints au jaune d'argent, devant une tenture damassée verte à motifs feuillagés. Le chevalier est en armure complète, la cuirasse est damassée, les solerets sont pointus et les éperons sont longs et droits.
La lancette de droite montre son épouse Anne de Weingarten, également agenouillée en donatrice, et présentée par saint Christophe, portant l'Enfant.
La tenture damassée de feuillages est jaune. Chrtistophe porte un manteau vert, Jésus une tunique pourpre, la donatrice un manteau rouge écarlate doublée d'hermines aux revers, une robe dorée et une coiffe en drap blanc damassée d'or ; trois bagues sont visibles sur sa main gauche, deux à l'annulaire et une à l'auriculaire.
L'inscription :
elle peut être lue ainsi ENNELT VAN WINGARTEN SEINE ELICHE HUS FRAU.
La formule "seine eliche haus frau", littéralement "sa légitime femme au foyer " se retrouve à la même époque sur les inscriptions lapidaires (on trouve aussi elichen, même sens):
https://regionalia.blb-karlsruhe.de/frontdoor/deliver/index/docId/19764/file/BLB_Schriften_Bodensee_1889.pdf
https://sigilla.irht.cnrs.fr/108545
https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM68006768
L'inscription ayant identifié ici une Anne von Weingarten, je tiens "Ennelt" comme une forme de Anne.
Weingarten est une localité de Rhénanie-Palatinat.
À la partie inférieure de la lancette centrale, sous la Vierge à l'Enfant, et placés là en réemploi, on trouve deux ensembles héraldiques non identifiées : deux écus cimés de casques sont environnés de lambrequins, Sur le tout est ajouté une banderole posée à l'envers avec la devise EN SI VALE suivie d'un globe crucigère.
Le blason de gauche peut-il être décrit comme de sable à la croix en sautor, d'or, chargé de cinq alerions de sable ? Nous ne pouvons l'identifier. Le casque est timbré d'un oiseau noir à bec jaune, un aigle aux ailes éployées.
Françoise Gatouillat note que "Les armoiries qui figurent dans la verrière , si elles correspondent à celles de la famille de Wachenheim , peuvent être celles de la génération suivante , car elles semblent postérieures à l'exécution du vitrail ."
Le blason de droite porte un fascé d'argent et d'azur brisé d'un lambel de gueules à cinq pendants. Le casque porte une trompe de chasse (huchet) non suspendu mais posé sur un coussin noir ; du milieu de cette trompe s'élève une tige virolée s'achevant en une sorte de palmier.
LE TYMPAN : le Jugement dernier.
Il est aussi intéressant à détailler que les lancettes.
Au centre, l'oculus de la rose polylobée montre le Christ de la Parousie, assis, montrant les plaies de son corps sous le manteau glorieux, selon un schéma classique, mais l'élément original est de voir l'arc-en-ciel remplacé par un cercle à huit cadrans alternativement bleu, jaune, rouge et blanc.
Il est entouré de Marie à sa droite et de Jean-Baptiste à sa gauche, reconnaisable à son manteau en poils de chameau.
Parmi les six lobes, les trois supérieurs accueillent les anges du Jugement. Les autres lobes montrent les scènes des morts éveillés par les sonneries de trompe et sortant de leurs tombeaux. Reprise de cartons inversés pour les deux lobes latéraux. Dans le lobe inférieur, une figure démoniaque s'approche d'un couple.
Les trilobes montrent à gauche les Élus accueillis au Royaume par les anges, et à droite les Damnés entrainés par des démons grimaçants.
SOURCES ET LIENS.
—GATOUILLAT (Françoise), Michel Hérold, 1994, Les vitraux de Lorraine et d'Alsace, Éditions du Centre national de la Recherche scientifique, 328 pages - Page 258
https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM67008581
https://pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/IVR42_19876702746V
https://www.dna.fr/edition-de-wissembourg/2019/07/08/les-premiers-vitraux-ont-retrouve-leur-lustre
https://inventaire.grandest.fr/gertrude-diffusion/dossier/IM67008581Baie 18 : vue d'ensemble de la verriere