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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 18:17

Les psaumes 148 et 150 (Motet Laudate Dominum de coelis d'Orlando de Lasso) enluminés par Hans Mielich en 1570 pour le duc Albert V de Bavière. Analyse poétique.

J'AI INACHEVÉ CET ARTICLE AVANT QU'IL NE M' ACHÈVE. DOMMAGE. J'ÉTAIS BIEN PARTI...

Je le publie malgré tout : adieu, bel oiseau aux ailes rognées.

Voir

La chapelle de cour du duc Albert V, dans le Mus. Ms. A. Première partie: la Salle St-Georges et la Chapelle.

Cet article poursuit la série suivante :

Mirabar solito dans le livre de chœur enluminé Mus. Ms B. de Munich.

Autoportrait de Hans Mielich : Ne Sutor Ultra Crepidam.

Autoportrait de Hans Mielich et portrait de Roland de Lassus : le Mus. Ms. A. I et II.

http://www.lavieb-aile.com/2015/05/la-chapelle-de-cour-du-duc-albert-v-et-les-musiciens-de-roland-de-lassus-mus-ms-a-deuxieme-partie.html

Source des images du Livre de chœur II (Mus. Ms. A II) :

— Microformes (noir et blanc, tout le manuscrit) :

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035009/images/ (conseillé pour zoom 200%)

En pdf déroulant : http://javanese.imslp.info/files/imglnks/usimg/6/66/IMSLP368394-PMLP594987-d-mbs_mus._ms_a_2pb.pdf

http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&bandnummer=bsb00035009&pimage=188&v=150&nav=&l=de

http://imslp.org/wiki/Choirbook,_D-Mbs_Mus._MS_A_%28Lassus,_Orlande_de%29

— en couleur avec une moins bonne définition en pdf (déroulant) :

http://petrucci.mus.auth.gr/imglnks/usimg/8/85/IMSLP368403-PMLP594987-d-mbs_mus._ms_a_2.pdf

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— Volume de commentaire (Erläuterungen) de Samuel Quickelberg (1569) : Mus. Ms A Il(2) Cim 207

Vol. I : http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00035012&pimage=00001&suchbegriff=&l=de

Vol. II : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035013/images/index.html?id=00035013&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsqrseayawxdsyd&no=1&seite=3

N.B. Les couleurs de mes images ont été parfois fortement ravivées et la netteté rehaussée, le but étant ici la lisibilité des documents et non la fidélité de reproduction.

Le motet Laudate Dominum de coelis d'Orlando de Lasso a été composé sur le texte des Psaumes 148 et 150, pour l'usage privé du duc de Bavière Albert V, qui avait fait copié la partition ornée des enluminures de Hans Mielich en 1570 sur un Livre de chœur extrêmement luxueux et onéreux, connu sous le nom de Mus. Ms II, qui est sa cote à la Bibliothèque de Bavière. Ces deux psaumes de louanges prennent place après les sept psaumes pénitentiels, ce qui conclue le corpus, en occupant les folios 153 à 184. Le psaume 148 correspond aux folios  153-174, et le psaume 150 va de la fin du folio 174 au folio 184.

  Le duc Albert V, à la différence de nombreux princes allemands, était un défenseur pour son Duché de Bavière de la religion catholique, et c'est donc dans cette tradition, et non dans le mouvement d'étude et de traduction des psaumes par Luther et par les protestants français, qu'il faut situer ce choix d'Orlando de Lasso de conclure un recueil de sept psaumes liés à la culpabilité de David et aux appels à la contrition en changeant de ton par ce tonique appel à la louange des Laudes  (les psaumes 148, 149 et 150 font partie depuis saint Benoît de la liturgie des Laudes, —du latin laus laudis, "louange"—, une liturgie de l'aurore  où le fidèle rend grâce pour le jour qui se lève). 


 

Je voudrais faire partager  mon amour de la poésie biblique, et donc du texte lui-même des psaumes, et coupler l'émerveillement ressenti devant cette poésie à celui éprouvé devant les enluminures. Je ne pourrais faire entendre la musique polyphonique, mais il est fascinant de voir, dans le même ouvrage, s'associer trois muses, celle de la poésie, celle de la peinture, et celle de la musique.

Puisque le Livre des Psaumes de la Bible comporte 150 psaumes, il est clair que les n° 148 et 150 concluent ce livre tout entier placé sous le thème de la louange. Ils sont tous deux précédés par l'exclamation Alléluia !, de l'hébreu Hallelou-Ya, un terme qui signifie littéralement "louez Ya [hvé]", "louez le Seigneur" (Hallelou est un impératif pluriel). Nous allons entendre un grand appel lancé à toute la création pour chanter les louanges de Dieu. En d'autres termes, une majestueuse incitation à l'admiration et à l'émerveillement. Les savants parlent, devant l'exhortation d'autrui à la louange,  de "louange factitive".

Voici d'abord le texte lui-même (traduction officielle liturgique) :

 

Alléluia !

1 Louez le Seigneur du haut des cieux,

Louez-le dans les hauteurs.
2 Vous, tous ses anges, louez-le,
Louez-le, tous les univers.

3 Louez-le, soleil et lune,
Louez-le, tous les astres de lumière;
4 Vous, cieux des cieux, louez-le,
Et les eaux des hauteurs des cieux.

5 Qu’ils louent le nom du Seigneur :
Sur son ordre ils furent créés;
6 c’est lui qui les posa pour toujours
Sous une loi qui ne passera pas.

7 Louez le Seigneur depuis la terre,
monstres marins, tous les abîmes;
8 Feu et grêle, neige et brouillard.
Vent d’ouragan qui accomplis ses paroles;

9 Les montagnes et toutes les collines,
Les arbres des vergers, tous les cèdres;
10 Les bêtes sauvages et tous les troupeaux,
Le reptile et l’oiseau qui vole;

11 Les rois de la terre et tous les peuples,
Les princes et tous les juges de la terre;
12 Tous les jeunes gens et jeunes filles,
Les vieillards comme les enfants.

13 Qu’ils louent le nom du Seigneur,
Le seul au-dessus de tout nom;
Sur le ciel et sur la terre, sa splendeur :
14 Il accroît la vigueur de son peuple.

Louange de tous ses fidèles,
Des fils d’Israël, le peuple de ses proches!

Alléluia !

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1. Ce qui saute aux yeux, et aux oreilles, c'est la répétition à onze reprise des mots louez et louange, selon une figure de style récemment devenue célèbre, l'anaphore. Nous avons connu le "Moi, président de la République" de François Hollande, mais nous avons ici l'emploi de cette technique qui consiste à commencer des vers de façon récurrente par "louez-le", ce qui crée une énergie rythmique et un effet musical, voire même un effet physique semblable au balancement.

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2.Une autre technique poétique propre à la poésie biblique peut être décelée, celle de la focalisation. L'appel à la louange est lancé en suivant un ordre décroissant allant des éléments les plus vastes, cosmiques, vers les êtres vivants.  les anges (v. 2), les astres (v. 3), les éléments cosmiques (« cieux des cieux », « eaux des hauteurs des cieux » v. 4). Dans la deuxième partie, les créatures interpellées apparaissent comme aux détours d’un voyage : « monstres marins, tous les abîmes » (v. 7), « les montagnes et toutes les collines, les arbres des vergers, tous les cèdres; » (v. 9) « les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l’oiseau qui vole » v. 10.  Enfin, l’homme fait son apparition, depuis les rois jusqu’aux vieillards et aux enfants (v. 11-12). Israël, en dernier lieu, occupe une place spéciale parmi ceux qui chantent la louange de Dieu (v. 14).

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3. On reconnaît aussi ce que Robert Alter a nommé "la dynamique du parallélisme". Depuis 1753, Lowth a montré que la structuration du verset psalmique est régi par ce parallélisme, un premier vers étant repris en écho par un second vers qui le décline avec une variante. Ainsi, les deux premiers vers  :

Louez le Seigneur du haut des cieux, / Louez-le dans les hauteurs.

Il s'agit ici de parallélisme sémantique, les deux vers ayant le même sens (synonymie). Mais pas tout à fait puisque "dans les hauteurs" peut représenter un étage placé en dessous des cieux, amorçant ainsi la focalisation.  

[Robert Lowth,  qui sera évêque d'Oxford et de Londres, a publié en 1753 De sacra poesi Hebraorum qui reprenait les trente-quatre leçons données comme professeur de poésie à l'université d'Oxford. Dans sa dix-neuvième conférence, il reconnaissait dans les Psaumes et une grande partie de la prophétie biblique trois formes de parallélisme, synonymique, antithétique, ou synthétique. ]

La reconnaissance de ce rythme binaire et des phénomènes d'insistance et de répétition, d'allitérations et d'assonances accentue le plaisir de la lecture ou de l'audition. On peut aussi imaginer qu'ils se répondent, le premier membre étant clamé par un chanteur, auquel répond un second chanteur (on a trouvé, selon Koester, que ces distiques se rattachaient aux doubles chœurs des rondes orientales). J'imagine deux poètes se lançant des défis complices, le premier criant (c'est une poésie qui est rodée au "gueuloir" flaubertien) par exemple "Qu’ils louent le nom du Seigneur", et le second renchérissant par "Le seul au-dessus de tout nom ; Sur le ciel et sur la terre, sa splendeur"

Les 14 versets sont donc disposés dans la typographie  en 32 hémi-versets disposés les uns en dessous des autres, et la ponctuation adoptée ici confirme l'unité formée par ces versets, isolés par un point ou un point-virgule du suivant. Les deux derniers versets 13 et 14 ne sont pas des distiques, mais des triades.

Mais cette mise en forme n'existe ni dans le texte hébreu original, ni dans le texte latin de la Vulgate. Ainsi, en latin, pour le verset 1 :

Alleluia laudate Dominum de caelis laudate eum in excelsis  

– Le parallélisme sémantique synonymique se retrouve encore facilement aux versets 3 et 4 :

3 Louez-le, soleil et lune, / Louez-le, tous les astres de lumière;
4 Vous, cieux des cieux, louez-le, / Et les eaux des hauteurs des cieux.

"Soleil et lune" sont équivalents à "tous les astres de lumière" (mais cette expression peut inclure les étoiles et planètes) ; le latin donne omnes stellae et lumen, traduit par Louis Segond par "vous toutes, étoiles lumineuses. Le second terme du parallélisme crée donc une extension de sens qui englobe le premier. L'hébreu donne : Halélou ya. Halélou éte-Hachém mine-hachamayim, halélouhou bamméromim. 

  Et "cieux des cieux" correspond à "eaux des hauteurs des cieux", c'est à dire les nuées. On le perçoit peut-être mieux dans le latin Laudate eum caeli caelorum et aqua quae super caelum est , le second terme se traduisant littéralement par "les eaux qui sont au dessus du ciel".

– Le verset 7 est intéressant car il est marqué par une élision du verbe, un procédé poétique que je trouve toujours particulièrement savoureux :

7 Louez le Seigneur depuis la terre, / [Louez-le] monstres marins, tous les abîmes;

En outre, le second terme n'est pas un synonyme strict, mais une extension complémentaire du premier : après la terre, ce sont les animaux des profondeurs marines, qui sont convoqués à la louange. Là encore, on peut discuter de la traduction du latin Laudate Dominum de terra dracones et omnes abyssi qui donne littéralement "Louez Dieu depuis la terre, [vous ] les dragons et [vous] les abîmes". Dans chaque cas, il faudrait entendre et comprendre le texte hébreu, ce qui n'est pas mon cas.

Le parallélisme du verset 2 est moins évident sur le plan sémantique dans cette traduction :

Vous, tous ses anges, louez-le, / Louez-le, tous les univers.

Mais "tous les univers" correspond au latin omnes virtutes eius et est traduit par Louis Segond par "vous, toutes ses armées" : les anges forment bien les légions de Dieu.

On voit que l'auditeur peut jouer à découvrir comment l'auteur a développé cette règle de construction poétique du parallélisme sémantique. Mais le parallélisme peut être aussi syntaxique, l'ordre des mots du second hémi-verset reprenant exactement celui du premier. Ainsi : 

Les rois de la terre et tous les peuples, / Les princes et tous les juges de la terre;

Mais la lassitude que peut générer ce procédé peut être élégamment rompu par un chiasme qui réveille l'auditeur par surprise en inversant l'ordre des mots . Je n'en ai pas relevé ici d'exemple.

Enfin le parallélisme peut être hétérogène, mêlant les parallélismes sémantiques et syntaxiques, prosodiques, morphologiques et phonétiques du texte hébreu. 

Ainsi vont les psaumes : ce sont des processions de bœufs accouplés traçant leurs doubles sillons sur le champ du texte : chaque hémi-verset est lié à son compère par un joug, zugon en grec, jugum en latin, racine indo-européenne yeug-yug. L'hébreu biblique ignore ce terme, mais l'araméen et l'hébreu moderne emploient les mots zoug, zog, zouga et zoga avec les sens de "couple, paire, mariage. L'union sexuelle n'est étrangère, ni, étymologiquement, au sens du mot, ni, pour le lecteur  au plaisir de voyeur face aux attelages accouplés dans le texte. Ce plaisir est lié aussi au fait que le joug de l'attelage est visible / invisible, évident mais non énoncé.

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Le psaume 150.

1. Alléluia !

Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ;

2 louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur !

3 Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ;

4 louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour !

5 Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes !

6 Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia !

 

  Le parallélisme est ici limpide, mais plus pauvre, dans ces dix exhortations successives et dans cette répétition à dix reprises de l'injonction "Louez-le" : sur le plan poétique, le rythme fonctionne comme une incantation menée tambour battant, et le coté musical du chant s'apparie, sur le plan sémantique, aux neuf mentions de huit instruments de musique.

Puisque c'est le texte latin de la Vulgate qui sert de texte pour le motet d'Orlando de Lassus, j'aurais du m'intéresser d'avantage à la poésie et aux sonorités de la version latine de la Vulgate.  Après le Laudate Dominum du premier verset, ce sont les mots Laudate eum qui seront répétés neuf fois. 

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LE MOTET LAUDATE DOMINUM DE CAELIS DE ROLAND DE LASSUS. LES IMAGES DU LIVRE DE CHOEUR.

Son analyse a été publiée par Peter Bergquist en introduction de son édition critique des Motets de Roland de Lassus.

Le motet Laudate Dominum de caelis suit, dans le manuscrit, les partitions de sept psaumes pénitentiels ( Psalmi Davidis poenitentiales), et il fut publié également à la suite de ces psaumes en 1584. Il appartient donc à un ensemble cohérent en concluant joyeusement avec éclat la partie principale plus sombre. Ces motets ont été composés en 1559 à la demande du duc de Bavière,  pour être chantés pour son usage privé dans sa chapelle par son Chœur de chapelle dirigée par le Maître de chapelle, Roland de Lassus lui-même. Le duc en interdisait la publication. Il est en quatre parties et pour cinq voies SATTB. Les sept psaumes pénitentiels suivent les sept modes de la polyphonie d'église, et le Laudate Dominum obéit au huitième mode.

  Les partitions ont été copiées dans un manuscrit, l'un des plus coûteux jamais produit, en deux volumes : les partitions enluminées elles-mêmes (Mus. Ms. A II (1)) et les commentaires de Samuel Quickelberg (Mus. Ms A II (2) . Le travail du premier volume aurait débuté en 1563 et s'est achevé en janvier 1571, quoiqu'il porte la date de 1570 en dernière page. En 1584, après la mort d'Albert V en 1579, Lassus a pu faire publier ce corpus par Adam Berg à Munich. Mais Laudate Dominum échappa dès 1565 au contrôle du duc, et fut publié comme un motet à part.

Les deux psaumes 148 et 150 réunis sont divisés en quatre parties ou partes selon le shéma suivant :

prima pars : Psaume 148 : 1-6 

pars secunda : Psaume 148 :7-11

pars tertia : Psaume 148 : 12-14, et Psaume 150 : 1

quarta pars : Psaume 150:2-5.

  Ce motet occupe les folio 153 à 183. Chaque page, dont la partition est copiée par Jean Pollet, est enluminée par Hans Mielich. Cette ornementation suit une réflexion et une argumentation théologique très poussée du texte biblique, qui ne procède pas des seules compétences du peintre. Le médecin et bibliothécaire Samuel Quickelberg les décrit et en livre l'interprétation avec une telle science que je le soupçonne d'être le commanditaire qui a conçu le programme iconographique et l'a soumis au peintre. Les commentaires du Laudate Dominum occupent les pages 141 à 157 du Mus Ms. AII(2).

Les initiales D, Q et B des enluminures correspondent aux voix de Discantus,  Quinta vox, et Basse.  Les initiales C et T à Contraténor ou Altus  et à Ténor. Dans le choeur d'hommes et de jeunes garçons (une vingtaine à une quarantaine de choristes) de la Chapelle ducale, les garçons devaient sans-doute chanter les voix de discantus.

N'étant pas musicien, je tente de comprendre ce terme : le discantus ou déchant ou contre-chant ou vox organalis est une voix placée au dessus du Ténor, "évoluant en mouvement contraire avec elle en formant des intervalles de quinte ou de quarte, d'octave ou d'unisson". Le ténor, ou cantus firmus, est une mélodie composée en premier et qui sert de base, ou de "teneur". J'espère ne pas écrire trop de bêtises.

  L'édition moderne de la partition pour 5 voix Discantus, Altus, ténor, Quinta vox et Basse par Peter Bergquist occupe les pages 179 à 199 de son ouvrage.

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Le folio 153.

Laudate Dominum de celis laudate eum in excelsis Laudate eum omnes ange[li ]

Deux voix : Discantus et Bassus. 

Enluminure :  Au milieu, sur un trône dont la forme utilise astucieusement la lettre B, le roi David (qui est censé être l'auteur des Psaumes), joue de la harpe, tandis qu'un ange apparaît dans des nuées éblouissantes en présentant un phylactère où est écrit GLORIA IN EXCELCIS DEO. Derrière le roi se tient un orchestre avec 14 trompettes, un orgue, un luth (sous le trône), une vielle à roue, et autres instruments à identifier. voir le psaume 32 :  "Célébrez l’Éternel avec la harpe, célébrez-le sur le luth à dix cordes.".   

En face du roi, devant un lutrin, un roi écrit sous la dictée d'un ange. Il s'agit selon Quickelberg de Salomon composant le Cantique des Cantiques, et auquel est prêté la parole  de l'Ecclésiaste 1:17 : Dedique cor meum ut scirem prudentiam atque doctrinam  "J'ai appliqué mon esprit à connaître la sagesse,"    L'Ecclésiaste est « fils de David, roi dans Jérusalem » 

En haut, un chœur d'anges accueille dans les cieux le Christ ressuscité, figure du Fils de l'Homme.  En bas, des anges chassent des démons ou anges déchus. Dans les marges, des animaux chûtant la tête en bas. La clef de ces images est fournie par le commentaire de Quickelberg page 141 : il s'agit de la Vision des quatres bêtes, décrite dans le Livre de Daniel 7 :1-28.

Daniel voit quatre vents du ciel soulevant une grande mer. Quatre bêtes énormes sortent de la mer, toutes différentes entre elles 1) un lion avec des ailes d'aigle 2) un ours avec trois côtes dans sa gueule 3) un léopard avec quatre têtes et quatre ailes comme les oiseaux 4) une quatrième bête, terrible, effrayante et extrêmement forte; elle a des dents de fer énormes et porte dix cornes ; elle a  une petite corne avec « des yeux comme des yeux d’homme, et une bouche, qui parlait avec arrogance ».

Ensuite, un Ancien s'installe sur un trône, des livres sont ouverts et des jugements prononcés en faveur des saints (c'est ce qui est dépeint par Mielich dans la partie supérieure). La quatrième bête est détruite. Le Fils de l'homme reçoit empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servent. Son empire est un empire éternel qui ne passe point, et son royaume n'est point détruit.

Le personnage agenouillé en bas à gauche devant un ange  représente Daniel effrayé par sa Vision et qui entend (Daniel 10:19) : Et dixit noli timere vir desideriorum Pax tibi ; "Puis il me dit: Ne crains rien, homme bien-aimé, que la paix soit avec toi! courage, courage! "

C'est peut-être la déclaration de Daniel (7:27) selon laquelle " Le règne, la domination, et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous les cieux, seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son règne est un règne éternel, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront. " qui établit une relation entre la Vision de Daniel, et la louange des anges et des armées célestes du psaume 148. 

 

 http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035013/images/index.html?id=00035013&groesser=&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsqrseayawxdsyd&no=1&seite=288

 

Motet Laudate Dominum de caelis, Mus. Ms A II, folio 153.

Motet Laudate Dominum de caelis, Mus. Ms A II, folio 153.

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Folio 154.

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035009/images/index.html?id=00035009&groesser=150%&fip=193.174.98.30&no=&seite=153

Partition du même texte que le folio 153, mais pour les voix C, T et Q.

Huit panneaux rectangulaires échelonnés de chaque coté représentent des anges, accompagnées de légendes . Ce sont les Virtutes coelorum du verset 2, les armées célestes composées depuis Thomas d'Aquin des Séraphins et des Chérubins, des Trônes, des Dominations, des Vertus et des Puissances, , des Principautés, des Archanges et des Anges.

En haut, dans le cartouche de la lettre C sous le mot ORDO, une assemblée d'évêques .

Au milieu, sous le cartouche de la lettre T avec le mot ORDO, le Christ en croix entouré d'une assemblée de têtes couronnées encadrée par des gens d'armes.

En bas, dans le cartouche de la lettre Q et le mot ORDO, les membres de la cour ducale, en habit noir.

 Quickelberg explique qu'il s'agit encore d'une illustration interprétant la Vision du Livre de Daniel 7, celle des "dix cornes" de la quatrième bête : en haut sont figurés les hauts dignitaires de l'Ordre des écclésiastiques, et il cite alors Daniel 7:24  porro cornua decem ipsius regni decem reges erunt ...:  Les dix cornes, ce sont dix rois qui s'élèveront de ce royaume. Il cite aussi Daniel 7:27 regnum autem et potestas et magnitudo regni quae est subter omne caelum detur populo sanctorum Altissimi cuius regnum regnum sempiternum est et omnes reges servient ei et oboedient : Le règne, la domination, et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous les cieux, seront donnés au peuple des saints du Très Haut. Son règne est un règne éternel, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront. Après les ordres de l'Église et des Rois vient l'ordre des membres séculiers, que Quickelberg décrit en citant Daniel 7:27 Et omnes reges servient ei et oboedient, "et tous les rois le serviront et lui obéiront".

Enfin il décrit la scène la plus basse de l'enluminure comme représentant deux anges, l'un à droite étant un serviteur de Dieu bon, l'autre à gauche un serviteur du Diable malin.

Il m'est difficile de saisir toute la cohérence de ce commentaire ou des scènes illustrées.

 Commentaires de Quickelberg page 242 : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035013/images/index.html?id=00035013&groesser=&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsqrseayawxdsyd&no=1&seite=289

 

 

 

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folio 154.

folio 154.

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Folio 155.

–Texte : -ti eius laudate eum omnes virtutem eius Laudate eum sol et

– Enluminure :

En haut, le monogramme christique et la mention Philipens :2, entouré des allégories de la Vérité et de la Justice triomphantes

- C'est selon Quickelberg une référence à l'épître aux Philippins de saint Paul Phil.2:10-11 ut in nomine Iesu omne genu flectat caelestium et terrestrium et infernorum et omnis lingua confiteatur quia Dominus Iesus Christus in gloria est Dei Patris "pour qu'au nom de Jésus tout être s'agenouille dans les cieux, sur la terre et jusque sous la terre, et que chacun déclare: Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père."

- Au milieu, les scènes sont accompagnées des références à l'évangile de Matthieu. A gauche, on lit  Math.IX mais la Guérison du paralytique descendu par le toit correspond plutôt au texte de Luc, 5:17-26, Puis, au centre, sous la mention MATH VII on reconnaît la Guérison de la femme hémorroïse correspondant à Math. 9:20-22, ou à Luc 8:40-48.  Enfin à droite sous l'inscription MATH IIII se voit Jésus dormant dans une barque en pleine tempête, correspondant à Math 8:23-27.

- Dans la partie basse, un paysage et le char du Soleil.

- Dans les marges : à gauche, inscription IOSVE : X. C'est sans-doute une référence à Josué 10:12-13 : "Alors Josué parla à l'Eternel, le jour où l'Eternel livra les Amoréens aux Israélites, et il dit devant Israël: «Soleil, arrête-toi sur Gabaon et toi, lune, sur la vallée d'Ajalon!»  Le soleil s'arrêta et la lune suspendit sa course jusqu'à ce que la nation se soit vengée de ses ennemis. Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Juste? «Le soleil s'arrêta au milieu du ciel et ne s’empressa pas de se coucher, durant presque tout un jour.» "

 

 

 

 

folio 155.

folio 155.

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Folio 156.

– Texte : -geli eius laudate eum omnes virtutes eius laudate eum sol et luna.

– Enluminure.

- En haut à gauche mention EXODVS XII ; le Tau au centre de rayons lumineux ; 

- latéralement, série de médaillons

- en bas, le char de la Lune.

folio 156

folio 156

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Folio 157.

– Texte :  luna laudate eum omnes stellae et lumen Laudate eum caeli caelorum 

– Enluminure :

a) On trouve les 13 signes zodiacaux.

Aquarius:  Capricornus ; Sagitaris ; Pisces ; Ophiuchus ; Scorpio ; Taurus ; Gemini ;Virginis ;Conser [Cancer] ; Leo ; Aries ; Libra .

b) on y trouve  les 36 constellations décrites par Ptolémée dans son Almageste.


Piscis Mocius?;  Coronaria Borealis ; Ara [Autel] ; Centaurus ;  ; Aquila ; Delpho ; Equus Minor ; Pegasus ; Cetus ;  [Lupus ?] ;  Cap Meduse [Caput Medusae = Persée];  Deltocon [Deltoton =Triangle];  ; Andromeda ; Casiopea ; Cepheus ; Erichtonius [Cocher] ; Ursa Minor ; Ursa Maior ; Playstrum ; ; Draco ; Cignus ; Lira ; Via Lactea ;  Hercules ; Corona ;  Crines Berenices ; -osa Trich?  ;  Bootes [Bouvier] ; L--- ; Crater [Coupe] ;  Orion ; Lepus ; Canus Maior ;  Procion [Canis minor] ; Hidra ; Argo navis et, dessninée mais non nommée : la Flêche ; le Corbeau ; et un vase à anse

c) et on trouve le nom de 13 étoiles au moins :

  • Acarnar dernière étoile de l'extrémité australe d'Eridan, nommée par les arabes : Ākhir an-Nahr ou Fin de la rivière, آخر النهر 
  • Alkor ou Alcor: nom de l'étoile qui double Mizar ou Mirza dans le milieu du timon du Chariot  (ou de la queue de la Grande Ourse Ursa Major) ; seuls les observateurs dotés d'une bonne acuité visuelle distinguent le caractère double de la deuxième étoile du Chariot et discernent le cavalier Alcor (80 U.Ma.),  et le cheval Mizar (ζ U.Ma.). Selon une légende, cette capacité était l'un des critères de sélection des archers de Charles Quint. Son nom dériverait de l'arabe et signifierait "le cavalier". 
  • Angentenar : étoile d'Eridan (tau d'Eridan), nommée par les arabes (ʿArjat an-Nahr = "courbe de rivière"Angentenar in Eridanus (besides Acarnar which was already there in 1536), and Yed in Ophiuchus; equally, in 1540 two Latin star names were added to Leo, Ceruix and Dorsum, which did not exist in the 1536 edition. Most of the figures in the  Citée  Par Petrus Apian 1532 dans Ein kurtzer bericht d'Observation vnnd vrtels, des Jüngst erschinnen Cometen ...https://books.google.fr/books?id=FdZfAAAAcAAJ&pg=PT22&dq=%22angentenar%22&hl=fr&sa=X&ved=0CEUQ6AEwBmoVChMI_oPIxY7YxwIVBFgUCh2cbgM5#v=onepage&q=%22angentenar%22&f=false
  • Alioth :  de la Grande Ourse : de l'arabe Al-Jawn الجون  "le cheval noir "Jean" "  
  • Arcturus ou α Bootis :  étoile la plus brillante de la constellation du Bouvier 
  • Caicula pour Canicula, autre nom de Sirius.
  • ​Cernix pour  Ceruix/Cervix, étoile de la constellation du Lion, nommée en 1540, avec Dorsum. Journal for the History of Astronomy, Volume 18, 1987, page 118
  • Dorsum : étoile de la constellation du Lion : cf Cervix.
  • Dubhé : Alpha de la Grande Ourse :  de l'Arabe dubb, « l'ours », de la phrase ظهر الدب الأكبر Dhahr ad-dubb al-akbar, voulant dire « le dos du Grand Ours ».
  • Lanx Mer[idionalis] :  ou "plateau sud de la Balance " ou Lanx Australis :alpha Librae,  étoile de la constellation de la Balance (Libra) s'opposant avec Lanx Borealis, et portant actuellement le nom de Zuben Elgenubi. Ce dernier nom provient de l'arabe, الزبن الجنوبي « Al Zuban al Janubiyyah », signifiant « la pince sud du Scorpion » . Zuben Elgenubi est également nommée Kiffa Australis ou Elkhiffa Australis, une version latinisée de la phrase arabe « Al Kiffah al Janubiyyah », « Le plateau sud » (de la Balance).  Nom cité par James Cheyne De priore astronomiae parte, seu de sphaera, libri duo,1575 page 23.
  • Rigel ; Beta Orion
  •  Spica  ou l'Épi :  α Virginis, est l'étoile la plus lumineuse de la constellation de la Vierge.
  • Yed : étoile d'Ophiucus, nommée par les arabes 

 

– Commentaire laconique de Quickelberg:

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035013/images/index.html?id=00035013&groesser=&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsqrseayawxdsyd&no=1&seite=295

Discussion.

La peinture d'une cinquantaine de constellations et surtout la mention de 13 noms d'étoiles permettent de suspecter quelles ont été les sources d'information de Hans Mielich pour peindre cette représentation du ciel étoilé. Il fat d'abord rappeler que l'astronomie fait partie des grands sujets d'intérêt à la fois pour les savants humanistes, mais aussi pour les puissants, qu'ils soient rois ou empereurs, papes ou évêques, ou, comme en Bavière, ducs. 

SOURCES et LIENS

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_constellations 

Sur Philippe Apian : http://www.ensba.fr/presentations-collections/Allemagne16e/version_sans_JS/Philippus_Apianus.html

http://irfu.cea.fr/Sap/Phocea/Vie_des_labos/Ast/ast.php?id_ast=2617

– Nick Kanas Star Maps: History, Artistry, and Cartography https://books.google.fr/books?id=bae3LP4tfP4C&pg=PA91&lpg=PA91&dq=names+of+stars+islamic+1540&source=bl&ots=ui_D4iJMJA&sig=l8UAfi9zLVWTmLEZUi3J77S5nMI&hl=fr&sa=X&ved=0CDsQ6AEwA2oVChMI3rDwmJDYxwIVARIUCh0jnAoz#v=onepage&q=names%20of%20stars%20islamic%201540&f=false

– Noms d'étoiles : 

Sites consultés :

http://www.constellationsofwords.com/Fixedstars.htm

https://www.pa.msu.edu/people/horvatin/Astronomy_Facts/star_names/starsA.htm

http://datab.us/i/List%20of%20Arabic%20star%20names

KUNITZSCH ( Paul), 1987, « Peter Apian and Azophi - Arabic Constellations in Renaissance Astronomy » Journal for the History of Astronomy, Vol.18, NO. 2/MAY, P.117,

http://www.constellation-guide.com/constellation-list/libra-constellation/

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Folio 183.

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00035013/images/index.html?id=00035013&groesser=&fip=eayaenyztsxdsydeayaqrsqrseayawxdsyd&no=1&seite=319

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Folio 184.

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SOURCES ET LIENS.

http://imslp.org/wiki/Choirbook,_D-Mbs_Mus._MS_A_(Lassus,_Orlande_de)

http://www3.cpdl.org/wiki/index.php/Laudate_Dominum_de_coelis_(Orlando_di_Lasso)

BERGQUIST (Peter), 1990, Orlando de Lasso, The Seven penitentials psalms and Laudate Dominum de caelis edited par Peter Bergquist, Recent research in music of the Renaissance, A-R Editions, Madison, I-XXXII, 1-199;

 https://books.google.fr/books?id=NWPdOJWL0CMC&pg=PR9&dq=motet+roland+de+lassus+psaume+148&hl=fr&sa=X&ved=0CDIQ6AEwAzgKahUKEwizt9LT09DHAhUBXBQKHR1wDO4#v=onepage&q=motet%20roland%20de%20lassus%20psaume%20148&f=false

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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