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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 20:54

Les deux Vierges couchées de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne).

Maria im Wochenbett : Das Westportal am Freiburger Münster / Der Schmiedefenster im Freiburger Münster.

Voir aussi :

LES VIERGES COUCHÉES. 6 articles.

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vierges-couchees-de-bretagne-2-chapelle-du-yaudet-a-ploulec-h-105555217.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-3-chapelle-de-kergrist-a-paimpol-105604068.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-couchee-calvaire-de-tronoen-a-saint-jean-trolimon-29-110465874.html

http://www.lavieb-aile.com/article-la-vierge-couchee-dans-les-nativites-des-livres-d-heures-113263711.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-la-cathedrale-de-chartres-112103311.html

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Je nomme "Vierge couchée" la Vierge qui, dans les Nativités, est allongée dans son lit d'accouchée avant les relevailles. Louis Réau les désigne sous le terme de "Vierge en gésine sur son lit d'accouchée", et le Bildindex de Marburg sous le terme allemand de "Maria im Wochenbett". Wikipédia y consacre un article sous le titre Maria in puerperio.  Saint Joseph se tient le plus souvent au pied du lit. J'ai déjà donné de nombreux exemples dans mes articles sur les spectaculaires Vierges au lit bretonnes, mais prenons ici comme exemple, puisque nous voilà en Allemagne, le tableau Die Geburt Christi de Conrad von Soest, qui date de 1404 : 

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Lors de ma visite de la cathédrale de Fribourg, j'ai découvert deux exemples de ces Vierges en couches, le premier dès l'entrée puisqu'il m'accueillait sur le tympan du porche principal, et le second — plein de cocasserie— sur le bas-coté nord de la nef. Finalement, passant du coq à l'âne, je me suis retrouvé lancé dans une enquête sur le bœuf de la crêche !

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LA VIERGE COUCHÉE DU TYMPAN du portail ouest.

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Le porche de la tour de la cathédrale de Fribourg  a été construit en même temps qu'a été exécutée sa décoration sculpturale,  à la fin du 13ème siècle. Il a été peint de couleurs vives à trois reprises en 1300, 1604 et 1889, et à nouveau entre 1999 et 2004. 

 

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a) Vue générale du porche.

http://www.zum.de/Faecher/G/BW/Landeskunde/rhein/freiburg/muenster/vorhalle1.htm

On remarque au centre, entre les deux portes, une Vierge placée au dessus de Jessé accroupi.

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Porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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b) Le tympan et ses trois registres.

 Le tympan associe un Jugement Dernier, et des scènes de la Vie de Jésus (Naissance et Passion). Au sommet, entre la Vierge et saint Jean, le Christ assis sur un trône, montrant ses plaies, et entouré d'anges portant les instruments de sa Passion.  Le registre sous-jacent est centré par un pélican (noir) nourissant ses petits de sa propre chair. Les douze apôtres l'entourent, tous assis, sur des petits nuages. En dessous d'eux vient le Christ crucifié, au dessus du crâne d'Adam, et à sa gauche le bon Centurion,  Longin, et neuf personnages enchaînés et entraînés ders la gueule du Léviathan. A sa droite se trouvent Marie et Jean, et d'autres personnages.

Le registre inférieur est celui qui nous concerne Il comporte une bande haute avec une Résurrection des morts, sortant de leur tombe à l'appel de quatre anges bucinateurs. Plus bas, la moitié gauche  comporte des scènes de la Passion : Judas pendu au figuier, saint Pierre coupant l'oreille du serviteur du grand prêtre, le Christ aux outrages, la Flagellation du Christ lié à la colonne.

Enfin, dans la partie droite de ce registre inférieur, une Nativité et l'Annonce faite aux bergers. Que nous allons regarder de près.

 

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Tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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La Nativité et l'Annonce aux bergers.

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Nativité du tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Nativité du tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Annonce aux bergers.

A droite, un ange présente une banderole avec les mots ANNUCIO VOBIS, [les auteurs lisent ou ont lu ANNUNTIO] qui renvoient à l'évangile de Luc : Lc 2:8-15 :

  et ecce angelus Domini stetit iuxta illos et claritas Dei circumfulsit illos et timuerunt timore magno et dixit illis angelus nolite timere ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum quod erit omni populo quia natus est vobis hodie salvator qui est Christus Dominus in civitate David et hoc vobis signum invenietis infantem pannis involutum et positum in praesepio et subito facta est cum angelo multitudo militiae caelestis laudantium Deum et dicentium gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis

 "Il y avait dans la même région des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour y garder leur troupeau.  Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une grande frayeur.  Mais l'ange leur dit: «N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une source de grande joie pour tout le peuple:  aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur.  Voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.» Et tout à coup une foule d'anges de l'armée céleste se joignit à l'ange. Ils adressaient des louanges à Dieu et disaient:  «Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes!»"

Mais on voit que la Vulgate utilise le terme "evangelizo" (annoncer une bonne nouvelle, proclamer) et non "annuntio", qui appartient à la version syriaque. On voit aussi qu'il manque un tilde : ANNU[N]CIO ou ANNU[N]TIO. La formule "Ecce annuntio vobis magnum gaudum" se retrouve dans les chants grégoriens en Italie au XIe siècle pour les offices de la Nativité (Florence, Plaisance) ou à Augsbourg, 1459. La leçon "Ecce anuncio vobis" se retrouve sur les enluminures de Livres d'Heures du XVe siècle : Miniature au début de tierce de la Vierge, Carpentras, BM ms 0052 f 050 ; Heures à l'usage de Châlons-en-Champagne, BM Lyon Ms 5146 f. 47v  Gloria in excelsis Deo anuncio vobis gaudium ; Livre d'heures à l'usage de Soissons. BM Lyon Ms 5142, XVe siècle, Anuncio vobis (gau)dium mag(num) 

 

L'ymagier ne manque pas d'humour dans sa mise en scène ;  le berger, portant un chapeau rond noué sous le menton par de longs lacets, une tunique sans manche proche des dalmatiques, des guêtres ou housseaux, tient attaché à son poignet par une  laisse impressionnante un solide molosse. Sa canne n'est qu'un bout de bois tordu.  Devant ses pieds se trouvent un bélier et un mouton tandis que deux chèvres broutent les feuilles d'une vigne (ou d'un arbre à gousses). 

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Annonce aux bergers, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Annonce aux bergers, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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La Nativité. 

Dans l'évangile de Luc, la Naissance de Jésus est annoncée ainsi aux bergers :

 et hoc vobis signum invenietis infantem pannis involutum et positum in praesepio , "Voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire."  Lc 2:12 .

 

Le récit est enrichi au VIIIe siècle dans l'Évangile du Pseudo-Matthieu chap. XIV : 

Le troisième jour de la naissance du Seigneur, la bienheureuse Marie sortit de la caverne , et elle entra dans une étable, et elle mit l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adoraient . Alors fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : « Le bœuf connaît son maître, et l'âne la crèche de son Seigneur. » Ces deux animaux, l'ayant au milieu d'eux l'adoraient sans cesse. Alors fut accompli également ce qu'avait dit le prophète Kabame : « Tu seras connu au milieu de deux animaux. » Et Joseph et Marie demeurèrent trois jours dans cet endroit avec l'enfant".

Puis Jacques de Voragine le diffuse dans sa Légende Dorée du XIIe siècle 

Nous voyons ici de gauche à droite :

  • Un ange tenant un cierge, éclairant la crèche mais signifiant surtout que la venue  de l'Enfant s'assimile à l'apparition de la Lumière divine. 
  • La Vierge, couchée sous des draps damassés, le dos surélevé par un dossier et un coussin.
  • L'Enfant, cheveux courts, blonds et bouclés, tourné sur le coté droit, tient sa Mère par le bras.  
  • Deux anges  en adoration.
  • la mangeoire, en osier, ressemble à une clôture de jardin  : Le terme de la Vulgate  praesepio, "mangeoire" vient de  saepio "entourer d'une haie" ; il traduit le terme grec φάτνη phátnä et correspond à notre mot "crêche" : une mangeoire, et, par extension, l'étable. 
  • L'âne, regardant le bœuf qui mange la paille du berceau improvisé. Ce motif discrètement comique va trouver sa suite dans notre second exemple sur le vitrail de la nef, mais on peut aussi le retrouver, quasi identique à celui-ci, au tympan du porche de l'église de la Frauenkirche d'Esslingen.
  • un ange thuriféraire.
  • saint Joseph assis, pensif, la canne à la main et le bonnet cônique sur la tête.

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La Vierge couchée, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

La Vierge couchée, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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La Vierge couchée et son Fils, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

La Vierge couchée et son Fils, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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Saint Joseph, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

Saint Joseph, tympan du porche de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE COUCHÉE DU VITRAIL DE LA NATIVITÉ, BAS-COTÉ NORD DE LA  NEF. 1320.

Nördliches Seitenschiff, Schmiedefenster.

La deuxième fenêtre du bas-coté nord de la nef est faite de trois lancettes de quatre panneaux. Comme les autres verrières, elle est offerte par des corporations d'artisans, ici les forgerons (schmied) dont le patron est saint Éloi, Eligius en latin. La lancette du milieu porte le blason des forgerons en bas (tenaille, marteau et serpent), saint Éloi ferrant un cheval dont il a coupé la patte au milieu, et une Crucifixion au sommet. Les lancettes latérales illustrent la Vie de la Vierge : Annonciation et Nativité à gauche, Visitation et Fuite en Égypte à droite. 

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La verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile

La verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile

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Lancette centrale de la verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile
Lancette centrale de la verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile

Lancette centrale de la verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile

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La Nativité de la Verrière des Forgerons.

Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

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La Vierge, assise dans son lit d'accouchée, la tête (nimbée et voilée) posée sur un oreiller bleu à carreaux, lève les bras vers son Fils. On croit d'abord qu'elle le soulève pour l'admirer ou joer avec lui, mais on comprend qu'en réalité, il est en train de tomber de la mangeoire en osier qui lui sert de berceau, car le bœuf, au lieu de manger le foin,  dévore l'une des extrémités des langes de l'enfant. Panique !

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Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

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Face à ce petit accident, Joseph, d'habitude si passif et mélancolique,  a réagi promptement et, levant sa canne, il frappe (certainement avec douceur) le museau de l'animal gourmand.

 

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Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

Nativité, verrière des Forgerons (Schmiedefenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

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Je dois ajouter qu'il y a une troisième Vierge couchée à la cathédrale de Fribourg, en croisillon sur la Verrière des Martyrs du bas-coté sud de la nef. Mieux, c'est, en plus, une Vierge allaitante. Des années 1270-1280.

Mais voilà, j'ai raté ma photo.

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Nativité, verrière des Martyrs (Märtyrerfenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

Nativité, verrière des Martyrs (Märtyrerfenster) de la cathédrale de Fribourg, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

http://www.michaelseeger.de/muenster/index.html

http://www.michaelseeger.de/muenster/ochs.html

http://www.ulrichengert.de/resources/PDF/Ulrich_Engert_Referenz_Corpus_Vitrearum.pdf

http://www.bildindex.de/obj20578989.html#|home

— ARONIKA (Markus), 2013,  Farbe und Licht, Geisliche Beschreibungen von Fenstern im Freiburger Münster, Promo Verlag.

—  KEMPF ( Friedrich), SCHUSTER ( Karl), 1906, Freiburger Münster : ein Führer für Einheimische und Fremde, Freiburg, Herdersche Verlagshandlung.

https://archive.org/stream/dasfreiburgermun00kemp#page/n7/mode/2up

— SCHÄFER (Hermann) Deutsche Geschichte in 100 Objekten, Piper ebooks, 9 nov. 2015 - 656 pages 

 https://books.google.fr/books?id=p5TVCgAAQBAJ&pg=PT111&dq=%22schmiedefenster%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwje1_WDpK_NAhVFrRQKHfXdD4EQ6AEIKTAB#v=onepage&q=%22schmiedefenster%22&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges couchées Vitraux Fribourg
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L'art et l'esthétique sont au rendez-vous.
Merci de nous faire revivre des moments historiques et d'amour.
Bonne continuation

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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