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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:29

Le Hibou au caducée chez Joris Hoefnagel : Hermathena, ou l'Art et le Savoir dans leur lutte contre l'Ignorance.

.Sur Hoefnagel, voir aussi :

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Le peintre miniaturiste flamand Joris Hoefnagel (Anvers,1542-Vienne, 1601) fut un grand amateur et créateur d'Emblemata, ces livres associant, sous l'inspiration des Hieroglyphica d'Horapollon traduits en 1505, un Titre (sentence, vers de la littérature antique ou de la Bible), une image à rôle mnémotechnique, et un bref épigramme versifié qui décrit l'image et en donne l'interprétation morale. S'il est connu aujourd'hui comme peintre, il brilla aussi par ses poèmes latins. Enfin, fils d'un riche marchand Néerlandais, exilé par les troubles politiques et religieux, il élabora une sagesse imprégnée du néo-stoïcisme propre au réseau de ses compatriotes rassemblés en Angleterre ou en Allemagne.

En 1593, il peignit une "Allégorie de l'amitié avec Abraham Ortelius" dans laquelle on voit, au centre, sur un globe terrestre, un hibou tenant un caducée. Dans un cartouche se lit le mot Hermathena. Avant d'étudier cette peinture, et afin de déchiffrer le sens de cette Allégorie, j'ai voulu rechercher dans l'œuvre du peintre l'occurrence de ce Hibou, de ce caducée, et de cette mention d'Hermathena. J'ai utilisé bien-sûr le livre de Théa Vignau-Willberg qui expose son travail de thèse, Die emblematische Elemente im Werke Joris Hoefnagels (Leiden, 1969). Cette étude concerne surtout le Missale romanum orné pour l'archiduc Ferdinand du Tyrol entre 1581 et 1590, et conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne ; et le Schriftmusterbuch ou livre de modèles de G. Bocksay, décoré entre 1591 et 1594, et conservé au Musée de l'Histoire de l'Art de Vienne. Ces œuvres sont peintes sur vélin. Dix miniatures en aquarelle sur papier composant une série de dix grotesques datant de 1594-1595 sont aussi conservées à Vienne, à l'Albertina. Ces œuvres n'étant pas accessibles en ligne, la plupart des illustrations seront tirés de cette publication de Théa Willberg-Vignau et seront en noir et blanc.

J'ai ainsi réalisé que Joris Hoefnagel avait adopté ces éléments dans des compositions qui sont de sortes d'autoportraits, et qu'en étudiant ce hibou au caducée, j'accédais à quelques confidences sur son état d'esprit.

Mon petit plan sera celui-ci :

I. Le caducée dans les Emblèmes d'Alciat : cela me permettra de savoir quelles valeurs étaient représentées par cet emblème au XVIe siècle.

II. Le hibou attaqué de Dürer. Car Hoefnagel s'en inspira.

III. L'Hermathena : sens de ce terme et valeur au XVIe siècle.

IV. Cinq peintures de Hoefnagel au Hibou et/ou au caducée:

  • Missale romanum folio 332, Deuxième Dimanche après Pâques, 39 x 28,5 cm. 1582-1590.
  • Missale romanum folio 637, Messe des Défunts, 1590
  • Schriftmusterbuch folio 20, 18 x 13,2 cm, "Hibou attaqué", 1594-1598
  • Grotesque inventaire n°1519, 17 x 13,2cm, sans date
  • Allégorie pour l'amitié d' Abraham Ortélius, 11,7 x 16,5 cm, 1593

V. Discussion.

VI. Annexe : description du Missale Romanum par Bradley en 1891.

Bibliographie

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I. LE CADUCÉE COMME EMBLÈME A LA RENAISSANCE.

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Le caducée, bâton où s'enroulent deux serpents, symbolise l'équilibre obtenu entre deux forces opposées. Le bâton d'Esculape maîtrise ainsi les deux puissances médicales, celle de donner la vie ou de causer la mort. Le nom, tiré du latin caduceus, « verge, attribut des envoyés, des hérauts » (Cicéron, De Oratore, apparait  au XVIe siècle.

 Comme emblème d'Hermès, il  devint au Moyen-Âge la marque des hérauts.  Hermés (Mercure) est le dieu du commerce, des voyages et  des messagers mais à la Renaissance, on reconnut surtout son lien avec le Logos et il devint le dieu de l'éloquence, comme en témoigne cette figuration de François Ier en déité multiple et la formule "A bien parler Mercure copieux "qui la commente :

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Bnf. Attribué au Maître des Heures d'Henri II vers 1545

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On sait que André Alciat est l'auteur du premier livre d'emblème, paru en 1531, Emblemata publié par Heinrich Steyner à Augsbourg. Parmi le nombre considérable des livres d'emblèmes du XVIe siècle, c'est à travers cet auteur que je vais découvrir le sens donné à cette époque à ce caducée : 

a) La première édition en français de 1536, le Livret des emblèmes donne le Titre  Virtuti fortuna comes Fortune est compaigne a vertus.  Ce Titre s'accompagne de l'épigramme :

"Le baston du dieu de eloquence
Avec ses serpentz & plumettes,
Entre les cornes de abundance
Monstre quelz (vous gens de plume) estes
Cest que voz dictiers & rimettes,
Dignes sont que bien on vous livre,
Ainsi que ouvriers par leurs limettes,
Font le gaing dont ilz peuvent vivre." (1536)

 

L'image représente un bâton planté en terre, coiffé du pétase ailé, et dôté de deux ailes à sa base. Deux serpents aux gueules de dragon se croisent. De chaque coté sont figurées deux cornes d'abondance, les "cornes d'Amalthée", du nom de la chèvre qui allaita Jupiter . Ces Cornucopia (voir Erasme, Adagia 502, copiae cornu) témoignent du succès financier assuré aux émules du dieu, les hommes de grande intelligence, et doués d'éloquence. Au sens où l'entendront les lettrés, ces protégés d'Hermes seront tous les artistes.

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b) l'édition de 1549 introduit le terme de "Fortune" : A VERTU, FORTUNE COMPAIGNE 

L'épigramme est celui-ci :

"Mercure est Dieu des ars, & d’eloquence.Le

serpent est Sapience, le Caducée est eloquente

parolle. La corne est abondance. qui ne de-

fault en nul lieu, au sage bien parlant." (1549)

La formulation est ici plus claire : les bienfaits assurés par Mercure sont destinés aux Arts et à l'éloquence. Il ne faut pas entendre par "éloquence" des effets de manche et des talents d'esbroufe oratoire, mais la capacité de médiatiser le savoir, avec toutes les techniques du "faire savoir" et leurs liens avec l'éducation, et les vertus de conviction et de "commerce" ou de publicité. L'usage de l'imprimerie en fait partie, comme la pratique de l'illustration didactique, et, last but not least, celle des arts de la mémoire. L'auteur d'emblème réunit ces qualités, en joignant une formule lapidaire apte à s'inscrire dans la mémoire et à devenir proverbiale à une image — les techniques mnemotechniques sont fondées sur la mémoire visuelle— et une visée morale diffusant la sagesse antique et les vertus évangéliques.

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c) En 1551, dans l'édition lyonnaise de Bonhomme, on voit dans l'Emblème 118 Mercure et Fortune avec la devise Ars Naturam adivuans, "l'Art aide la Nature". L'épigramme est :

Ut sphæræ, Fortuna, cubo sic insidet Hermes :
Artibus hic, variis casibus illa præest.
Adversus vim Fortunæ est ars facta : sed artis
Cum fortuna mala est, sæpe requirit opem.
Disce bonas artes igitur studiosa iuuentus,
Quæ certæ secum commoda sortis habent 

 

Dans cette allégorie de l'art, de la vertu et de la sagesse capable de contrecarrer les assauts de la Fortune capricieuse, ces vers comparent Fortune, posée sur une sphère instable et pris par les vents du moment, et Hermès, bien stable sur son socle carré. C'est sur lui que les jeunes artistes devront compter.

 

d) André Alciat ,édition de 1584: Virtutí fortuna comesFortune accompagne vertu .

Fortune accompagne vertu.

LE Caducee entre deux ailes droit,
Et deux serpens entortillez se voit,
Avec aussi le cornet d’abondance:
Monstrant icy que tous hommes bien nez,
Sçavans, diserts, sont tousjours fortunez,
Et faute n’ont de biens, ny de chevance.

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e) Alciato, Andrea, 1615: Fortune est compagne à vertus. 

"C’est que vos proses & rimettes, 

Dignes sont que bien on vous livre, 
Ainsi qu’ouvriers, par leurs limettes, 
Font le gain dont ils peuvent vivre."

Commentaires:

"Mercure, fils de Jupiter & de Maia, Dieu des harangues & d’eloquence, est tenu pour le messager & trucheman des Dieux. Cestuy-cy receut d’Apollon en don une verge ou gaule, de laquelle il se servoit  pour appaiser les noises & differents. Allant en Arcadie, & tenant en main ceste verge, il vid deux dragons que se combattoyent: il jecta sa verge entre eux deux, & les separa avec icelle: si qu’ils quitterent incontinent leur combat, & furent amis. Aussi les Egyptiens figurerent ceste verge environnée de deux  dragons, masle & femelle, & l’appellerent Caducee,  y adjoustans les aisles & chapeau dudit Mercure. est dressé ce caducee entre les cornes d’Amaltee, la fable de laquelle Amaltee est ainsi recitee par les poëtes: Quand Rhea eut enfanté Jupiter, à fin que son pere Saturne, ne s’en apperceust, elle cacha le petit enfant en l’Isle de Crete, où il fut nourri par deux Nymphes du laict d’une chevre qui s’appelloit Amaltee.  Jupiter estant venu en aage, pour reconnoistre le bienfaict receu, mit la chevre entre les estoiles, laquelle s’appelle encor, La chevre celeste: une des cornes de laquelle il bailla aux nymphes ses nourricieres, l’ayant douëe de telle faculté, que tout ce qu’elles desireroyent, & qui leur viendroit en fantasie, viendroit incontinent à sortir abondamment d’icelle corne. Ceste peincture donc nous enseigne, que les hommes diserts & ingenieux, (qui sont designés par le sceptre ou caducee de Mercure) jouïssent de ceste corne d’abondance: c’est à dire, qu’ils ne peuvent faillir d’avoir tousjours bonne & prospere fortune, & abondance de toutes choses."

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II. LE HIBOU PERSÉCUTÉ DE DÜRER.

Un dessin d' Albert Dürer daté vers 1515 et intitulé  Eule, von Vögeln angegriffen   conservé au Kunstsammlungen der Veste Coburg montre un hibou posé sur un rameau et attaqué par quatre oiseaux. L'inscription en lettres gothiques  Der Eülen seyndt alle Vögel neydig und gram  peut se traduire par "Le Hibou . tous les oiseaux envieux et tourmentés."

Cette gravure est suivi d'un poème :

"O neyd und hass in aller welt

O falsche trew –böses gelt

Zanck und haber dir nymmer faelt

Ob dich schon niemant scend noch schelt

/.../

Bedruckt durch Hans Blaser Briesmaler Nürnberg auff der Schmelczhüten."

Je n'ai pas trouvé d'analyse de ce dessin, où le Hibou pourrait être un symbole christique, ou bien la représentation du Sage confronté à l'intolérance agressive des méchants. Mais voyons la suite ; nous verrons que Hoefnagel va reprendre ce motif.  

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Un rapprochement s'impose avec ce "targe" ou bouclier que je trouve sur un article de Wikipédia :

 

Ce bouclier de tournoi en bois daté des années 1500  porte les armoiries des familles allemandes Tänzl et Rindscheit (le baron Veit Jacob Tänzl (1465-1530) avait épousé Anna von Rindscheit en 1499). La banderole qui entoure la chouette porte les mots WIE  WOL. ICH. BIN. DER. VOGEL. HAS. NOCH. DEN. ERFRET. MICH DAS , traduit  comme : "Bien que je sois détesté par tous les oiseaux, je me réjouis plutôt de cela." L'objet vient des collections du Metropolitan Museum, Inv. 69-196. La famille Tänzl était celle des hommes d'affaires austro-bavarois prospères,  propriétaires de mines de cuivre et d'argent du Tyrol , et les adversaires de la puissante lignée des Fugger d'Augsburg . Ils menaient une vie princière, firent construire une résidence Renaissance à Tratzberg,  et eurent une position influence à la cour impériale de Maximilien. Le bouclier a probablement été peint pour des jeux organisés lors des noces.

 

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Antérieurement, je retrouve aussi cette carte du "Maître des cartes à jouer" (Rhin supérieur, netre Constance et Mayence, XIVe), appartenant à un Jeu de 1435-1455 : 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200358m/f46.item

Certes, les sept oiseaux forment une carte de sept points, mais la disposition des oiseaux n'est pas indifférente, et  presque tous les becs sont tournés vers la chouette. 

 

 

Emblèmes d’Alciat, Lyon, Mathieu Bonhomme, 1551.

Dans l’édition de 1555 des Emblèmes d’Alciat, Emblème 118 Mercure apparaît en allégorie de l'art, de la vertu et de la sagesse capable de contrecarrer les assauts de la Fortune capricieuse14. Une gravure de Jacob Matham, d’après Goltzius (1597) le représente dans sa dimension planétaire, associé aux signes zodiacaux des gémeaux et de la vierge et au caractère féminin froid et humide, ainsi qu’en protecteur des arts et des lettres.

Ut sphæræ, Fortuna, cubo sic insidet Hermes :
Artibus hic, variis casibus illa præest.
Adversus vim Fortunæ est ars facta : sed artis
Cum fortuna mala est, sæpe requirit opem.
Disce bonas artes igitur studiosa iuuentus,
Quæ certæ secum commoda sortis habent.

Alciato, Andrea: Emblemata / Les emblemes (1584)  

Carte à jouer, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200358m/f46.item

Carte à jouer, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200358m/f46.item

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Le site RKDLabor  propose une étude exhaustive de la place du Hibou dans l'art, et fait une place au Hibou comme Image du Christ (chap. X) et comme oiseau injustement persécuté (Chap. XI) : il cite ainsi cet emblème de Gabriel Rollenhagen  Nucleus Emblematum selectissimorum  Cologne, 1611 Livre I, 51  avec la devise Nequeo Compescere Multos et l'épigramme Perfero; quid faciam? Nequeo compescere multos; / Si vis cedendo vincere, disce pati. "Je ne peux triompher d'ennemis supérieurs en nombre ; J'endure cela, que faire de plus ? Si vous voulez gagner en cédant, apprenez à subir. 

Selon une tradition ou une croyance ancienne, le hibou est représenté aveugle.

 

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Il existe un indice fort pour considérer que dans la gravure de Dürer le hibou confronté aux attaques des oiseaux  est une figure du Christ confronté à l'hostilité des Pharisiens, et qu'il illustre la vertu de la Patience. Cet indice se trouve dans le tableau de 1493/94 intitulé le Christ de douleur, conservé au  Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe. 

Toute l'attitude du Christ, qui fixe le spectateur, témoigne de sa souffrance et de son épuisement, mais aussi de la profonde sagesse de son acceptation dépourvue de haine à l'égard de ses bourreaux.

 

 

 

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Or, au dessus du Christ qui se tient dans une sorte de grotte, Dürer a gravé la partie dorée pour y représenter des chardons, emblème de sa Passion, mais aussi un hibou ailes déployées.

Voir : Johann Eckart von Borries, 1972  Albrecht Dürer : Christus als Schmerzensmann Karlsruhe, 1972, 40 p. : ill.  ; 21 cm. Bildhefte der Staatlichen Kunsthalle Karlsruhe Nr. 9.

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L'assimilation du Christ avec la chouette, le hibou ou un oiseau de nuit équivalent, du nom de Nicticorax, est exposée dans le Bestiaire divin de Guillaume Le Clerc, un texte composé vers 1210. Dans le manuscrit 14970, ce Niticore, ou nithicorace, occupe le folio 6. 

http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=08100362&E=7&I=47386&M=imageseule

Selon Célestin Hippeau, qui commente ce texte, cette assimilation a été suscitée par les versets 7 à 9 du Psaume 102 : 

similis factus sum pelicano solitudinis factus sum sicut nycticorax in domicilio

 

8 vigilavi et factus sum sicut passer solitarius in tecto

 

9 tota die exprobrabant mihi inimici mei et qui laudabant me adversus me iurabant

Je ressemble au pélican du désert, je suis devenu comme le hibou des ruines. Je passe les nuits sans sommeil, comme l'oiseau solitaire sur le toit. Tout le jour mes adversaires m'outragent, mes ennemis furieux jurent ma ruine. (Trad. Crampon) 

Dans le même temps, le nicticorax est assimilé au peuple juif : Voir le chapitre VI du Bestiaire du Christ de l'abbé Charbonneau-Lassay  ; on en profitera pour découvrir d'autres exemples iconographiques du Hibou persécuté, notamment sur un chapiteau de la cathédrale du Mans.

Le Nicticorax (ou Fresaie), est aussi présenté comme l'exemple du peuple juif par Philippe de Thaon en son Bestiaire, qui a été rédigé vers 1120 : voir les  vers 2789 à 2842 :

txm.bfm-corpus.org/pdf/bestiaire.pdf

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Néanmoins, dans le Hibou persécuté de Dürer, il n'existe pas de référence directe au Christ, et l'animal est une figure emblématique de la Patience face à l'adversité. Bien que Justius Lipse ne publia son ouvrage De Constancia qu'en 1584, créant ainsi la synthèse philosophique et chrétienne du Néo-stoïcisme, on peut y placer cet Hibou dans le mouvement précurseur de cette pensée, nourrie des textes de Cicéron et de Sénèque : "Les sources stoïciennes de Lipse, sur le thème de la constance, sont les Tusculanes de Cicéron (particulièrement le livre IV), le De Constantia sapientis et le De tranquillitate animi de Sénèque. Cicéron opère le premier transfert des concepts grecs stoïciens dans le vocabulaire latin. Il traduit la karteria (la patience, la maîtrise de soi) par le verbe stare (se tenir debout, être ferme) et par conséquent, l’eupathéïaï (les bonnes affections) par la constantia (la fermeté des principes). Sénèque voit dans la constance la vertu qui exprime l’impassibilité du sage. Il s’agit d’une vertu qui s’exerce dans l’épreuve, celle de la fortune et des maux privés. Lipse, quant à lui, envisage la constance comme une consolation du particulier face aux maux publics. Les maux étant une épreuve nécessaire pour l’homme, il faut accepter les événements qui nous dépassent. A sa suite, Du Vair opère le glissement de la constance à la consolation dans le titre même de son ouvrage et considère la constance comme le fait de rester courageux et de prendre conscience de la consolation divine. L’homme vit alors avec l’espoir et la perspective du salut. D’autre part, les consolations cicéroniennes et sénéquiennes des Epistulae familiares ou des traités adressés à Marcia, Helvia et Polybe concernent une personne particulière à qui les auteurs demandent d’être stoïque et de supporter l’absence ou la mort d’un proche." (M. Bolloré)

Les textes que nous allons découvrir dans les inscriptions tracées par Hoefnagel 

 

Dürer,  Christus als Schmerzensmann (détail) Staatliche Kunsthalle Karlsruhe 1493/94.

Dürer, Christus als Schmerzensmann (détail) Staatliche Kunsthalle Karlsruhe 1493/94.

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III. L'HERMATHENA.

 

Le Caducée, et, à travers lui, Hermés, pouvait être l'emblème des artistes et des maîtres de l'éloquence. Mais une figure plus complexe est apparue parmi les lettrés du XVIe siècle, unissant Hermés à Athéna.

a) Les Hermathena antiques (d'après Wikipédia)

Les Hermathenae (Hermathene (en ancien grec: Ἑρμαθήνηde l'Antiquité étaient tantôt des piliers carrés (appelés hermès*) avec un buste d'Athéna, tantôt des piliers surmontés du buste d'Hermès et d'Athéna dos à dos.

*Un hermès (en grec ancien ἑρμῆς, au pluriel ἑρμαῖ) est un buste surmontant un bloc quadrangulaire, parfois sculpté de manière grossière, représentant souvent le dieu Hermès, et généralement orné d'un phallus. Ils avaient en Grèce antique la fonction de sanctifier et de marquer les limites : seuils, carrefours, etc.  Ils sont l'équivalent des Termes de la Rome antique.

Il était naturel de voir ces deux divinités unifiées ou fusionnées comme une seule divinité associant l'éloquence et le commerce (Hermès) avec la sagesse, l'artisanat et les sciences ( Athéna). Ainsi le revers de la médaille de l' empereur romain Hadrien , qui se piquait de sagesse et d'éloquence, représente Hermathena. Chaque dieu incarne le type d'intelligence pratique ou métis qui se manifeste dans la ruse habile et la stratégie gagnante. Pour Hermes cette qualité  penche vers le royaume nocturne de la furtivité et du vol, de la tromperie et dela ruse, tandis que pour Athena, elle  penche vers le royaume diurne d'un bon jugement, de la pensée rapide, et l'orientation du succès sur le champ de bataille.  Hermès et Athéna ont également été décrits comme des demi-frères et sœurs parce que Zeus était le père de deux dieux.

 Double buste d'Hermès et d'Athéna, provenant de Pompéi, IIe siècle ap. J.C, Musée du Capitole, inv. S.328  

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 b) Hermathena et Cicéron.

Les seules sources littéraires concernant Hermathéna se trouvent dans les lettres de Cicéron à Atticus où il remercie son ami de lui avoir envoyé une statue de l'Hermathéna pour son académie de Tusculum (Lettres à Atticus 1, 1, 5; 1, 4, 3)Cicéron possédait en Italie de nombreuses villas. Pour les décorer, il chargeait son ami Atticus, qui faisait de longs séjours en Grèce, de lui ramener des objets d'art. Atticus avait obtenu à Athènes un hermès rare d'Athéna en 67-65 av. J.C.  Cette lettre date du début de l'année 66 : Quod ad me de Hermathena scribis, per mihi gratum est. Est ornamentum Academiae proprium meae, quod et Hermes commune omnium et Minerva singulare est insigne eius gymnasii.  "Je suis ravi de ce que tu me dis de ma statue de l' Hermathena. Il n'y a d'ornement plus approprié pour mon académie car Mercure est l'ornement obligé de tous les gymnases, et Minerve doit figurer particulièrement dans le mien."  Un peu plus d'un an plus tard (le 17 juillet 65), Cicéron a écrit  Hermathena tua valde me delectat et posita ita belle est, ut totum gymnasium eius anathema esse videatur. Multum te amamus.  "Je suis très heureux de votre Hermathena, qui a trouvé son emplacement idéal dans l'endroit choisi, si bien que le gymnase entier semble un nouveau temenos (sanctuaire) à ses pieds. Merci beaucoup pour elle." Tous les jardins, et en particulier ceux des gymnasium étaient dédiés à des divinités. Les gymnasia étaient des porches de déambulation utilisés pour des discussions philosophiques :   Cicéron en avait aménagé deux dans sa villa de Tusculane, l'un au rez-de-chaussée nommé son Academia, et l'autre au premier étage nommé le Lyceum, pour honorer les deux principales écoles de philosophie, celle de Platon et celle d'Aristote. (Lazeretti, Cicero's collecting pratices). Dans une lettre préalable à Atticus, il nomme ces statues des Gymnasiodes.

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c) Hermathena à la Renaissance : les Académies.

 Pendant la Renaissance , un certain nombre d'artistes, par exemple Rubens et Vincenzo Cartari , peignirent Hermathena dans l'art soit comme deux dieux agissant conjointement, soit comme une seule divinité avec les attributs de l'autre, par exemple Athena tenant le caducée, symbole de Hermes. Sur le plafond du palais Farnèse à Rome  une fresque de la fin du 16ème siècle (>1566) de Hermathena, appelée le Gabinetto dell'Ermatena, a été peinte par Federico Zuccari sur le conseil vraisemblable d'Hannibale Caro ; La fresque représente une fusion androgyne des divinités. Les pieds (de qui ?) sont posés sur une tortue.

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Copyright : http://labottegadeisogni-elisabettarossi.blogspot.fr/2012/01/la-prossima-sala-meglio-saletta.html

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Le motif emblématique de l'Hermathena doit son succès dans le milieu lettré et artistique du XVe siècle à l'un des Symboles paru dans le livre d'emblème d'Achille Bocchi. Celui-ci étant lié à Alexandre Farnèse, le rapport s'établit avec Ortélius et Hoefnagel qui fréquentèrent le cardinal Farnèse en 1578.

 

 

 

d) L'Académie d'Achille Bocchi à Bologne : Accademia Bocchiana ou "Ermatena".

Achille Bocchi ( Achille Bocchius ) (1488- 1562), était un écrivain humaniste, administrateur et professeur de droit à l' Université de Bologne. Il est surtout connu pour son livre d'emblèmes Symbolicarum quaestionum de universo genere , Bologne,1555, avec des illustrations de Giulio Bonasoni.

 Bocchi était le chef de l' Accademia Bocchiana, sous la protection du cardinal Alexandre Farnese , neveu du pape Paul III. Constituée probablement dès 1526, elle n'acquit ses statuts officiels qu'en 1546, date à laquelle Giacomo Barozzi da Vignola, récemment revenu de Fontainebleau , a conçu à Bologne vers 1545 le Palazzo Bocchi, siège de l'Académie de Bocchi. Il plaça son Académie sous le signe de l'Hermathena avec la devise Sic monstra domantur et l'illustra par un "hermès" ou buste de Mercure et un autre de Minerve réunis (mariés) par un Cupidon qui, par le pouvoir réuni des dieux, maîtrise un lion dont la gueule est dotée d'un mors en forme de bague et de rênes. Une illustration de son Symbolaricum quaestionum (page 230 de l'édition de 1555, Livre IV emblème 102 ) présente l'Hermathena Bocchia comme si le groupe avait été sculpté à l'un des angles du Palais, mais celui-ci ne comporte en réalité que des têtes de lion tenant un anneau (ou un mors).

Sur la gravure, la devise Sic Monstra Domantur (C'est ainsi que l'on domine les monstres" ) est accompagnée des mentions  Sapientiam modesta, progressio eloquentiam, felicitatem haec perficit, et en dessous du lion, de Me duce perficies Tu modo progredere :

"La Sagesse est menée à son terme par la modération, l'Eloquence, par le progrès, la Félicité par l'ensemble" et "Sous ma conduite tu atteindras la perfection. Toi, contente-toi d'avancer" (la traduction de ces dytiques élégiaques vient d' Anne Rolet, p. 302).

 http://en.wikipedia.org/wiki/Achille_Bocchi

L'emblème Hermathena du Symbolicarum quaestionum d'Achille Bocchi (1574).

 

e) Postérité de l'Hermathena.

 

- Vers 1585, Bartholomée Sprangler a peint sur le plafond de la Tour Blanche du château des Hradčany à Prague un audacieux "Hermès et Athéna"

 

 

- En 1602, Erycius Putaneus (Hendrick van den Putte ou Eric Dupuy) choisit l'Hermathena comme emblème pour son académie, et l'avait fait graver sur une médaille offerte à l'archiduc Albert ( A. Rolet). Le Frontispice de son Palaestra bonae mentis  (Louvain, 1611) montre Hermès et Athéna utilisant l'un son caducée et l'autre sa lance pour combattre des personnages allégoriques de l'ignorance.

 

- A la mort de Philippe II d'Espagne, sa fille Isabelle et son gendre l'archiduc Albert héritèrent du gouvernement des Pays-Bas espagnols et se préoccupèrent d'y rétablir l'économie dans des régions dévastées par la guerre, notamment par une politique monétaire à l'atelier d'Anvers. Lors de leur entrée solennelle à Anvers en 1599, un arc fut dressé, surmonté de l'Hermathena comme symbole du commerce anversois. L'artiste, Pierre Van der Borcht  a pris modèle sur l'Hermathena Bocchia. 

 

Voir l'illustration du Schema fornicis Hermathenae tirée de Joannes Bochius, Historica narratio profectionis et inaugurationis Serenissimorum Belgii Principum Alberti et Isabellae, Austriae archiducum, Antwerp, 1602, p. 248:

http://warburg.sas.ac.uk/vpc/VPC_search/pdf_frame.php?image=00035357

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IV. CINQ OEUVRES DE HOEFNAGEL AU HIBOU ET AU CADUCÉE.

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1. Missale romanum folio 332 Dominica secunda  post Pascha. 1582-1590. Passion du Christ.

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— Description :

Dans la partie supérieure se voit au centre un temple dans lequel s'inscrit la Croix et le Christ crucifié. Au pied de la croix des agneaux paissent, et/puis s'écartent vers les deux collines figurées aux deux extrémités du dessin. Celle de gauche (le Sinaï) porte les Tables de la Loi, celle de droite (Jérusalem) un livre (Nouveau Testament). De ces monts partent deux clous ailés (emblème d'Hoefnagel, cf. infra) et deux lampes portant des oriflammes avec des inscriptions non déchiffrées. De crevasses de ces collines sortent deux Cornes d'abondance où est inscrit SINAÏ à gauche et SION à droite. Elles sont alimentées par le sang du Christ et sont reliées par une ligne courbe se transformant en deux mains réunies sur la ligne médiane, ces deux mains étant entourées par un anneau large portant le mot FIDI--

De ces cornes tombent, le long des bordures de la page, une pluie de rameaux fleuris. En bas, cette pluie tombe sur deux collines escarpées où paissent des moutons semblables à ceux du dessin supérieur. Ces montagnes délimitent une plaine centrale vers laquelle descendent divers animaux : on distingue un sanglier cerné par des chiens ; un bouquetin ; peut-être un singe et un ours. Des arbres morts, où des oiseaux sont perchés, et de hautes perches sont visibles dans cette plaine, mais, au premier plan, et sur la ligne médiane, l'une de ces perches a la forme d'un mât (d'un clou ?) terminé par un pommeau. Un hibou y est posé. De chaque coté, deux serpents aux queues entrelacées et aux gueules affrontées transforme ce clou en motif "caducéen".

— Inscription :

Vocabo non plebem meam, plebem meam, et non dilectam, dilectam.

Source : Osée 2,24 cité par Paul, Epître aux Romains : J'appellerai mon peuple, ceux qui n'était point mon peuple [Les Païens] ; ma bien-aimée, celle que je n'avais point aimée ; [et l'objet de ma miséricorde, celle à qui je n'avais point fait miséricorde ]»

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Missale Romanum, folio 332,  Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332 (détail) Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332 (détail) Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

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2. Missale Romanum folio 637 In Missis quotidianis defunctorum. (1582-1590)

C'est l'une des illustrations les plus étonnantes, les plus amusantes et les plus signifiantes de toutes celles que Hoefnagel composa. Alors qu'il était au service du duc de Bavière à Munich, l'archiduc Ferdinand du Tyrol, second fils de l'Empereur Ferdinand ler lui avait demandé d'enrichir  de ses enluminures un Missel Romain. Ce missel est, selon E. Schmelarz une copie à la main du  Missel conforme aux décrets du Concile de Trente que Christophe Plantin, d' Anvers imprima en 1570 (Il en avait le privilège royal de Philippe II) : Hoefnagel fut chargé de compléter par ses ornements le texte liturgique. Le codex contient 650 feuillets de vélin avec environ 500 miniatures exécutées entre 1582 et 1590. Il a été conservé au château d'Ambras (Innsbruck) où il collectionnait les armures et possédait un cabinet de curiosités, puis le château, d'abord vendu à  l'empereur Rodolphe II, fut laissé à l'abandon, et les œuvres et curiosités principales furent transférées par l'empereur Léopold Ier au Kunsthistorisches Museum  et à l' Österreichische Nationalbibliothek de Vienne. L'archiduc versa un salaire de 200 florins — 800 selon Bradley—  pendant toute la durée des huit années de travail, avec un premier versement le 25 mars 1582.  Quand le travail fut presque achevé, outre le salaire annuel de huit cents florins, l'archiduc lui donna deux mille écus d'or, et lui  remis une chaîne d'or qui  valait une centaine d'autres écus.

Il est désigné comme  le manuscrit n° 1784 Missale Romanum, ex decreto sacrosancti concilii Tridentini restitutum, Pii V. pontificis maximiiussu editum cum privilegüs Oenoponti. Il mesure 390 mm de haut et  285 mm de large, et comporte quatre parties. Voir en exemple un Missel  édité à Lyon en 1578.

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Description.

Arrivé presque à la fin de son travail, en fin 1590, Hoefnagel s'approprie en guise de signature la page dédiée à la messe des défunts (celle du Requiem et du Dies Irae) pour y mettre en scène son propre enterrement, et donner cours à ses méditations sur la mort en s'inspirant de poètes latins. 

La page "Aux Messes quotidiennes des défunts" peut être décrite selon deux registres.

Dans le registre supérieur, les prières  liturgiques organisées en deux colonnes sont encadrées et envahies par un décor aux courbes dont la fantaisie bouleverse et contredit  la stricte typographie et la sévérité funèbre de l'office. Le texte lui-même est celui de l'Antienne et de la Collecte de la Messe des défunts  : et lux perpétua lúceat eis.  Cum sanctis. Post communio. Praesta, quaesumus. Domine : ut animae famulorum famularumque tuarum, quorum anniversarium depositionis diem commemoramus : his purgatae sacrificiis, indulgentiam pariter & requiem capiant sempiternam. Per Dominum nostrum.

"Et que la lumière sans fin brille sur eux. Collecte : Nous te demandons, Seigneur, , accordes aux âmes de tes serviteurs et de tes servantes dont nous commémorons le jour anniversaire ... Par notre Seigneur".

Hoefnagel surmonte ce texte d'un cartouche, qui sert lui-même de support à deux lampes à huile d'où s'élèvent des fumées. A un anneau est attaché par un ruban cinq petites têtes de mort enfilées sur un lien terminé par un sablier dont l'ampoule haute est encore pleine. L'effet obtenu, loin d'être morbide, est comique. Sur le coté du cartouche, des anses latérales croisent cavalièrement un premier arc avant de descendre, s'évasant en une corne qui va bientôt servir d'attache d'une part à une banderole centrale, d'autre part à deux nouveaux cartouches noirs. Un sablier est suspendu à chacun d'eux, le niveau du sable déclinant progressivement.

Le tracé rapide et ample multiplie les courbes et contre-courbes quasi végétales, les volutes en coquille ponctuées de perles, dans un style qui est manifestement inspiré de l'art grotesque, expurgé de ses mascarons et de ses animaux fantastiques. La liberté fantasque et dansante voire capricante des envolées du trait est si franche qu'elle en est presque indécente et, du moins, irrévérencieuse à l'égard des prières dévotes. Hoefnagel s'amuse incontestablement avec son support, comme s'il venait jouer en plein office des Morts. Loin d'être le décor d'une Danse Macabre, ses guirlandes, ses rubans de fanfreluche et ses glands à pompons sont celui d'une chorégraphie vivace.
Je ne suis pas assez compétent pour préciser ce qui annonce le style au rouleau, le style "cartilage" et "oreille", (Rollwerks et Beschlagwerks, Knorpelwerk et Ohrmuschelstil), les influences d'un Arcimboldo ou d'un Cornelis Floris, mais  j'ai pris plaisir à imaginer que Hoefnagel s'était imprégné, lors de ses voyages en France et en Italie, des créations de Jacques Androuet Du Cerceau  (Livre des grotesques, 1550, rééd. 1562 et 1566) et de celles de Perino del Vaga. J'ai découvert ensuite le texte de Barcley (Annexe) qui insiste sur le rôle de Giulio Clovio, très proche de Perino del Vaga.

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Attribué à Perino del Vaga, Un panneau de décor grotesque , c.1545, plume et encre brune avec aquarelle et gouache, avec rehauts de blanc, 18,9 x 22,9cm. © Les fiduciaires du British Museum, Londres

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Livre de Grotesques  de Jacques Androuet du Cerceau, Paris 1566

 

Voir aussi Hans Mielich  Livre des bijours de la duchesse de Bavière.

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"Autoportrait de l'artiste en clou".

Dans le registre inférieur de la page, Hoefnagel passe de l'allusion comique à la mascarade. Au centre des deux colonnes de texte, entre les mots Requiem et Deus, il plante son clou : un clou de maréchal-ferrant, très long et à la tête large, qui est sa signature puisqu'elle renvoie à son nom Hof-nagel, Sabot-clou. C'est un leitmotiv retrouvé dans nombre de ses miniatures. Mais avec humour, il place les ailes d'Hermès sur la tête de ce clou, qu'il transforme ainsi en caducée, tandis que deux serpents entrecroisent leurs queues pour compléter le déguisement. Et, du sommet de sa tête, deux rameaux d'olivier, aux fruits noirs, achèvent de faire d'en faire un programme : la puissance de l'éloquence artistique au service de la pacification des mœurs.

La pointe est plantée au centre d'un blog rectangulaire qui ne peut être, vu le contexte, qu'une pierre tombale. Des armoiries y figurent, dans un cercle de lauriers. Le champ supérieur contient un aigle éployé, et le champ inférieur un chevron (une équerre ?) et trois fleurons (ou deux bourses?).

L'inscription sera déchiffrée ci-dessous. Mais deux chaque coté de la tombe, deux pelles sont plantées en terre. Celle de gauche sert de perchoir à un Hibou, et celle de droite à un perroquet. Si Hoefnagel fait appel à ces deux oiseaux lors de ses funérailles, c'est qu'il en revendique le parrainage. Le Hibou est, si on l'apparente à la Chouette d'Athéna, l'oiseau de la déesse de la sagesse, des artisans et des artistes. Le Hibou et le Caducée convoquent ici Hermathena. 

A droite, le Perroquet ne relève pas d'un psittacisme stérile, mais élève l'imitation comme une valeur essentielle. Le perroquet est le substitut de l'Artiste car le talent confirmé de ce dernier est d'imiter le réel jusqu'à l'illusion. Mieux qu'un autre, mais après avoir copié Dürer, Hoefnagel a poussé jusqu'à l'obsession l'imitation de la Nature. En outre, à la Renaissance, et notamment pour Érasme, l'imitation de l'exemple donné est une valeur essentielle, à la base du système éducatif. Pour les philosophes antiques, et sous le nom de Mimesis , l'imitation est à la base de l'art. 

Dans le folio 42 du Schriftmusterbuch de Georg Bocksay, Hoefnagel a encadré le modèle calligraphique de deux lances de tournois aux armes des Habsbourg ; de la base de ces deux manifestations guerrières et rectilignes partent des entrelacs et volutes d'où s'élancent de fins rinceaux ovales. Un perroquet s'y balance nonchalamment. De la pointe de la lance de droite flotte un oriflamme où s'inscrivent les deux vers d'une épigramme de Martial (Epigrammes Liber XIV: 73)

 Psittacus a vobis aliorum nomina discam:

Hoc didici per me dicere Caesar have.

"J'apprendrai de vous d'autres mots ; je n'ai appris que de moi-même à dire : César, salut !" .

Je peux y voir une image ironique de l'artiste en courtisan. (Voir aussi  l'article de Lubomír Konečný cité en bibliographie)

 

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Inscriptions de Hoefnagel.

1°) REGISTRE SUPÉRIEUR

— Inscription  en haut au centre : 

"Nos postquam passi sumus mala plurima, tandem

Angustam et miseram, et mortalem linguere – vitam

Cogimur, et putri deponere membra sepulchro 

Mox carne absumpta fieri sine nomine puluis

Certius est quam mors, quam mors incertius est nil."

Il s'agit d'une citation de Zodiaque de la vie ou Zodiacus Vitae du poète italien du XVe siècle Pier Angelo Manzolli dit Palingène, extrait du paragraphe correspondant au signe du Lion.

«Après avoir subi tant de mauvaises choses, nous sommes, enfin, obligés d'abandonner une vie courte et misérable et de confier nos membres à un sépulcre pourri, où nous sommes  changés en une vile poussière sans nom et sans mémoire. Il n'est rien de plus certain que la mort, mais rien n'est plus incertain que la mort." Voir la traduction de M. de la Monnerie, Le Zodiaque de la Vie La Haye 1581 page 157 , et le texte latin page 87. 

Hoefnagel a cité Palingène également dans les Quatre éléments, Ignis dans les paragraphes du Cancer et de la Vierge.

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— Suspendue en banderole sous un sablier et cinq têtes de mort :

VIVE HOMO VIVENS MORIENS VT VIVERE POSSIS.

Commentaire : Vive homo vivens moriens ut vivere possis.

A rapprocher du texte de St Augustin : Nam neque ullus moriens erit, si moriens et vivens simul esse nullus potest. Des formules proches sont mentionnées, comme celle de David Christoph Seybold:  Disce mori vivens, moriens ut vivere possis. (Seybold, 29 u. 129.

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— Inscription du cartouche de gauche (en or ou blanc sur fond noir):

Brachia non retrahunt fortes, neque purpura Reges,

Nam quicumque venit pulvere puluis erit.

Nascimur aequales, morimurque, aequaliter omnes,

Una ex Adam est mors, Christus et una salus.

 La source de cette inscription est un poème de Venance Fortunat, poète du VIe siècle : Livre IX, II. "A Chilpéric et à la reine Frédégonde ", transcription et traduction sur le site de Philippe Remacle.

Brachia non retrahunt fortes neque purpura reges: 
Vir quicumque venit pulvere, pulvis erit. 
Nascimur æquales, morimurque æqualiter omnes: 
Una ex Adam est mors, Christus et una salus. 
Diversa est merces, funus tamen omnibus unum, 
Infantes, juvenes, sic moriere senes. 
Ergo quid hinc facimus nunc te rogo, celsa potestas, 
Cum nihil auxilii possumus esse rei? 
Ploramus, gemimus, sed nec prodesse valemus: 
Luctus adest oculis, est neque fructus opis. 
Viscera torquentur, lacerantur corda tumultu, 
Sunt cari exstincti, flendo cadunt oculi.
 

Traduction : « Ni les bras des vaillants, ni la pourpre des rois ne sauraient les soustraire à cette fatalité. Qui vient de la poussière retournera en poussière. Nous naissons tous et mourons également. Une seule mort est d'Adam, du Christ un seul salut. La récompense diffère, mais la mort est une pour tous. Enfants, jeunes et vieux, tous y passent. Qu'avons-nous donc à faire, je vous le demande, grand roi, puisque nous ne pouvons absolument rien contre la loi commune? Nous pleurons, nous gémissons, et puis c'est tout. Nos larmes ne nous sont d'aucun fruit; nous n'avons à en attendre aucun secours.  Nos cœurs sont troublés, tourmentés, déchirés; nous perdons les êtres qui nous sont chers ; il ne nous reste qu'à les pleurer. »

Venance Fortunat, poète mérovingien qui ne fut évêque de Poitiers qu'à la fin de sa vie, fit les éloges de la reine Brunehaut et célébra son mariage avec Childebert Ier, roi de Metz, avant de louer les vertus de sa rivale, Frédégonde, concubine puis épouse de Chilpéric Ier. Ce dernier est mort assassiné en septembre 584, et Frédégonde est décédée en 597.  Le poème de Fortunat qui leur est dédié, composé de leur vivant, les exhorte à penser que l'homme n'est que poussière et fumée et leur adresse de pieuses recommandations. 

Hoefnagel a trouvé cette citation dans le florilège de poètes chrétiens publié par Fabricius chez Oporin en 1567, Venantius Fortunatus, De Vita Hominum,  De Communi omnium mortalite, ex Libro IX, col. 703-704, ce qui confirme la thèse de Joachim Jacoby 2010 exposée infra. Dans la version de Fabricius se trouve la leçon Nam quicumque différente de Vir quicumque du site de P. Remacle.

— Inscription du cartouche de droite (en or ou blanc sur fond noir) :

Je la déchiffre maladroitement ainsi :

Debemur terrae, sed corpora  Nostera ---

Nequaquam aeterna morte prememtur buno,

Vive memor mortis, sed cum spe divite vitae

Perpetis, illa pios post sua fata mane(n)t

La source de cette inscription est le volume intitulé Poematum sacrorum libri XV de Georg Fabricius, , Ioannes Oporinum, Basilae 1560. On y trouve deux livres des Militiae sacrae, et, dans le Livre I, qui se consacre à Adam, à Noé et à Abraham, un poème intitulé Sarae obitus. Ager emptus ab Hethitis in sepulchram page 395 Celui-ci renferme les vers suivants :

Debemur terrae ; sed corpora conditia terra,

Nequaquam aeterna nocte prementur humo

...dans lequels je reconnais le texte d'Hoefnagel. Mais les vers suivants du poème de Fabricius (Nam cadit in viridis flos sicut ianthinus aruo) ne correspondent plus, et je ne trouve pas la source de la suite de la citation d'Hoefnagel. (Vive memor mortis, ut sis memor et salutis se trouve dans Ausonius Ethica Chilonis Lacedaemonii. : "Vivez dans la pensée de la mort, si vous voulez penser à votre salut" ;  sua fata manent se trouve dans Virgile.

Cette citation est une nouvelle confirmation de l'importance de Fabricius comme source des inscriptions d' Hoefnagel.

 

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2°) REGISTRE INFÉRIEUR.

[Le texte lui-même est celui de la Messe des défunts 

Introitus. Requiem aeternam donaeis Domine : & lux perpetua luceat eis. Psalm. Te decet hymnus Deus in Sion, & tibi reddetur votum in Hierusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet. Requiem. M.N.R. Pro defunctis Episcopis seu Sacerdotibus. Oratio. Deus, qui inter apostolicos sacerdotes famulos tuos pontificali, seu sacerdotali fecisti dignitare vigere ; praesta, quaesumus : ut eorum quoque perpetuo aggregentur consortio. Per . Pro defunctis fratribus propinquis et benefactoribus. Oratio.]

 

— Sur les deux pelles entourant la tombe :

a)  Protinus ut moriar. 

b) Non ero terra, tuus.

Source : Ovide, Les Tristes, Livre IV Élégies 10 .

[4,10,130] protinus ut moriar, non ero, terra, tuus. 
siue fauore tuli, siue hanc ego carmine famam, 
iure tibi grates, candide lector, ago

[4,10,130]  « je dirai que, quand je mourrais à l'instant, je ne serais pas, ô terre, non, je ne serais pas ta proie. Que je doive ma réputation à la faveur ou au talent, reçois ici, lecteur bienveillant, le légitime hommage de ma reconnaissance. »

Il n'est pas inintéressant de comparer la situation de Hoefnagel, exilé par les événements religieux et politiques des pays-bas et d'Anvers, avec celle d'Ovide : les Tristes ont été écrits en 8 après J.-C., pendant son exil à Tomis, sur les bords du Pont-Euxin (aujourd'hui la mer Noire), dans l'actuelle Roumanie, après que le poète y ait été exilé par Auguste. Certes, Hoefnagel appartient au grand groupe des Néerlandais exilés, mais il est difficile de distinguer ce qui relève, dans cette famille de marchands, de la facilité à voyager et à utiliser un réseau de relations pour réussir, et de la réelle situation de son pays. Néanmoins, éloigné de sa ville natale, il devait entendre avec une singulière résonances les vers qui précèdent ceux qui figurent sur l'inscription et qui en expliquent le sens : 

"Si donc je vis encore, si je résiste à mes tortures, si je ne prends point en dégoût cette existence inquiète, c'est grâce à toi, ô ma muse, car c'est toi qui me consoles, qui calmes mon désespoir et qui soulages mes douleurs. Tu es mon guide, ma compagne fidèle ; tu m'arraches aux rives de l'Ister [4,10,120] pour m'élever jusqu'aux sommets heureux de l'Hélicon. C'est toi qui, par un rare privilège, m'as donné, pendant ma vie, cette célébrité que la renommée ne dispense qu'après la mort. L'envie, qui d'ordinaire se déchaîne contre les ouvrages contemporains, n'a encore déchiré de sa dent venimeuse aucun des miens ; car, dans ce siècle si fécond en grands poètes, la malignité publique ne m'a point encore dégradé du rang que je tiens parmi eux ; et quoique j'en reconnaisse plusieurs au-dessus de moi, on me dit pourtant leur égal, et je suis lu dans tout l'univers. Si les pressentiments des poètes ont quelque fondement, [4,10,130]  je dirai que, quand je mourrais à l'instant, je ne serais pas, ô terre, non, je ne serais pas ta proie."

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Inscription sur la "dalle tombale" :

GEORGIVS HOEFNAGLIVS ANTVERPIEN :
LIBRI HVIVS EXORNAT : / HIEROGLYPHICVS / INVENTOR ET FACTOR / GENIO MAGISTRO 

/ PRINCIPIO SINE PRINCIPIO / FAVENTE  OPVS INCEPTVM /  ANN  XXCII.

 FINE SINE FINE / IVVANT : FELIC : ABSOLVIT.

ANN : XC. 

 

Lecture de E. Chmelarz :

Georgius Hoefnaglius Antverpiensis, libri huius exornator hieroglyphicus, inventor et factor genio magistro, principio sine principio favente  opus inceptum anno XXCII  fine sine fine iuvante feliciter absolvit anno XC 

 

Traduction : "Joris Hoefnagel, décorateur de hiéroglyphe de ce livre, inventeur et créateur [genio magistro (1)] travail commencé sans début en [15]82 et terminé sans fin (2) en l'année [15]90" (3).

1) je ne sais comment traduire cela. La formule se retrouve dans l'Allégorie de l'amitié d'Abraham Ortelius et dans le titre de l'Archetypa studiaque : genius désigne en latin le génie propre à chaque homme, dieu particulier qui veillait sur lui (Gaffiot).

2) principio sine principio ...fine sine fine est une formule littéraire qui vaut moins par son sens que par le jeu de sonorités allitératives et d'allusions érudites qu'elle crée. Elle se retrouve ainsi sous la plume d'Orderic Vital  (XIe siècle), ou dans l'incipit de l'Apex Physicae , une encyclopédie latine du XIIe (Bnf lat. 15015) et alors intégrée dans une louange au Créateur : Gratio Deo primo sine principio, ultimo sine fine, qui fuit ante omnia et erit post omnia, eternus. Une version de la même œuvre (Londres, B.M. Harvey 4348 donne Gloria Deo principio sine principio, fine sine fine, qui fuit etc.. La formule finale était déjà utilisée par saint Augustin dans le dernier chapitre du livre XII de la Cité de Dieu, avec le même jeu de langage : "Ibi vacabimus et videbimus ; videbimus et amabimus ; amabimus et laudabimus ; ecce quod erit in fine sine fine"  (Là haut nous nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons : et ainsi dans une fin sans fin ».

3) Sur le folio f.3 du Missale Romanum Hoefnagel a signé son travail par un monogramme où la lettre G est croisée par deux clous d'or sur les mots 1581 depingebatS. Killermann Die Miniaturen im Gebetbuche Albrechts V. von Bayern page 76 . Il signait et datait ainsi le début de son travail. Ici, avec la date 1590, il en signe la fin.

 

 

 

Inscription sur le bord de la dalle :

EX NOSTRIS ALIQUID SPIRET VOCALE SEPVLCHRIS / PRAESTITA PERPETVO QVOD SENEFACTA CANAT

Pour Bradley page 120 , ces vers seraient composés par Hoefnagel, mais le moteur de recherche semble les localiser dans les Poemata sacra, pars altera de Georg Fabricius publié à Bâle chez Oporin en 1567. Ils pourraient appartenir à cette séquence Te discant per nos etiam novisse nepotes, Et capiant studii praemia vistapii. E nostris aliquid spiret vocale sepulchris, Praestita perpetuo quod benefacta canat. Omnium in hoc uno versatur summa librorum, Caelestem toto corde timere patrem.

 Voir la discussion infra.

 

 

 

Missale Romanum, folio 637  Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 637 Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

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3. Schriftmusterbuch de G. Bocksay folio 20. (1594-1598) Autoportrait de l'artiste en Hibou christique.

Description.

C'est dans cette miniature, composée par Hoefnagel autour d'un modèle de calligraphie tracé par Georg Bocksay, que nous retrouvons le Hibou confronté à la jalousie vindicative  de quatre autres oiseaux gravé par Dürer en 1506. Mais ici, le Hibou est clairement identifié à l'artiste, car il tient un caducée dont la verge est  un pinceau. C'est ce motif qui sera repris dans l'Allégorie de l'amitié entre Abraham Ortelius et Hoefnagel  avec la légende Ars neminem habet osorem nisi ignorantem, 

 

Ici, le hibou  est entouré directement par ce que j'identifie un peu rapidement comme une faisane et une perdrix, une huppe fasciée et une grue, ces quatre volatiles houspillant directement l'oiseau de nuit de leurs becs. Le hibou est posé sur le manche en T d'un perchoir (une pelle enfoncée dans la terre ?) au centre d'un arbre dont les branches servent d'appui aux autres oiseaux. Une couronne de lauriers est accroché au manche par un ruban, dont les longs brins terminés par des glands atteignent les branches environnantes ; il porte peut-être une inscription. Au pied de l'arbre, deux serpents gueule menaçante participent à la huée haineuse. A la périphérie, quatre autres oiseaux ont des attitudes plus neutres. Le Hibou semble ainsi un exemple de la victime innocente soumise en bouc émissaire au lynchage par un phénomène contagieux de consensus ou d'unanimité sacrificielle , comme dirait René Girard. 

https://archive.org/stream/secondrecensiono01cath#page/n7/mode/2up

https://archive.org/stream/secondrecensiono01cath#page/220/mode/2up

Le registre supérieur semble indépendant de la scène principale ; elle se résumerait à une ornementation dont l'évidemment central souligne une inscription, et dont les volutes latérales supportent deux compas enrubannés. Mais les bras de motif en joug passe en trompe-l'œil par de fausses fentes à travers la page, selon un procédé qu'affectionne Hoefnagel pour présenter, notamment, les tiges de ses spécimens botaniques. En outre, l'examen détaillé montre quatre joyaux, un fabuleux diamant serti en pointe, et trois pendentifs en goutte d'eau. Par les compas, instruments du dessinateur (et cartographe), Hoefnagel continue à signaler sa présence dans cette page.

Inscription.

Invidia virtute parta Gloria non invidia est.

- Traduction : « «La haine née de la vertu est la gloire, pas la haine »

-Source : Cicéron,  Premier Discours contre Catilina, XII.28. Cicéron, alors consul de Rome, a joué un rôle déterminant, lors de la Conjuration de Catilina, dans la condamnation à mort des conjurés. Il a exposé ses conceptions dans ses quatre Catilinaires. Ici, il se justifie de sa décision :   "A ces paroles sacrées de la patrie, et à ceux dont le sentiment les approuve, je réponds en peu de mots : Oui, si j'avais jugé, pères conscrits, que mettre à mort Catilina fût le meilleur parti prendre, je n'aurais pas laissé ce vil gladiateur vivre une heure de plus. Car si autrefois de grands hommes, d'illustres citoyens, bien loin de ternir leur gloire, se sont honorés par le meurtre de Saturninus, des Gracques, de Flaccus et de plusieurs autres, certes je ne devais pas craindre que le supplice de l'assassin impie de ses concitoyens attirât sur ma tête le ressentiment de la postérité. Et quand je serais certain de ne pas l'éviter, j'ai toujours pensé qu'une disgrâce méritée par le courage est moins une flétrissure qu'une gloire." http://www.mediterranees.net/histoire_romaine/catilina/ciceron/catilinaire1.html

Il est peu probable que Hoefnagel ait placé cette citation célèbre en raison de sa signification dans le contexte de la conjuration de Catilina. Il l'a plus volontiers choisie pour le sens qu'elle prend comme sentence isolée, conférant à la détermination face à l'adversité le statut d'une vertu.

Texte calligraphié par Bocksay.

 Le volume dit  "Schriftmusterbuch" ou "Livre de modèle de calligraphie" de 166 x 124 mm rassemble 127 folios sur vélin (dont 119 avec du texte),  qui ont d'abord reçu des textes calligraphiés par Georg Bocksay entre 1571 et 1573 pour l'empereur Maximilien II, puis qui ont été ornés à la gouache et aquarelle, or et argent par Joris Hoefnagel entre 1594 et 1598 pour l'empereur Rodolphe II. Chaque feuille est numérotée en haut à droite. Plusieurs  portentla signature et la datation par Bocskay et d'autres le monogramme et des datations par Hoefnagel , comme le folio 118 signé.opaque principalement avec l'argent et goudhogingen, parfois avec des traces d'un dessin à la plume d'argent comme pour le dessin. Hoefnagel également ajouté huit lames à qui toute sa main.

(Un autre Livre de modèle de même taille, le Mira calligraphiae, avait été  composé par Bocskay de 1561 à 1562 et décoré par Hoefnagel entre 1591 et 1596.)

Sur ce folio 20 se trouve le texte suivant :

Interrogavit Jesum unus ex Phariseis legis Doctor tentans eum. Magister quod est mandatum magnum in lege ? Magistrum vocat euius non vult esse discipulus Simplicissimus interrogator : et malignissimus insidiator : de magno mandato interrogat qui nec minimum observat. Ille enim debet et cet.

  Une recherche sur le net reconnaît partiellement le verset 22:35-36 de l'évangile selon Matthieu, mais la version de la Vulgate donne : et interrogavit eum unus ex eis legis doctor temptans eum 36 magister quod est mandatum magnum in lege La lecture Jesum unus ex Phariseis ne se trouve pas couramment et indique une source particulière.

La suite du texte est reconnue comme une citation de l'Homélie 42 de Jean Chrysostome . Jan Hus, théologien de Prague partisan de la Réforme, fait appel à cette citation dans l'un de ses sermons. Mais la version copiée par Bocksay ne permet pas d'étayer cette piste séduisante.

Pour trouver le texte exact, il faut ouvrir un Breviarum Romanum particulier : le Bréviaire du cardinal Quignon. La citation existe peut-être dans la première recension, mais le texte disponible en ligne, et qui la cite, est "The Second Recension of the Quignon's Breviary " édité par J.W. Legg en 1908 à Londres. Pour le 17ème Dimanche après la Pentecôte, le Bréviaire fait appel à l'Homélie selon saint Jean Chrysostome, Homelia Sancti Ioannis oris auri, et cite le texte que Bocksay a recopié (hormis Magistrum /Migistrum). L'édition que suit J.W. Legg est celle de Antoine Goin parue à Anvers en 1537, alors que cette seconde recension est parue en 1536. Mais la lecture Magistrum et non Migistrum indique que Bocksay a suivi une édition de 1538 (ou ult.), comme l'indique la note 7 de la page 221.

Jusqu'au  concile de Trente chaque diocèse avait ou pouvait avoir son propre Bréviaire. Dans un soucie de réforme et à la demande du pape Clément , l'espagnol franciscain Francisco Quiñones [ou Quignonez,  ou Quignon.], cardinal de Santa Croce in Gerusalemme a proposé une première recension du Bréviaire en 1535, suivi de la seconde en 1536 : approuvé par Clément VII et Paul III, et   principalement destiné à un usage privé, il a commencé à être utilisé dans de nombreuses maisons religieuses et plus de 100 éditions ont été imprimés entre 1536 et 1566 avant d'être aboli en 1568 par une Bulle de Pie V  et remplacé par le Breviarium Pianum. Néanmoins, il servit de forme le modèle pour la réforme encore plus approfondie faite en 1549 par l' Eglise d'Angleterre.

Dans ce Bréviaire,Quignon avait retranché le petit office de la Ste Vierge, les versets, répons et autres pièces de chant tardivement introduites, ainsi que les détails fabuleux ou hasardés des Vies de saints : ce bréviaire fut longtemps récité par les ecclésiastiques de France comme un véritable Bréviaire romain, malgré la critique qui en fut faite, en 1535, par la Faculté de théologie de Paris. Je note aussi dans mes lectures que Quiñones a toujours occupé une place de choix dans le Sacré Collège et a suivi de près le mouvement de la Réforme en Allemagne . Lorsque le pape Paul III a envisagé la réunion d'un Concile à Mantoue , il a envoyé (1536) le cardinal de la Sainte-Croix à l'empereur Ferdinand Ier , roi des Romains et de la Hongrie, pour promouvoir cette cause. 
On en déduit que Bocksay a suivi, en 1571-73, le Bréviaire Quignon dans une édition de 1538 ou postérieure, mais"interdit" depuis 1568.
Plus intéressant peut-être est le sens de ce texte : en effet, il montre le Christ confronté à l'hostilité des Pharisiens qui cherche à l'entraîner à la faute afin de le condamner. Les versets évangéliques sont ceux dits "du plus grand commandement" : "35 L'un d'entre eux, un enseignant de la Loi, voulut lui tendre un piège. Il lui demanda: 36 ---Maître, quel est, dans la Loi, le commandement le plus grand?"


On voit ainsi que Hoefnagel illustre le texte calligraphié en reprenant la gravure du Hibou de Dürer dans le sens d'une figure christique confronté à l'hostilité des Pharisiens. Mais, en se représentant lui-même en  Hibou Hermathena, il rend la lecture de l'image polysémique et énigmatique à la fois. On commence à bien s'amuser. Mais continuons la promenade.

 

 

 

 

 

 

 

Livre de Modèle, Vienne, folio 20, image copiée dans Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg 1969

Livre de Modèle, Vienne, folio 20, image copiée dans Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg 1969

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4. Grotesque inventaire n°1519.

 

 Le Département d'art graphique de l'Albertina de Vienne conserve une série de dix aquarelles sur papier brun préparé avec rehauts d'or de 17 x 13 cm environ (T. DaCosta Kaufmann 1985).

Cette peinture dépourvue d'inscription nous occupera moins, mais on y remarque non seulement le Hibou, mais aussi, malgré l'absence de  caducée, deux serpents affrontés enroulés autour de lances de tournois.

 

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Hoefnagel, Grotesque, s.d. Albertina Vienne. Image copiée de l'Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg.

Hoefnagel, Grotesque, s.d. Albertina Vienne. Image copiée de l'Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg.

5. Allégorie de l'amitié envers Abraham Ortelius (1593).

 Je consacre un article à cette Allégorie, qui date de 1593, mais elle reprend les motifs que nous venons d'étudier : Le Hibou ; le "caducée" autour d'un pinceau ; les branches d'olivier ; l'inscription Hermathena (dans le petit cartouche bleu central du bord inférieur) ; la formule G. Hoefnaglius D. genio duce ; les compas. Tout ce matériel est rassemblé pour ce qui s'avère, une nouvelle fois, être un autoportrait de l'artiste alors que son ami le cartographe Ortelius est présent par son livre (Theatrum orbis terrarum) et par le globe terrestre.  

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https://rkd.nl/nl/explore/images/121325

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Un Hibou harcelé  en 1570 : Hans Mielich.

 

Il peut être intéressant de remarquer que Hans Mielich, le peintre enlumineur auquel Hoefnagel a succédé à la cour de Bavière, avait fait figurer un Hibou harcelé par les oiseaux en vignette d'une des partitions des Sept Psaumes pénitentiels de Roland de Lassus du manuscrit Mus. Ms. A.II, page 170 ; il est évident que le duc avait montré à Hoefnagel ce manuscrit, trésor de sa bibliothèque personnelle. Cette figure n'illustre pas l'un des psaumes pénitentiels, mais un psaume de louange, le psaume 148, qui conclue le recueil. Précisément, il illustre le verset 10 :

Ps 148 7-14 laudate Dominum de terra dracones et omnes abyssi  ignis grando nix glacies spiritus procellarum quae faciunt verbum eius montes et omnes colles ligna fructifera et omnes cedri  bestiae et universa pecora serpentes et volucres pinnatae  reges terrae et omnes populi principes et omnes iudices terrae  iuvenes et virgines senes cum iunioribus laudent nomen Domini  quia exaltatum est nomen eius solius confessio eius super caelum et terram et exaltabit cornu populi sui hymnus omnibus sanctis eius filiis Israhel populo adpropinquanti sibi

 

7-14 "Louez l'Éternel du bas de la terre, Monstres marins, et vous tous, abîmes,  Feu et grêle, neige et brouillards, Vents impétueux, qui exécutez ses ordres, Montagnes et toutes les collines, Arbres fruitiers et tous les cèdres, Animaux et tout le bétail, Reptiles et oiseaux ailés, Rois de la terre et tous les peuples, Princes et tous les juges de la terre, Jeunes hommes et jeunes filles, Vieillards et enfants! Qu'ils louent le nom de l'Éternel! Car son nom seul est élevé; Sa majesté est au-dessus de la terre et des cieux." (L. Segond)

 

Ce hibou est donc ici placé dans un contexte très général voir anodin, sans aucune allusion avec le harcélement et la souffrance, mais, néanmoins, sa présence dans une œuvre picturale proche de la pratique de Hoefnagel est significative.

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Hans Mielich, Mus. Ms. A.II page 170 Laudate Dominum, droits réservés Bibl. Nat. Bavière.

Hans Mielich, Mus. Ms. A.II page 170 Laudate Dominum, droits réservés Bibl. Nat. Bavière.

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DISCUSSION.

Les cinq œuvres de Joris Hoefnagel comportant un Hibou et un caducée (ou équivalent) multiplient par leurs inscriptions, par leurs significations allégoriques, et par leurs références iconographiques, les possibilités d'interprétations, et les angles d'approches. Je dégagerai trois lignes de réflexion.

a) Hoefnagel, artiste jovial.

 . . La première réaction (et donc la bonne) face à ce hibou tenant son pinceau-caducée est l'amusement. Le détournement des sentencieux emblèmes et des attributs divins d'Hermès et d'Athéna en autoportrait d'un artiste-peintre relève autant de l'auto-dérision que du regard ironique porté sur la moraline des Emblemata. Le clou à tête large, doté des ailes d'Hermès comme un petit tutu et adopté en signature parlante du nom Hoef-Nagel relève aussi de l'esprit potache. La mise en scène de son propre enterrement en bordure du texte pieux de la Messe des défunts et de son Requiem  suppose une audace libertaire lorsque le Missel appartient à un Archiduc. De même, la formule genio duce retrouvé à deux reprises ici relève sans-doute de l'humour et se traduit par "sous la conduite de mon petit Génie". L'Amicitiae monumentum pour Ortelius associe son ami cartographe à ces jeux où se mêlent le rébus, l'énigme et l'allusion fine, mais autour du Hibou caducéophore, deux papillons prosternés ont remplacé les oiseaux hostiles et jaloux de Dürer.

  A cet humour des motifs répond la légèreté pétillante des formes, qui, inspirée par les Grotesques de la Maison Dorée, de Pompéi ou de ses collègues comme Clovio, dansent comme les pampres d'une vigne, tracent de larges sinuosités, multiplient les spirales d'un colimaçon  sans crainte du ridicule. L'artiste fait la fête, installe des guirlandes, des sabliers aux allures de lampions, accroche des pendeloques ou des perlouzes, de gros glands de passementerie. Comme quelqu'un l'a dit à propos de la musette, c'est "du champagne en intraveineuse", c'est viennois, c'est virtuose et rapide comme un violon tzigane, ou ample et délié comme la plume d'un calligraphe arabe. Hoefnagel a du engendrer Offenbach. Hoefnagel a du souffler à Niki de Saint Phalle les vers qu'on lui prête : "J’aime le rond. J’aime le rond, les courbes, l’ondulation, le monde est rond, le monde est un sein." 

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b) Hoefnagel et la Patience stoïque face à l'adversité. 

L'une des premières œuvres d'Hoefnagel, faite à 27 ans, est un livre d'emblèmes de 24 dessins à la sanguine intitulées Traité de la Patience, Par Emblêmes Inventées et desinées par George Hoefnagel à Londres, L’an 1569. Il est conservé à la Bibliothèque Municipale de Rouen. Sur la page de titre est inscrit, en guise de devise, la formule NE SVTOR VLTRA CREPIDAM 1569. Selon Wikipédia, "D'après l'écrivain romain Pline l'Ancien (Histoire naturelle, 35-36), Apelle aurait dit : Sutor, ne supra crepidam (« Cordonnier, pas plus haut que la chaussure  ») ou Ne sutor ultra crepidam (« que le cordonnier ne juge pas au-delà de la chaussure ») à un cordonnier qui, après avoir critiqué dans un de ses tableaux une sandale, voulut juger du reste. Ce proverbe est à l'adresse de ceux qui veulent parler en connaisseurs de choses qui ne relèvent pas de leur compétence." On sait que le tableau (non conservé) le plus connu du peintre grec Apelle porte le titre de La Calomnie, et que Botticelli a peint La Calomnie d'Apelle en 1495 et Dürer en fit un dessin en 1521. 

En 1569, Hoefnagel était en Angleterre afin de s'éloigner d'Anvers, dont la situation politique et religieuse dans le cadre de la révolte contre la domination espagnole connaissait un regain de violence, notamment après la campagne iconoclaste des Protestants radicaux. Le jeune Hoefnagel, que ses parents destinaient au commerce, avait rejoint la communauté d'émigrés néerlandais, formée de marchands, d'artistes et de savants ; parmi ceux-ci, le négociant Johannes Radermacher, dont les sympathies avec la réforme étaient connues. Hoefnagel écrivit dans son Livre de l'Amitié un sonnet dont j'extrais ces deux vers : " Considérant le cours actuel de ces temps étonnants, la persévérance et la patience sont nécessaires de tous les côtés. Etant moi-même dans la même misère, j' ai pris cela aussi pour moi." Le titre du volume, Patientia, la devise d'Apelle, l'allusion indirecte à la Calomnie, et ces deux vers incitant à la Patience et la persévérance témoigne du fait que, dès sa jeunesse, face à une adversité qui le conduisit à l'exil, Hoefnagel adopta la philosophie néostoïcienne qui caractérisait les éléments modérés des éxilés néerlandais et prit le parti de subir les revers du sort patiemment, sans  désespérer des valeurs humanistes.

C'est dire que la figure du Christ confronté aux questions pièges des Pharisiens et, néanmoins, tendant la main au Docteur de la loi pour énoncer le plus grand Commandement, celui de l'Amour, et lui disant Fais ceci et tu vivras (Hoc fac et vives) pouvait le concerner. Ou qu'il pouvait s'émouvoir devant le Christ de douleur de Dürer, et devant le Hibou persécuté par les oiseaux, qui en était l'Allégorie. C'est dire aussi qu'il pouvait adhérer à l'espoir que la Sagesse, unie à l'Eloquence artistique, soit un instrument de pacification des esprits embrasés par les Guerres de Religion. C'est dire enfin que le vaste réseau de citations antiques ou de poètes latins chrétiens, d'emblèmes, de devises, d'épigrammes, que l'examen des cinq peintures au Hibou laisse deviner, derrière l'expression artistique claire et joyeuse d'Hoefnagel, une sagesse grave, armée de prudence, éprise de tolérance, et soucieuse de brassage des styles et des idées pour lutter contre le sectarisme de tout poil. Un état d'esprit qui l'amena à quitter la cour du duc de bavière Guillaume V et à se reconnaître dans "l'École de Prague" des artistes rudolfiniens de la trempe d'un Arcimboldo.

 

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Joris Hoefnagel, page de titre de Patientia (1569), encre et aquarelle sur papier, copyright B.M. Rouen  , image scannée in Marissa Bass.

Joris Hoefnagel, page de titre de Patientia (1569), encre et aquarelle sur papier, copyright B.M. Rouen , image scannée in Marissa Bass.

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c) Hoefnagel, amateur de poésie néolatine : humaniste ou religieux ?

Notre gai-luron se pique de poésie latine et place les vers de ses auteurs préférés comme une maîtresse de maison place des assiettes de petits fours dans son salon. On y déguste sur un cartouche Ovide, ou Venance Fortunat, ou Palingène, ou Fabricius qui pourtant ne lui ressemble guère. Ce dernier s'était donné comme règle d'expurger sa poésie sacrée de tout élément antique pré-chrétien. C'est bien le contraire pour Hoefnagel, qui, loin d'avoir ces scrupules, mêle en bon humaniste les deux cultures. Mais cette apparence est en partie trompeuse car J. Jacoby (2010) a montré que Hoefnagel a trouvé les citations de Fortunat dans un recueil de Fabricius. Je vais tenter de résumer son travail de détective :

d) Georg Fabricius, source scripturaire de Hoefnagel.

Georg Fabricius (ou Goldschmidt ; 1516-1571) était un poète, historien, et épigraphiste allemand protestant, surtout connu actuellement par son édition d'Horace (1555, 1571), ou par celle de  Terence (1548) et de Virgile (1551), ou encore pour son étude des inscriptions antiques romaines en 1549.  G. Fabricius fit ses études à Leipzig, il devint précepteur des frères Werthern et accompagna le plus âgé d'entre eux, Wolfgang, en Italie à partir de 1539 : ils séjournèrent d'abord à Padoue, puis à Ferrare, Bologne, Florence, Rome et Naples avant de revenir en Allemagne en 1543. Il publia en 1547 les différentes étapes de son voyage en Italie sous forme de lettres en vers, lettres datées de 1543-1544. Il publie aussi le résultat de son étude des antiquités de Rome en 1549, notamment une sélection d'inscriptions qui ont trait aux textes de loi ce qui constitue un moment important de l'histoire de l'épigraphie, mais aussi de la philologie juridique. Il devient en 1546 recteur du collège de St Afra à Meissen (Saxe), fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1571. Protestant, Fabricius connut Sturm et Melanchton. Sa confession protestante lui valut de voir son édition d'Horace mise à l'index à Rome en 1557, puis l'ensemble de son œuvre en 1559. Ses deux livres d'Hymnes parus en 1553, et réédités en 1560 et 1567 sous le titre Poematum sacrorum libri XV ou libri XXV, et son anthologie de la poésie latine chrétienne, Poëtarum veterum ecclesiasticorum opera Christiana , achevée à Bâle en 1562, ne sont plus cités que dans ses biographies. Il était né à Chemnitz en Saxe, d'où la mention chemniensis qui accompagne son nom. Selon son biographe, "il blâmait furieusement les poètes chrétiens qui avaient recours aux divinités du Parnasse" (Grand Dictionnaire Historique, 1740), et on imagine ce qu'il devait penser de l'Hermathena.

Dans son anthologie des poètes latins chrétiens, Fabricius propose 29 auteurs dont il donne la liste page 2, et dont il précise les dates pour 21 d'entre eux. Il s'agit d' Alcimus, Ambroisus, Amoenus, Arator, Columbanus, Cyprianus, Damasus, Dracontius, Drepanius, Venantius Fortunatus, Hilarius, Hymnographorum, Juvencius, Lactancius, Mamertus [erreur , Merobaudis, Paulinus consularis, Paulinus episcopi, Nolanus,  Prosperus, Prudentius, Rusticus, Sedulius, Tertullianus, Victorinus Afrus, Victorinus Pictaviensis, Victoris Massiliensis,

Fortunat y est désigné comme Venantii Honorii clementiani Fortunat, episcopi Pictaviensis, "Venance Honoré Clément Fortunat, évêque de Poitiers," avec la date de 570. Les poèmes qui lui sont attribués sont De partu virginisDe Christi Iesu beneficiiaDe vita hominum, et De certaminibus et miraculis piorum.

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Or, J.Jacoby a montré que, dans deux gravures de Sadeler dont le corpus des inscriptions a été conçu par Hoefnagel, celle de l'Adoration des Mages d'après Hans von Aachen et celle du Repos lors de la Fuite en Egypte d'après Bartholomaeus Sprangler (toutes les deux au Musée des Arts de Veste Coburg), les auteurs des inscriptions sont signalés : respectivement Aurelius Prudentius et Damasus. Commment Hoefnagel a-t-il eu accès à ces auteurs ? Par leurs manuscrits ? C'est peu probable. Les vers de Damasus choisi par Hoefnagel (In rebus tantis trina) ne figuraient, selon Maximilien Ihm qui a donné l'édition de Damasus en 1895,  que sur un seul manuscrit aujourd'hui perdu. Mais, selon Ihm,  l'édition princeps des poèmes de cet auteur a été donnée par Fabricius, dans son Poetarum veterum ecclesiasticorum de 1564 page 771-774. Effectivement, nous trouvons le poème De nomine Iesu page 774 : c'est un acrostiche et un téléstiche sur les lettres IESUS. En fait, Fabricius avait copié ce poème sur une copie de manuscrit que son imprimeur, Jean Oporin de Bâle, lui avait fourni. Ayant ainsi démontré que Hoefnagel avait pu avoir accès facilement à ce poème de Damasus, il restait à vérifier que celui de Aurelius Prudentius (O Nomen, praedulce mihi)  s'y trouvait également : c'était bien-sûr le cas, page (ou colonne) 173 sous le titre Apotheosis ; contra iudaeos, Christi in carnem adventum non concedentes.

Nota bene : le poème De nomine Iesu est attribué par M. Ihm au Pseudo-Damasus : Voir Carmina pseudodamasiana.

J. Jacoby a ensuite montré que les inscriptions de 12 gravures de Sadeler intitulées Salus Generis Humanis et dont les bordures ont été conçues par Hoefnagel, proviennent de citations des poèmes écrits soit par Fabricius en 1560 et 1567, soit par les auteurs que ce dernier a publié dans ses Poetarum veterum de 1564 : Prudentius, Tertullianus (Pseudo-Tertullien), Paulinus Nolanus (Paul de Nole)

J. Jacoby a retrouvé d'autres utilisations antérieures des publications de Fabricius par Hoefnagel, et en signale quelques exemples :

  •  La gravure Adoration des Bergers par Hans von Aachen (1558), citation Discite pauperiem...peregrina locum =  Fabricius 1560,p. 351.

  • Missale Romanum I, folio 310v, Crucifixion, citation Aspice caelorum dominum ...ad astram viam = Fabricius 1560 p. 537

  • Missale Romanum II, folio 318v : Evasit heros...benigno munere = Fabricius,1567,p.228 et De nostra victor...cecidit de Paulus de Nola, Fabricius 1564 col.821 

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Autre exemple d'Hermathena, indirectement lié à Hofnagel : le Frontispice du Civitatis Orbis Terrarum

 

Le Civitatis Orbis Terrarum de Franz Hogenberg et Georg Braun contient une majorité de cartes et vues de villes qui ont été dressées par Hoefnagel ; participa-t-il à la conception des Frontispices ? la page de titre du volume I montrait Pallas Athena et sa chouette (un hibou) avec la mention ARCIUM INVENTRIX, "Fondatrice des Citadelles". Le frontispice du volume III montre sept personnages, Pax, Concordia, Opulencia, Iustitia, Securitas, Communitas et Obedientia. Pax emprunte ses attributs à Hermathena puisqu'elle est coiffée du hibou, et qu'elle tient le caducée ailé.

 

Civitatis Orbis Terrarum, vol. III, 1582,  http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002/image?sid=11160ced1a2fe7eae6831f77debfbf18

Civitatis Orbis Terrarum, vol. III, 1582, http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002/image?sid=11160ced1a2fe7eae6831f77debfbf18

 

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ANNEXE :

 

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Selon Bradley, en 1578*, Hoefnagel rendit visite à Rome à l'enlumineur Giulio Clovio  (1478-1578), membre de la Maison du cardinal Alexandre Farnèse depuis 1530 et alors âgé de 80 ans. Il fut si séduit par le "Michel-Ange de l'enluminure" qu'il décida d'adopter son style. *Mais Clovio est décédé en janvier 1578.

Traduction libre du passage que Bradley consacre en 1891 au Missale Romanum :

https://archive.org/stream/cu31924008727020#page/n155/mode/2up

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"Il est, cependant, un contemporain de Giulio Clovio dont on peut dire qu'il a possédé toute la patience et la minutie ou  l'élaboration soignée du détail nécessaires pour faire de l'ombre à Clovio lui-même. Mais malheureusement, l'artiste en question est trop savant, trop plein de vanités pédantes d'être un peintre qui le dépasse. Il s'agit d'Hoefnagel. À la fois son nom et son  travail principal ont déjà été mentionnés plus tôt dans ce chapitre, et peut-être suffisamment  pour montrer son caractère en tant qu'artiste. L'histoire de sa vie est pleine d'intérêt et montre qu'il a été un homme tout à fait digne de l'amitié de ceux qui l'employait, qu'ils soient archiducs ou empereurs.

 " Son Missel, aussi, vaut un examen attentif et admiratif. Il s'agit d'un volume de taille extraordinaire. Son échelle peut être imaginée par le fait que le texte est copié pour une grande part de celui publié par Christophe Plantin à Anvers en 1570. Cette adoption du texte de Plantin était sans aucun doute un compliment à la fois à l'artiste et à l'imprimeur; car jusqu'à 1568 seul l'imprimeur du pape, Paolo Aldo Manuce, de Rome, avait le droit exclusif de publier le bréviaire et le missel autorisés par le Concile de Trente. Cette année là, Plantin avait passé un contrat avec lui par laquelle il s'engageait à lui céder le dixième des exemplaires de tous les bréviaires, etc., qu'il imprimait  afin de profiter aux Pays-Bas du privilège dont jouissent les Manuzio en Italie. Mais en 1570, Philippe II chargea Plantin de l'impression des livres liturgiques pour l'Espagne, et donc le libéra de l'obligation de verser la taxe  due à Manuzio. Philippe II avait déjà dépensé 21 200 florins pour les énormes dépenses de la grande Bible Polyglotte édité par Arias Montanus, et sur lequel ce savant travaillait de 1568 à 1572. Et ainsi  la commande pour ce Missel de 1570 jeta les bases de la prospérité future de la famille  Plantin-Moretus. Après 1572, des missels, des bréviaires, des calendriers, des psautiers, des Antiphonaires et des Offices de la Vierge, sous toutes leurs formes, sortirent par centaines de la célèbre imprimerie d'Anvers. Le texte de ce manuscrit de Vienne est par comparaison relativement pauvre. Il est composé de caractères latins gras, qui n'ont jamais moins d'un quart de pouce de hauteur, et chaque page est plus ou moins richement embellie avec des dessins de figures humaines, des animaux, des scènes de l'Écriture, et de volutes déroulées en ornementations complexes, le tout complété par la plus  microscopique précision.

   " Le lourd volume mesure 16 pouces par 11 [40 cm x 28 cm] , et est épais d'au moins 7 pouces [18 cm]. Le premier mot du titre est écrit en grosses lettres rouges rehaussées dor; la ligne suivante, un peu plus petite, est bleue. Vienne ensuite trois lignes en minuscules romaines d'environ un quart de pouce [0,6 cm] de couleur d'or et rouge. Les couleurs alternent à la fin, le dernier mot étant en capitales rouges. Il est écrit ceci: "Missale Romanum ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini resti tutum Pii V. Pont. Max. Iussu editimi. Cum privilegio Oenoponti " . Les ornements se composent de volutes d'un genre mixte, avec quelques suggestions d'ordre architectural. Dans un cadre d'or en haut sont les mots "Patris Potentia." Le début de la Préface est entouré par des bordures très fantaisistes mais peu artistiques, exécutées un peu à la manière d'un amateur. L'ensemble de la conception, en effet, est dépourvue de toute idée d'unité.

 " Le motif est principalement pompéien, librement mêlé de Vanités modernes et tout son attirail, comme des filets de pêche et des lignes auxquelles des  poissons sont suspendus, poissons peints évidemment d'après le vivant; des agneaux gambadent sur de périlleuses corniches pompéiennes, et des bourses d'argent, ou des besaces de chasses, ornent les trophées merveilleuses dont les bordures sont composées. En haut est la tiare papale  dans une couronne de laurier, très finement dessinée et soigneusement finie. La tiare est admirablement exécutée, mais la coloration de la conception est, dans l'ensemble, timide et insatisfaisante. Des clefs et autres insignes traînent au milieu de feuilles de vigne, de branches de palmiers, des flûtes de Pan  et autres emblèmes de la Rome papale et païenne, avec un sublime mépris de toute congruence et avec un sens très libéral de la fonction de l'ornement symbolique. En avançant dans le liivre page après page, nous voyons que Hoefnagel améliore considérablement, tant en goût et habileté, mais nous sommes obligés de dire que son sens du dessin ornemental ou sa puissance en tant que coloriste n' atteint jamais ceux de Clovio.

   "Les décors sont souvent très jolis et de finition extrêmement délicate, mais ils sont si complètement incongrus que toute sympathie est souvent rendue impossible. Dans l'ensemble, peut-être, les ornements peuvent être décrits au mieux sur la base du style Pompéien, mais composés de toutes sortes d'objets appartenant à la vie moderne, des tasses, plats de service, livres, lampes, encensoirs, instruments de musique, bannières, de fumée ou de l'encens, des armes, des branches de laurier, des bijoux, des bouquets de légumes et plats de viandes, ou des groupes d'oiseaux et du gibier, des fusils, des pièges, bref tous les instruments ou objets concevables que la vie dans un château alpin au XVIe siècle pourraient présenter à l'acceptation infatigable et sans esprit critique de l'artiste complaisant. Le  goût enfantin d'Hoefnagel  pour peindre des objets familiers est pleinement encouragé. Ainsi le travail se développe et s'améliore à chaque étape. Les fruits sont délicieusement finis, et chaque objet délicat est finement et parfaitement exécuté. Les Ovales sont faits précisément dans la ligne et le contour, et sont lisses et soigné dans chaque touche. Les Lettrines et les encres sont bonnes, claires et magistrales. Avec les Rubriques apparaissent  des groupes d'insectes et d'animaux, qui sont de vrais études d'histoire naturelle. Avec  le calendrier, on trouve des pendentifs et des festons de diverses légumes de saison, mélangés avec des outils culinaires. Dans un endroit est une volaille prête à être rôtie, et un tas d'oignons  vraiment beaux attachés avec un nœud de soie violette. Le rose et le vert des oignons, pâle et tendre, sont suivis par la coloration plus brillante d'un bijou étincelant. Puis vient un douillet chat domestique  nous présentant son dos, mais en regardant au dessus de son épaule; puis des jouets , et, d'une exécution étonnamment polie, un gril en acier brillant avec sa  poignée dorée. La  bordure suivante a un plateau de backgammon, un collier de perles, un violon, et un singe dansant dans le costume de Polichinelle.

 "La qualité maîtresse de Hoefnagel est la propreté (neatness), mais son plus grand don est dans le symbolisme. De temps en temps ses connaissances classiques apparaissent dans les couplets latins ou dans la tournure d'une allégorie. Parmi d'autres objets décorant le calendrier de Mars se trouve un paon splendide, détaillé avec une adresse merveilleuse. En effet, dans ce travail  Hoefnagel forme un contraste parfait avec Mielich  - ce dernier étant aussi rapide et sommaire que le premier est scrupuleux et minutieux. Il est vrai que sa qualité primaire est l'aspect soigné. Mais au fur à mesure de l'avancement des travaux, la palette des couleurs devient plus douce et plus riche. Autour du titre du Proprium de Tempore sont peints de gros insectes et divers fruits. La première miniature orne le Dimanche de l'Avent, dans un ovale dans un cadre allongé noir.  Ici, les draperies sont faibles, mais la coloration assez bonne et les conseils acquis lors de la visite chez Clovio, sont sensiblement mis en pratique dans l'usage du pointillé pour le rendu des profondeurs et des  ombres.

"Le fol. 213 est celui du "Lion de la tribu de Juda," où deux figures - un homme et une femme - sont très doucement peints. Sur le  Fol. 329 se présente une des plus belles pages du volume. l'artiste a formé un pendentif formé d'une croix et camées pierreries, gris violet dans des cadres noirs et or. De chaque côté est un paon, dont l'un debout sur un château, des fenêtres duquel sort de la fumée. Une bannière qui flotte au-dessus porte le mot «vanitas». L'autre, où est une belle femme avec un carquois contenant des fruits, porte l'inscription «vanitas». Elle émerge à mi-taille, d'une coquille peinte pour représenter le monde. Les ailes de paon sont curieusement ocellées à l'extrémité. Toutes sortes de symboles de la vanité, - des masques, des bijoux, des colliers, des bulles, perles, - se déversent hors des deux mondes.

"Le Folio 538 v est occupé par une grande miniature de la Crucifixion, en dessous de laquelle est cette inscription:.. "Aspice coelorum Dominum et crucis aspice formam Et die jam meus est hic homo et ille deus. Crimina persolvit patiens mea fecit et alta. Verus homo atque Deus, rursus ad astra viam " Des textes de l'Écriture sur des tables ovales avec motifs noirs et des cadres dorés, sont placés de chaque côté de la miniature, comme «Foderunt manus meas, et pedes meos " (Ps. XXI.). Au dessus de l'image un cartouche bleu porte les mots "Sic Deus dilexit mundum." L'image elle-même semble avoir été inspirée par Clovio. Elle n' est pas seulement conçue dans son style, mais est exécutée dans sa manière. Dans son expression, elle lui est même supérieure. Un ange recueille le sang du flanc du Sauveur dans une coupe d'or ;  un autre prie. Un ange flottant dans l'air, de chaque côté, réconforte la victime. Saint Jean soutient la Vierge en pâmoison, tandis que Marie-Madeleine derrière, avec la main droite sur sa poitrine, enserre la croix avec la gauche. Des draperies sont finement pointillées, et, ici,  le drapé est satisfaisant.

  " Pour la «Missa contre paganos," fol. 136 v., se trouvent à gauche une fine statuette de marbre d'Apollon avec sa lyre , et à droite une autre de Diane avec son arc,  parfaite, impeccable et gracieuse. Dans l'élaboration intellectuelle (in the mental gifts)  Hoefnagel est supérieur à Clovio; dans l'utilisation de bon goût de l'architecture, il lui est inférieur, et inférieur à Mielich dans la conception, mais comme je l'ai dit, il le dépasse dans l'exécution minutieuse. Parfois, un grotesque, ou la sensualité de la conception fait objet d'une réaction de répulsion, comme dans le symbole de Sainte-Agathe, où l'exécution soignée et le réalisme horrible de les seins et le couteau trahissent le Néerlandais. Donc, dans la sainte Agnès - la pureté raffinée de la  jeune fille à la sainteté idéale est injuriée aux yeux du spectateur par le réalisme brute et délibéré  de la représentation.

  "Le fol. 27 de la quatrième partie représente un agneau immolé. Au pied, en assez petites lettres capitales ornementales : "Georgius Hoefnaglius Antwerpien. Libri huius exomat principio sine principio Hieroglyphicus, favet opus inceptii. Inventor et facteur. Ann. XXCII fine sine fine . Genio magistro iuvant. Felic. De absolvit. Ann. XC." Comme la plupart des inscriptions de Hoefnagel, il contient une certaine quantité de énigme. Sur le front de la dalle est un couplet, apparemment de sa propre composition: "Ex nostris aliquid spirat vocale sepulchris, Praestita perpetuo quod benefacta canat."

"La date de 1590 se trouve un  plus loin dans le volume, montrant que le travail, qui est progressivement daté à plusieurs autres endroits, a vraiment occupé les huit années de 1582 à 1590. Il constitue maintenant l'un des nombreux trésors précieux de la Bibliothèque impériale à Vienne. Alors qu'il l'achevait, outre le salaire annuel de huit cents florins, l'archiduc lui donna deux mille écus d'or, et lui a remis une chaîne d'or qui en vaut une centaine d'autres. Jamais sans-doute Clovio n'a reçu ces marques essentielles de satisfaction de quelque Farnèse que ce soit.

 

   "Hoefnagel a ensuite été employé par l'Empereur Rodolphe II, qui, comme lui, était un passionné d'histoire naturelle, et peu d' occupations pourraient être imaginées plus satisfaisantes que celle là pour un artiste chez qui l'observation quasi technique du réel était devenue une seconde nature. a mission était de rassembler systématiquement un ensemble de dessins de toutes sortes d'animaux, d' oiseaux, d'insectes, etc, dans chaque catégorie d'histoire naturelle. Cela a été accompli en quatre gros volumes, qui sont maintenant conservés dans la bibliothèque publique au Prague. La rémunération très libérale reçue par Hoefnagel pour ce travail lui a permis d'acheter une propriété dans ou près de Vienne, dans laquelle il prit sa retraite, et où il apparaît avoir passé le reste de sa vie à se consacrer à l'étude de la poésie latine. Il est mort en 1600. Comme rival de Clovio on ne peut guère lui attribuer plus qu'une position momentanée. Il est trop fantaisiste, trop plein de vanités allégoriques, trop soucieux de la signification spirituelle de ses créations. Sa connaissance imparfaite de l'architecture classique est gâchée par des importations dans le pire mauvais goût de la Renaissance. Ses volutes sont souvent moins supportables que les structures impossibles de grotesque pompéien, et les dessins de troisième ordre de modélisateurs du Cinquecento. Mais, autant que cela puisse être possible, tout est racheté par le trait patient, fidèle, et parfait du crayon, et par la délicatesse tendre et la pureté scrupuleuse de sa coloris. Il ne est pas toujours doux, mais il ne est jamais négligé. Hoefnagel peut très bien être considéré pour ses propres mérites sans avoir à le placer été en rivalité inutile et infructueuse avec tout autre miniaturiste."

 .

SOURCE ET LIENS.

-Site RKD : 

  • https://rkd.nl/nl/explore/images/121627
  • https://rkd.nl/nl/explore/images/121344
  • http://www.rdklabor.de/wiki/Eule

- article sur Mira calligraphiae http://www.strangescience.net/bockhoef.htm

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 file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/andratschke%20Vom%20Lukasbild%20zur%20PicturaAllegorie%202011.pdf

— BOLLORÉ Marie , 2011, Le néo-stoïcisme : lecture du De Constantia de Juste Lipse et du Traité de la constance et consolation ès calamitez publiques de Guillaume Du Vair. Master de Littérature française « de la Renaissance aux Lumières »

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—VIGNAU-WILBERG :  VIGNAU-SCHUURMAN (Thea) 1969 Die emblematische Elemente im Werke JorisHoefnagels (Leiden 1969) 

 WALTHER (Ludwig), 2001, Christliche Dichtung des 16. Jahrhunderts - die Poemata sacra des Georg Fabricius / .Göttingen: Vandenhoeck & Ruprecht 2001 . - 78 S. - (Nachrichten der Akademie der Wissenschaften in Göttingen. 1, Philologisch-Historische Klasse ; 2001,4)

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— French Emblems at Glasgow http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/french/emblem.php?id=FALc118

— Catalogue du Musée Plantin-Moretus (avec une biographie de Christophe Plantin); : https://archive.org/stream/cataloguedumuse00roosgoog#page/n5/mode/2up

— Geschichte der Christlich-lateinischen Poesie bis zur Mitte des 8. Jahrhunderts (1891)

https://archive.org/details/geschichtederch00manigoog

— Sur Damasus : http://www.treccani.it/enciclopedia/santo-damaso-i_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/

— CAMENA, Corpus de poètes néolatins, Université de Mannheim : 

http://www.uni-mannheim.de/mateo/camenahtdocs/start1.html

 

 

— Hollstein Dutch & Flemish, Vol. XXI/XXII, Nr. 18-30; 

—  New Hollstein German, Vol.. Hans von Aachen, Nr. 2-14 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
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commentaires

Abie 22/04/2015 17:33

Merci pour cet article passionnant ! Je tente de me renseigner sur l'icono de la chouette persécutée et je vous suis très reconnaissante de cet énorme travail de documentation.
Auriez-vous des objections à être cité ?

Jean-Yves Cordier 22/04/2015 17:56

merci ; pas d'objection à ce que ce blog soit cité, puisque sa vocation est le partage, mais pas d'objection non plus à bénéficier de vos recherches.

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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