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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 22:19

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Ce triptyque du XVIIe siècle représente saint Yves entre le Riche et le Pauvre, un thème dont Virginie Montarou a pu dénombrer 123 exemples dont 111 en Bretagne (22 disparus) sur tout support. Parmi ceux-ci, 12 retables sculptés. Ils prédominent au XVIe et XVIIe siècle,  non pas en Trégor (saint Yves est né près de Tréguier), mais dans le Léon et la Cornouaille.

Tous ces groupes mettent en scène le même message moral : le juge ne doit pas céder aux propositions financières des riches et doit prononcer son jugement avec une équité incorruptible. Saint Yves, en costume d'Official (de juge aux affaires religieuses) et assis sur une cathèdre se tourne légèrement vers le pauvre en guenille, et lève la main tenant une pièce du procès, faisant peu de cas de la pièce que le riche lui propose.

Saint Yves est fort vénéré à Dinéault, comme en témoigne sa statue sur le calvaire de la chapelle Saint-Exupère (1590) ou sur celui de l'église paroissiale (XVIe, et 1648-1696), tandis que de nombreux paroissiens sont baptisés du prénom d'Yves. 

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Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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 "La statue du Saint est en ronde-bosse, en surplis ou cotte, avec camail et bonnet carré. Le riche et le pauvre sont en bas-relief méplat ; le riche ayant habit ou pourpoint long à manches échancrées dans le haut pour laisser passer les bras, bas de chausse et brodequins ; la tête coiffée d'une sorte de calotte pointue, avec oreillettes terminées par des globules ou boutons ronds. Le pauvre est tête nue, vêtu d'une tunique à ceinture descendant jusqu'aux genoux, molletières et sandales. Il a une besace au côté, tient un long bâton de la main droite, un parchemin ou cédule de la main gauche" (Abgrall, 1907)

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Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Yves.

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Saint Yves, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Yves, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Saint Yves, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Saint Yves, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Le Pauvre.

"L’opposition entre le pauvre et le riche, le « bon » et le « mauvais » ne transparaît pas seulement au travers du costume mais aussi grâce à l’utilisation par l’artiste de différents signes conventionnels. En ce qui concerne la place des plaideurs au sein du groupe, le pauvre est bien souvent placé à la droite de saint Yves – le bon côté, celui des justes – et le riche à sa gauche. L’homme d’Église représente d’ailleurs le seul lien entre les deux plaideurs, quasiment toujours diamétralement opposés physiquement mais aussi socialement et moralement. Les traits du riche importent souvent peu : son costume et sa bourse paraissant suffisants pour l’opposer au pauvre. Son visage est souvent rond pour matérialiser sa bonne vie, rasé de près ou la barbe bien taillée à la mode du temps. Son visage est souvent inexpressif, voire parfois hautain ou méprisant. Le visage du pauvre, lui, est le plus expressif : il symbolise la vie dure comme à Saint-Thois même si ses traits semblent moins accusés dans la deuxième partie du xviie siècle. Il est aussi marqué par l’âge (rides, calvitie…), ce qui renforce son aspect chétif face au riche. Ses traits bien souvent sont outranciers pour renforcer l’aspect grotesque du gueux. La civilité ne s’exprime pas seulement à travers le costume mais aussi par la bonne posture du corps. La rectitude corporelle du riche ou sa préciosité comme à Irvillac contraste avec la posture du pauvre, souvent voûté ou s’élançant vers l’official dans un mouvement plein d’espoir ou d’abandon. L’arrogance du riche contraste avec la gêne qu’éprouve le pauvre par timidité, honte ou modestie. L’ordre social d’Ancien Régime est clairement défini à travers la taille des personnages : saint Yves, représentant du clergé, est toujours le plus grand tandis que le plus petit, lorsqu’il y en a un, est alors le pauvre. Le pauvre qui semble porter tous les malheurs du monde, à l’image du Christ souffrant, est particulièrement attachant face au riche trop sûr de son pouvoir, arrogant, fier et surtout immoral." (Montarou 2003 p. .

Ici, nul misérabilisme, nulle marque d'infirmité. Ce qui m'amuse, c'est la fonction métonymique donnée au rideau pour témoigner des deux environnements sociaux. Pour le pauvre, c'est un simple morceau d'étoffe bleu (soigneusement ourlé de rouge néanmoins) qui est passé à la diable entre deux arceaux. Mais passons maintenant chez son opulent vis-à-vis.

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Le Pauvre,  Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Pauvre, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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Le Riche.

C'est peut-être un bourgeois, mais plutôt un seigneur de la noblesse locale, avec son manteau pourpre doublé de fourrure d'hermine, sa robe verte à huit boutons dorés, sa culotte,  ses guêtres de toile fine, ses chaussures de cuir, mais aussi son aumônière et ses deux pièces d'argent, qui tiennent lieu de plaidoirie (on ne voit aucun rouleau de papier). La barbe est taillée. Le bonnet gris à revers rouge est doté d'oreillettes enrichies de billes d'or.

Mais c'est le rideau qui est le plus expressif,  avec son ciel de lit à franges de cannetille, et glands dorés, et ses pans de velours rouge retenus par des patères ou embrasses dorées, qui s'ouvrent avec pompe sur le personnage.

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Le Riche,  Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

Le Riche, Triptyque de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, XVIIe siècle, église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1907, Chanoines Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron, "[Notices sur les paroisses] Dinéault",Bulletin de la commission diocésaine d'histoire et d'archéologie, Quimper, Impr. de Kerangall, 7e année, 1907, p. 171-187.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/dinault.pdf

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109986g/f168.image

— "Super User" (pour Philippe BITTEL  ?),s.d,  

http://www.dineault.fr/la-commune/le-patrimoine/patrimoine-religieux/eglise-sainte-marie-madeleine

http://www.dineault.fr/images/eglisemadeleine/eglise.pdf

 

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988  Notice de Dinéault,  Répertoire des églises : paroisse de DINEAULT,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 5 mars 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/827.

 

— MONTAROU (Virginie), 2003, Saint Yves entre le riche et le pauvre, in Saint Yves et les Bretons, culte, images, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes

https://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

—  MONTAROU (Virginie), 1998, Saint Yves entre le riche et le pauvre. L’évolution de sa représentation iconographique en Bretagne auxxvie et xviie siècles, mémoire de maîtrise, 2 vol., université Rennes 2, 1998.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Dinéault
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commentaires

JUN LIEN Hermine 15/03/2017 14:11

Magnifique incroyable et quel délice de vous lire

jean-yves 15/03/2017 21:47

Simplement : merci!.
Jean-Yves

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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