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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 12:41

Joris Hoefnagel (Anvers, 1542-Vienne, 1601) et les papillons (I) : Mira calligraphiae monumenta (1591-1596).

Voir aussi :

 

.

Je poursuis ici une histoire des Noms de Papillons :

Onomastique des papillons de James Petiver. (1695-1703)

Histoire des noms français de papillon I : Etienne Louis Geoffroy (1762)

Histoire des noms français de papillon II ; Jacques Louis Engramelle. (1779)

Histoire des noms français de papillon III : J.B. Godart. (1821)

Noms des Papillons diurnes (rhopalocères) créés par Linné dans le Systema Naturae de 1758.

Les papillons décrits par Aldrovandi en 1602.

 

J'arrive ici, dans cette exploration quasi archéologique, aux couches les plus profondes, aux fondations, équivalentes, pour une Histoire du cinéma, au Cinéma muet, puisque les premiers Noms de papillons débutent avec Aldrovandi en 1602. Avec Joris Hoefnagel, nous n'aurons que les images. Ni noms ni commentaires.

Néanmoins, cet artiste mérite de figurer dans cette Histoire puisque Linné le cite en référence à deux reprises dans la description de ses Papiliones du Systema Naturae de 1758. C'est l'ancêtre, le Jessé de l'arbre généalogique des lépidopterologistes. Ils se sont tous référés à ces images.

  Une raison supplémentaire est qu'après avoir traversé, dans ce voyage temporel rétrograde, les méchantes illustrations d'Aldrovandi et de Thomas Moffet (1634) qui sont imprimées en gravure sur bois, je m' émerveille de la précision, de la fraîcheur et de la beauté des peintures sur manuscrit du dernier des enlumineurs flamands. Un voile se déchire, et alors que l'on pouvait douter que les femmes et hommes des siècles passés voyaient les mêmes papillons que nous et penser que, dépourvus d'outils sémantiques pour les nommer, ils étaient aussi dépourvus de l'attention scopique qui leur permettent d'observer ces êtres familiers, on voit surgir comme de nos Atlas les plus récents le Demi-Deuil, le Tircis, La Thécla du Bouleau, le Petit Nacré, l'Azuré de la Bugrane, le Moiré franconien, le Tristan,  le Sphinx de l'Euphorbe, la Noctuelle de l'Euphorbe, la Leucanie paillée, la Zérène du Groseiller, le Sphinx Demi-Paon, ou l'Écaille rouge...sans parler de leurs chenilles!

Soit, pour ce seul ouvrage, 61 lépidoptères répartis sur 129 Planches, dont 18 espèces clairement identifiables.

Swammerdam sous-estimait cet apport quand il écrivait :

"Aldrovande a décrit 118 espèces de papillons, tant nocturnes que diurnes. Moufet en donne 86 ; on n'en trouve que 50 dans les figures que nous avons d'Hoefnagel ; enfin Goedaert a représenté 77 papillons nocturnes et 8 diurnes. Mais ces auteurs n'ont parlé que de la simple métamorphise de ces insectes, sans entrer dans aucun détail, et même Hoefnagel n'en a donné que les figures".  Swammerdam, v. 1669, Histoire naturelle des Insectestome V de la collection académique de la Faculté de Dijon  traduite du Biblia naturae avec 36 planches et des notes de Savary et de Guénau de Montbeillard.  

 

I. Mira calligraphiae monumenta : présentation.

Artiste autodidacte Joris Hoefnagel fut une figure centrale dans l'histoire de l'art des Pays-Bas, à la fois comme le dernier important enlumineur flamand de manuscrit,  et comme l'un des premiers artistes à travailler dans le nouveau genre de la Nature morte. Véritable homme de la Renaissance, Hoefnagel écrivait de la poésie latine, maîtrisait plusieurs langues, a joué d'une variété d'instruments de musique, et a réalisé, outre ses dessins et enluminures, des dessins topographiques, des cartes, et des peintures à l'huile.

 

  Né de  riches parents marchands, Hoefnagel a voyagé en Angleterre , en France et en Espagne dans sa jeunesse, développant alors ses expériences en dessins topographiques, qui ont été ensuite utilisés comme modèles pour un atlas en six volumes. Il a mené ses études de 1560 à 1562 à l'université d'Orléans et à celle de Bourges, avant d'en être chassé par la première guerre de religion (Annexe I). Il séjourne en Espagne de 1563 à 1567. Lors d'un séjour à Londres en 1568-1569, il se lie d'amitié avec Johannes Radermacher, auquel il dédia un ensemble de 24 planches intitulé Patientia. À l'automne 1577, alors que les troupes espagnoles avaient envahi Anvers ("La Furie espagnole") en novembre 1576, provoquant l'exil de nombreux marchands et artistes, Hoefnagel a voyagé dans le sud avec le très célèbre cartographe Abraham Ortelius. Au cours de ce voyage, Albert V, duc de Bavière, a engagé Hoefnagel comme artiste de sa cour. C'est à cette époque que Hoefnagel réalise sa première œuvre majeure, un livre en plusieurs volumes de miniatures d'histoire naturelle.

 De 1561 à 1562, Georg Bocskay, le secrétaire de  l'empereur Ferdinand Ier avait créé à Vienne un livre manuscrit de modèles de calligraphies  pour démontrer sa maîtrise technique de l'immense gamme de styles d'écriture qui lui étaient connus.

 En 1591, Hoefnagel a été nommé artiste de cour à Prague par l'empereur romain germanique Rodolphe II, petit-fils de Ferdinand, un collectionneur connu non seulement pour son art mais pour sa Kunstkammer, ou Cabinet de curiosités qui contenait des os, des coquillages, fossiles et autres spécimens naturels. Pour Rodolphe II, Hoefnagel a de nouveau démontré sa facilité technique étonnante en ajoutant des peintures au manuscrit de calligraphie rédigé trente ans plus tôt par Georg Bocskay, et conservé maintenant dans la collection du musée J. Paul Getty. Hoefnagel y a  ajouté des fruits, des fleurs et des insectes à presque chaque page, les disposant de manière à renforcer l'unité et l'équilibre de la conception de la page. Ce fut l'une des collaborations les plus insolites entre scribe et peintre de l'histoire de l'enluminure.

Les images minutieuses de la nature par Hoefnagel  ont ensuite influencé le développement de la peinture des Natures mortes flamandes.

En plus de ses enluminures d'insectes, de fruits et de fleurs, Hoefnagel ajouté au Livre de Modèles une section sur la construction des lettres de l'alphabet en majuscules et en minuscules.

http://www.getty.edu/art/gettyguide/artObjectDetails?artobj=1756

  En 1992, un fac-simile de ce manuscrit a été publié, avec une présentation de Lee Hendrix et Thea Vignau-Willberg. http://d2aohiyo3d3idm.cloudfront.net/publications/virtuallibrary/089236212X.pdf

Les espèces botaniques et animales de chaque planche ont été identifiées par le Museum de Los Angeles et le Landbouwuniversiteit Wageningen, les papillons étant identifiés par K.W. Robert Zwart.

Il m'a suffi d'en dresser la liste en feuilletant les 129 planches : voici cette liste :

La mention X? = non identifiable.

Planche 6. Noctuidae ? : Chenille.

7. Sphingidae Hyles euphorbiae (L.) : Chenille.

   Satyridae Melanargia galathea ssp. galathea (L.): Imago.

11. Noctuidae Mithimna straminea (Treitschke) :Imago

     Lasiocampidae, : chenille

15. Geometridae Abraxas grossulariata (L.) : imago

16. Satyridae Pararge aegeria (L.): imago.

29. Noctuidae Acronicta euphorbiae (D.& S.) menyanthides (Esper) ou espéce proche : Chenille

32. Lycaenidae  Thecla betulae (L.) : imago.

34. Lasiocampidae. Lasiocampa quercus : chenille.

39. Chenille X?

40. Pieridae. Piéride imaginaire, éléments d'Aporia crataegi et... de Parnassius mnemosyne.

47. Nymphalidae. Issoria lathonia (L.) imago.

51. Chenille X?

55. Sphingidae Agrius (Herse) convolvuli (L.) chenille "ressemble à".

     Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) : chenille.

58. Lycanidae Polyommatus icarus (Rottemburg) : "basé sur". Imago.

     Satyridae Erebia medusa (D.& S.) : imago

61. Satyridae Aphantopus hyperantus (L.) (éléments discordants) : imago.

63 Chenilles X?

67. Chenilles X?.

68. Lasiocampidae Lasiocampa quercus ; Philudoria potatoria  : chenille.

74. chenille X?

81. Chenille X?

      Papillon imaginaire.

85. 2 papillons X?

92. Chenilles X?

94. Chenille X?

95. 2 chenilles X?

96. 3 papillons X?

98. Chenilles X?

99. Chenilles X?

     Pieris brassicae (?) : Chenille

100. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) : Chenille "dérivée de"

       Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) : chenille "ressemble à".

101. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) : Chenille "ressemble superficiellement".

       Sphingidae Smerinthus ocellata (L.) : imago

104.  Saturnidae Saturnia pavonia (L.) : chenille. "dérivé de "

112. Pieridae imaginaire.

115. Rhopalocera, 2 chrysalides (une ressemble à Pieris brassicae (L.))

116.  Arctiidae Callimorpha dominula (L.) : imago

       Papilio machaon, chenille imaginaire basée sur .. (ou sur S. pavonia)

118.  Imago imaginaire entre Cuivré et Satyrinae

122. Heterocera imaginaire.

123. Pieridae : Pieris spp : chrysalide, "ressemble à".

125. 2 imagos imaginaires.

128.  Pyrolidae Crambinae, 2 imagos.

 

Au total : 

Rhopalocères : 7 espèces identifiables .

— 7 imagos : 

  • 7. Satyridae Melanargia galathea ssp. galathea (L.) le Demi-Deuil.
  • 16. Satyridae Pararge aegeria (L.) le Tircis.
  • 32. Lycaenidae Thecla betulae (L.) La Thécla du Bouleau
  • 47. Nymphalidae. Issoria lathonia (L.) le Petit Nacré.
  • 58. Lycanidae Polyommatus icarus (Rottemburg) l'Azuré de la Bugrane
  • 58.  Satyridae Erebia medusa (D.& S.) le Moiré franconien.
  • 61. Satyridae Aphantopus hyperantus (L.) le Tristan.

—1 chenille et 3 chrysalides

  • de Pieridae (Pieris brassicae ?). Piéride du Chou.

 

Hétérocères: 17 dont 11 espèces identifiables.

— 5 imagos. 

  • 11. Noctuidae Mythimna straminea (Treitschke) la Leucanie paillée
  • 15. Geometridae Abraxas grossulariata (L.) la Zérène du Groseiller.
  • 101. Sphingidae Smerinthus ocellata (L.) le Sphinx Demi-Paon
  • 116.  Arctiidae Callimorpha dominula (L.) l'Écaille rouge.
  • 128. deux Pyrolidae Crambinae. 

— 12 chenilles.

  • 6. Noctuidae ? 
  • 7. Sphingidae Hyles euphorbiae (L.) le Sphinx de l'Euphorbe.
  • 11. Lasiocampidae, : 
  • 29. Noctuidae Acronicta euphorbiae (D.& S.) menyanthides (Esper) : la Noctuelle de l'Euphorbe. 
  • 34. Lasiocampidae. Lasiocampa quercus le Bombyx du Chêne.
  • 55. Sphingidae Agrius (Herse) convolvuli (L.) ? le Sphinx du Liseron.
  • 55. Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) Le Moro Sphinx.
  • 68. Lasiocampidae Lasiocampa quercus ; ou Euthryx [Philudoria] potatoria  le Bombyx du Chêne ou la Buveuse.
  • 100. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) le Sphinx gazé ou Sphinx du Chèvrefeuille.
  • 100 Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) Le Moro Sphinx.
  • 101. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.)  le Sphinx gazé ou Sphinx du Chèvrefeuille.
  • 104.  Saturnidae Saturnia pavonia (L.) le Grand Paon-de-nuit.

 

— Imaginaires ou non identifiables : 23.

11 imagos et 12 chenilles

— Total : 61.

Ce décompte ne permet pas de dresser un tableau des espèces visibles autour de Vienne, mais seulement des espèces qui sont apparues les plus pittoresques, ou qui appartenaient sous quelque forme que ce soit aux Collections impériales. Néanmoins, cela permet de savoir quelles espèces avaient été clairement observées et décrites, sinon par une phrase descriptive, du moins par une illustration. L'absence du Paon-du-jour est étonnante, et ce papillon n'a pas été décrit non plus par Aldrovandi en 1602. L'absence du Vulcain, le Vanessa atalanta est également remarquable.

Ci-dessous,  on peut mesurer la précision toute entomologique avec laquelle Melanargia galathea a été dessinée et peinte.

      MS20 fol.7 :

Quelques images :

 

                                                

 

                                                            

                                                                           

 

                                        

                        

GSG: q=Mira calligraphiae monumenta            Mira calligraphiae monumenta, Joris Hoefnagel (1542 - 1601).     GSG: q=Mira calligraphiae monumenta

GSG: q=Mira calligraphiae monumenta   

 

Speckled Wood, Talewort, Garden Pea, and Lantern Plant, in "Mira calligraphiae monumenta", calligrapher: Georg Bocskay (died 1575) in 1561/2, illumination: Joris Hoefnagel (1542-1600) in 1591/6

Mira Calligraphiae Monumenta - Joris Hoefnagel, Flemish illustrator, 16th century

 

Old Paint (thegetty: In the 1500s, illuminator Joris...)

                       

 

 

                          ANNEXE I. Hoefnagel à Bourges.

 "Le jeune Joris Hoefnagel est envoyé en France avec ses compatriotes étudiants (Francois van Haeften, Guillaume de Kemperer et Mathieu de Lannoy) sous la férule de leur précepteur Robert Jans van Giffenen, appelé aussi par le monde savant « Obertus Gyfanius ». On trouve leurs traces à l’Université de Poitiers (Joris Hoefnagel , dessin de la pierre d’un dolmen couvert de signatures gravées par les étudiants) puis à la Faculté de droit de Bourges (un second dessin concernant Bourges représentant la Grosse Tour, actuelle-ment au Musée Dobrée de Nantes). Ces étudiants sont donc à Bourges en 1562, date à partir de laquelle la ville est occupée par une troupe protestante et ce, de la mi-mai jusqu’à la mi-août de cette même année, lorsque la troupe du Duc de Guise, accompagnée de la Régente Catherine de Médicis et du jeune Roi Charles IX son fils, fait le siège de la ville de Bourges qui capitule finalement le 1er septembre 1562. Remarquons qu’Hoefnagel nous a légué un souvenir discret de ce combat en figurant sur son dessin les tirs d’artilleries de la Grosse Tour dans cette fameuse gravure de la ville vue du Faubourg d’Auron (notre reproduction). Ces hostilités entre catholiques et protestants décident les familles des étudiants hollandais à envoyer un voiturier à Bourges pour ramener les jeunes gens et leur maître à Anvers, sans doute dès le début du siège (seconde quinzaine d’août 1562). Les dessins de Joris Hoefnagel  (La pierre levée de Poitiers, la Grosse Tour de Bourges) sont à la fois des œuvres d’un grand mérite artistique mais aussi documentaire De retour dans sa famille anversoise, le jeune Hoefnagel va faire une carrière exceptionnelle. Après son passage dans les Universités de France, on pense qu’il suit les cours du peintre Hans Bol (Malines, 1534 – Amsterdam, 1593). En 1569, il est en Angleterre puis retourne un an plus tard à Anvers où naîtra son fils Jacob en 1575. A l'automne 1577, après que les troupes catholiques espagnoles eurent envahi Anvers, Hoefnagel voyage dans le sud de l’Europe - passant par Venise - en compagnie du célèbre cartographe Abraham Ortelius.  En 1578, il devient peintre de la Cour d'Albert V de Bavière à Munich pour se retrouver au service de l'archiduc Ferdinand du Tyrol avant de gagner Prague en 1590 où il est définitivement attaché à la Cour impériale de Rodolphe II. La Contre-Réforme catholique va à nouveau le chasser et l’obliger à partir pour Francfort dès 1591 puis pour Vienne, où il  travailla et  vécut jusqu'à sa mort en 1600. Représentatif de l'esprit curieux de cette époque, Hoefnagel aura été un esprit éclectique et accompli : il aura ainsi composé de la poésie latine joué selon de nombreux témoignages  de plusieurs instruments de musique, dessiné, peint, cartographié, illustré des ouvrages savants et parlé plusieurs langues. A n’en pas douter, l’auteur du premier panorama de notre ville fut un véritable homme de la Renaissance !"

 

Notice réalisée par MM. Jean-Yves Ribault et Laurent Quilleri

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