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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 11:13

             La Vierge couchée : occurrence dans les Nativités enluminées des Livres d'Heures manuscrits conservés à la Médiathèque de Rennes.

 

Voir aussi : 

A. LES VIERGES COUCHÉES. 6 articles.

 

http://www.lavieb-aile.com/article-les-vierges-couchees-de-bretagne-2-chapelle-du-yaudet-a-ploulec-h-105555217.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-3-chapelle-de-kergrist-a-paimpol-105604068.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-couchee-calvaire-de-tronoen-a-saint-jean-trolimon-29-110465874.html

http://www.lavieb-aile.com/article-la-vierge-couchee-dans-les-nativites-des-livres-d-heures-113263711.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-la-cathedrale-de-chartres-112103311.html

LES VIERGES ALLAITANTES. 12 articles.

http://www.lavieb-aile.com/article-virgo-lactens-ou-miss-nene-5-candidates-du-finistere-les-vierges-allaitantes-96615012.html

GROUPE DE SAINTE ANNE TRINITAIRE. Nombreux articles.

Groupes dits de Sainte-Anne Trinitaire : l'ensemble de la vallée de l'Aulne

http://www.lavieb-aile.com/article-anne-trinitaire-de-la-vallee-de-l-aulne-102034812.html

Anne trinitaire de l'église de Guimaëc.

Anne trinitaire de l'église de Plougasnou.

Sainte-Anne trinitaire du Musée départemental de Quimper.

L'église du Vieux Bourg à Lothey : Anne trinitaire.

La chapelle Sainte-Anne à Daoulas.

Anne trinitaire de la cathédrale de Burgos

http://www.lavieb-aile.com/article-sainte-anne-trinitaire-de-burgos-118711405.html

 

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      Aucune photographie ne m'est personnelle, elles proviennent toutes de la Médiathèque Les Champs Libres, par téléchargement des pages disponibles ici :http://www.bibliotheque-rennesmetropole.fr/actualite-des-collections/tresors/les-collections-numerisees/    

© Bibliothèque Rennes Métropole  

  Les images sont dues à Central Studio.

I. Livre d'Heures à l'usage de Dol.

      Nativité, Livre d'Heure à l'usage de Dol, XVe siècle, artiste inconnu, miniature mi-page, Rennes Ms 0028,  folio f.61.

 

BIB-20060406-015.wmg

 

  La Vierge, enveloppée dans son manteau bleu qui recouvre sa tête, est allongée sur un lit tendu de rouge, adossée à des coussins, et à demi-tournée vers la gauche ; l'Enfant-Jèsus, au nimbe crucifère, nu à coté de sa mère, se tourne vers saint Joseph en lui tendant les bras. Celui-ci est, pour une fois, plus éveillé et moins mélancolique que d'habitude et il ébauche même un geste vers le couple mère-fils ; il reste néanmoins en retrait, séparé de la dyade par la diagonale rouge du lit, isolé dans le vert d'un pré aux fleurs stylisées, devant un paravent d'osier qui le sépare de l'âne et du bœuf. Son bonnet jaune indique son judaïsme. Un bassin et une cruche témoignent du fait que l'accouchement vient d'avoir lieu. Le vrai Père a pris l'aspect d'une pluie de rayons solaires dont il inonde avec bienveillance la scène.

Le début du Psaume de David Deus in aduitorium meum intende vient à la suite d'une lettrine D enluminée.

 

II. Livre d'Heures de la famille d'Epinay.

Nativité, Livre d'Heures de la famille d'Epinay, 1430-1450, miniature mi-page, artiste inconnu, Rennes MS0033, folio F.65. BIB2007.1030-016.

  Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, Départements — Tome XXIV. Rennes, donne de ce manuscrit la description suivante : 190 feuillets (plus un feuillet liminaire A en papier)... Quatorze grandes miniatures à pleine page — Au verso du feuillet de garde 1, on lit, en caractères majuscules lapidaires : AN 1603. A MADAME : LA : MARQUISE : DE : VAUCOULLEUR : SES : HEVIRES : ENLVMINÉES : APPARTIENNENT : DONNÉES : PAR SON : FIDEL : MARY : CHARLES : DESPINAY : MARQUIS DE VAUCOULLEUR, SEIGNEUR D'YVEGNAC, PLUMAUGAT, LACHÈSE. JHESUS MARIA. (La Bibliothèque de Rennes possède un livre d'heures, imprimé par Gillet Hardouin en 1503, provenant de la même famille, et où on lit, folio 7, cette note marginale : « Ce quinziesme octobre 1600, hault et puissant mesyre Charles Despinay, marquis de Vaucoulleur, espoussa... Marye de Chachanay, à Duretal. Dieu leur doint des enfans. » C'est à cette Marie de Chachanay que le manuscrit fut offert en 1603. L'écusson de la famille d'Épinay, d'argent, au lion coupé de gueules et de sinople, est peint aux folio 27 ro , 28 ro , 52 vo , 64 vo , 71 ro , 101 ro ; ces armes figurent également dans un canton d'un écu peint à la fin du manuscrit, accompagnées des monogrammes  et  (double lambda). — Le premier feuillet de garde A, en papier, porte, au recto, l'inscription : « Dom Jan Mevel, recteur, prestre digne. 1673 »

Dimensions : 184 × 128 mm

Reliure : Reliure maroquin rouge, estampillée au dos et sur les plats, en lettres d'or, au double monogramme, alternant dans des losanges à cordelières. Coins et fermoirs en cuivre.

  Je ne parviens pas à retrouver des informations précises sur cette famille bretonne d'Epinay ou d'Espinay, dont un membre, Robert, fut Grand maître d'Hôtel de Bretagne à la cour du duc François Ier en 1448. Des monogrammes entrelacent les lettres V et A, les lettres doublées LL (lambda) avec AA. Je ne saurais même pas si la protectrice de Rousseau, Louise d' Epinay, en fait partie !

 

 

 

                                           BIB-20071030-016.wmg

                                           BIB-20071030-016.wmg détail

L'enluminure surmonte la citation partielle du Psaume 70 (69) Deus in adiutorium meum intende, Domine ad adiuvandum me festina; confundantur et revereantur qui quaerunt animam meam," Qu’ils soient honteux et confus, ceux qui en veulent à ma vie ! Qu’ils reculent et rougissent, ceux qui désirent ma perte !"

  La crèche est un enclos entouré d'une palissade d'osier, dans lequel un toit de chaume est supporté par quatre madriers. Joseph, l'air pensif, s'appuie sur une canne; la Vierge, vêtue d'une tunique rouge et de son manteau bleu qui la couvre sous la taille, est tournée sur le coté gauche vers son Fils, placé tête bêche, nu mais la tête cerné par une auréole crucifère, tendant les bras vers sa mère. Il est encadré par l'âne et le bœuf. Deux bergers, dans l'herbe tendre, lèvent les bras en signe d'émerveillement. Ces bergers sont repris à l'identique dans un médaillon de la marge, sous deux cigognes (ou hérons), mais aussi plus bas, dans un champ, tenant chacun un instrument aratoire, près d'un paon : on suppose, bien qu'ils lui tournent le dos, qu'ils répondent aux injonctions de l'ange aux ailes ocellées qui leur fait coucou en haut et à gauche. On trouve encore dans la marge des fraises des bois, des fleurs de bleuets, des acanthes, des sortes de faînes.

 

 

 

 

 

III . Livre d'Heures de Béatrice de Rieux, XIVe siècle.

La Nativité, Livre d'Heures de Béatrice de Rieux, XVe siècle, artiste inconnu, 1390. MS2044 folio F.57v. BIB 20080827-004.

  Le manuscrit Horae secundum usum Namnetensem vel Dolensem, France (Tours), ca 1390-1400, latin et français, parchemin 186x128 cm, 262 ff, 16 peintures,  a été exécuté pour Béatrice de rieux, fille de jean de Rieux, Maréchal de France et seigneur d'Issé, et de Jeanne de Rochefort. Elle épousa Jean de Rougé, seigneur du Theil de Bretagne, puis, devenu veuve en 1417, elle se retira à Issé.

  Ses armoiries, d'azur à neuf besants d'or, figurent sur la robe de la commanditaire, sur l'enluminure du folio 189v où elle est agenouillée devant la Vierge.

 

 

BIB-20080827-004.wmg corrigé

 

  Sur un fond à damier bleu, rouge et or semblable au fond de la Nativité précédente, la Vierge est allongée sur le coté droit, le visage appuyé sur la main droite, selon un schéma très habituel pour le thème des Vierges couchées ; elle porte une chemise rouge et le manteau bleu qui couvre la tête, cachant les cheveux. Elle tourne le dos à l'Enfant qui, langé, nimbé, se repose (un oeil ouvert) sur un haut berceau rectangulaire. L'âne et le bœuf veillent sur lui Une fois de plus, Joseph porte la canne, la barbe, le chapeau ou bonnet juif, et, toujours placé en écart, il médite. Les postures sont figées, et celle de la Vierge, notamment, évoque les représentations analogues des tympans des cathédrales (Chartres, Sens). 

 

      IV. Livre d'Heures du XVe siècle.

Adoration des bergers, Livre d'Heure du début du XVe siècle, produit en Bretagne, artiste inconnu. MS0029, Folio F.47.

                          BIB-20060406-026.wmg

 

  Cette scène diffère légèrement car il ne s'agit plus d'une Nativité, mais d'une Adoration des Bergers. Le Psaume est toujours le même, Deus in abuitorium, Ps 70.

  La Vierge est à demi-assise dans un vrai lit, dans de bons draps recouvert d'une couverture rouge frappée de motifs d'or, et ce lit semble trouver place dans la chambre d'un château ou d'une chapelle médiévale au style gothique, sous un riche dais, un ciel de lit rouge et or. Mais, curieusement, on a introduit ici deux animaux, l'âne et le bœuf, et on a dressé une palissade d'osier tressé pour que cela ressemble à une pauvre étable de campagne. 

  Personne ne s'y trompe, et la Vierge aux cheveux longs est habillée d'une robe bleue bien ajustée à ses formes, bien cintrée à la taille ; elle montre à l'Enfant le Livre, celui qu'il lui reste à accomplir, mais dont ils connaissent tous les deux les lignes ; c'est d'ailleurs un livre où, en palimpseste, se déchiffre l'Ancien Testament et ses préfigurations du temps à venir.

  L'Enfant a beau être nu, il est déjà très averti de cela, et il désigne à sa mère les bergers venus l'adorer, et que l'étoile envoyé par son Père a guidé jusqu'à eux ; et il les bénit, d'un geste assuré.

  Ce sont des bergers, mais bien vêtus d'une robe longue et d'une chape qui réchauffe leurs épaules ; leurs cheveux sont coupés à la mode du temps, raie médiane, nuque dégagée. L'un d'eux n'a pas quitté sa serfouette.

  Saint Joseph porte un costume assez identique, mais sa tête chenue est recouverte d'un capuchon. Sa canne en T et sa barbe grise en pointe ne le rajeunissent vraiment pas, et il est un peu ailleurs, regardant le bœuf qu'il caresse distraitement. J'éprouve pour lui une sympathie secrète et un peu apitoyée.

 

                                     BIB-20060406-026.wmg 2

 

 

 

  En conclusion, on découvre dans ces Nativités aux Vierges allongées du post-partum de nombreux points communs qui définissent un type iconographique, mais chaque scène est différente, sans stéréotypie, et l'une marque son originalité avec le Livre, l'autre avec l'allaitement, l'autre peint la pluie d'or de la Volonté divine, mais, dans tout les cas, le miracle d'une naissance virginale et sans conception laisse le pauvre Joseph ahuri, abasourdi, frappé de stupeur. C'est trop fort pour lui, ça le dépasse.

Je terminerai en m'attardant sur un manuscrit, le Livre d'heures de Prigent de Coëtivy.

IV. Livre d'Heures de Prigent de Coëtivy.

Livre d'Heures de Prigent de Coëtivy, manuscrit Rennes MS1511, vers 1400, artiste Le Maître de Troyes ; production en Champagne.

Folio F.45, La Nativité photo IRHT-CNRS BIB2008090920.

                            BIB-20080909-020.img

     BIB-20080909-052.img

 

 

 

1°) Prigent VII de Coëtivy (1399-1450).

  Les seigneurs de Coëtivy sont originaires de Plouvien (Bourg-Blanc), dans le Léon. (voir http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Coetivy.pdf)

Prigent VII est le fils d'Alain III de Coëtivy et de Catherine du Chastel, .

  Comme son oncle Tanguy du Chastel, et grâce à lui, Prigent devint un proche du roi Charles VII : conseiller et chambellan du roi, amiral de France en 1439, capitaine de la Rochelle et de Rochefort, il est aussi par son mariage avec Marie de Rais seigneur de Retz.

 

  Prigent appartient à une famille de bibliophiles.  Son frère Olivier est réputé par son Livre d'Heures qui a donné son nom à l'auteur parisien des enluminures, le maître des Heures de Coëtivy. Son autre frère Alain IV, surnommé le Cardinal d'Avignon, un personnage considérable, est un grand amateur de livres 

Lui-même possédait dans sa bibliothèque selon L. Delisle, outre ce Livre d'heures, la traduction du Miroir historial de Vincent de Beauvais par Jean de Vignay Livre XXV-XXXII (BNF, ms Fr 52) et Livre IX-XIV (Fonds Lansdowne n° 1179), le livre de Meliadus de Leonnois par Rusticien de Pise (BNF ms.fr. 340), le livre des cas des nobles hommes et femmes par Boccace (Chantilly, Bibl. du château, ms 0858), le Trésor des Histoires, les Chroniques de France, deux autres livres d'Heures (dont celui conservé à Dublin, Chester Beatty Library, W ms 82), le Livre de Tristan, le Livre de Lancelot et le Livre de Guyron le Courtois enluminés par Jean Haincelin, le Roman de la Rose, Boece, la légende Dorée, au total une vingtaine d'ouvrages précieux.

 

2°) Le Livre d'Heures de Prigent de Coëtivy.

 

 C'est la plus belle pièce acquise par la bibliothèque de Rennes. Ce manuscrit avait été examiné par Léopold Delisle link en 1897 avant qu'il ne soit acquis en Angleterre. Il en décrivait les 150 grandes miniatures, et notamment la trentaine consacrée à la Vierge, en écrivant "il faut, à coup sûr, les classer parmi les plus gracieuses productions de l'art français du milieu du XVe siècle". Il le datait d'avant 1444.

  Il renferme les devises de Prigent de Coëtivy, DAME SANS PER* parfois accompagné d'une feuille de fougère, et HÉLAS,BELLE MERCI tracé sur un disque blanc.

 *  Dame sans per est d'usage fréquent dans la poèsie et la chanson médiévale, de Christine du Pisan à Eustache Deschamps : ex : dame sans per, en qui est ma speranche.

  Le livre est remarquable par l'importance des "suffrages", ou invocation aux saints, puisqu'on compte une trentaine de saints.

Le manuscrit est passé à la mort de Prigent VII à sa veuve, puis à son frère Alain qui y a coiffé les armes de son chapeau de cardinal, puis à une famille Becmur ou Becmeur, de Basse-Bretagne. Il a été acheté à la fin du XIXe siècle par Henri Yates Thomson. Il a été acquis à l'Hôtel Drouot (catalogue de vente 10 décembre 1992).

  Sa reliure est de veau sur ais de bois, estampes à froid, décor de bandes verticales à la roulette, avec traces de fermoirs et de cabochons. (jadis, selon toute vraisemblance, elles étaient "couvertes de velours cramoisi brochées d'or, à fermoers ; mises en une bourse de cuyr rouge"... "doublée ladicte couverture de satin cramoisy"..."et sur icelles Heures, dix clous d'or en manière de rozes fermantes en un grant fermouer d'or en manière de roze." (Delisle)

  Les armoiries de Coëtivy, fascées d'or et de sable de six pièces sont peintes sur  les marges d'un grand nombre de pages (L.Delisle).

      Une enluminure montre (folio 251) le commanditaire (armoiries non identifiables) agenouillé devant saint Michel, une autre (f. 255) son épouse agenouillée devant saint Jean-Baptiste. Les saints et saintes représentés sont Pierre et Paul, Jean, Philippe, Barthélémy, Barnabé, Matthieu, Matthias, Jude Thaddée et Simon, Thomas, André,  Antoine, Claude de Besançon,   sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Madeleine, Marguerite d'Antioche, sainte Anne avec la Vierge, les quatre évangélistes. L' ange Gabriel est aussi représenté. Ces personnages se détachent avec leur attribut sur divers fonds géométriques, soit à losanges bicolores et or, soit à grands carrés monochromes damassés ou tracés d'entrelacs d'or.

  Le texte s'organise  en deux étroites colonnes de 13 lignes au centre d'un encadrement de baguettes laissant place à de larges bordures. Dans le cadre central, sous la colonne de texte, des animaux (cerfs, chien, licorne, renard, belette, lievre) se pourchassent par deux derrière un arbre. Les bordures sont occupées par des rinceaux végétaux luxuriants, dont les tiges donnent abri à des anges musiciens et à de nombreux type d' oiseaux.

  

 

3°) L'auteur des enluminures : le Maître des Heures de Troyes.

 Alors que son frère Olivier fait réaliser ses heures par un enlumineur de Paris, influencé par l'art flamand, Prigent s'est adressé à un artiste de Troyes.

L' exposition Les Très riches heures de Champagne http://www.interbibly.fr/virtuelles/trhc/index.html donne les renseignements suivants sur le Maître des Heures de Troyes.

Cet artiste anonyme apparaît au début du XVe siècle ; installé à Troyes, il réalise le chef d'oeuvre qui lui vaut son nom, un luxueux livre d'Heures exécuté pour un couple de riches bourgeois, les Berthier. Etienne de Giry, évêque de Troyes jusqu'en 1426, lui confie la réalisation des enluminures de son Pontifical (BNF Ms latin 962), tandis qu'un bourgeois de Troyes fait réaliser un manuscrit conservé à la Médiathèque de Troyes (MAT ms 3713). Il travaille ensuite pour des mécènes de Sens et de Chalons et éxécute aussi le décor du Missel de l'église d'Ervy-le-Chatel (BNF ms latin 864).

  Dans ses compositions, il privilégie l'équilibre et l'harmonie des formes. Ses personnages, un peu statiques, sont impeccablement dessinés. Les figures, sans épaisseur ni modelés se détachent sur des fonds abstraits richement ornés ; il se remarque par un goût prononcé pour la profusion décorative, tapissant le fond de ses miniatures et le vêtement de ses personnages de motifs variés. Son style au graphisme fluide est encore influencé par l'enluminure parisienne de la fin du XIVe siècle. Il se distingue ainsi du Maître de Rohan, qui travaille à Troyes après 1420 mais dont le style influencé par le Maître de Boucicaut est tourmenté et expressionniste, ou du Maître du Missel de Troyes, au milieu du XVe siècle, au style réaliste influencé par l'art flamand.

 

 

3°) L'enluminure de la Nativité    

        On conviendra que ce qui frappe le spectateur, c'est, avant la Vierge, la figure de saint Joseph: assis à terre au pied du lit, endormi, les cheveux hirsutes, sans auréole, il ressemble presque à un animal placé devant une auge. Cette façon dépréciative de traiter Joseph est courante au Moyen-Âge par différents moyens, qu' on l'affuble de rayures ou de vêtements de couleur jaune ou que l'on souligne son judaïsme. 

     L'auvent arrondi au dessus de la tête de la Vierge est retrouvé dans la Nativité du Livre d'Heures du Maître de Troyes Troyes MAT ms 1317, mais aussi dans la Nativité des Heures à l'usage de Chalons conservé à Carpentras, Bibliothèque Inguimbertienne, MS 52 fol. 43 du maître du Walters 219, réalisé à Chalons vers 1420.

 La Vierge est allongée sur le coté droit, vêtue du manteau bleu qui recouvre sa tête, alors que Jésus, sur la paille d'un berceau en osier, semble vouloir attirer son attention par des gestes.


 

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges couchées
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