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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 20:00

Traduction et origines des inscriptions dans Ignis (1775-1785) de Joris Hoefnagel. Identification de quelques insectes. (Suite , planche 44 à 80).

 

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Rappel : les images viennent du site RKD Netherlands : https://rkd.nl/en/explore/images/record?query=hoefnagel+ignis&start=56

https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+ignis&start=50

 

 

Planche XXXXIV :

Inscription : Prius Locusta Bovem

— Traduction : litt. :Une sauterelle engendra un bœuf. En fait, selon la tradition. : "On verra plutôt un éléphant naître d'une sauterelle".

— Source : Érasme, Adagia 1089. II, I, 89. Prius locusta bovem pariet 

Prius locusta bovem pariet, περὶ τοῦ ἀδυνάτου. M. Varro De lingua Latina libro tertio  refert ex Ennio versum hunc: Atque prius pariet / locusta Lucam. Nam Lucas antiqui  boves appellabant ob magnitudinem.

  "Varron dans le livre III du De la langue latine, Apud Ennius, se réfère à ce dernier auteur en citant  Atque prius pariet / locusta Lucam  "On verra plutôt un éléphant naître d'une sauterelle". Les Anciens  nommaient les éléphants Lucas boves en raison de leur grande taille."

— Commentaire : Luca bos désigne dans le texte d'Ennius l'éléphant. L'expression s'utilise pour parler de choses impossibles.

— Illustration. En bas, une  Mante religieuse Manta religiosa.  La citation semblerait s'appliquer  avec humour à l'insecte aux allures fantastiques en haut à gauche, qui semble une caricature de monstres médiévaux, et qui voisine un insecte à trois queues également surprenantNéanmoins ces créatures étonnantes sont  considérées comme étant des Éphémères Ephemeroptera à trois cerques ("queues") : Augerius Clutius s'est inspiré de ces figures dans son De hemerobio  sive ephemero insecto (Amsterdam, 1634) : les animalcules I et II (ou bien la figure de gauche de Hoefnagel) sont les larves aquatiques qui vivent des années au fond des rivières avant leur émergence au printemps (ce sont les "mouches de mai") sous leur brève forme imago ; ils succomberont sitôt après l'accouplement et la ponte. (Cf.  Jorink 2007). Par leur destin, ces insectes sont souvent les symboles de la vita brevis.

Le texte de Clutius sur les Éphémères, première monographie dans l'histoire de l'entomologie sur un seul type d'insecte, trouve donc son origine dans cette illustration de Hoefnagel 1575-1585, ce qui montre bien le rôle fondateur de ce manuscrit.  Ces espèces avaient été décrits par Aristote sous le nom d'ephemeron et par Pline sous celui d'hemerobius, mais n'avaient pas été représentés auparavant. En outre, leur présence dans Ignis montre qu'ils figuraient déjà dans les collections des Cabinets naturalistes.

Ci-dessous : Opuscula duo singularia. I. De nuce medica. II. de Hemerobio sive Ephemero insecto et majali verme Amsterodami: Jacobus Charpentier; 1634 page 96 http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/viewer.faces?doc=ABO_%2BZ181592000

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Planche XXXXV.

2 Acrididae : acridia ungarica mediterranea?

 

Planche XXXXVI :

3 sauterelles (Tettigoniidae, Orthoptera), mâle à gauche, femelles à droite et en bas. 

 

 

Planche XXXXVII :

inscription : Vel muscas praetervolantes

— Traduction : "Il a même peur des mouches qui volent ! "

— Source : Érasme, Adagia 466. I, V, 66. Vel muscas metuit praetervolitantes 

Proverbialis esse videtur hyperbole, quam refert Aristoteles septimo De republica libro, Ἀλλὰ δεδιότα μὲν τὰς μυίας, id est Qui muscas, inquiens, etiam praetervolitantes metuat, id est quamvis frivola decausa. Idem similem quandam commemorat in Moralium septimo loquens de iis, qui usqueadeo natura sunt timidi, ut etiam si sorex obstrepat, protinus expavescant.

— Commentaire :

Érasme se réfère au Livre sept d'Aristote De la République

— Illustration : neuf insectes.

La libellule, identifiée par Marcel Wasscher en 2014 est le Sympetrum pedemontanum  ou Sympétrum du Piémont .  

On trouve aussi :

  • Tettigoniidae (Sauterelle) : (Ruspolia nitidula ??)
  • Diptera : Musca domestica 

Planche XXXXVIII : absente du site RDK

Planche XXXXIX :

Neuf insectes : Chenille ; un papillon  Pseudopanthera macularia "Panthère" (Geometridae, Ennominae) ; une mouche ; un zygoptère (Odonata)  au centre. Puis Gasterupion jaculator ?

 2 insectes ; une sauterelle femelle (Platycleis tessellata ?).

 

 

 

Planche L.

— Inscription : Ipsa Dies aperit, conficit ipsa Dies 

— Traduction : Issues d’un même jour qu’un même jour consume ! (Trad. Lionel-Édouard Martin)

— Source : "De Rosis Nascentibus", du poète gallo-romain, rhéteur et consul Ausone ligne 39. : Tot species, tantosque ortus variosque novatus / una dies aperit, conficit ipsa dies.  

—  Commentaire : il s'agit de la poursuite du poème cité en entier dans la première partie de cet article. Le vers, isolé, est un condensé de la constatation de la briéveté de l'existence, semblable au vers de Ronsard "et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin.".

—Illustration :

  •   Une chenille non identifiée
  • 6 orthoptères Acrididae ("criquets") et Tetrigidae (Tetrix).
  • Fleur et rameau de Mirabilis jalapa "Belle-de-nuit".

 

 

 

 

Planche LI :

Rameau de Mirabilis jalapa ; une chenille, un orthoptère, un orthoptère identifié comme l'Oedipode bleu Oedipoda caerulescens L..

 

 

Planche LII : 4 orthoptères ;  

 

Planche LIII : Odonata Aeshnidae Aeshna cyanea, l'Aeschne bleue.

Voir l'image non floutée au zoom sur le site nda : incroyable !

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69718.html

 

 

Planche LIV : 3 Odonates : 

Voir l'image non floutée :

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69719.html

Identification : en haut l'Aeschne printanière mâle Brachytron pratense (Aeshnidae), mais l'abdomen rétrécit à la base ne correspondrait pas.

En bas à droite : le Sympetrum rouge-sang Sympetrum sanguineum  femelle. 

En bas à gauche : le Sympetrum rouge-sang Sympetrum sanguineum mâle.

Des ailes de spécimens rééls ont été collés sur le manuscrit.

 

Planche LV 

Calopteryx virgo ?

 


Planche LVI :

a) Inscription supérieure : Haec aperit primi fastigia Celsa obelisci , mucronem absolvens purpurei capitis


— Traduction : "Elle ouvre le sommet de son premier bouton Et libère à son faîte une tête vermeille,  "

Source : Ausone, De Rosis nascentibus vers 33-34.

Commentaire : Poursuite du poème d'Ausone consacré aux roses. La strophe décrit les premiers boutons de rose juste éclos un matin de printemps dans un jardin de Paestum (Campanie), alors que la brume de rosée se dissipe au soleil. Les boutons de rose sont décrits comme des jeunes filles naissant à la vie ou naissant à l'amour, fraîches, gaie et coquettes, mais, dans une accélération , d'autres succombent déjà aux ravages du temps. Trois vers débutent par Haec : Haec viret, Haec aperit, Haec modo, "Celle-ci", "Celle-ci", "Celle-là" . Dans le vers qui est cité ici se remarque l'emploi du terme obelisci, "obélisque", du grec, diminutif d'obelos, "aiguille"— mais dont le dictionnaire Gaffiot mentionne l'emploi figuré par Ausone dans le sens "boutons de rose".

b) Inscription inférieure : Haec modo qua toto rutilanerat Igne Comarum,  pallida collapsis, descritui folijs   

Traduction : "Telle dont flamboyait la chevelure en feu, / Ses pétales tombés l’abandonnent livide." (Lionel-Édouard Martin)  

Source : Ausone, De Rosis nascentibus

Commentaire : Poursuite du poème d'Ausone, avec encore le thème du temps qui passe et des roses qui se fanent ; mais  on y  remarque le mot latin Igne, qui reprend le thème général du feu, de sa puissance de génération et de destruction.

c) Illustration : rose d'églantier type Rosa canina, en bouton vermeil à gauche, et fanée et courbée à droite : en adéquation avec les inscriptions.

 

 

Planche LVII : 6 insectes dont 1 coccinelle, 1 mouche, 1 moustique.

Voir l'image parfaite ici :

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69722.html

Au centre, Tipula maxima femelle

A droite, je propose un autre Tipulidae,  Ctenophora festiva  femelle.

A gauche, autre tipule femelle.

Au dessous à droite, la Coccinelle à sept points Coccinella septempunctata.

Au dessous au centre, pourquoi pas le Tipulidae Nephrotoma flavescens ?

 Au dessous à gauche, Musca domestica.

 


 

 

 

 

Planche LVIII :

Inscription supérieure : NE MUSCA QVIDEM 

— Traduction : "Pas même une mouche !"

— Source : Érasme,Adagia, : 1084. II, I, 84Ne musca quidem

 Huic affinis est et illa proverbialis hyperbole: Ne musca quidem, qua maximam hominum solitudinem significamus. Plautus in Truculento: Quas tu mulieres Mihi narras, ubi musca nulla foemina est in aedibus ?Huc allusit Vibius Crispus, orator delectationi natus, ut ait Fabius, cuius erant mores, qualis facundia, quemadmodum scripsit Iuvenalis, cum rogatus, ecquis esset cum Caesare in conclavi, respondit nemuscam quidem intus esse, ancipiti ioco Domitiani consuetudinem notans, cui mos erat quotidie sibi secretum horarium captare, nec interim aliud fere agebat, nisi quod muscas captas stilo configeret.

 

Commentaire : "Pas même une mouche" correspond à notre expression "il n'y a pas un chat !". Erasme cite un exemple tiré du Rustre de Plaute : Scène II :Quas tu mulieres mihi narras ? ubi musca nulla femina 'st in aedibus?  "De quelles femelles parles-tu? Il n'y en a pas; il n'y a pas une mouche à la maison." Puis il cite cette anecdote de l'avocat Vibius Crispus à qui on demande si l'empereur Domitien (dont l'emploi du temps est de tuer toutes les mouches qu'il trouve) est visible, et qui réponds : "Il n'y a personne, mas même une mouche : Ne musca quidem

Illustration :

6 insectes 

2 Tipulidae : un mâle à droite.

 

Planche LIX : 7 insectes 

A 9 heures, une Écaille ( hétérocère) du genre Eilema : la Lithosie plombée, ou la Lithosie gris-perle. 

2 Tipules.

2 punaises : Palomena prasina ? Pentotoma rufipes ?

 

En bas à droite Epeolus cruciger ???

 

 

Planche LX.

Inscription  : QVOD INVOCATVS CAENITARE AMO MVSCA SV[M]

Traduction : "Quand j'aime à être invité à dîner, je suis (comme) une mouche".

Source : Érasme Adagia 3643. IV, VII, 43. Muscae 

         Μυῖαι olim dicebantur qui delectabantur aliena mensa, quos Plautus muribus comparat   semper alienum edentibus cibum. Apud Athenaeum libro sexto parasitus quispiam se muscae confert:

Λειπνεῖν ἄκλητος μυῖα, id est Quod invocatus coenitare amo, musca sum. Advolat enim hoc  insectum ad cibum alienum et aegre potest abigi. Apud eundem Hegesander narrat, cum Alexander dixisset se morderi a muscis – sic vocabat parasitos iamque conaretur illas abigere,Cinesias, unus eius ordinis qui forte aderat: Profecto aliae muscae siticulosae magis urgebunt te semel gustato tuo sanguine. Extat apologus de erinacio, qui voluit vulpi μυιοσόβης esse. Plautus in Mercatore deflexit ad hominem curiosum et ad omnia advolantem: Musca est meus pater, nihil pote illum clam haberi, Nec sacrum nec tam prophanum quicquam est quin adsit ibi ilico.


 

Commentaire : la présence sur la planche d'une mouche (Musca domestica) incite Hoefnagel à chercher dans la liste des Adages celui qui mentionne cet insecte. Neuf possibilités s'offrent à lui ! 

"Μυῖαι se disait autrefois de ceux qui mangeaient à d'autres tables, et que Plaute comparaeint aux rats qui se nourrisaient du bien d'autrui. Dans le sixième livre d'Athénée, le parasite est comparé à la mouche : Λειπνεῖν ἄκλητος μυῖα, c'est-à-dire "Appelé (ou "invité"?) à dîner je suis une mouche." Cet insecte s'envole vers la nourriture d'autrui et peut difficilement être chassé. Une de fois de plus, c'est Hegesander [historien grec] qui raconte que, comme Alexandre se plaignait d'être mordu par les mouches — comme il surnommait les parasites— ...etc...

Cet Adage se trouve repris par Jacob Hoefnagel dans Archetypa Studiaque I,5 sous la forme :Quod invocatus lubenter coenito! Musca sum. " Lorsque je suis volontiers invité à dîner. Je suis une mouche !"

 

Illustration : 10 insectes dont 1 mouche, 1 moustique, 1 tipule, 

 

 

 

 


Planche LXI

EX MVSCA ELEPHANTEM

Traduction : "C'est un éléphant posé sur une mouche !"

Source : Érasme, Adagia 869. I, IX, 69. Elephantum ex musca facis 

Ἐλέφας ἐκ μυίας ποιεῖς, id est , id est res exiguas verbis attolis atque amplificas. Lucianus in Muscae encomio: Πολλὰ δ’ ἔτι ἔχων εἰπεῖν καταπαύσω τὸν λόγον, μὴ καὶ δόξωκατὰ τὴν παροιμίαν ἐλέφαντα ἐκ μυίας ποιεῖν, id est Multa adhuc commemorare possem, sed finem dicendi faciam, ne videar et ipse iuxta tritum proverbium ex musca elephantum facere. Sumptum videri potest ex 

Homero, qui inter praelia deorum et heroum muscae improbitatem describit cum hac invictum  et acrem bellatorem conferens Menelaum Iliados Ρ. Quin et divus Augustinus libro contra  Manichaeos De duabus animabus non dubitat muscam conferre ac praeferre soli velut animal inanimi.

 

Commentaire : Ἐλέφας ἐκ μυίας ποιεῖς c'est-à-dire, Elephantum ex musca facis: se dit pour des choses minimes et des paroles exagérées auxquels on attribue trop d'importance.  Lucien dans son Éloge de la mouche écrit : "Je pourrais ajouter encore bien des traits à cet éloge ; mais je m'arrête, de peur de paraître vouloir, comme dit le proverbe, faire d'une mouche un éléphant. (ex musca elephantum facere) " . Cela semble être emprunté à Homère, , qui dans l'Iliade ...  le livre de saint Augustin contre les manichéens,....

Là encore, la seule justification du choix de l'adage est la présence d'une mouche, ou du moins de diptères parmi les sept insectes représentés.

Illustration : sept insectes dont une fourmi, une coccinelle. Au centre, je suggère Lissonota setosa et sa longue tarière. La nervation semble correspondre...En haut à droite, un Hyménoptère Térébrant ; je lance, parmi les plus ressemblants sur le Chinnery, Evania appendigaster pour lancer les enchères. Cette espèce figure aussi sur la planche II,8 d'Archetypa où elle a été identifiée comme "Cynipidae ou Chalcicidae".

  

 

Planche LXII :

 : Dix insectes dont une Symphyte au centre, deux Syrphes, une coccinelle Coccinella septempunctata

 


 

 

 

 

Planche LXIII :

Inscription FLOS CINIS 

— Traduction : "La fleur termine en cendre".

— Source : Érasme, Adagia, 3612. IV, VII, 12. Flos cinis 

Divus Augustinus libro adversus Petiliani litteras II, cap. LXVI irridens quod adversarius iactaret quod suorum animabus impletum esset coelum, corporum memoria terrae floruissent, respondit: Sane de corporibus eorum multorum terrarum flores videmus, sed, sicut solet dici, flos cinis. 

Donatistae suos qui sibi manus attulissent quive provocassent alios ut ab eis occiderentur, ni  mallent occidi, innumerum martyrum referebant, eorum monumenta frequentantes, unde flores illos cinerem vocat. Dici solitum videtur in fugacitatem humanae vitae. Hodie floret iuventus, cras erit in sepulchro. Et iuxtaprophetam: Omnis caro foenum.

 

Commentaire : cette devise met en évidence la vanité de la beauté ; elle a été reprise en épigramme sur la de la de Barcelone

Érasme dans son commentaire cite saint Augustin dans son Contra litteras Petiliani Livre II : "Plane si non dictum esset, Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam; sed dictum esset, Beati qui se ipsos praecipitant: implerent coelum martyres vestri. Sane de corporibus eorum multos terrarum flores videmus, sed sicut solet dici, flos cinis."

Illustration : autour d'une Ancolie (symbole de tristesse en poésie au XVe sur un jeu de mot avec mélancolie, et, par sa forme, du Saint-Esprit en enluminure médiévale), 8 insectes dont selon Marcel Waascher la libellule Calopteryx splendens (Odonata).


 

 

 

Planche LXIV  :

Pas d'inscription.

Onze insectes dont un Cerambycidae (je propose Saperda scalaris), un Cleriodae (je propose Trichodes favarius), un Zygoptere, un Mécoptère (je propose Panorpa communis mâle ou Mouche scorpion dont on distingue très bien l'abdomen relevé, une guèpe maçonne Eumininae (je propose Delta unguiculatum, et un Zygoptère).

  

 

 

Planche LXV

a) Inscription supérieure :FORMÍCA CÍCADAÈ./ QVOD AESTATE CANTIS, ÍD HYEME SALTA.

Traduction : "La Cigale et la Fourmi. Si vous chantiez cet été, de même dansez cet hiver".

Source : Fable d'Ésope LVI Formica et Cicada

  Hyemis tempore formica frumentum trahens ex caverna siccabat, quod aestate colligens coagulaverat (collocaverat). Cicada autem esuriens rogabat eam, ut daret aliquid illi de cibo, ut viveret. Cui formica : Quid fecisti, inquit, in aestate ? At illa : Non mihi vacavit, per sepes oberravi cantando. Ridens Formica ac frumentum includens dixit : Si aestate cantasti, hyeme salta. Hec fabula pigrum docet, ut tempore certo laboret, ne, dum minus habuerit et petierit, non accipiat.

Si vous avez chanté en été, dans la forêt d'hiver. Cette histoire enseigne le paresseux, comme dans le temps dans un certain travail avec moi, de peur, alors que je avais un de moins en petierirt pas les recevoir.

Commentaire :

La Fontaine n'avait pas encore écrit La Cigale et la Fourmi, mais depuis le début de notre lecture, nous pensions à cette fable : sa réplique finale est citée par Hoefnagel, qui se réfère à la version d'Ésope (VIème siècle avant J.-C.), ou à ses adaptations par Avianus (fin IVe-début Ve). Je traduis Ésope ainsi, au plus près du texte :

"Par un jour d'hiver, une fourmi faisait sêcher hors de sa tanière le blé qu'elle avait récolté en été.  Une cigale affamée cependant lui demanda de lui donner quelque nourriture afin de lui permettre de survivre. Sur quoi la fourmi : "Que faisiez vous en été ?" Et elle de répondre : " Je n'ai pas chômé : parcourant les haies, je chantais." La fourmi, riant en reserrant son blé lui dit : " Vous chantiez en été, dansez en hiver".  Cette fable enseigne à l'oisif qu'il doit travailler tant qu'il est encore temps, de peur de ne rien recevoir, lorsqu'il sera trop tard."

 

b) Inscription inférieure : Cicadam alas ne corripias

Traduction : "Ne saisis pas la cigale par l'aile."

Source : Érasme, Adagia 828. I, IX, 28Cicadam ala corripuisti 

Σέττιγα πτεροῦ συνείληφας, id est Cicadam ala corripuisti. In eos, qui quempiam provocant minime ex usu suo. Lucianus in Pseudologista scribit Archilochum, poetam iambographum et ad maledicendum egregie instructum, ad hunc modum respondisse cuidam, a quo fuerat convicio provocatus: Σὸν τέττιγα πτεροῦ σενείληφας. Est autem huius insecti mira quaedam et prodigiosa loquacitas maxime effervescente sole. Plinius negat iis vocem esse, sed stridorem cum tractu,  eumque sonum emittit non alis quemadmodum muscae, apes, culices. Nam iis stridor simul cum volatudesinit, at cicadae si presseris alas, vehementius etiam perstrepsit. Sed in pectore subesse ait duos specus attrituque membranae mobili accedente spiritu per hos e visceribus sonum aedi. Ergoque madmodum si cicadam natura garrulam ala prehendas, clarius obstrepit, ita si poetico  homini praebeas occasionem simultatis, non modo non tacebit, sed clarius obstrepet et omnem bilem chartis illinet atris. Proinde Platonem aiunt admonuisse, ne quis hominem poetam sibi faceret inimicum. Et Horatius genus irritabile vatum dixit.

 

Commentaire :

Σέττιγα πτεροῦ συνείληφας,, c'est-à-dire "saisir la cigale par l'aile". Érasme cite Lucien dans le Pseudologiste : voici l'extrait dont il s'agit :

   "Tu as sans doute entendu parler d'Archiloque, un poète ïambique, natif de Sardes, homme libre, franc, véritable emporte-pièce, toujours prêt à mordre ceux qui tombaient sous le fiel de ses ïambes. Un jour qu'un de ses ennemis l'avait insulté : " Tu as pris la cigale par les ailes," dit Archiloque à cet homme, en se comparant lui-même à une cigale, insecte criard, qui chante sans nécessité, et qui, lorsqu'on le tient par les ailes, se met à crier encore plus fort. "Malheureux, voulait dire Archiloque, que prétends-tu, en excitant contre toi un poète bavard, qui est en quête des occasions et des sujets pour ses iambes ? "  


 

Illustration : Grillon et 10 autres insectes. Parmi les grillons (Gryllidae) noirs, je ne vois pas de raison d'écarter l'identification la plus banale, et donc la plus probable, Gryllus campestris, le Grillon champêtre. Certes, ce n'est pas une Cigale (Cicadoidea), mais le mâle stridule des heures durant à l'entrée de son terrier, et l'Adage d'Érasme pourrait lui être appliqué. 

 


 

 

 

Planche LXVI

Inscription : Acantea cicada

Traduction : "C'est la Cigale d'Acanthe !" 

Source : Érasme, Adagia, 414. I, V, 14. Acanthia cicada 

Ἀκάνθιος τέττιξ, id est, Acanthia cicada, in indoctos atque infantes aut musices ignaros torquer   proverbio solitum. Auctor est Stephanus Byzantius iuxta oppidum Aetoliae Acanthum cicadas  alibi vocales mutas esse, atque hinc ortum adagium, cuius auctorem citat Simonidem. Plinius  Naturalis historiae libro undecimo capite vigesimoseptimo scribit in agro Rhegino cicadas omnes silere, ultra flumen in Locris canere. Idem testatur Pausanias libro rerum Eliacarum secundo.  Strabo libro Geographiae sexto refert Rheginum agrum a Locrensi dirimi fluvio, cui nomen Alex, cicadas autem, quae in Locrensi versentur ripa, sonantiusstridere, cum in Rhegina sint mutae. 

 Huius rei hanc esse causam coniectat, quod Rheginorum regio, cum sit umbrosa, atque opaca,  cicadarum pelliculas humore torpefaciat. Easdem in agro Locrensi, quodsit aprica solis arefactas aestu, stridorem aptius emittere. Auget autem miraculum Rheginensium cicadarum etiam fabulose celebrata vocalitas vicinarum. Nam idem Strabo Timaeum citat auctorem,quondam in Pythiorum certamine Eunomum Locrensem et Rheginensem Aristonem in canendi certamen venisse; 

 Aristonem Apollinem invocasse Delphicum, ut sibi canenti foret auxilio, quod a DelphisRheginenses olim essent profecti. Eunomus respondit Rheginensibus ne certandum quidem omnino de musica, apud quos cicada vocalissimum animal voce careret. Utrisque certantibus, cum in Eunomicithara una inter canendum chorda frangeretur, cicada supervolans astitit, ac vocem alioqui defuturam suo cantu supplevit. Atque ita victor declaratus statuam citharoedi posuit cum cicada citharaeinsidente. Huiusmodi ferme tradit Strabo.

 

Commentaire : 

  "La Cigale d'Acanthe" : Ce proverbe est destiné aux ignorants, aux enfants et aux musiciens (donc à ceux qui restent parfois muets). Selon Etienne de Bizance, qui cite Simonide, les cigales qui, ailleurs, chantaient, restaient muettes à Acanthe, en Etolie. Selon Pline, confirmé par Pausanias et par Strabon, dans une autre version,  bien que les villes de Locres et de Rhèges ne soient séparées que par la largeur d'un fleuve, l'Alex, les cigales ne chantaient que du coté de Locres et se taisaient à Rhèges. Les bois ombragés de Rhèges en sont peut-être la cause, alors que Locres jouit d'une chaleur sêche. Eunomus, célèbre joueur de cithare, de la ville de Locres, affronta devant l'Apollon de Delphes Ariston, lui-même musicien de la ville de Rhèges ; mais une corde de son instrument se cassa. Une cigale vint se poser sur la cithare et suppléa si bien au défaut de la corde par son chant qu' Eunomus emporta le prix.   Les habitants de Locres avaient construit une statue représentant Eunomus avec une cigale.

Érasme cite en référence :

  • Etienne de Byzance

  • Pline, Histoire naturelle Livre 11 chapitre 27 

  • Pausanias, Eliacorum prior (c'est le Livre V). 

  • Strabon Geographie Livre 6.

Voir aussi les Emblemata d'Alciat (Lyon, 1558) :

Eunome mist au Delphic oratoire Une Cigale, enseigne de victoire. Car en jouant du Luc, contre Ariston, Les doitz touchoient: les chordes faisoient ton. Quand l’une estant rompue, & mal fournie Ja commençoit à gaster l’harmonie. Adoncq survint chantant une Cigale,
Qui le de fault [=default] remplit par voix egale. Et qui au son attraicte, vint des bois, Pour secourir Eunome de sa voix. 


 

 

Illustration : le "personnage" central est sans doute apparenté à une cigale, mais il s'agit, parmi les Coléoptères, d'un Meloidae, le Méloé printannier Meloe proscarabeus. C'est vraisemblablement lui aussi qui figure, dans ce cadran d'horloge, la sixième heure, alors qu'à cinq heures nous trouvons un Longicorne ou Cerambydae (je propose Oxymirus cursor ♂), l'Oxymire coureur

 

      

 

 

 

Planche LXVII

Inscription supérieure : NOLI IRRITARE CRABRONES.


 

Traduction : "N'excites pas les frelons"

Source : Érasme, Adagia, 60. I, I, 60. Irritare crabrones 

Σὰς σφηκιὰς ἐρεθίζειν, id est Irritare crabrones.
 Ad hanc sententiam referendum est et illud,
 quod est apud Plautum in Amphitryone: Irritabis crabrones. Id dictum est a poeta in mulierum ingenium,quibus iratis si repugnes, magis provoces neque sine tuo malo discedas. Est autem crabro insecti genus, affine vespis, pertinacissimum aculeoque pestilentissimo. Siquidem refert Plinius Naturalis Historiae lib. XI, cap. XXI crabronum Ictus haud temere sine febri esse, additque traditum a quibusdam Ter novenis huius animantis punctis interfici hominem.
.

Commentaire : Ce proverbe est donné par Érasme sous la forme "Exciter les frelons" : il trouve son origine dans l'Amphytrion de Plaute Acte II scène 2 sous forme d'un avertissement fait par Sosie à Amphytrion son maître : "n'irrites pas les frelons". En effet, lors d'un fameux quiproquo théâtral il est en train de s'emporter contre Alcmène son épouse, et les "frelons " en question représentent les fébriles sentiments de colère et d'impatience que ses questions génèrent. Puis Érasme se livre à une revue le littérature sur les frelons : selon Pline dans son Histoire naturelle Livre XI chap.21 "Leur piqûre ne manque guère de causer la fièvre. Des auteurs disent que trois fois neuf piqûres suffisent pour tuer un homme.". Puis il cite Aristote, livre des Animaux III, 9, puis une lettre de saint Jérôme, puis Xénophon : j'abrège.


 

b) Inscription inférieure : SCARABEVS AQVILA[M] QVAERIT.

Traduction : "Le scarabée à la poursuite de l'aigle".

Source : Érasme, Adagia  2601. III, VII, 1. Scarabeus aquilam quaerit 

Κάνθαρος ἀετὸν μαίεται, id est Scarabeus aquilam quaerit. Cum imbecillior atque impotentior mali quippiam molitur struitque insidias inimico longe potentiori. Est et altera lectio atque ea meoquidem iudicio verior: Ὁ κάνθαρος ἀετὸν μαιεύται, id est Scarabeus aquilae obstetricatur. Sensus ferme idem est, sive legas μαίεται sive μαιεύται. Competit enim in humilem et imbecillum, quiviribus longe praepollenti maliciosis insidiis et clanculariis dolis perniciem machinatur. etc...

Commentaire :

Cet adage se réfère à la fable d'Ésope « L’Aigle et le Scarabée », laquelle a inspiré à La Fontaine  "L'aigle et l'escarbot" . En voici le texte en latin, et la traduction :

Lepus aquila insectante in lustrum scarabei profugit, rogans ut ab eo servaretur. Scarabeus autem rogabat aquilam ne occidere suppliciem, obtestans ipsam per maximum Jovem, ne scilicet contemneret parvitatem ejus. Illa vero irata ala percussit scarabeum, et leporem arreptum devoravit. At scarabeus cum aquila volavit, ut nidum ejus disceret : ac jam profectus, ova ejus devoluta disrupit. Illa autem quum grave existimaret, si quis hoc ausus fuisset, et uin altiore loco secundo nidificasset, et illic rursus scarabeus pariter hanc affecit. Sed aquila inops consilii penitus, ascendit ad Jovem (in ejus enim tutela esse dicitur) et in ipsis genibus tertiam foeturam ovorum posuit, deo ipsa commendans et supplicans ut custodiret. Scarabeus autem é stercore pilula facta ascendit, et in sinum Jovis eam demisit. Jupiter vero cum surrexisset ut fimum excuteret, ova quoque projecit oblitus, quae et contrivit dejecta. Cognito autem a scarabeo quod haec fecisset ut aquilam ulcisceretur : nam  non modo scarabeum illa injuria affecit, sed et in Jovem ipsum impia fuit, reversae aquilae ait Jupiter,scarabeum esse qui moestitiae causa fuerit, et certe jure fuisse. Nolens igitur genus aquilarum rarescere, consulit scarabeo ut aquilae conciliaretur. Eo autem non parent, Jupiter in aliud tempus aquilarum transmutavit partum, cum scarabei non appareant.

  "Un lièvre poursuivi par un aigle, se réfugia dans le trou d'un escarbot, le conjurant de le sauver. L'escarbot prie donc l'aigle, au nom du puissant Jupiter, de ne pas tuer l'animal suppliant : tout petit que je suis, lui dit-il, ne dédaigne pas ma prière. L'aigle indigné, le choque de l'aile, l'étourdit, saisit le lièvre qu'il dévore. L'escarbot suivit l'aigle dans son vol, pour savoir où était son nid : il le voit, il s'approche, il fait rouler les œufs et les fracasse. L'aigle étonné de l'audace, mit son nid en lieu plus haut. Nouvelle vengeance de l'escarbot. Ne sachant que faire, l'aigle s'envola vers Jupiter (cet oiseau lui est, dit-on, consacré). L'escarbot après avoir fait une petite boule de fumier, s'éleva jusques dans les cieux, et la laissa tomber sur le giron du père des dieux. Jupiter se lève, secoue sa robe, et jette imprudemment les œufs, qui se cassent de la chute. L'escarbot avoue à Jupiter qu'il en a agi ainsi, pour se venger de l'aigle. Cet oiseau a été aussi impie envers vous, qu'injuste envers moi. Le dieu dit à l'aigle de retour, que c'est l'escarbot qui le persécute, et qu'il le mérite bien. Voulant néanmoins prévenir le dépérissement de la race aiglonne, il conseilla à l'escarbot de se réconcilier avec l'aigle. Celui-ci n'y consentant point, Jupiter transporta le temps de la ponte des aigles en la saison où l'escarbot ne paraît point." (Trad. J.B. Gail, 1796). 

On comprend que cet "escarbot" (terme de vieux français issu de scarabeus ), est ici un bousier, comme Scarabeus sacer, le Scarabée sacré. Dans son commentaire, Érasmeprend parti pour le petit et le faible scarabée contre l'aigle prédateur et dominateur, rappelant que selon le  dialogue de Lucien l'Icaromenippo ( ou Menippe, émule d'Icare, parvient dans la lune ), on trouve au ciel les scarabée et les chameaux . 

 

Illustration : 7 insectes : un scarabée un papillon, un hymenoptère (bourdon).

 

 

Planche LXVIII

Inscription : AD SERIA INEPTVS MVSCAS PELLAT.

— Traduction : "il est vain de chasser les mouches"

— Source : Érasme, Adagia  2660. III, VII, 60. Muscas depellere 

 "Muscas depellere etiam hodie vulgato ioco dicitur, qui otioso atque inutili fungitur officio. Aristophanes in Vespis: Ἀλλὰ φυλάττει διὰ χειρὸς ἔχων καὶ τὰς μυίας ἀπαμύνειν, id est Imo cavet prae manu habens, etiam muscas depellere curans."

— Commentaire :  A quoi sert de chasser les mouches ? Il est préférable d'ignorer ce dont vous ne pouvez pas vous débarrasser.

 

— Illustration : 7 insectes, tous ailés. La mouche aux ailes tachées de noir est peut-être Chrysops relectus, un taon (tabanide)

 

 

Planche LXIX :

a) Inscription supérieure : Ingentes animos angusto Inpectore versant./ VBI MEL ÍBÍ FEL

— Traduction : "Et dans un faible corps s’allume un grand courage."  / "Où est le miel, là est le fiel".

— Source :

Virgile, Géorgiques livre IV, vers 83  Ingentes...versant

 - Érasme, Adagia 2087. III, I, 87. Nihil est ab omni parte beatum […] Huc pertinent et illa de quibus nobis alias dictum est , Ubi mel, ibi fel, ubi uber, ibi tuber, et huius generis alia. 

— Commentaire : La citation de Virgile s'applique au "roi" (les latins voyaient un roi là où nous voyons une reine) menant son "peuple" dans un combat contre un roi rival. La première moitié du  Chant IV des Géorgiques décrit la vie sociale des abeilles, modèle de la société humaine. Il est donc bien logique que Hoefnagel fasse apparaître sur une planche où sont figurées quelques "abeilles" les vers du poète latin.  Isolé de son contexte, le vers Ingentes animos angusto inpectore versant fait l'éloge des hautes vertus, dignes des romains, des êtres les plus petits. La proverbe "Pas de miel sans fiel" apporte  à ce ton bucolique et viril le contrepoint d'une vérité amère.

 

b) Inscription inférieure : VBI VBER IBI TVBER./ Omnibus una quies operum, labor omnibus unus.

— Traduction : "On les voit s’occuper, se délasser ensemble" / "Où est le sein, là est la tumeur"

— Source : Virgile, Géorgiques Livre IV vers 184. / Érasme, Adage 2087, 

— Commentaire : Virgile trace un tableau idyllique de la communauté des abeilles travaillant ensemble avant de se reposer...ensemble. Là encore, la constatation du proverbe "pas de sein sans tumeur" (ou pas de plénitude nourricière et suave sans que le vers ne soit dans le fruit) tranche par son rappel de la fragilité d'une existence éphémère et soumise aux aléas néfastes.

Érasme dans son Adage 2087 "Rien n'est entièrement bon en toutes ses parties" démontre que tout bien peut avoir son revers de médaille : il écrit :"D'où les proverbes "Là où il y a miel, il y a fiel" ou bien " Où est le plein (le sein), là est l'enflure (la tumeur)", et d'autres du même genre". Cela correspond à notre proverbe "Pas de roses sans épines".

Les proverbes peuvent s'appliquer aux abeilles : pas de miel sans risque de piqures.

— Illustration. Neuf insectes.

Au centre, un bourdon (Bombus pascuorum ?)

 

 

 

Planche LXX

a) Inscription supérieure : Et se Asinus pardum vocet et formica leonem./ ET FORMICAE SVA BILIS INEST.

— Traduction : " l'âne s'appelle léopard, et la fourmi lion". 

— Source : 

- Première citation : Le Zodiaque de la vie (Zodiacus Vitae) Livre VI Virgo vers 418, par Marcello Palingenio Stellato Palingène (Pier Angelo Manzolli, de Ferrare) Bâle, 1543 , texte latin établi, traduit et annoté par Jacques Chomarat, Genève,‎ 1996, 529 p. : "Ah dieux ! Aujourd'hui ce sont seulement les noms magnifiques et les titres brillants que chacun souhaîte pour soi, s'arroge, affecte, poursuit, dérobe : l'âne s'appelle léopard, et la fourmi lion". L'expression illustre la prétention des petits à accaparer les titres des grands.

 

— Commentaire :

b) Inscription inférieure : SCILICET OBSTEPERANS ARGVTAE VESPA CICADAE

— Traduction : "La guèpe est persuadée de couvrir la voix de la cigale par sa voix" (opstrepo = retentir, crépiter, couvrir la voix de ; argutae = expressif, strident.)

— Source : Érasme, Adagia (1508) 771. I, VIII, 71. Vespa cicadae obstrepens 

Σφῆξ βομβῶν τέττιγος ἐναντίον, id est Scilicet obstrepitans argutae vespa cicadae.

Apud Theocritum est in Hodoeporis. Nam his verbis contemnit quidam pastor pastorem, a quo  provocatur. Quadrabit in eum, qui certat longe impar cum superiore. Aut qui negotium facessit  longe sepraestantioribus. Quod genus est illud Catullus leonem allatrans.

— Commentaire : Érasme se réfère à la Ve Idylle de Théocrite, "Les chanteurs bucoliques" 

où les bergers Comatas et Lacon s'affrontent dans un concours de chant ("concours amoebée") et où Comatas rétorque quelque chose en grec : c'est désormais au tour des traducteurs de s'affronter pour le traduire : « insipide bourdon, qui oses défier la cigale » (B...de L...)

« L'orgueilleux frelon croit, par son bourdonnement, surpasser le chant de la cigale » (Geoffroy, 1799) ...Provoquer la cigale, insipide frelon ! (Didot, 1806), ... « Guèpe qui bourdonne autour de la cigale » (Adert, 1849), etc.

L'adage exprime la vaine prétention d'un être inférieur à affronter un adversaire qui le domine de beaucoup, dans la même logique que l'inscription supérieure. La Vanité, qui sera le motif sous-jacent à toutes les Natures mortes dont Hoefnagel est l'un des précurseur, se décline et s'argumente ici planche après planche.

Illustration. Neuf insectes. Au centre, je propose Blatta orientalis ; à 11 heures, apis mellifera

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Published by jean-yves cordier - dans Histoire entomologie
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