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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 21:46

          Jules Noël (1810-1881) à Brest,

un peintre délibérément "rétrograde".

  A propos de l'exposition consacrée aux dessins de Jules Noël Enquête sur les bagnes de Brest au Musée des Beaux-Arts de Brest.

 


   Vous vous souvenez de Jules Noël ?

Comment ça, "non" ? Mon conte de Noël 2012  La vie cachée de Joyeux Noël le brestois, conte. ! L'inoubliable calembour "chez les Noël, ça peint" ! Mes découvertes des tableaux de ce peintre dont le deuxième prénom était "Assez" !

Sa toile Le port de Brest en 1864, vous la revoyez, quand-même ? 

Non ! Je vous fait un dessin :

Musee-joyeux-noel 7578c

 

 Ah, ça y est !

  Bon. Maintenant, les N rétrogrades, cela vous dit quelque chose ? 

 Sainte Mère de Dieu faites quelque chose, y-z-ont tou-tou-blié!

Mon article sur la chapelle de Camaret et sa fameuse description des inscriptions lapidaires aux N inversés, à la barre descendant vers le bas et la gauche, sinistro-descendante! Chapelle de "Rocamadour-sur-mer" à Camaret? Oublié ?

Tous mes autres articles ! 

Église de Rosnoën et ses inscriptions lapidaires : tilde, N rétrograde, et esperluettes!

Eglise Saint-Thurien à Plogonnec: N rétrograde et mentions de construction.

L' église Saint-Pierre de Pleyber-Christ : épigraphie et ...N rétrogrades

Île de Groix : N rétrograde et Inscription maritime.

  Mon N rétrograde préféré : Notre-Damme d'Amour à N.D de Quelven (56).

Oubliés ?

 

Eh bien, tenez vous bien. Cette manière bizarre d'écrire la lettre N avec sa diagonale qui se dirige vers le début du texte dans le sens inverse du cours de l'écriture, et que les savants, à défaut d'en expliquer l'apparition inopinée dans les inscriptions, attribuaient à des artisans analphabètes qui recopiaient des modèles en les inversant (je passe sous silence les théories ésotériques), ce N rétrograde qu'on trouve fréquemment à la Renaissance, qui n'est pas rare encore au XVIIe siècle, mais qui disparaît presque totalement depuis la prise de la Bastille (sans corrélation), à moins d'aller la dénicher sur le local de l'Inscription Maritime d'une île du Ponant, ce N énigmatique que j'explique simplement en constatant que sa graphie ne s'est fixée qu'au XIXe siècle,  le voilà qui fait soudain irruption devant mes yeux, en pleine salle d'exposition d'un Musée des Beaux-Arts, sous le pinceau d'un Monsieur qui a de l'instruction et qui écrit la date de 1864 :


Musee-joyeux-noel-5811c.jpg

 

 Comment expliquer cette graphie fautive? Une distraction, un lapsus penicilae ? Absolument pas, mais une façon parfaitement délibérée de tracer son nom, d'une signature artiste, comme le révèle les signatures des vingtaines de dessins du Bagne de Brest d'après nature que le Musée des Beaux-Arts de Brest présentaient en exposition :

Musee-joyeux-noel-5821c.jpg

 

  Je parcourais l'exposition en vérifiant soigneusement que chaque dessin comportait son N rétrograde : Les Bohémiens de Brest, le Cimetière, Une exécution au Bagne, Les deux Bourreaux, Habraham, Le tourneur de coco, salle du bagne, La distribution des repas, Un épicier, salle du Bagne, Picard, graveur [de noix de coco], Fabrication des fers, Forçat rasant un garde-chiourme, tous comportait le N anarchique qui, comme les boucles d'oreille que les forçats portaient pour afficher leur appartenance à un monde à part, permet à Jules Noël de se distinguer en signalant sa marginalité propre, celle du monde des arts.

  Tous ces dessins au crayon portaient cette signature singulière, jusqu'à la terrible Bastonnade (cliquer pour agrandir):

                 Musee-joyeux-noel-5844c.jpg

  Jules Noël, nè en 1810 et formé à Brest dans l'atelier du peintre Charrioux, un temps attiré par une carrière parisienne, s'installe définitivement en 1836 à Nantes après avoir enseigné le dessin à St-Pol-de-Léon, Lorient et Nantes. A partir de 1847, il enseigne aussi au lycée Henri IV à Paris. Apprécié pour ses marines romantiques, ses vieilles rues pittoresques et ses scènes en costumes, il collabora aussi à des éditions, comme celle de Maurice Alhoy, Les bagnes, Histoire, Type, Mœurs et Mystères, Harvard 1845, qui publie, gravé par Rouget les dessins de Noël. Voir l'ouvrage en ligne sur archive.org. et son Forçat à perpétuité. Voir aussi, si on résiste au plaisir de tout lire, la gravure correspondant au dessin original La Bastonnade : on constate que le graveur n'a pas respecté la graphie de l'auteur et a redressé le N rétif.

 

  Si on préfère des images plus plaisantes de Jules Noël, on se plongera dans les détails de la vue du Port de Brest en 1864 présenté en introduction :

Musee-joyeux-noel-5812c.jpg

 

Musee-joyeux-noel-5813c.jpg

 

 

 

Musee-joyeux-noel-5814cc.jpg


 

Musee-joyeux-noel-5815c.jpg

 

Liens :

Jules Noël sur Wiki-Brest avec un article de Françoise Daniel, conservatrice du Musée de Brest.

Jules Noël sur Wikipédia

Sur Gallica, Les Naufrages célèbres par Zurcher et Margollé, 3ème édition de 1877 avec 30 vignettes de Jules Noël  1 vol. (II-308 p.) : fig. et pl. gr. ; in-16

Louis Enault, L'Amérique centrale et méridionale, dessins de Jules Noël 1867 sur Google Books

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Published by jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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