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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 18:31

La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse du Le Roi Modus et la royne Ratio. Et les réflexions que cela inspire à la  reine...

 

 

Voir les six parties  :

Sur le hibou harcelé, voir aussi (et surtout) :

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Vous mes amis que je ne connais pas

Je ne vous connais pas

Mais je vous imagine

Rien d'autre comme en moi

Qu'un rêve qui s'obstine

Hourrah

Jean Ferrat

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Mais avant de me mettre au travail, une chose que j'aurai du faire depuis longtemps : remercier ma petite centaine d'abonnés. Un grand grand merci venant du fond de ma solitude de bloggeur de fond.

Et hop ! j'y vais.

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Je ne reprendrai pas le résumé des parties précédentes. D'ailleurs, je n'aime pas les prétéritions. Non, je ne dirai rien de la façon dont les oiseaux diurnes harcèlent les rapaces partiellement nocturnes telles que les Chevêches. Rien de l'astuce cruelle des oiseleurs et autres chasseurs qui utilisent cette animosité pour capturer ou tuer les passereaux de toutes plumes. Rien des considérations de Hoefnagel ou de Dürer qui élèvent au rang de vertu stoïque ou chrétienne la passivité impuissante des chouettes ainsi chahutées par les foules hargneuses de volatiles énervés. Je passerai sous silence ce paragraphe du livre des déduis du Roy Modus qui traite de la "chasse au brai" (ou aux breulles) en plaçant une malheureuse chouette comme appât pour attraper les grives. Non pas parce que ces pratiques d'un autre âge sont strictement interdites par le bel Âge d'or d'aujourd'hui. Mais parce qu'il suffit de cliquer sur les liens ad hoc des cinq passionnants articles de mon chapeau.

Donc, j'attaque in media res par un paragraphe du premier livre du Roy Modus et de la royne Ratio (XIVe siècle), qui précède celui de la chasse aux grives, mais qui m'avait d'abord échappé : celui de la chasse aux éperviers, avec encore !, une chouette pour appât. Puis j'enchaîne avec la chasse à la pipée, et avec les commentaires de Madame Modus, autrement dit la reine Ratio, sur ce comportement cynégétique. 

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I. Cy devise comment len prent espreviers a la perche : comment attraper un épervier dans un filet grâce à une chouette disposée en appât.

 

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Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839).

"Cy devise comment on prent espreviers a la perche.

L' aprentis demande on prent de ceste maniere les espreviers à la perche. Modus respond : Il n'est nul oysel qui tiengne perche que on ne prengne bien au laz; mais pource que les espreviers n'ont mie les jambes si grosses ne si fortes comme ont les faulcons, on ne les prent mie volentiers au laz. Et aussi ne tiennent mie espreviers leurs perches si communement comme font les faulcons ; mais on les prent à la perche en autre maniere. Si vous dirons comment.

Du temps d'yver qu'il faict grant froit, espreviers perchent volentiers ou bois, où il y a bon abry, et perchent es menues bois de fustoyes grosses comme ung homme porroit empoingner à deux mains. Et tousjours perchent emmy le bois, et perchent volentiers coste dune haye. Et te metz à l'oriere du bois au dessoubz du vent, car il vient volentiers à sa perche contre le vent, environ soleil couchant. Et se tu le vois entrer au bois, si te preng bien garde par quel endroict il se boutera. Donc approche tout bellement, toute l'oriere du bois, tant que viengnes à l'endroit où il se bouta, où tu orras comme les menus oyseaulx l'agacheront ; et quant il sera anuittié, si te boute au bois, et le quiers tout bellement parmy le bois. Et se tu le treuves, si gaitte une nuyt ou deux, pour savoir s'il tient son pays; et se tu vois qu'il le tiengne, ten tes paus, ainsi comme il est figuré comme il te sera devisé, regarde où il perche, et pren deux paus d'iraigne à trois verges. De quoy les deux bouts des deux paus se tenront à une des verges, et ès deux autres bouts aura deux verges, et seront tendues en trepié, ainsi comme à quatre affours de où l'esprevier perche, et soyent tendus en la plus clere place, et en la moins encombrée de bois que on porra trouver; et les cordeaux si peu amorsés es oches qu'ilz chiéent légierement, se l'esprevier se fiert dedens. Puis fay ung ployon de deux lies verges en la maniere que tu le vois, et hault en les deux verges aura loyé ung peu de mousse ou une chuette, si serra, et aura environ elle ung peu de plume, et au milieu de tel arcon ara voye une ligne, de quoy le bout sera porté loing, et celun qui le gaittera sera au bout du cordel enfaillolé , et s'il voit l'esprevier, il tirera a soy tout bellement la ligne, et au laisser aler la chuette branlera des aesles, et quant l'esprevier la verra, il se veura flatrir emmy les paus, Et ainsi sont prins les espreviers à la perche."

Glossaire :

perche : lieu où les oiseaux se perchent : le roi Modus avait expliqué précédemment que Faulcons prennent leurs perches ...es arbres des grands forests et es bois, et es falaises ...L'Epervier d'Europe Acciter nissus se perche en effet pour chasser dans les bois de feuillus de préférence clairsemés, près des lisières, pour y pouvoir voler : ce qui correspond au texte qui mentionne l'intérieur d'un bois, dans de petites futaies, près des orières (bordure), et à la tombée de la nuit (soleil couchant).

—paus : très vraisemblablement, forme pour  palis, paulis "pieu, poteau". 

— iraignes : filets (en forme de toile d'araignée) pour attraper les oiseaux.

fustoye : graphie fustaine (français 1301) cf. notre "futaie". Godefroy donne l'adjectif fustain, fustayne : "de bois". Le Bnf fr. 1297 emploie la forme fustaie.

affour : Godefroy afour, arfour, arrefour : "pas, enjambée".

ployon : ou ploion : Godefroy "baguette flexible servant à tendre des lacets" : ou "baguette, branche en général".

arçon : diminutif d'arc, mais ici, le mot prend le sens d'arceau, comme le montre l'enluminure. Voir aussi  Godefroy "demi-cercle qui forme le tomberel ou la tonnelle, espèce de filet à prendre les perdrix" .

enfaillolé : le ms 1301 donne enfueillolé : du verbe enfoillir : Godefroy "couvrir de feuilles, enfeuiller".

branlera : "balancer, agiter". Mais le ms fr. 1301 utilise "bavolera des esles". Voir CNRTL : [D'un oiseau] Bavoler des ailes. "Battre des ailes". Pourtant Godefroy Complément donne pour bavoler "voler bas", qui ne convient pas, ou "voltiger", mais il cite cet exemple d'un poème de J. de Baïf qui convient mieux à notre occurrence par la délicieuse évocation d'une jarretière qui s'agite : Sous le souple jarret la peinte banderole D'un jartier ondoyant sur la grève [jambe] bavole.  (Et parmi la blancheur des membres qu'elle estend Un incarnat rosin flambe s'entrejettant , etc.. in Evvres en rime.) D'ailleurs, un bavolet désigne "une coiffe paysanne ornée d'un volant couvrant la nuque" ... et battant des ailes.

flatrir : ou flatir : "se jeter, se précipiter". Voir Godefroy qui cite précisément cet exemple.

En résumé, on chassera l'épervier en plaçant, là où il a l'habitude de se percher, en confectionnant un piège fait de filets (ou "araignées") ouvert en triangle, au centre duquel sera placé sur un support une chouette (ou de la mousse ?) qui, sous l'effet d'une corde, agitera ses ailes. Lorsque l'épervier fondera sur la chouette ou son leurre, le piège sera refermé.

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Les enluminures.

Le Bnf français 1297 folio 84v 

Le texte décrit une chasse de nuit par grand froid d'hiver. L'artiste a donc peint un ciel bleu-nuit, et constellé, mais il a  oublié d'ôter les feuilles aux arbres. L'épervier est fidèlement peint, avec son dos gris-ardoise, sa gorge blanche striée, sa longue queue et ses ailes larges. Une touche de jaune rehausse les yeux et le bec. La chouette est posée sur un arceau, sans liens visibles. Son bec est crochue, sa tête n'est pas aussi ronde et lisse que celle d'une Chevêche, ses yeux sont blancs et noirs. Le piège du filet, dont les cordes sont manipulées par un chasseur accroupi dans un arbuste,  est retombé sur les deux oiseaux. Selon le texte, une corde devrait être reliée à l'arceau pour faire en sorte que la chouette branle des ailes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom
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Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 84v, Gallica.

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Bnf fr. 1298 folio 82r.

Cette miniature diffère peu de la précédente, même si le ciel est ici bleu clair et que l'homme qui tire la corde est debout, tourné vers la droite, et chaussé de poulaines.

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Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 82r, Gallica.

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Bnf fr. 1301 folio 92v.

La chouette ne prête pas ici à confusion avec un hibou.

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Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 92v, Gallica.

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Bnf fr. 1302 folio 87r.

L'enluminure est très comparable au bnf fr. 1297.

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Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 87r, Gallica.

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Arsenal 3079 folio 210r.

C'est le dessin le plus original puisque le piège est tendu à la cime d'un arbre. Un chasseur, en tunique courte et chausses, a laissé son bonnet et grimpe à l'arbre, tandis que son collègue tient la corde du rondel. On verra que cette situation en hauteur du piège se retrouve, dans le même manuscrit, pour l'enluminure de la pipée.

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Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bibl. de l'Arsenal 3079 folio 210r, Gallica.

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Bnf français 12399 folio 86v.

L'enluminure de ce manuscrit, dont nous avons vu qu'il était considéré comme le meilleur de tous, n'apporte rien de plus pour la compréhension de la technique de chasse.

 nhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

Capture d'un épervier avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 86v , Gallica.

 

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II. La chasse aux oiseaux grâce au cri de la Chouette : "Cy devise Modus comme on prent les oyseaulx à la pipée".

Cette chasse à la pipée, qui se pratique en automne après la Saint Michel (29 septembre) et avant la chute des feuilles, est proche de la chasse au brai décrite dans ma quatrième partie mais elle se caractérise théoriquement par l'usage d'appeaux contrefaisant le cri de la Chouette. Mais ici, le roi Modus, ainsi que les artistes qui enluminent le texte, font intervenir la chouette elle-même, posée sur un bâton. Les appeaux sont de quatre  sortes : on débute en appelant les oiseaux avec un appeau de feuille de lierre. Puis on utilise  soit la feuille d'arbre (hêtre ou autre), soit la feuille d'herbe ou gramen  placée entre les lèvres, soit un appeau de bois.

De sorte que la différence avec la chasse aux grives de la chasse au brai repose surtout sur l'usage de gluaux, des tiges enduites de glu.

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Le texte (d'après l'édition de Blaze 1839)

 

Cy après devise Modus comment on prent les oyseaulx à la pipée.

"L'aprentis demande comme on prent oyseaulx à la pipée. Modus respond : La Saison de piper au bois as oyseaulx si commence après la Sainct Michel archange, et dure tant comme les fueilles sont es arbres: Et quant les arbres sont descouvers de leurs fueilles, les oyseaulx se puent asseoir en pluseurs lieux où l'on ne porroit mettre gluons à quoy ilz peussent prendre, car tant plus sont les arbres couvers de fueilles, et mieulx se prennent; et aussi est la saison plus froide, et ont plus l'entente à pasturer que à eulx esbatre, ne aler à la pipée. Et de tous les déduiz qui peuvent estre à prendre oyseaulx, c'est le meilleur, le plus delictable et le plus plaisant. Si vous dirons comme il se faict : Au commencement de la saison de piper, pipers valent mieux au matin que au vespre, pour ce que le temps est gay, et ne sont mie les oyseaulx si aigres de pasturer comme ilz sont quant il fait froit. Tu dois adonc faire ta pipée ung jour ou deux avant que tu pipes, et soit faicte ou pays où les oyseaulx hantent au matin, et garde bien que tu ne faces ta pipée trop desnuée, ne descouverte, c'est à dire que tu ne coppes mie trop de branches, ne souplui ne le bois dedens la pipée, et la fay la plus couverte que tu porras, Si en sera mieux prenable; et garde que quant tu vouldras piper que tu viengnes si matin à la pipée que tu ayes ta pipée gluée à soleil levant, ou ung peu après.

Et agache premièrement de la fueille d'ierre; car c'est une chose qui moult attrait les oyseaulx de venir à la pipée. Adoncques porras tu piper de trois manières: L'une d'une fueille de fay ou d'autre arbre, l'autre si est d'erbe que on met entre ses lèvres. La tierce est d'une pipee de bois, où l'on met une teille bien parée faicte d'enton d'esglantier. Et doit on piper basset et attrait, et plus gros pour les mesles que pour les pinchons et autres menus oyseaulx.

On doit avoir une chuette ou ung autre huant mis sur ung baston, ainsi comme vous pouvez veoir en la pourtraicture pour les attraire. Les gluons à piper doivent avoir ung pic de long à pié main, et doivent estre ſichies sur la branche, que l'ung pende d'ung costé et l'autre de l'autre, si que les bolz des gluons atteignent ceulx qui vont devant, affin que l'oyseau ne se puist asseoir entre deux qu'ilz ne prengment. La pipée du soir est bonne, quant le temps est refroidi, que les oyseaulx quièrent l'abry pour eulx jucher, et si laissent les hayes et les hameaux et vont au bois oü il y a à mengier de prunelles, de chevelles, de graines de pueples, et de telles choses qu'ilz menguent volentiers. Pipe toujours où tu sauras que les oyseaulx seront, et dois commencer à piper devant soleil couchant, se les oyseaulx ne sont environt oy, et s'ilz y sont, tu pues bien piper plus tost. Ces gluons doivent estre bien déliés et doivent estre de blanc boul et jaune, et qu'ilz soient ung peu pelus, car ceux de rouges bouilliaux ne ceux qui sont grumeleux ne valent riens parce que la glu n’ y puet tenir, et s'en est ung oysel tantost desveloppé. Et la glu ne se puet desadherdre de ceux qui sont de blanc boul qui sont pelus, et pource ne s'en puent les oyseaux desvelopper ni eux en aler. Ca glu doit estre de joennes houx. La plus verde est la meilleure de toute glux,"

Glossaire :

— Adoncques porras tu piper : je lis dans les ms consultés et quant tu agachiees de la fueille dierre perchiée lors que pourras tu (fr 1297) ou Et quant tu aras agachiee de la fueille dierre perchiee donques pourras tu piper (fr 12399). Ce qui donne l'indication de la feuille de lierre percée

fay (ou fou, fr. 1297 et 12399) : "hêtre". 

teille : Godefroy renvoie à tille : "pièce"  "bois ", ficelle fait de l'écorce du tilleul". Le CNRTL donne "partie filamenteuse du bois". De tilia, "tilleul", le Lidenbaum de Schubert...

enton : pour Godefroy, qui cite en exemple notre texte "ente, greffe". La teille bien parée faicte d'enton d'esglantier serait-elle ici une lame de bois fait d'un greffon (un petit rameau nouvellement poussé) d'églantier ? J'ai des scrupules à abandonner cet enton d'esglantier — l'églantine de Proust !— qui me fait des signes désespérés  pour que j'en saisisse mieux le sens. Que font les chercheurs ? Le fr 12399 donne une pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier : pipe désigne un pipeau. Le ms 3079 omet le mot enton : une pippe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite d'englentier . 

chevelles, de graines de pueples :  le ms 12399 donne "de cheneles, de graines de pinne". Chenele renvoie à cenele donné par Godefroy : "baie rouge de l'aubépine et du houx", qui convient parfaitement.

— boul : "bouleau".

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Les enluminures.

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Bnf fr 1297.

Fond or, sol vert où des herbes ou fleurs sont esquissées. Le pipeur, dont on ne voit que la tête couverte d'un chaperon rouge et la main, est caché dans une futaie de six arbustes touffus ; il porte à ses lèvres l'appeau, un objet vert (feuille, herbe ?) et ovale dont il module le son avec sa paume. Il est tourné vers les oiseaux de gauche. Les branches des arbres ont été dépouillées de leurs feuilles, sauf à leur extrémité, et équipés de gluaux bien visibles à gauche sous la forme de lignes blanches parallèles. Seul un oiseau est encore en train de voler, les autres sont englués, et celui de gauche pend, attrapé par l'aile.

A droite, un tasseau horizontal émerge du taillis, et sert de support à la chouette.

Source Bnf : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

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Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.
Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1297 folio 93r , Gallica.

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Bnf fr. 1298 folio 90v.

Le chasseur porte ici un chapeau de feutre gris, plus discret. Ce qu'il tient entre ses lèvres ressemble fort à une feuille. La chouette n'est pas représentée. Les arbres sont apprêtés pour la pipée, et les gluaux sont clairement visibles. Tous les oiseaux semblent s'y être posés.

 

Source bnf  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

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Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1298 folio 90v , Gallica.

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Bnf français 1301 folio 101v.

Un sous-bois, une tête de pipeur, une chouette, trois oiseaux (tête grise, gorge aurore, ventre grivelé). C'est tout.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f216.item

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Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1301 folio 101v , Gallica.

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Bnf français 1302 folio 95r

Assez semblable à fr 1297, avec sept oiseaux dont un seul est encore libre ; mais le fond est bleu nuit ; le bonnet du pipeur est discret. Les gluaux sont bien visibles. 

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 1302 folio 95r , Gallica.

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Bnf fr. 3079 folio 228v.

L'inspiration de cette peinture d'un manuscrit du XVe siècle est totalement originale, par sa technique ou son paysage d'arrière-plan, mais aussi par son sujet : la chouette (en fait, un hibou avec ses aigrettes) est placée sur un support haut placé au faîte d'un arbre. Les gluaux ne sont pas dessinés. Parmi les neuf oiseaux, on compte cinq pies. Deux chasseurs guettent, mais aucun n'est en train de piper.

Sourece bnf http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom.

Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 3079 folio 228v , Gallica.

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Bnf français 12399 folio 95v.

La réputation du manuscrit daté de 1379 n'est pas usurpée : l'enluminure sur fond d'or rehaussé de rinceaux rouge est très stylisée (feuillage représenté par trois grosses feuilles, personnage vu en pied à l'intérieur de la loge qui le dissimule, sol et loge faits de feuilles ovales alignées, ...). Néanmoins, aucune concession n'est faite à la précision didactique et à la valeur documentaire de la scène. 

Mais  le plus intéressant est la description du pipeur. Il porte un bonnet blanc, une tunique rouge courte, des bas de chausse, des chaussures à la poulaine (interdites par Charles V en 1368 mais dont la mode ne passa qu'en 1470), et un chaperon rouge rabattu. Ce dont il joue pour piper, ce n'est ni la feuille de lierre, ni celle du hêtre, ni le gramen, mais  un instrument en bois, tenu transversalement comme un harmonica, long d'une petite coudée, avec deux points noirs qui sont peut-être des trous. Il ne lui manque que le son pour satisfaire notre curiosité.

Le plus délicieux n'est pas dans sa jambe gauche passée sous la droite jusqu'à l'équin du pied, mais dans son regard orienté en haut et à gauche, cherchant le ton juste dans le lointain des feuilles qui bougent au vent, dans la concentration sur un objet doucement mobile.

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Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

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Chasse à la pipée  avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v  , Gallica.

Chasse à la pipée avec une chouette mise en appât, Livre des déduits du Roy Modus et la royne ratio, Bnf fr. 12399 folio 95v , Gallica.

 

Documentation : l'art de piper selon Jacques-Joseph Baudrillart.

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Pour mieux comprendre la scène, comme je l'a fait pour la chasse au brai, je me suis plongé dans la lecture du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart ( entre 1821 et 1848). Tout en soulignant ce qui concerne la chouette.

Ainsi, je retrouve les deux temps décrits dans Le Roi Modus : le pipeur commence d'abord avec la feuille de lierre  pour attirer les petits oiseaux, en imitant le geai et d'autres oiseaux : on dit alors qu'il froue.  Puis il utilise l'herbe à piper, ou un appeau, et imite alors  la chouette : c'est alors qu'il pipe à proprement parler.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f607.item.r=appeau%20chouette

 



Page 600-601. Manière de piper et de frouer ; conduite à tenir pendant la pipée.

"En restreignant à sa propre signification le mot piper, c'est l'art d'appeler les oiseaux avec un appeau qui imite le cri de la chouette, ou celui des autres oiseaux. Ainsi, on dit, dans ce sens, qu'un oiseleur pipe bien quand, au moyen des appeaux à piper (voyez ces mots) ou d'une feuille de  chiendent, il imite bien la chouette, et qu'il réussit à attirer un grand nombre d'oiseaux ; mais cet art est très difficile , et si l'imitation n'est point parfaite, les oiseaux ne s'y laissent point tromper. Il faut que si le pipeur ait appris de la chouette même à imiter son cri.
Lorsque l'oiseleur a terminé tous ses préparatifs, il rentre dans sa loge avec ses aides et les personnes qui doivent assistera sa chasse. Un vêtement sombre et peu apparent est celui qui convient le mieux à ceux qui doivent se montrer, et le silence le plus profond est de rigueur. Avant d'imiter le cri de la chouette, il excite la curiosité des oiseaux en frouant doucement à l'aide de la feuille de lierre (voyez Appeaux) ; il exprime d'abord le cri des petits oiseaux, parce que d'après l'instinct de la nature, qui leur fait connaître l'inégalité de leurs forces, ce sont eux qui appellent les plus forts. Attentifs à ces premiers sons, qui doivent être assez forts pour être entendus de loin, et baisser ensuite à mesure que les oiseaux approchent, ceux-ci ne tardent point à y répondre ; et il arrive même quelquefois que l'oiseleur n'a pas besoin de piper , et que le seul appel fait avec l'appeau à frouer suffit pour attirer et prendre beaucoup d'oiseaux. Il imite successivement le cri du geai, cet ardent agresseur de la chouette, et au cri duquel les autres oiseaux se rallient, celui de la pie, du merle, de la grive, du pinson, de la mésange et des autres espèces les plus hardies et les premières arrivées, lorsqu'il s'agit de combattre.

Mais lorsqu'il a entendu les oiseaux répondre à ses sons, il fait entendre quelques légers cris de la chouette, au moyen de l'appeau ou de l'herbe à piper. 
Peu à peu les sons qu'il tire de la feuille de lierre deviennent plus forts et plus précipités , les cris de la chouette qu'il entremêle deviennent aussi plus aigus ; il s'agit de peindre le moment où les oiseaux s'enhardissent à attaquer leur ennemie et où celle-ci cherche à fuir, en les menaçant par ses cris. Si on avait alors quelques oiseaux vivans, il faudrait les faire crier, en leur serrant un peu les ailes ; ce qui amène ceux de leur espèce et en fait venir d'autres. 
On a remarqué que le rouge-gorge , qui fait peu de bruit, attire presque toutes les espèces ; que le pinson attire les grives , les merles, les geais et les pies, et qu'enfin les geais font accourir les pies, outre leur propre espèce. 
Lorsque le pipeur s'aperçoit que les oiseaux sont en foule autour de la loge, il fait entendre plus rarement et d'une manière plus faible et plus lugubre les cris de la chouette, comme si elle était alors réduite à l'extrémité ; les oiseaux croient que leur ennemi va succomber, cherchent à le découvrir pour achever sa défaite, et voltigeant sans cesse de branche en  branche, rencontrent les funestes gluaux.

Quelques auteurs conseillent de casser la cuisse à une chouette et d'agiter de temps en temps l'os fracturé pour la faire crier ; c'est alors que la pipée devient productive, et que la terre se couvre d'oiseaux qui se précipitent à l'envi. Ce succès a valu à ce moyen le nom de la pièce de victoire; mais il n'est pas toujours possible de se procurer une chouette pour chaque pipée, et l'on réussit sans avoir recours à ce moyen barbare. 
On conseille aussi de s'emparer promptement des premiers oiseaux qui tombent à la proximité de la loge et de les faire crier, en leur cassant une mandibule du bec, après quoi on leur retrousse les ailes sur le dos. Ce moyen n'est pas souvent nécessaire, parce que les oiseaux qui se sont abattus à terre avec  les gluaux font entendre assez de cris pour le rendre inutile. 

Oiseaux qui se prennent à la pipée. Les rouges- gorges, les roitelets, les mésanges sont les premiers à répondre au frouement ; c'est alors, ainsi qu'on l'a déjà dit, que l'on imite le cri de la chouette ; les premiers coups de l'appeau doivent avoir une demi-heure d'intervalle, ensuite on pipe et on froue alternativement. Bientôt paraissent les pinsons, les geais, les merles, les grives, les draines, les pic-verts, les fauvettes, les verdiers , les bruans, les moineaux, les rossignols , les gros-becs, etc.; les corbeaux , plusieurs espèces d'oiseaux de proie diurnes et nocturnes et généralement toutes les espèces qui se perchent et répondent à l'appeau. On n'y prend que rarement des ramiers, des tourterelles  des linottes, des chardonnerets. 
Lorsque l'heure de terminer la pipée est arrivée, les chasseurs sortent de la loge et vont ramasser les oiseaux ; il est rare qu'il s'en échappe , car ils s'entortillent tellement dans les gluaux qu'ils ne peuvent  souvent faire aucun mouvement. On doit se méfier  de certains oiseaux qui pincent très serré. "

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On lira aussi la préparation et la tendue de la pipée (taille des arbres, préparation des gluaux) page 600

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Les appeaux.

 

Baudrillart Page 111 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f118.item.r=%C3%A9pervier%20chouette.texteImage

"Appeaux à piper et à frouer. Dans la pipée  on a différens sons à imiter : le cri de la chouette qui attire les oiseaux, les cris de ces oiseaux , le bruit de leur vol et plusieurs bruits propres à fixer leur attention. 

Les anciens appelaient pipeaux les instrumens dont ils se servaient pour imiter le cri de la chouette, et l'on emploie encore le mot piper pour exprimer l'action de rendre le cri de cet oiseau, tandis que l'on exprime, par le mot frouer, l'action de faire rendre à des appeaux les cris et autres bruits des oiseaux qui viennent à la pipée. "

1°) Appeaux à frouer : la feuille de lierre percée.

"Frouer, c'est produire, en soufflant sur un instrument quelconque, des sons qui imitent les cris et le bruit que font les oiseaux , tels que les grives, les merles, les geais, etc. lorsque ces oiseaux, animés contre là chouette, leur ennemi commun, cherchent à se venger, réclament du secours et s'enhardissent les uns et les autres à l'attaquer: II faut que l'oiseleur s'attache à rendre par les sons de l'appeau, les sentimens dont les oiseaux sont animés, leur crainte, leur envie de se venger, leurs cris d'alarme. Il doit se rappeler quels sont les cris des geais, quand après avoir entendu la chouette ils entendent aussi le cri d'un oiseau qu'ils croient en péril, et ne pas oublier que ces cris, dans ce moment, sont bien différens de leurs cris ordinaires d'appel. On sent que pour bien frouer, quoique cet art soit moins difficile que celui de piper, il faut avoir assisté plusieurs fois à une pipée.

L'un des plus anciens et des meilleurs appeaux à frouer est une feuille de lierre disposée en cône, fig. 2 , PL 34. Sa préparation consiste à la percer dans le milieu d'un trou a, fig. 3 , à un tiers de sa longueur, du côté de la queue ; ce trou doit être assez grand pour y passer un grain de chenevis. On le fait en pliant la feuille de lierre en quatre, et en enlevant le petit coin avec ses dents, ou mieux encore en se servant d'un emporte-pièce carré. On roule cette feuille de manière qu'elle forme le cône représenté fig. 2, et pour s'en servir, on la tient entre les trois premiers doigts d'une main qui présente la pointe de ce cône à la bouche; puis on souffle par ce bout, et à l'aide des coups de langue on rend les sons que la circonstance exige. "

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à frouer, Planche 34 fig. 1 à 6 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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2°) Appeaux à piper.

"On se servait autrefois des appeaux ou pipeaux représentés par les fig. 13, 14, 15 et 16 de la Pl. 33.

La fig. 13 est celle d'un appeau de la plus ancienne date, qui consiste dans un petit morceau de bois entaillé et uni dans son entaille, servant de base à une languette faite d'un petit ruban de soie, qui était recouverte par une petite pièce de bois carrée ; il y restait un intervalle où l'on aurait à peine passé la pointe d'un couteau.

La fig. 14 représente un appeau que l'on nomme pratique, à peu près aussi ancien que le précédent, et qui est fait d'une lame de fer-blanc ou de plomb, recourbée, à ses deux extrémités bb sur une autre plaque de fer-blanc, et également moins longue. Une faveur assujettie entre ces deux plaques, fait l'office de languette et sert à rendre le son qu'on veut imiter . Cet appeau est encore estimé aujourd'hui.

La fig. 12 est celle d'une feuille de chiendent, qui a servi aussi fort anciennement à la pipée, sous le nom générique de gramen, et qui est toujours employée avec le plus grand succès. Mais cette feuille, que les oiseleurs appellent l'herbe à piper, n'était pas employée dans les premiers temps avec l'habileté nécessaire, et il faut encore une longue pratique pour s'en servir avec avantage.

Le choix du chiendent est une chose importante. Les pipeurs en distinguent deux sortes ; celle qui doit être préférée est le chiendent qui croît dans les bois sombres et frais, dont la feuille est mince, couverte d'un duvet presque insensible à la vue, et dont la côte du milieu soit petite et aplatie. On prend les feuilles qui tiennent au milieu de la tige, parce que celles d'en bas, étant épaisses, résistent trop à l'agitation de l'air, et rendent des sons durs et criards , et que celles du haut de la tige sont trop tendres et peuvent se rompre lorsqu'on en fait usage, ce qui expose à donner des tons faux. On cueille ces feuilles lorsqu'elles sont vertes, cependant elles sont encore bonnes, quoique fanées.
On peut remplacer ce chiendent , qu'on ne trouve pas dans tous les bois , par une autre espèce qui lui ressemble fort, et qui n'en diffère que parce qu'elle est fort velue et que ses soies sont grandes et raides. […] Pour piper avec cette feuille, on la prend avec l'index et le pouce de chaque main et on la place entre les lèvres, en ayant soin de ne pas l'approcher jusqu'aux dents, et de ne pas la serrer avec les lèvres; la langue, en se baissant et s'élevant par intervalle contre le palais, augmente et diminue par mesure la capacité dé la bouche, et sert à modifier l'air que le pipeur pousse contre la feuille; et ces modifications lui font rendre les cris lents et plaintifs de la chouette. Quant aux tremblemens monotones que le pipeur fait de moment à autre, ils doivent venir du gosier.

Comme il est très difficile de bien piper avec le chiendent, et qu'il y a peu de personnes qui y réussissent parfaitement, on n'a point encore abandonné lès pipeaux de bois, de fer-blanc, etc.

La fig. 17 PI. 33, est celle d'un appeau à languette qui est toujours fort en usage. Il se fait avec un morceau de bois de coudrier ou de chêne vert, que l'on entaille, comme la figure l'indique ; on en polit bien la portion entaillée, puis on lève adroitement une languette de bois, que l'on amincit avec un morceau de verre ou un canif. La fig. 18 représente la pièce de bois qui doit remplir le vide de l'entaille c d de la fig. 17, dont les extrémités, coupées obliquement, la maintiennent, quoiqu'on puisse encore la fixer en la liant, aux deux extrémités, avec un fil. Cette pièce, fig. 18, est également évidée à sa face inférieure, pour laisser assez de jeu à la vibration de la languette a."

 

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Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 12 à 16 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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La figure 19 est celle dont la description m'évoque le plus la pipe de bois ou len met une teille bien paree qui est faite dantem desglentier :



"La fig. 19 représente un autre appeau, qui consiste en deux pièces de bois évidées, entre lesquelles on met une feuille de chiendent ou bien une pièce d'épiderme de cerisier, c'est à dire une petite peau transparente qui recouvre la grosse écorce du cerisier. On lie les deux pièces ensemble , par leurs extrémités, au moyen d'un fil.

La fig.16 est celle d'un pipeau de l'espèce précédente, qui a une languette a. On le fait soit de saule, soit de chêne, de coudrier ou de sarment. L'écorce de ce dernier sert de languette. On lie les deux pièces avec un fil aux deux pièces avec un fil, aux deux bouts, comme dans la figure précédente."

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Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20  par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

Appeaux à piper, Planche 33 fig. 17 à 20 par Blanchard, lith. de Langlumé, Atlas du Dictionnaire de la chasse de Baudrillart.

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IV. Les commentaires de la reine Ratio : valeur allégorique de la chouette, et de la glue.

Feuillets CXXXJX et suivants de l'édition Blaze

"Le roy Modus vous a devise comment moult d'oyseaulx sont prins à la glus par le fait et engin d'homme. Si vous diray comment les menus oyseaulx viennent aguettier le huant ou la chuette, si sont prins à la glus telment qu'ilz ne puent voler ne bouger. Je entends par ceste glus char d'homme et de femme, car glus est si ardent et si tenant qu'il n'est riens qui desadherdre s'en puist. Elle se prent et adhert à tout ce que elle attouche, et par especial à la plume des oyseaulx. Et je entends par le huant et par la chuette aucuns grans seigneurs de ce monde. Si vous dirons comment le huant et la chuette si ne s’osent monstrer de jour, ains se tiennent es creux des arbres tant qu'il soit nuyt. Et ce font ilz pour ce qu'ilz ne pourroient durer aux menus oyseaulx qui les suichent et agachent. "

"Ainsy est il d'aucuns grans seigneurs de ce monde, car ilz ont la char si glueuse et si ardant comme est la glus qui s'adherd à la plume des petis oyseaulx. Aussy les grans seigneurs prennent et adherdent la plume des menues gens qu'ilz engluent et prennent du leur sans payer. Et quant les menues gens viennent pour demander le leur, ces seigneurs ne s'osent apparoir comme le huant, car ilz seraient aguechiez des menues gens qui crient et agachent en demandant ce que on leur doit ; ainsi sont ilz engluez par la convoitise de la char qui est trop adherdant ; et les menues gens ont les plumes si englues qu'ilz ne se puent aydier. Dont quant la char d'homme est si gluant et si adherdant, puet elle bien estre accomparagié à la glus. Plus est de telle condicion que, quant elle est mouillié, elle ne se puet prendre ne adherdre à aucune chose; aussy est il de la char d'homme. Quant la char d'homme est bien mouillié de larmes de contricion et de repentance, elle ne puet prendre ne soy adherdre fors que à ce que deu luy est de droit et de raison. Et est ce qui puet destruire à homme la mauvaise volenté de la char qui est à homme grant ennemi. Et se tu te vuelz deffendre de ces trois ennemis, c'est assavoir du deable, du monde et de la char, Sois garni de trois choses, c'est de foy, d'espérance et d'amour, et sois armé de trois armeures, c'est de confession, de repentance et de satisfaction. Ainsy ces ennemis ne te porrant nuyre ni grever. Explicit le livre des déduis des chiens et des oyseaulx que le roy Modus ordonna."

Glossaire :

— desadherdre : voir Godefroy desherdre, deshardre : "détacher, déprendre". Et voir  en vénerie harder CNRTL "attacher les chiens à la harde", et enharder "attacher par la laisse".Donc ici, desadherdre signifie détacher de la glue, décoller, mais avec une allusion aux liens reliant les chiens de chasse. 

 

Résumé :

La glue est comparée à la chair et au désir charnel entre homme et femme, désir si intense que rien ne peut le rompre. Mais les larmes de la contrition et de la repentance permettent, comme l'eau sur le plumage évite à la glue de coller, aux êtres humains d'éviter d'être assujettis à la chair. 

La chouette est assimilé aux grands seigneurs, qui se cachent durant le jour et se montrent la nuit, et qui en outre, "plument" les gens du peuple.

In fine, le diable, la chair, et  le monde sont les trois ennemis des humains, comme les appeaux, la glue et la chouette sont ceux des oiseaux. La reine propose trois protection, Foi, Espérance et Charité, et trois armures, Confession, Repentance et Satisfaction [opposé à Envie ?] . 

L'exemplaire Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio place, à la fin de ce discours de la reine Ratio, une enluminure du folio 93v que la base Mandragore intitule Allégorie de la convoitise. Elle représente une autre modalité de chasse à la chouette : une chouette dans le creux d'un arbre, et un hibou sur une souche au centre d'une clairière, attirent huit oiseaux vers des tiges enduites de gluaux et tendues sur des cordes.

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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f190.image

 enluminure du folio 93v  du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

enluminure du folio 93v du manuscrit Bnf fr 1298 du Roy Modus et la Royne Ratio , source Gallica.

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V. Le manuscrit Bnr fr 12399 : une énigme... et sa réponse.

 

L'énigme est présentée par Elzéar Blaze dans son introduction à son édition de 1839 des manuscrits du Roy Modus et de la royne Ratio :

 

"La Bibliothèque Royale possède un grand nombre de manuscrits du Roy Modus ; la plupart sont enrichis de dessins coloriés, représentant des sujets de chasse fort curieux par les costumes du temps, les armes dont on se servait, et par les scènes diverses qu'ils représentent. Le manuscrit portant le numéro 652–12 [actuellement français 12399]  fut fait en l'an 1579. A la dernière page se trouve une rosace dans laquelle on lit les vers suivants:

Les lettres de ci environ

Si font le nom et le sournom;

Qui bien les saroit à droit mettre

Et curieux de l'entremettre,

De celui qui cest livre fist

Et du clerc qui son songe escript,

Quil a prophésie a monstré,

U checle dessus est nommé,

Qui le livre a fait et trouvé. C'est tout.

Vous croyez trouver le nom de l'auteur, et vous pensez avoir atteint le but de vos recherches, pas du tout: dans le premier cercle vous voyez douze lettres, et dans le second quinze lettres, quine forment aucun sens. Il faudrait savoir comment les placer, et le copiste ne nous en a pas donné la clé. En combinant de mille manières les vingt-sept lettres dont je viens de parler, on parviendrait peut-être à former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque; c'est un soin que je laisse à ceux qui sont doués d'une grande patience..."

Souhaitez-vous vous y frotter ? Voici le cercle en question, tel qu'il apparaît au folio 177v du manuscrit Français 12399 de la Bnf . Mais lisez auparavant le texte qui l'accompagne, puisque son chronogramme peut vous aider. : 

Explicit le livre du roy modus et de la royne ratio qui parle des deduis et de pestilence

Puis la souscription a été effacée, à l'exception  de la dernière ligne :

Explicit lan de grace  mille CCCLXXIX. [1379]

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D'autre part, les lettres sont les suivantes : 

DRHIENREIESEREF
HDOSEDMISNER

et le texte inscrit dans le cercle est : Les / lettres de ci environ / si font le non et le sour/non— qui bien les saroit / a droit metreet curieux de / lentremestre —de celui qui cest / livre fist et du clerc qui son / songe escript. Qui la prophe/sie a moustre u checle des/sus est nommé qui le livre a fait et trouvé. / C'est tout.

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Bon courage. Vous avez une heure.

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Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

Explicit du ms Bnf fr. 12399 folio 177v du Roy Modus et la royne Ratio.

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La solution : Henri de Ferrières Saint-Hilaire  et son copiste Denis d'Hormes.

En 1869, un célèbre paléographe, Alphonse Chassant (1808-1907) s'arme de patience et découvre la résolution de l'énigme, ainsi qu'il en donne le récit dans le Bulletin du Bouquiniste :

"Et c'est par cette indifférence ou cet égoïsme que ce secret de Polichinelle est entré dans la tombe avec les contemporains de l'auteur du Roy Modus. Et à nous, chercheurs du XIXe siècle, postérité négligée des anciens, mais curieuse et soucieuse à bon droit des hommes et des choses du passé, à nous de faire tous nos efforts pour retrouver le nom d'un auteur qui mérite d'autant plus de nous occuper que, de l'attestation du savant éditeur de son livre, pays du monde la grande chasse porte le nom de chasse française, c'est au Roy Modus qu'il faut en attribuer l'honneur. C'est donc plus qu'un nom, c'est une illustration à exhumer.

On a vu plus haut comment il procède. II trace deux cercles concentriques, et dans leur circonférence il distribue un certain nombre de lettres, en ayant bien soin de faire observer 1° Que Les lettres de ci environ Si sont le nom et le sournom. De celui qui cest livre fist, Et du clerc qui son songe escrit . 2°) Que ces mêmes lettres sont transposées, puisqu'elles n'auront de sens que pour celui Qui bien les saroit à droit mettre Et curieux de le entremettre. 3° Que dans le cercle extérieur se trouvent les noms de l'auteur U chècle dessus est nommé Qui le livre a fait et trouvé. 4° Et par conséquent que dans le cercle intérieur sont les lettres qui forment le nom et le surnom du copiste du clerc qui son songe escrit."
D'après ces données, pas de méprises possibles. Chaque cercle renferme un nom et un surnom. Il n'y a pas à combiner de mille manières les 27 lettres, pour en former le nom, le surnom et les qualités de quelque savant de cette époque, comme le pense M. Elzéar Blaze. Il faut opérer sur chaque cercle séparément. "C'est tout".
Muni des instructions qui précèdent, et certain du lieu où chacun des deux inconnus s'était réfugié, je me lançai résolument à leur poursuite.
Le cercle extérieur fut le premier champ de mes explorations.
Quinze lettres rangées dans un ordre mystérieux, espacées à peu près à égale distance en occupent toute la circonférence.
Aucune d'elles n'affecte de prééminence, n'est précédée d'un signe quelconque pour indiquer un point de départ. Par où commencer, à quelle lettre donner la préférence? Voilà ce qu'on se demande tout d'abord, et ce qui faisait regretter à M. Elzéar Blaze de n'avoir pas la clé.
En adoptant pour la disposition de ses lettres la forme symbolique du cercle, qui n'offre ni commencement ni fin, l'auteur a voulu évidemment mettre les chercheurs dans l'embarras du choix. II ne faisait en cela qu'imiter les Grecs et les Romains qui inscrivaient sur un cercle les noms, soit de leurs dieux, soit de leurs amis, soit de leurs esclaves, à l'égard desquels ils ne voulaient laisser voir aucune préférence ou, sans remonter si haut, l'institution romanesque des chevaliers de la Table-Ronde, où l'honneur était également partagé, où l'on ne pouvait distinguer quelle était la première, la seconde ou la dernière place, avait-elle donné à notre auteur l'idée de son procédé? Qu'importe Je pris les lettres du grand cercle telles qu'elles s'offraient, et, commençant par celle qui occupe le sommet de la circonférence, je les transcrivis dans l'ordre qu'elles suivent de gauche à droite, ainsi:
F. D. R. H. I. E. N. R. E. I. E. S. E. R. E.

Ces 15 lettres comprennent donc :

  • 7 voyelles EEEEEU dont 5 E et 2 I
  • 8 consonnes DFHNRRRS dont 3 R

Ces lettres n'offrant dans leur suite aucun sens, lues à droite ou à gauche, accusent une transposition certaine. Je dus donc opérer à leur égard de la même manière que pour dégager un nom d'un anagramme. Après quelques tâtonnements, je fus assez heureux pour trouver, le jour même de mon entrée en connaissance avec le Roy Modus de M. Elz. Blaze, le nom et le surnom de l'auteur :

HENRI DE FERIERES,

Nom d'une grande famille, déjà connu dans les lettres, et où venaient si à point, et sans effort, se placer les cinq E, les deux 1 et les trois R des quinze lettres qui s'offraient à mes premières investigations.

Encouragé par ce premier succès, j'attaquai le second cercle, où était caché le copiste. Douze lettres disposées et transposées comme les précédentes se déroulaient en cet ordre de gauche à droite, en commençant par la lettre qui occupe le sommet du cercle
H. D. 0. S. E. D. M. I. S. N. E. R.

Où se trouvent :

  • 4 voyelles EEIO dont 2 E
  • 8 consonnes DDHMNRSS dont 2 D et 2 SS


J'avoue que je tournai longtemps dans ce cercle sans rien découvrir qui pût me satisfaire. J'arrivais bien à des noms acceptables, mais pour le surnom, il ne me restait pas assez de voyelles, ou j'avais trop de consonnes. Plusieurs fois, las et découragé, je renonçai à mon entreprise. Après tout, me, disais-je, qu'importe à l'histoire littéraire le nom d'un copiste? Nous avons le nom de l'auteur du Roy Modus, n'est-ce pas l'essentiel? Mais j'avais beau me raisonner ainsi, je me sentais toujours attiré néanmoins vers ce maudit cercle, pour lequel ma persistance semblait croître en raison de la difficulté. Un jour enfin, mieux inspiré, ou plus favorisé du hasard, dans une nouvelle battue, je pus saisir par les oreilles notre copiste, que depuis longtemps je' ne faisais que tirer par les cheveux. En effet, à force de retourner, combiner, agencer mes douze lettres, je parvins à les remettre à leur vraie place, et à lire le nom et le surnom seuls exacts de 

 DENIS D'HORMES.
J'avais donc complété ma découverte par ce dernier nom, qui vient révéler des rapports tels entre l'auteur et son copiste que je n'eus plus de doute sur l'identité de chacun d'eux. J'avais alors raison de persister dans mes recherches, puisque, comme si je l'eusse pressenti, cette seconde découverte devait fortifier la première.
Je vais maintenant entrer dans quelques explications et essayer de faire partager mes convictions aux lecteurs que cette question bibliographique peut intéresser, et pour ne pas fatiguer leur bienveillante attention, je m'efforcerai d'être bref sans obscurité.

Henri de Ferrières, l'auteur du Roy Modus, appartient à l'une des plus anciennes et l'une des plus puissantes familles de Normandie, qui datent de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Le nom de Ferrières est aussi illustre dans cette île que dans notre province. Les baronnies de Ferrières, du Neubourg et de Thury-Harcourt, les terres de Livarot, Saint-Vincent du Boulay, Montreuil, Faverolles, Chambrais, etc., etc., furent jadis ses possessions en Normandie. Et aujourd'hui les lords Ferrers ou Ferrars la représentent en Angleterre

Le siège de cette famille était à Férrières-Saint-Hilaire, au Balliage d'Evreux, dans la vicomte d'Orbec (Eure, arrondissement de Bernay, canton de Broglie). Les seigneurs de Ferrières devaient au duc de Normandie cinq chevaliers. Ils avaient le deuxième rang à l'échiquier parmi les barons du bailliage d'Evreux. Leur mouvance était fort étendue. Ils prenaient le titre de barons fossiers de Normandie voulant montrer qu'ils possédaient les principales ou les plus anciennes forges de la province. Propriétaires de grands bois, voisins des belles forêts de Beaumont, de Conches, de Lire et de Breteuil, assistant aux grandes chasses royales de la contrée, les sires de Ferrières durent compter parmi eux d'habiles chasseurs, initiés à tous les secrets, exercés à toutes les ruses de la vénerie et de la fauconnerie. Aussi trouvons-nous ce passage significatif dans le livre même du Roy Modus : « En droit moy, dit l'auteur, je vis le Roy Charles  qui fu  fils au beau roy Phelippe, qui chaça en la forest de Breteul, en ung buisson, appelé la Boullaye-Guerardet, où il print six vingt bestes noires en ung jour" (feuillet 48)


A l'appui de cette citation, je pourrais, s'il en était besoin, donner la liste des rois qui, de Philippe-Auguste (1204) à Philippe VI (1331), vinrent séjourner à Breteuil, soit pour les plaisirs de la chasse, soit pour des affaires politiques. Je me contenterai de dire, d'après des documents positifs, que Charles le Bel, dont parle l'auteur du Roy Modus, se trouvait à Breteuil en 1323, en décembre 1325 et en juillet et août 1327. C'est donc à l'une de ces dates qu'il faut reporter la grande chasse royale dont parle l'auteur du Roy Modus. De La Roque, dans son Histoire  généalogique de la maison d'Harcourt (tome II page 1022), nous fait connaître les titre et qualité d'Henri de Ferrières

 

« Les échiquiers de Normandie, dit-il, et des arrêts-dates de 1321, 1341, 1374, 139, 1391, 1395, 1397, 1398 et des années suivantes, nous décrivent amplement les intérêts de cette maison (de Ferrières) avec les qualités. Isabelle de.Ferrières, dame de Saint-Martin-le-Gaillard, femme de Nicole de Hotot, chevalier, plaidant en cette cour; noble homme, monseigneur. HENRI DE FERRIÈREs, chevalier; noble et puissant seigneur Jean, sire et baron de Ferrières et de Chambrais, seigneur de Saint-Martin-le-Vieil, contre Robert de Nardo, escuyer, qui prétendait la même seigneurie, etc., etc. » Quoique la rédaction de de La Roque soit confuse, et qu'il ait groupé des dates sans application directe, c'est bien évidemment Henri de Ferrières, auteur du Roy Modus, que désignent les échiquiers de 1321 à 1390, car cet auteur, comme il nous l'apprend lui même, a vécu longtemps, puisqu'il a vu Charles IV chassant dans la forêt de Breteuil, de 1323 à 1327, et qu'il s'est fait l'historien de Charles V, qui mourut en 1380.

 


Je crois inutile de faire remarquer que le nom de Henri a été fréquemment porté du XII au XIVe siècle inclusivement.par les Ferrières. Je ne m'arrêterai pas davantage sur l'orthographe du surnom de Ferières, écrit par un seul R médial.contrairement à notre usage. Les documents du XIIIe et du XIVe siècle ne l'écrivent pas autrement . Je me hâte d'arriver à la justification du nom du copiste.

DENIS D'HORMES.

Lorsque je fus en possession de ces noms, je ne me tins pour satisfait qu'autant que j'aurais en main des documents qui appuieraient ma découverte; car j'avais besoin de me rassurer sur le nom de Denis, .peu commun dans le pays d'Evreux. J'avais déjà découvert, en m'occupant de Henri de Ferriéres, qu'un Hugues de Ferriéres et Isabelle, sa femme, avaient fait une donation, vers le commencement du XIIIe siècle, au monastère de Lyre, de deux gerbes de dîmes qu'ils possédaient à ORMES, ce qui établissait des relations des de Ferriéres avec Ormes mais cela ne me suffisait pas. Je fis des recherches sur cette localité, et je rencontrai ce précieux document dont je ne reproduis que les passages nécessaires:

«  A tous ceulx qui ces lettres verront ou orront, Pierre du Buisson, garde pour le Roy, notre sire, du scel des obligations de la vicomté de Beaumont-Ie-Roger, salut, savoir faisons que
DENIS MUTEL, Clerc, commis à OURMES [ORMES], soubz Jehan Grison, prestre, tabelliondud. Beaumont, nous a relaté et tesmoigné [par son serment] auquel nous adjoustons foy, que il avoit veu et leu, mot après mot, la copie d'unes lettres d'aveu, parmi lesquelles, etc, etc.

Nous, à la relacion dud. Commis, avons mis à ces lettres le scel dessudit. Ce fut fait l'an de grâce 1397. ..Ainsi signé collation faicte J. Grison, D. Mutel. –Scellées en simple queue et cire vert. (V. cartulaire de l'éveché d'Evreux, tit. Ourmes; Archives de l'Eure.)

Ainsi, l'auteur du Livre du Roy Modus nous donne dans un de ses cercles les noms de DENIS D'HORMES, ...du clerc qui son songe escrit «  Et voilà un titre du XIVe siècle qui constate qu'un DENIS d'Ormes, DENIS MUTEL, également clerc, est établi à Ormes, comme commis du tabelion de Beaumont-le-Roger. Si celui-ci n'est pas le Denis d'Ormes, copiste du Livre du Roy Modus, qui aurait pris alors, comme cela se pratiquait mainte fois, et comme simple clerc, le seul nom de DENIS avec celui du lieu de sa naissance ou de sa résidence, il faut convenir qu'il y aurait un singulier hasard à trouver dans les mêmes conditions de rapports, de noms et de lieux, des personnes qui n'ont rien de commun entre elles.

La seigneurie d'Ormes, que les anciens écrivaient indifféremment Ormes, Hormes, Ourmes, en français et Hulmi ou Ulmi en latin, était située dam le bailliage d'Evreux, vicomté de Conches et seigneurie de Beaumont-le-Roger. " Alphonse Chassant, paléographe : 1808-1907

.

L'hypothèse d'Alphonse Chassant a été adoptée ou confirmée par Gunnar Tilander, qui signale  que la découverte du  nom de l'auteur revient à  Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye (1697- 1781). 

La discussion a été reprise par François Remigereau en 1935.

La notice de la Bnf indique qu'on  a lu aussi dans ces lettres des deux cercles  les noms de Henri de Vergy, seigneur de Feré,  et de Jean de Melun, sieur de TancarvilleIl y a en effet  aux fol. 75-82 v°, un petit poème sur « Le jugement de chiens et d'oisiaus au compte de Tancarville.". Le clerc chargé de le contacter se rend en son château de Blandy, dans le village du même nom au nord-est de Melun. Jean II, comte de Tancarville, devint seigneur de Blandy en 1354

Plusieurs faits rendent évident que l'auteur de ce récit composé entre 1354 et 1377  était Normand : la mention de localités telles que Tancarville, Blandy, Breteuil, et la langue, parsemée de normandismes, montrent sans doute possible qu'il était Normand. Ces normandismes ont été signalés par  M. A. Thomas en 1905 , Romania Tome 34 page 111. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k16042j/f117.image

.

 

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L'explicit du français 1297 : le folio 169r.

Le manuscrit français 1297 possède aussi, à son dernier folio, le double cercle portant les mêmes lettres. 

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La chouette harcelée par les oiseaux. Cinquième partie : la chasse à l'épervier et la chasse à la pipée dans le Livre de chasse Le Roi Modus et la royne Ratio.

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SOURCES ET LIENS.

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BAUDRILLART (Jacques-Joseph) (1774-1832) Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches . par M. Baudrillart,...

 3e Partie. I. Dictionnaire des chasses... par M. Baudrillart,... Ouvrage revu... par M. de Quingery ;

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f608.item.r=appeau%20chouette

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529872s/f123.item.r=arbret

3e Partie. II. Dictionnaire des chasses, par MM. Baudrillart et de Quingery. Atlas ; . Paris : Mme Huzard, 1821-1848 11 vol. et 3 atlas ; in-4

Planche 32 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f83.item.r=planche%2033

Planche 33 Appeaux : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f85.item.r=planche%2033

Planche 34 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572082t/f87.item.r=planche%2033

BLAZE (Elzéar), 1839, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, nouvelle édition, conforme aux manuscrits de la Bibliothèque royale, ornée de gravures faites d'après les vignettes de ces manuscrits fidèlement reproduites, avec une préface par Elzéar Blaze, Paris, Blaze, 1839, 19 p. + cxxxix f.

https://archive.org/stream/lelivreduroymod00ferrgoog#page/n285/mode/2up

CHASSANT (A),  Le livre du Roy Modus, dans Journal des Chasseurs (1869), p. 302,

CHASSANT (A). 1869, Le livre du roy Modus et de la royne Racio, Bulletin du Bouquiniste, 1er juin page 291-298 et page 323

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f294.item.r=modus

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202466h/f326.item.r=modus

— GIRAUD (Sylvie) 2016,  « La Légende saint Julien l’Hospitalier. La chasse au cerf, de l’image au texte », Flaubert [Online], 15 | 2016, Online since 20 June 2016, connection on 31 May 2017. URL : http://flaubert.revues.org/2552

Et, pour le paragraphe, et l'enluminure Cy devise comment len prent les espreviers a la perche, voir du même auteur http://www.eman-archives.org/FLIM/items/show/5759
"- Lors de ses recherches à la Bibliothèque nationale à partir de novembre 1875, Flaubert a consulté l'ouvrage dans l'édition d'Elzéar Blaze, Paris, 1839 (voir Carnet de travail n° 17, f° 11 et f° 90v° à 72v°, ainsi que les notes f° 487, f° 489, f° 491, f° 491v° du dossier manuscrit de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, BnF Mss NAF 23 663-2).
- Bien que le Carnet de travail n° 17 ne le mentionne pas, il a très certainement visité le très riche département des manuscrits médiévaux, et feuilleté quelques volumes avec pages enluminées.
- Le piège par panneau est mentionné dans l'avant-texte de La Légende de saint Julien l'Hospitalier, brouillon f° 419v°."

 — PAGENOT, (Sandrine),2009, Recherches sur l'iconographie profane à la fin du Moyen Âge: les premiers traités de chasse enluminés ("Livre du roy Modus et de la royne Ratio" de H. de Ferrières – Livre de chasse" de Febus), thèse de doctorat, Université de Paris IV-Sorbonne, 2009, 4 t.

Non consulté ! Commentaires en ligne :

Sandrine Pagenot étudie le ms. BnF, fr. 12399, de la fin du xive siècle, qui contient le Livre du roy Modus et de la royne Ratio de Henri de Ferrières. Résultat d’une collaboration étroite entre l’enlumineur et un expert en cynégétique, ce livre montre bien comment l’image peut illustrer le texte, mais aussi le compléter, voire prendre des libertés à l’égard de l’écrit (Le recours au texte pour la création iconographique profane au xive siècle: le cas d’un traité de chasse, pp. 271-282).

Sandrine Pagenot montre ainsi qu’en trois occasions Henri de Ferrière « se décharge en partie de l’explication » en renvoyant le lecteur à la miniature subséquente, à charge pour l’enlumineur de suivre fidèlement ses instructions pour la composition de l’image (p. 271 284). Dans ce type d’ouvrage, les « infidélités » des illustrateurs sont à interroger, l’image étant en général parfaitement assujettie au propos didactique.  (http://www.fabula.org/acta/document8106.php)

— REMIGEREAU (François) 1935 "Questions relatives au « Livre du Roy Modus et de la Royne Ratio » par François REMIGEREAU, Professeur à l'Université de Milan" in Mélanges de littérature, d'histoire et de philologie offert à Paul Laumonnier par ses élèves et ses amis, Droz 1935, page 57 et suivantes  Slatkine reprints 1972

https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

— STEINFELD (Nadine), 2013,  "La traque des mots fantômes à travers les terres de La Curne et de Godefroy : un tableau de chasse chargé de trophées pittoresques extraits du Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio" in Emili Casanova Herrero/Cesareo Calvo Rigual. XXVIe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Sep 2010, Valence, Espagne. De Gruyter, 7, pp.411-422, 2013

 

Résumé : Sur la base d'un échantillonnage d'une dizaine de lexèmes empruntés au Livre des deduis du roy Modus et de la royne Ratio (ca 1354-1377) par le " Godefroy " (Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle par Frédéric Godefroy, paru de 1881 à 1902), qui les a repris, pour la plupart, aux matériaux réunis par La Curne avant 1781 et qui ont été publiés par Léopold Favre (Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou Glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, par La Curne de Sainte-Palaye [1697-1781], 1875-1882), notre étude propose une grille de lecture pour l'identification des ghost words ou fantasmas lexicográficos, c'est-à-dire les pseudo-lexèmes disposant à tort d'un statut lexicographique (" ces mots qui n'existent pas "), les sens fantômes et les lemmatisations erronées. Les résultats convergent avec ce que l'on sait de la typologie des mots fantômes, mais ils montrent aussi qu'il faut se méfier des exemples uniques (unica / hapax) relevés de surcroît dans des manuscrits réputés médiocres ou des éditions signalées comme défectueuses. Ils ont statistiquement bien des chances d'être des mauvaises lectures de copiste, d'éditeur ou d'auteur de dictionnaire. La confrontation des attestations tirées du célèbre traité de chasse d'Henri de Ferrières par Godefroy à travers La Curne ou l'édition d'Elzéar Blaze (parue en 1839), avec le texte fourni par l'édition critique de Gunnar Tilander (publiée en 1932), nous a permis de débusquer une quarantaine de " mirages lexicographiques " qu'il conviendrait de supprimer de la nomenclature opulente du " Godefroy ". Cette communication s'inscrit dans le cadre des travaux visant à " dépoussiérer " le " Godefroy ", pierre angulaire de la lexicographie du français médiéval, bien qu'il s'agisse d'un dictionnaire âgé de plus d'un siècle, et qui ne fera jamais l'objet d'une refonte.

TILANDER (Gunnar);1932  Les livres du roy Modus et de la royne Ratio, Volume 77,Partie, Henri de Ferrières, Société des anciens textes français, 1932

 — TILANDER (Gunnar);1932  Les manuscrits des Livres du roi Modus et de la reine Ratio,Lund, Håkan Ohlsson (Lunds universitets årsskrift, n. f., avd. 1, Bd 28, Nr 5), 1932,

TILANDER (Gunnar);  Mélanges de linguistique et de littérature offerts à m. Alfred Jeanroy par ses élèves et ses amis. Alfred Jeanroy E. Droz, 1928 - 679 pages. Reprint Slatkine 1972

https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

SMETS An, Van Den Abeele Baudouin , 1998, "Manuscrits et traités de chasse français du Moyen Âge. Recensement et perspectives de recherche" Romania Année 1998 Volume 116 Numéro 463 pp. 316-367 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1998_num_116_463_1470

https://books.google.fr/books?id=8wHSRRPfsa0C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=modus&f=false

https://books.google.fr/books?id=_xbaRK3trFsC&pg=PA620&lpg=PA620&dq=Denis+d%27Hormes.&source=bl&ots=h_kStuhmPE&sig=q7GKgWMStXqDW4eqij5atIE29BY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjim6KthIvUAhXLPRoKHTwOD4kQ6AEIKjAB#v=onepage&q=Denis%20d'Hormes.&f=false

 

https://books.google.fr/books?id=FXI0LtmUTscC&pg=PA412&lpg=PA412&dq=modus+%22La+Curne%22&source=bl&ots=UfhArX-FbX&sig=BExlkF_2KOdqCZq4qSkztKm-Vyg&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwje0KzLj5rUAhXFVxoKHarlC0MQ6AEIKDAA#v=onepage&q=modus%20%22La%20Curne%22&f=false

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MANUSCRITS ET EDITIONS

Tilander en a dénombré 32. Voir Arlima : https://www.arlima.net/eh/henri_de_ferrieres.html

Bibliothèque de l'Arsenal 3079, XVe siècle, folio 210r, 225v et 228v. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f429.item.r=du%20Monde.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f460.item.r=du%20Monde

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55007805c/f466.item.r=du%20Monde.zoom

— Bibliothèque de l'Arsenal 5197, XVe siècle : les miniatures manquent pour les paragraphes étudiés.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55010550z/f82.item.r=Arsenal%205197

Bnf fr 614 :  texte seulement, pas de miniatures

Bnf fr 615 date 1406 . pas de miniatures

Bnf fr 1297 folios 84v, 91v et 93r :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b85508592/f193.item.zoom

— Bnf 1298 folios 82r, 88v, et 90r

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f167.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f180.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105222077/f183.item

Bnf fr 1300 texte seulement, pas de miniatures

Bnf fr 1301 folio 92v, 100 r et 101v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f198.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f213.item

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53084171s/f215.item

Bnf fr 1302 folio 87r, 94r , et  95v

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f179.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f193.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530841494/f196.item.zoom

— Bnf fr 12399 « Livre du roy Modus et de la royne Ratio, qui parle des deduis et de pestilence », folio 86v, 93v, et 96v :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f176.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f190.item.zoom

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10515896h/f193.item.zoom

BR 10218 Bruxelles, milieu du xve s., parchemin, 183 fol., min. : Henri de Ferrières, Les livres du roy Modus . foliio 100, engin pour prendre les «mauvis» (espèce de grives) ; folio 101, la manière de prendre «les oyseaulx a la pipee au bost»;

http://belgica.kbr.be/pdf/ms/ms_10218_19_lyna.pdf

— BNF fr RES-S-596 Par Jehan Trepperel folio 88v et suivants. Bois gravés 88v et 90r

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850314m/f193.image

 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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