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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 09:59

L'église Saint-Fiacre de Guengat (29) : I. Les vitraux.

 

      Vitraux classés MH 1902.

Introduction.

      Si l'église a été édifiée avant 1450, elle a été agrandie vers 1500, et c'est à cette époque qu'elle a reçu ses vitraux actuels ; mais leur disposition d'origine a été bouleversée lors d'une restauration, sans-doute celle effectuée entre 1840 et 1845 par Michel Cassaigne sur ce qui était en 1839  quatre vitraux. Aux vitraux d'origine ont été alors joints six panneaux d'un Jugement Dernier des années 1520, d'origine extérieure, mais vraisemblablement réalisé par l'atelier de Quimper auteur des vitraux de Plogonnec, Ergué-Gabéric, etc.


I. La Baie 0 ou Maîtresse-vitre : la Passion (v.1550).

Le chevet de l'église est ouvert dans le chœur par une baie de 4,50 m de haut et 3,50 m de large divisée par des meneaux en six lancettes (que je désigne de A à F de gauche à droite) et un tympan de 20 ajours .

La division en registre n'est franche que pour les deux lancettes extrêmes, A et F, où une partie inférieure organisée en niche abrite le Christ à gauche et saint Fiacre à droite, et la partie haute les deux scènes introductive et de conclusion de la Passion, le Portement de croix, et la résurrection. Les quatre lancettes médianes forment un seul ensemble sur le plan vertical. L'effet de symétrie des deux niches latérales est renforcé par la masse bleue de la Vierge éplorée, deux fois représentée en B et en E.

Le style et les damas sont deux du groupe des verrières de la Passion de La Roche-Maurice, La Martyre, Pleyben, Bannalec, Saint-Matthieu de Quimper, Notre Dame de Quillidoaré en Cast, etc, mais les cartons s'en distinguent. Ceux des quatre lancettes centrales se retrouvent dans les maîtresses-vitres un peu plus jeune des églises de Gouézec et de Guimiliau. 

 

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Lancette A. Christ à la colonne et le Portement de Croix.

Dans la niche architecturée, le Christ à la Colonne de Flagellation; Mais cette identification d'un panneau très restauré pose problème ; d'une part, les mains portent les plaies de la crucifixion, alors que l'épisode de flagellation précède bien-sûr la crucifixion ; d'autre-part, la colonne ne correspond pas à l'archétype iconographique, mais évoque l'arbre de la Croix ; le Christ n'est pas lié par des cordes, main dans le dos, mais fait un geste incertain, main près de la bouche. Le Corpus Vitrearum se contente de décrire "un apôtre ou Christ muni d'une croix verte". Le seul apôtre à avoir été crucifié est saint Pierre.

Le Portement de Croix est semblable à celui des autres Passion finistérienne, le Christ est vêtu de la robe violette-pourpre de son supplice, il est tiré en avant par une corde qui enserre sa taille, et il tourne un visage souffrant vers l'arrière, où se trouve sa mère. Les mains jointes de celle-ci ne correspondent pas au contexte. L'arrière-plan est un pêle-mêle de fragments architecturaux inhomogènes dans lesquels je vois moins les remparts de Jérusalem s'effondrant lors de la mort du Christ qu'un puzzle de restaurateur.

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Lancette B. Crucifixion 1.

Partie droite d'une Crucifixion  où on trouve, selon le schéma habituel, Marie en pâmoison assistée de Jean l'Évangéliste, deux saintes femmes au second plan (Marie Cléophas et Salomé selon la tradition ; saint Jean 19, 25 ne parle que "sa mère et la sœur de sa mère, Marie de Clopas, et Marie la Magdaléenne"). Puis des soldats, des cavaliers et enfin le Bon Larron, dont l'âme est accueillie par un ange.

En armure sous un manteau rouge, à cheval, un personnage tend la lance qui va porter le coup de grâce dans le flanc droit du Christ (ou, plus exactement, qui va vérifier que le supplicié est décédé). C'est, selon la tradition, Longin.

Lancette C. Crucifixion 2.

 Sur le fond d'un ciel rouge, point commun de nombreuses Passions locales, et sous le titulus INRI, le Christ mort sur la croix est entouré des éléments de sa Passion, la lance de Longin, l'éponge imbibée de vin aigre, et une autre lance.  

On note le nimbe crucifère en lévitation comme une soucoupe bleue au dessus de la tête, selon un type retrouvé par exemple à Plogonnec.

En dessous, deux cavaliers, celui de droite étant Longin de la lancette précédente. 

Puis sainte Madeleine éplorée, conforme à l'archétype avec sa longue chevelure blonde (mais, ici, ramassée derrière la tête par un lien), ses riches atours, ses yeux révulsés vers son Seigneur, ses bras enlaçant la croix d'un geste éloquent et ses mains croisées en une supplication éperdue.

Au dessous d'elle, un soldat (notez son bonnet rouge à plumet) tire sur l'extrémité de la tunique pourpre du Christ, alors que deux autres soldats se battent pour sa possession : l'un, à terre, tente de dégainer son sabre alors que l'autre le tient par les cheveux et menace de lui couper la tête de son glaive. Selon l'Écriture,  "Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. Et ils dirent entre eux : Ne le déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera" 

 


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 Lancette D. Crucifixion 3.

Dans la partie inférieure, la plus lisible, un officier, à cheval, contemple la scène du supplice et fait un geste éloquent de la main gauche. Il porte le manteau rouge du commandement, au dessus d'un camail violet et d'une courte tunique  vert d'eau. On remarque une courte fraise autour du cou. Son couvre-chef est retenu par une jugulaire. Il peut s'agir du centurion converti, ou de Pilate, ou selon certains de Joseph d'Arimathie.

L'hypothèse que je propose est d'y voir ce centurion, plus tard confondu avec Longin, qui, à la vue des prodiges accompagnant la mort du Christ, s'écrit "Vraiment, cet homme était fils de Dieu".

Sur le harnachement de son cheval sont inscrit les lettres IOSVCCM...GVOE(X)...SVEMCVS.

  "Sur le harnachement de ce cheval et les bordures des vêtements des personnages, sont des semblants d'inscriptions, composées d'une suite de lettres sans liaison ni sens, telles qu'on les voyait encore, avant le dernier quart du XIXème siècle, sur les habits des paysans de la région de Pont-l'Abbé " (Chanoine Abgrall, 1911)

Près du cheval, un chien aboie vers les soldats en train de se disputer la tunique. Un chien identique dans la Passion de La Roche-Maurice.

La partie supérieure est plus confuse ; on y attend le mauvais larron, dont on voit la traverse de la croix, et le démon s'apprêtant à emporter l'âme damnée. Mais d'autres éléments sont incohérents avec cette représentation.


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Lancette E.

En bas, la Vierge éplorée soutenue par saint Jean auprès d'une femme en pleur alors que Marie-Madeleine porteuse d'aromates lève le regard vers la Croix fait doublon avec la même scène du coté gauche. Au dessus, dans la macédoine de pièces, on reconnaît des morceaux d'armures (lettres MOSVOE et SVE sur l'une) ou le corps du Christ descendu de croix (un linge le soutient par les aisselles), et Joseph d'Arimathie et Nicomède, de profil, participant à cette descente de Croix.

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Lancette F. Saint Fiacre (patron de l'église). Mauvais larron.

Depuis le XIX,  les chanoines Pérennes, Abgrall et Perron ont pu lire la date de 1571 dans ce panneau, au dessous de saint Fiacre ; c'est, pour les auteurs du Corpus Vitrearum, la date d'une restauration, la tête et la main du saint datant de cette époque.

Le saint patron de la paroisse et des jardiniers, est représenté sous une niche, tonsuré, vêtu d'une robe blanche et d'un scapulaire et capuce rouge. Il tient ses deux attributs,  un livre ouvert et une bêche de jardinier. 

Au dessus, le Christ ressuscité, debout devant le tombeau ouvert, fait le geste de bénédiction et tient de la main gauche une longue hampe terminée par une croix d'où flotte un oriflamme blanc. Il porte encore le perizonium et le manteau pourpre, au lieu du manteau rouge de la gloire de la résurrection. Nimbe crucifère à quatre "pétales" bleus.


Le tympan.

Il a été restauré et remanié en 1840. La verrière était cimée de six écus armoriés dont ne subsistent plus que les chapeaux de triomphe.

Une fleur centrale de six mouchettes renferment des écussons ou des rosaces ; l'élément sommital contient le monogramme moderne CS en chef d'œuvre surmonté d'une couronne de comte. Puis viennent deux rosaces entourées de banderoles avec l'inscription LES ARMES. Puis encore trois écussons avec des blasons vide ou sans signification, ceints des banderoles LES ARMES DE : MO et BON ESPOER EN DIEU. Au centre,  l'agneau mystique portant l'oriflamme bleu à croix blanche : c'est un rappel de l'importance du culte du Précurseur, Jean-Baptiste.

Les quatorze autres ajours de ce tympan sont occupés par des anges portant la tunique du Christ ou les instruments de la Passion : lance et lanternes, croix, colonne de flagellation, couronne d'épines, clous, échelle (x2), marteau, tenailles.

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Restauration et marques.

restauration en 1984 par Jean-Pierre Le Bihan "sauf le réseau qui a été oublié dans les crédits".

Au bas de la lancette A, on lit la date très discrète 1984 (à gauche), puis AO....FA...

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II. La Baie 2 du chevet : saint Michel et saint Jean-Baptiste entourant la Vierge (v.1500).

      Cette baie haute de 2,60 m et large de 1,90 m et constituée de 3 lancettes trilobées et d'un tympan de 4 ajours éclaire l' autel du bas-coté sud, lui-même encadré par les statues de saint Michel à gauche et de saint Yvi à droite.

La qualité remarquable du dessin a fait évoquer une origine venant de Flandre, d' Italie ou d'Allemagne, ou rappeler les verriers de Paris ou de la Vallée de la Loire, influencée par les Flamands. Il est pour René Couffon, en rapport étroit avec les œuvres de Nuremberg.

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Saint Michel terrassant un dragon.

Le vitrail est réalisé avec un verre gris clair sur lequel la grisaille est peinte. Le même carton est retrouvé à Brennilis, baie 2 (avec une différence de bras). Fond damassé bleu. Le saint a les cheveux bouclés, porte une cuirasse, et un manteau de commandement rouge resserré par un fermail d'or, ainsi qu' un écu. La croix à longue hampe devient une lance par laquelle il maîtrise un dragon vert gris à langue rouge.

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Vierge à l'Enfant.    

Fond rouge, Vierge couronnée, robe rouge, manteau bleu à fermail ; Enfant bouclé, vêtu d'une tunique restée incolore, et semblant tenir un objet dans la main gauche.

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Saint Jean-Baptiste.    

      Pied nu, barbu, cheveux longs, vêtu d'une peau de bête recouverte d'un fin et long manteau. Il tient l'Agneau qu'il désigne de la main droite, chacun étant censé connaître la phrase de l' Évangile de Jean (1,29-31 et 1,35-36) qu'il mime ainsi :

Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit: Voici l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. 30 C'est celui dont je disais: Il vient après moi un homme qui est au-dessus de moi, car il était avant moi. 31 Et pour moi, je ne le connaissais pas; mais je suis venu baptiser d'eau, afin qu'il soit manifesté à Israël.

 35 Le lendemain, Jean était encore là avec deux de ses disciples, 36 Et voyant Jésus qui marchait, il dit: Voilà l'agneau de Dieu.

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III. La Baie 1 du chevet Vie du Christ et fragments d'un Jugement Dernier (v. 1500 et v. 1525): 

Cette baie située au nord-est mesure 2,56 m de haut et 1, 80 m de large.

Je citerai ici la thèse de Roger Barrié : 

 Elle possède, à l'intérieur comme à l'extérieur un double embrasement plat et concave  encadré de baguettes munies sur les cotés de petits chapiteaux cylindriques et de socles moulurés. Le volume et le traitement de ces détails ornementaux se retrouvent au porche méridional ainsi qu'au chœur de Kerdévot et au porche d'Ergué-Gaberic. Les trois lancettes trilobées sont surmontées de quatre écoinçons. C'est dans ce cadre formel, inhabituel et délicat  que les fragments de deux verrières différentes ont été regroupées en trois registres : trois demi-panneaux composés à partir d'un Jugement Dernier, trois saints et quatre donateurs et trois scènes de la Vie du Christ   couronnés d'éléments d'architecture gothique. (R.B). 

Restauration et Conservation.

Le montage actuel de cette verrière, effectué au XVIIIe siècle, résulte de déplacements anciens. La Vie du Christ occupait, comme à Ergué-Gabéric et à Penmarc'h, la baie axiale où elle fut remplacée, peut-être après destruction partielle, par une grande Crucifixion datée de 1571. ; quand au Jugement Dernier, il garnissait une des baies méridionales qui furent endommagées par la chute du clocher en 1706. A cette époque, on assembla dans la baie 1 rectangulaire ces fragments dont quelques-uns, du Jugement Dernier, servent de bouche-trous dans la baie 4 au sud-est. Au XIXe siècle, l'état de la baie 1 est moins inquiétant — comme le signale Bigot aîné, architecte départementale, « dans celui de gauche, il manque peu de pièces »— que celui des trois autres vitraux qui sont en lambeaux.

Ce vitrail fut restauré en 1839 comme les autres. L'intérêt du devis* dressé à cette occasion par Bigot aîné dépasse le cadre de l'étude monographique des vitraux de Guengat ; ce document donne une idée précise tant des opérations qu'un restaurateur au XIXe siècle que de l'esprit qui présidait à la conservation des vitraux anciens et qui, malgré certaines pratiques comme l'abus de bouche-trous anciens, n'est pas éloigné des conceptions modernes. Cassaigne, de Quimper, fut chargé de ce travail ; après une dépose à l'aide de papier collé, les verres sont nettoyés à «  l 'esprit de vin » complétés, et remis en plombs avec joints neufs.

Les événements historiques firent ajourner la restauration prévue en 1940 et provoquèrent la dépose en 1942 malgré l'opposition de la mairie de Guengat. Jean-Jacques Gruber remit en place les vitraux des baies 0, 1, 2, 4 en 1950 et a été dernièrement chargé de la vitrerie d'art des autres baies de l'édifice.

Les déplacements subis par les panneaux de la baie 1 ont généralisé les plombes de casse ainsi que la mutilation des scènes inférieures ; au registre médian, le cul de four de la niche a été retaillé pour s'adapter aux éléments gothiques du registre supérieur qui est, lui, encadré sur toute la hauteur et dont les scènes se mesurent que 46 cm de large. Étant donné l'abondance des bouches-trous confectionnés avec des pièces anciennes, le degré d'authenticité est curieusement élevé dans un ensemble aussi peu cohérent,. Certaines pièces ont été retournées, la grisaille à l'extérieur, pour compléter des manques : ainsi, la tête de Joseph, pièce ancienne dont le dessin a été repris et adapté à la scène de la nativité, ou bien ,es mains du donateur en B2. Les têtes de saint Pierre et de saint Jean-Baptiste (C2 et B2) sont des pièces anciennes mal cuites de sorte que la grisaille a complètement grippé sur la surface du verre., mais celle de pierre a été laissée en l'état, alors que celle de Jean-Baptiste a été repeinte et a reçu une couverte extérieure de grisaille ou d'émail roux qui lui donne une coloration irréelle brun mauve.

Comme à Ergué-Gabéric et à Plogonnec, on constate le même comportement variable des verres suivant leur colorant : les mauve, violet et vieux rose ont bien résisté, et c'est le verre incolore qui est le plus gravement atteint non seulement par des cratères mais aussi par des lichens épais, surtout dans la partie la plus à droite de la fenêtre, notamment les visages des donateurs et le Baptême. Sur la manche rouge du prêtre de la Circoncision, les points d'attaque extérieurs suivent le tracé du damassé à la grisaille qui a presque disparu à l'intérieur. Malgré cette importante corrosion, il suffirait d'un brossage à l'eau formolé des deux faces pour restituer au vitrail tout son éclat. (Roger Barrié).

 

* Archives Départementales du Finistère 1V 277 et 345.

En 1987, Jean-Pierre le Bihan (Quimper) procéda à une nouvelle restauration.

 

 


 

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Je décrirai successivement les trois panneaux inférieurs, de gauche à droite, puis le registre des donateurs, puis les trois panneaux supérieurs.

                                     SIX PANNEAUX D'UN JUGEMENT DERNIER.

Ils sont estimés  par Roger Barrié dater des années 1525. Les verres en sont plus translucides et paraissent plus minces que ceux de la Vie du Christ.

 Panneau A1 : Quatre apôtres.

Au premier plan, saint Pierre, identifié par les deux clefs de taille conséquente, (ce sont celle du Paradis et celle du Salut des âmes) mais aussi par sa coiffure au "toupet" caractéristique. Derrière lui, Jean l'Évangéliste, blond, imberbe, et tenant le calice d'où darde un aspic (à figure de dragon ailé), pour commémorer ce passage de la Légende Dorée où le saint boit sans dommage une coupe de poison et démontre ainsi aux Éphésiens la supériorité de son Dieu. 

Quatre autres visages ne sont pas identifiables dans cette assemblée des saints qui figurait jadis à droite du Christ-Juge du Jugement Dernier.

Je remarque le traitement particulier des yeux (de Jean, mais aussi de Pierre) tracés d'un cercle de grisaille très sombre dans lequel s'inscrit une virgule de même teinte.

 

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Panneau B1 Cinq bustes de saintes femmes. 

Comme celui des apôtres précédents, les regards des saintes sont dirigés vers la droite, où le Christ-Juge se trouvait. On reconnaît facilement Marie-Madeleine par son vase à onguent qu'elle entrouvre. De profil, une sainte tient une croix (sainte Catherine ??).

Comme dans la scène précédente, le visage d'un des participants se détourne de la direction générale vers son voisin, instaurant ainsi un dialogue ou une complicité dans l'adoration collective ; on a relevé le même procédé dans le groupement des rois de l'adoration des mages pour varier, à l'aide d'un élément pittoresque, la succession de figures semblables. (R. B)


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Panneau C1 : six anges adorateurs.

Même direction des regards, mêmes couleurs alternées rouge, vert, bleu ou mauve, même rendu des yeux, mêmes auréoles tracées au compas, nous sommes bien dans la même partie gauche de ce Jugement Dernier. Le premier ange mérite le titre de Buccinateur, soufflant dans la trompette annonçant le jugement.

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Panneau A2 : saint Michel présentant un donateur.

Saint Michel, en armure de chef des armées célestes, tenant de la main droite la balance de la pesée des âmes tout en présentant de la même main son protégé, dirige son regard légèrement vers le bas ; il tient de la main gauche une croix à longue hampe. Ses ailes vertes se détachent sur un fond violine.

Du donateur, seuls le visage et les mains sont bien conservés ; on l'imagine agenouillé devant le prie-dieu. On distingue une courte fraise et le brassard d'une armure.

Ce panneau est comparable à celui (inversé) du panneau D1 de la Passion de Plogonnec.


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Guengat :  vitraux 0371c   Plogonnec :   la-passion 0327c


 

Panneau B2 : saint Jean-Baptiste présentant un couple de donateurs.

C'est sur ce panneau que la comparaison avec le vitrail de la Passion de Plogonnec (panneau A1, v.1520)) est la plus frappante ; certes l'oriflamme change de couleur, le vêtement du saint ressemble ici plus nettement à une peau de bête, mais c'est la même posture tendue vers l'avant, le même agneau mystique, et jusque la même ceinture verte. Les donateurs portent la même tenue, sauf le décolleté rectangulaire à Guengat.

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Guengat :vitraux 0370c Plogonnec:    la-passion 0311c


Panneau C2 : saint Pierre présentant un couple de donateurs.

Alors que les deux personnages agenouillés regardent vers la droite, le saint, tenant les clefs au bout du bras gauche, tourne le visage dans la direction opposée. Cette disposition, la présence de saint Pierre parmi les apôtres au registre inférieur, ainsi qu'une différence sensible dans le dessin du nimbe et dans le style du visage, suggèrent que cette scène faisait partie d'un vitrail autre que le Jugement Dernier, peut-être la Vie du Christ dont trois scènes restent au registre supérieur. Fond uni vert. (R. B)

Pourtant les trois niches architecturées sont identiques et appartiennent au même ensemble. La tête n'est-elle pas, seule, d'une autre origine ?

 Il s'agit d'une niche en cul de four à godrons rouge (bleu dans le panneau B2) reposant sur un bandeau doré sur lequel, à Plogonnec, se déchiffre une antienne, et où, ici, on ne trouve que des successions de 0808.

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                                     TROIS PANNEAUX DE LA VIE DU CHRIST.

Ils sont datés par R. Barrié vers 1510 ; Les trois panneaux A3, B3 et C3 sont comparables à ceux d'Érgué-Gabéric (1516) en A1, B1 et C1, et pour les deux derniers à ceux de Penmarc'h (v.1510) .Les mêmes dais surmontent les trois scènes, faites chacune de trois arcades entre des colonnes.

Panneau A3 : Nativité. 

On notera le verre rouge gravé utilisé pour l'étoile des bergers. 

 


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Panneau B3 : Circoncision.

La Vierge, le Grand-prêtre, son assistant tenant un livre d'office, Joseph en arrière plan, et un témoin .

On lit sur le galon de la manche de la dalmatique du prêtre VICTORICV, et sur les galons de la fente latérale VEREREOREMUS.DEUS  et CORS .


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Panneau C3 : Baptême du Christ.

Le Christ est entré dans le Jourdain, et Jean-Baptiste, vêtu d'une peau de bête, verse sur sa tête l'eau avec une cruche. Une colombe symbolise l'Esprit de Dieu, et sa puissance est soulignée par les rayons blancs d'un verre rouge gravé.

 


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IV. La Baie 4 du bas-coté sud: Passion et 4 couples de donateurs (v.1500 et v.1525).

Cette baie de 4,20 m de haut et 2,35 m de large comprend 4 lancettes trilobées et un tympan à 9 ajours. Les panneaux ont perdu depuis longtemps leur ordre initial, et la Passion et les donateurs proviennent peut-être "de la maîtresse-vitre qui a précédé l'actuelle" (Gatouillat 2005), alors que d'autres panneaux viennent d'un Jugement Dernier des années 1520, extérieur à Guengat. On y discerne 3 registres horizontaux. Je les décrirai à partir du registre inférieur.


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                                       I. Registre inférieur. 

Panneau A1 : Anges en adoration.

Quatre anges, les mains jointes ; un cinquième, sonnant de la trompette

Panneau B1 : Apôtres.

Trois apôtres au premier plan : saint Pierre (toupet) ; saint Paul (épée) ; saint Barthélémy (coutelas).

Panneau C1 : Saint.

Saint, à genoux, vêtu d'une peau de bête, entouré de nuées et surmonté d'un arc-en-ciel. Ce doit être Noé ou le prophète Elie

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Panneau D1 : saint Michel et couple de donateurs.

 Saint Michel, présentant un seigneur donateur et une dame. Le seigneur est vêtu d'une cotte d'hermine au chef endenché de sable. Il est en armure de chevalier, l'épée à poignée rouge au coté. Les armoiries correspondent à la famille de Kérigny de Kerdrein selon le site www.guengat.com. :

 Dans l'église de Guengat, sur un vitrail du bas-côté sud, est représenté saint Michel présentant un seigneur et une dame. Le seigneur est vêtu d'une cotte armoriée d'hermines endenchées de sable et fait partie de la famille KERIGNY DE KERDREIN. Ce doit être Maurice de Kerigny, écuyer, seigneur de Kerdrein, et sa femme Jeanne DE ROSCERF. Ces derniers n'eurent qu'une fille, qui épousa Jean DE KERHARO, dernier du nom.

On trouve effectivement dans le Nobiliaire de Potier de Courcy :

 Kerdrein (de) , Sr dudit lieu , — de Kerbiriou , — de Trébéron. R. 1426, 1536. M[ontre] 1562. Paroisse de Crozon, évêché de Cornouailles. D'hermines au chef endenché de sable.   

Armoiries de la donatrice : parti d'hermine au chef endeuché de sable et de gueules à annelets d'argent. Vêtue d'hermine, manteau bleu à revers d'hermine sur les manches et l'encolure. Coiffure composée d'un voile bleu et d'un bonnet. Collier à maillons de cercles d'or avec pendentif à quatre perles et quatre gouttes d'or.

On ne retrouve les armoiries de gueules à  [sept] annelets d'argent que dans la famille de Coëtmen ; Gillette de Coëtmen, héritière du titre, épousa Jean VI d'Acigné qui devint baron de Coëtmen et de Tonquedec. Fausse piste.

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                                    II. Registre médian.

 

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Panneau A2 : Baiser de Judas


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Panneau B2 : sainte Marie-Madeleine présentant un couple de donateurs.

12° Sainte Marie-Madeleine, présentant un seigneur et une dame, portant d'azur au lion rampant d'or, couronné et lampassé d'argent. Ce sont, peut-être, les armes de Kerigny, Sr. de Kervrac'h. 

Les armoiries de la donatrice sont, dans la moitié antérieure de la jupe, celle de son époux (d'azur au lion rampant d'or) ; pour la partie postérieure, soit on considère (Corpus Vitrearum) qu'elles ont été remplacées par du verre rouge, soit on les décrit de gueules à losanges d'argent, armoiries retrouvées en D2.

 

 


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Panneau C2. Sainte Catherine présentant un couple de donateurs.

Sainte Catherine, présentant un seigneur et une dame. La cotte du seigneur est armoriée d'hermines au chef endenché de sable. Le Corpus Vitrarum signale " jupe de la donatrice refaite avec emploi d'émail bleu; panneau complété, autrefois fragmentaire et élargi d'un fond de losanges".

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Panneau D2. sainte Barbe présentant un couple de donateurs.

  Sainte Barbe, présentant un seigneur et une dame. Le seigneur porte une cotte de gueules à trois losanges d'argent, 2 et 1. La dame a une robe d'azur au lion rampant d'or, couronné et lampassé d'argent.

Selon le site www.guengat.com

  Dans le même vitrail, est représentée Sainte Barbe présentant un seigneur et une dame. Le seigneur porte sur son corselet un écusson à trois losanges d'argent, 2 et 1 (« de gueules à trois losanges d'argent, 2 et 1 » ). Une charte du 8/X/1434 mentionne Henri DE BRUÈRE  qui blasonne 3 losanges accompagnés en chef d'un lambel à trois pendants. La dame a « une robe d'azur au lion rampant d'or, couronné et lampassé d'argent ». Ceci nous démontre donc l'alliance d'un DE BRUYÈRE avec les KERIGNY.

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                                        III. Registre supérieur.


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Panneau A3 : Comparution du Christ.

Fond damassé jaune.

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Panneau B3 : Le Christ et la colonne de flagellation.



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Panneau C3 : Christ en croix.

Tête du Christ restaurée. Le Bon Larron ("Saint Dismas") a les yeux bandés, mais sa tête est tournée vers le ciel alors que celle du Mauvais Larron ("Gesmas") pend vers le sol.

                                       baie-4 0406c

Panneau D3 : Résurrection. 

Le Christ a revêtu le manteau rouge de la gloire de la résurrection et bénit un des gardes, qui se signe.

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                                      IV . Le tympan.

 Restauré en 1840 : deux anges jouant de la viole (vers 1500) ; croix, échelle, deux écussons à hermines. oculus. 

 

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 Cette baie 4 a été restaurée en 1840, puis en 1987 par le maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

 


V. Les panneaux isolés.

Baie Ouest.

Cette baie  à trois lancettes et un tympan à cinq ajours est haute de 2,50 m et large de 2,30 m. Elle accueille une vitrerie dans laquelle sont insérés deux panneaux anciens :

Panneau issu d'une Vie de Saint Fiacre : 

les auteurs parlent ici de Saint Fiacre et la Becnaude, mais je ne vois qu'une maison du XVe avec pignon percé d'un oculus vitré d'un vitrail monté en losange ; trois petites ouvertures rectangulaires, et un porche en anse de panier. Autour, une macédoine de fragments colorés.

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Sainte Véronique montrant le voile et la Sainte Face.

Fond rouge, XVIe siècle. Véronique a ce geste si familier des femmes qui plient les draps, pour présenter le linge où la sainte Face s'est imprimé ; curieusement, la couronne d'épine y figure aussi, en couleur.

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Baie 5.

Véronique déployant son voile. v. 1500.

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Baie 3.

 

Cette baie de 3,50 m de haut et 2,00 m de large est formée de trois lancettes et un tympan de six ajours et quatre  écoinçons. Elle a été réalisée par Le Bihan et Gruber en 1972, mais conserve des fragments anciens dans le tympan, et un panneau fragmentaire. En effet, la lancette centrale renferme un panneau très restauré datant vers 1550 et considéré comme une rencontre de saint Fiacre et de saint Faron.


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"Un évêque en chape et mitre, ayant devant lui un moine portant la tonsure monacale, les mains jointes, vêtu d'une robe blanche et d'un scapulaire bleu. Ce pourraient être saint Faron, évêque de Meaux, et saint Fiacre, auquel il concéda des terres (M. Abgrall, 1911)"

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Tympan 

On y trouve quatre chapiteaux de triomphe proche de ceux du tympan de la baie 0, et entourés comme eux d'un phylactère, où on lit ici ...DIEU. Les armoiries anciennes sont perdues. Au dessous, des anges chanteurs et musiciens. les écoinçons contiennent des phylactères  et des fleurs.

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 Le tympan de la Baie 7.

Baie de deux lancettes trilobées et tympan à trois soufflets de 1,50 m de haut et 0,90 m de large, occupée par une vitrerie de losanges, hormis deux anges musiciens dans les ajours du tympan.

 

            Synthèse personnelle ; place du culte de saint Michel et saint Jean Baptiste à Guengat.

  Si l'on tente de mettre de l'ordre dans ces vitraux qui ont été bouleversés par des modifications successives, on reconstitue la succession suivante :

1°) 1500. Agrandissement de l'église qui date de 1450.

a) Vitrail de la Vie du Christ  avec ses trois couples de donateurs présentés par Jean-Baptiste, saint Michel et saint Pierre. Pas d'armoiries identifiables.

b) Vitrail Baie 2 de saint Michel, la Vierge et saint Jean-Baptiste. 

c) Vitrail primitif de la Passion (en Baie 4 actuellement) avec 4 couples de donateurs présentés par saint Michel, sainte Catherine, sainte Barbe, sainte Marie-Madeleine. Armoiries des de Kerdrein et de Kerigny et de Bruère-Ducran.

2°) 1525. 

a) Jugement Dernier (étranger à l'église pour les auteurs du Corpus, ou intrinsèque pour R. Barrié). Actuellement réparti en deux ensembles en Baie 1 et Baie 4.

3°) 1550.

a) Passion occupant la maîtresse-vitre. 


 Je m'étonne de l'absence des armoiries de la famille éponyme de la paroisse, de Guengat au moment même où vit le membre le plus illustre, Alain de Guengat ( existe en 1528) et ses épouses successives, la troisième étant Marie de Tromelin.

Je constate la place importante des deux saints Jean-Baptiste et Michel, non seulement dans les vitraux (en Baie 1, Baie 2 et Baie 4), mais aussi dans la statuaire soit dans le chœur (Jean-Baptiste) soit dans la chapelle du chevet (Michel). La famille de Guengat possédait la chapelle saint-Michel (devenue plus tard Saint-Joseph) en la cathédrale de Quimper.

Je remarque que les saints qui présentent les donateurs ne sont pas choisis en fonction du prénom de l'interessé, mais parce qu'ils appartiennent aux grands saints intercesseurs, soit lors du Jugement Dernier, où Saint Michel pèse les âmes et où Jean-Baptiste et la Vierge sont invoqués, mais aussi face aux grands périls de la foudre et de la mort subite (sainte Barbe), de la grossesse ou de la mort subite (Sainte Catherine d'Alexandrie).

 

Liens et Sources.

— GATOUILLAT (Françoise)  et HÉROLD ( Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum – France, « Recensement des vitraux anciens de la France » VII, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005 ; 367 p., 371 fig. (grand in 4°).

— BARRIÉ (Roger) [(R.B)] 1978, Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle: Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper Thèse, Rennes 604 pages  I. p.54, II p. 33-40.

— ABGRALL Jean-Marie, Architecture bretonne, Quimper 1904 p. 325

ABGRALL (Jean-Marie) et PEYRON "Paroisse de Guengat, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper", Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, Quimper, 11e année, 1911, p. 78-86, 107-112., 

ABGRALL (Jean-Marie) "Excursion archéologique du 10 mai 1914", Bull. Société archéologique du Finistère 1914 pp. 224-227.

 — COUFFON et LE BARS - Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper 

— Site Tout sur l'église : http://www.guengat.com/8/eglise07.html

— Site Infobretagne : http://www.infobretagne.com/guengat.htm

   —  Site Topic-Topos, La Passion : http://fr.topic-topos.com/la-passion-guengat

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